— Mr Potter ? Un commentaire sur les titres de ce matin ?

— Pensez-vous que le kidnapping de Dominique Weasley soit une provocation de la part du Voleur d'Âme ?

— Mr Potter ? Qu'avez-vous à répondre à La Gazette concernant le discrédit de votre brigade ?

— Est-ce que l'enquête va s'intensifier maintenant que le Voleur d'Âme s'attaque à vos proches ?

Harry fit volte-face si brusquement qu'il écrasa le pied d'un journaliste de La Gazette en train de le pourchasser. Le sorcier tenait un imposant appareil photo dont le flash manqua de le rendre aveugle tant il se tenait près de l'objectif. Il prit une longue respiration, prenant son mal en patience, retira son pied de celui du journaliste et battit des cils autant de fois que nécessaire pour retrouver la vue.

Les journalistes formaient à présent un cercle autour de lui. Il n'apercevait pas le visage de chacun d'entre eux, certains ayant passé un bras par-dessus l'épaule d'un autre afin de rien manquer du spectacle. Ils se tenaient tous là, dans l'attente d'une déclaration, à la fois silencieux mais agités, le doigt prêt à enclencher leur appareil photo, les plumes à papote décrivant déjà la façon dont il les regardait, englobant la foule avec colère, lassitude et sans doute aussi, mépris.

— Il a signé le Voleur d'Âme, n'est-ce pas ? les alpagua Harry. Puisque vous êtes si rapides à tirer des conclusions, je suppose que vous savez ce que cela signifie ? Il sait que la presse le désigne par ce nom, le Voleur d'Âme, autrement dit, il lit les journaux. Alors, dorénavant, je vous conseille de faire très attention à ce que vous y écrivez.

Il se retourna en faisant crisser ses chaussures sur le parquet impeccablement ciré de l'Atrium. Les flashs le poursuivirent jusqu'au stand de sécurité où Travis, son collègue de la brigade des tireurs d'élite, se chargea de retenir les journalistes tandis que Chelsea Sharptong braillait un « au suivant ! » comme elle faisait six-cents fois par jour.

Harry se réfugia dans l'exiguïté de l'ascenseur, coincé entre une aisselle transpirante et une sorcière au décolleté pigeonnant. Il regarda autour de lui, sans trop savoir où poser les yeux lorsque le sorcier à sa gauche ouvrit un exemplaire de La Gazette, lui collant presque sous le nez les gros titres du matin.

« KIDNAPPING À POUDLARD

Dominique Weasley, élève de septième année et fille cadette de William et Fleur Weasley, a été enlevée dimanche soir alors même qu'elle se trouvait à l'intérieur du château. Un message a été retrouvé sur les murs de l'école, portant l'étrange inscription « Dominique contre William » ainsi que la signature du « Voleur d'Âme ».

Des experts en sortilèges dépêchés sur les lieux nous l'ont confirmé : « Ce n'est pas de la magie à la portée de n'importe qui. C'est écrit avec du sang, du sang humain. Celui qui a fait ça ne plaisantait pas ». Le Portoloin laissé sur les lieux est actuellement examiné au département des transports magiques.

Aucune effraction n'a été commise, remettant une nouvelle fois en question la sécurité de l'école, après que le Voleur d'Âme se soit déjà introduit dans l'enceinte du château pour assassiner des centaures, il y a trois semaines de cela. Heureusement que Poudlard peut compter sur son concierge, Cerberus Hawksight. Celui-ci s'est interposé avant d'être gravement blessé par le kidnappeur : « C'était difficile de voir son visage, il portait un capuchon sur la tête. Je n'ai pas pu faire grand-chose, il nous a tous pris par surprise. »

Assistons-nous à la montée en puissance d'un nouveau mage noir ? Tout semble indiquer que le sorcier en question possède déjà de grands pouvoirs pour libérer quinze mangemorts et rester introuvable depuis bientôt deux mois. Lorsque nous avons partagé nos doutes au quartier général des Aurors, ceux-ci nous ont gratifié de ces quelques mots, donnant une vague idée de leur incompétence : « Nous sommes déjà sur quelque chose, mais nous ne pouvons rien dire pour le moment ».

Minerva McGonagall, directrice de l'école est venue nous confier, désemparée : « Je ne dirais pas que ce genre d'incident ne s'est jamais produit à Poudlard. Bien d'autres choses ont été commises lors des années noires, et il est très inquiétant d'en revenir à ça. Je ne peux pas empêcher les parents de retirer leurs enfants de Poudlard. Mais, pour ceux qui souhaitent rester, sachez que nous ne laisserons plus les élèves sans la présence d'un adulte ».

C'est également ce que défend Hermione Granger-Weasley, du département de la justice magique : « J'ai confiance dans le corps enseignant, j'ai moi-même laissé mes deux enfants à Poudlard. Quoi qu'on en dise, ils seront toujours plus en sécurité, entourés de leurs camarades et l'ensemble du personnel plutôt que seuls chez eux. Et puis je ne veux pas perturber plus encore la scolarité de ma fille, elle passe ses BUSES cette année. » »

Il fut accueilli au quartier général par le chuintement d'une bouilloire et les bribes d'une conversation que Jillian Hearshen, Ron Weasley et Oswald Baggus interrompirent dès qu'il passa l'arche en bois délimitant les bureaux des Aurors.

— Que se passe-t-il ? questionna Harry, sans être sûr de pouvoir encaisser une autre mauvaise nouvelle après la disparition de sa nièce, la veille.

— Mr Potter, salua Baggus un brin nerveux. Je voulais vous tenir informé de mes recherches. J'ai placé des Oubliators autour du Guy's and St Thomas Hospital, au cas où William voudrait rendre visite à ses parents.

— On est d'accord, l'interrompit Ron avant qu'il ne puisse faire le moindre commentaire, que si William est demandé en rançon contre Dominique, cela signifie que lui et Ivory n'ont pas été capturés par les mangemorts ? Ils sont toujours en fuite, cachés quelque part ?

— Il semblerait, oui, reconnut Harry comme on reconnaissait un échec, en plissant les lèvres.

Ses trois collègues le fixèrent longuement, leur regard se faisant lourd de sens. Ils l'observaient comme s'il avait oublié de mentionner quelque chose, comme s'il leur cachait une vérité afin de protéger quelqu'un. Harry eut beau ressasser tout ce qu'il avait fait depuis le kidnapping de sa nièce : sa visite à Poudlard où James et Albus avaient séché leurs cours respectifs afin de venir lui parler, juste avant d'être envoyés en retenue par Minerva McGonagall avec qui il devait s'entretenir, puis il s'était rendu à l'infirmerie où le concierge n'avait pas pu lui apprendre grand-chose sur l'identité de son agresseur, après quoi il était allé déposer le Portoloin pour analyse au département des transports magiques. Il ne voyait rien qu'il ait oublié de leur faire part.

— Et alors ? Quoi ? s'enquit-il, toujours sans comprendre.

— Qu'est-ce que tu comptes faire de lui ? l'interrogea Ron.

— Si on retrouve William, reformula Baggus. Est-ce que vous allez le livrer au Voleur d'Âme ? Contre votre nièce ?

Pris au dépourvu, Harry mit quelques secondes avant de répondre.

— Non, répondit-il la voix d'abord hésitante. Bien sûr que non ! Je ne vais pas céder à ce chantage, je n'ai p…

— Tu vas prendre le Portoloin laissé par le Voleur d'Âme ?

— Le criminel que je recherche depuis presque deux mois m'envoie une invitation et tu ne veux pas que j'y réponde ? Ron, c'est l'occasion inespérée de découvrir son identité !

— L'occasion inespérée de se faire tuer !

— Je ne te demanderai pas de risquer ta vie, cinq Aurors sont déjà morts, je…

Tu vas y aller seul ?! gronda Ron et Harry comprit alors la raison de leurs messes basses. Enfin réfléchis ! Le Voleur d'Âme possède les pouvoirs des elfes, des vampires, des gobelins, des centaures et des loups-garous… Personne, pas même toi, n'est de taille à l'affronter !

— Qu'est-ce que tu proposes exactement ? s'énerva-t-il en retour. Tu veux rester les bras croisés pendant Dominique est avec ces mangemorts ? Je te laisserais le soin d'expliquer à Kingsley ainsi qu'à ces vautours de La Gazette, pourquoi tu n'as rien fait lorsque le Voleur d'Âme nous a demandé une rançon ! Et que parce que nous n'y avons pas répondu, il a tué notre nièce !

— Je pressens l'avenir et il est encore incertain. Rien n'est encore joué. Les choix qui vont arriver seront décisifs, à nous de faire les bons, tempéra Jillian d'une voix douce qui parvint à calmer les esprits. Le département des transports magiques a dit que le Portoloin ne s'activera pas avant ce soir. On a toute la journée pour trouver où il mène et monter un plan en conséquence.

Il y eut un flottement durant lequel chacun se perdit dans ses pensées, songeant que c'était sans doute à leur perte que le Portoloin les mènerait. Puis, Oswald Baggus les quitta pour rejoindre ses quartiers, leur assurant qu'il reviendrait vers eux dès qu'il « aurait du nouveau ». Harry songea amèrement qu'il ne risquait pas de le revoir avant plusieurs semaines.

En attendant les résultats de l'analyse du Portoloin, Harry se décida à prendre rendez-vous avec le Ministre de la magie, Kingsley Shacklebolt, afin de négocier le retour de l'intégralité de ses Aurors pour lancer une attaque « coup de poing » sur le Voleur d'Âme et ses sbires, dès que le Portoloin serait activé.

Ron tenta à nouveau de le dissuader, arguant qu'ils devraient peut-être en parler avec Hermione. Jillian accueillit l'idée avec tellement d'entrain qu'Harry comprit aussitôt que Ron lui avait demandé de jouer la comédie. Et bien que se sentant totalement manipulé, il finit par accepter de suivre son meilleur ami jusqu'aux bureaux de la justice magique, à défaut d'avoir une autre piste sur laquelle travailler.

Les employés de la justice magique croulaient sous le travail. Harry et Ron se laissèrent couper la route par plusieurs sorciers chargés de parchemins et membres du Magenmagot qui traversaient l'étage à pas pressés, laissant suggérer qu'ils avaient mieux à faire. Ils se frayèrent difficilement un chemin jusqu'au bureau d'Hermione, quelque peu hébétés par cette agitation, eux qui s'étaient à présent habitués au vide du quartier général des Aurors.

Après que Ron eût plus ou moins poliment insisté auprès de sa secrétaire, Hermione vint leur ouvrir, expliquant que l'attaque de la délégation de vampires à Pré-au-Lard avait rompu les liens avec le ministère transylvanien. Elle avait passé toute sa matinée en négociations avec eux. Lorsqu'elle blâma le Voleur d'Âme d'avoir créé toute cette pagaille, Ron se saisit de l'opportunité pour lui raconter la discussion qu'ils venaient d'avoir.

— Harry, fit-elle solennelle, tu dois me promettre que tu n'iras pas seul.

— C'est sûrement un piège, renchérit Ron. Personne ne doit prendre ce Portoloin ! Il est sûrement ensorcelé pour désarmer ou rendre aveugle celui qui y touche !

— Il a quand même prit le risque de s'introduire à Poudlard, laisser un message et kidnapper Dominique, contra Harry. Je ne pense pas qu'il s'agisse d'une ruse. Il ne demandait pas Ivory, il n'y a que William qui l'intéresse, spécifiquement William contre Dominique. Allen doit savoir quelque chose, comme on le suppose depuis le début, quelque chose de suffisamment important pour que le Voleur d'Âme en vienne à de telles extrémités…

— Et si c'était la bague ? lança subitement Hermione. Celle qui donne accès aux travaux d'Artemisia ?

Harry balaya sa remarque d'un hochement de tête.

— C'est impossible.

— Peut-être pas, insista-t-elle. William subissait un chantage, le genre de chantage suffisamment grave pour qu'on lui trace cette cicatrice. Et aujourd'hui alors qu'il s'est enfui de Poudlard et qu'il est porté disparu, le Voleur d'Âme le réclame en rançon contre Dominique ? Cela me semble évident qu'il y a un lien à faire.

— Attends… quoi ? clama Ron. Tu es en train de dire que le Voleur d'Âme pourrait lui avoir fait cette cicatrice ? Mais comment il aurait pu s'en prendre à élève sans se faire remarquer ?

— Peut-être qu'il agit par l'intermédiaire de quelqu'un qui se trouve dans le château, suggéra Hermione en haussant des épaules. Ce qui est sûr c'est que William sait quelque chose, quelque chose dont le Voleur d'Âme a désespéramment besoin et qu'est-ce que cela pourrait être d'autre que cette bague ?

— Ça n'a pas de sens, réfuta Harry pour la seconde fois. Le coffre a été ouvert, les recherches d'Artemisia n'y sont plus ! Si William protège cette bague du Voleur d'Âme et qu'il y a quand même eu des meurtres pour voler les pouvoirs de six espèces différentes, alors cela voudrait dire que William s'est introduit au département des mystères puis qu'il s'est servi des travaux d'Artemisia et je ne pense pas que ce soit de la magie à la portée d'un septième année. De toute façon, comment il aurait eu cette bague ? C'est une chevalière aux armoiries des Selwyn… William est né-Moldu !

— Quelqu'un a pu lui donner… Est-ce qu'Artemisia a eu des enfants ? s'enquit Hermione en se retournant vers son mari.

— Comment veux-tu que je le sache ? s'offusqua Ron.

Ils ne connaissaient qu'un endroit où chercher : le département des mystères. Le dossier d'Artemisia devait contenir un bref historique de sa famille ou tout du moins, le nom de son mari. Ron et lui descendirent au huitième étage avec une légère appréhension. Si les secrets des Langues-de-plomb l'avaient autrefois intrigué, fasciné par l'étrangeté des lieux qui lui murmurait qu'il s'y passait quelque chose, quelque chose dont il ne valait mieux pas être au courant, à présent qu'il était dans la confidence, il les trouvait plutôt grotesques et effrayants.

Edgen Fong et Noach Picaper se tenaient comme à leur habitude, de part et d'autre de l'unique porte noire, servant de rempart à tous les secrets monstrueux qui s'y cachaient. Harry remarqua qu'ils tenaient leurs baguettes prêtes à l'emploi et se fit la réflexion qu'il s'agissait sans doute d'une directive de Powell suite à son intrusion.

— Je dois parler à David Baner, est-ce que vous l'avez vu ?

— Il est à Ste-Mangouste.

— Qu'est-ce qu'il lui est arrivé ? s'étonna Ron.

— Je ne sais pas, répondit Edgen en haussant des épaules. Il est sorti en urgence dans un brancard, Powell criait que tout était de sa faute…

— Ok, je vais demander une liaison directe.

Vingt minutes plus tard, Ron et lui se retrouvèrent dans l'ascenseur de Ste Mangouste. Ceux-ci n'avaient rien à envier à ceux du ministère : ils étaient beaucoup plus grands et bien moins secouants. Ils descendirent au premier étage, comme leur avait indiqué la sorcière de l'accueil et se retrouvèrent face à un dédale de couloirs incompréhensible, où tout avait la même allure, la même couleur et la même odeur saline d'essence de Murlap.

— Vous cherchez quelque chose ? Vous avez l'air perdus, les interpella une infirmière aux oreilles décollées qui, d'après la plaque épinglée à sa robe, répondait au nom de Dartena Pandlebee.

— La chambre de David Baner, s'il vous plaît.

Elle leur fit signe de la suivre et ils entamèrent une marche de trois bonnes minutes, dépassant plusieurs patients au visage défiguré par des griffures, brûlures ou même recouvert de grosses pustules. Certains avaient perdu un bras ou une jambe et utilisaient les couloirs de l'hôpital pour s'entraîner à déambuler sur leurs béquilles. Ils dépassèrent une chambre d'où s'échappèrent des hurlements terribles qui les firent sursauter. L'infirmière n'y prêta pas attention et leur fit à nouveau signe de la suivre, visiblement habituée à travailler dans ce climat.

Plus le temps passait et plus Harry craignait le moment où il retrouverait son collègue du département des mystères. David ne serait peut-être même pas en mesure de répondre à leurs questions. Que lui était-il arrivé ? Ils s'arrêtèrent dans un cul-de-sac où l'infirmière les précéda en enfonçant la poignée de la porte.

— Mr Baner, vous avez de la visite, déclara-t-elle joyeusement.

Il avait la mine pâle et des cernes si marqués qu'on aurait dit qu'il avait deux coquards à la place des yeux. Son bras droit était toujours maintenu en écharpe, dans un tissu serré à l'épaule. Harry ne remarqua qu'en dernier les grosses marques rouges autour de son cou, comme deux énormes mains qui avaient cherché à l'étrangler.

Dartena Pandlebee en profita pour retaper les deux oreillers contre lesquels il avait calé son dos. Son pas était toujours aussi pressé et ses gestes rapides. En sa présence ni lui, ni David n'osèrent échanger quoique ce soit. Ils la regardèrent vider un bol au liquide jaunâtre d'un coup de baguette avant de le remplir à nouveau d'essence de Murlap. L'odeur saline de l'onguent embauma tellement la pièce, qu'Harry eut l'impression de sentir le goût amère du liquide jusque dans sa gorge. L'infirmière donna encore quelques recommandations à David avant de disparaître aussi vite qu'elle était apparue. Harry tendit alors à son collègue un paquet de Patacitrouilles et un sourire se dessina sur le visage de celui-ci, révélant plusieurs parenthèses sur ses joues.

— Dangereux ces temps-ci de travailler au département des mystères, plaisanta Harry comme en préambule.

Si David eut une réaction à sa boutade, il ne le montra pas, occupé à éventrer le paquet de Patacitrouille.

— Ch'n'est pas aussi egch'altant que ch'a à l'air, répondit-il la bouche pleine. Ch'm'occupe que de ranch'er les ch'arch'ives.

— Oui bien sûr, ironisa Harry. Ce que tu as autour du cou, ça n'a absolument aucun rapport avec les ombres qui attaquent dès que vous allumez votre baguette ?

Cette fois-ci, David manqua de s'étouffer avec ses friandises.

— Vous êtes entré là-dedans ?! Comment vous leur avez échappé ?

— Oh… euh… on a couru après une porte qui volait, fit Ron un brin sarcastique.

— Peu importe, éluda Harry. On n'est pas venus là pour parler des choses monstrueuses que vous cachez dans vos bureaux. Je me posais une question à propos d'Artemisia.

— Je ne peux pas t'aider. Je t'ai tout expliqué la dernière fois parce que Powell t'a accordé deux heures. Mais, là, je suis de nouveau sous secret.

— C'est juste personnel, ça ne concerne pas son travail. Avec qui elle s'est mariée ?

— Avec Travers.

— Mais alors, Ivory Travers est…

— Sa fille, oui, confirma le Langue-de-plomb. Ivory avait neuf ans lorsque sa mère est décédée après une de ses expériences. Elle est partie vivre chez sa cousine, la famille Ward je crois, en attendant que son père sorte d'Azkaban. D'ailleurs, vous avez dû le rencontrer lorsque vous êtes allés interroger tous les anciens mangemorts ayant terminé leur peine ?

— C'est un vieux bougre qui… Attends voir, fit soudainement Ron. C'est bien chez Travers que le nom de William Allen a été prononcé plusieurs fois ?

— Tu étais avec moi lorsqu'on a fouillé sa maison, à cinq reprises, et on n'a rien trouvé.

— Hermione à raison, cela explique tout ! s'exclama Ron sans tenir compte de sa remarque. Ivory a donné cette bague à William et il s'en est servi pour récupérer les travaux d'Artemisia avant le Voleur d'Âme, pour l'empêcher de mettre la main dessus et se venger de sa cicatrice par la même occasion ! C'est pour cela qu'il y a eu deux intrusions au département des mystères ! D'abord par William, puis par le Voleur d'Âme qui a trouvé le coffre vide ! Et maintenant que tous ses plans ont échoué, le Voleur d'Âme veut échanger Dominique contre William pour enfin récupérer la bague et les travaux d'Artemisia !

— Tu oublies les meurtres, rappela Harry. Si William possède cette bague depuis le début et qu'il y a quand même eu des meurtres pour voler les pouvoirs de six espèces différentes, alors cela voudrait dire que William est le Voleur d'Âme ! Ce qui… enfin… c'est complètement fou ! Il n'a que dix-sept ans et en plus de cela, William n'est pas un Langue-de-plomb ! Parce que si tu te souviens bien, les deux intrusions au département des mystères ont détecté qu'il s'agissait d'un Langue-de-plomb.

Tous deux se retournèrent vers David Baner qui avait froncé les sourcils en un air inquiétant, laissant apparaître au moins trois rides sur le front. Quelques secondes passèrent et Harry commença à craindre sa réponse.

— Eh bien… en fait… il aurait pu le devenir, prononça-t-il difficilement, comme si chaque mot cherchait à l'étouffer.

— Comment ça ? s'enquit Ron.

— Je ne peux pas vous en dire plus, il faut que je me renseigne. Après tout… je ne vois pas d'autre raison qui poussait le Voleur d'Âme à rechercher William à tout prix. Je ne sais pas comment, mais il a dû récupérer la chevalière des Selwyn. Je serais vous, j'irai d'abord interroger ses camarades de Poudlard, peut-être qu'ils l'ont déjà vu en possession de cette bague.

Ce fut l'esprit embrumé par toutes ses révélations qu'ils quittèrent David pour regagner le ministère. De retour au quartier des Aurors, Harry contacta aussitôt McGonagall pour lui demander de laisser son fils James ainsi qu'Eraleen Ward, la cousine d'Ivory Travers, utiliser de la poudre de cheminette afin de pouvoir les interroger en face à face.

Ron et lui mangèrent sur le pouce tout en racontant ce qu'ils venaient d'apprendre à Jillian. Elle semblait tout aussi atterrée qu'eux, demandant à Harry si William n'avait pas semblé étrange durant les quelques jours qu'il avait passés chez lui, pour le réveillon de Noël. Il ne répondit rien mais il souvint alors d'un soir où, après que Rose lui ait demandé plus de détail sur sa cicatrice et l'identité de son agresseur, William s'était étouffé jusqu'à être prit de nausée, comme s'il n'avait pas le droit d'en parler, comme si lui aussi était sous secret professionnel. Et pour la toute première fois de son enquête, Harry espérait se tromper.

Il descendit à l'Atrium en début d'après-midi et se posta près de la fontaine de la fraternité magique où il se perdit un moment dans la contemplation de la foule de sorciers en robe bleu paon qui vaquaient à leurs occupations. Les hordes de journalistes qui l'avaient poursuivi ce matin-là avaient disparu, ce qui n'était pas forcément bon signe. Harry n'eut pas le temps de s'en préoccuper car une élève de Poudlard, encore vêtue de son uniforme, vint à sa rencontre.

— Eraleen, c'est ça ? la devança-t-il.

Elle hocha de la tête, sans doute trop polie pour en dire plus. James apparut à sa suite, accompagné d'une élève de Gryffondor, à en juger par son uniforme.

— Comment vas-tu James ?

— Comment veux-tu que j'aille ? Tu m'interroge comme un criminel !

— Je viens rarement accueillir les criminels en personne.

Harry se retourna vers la jeune fille dont les cheveux blonds étaient rassemblés en un chignon sur le haut son crâne. Il attendit un moment les présentations, mais voyant que son fils aîné n'était pas décidé à les faire, il s'en chargea lui-même :

— Tu…, hésita-t-il.

— Jodie Wigge, enchantée, répondit-elle et ses joues rosirent aussitôt.

Habitué à ce genre de réaction, Harry se contenta d'hocher de la tête avant de les englober tous les trois du regard.

— J'avais besoin de vous poser quelques questions et j'ai trouvé que ce serait plus commode au quartier général, expliqua-t-il d'un ton volontairement détaché. C'est par ici, faites attention où vous mettez les pieds et ne me quittez pas du regard.

Travis, de la brigade des tireurs d'élite, n'était pas de garde au stand de sécurité. Il avait été remplacé par un sorcier aux cheveux longs, dont le regard sévère et les bras croisés dans une posture imposante n'inspiraient pas la sympathie. Harry ne pouvait donc pas espérer échapper à la queue qui s'allongeait depuis le stand de sécurité tenu par Chelsea Sharptong. Il s'arma de patience, prenant place derrière deux sorciers du Magenmagot et attendit en tapant nerveusement du pied.

Inévitablement, Chelsea Sharptong vint l'ennuyer car il n'avait pas d'autorisation pour faire visiter le ministère à trois élèves. Harry perdit finalement patience en lui répondant qu'ils n'étaient là en visite, mais pour être interrogés. Ceci créa un froid qu'il essaya de dissiper en discutant Quidditch avec James, tandis que l'ascenseur les ballottait à travers les étages. James lui apprit alors que son équipe venait à nouveau de perdre un match et Harry se retint de faire la moindre réflexion, comprenant qu'il n'était pas d'humeur à en parler. Il questionna alors ses deux camarades sur leur choix d'orientation. Eraleen Ward avait à cœur d'intégrer le Magenmagot depuis son plus jeune âge et Jodie lui confia, à nouveau en rougissant, qu'elle souhaiterait rejoindre la brigade des Aurors.

— Ça tombe bien, on y va, plaisanta-t-il alors que l'ascenseur avait atteint le deuxième étage.

Harry avait envoyé Ron et Jillian négocier avec Kingsley le retour de ses Aurors pour l'accompagner au rendez-vous donné par le Voleur d'Âme. Il tira trois sièges libres tout en se demandant quel genre d'image du bureau des Aurors il renvoyait à Jodie Wigge, en le montrant aussi vide. Puis à la réflexion, Harry songea que c'était peut-être mieux ainsi. L'endroit était habituellement si bruyant qu'il lui arrivait souvent d'aller se promener aux autres étages pour mettre de l'ordre dans ses pensées et réfléchir sans être interrompu par ses collègues.

Il prit place à son box, se préparant à la façon de les aborder, lorsque James crut bon de lui demander s'il avait encore ce thé aux racines de mandragore dont raffolait Jillian Hearshen. Se sentant impoli, Harry se releva aussitôt pour proposer quelque chose à boire aux ses camarades de son fils. Elles refusèrent et ce ne fut qu'une fois que James eut fini de préparer son thé qu'il put enfin se mettre au travail. Il sortit d'un des tiroirs de son bureau la photographie d'Artemisia posant avec son frère Selwyn. On apercevait nettement le S ornant la chevalière en argent à chaque fois qu'Artemisia se recoiffait.

— Est-ce que l'un d'entre vous a déjà vu cette bague ? interrogea-t-il sans détours.

Eraleen se pencha sur la photo quelques instants avant de la faire passer à Jodie. Il se passa encore quelques secondes puis James s'en saisit, buvant son thé d'une main et regardant la photographie de l'autre.

— On dirait…

— Pourquoi vous nous montrez ça ? questionna Eraleen Ward avec méfiance.

— Nous pensons que celui qui possède cette bague nous mènera au Voleur d'Âme.

— Vous pensez que celui qui possède cette bague est le Voleur d'Âme, cingla-t-elle.

Son fils échangea avec Eraleen un regard d'une étrange stupeur et Harry sentit soudain son cœur battre furieusement. Ils savaient. Depuis tout ce temps, depuis le début, ils avaient su. La réponse à ses deux mois de recherches était juste là, sur le bout de leurs langues.

— Non, c'est… ce n'est pas…, bafouilla James en reposant sa tasse pour passer une main désœuvrée dans ses cheveux.

— Vous avez vu quelqu'un la porter ? Qui est-ce ? questionna-t-il bouillant d'impatience.

Harry les observa tour à tour, se demandant lequel des trois finirait par parler. Eraleen se saisit finalement de la photo pour la regarder une seconde fois.

— Tous les Selwyn avaient des bijoux gravés avec un S, c'était un truc de famille. Là, c'est Artemisia, ma tante. Elle m'a offert cette bague à mes sept ans. Ivory était folle de rage. Ça aurait dû lui revenir. Depuis, je l'ai toujours gardée sur moi. Avant… avant de lui donner…

— La donner à qui ? pressa Harry.

Elle ferma douloureusement les yeux et la force de son aveu réveilla chez lui une certitude. La certitude que maintenant qu'elle était là, devant lui, il n'était plus très sûr de vouloir connaître la vérité après laquelle il avait couru pendant des mois.

— A William, souffla-t-elle.

— Tu es sûre de toi ? Il n'y a personne d'autre qui…

— Je lui ai donné en main propre.

— Quand ça ?

— Juste avant qu'il s'en aille, le soir de la Saint-Valentin.

Harry se recula contre le dossier de sa chaise, passant une main dans ses cheveux. Il n'arrivait pas y croire. C'était beaucoup plus simple de parler du Voleur d'Âme comme d'un être surnaturel, inhumain, cruel. A aucun moment, pas une seule seconde, il ne s'était imaginé que le meurtrier fou après lequel il courrait depuis tout ce temps, était en réalité aussi proche de lui. C'était un échec d'autant plus personnel qu'il connaissait son nom, il l'avait invité dans sa propre maison, il avait mangé à sa table, il s'était inquiété pour lui pendant des semaines suivant l'évasion, de peur qu'il ne croise la route des mangemorts.

Tout cela éveilla en lui un tel sentiment de trahison, qu'Harry retira ses lunettes afin de prendre son visage dans ses mains en un geste de détresse apparente. Il ferma les yeux, caché derrière ses paumes, avec l'espoir de se réveiller dans son lit comme après un long cauchemar. Après quelques minutes, cependant, il fut bien obligé de s'arracher à ses espérances.

Harry enfonça ses lunettes sur le bout de son nez avant d'ouvrir les yeux avec l'air à la fois dégoûté et résigné de quelqu'un dont la confiance vient d'être ébranlée. Il pensait qu'il se sentirait libéré une fois la vérité dévoilée au grand jour, mais c'était pire. Qu'allait-il encore apprendre ? Que Dominique n'avait pas été kidnappée par le Voleur d'Âme mais qu'elle était sa complice ? Comment William avait-il pu lui faire ça ? Combien d'autres personnes s'étaient jouées de lui ? Et par-dessus tout, comment avait-il pu se laisser berner aussi facilement ?

— Qu'est-ce que cela veut dire ? Qu'est-ce que vas faire ? paniqua James. Tu vas donner mon meilleur ami en échange de ma cousine ?

— Mr Potter ! Mr Potter ! héla soudainement quelqu'un.

Harry se retourna vers Oswald Baggus, de la brigade des Oubliators. Celui-ci arrêta sa course, prenant appui contre l'arche en bois pour mieux reprendre son souffle.

— Qu'y a-t-il ?

— C'est… C'est William, annonça-t-il encore essoufflé et Harry entendit James bondir de sa chaise. Il est apparu au Guy's and St Thomas Hospital à l'instant, il dit qu'il veut se rendre.

— Se rendre ? Comment ça ?

— Je crois que… euh… le mieux, c'est que vous voyiez cela par vous-même.


Oh. My. Rowling.

Mais qu'est-il arrivé à Will ? Où s'est-il caché depuis tout ce temps ? Est-ce que l'échange contre Dominique va se faire ? Est-ce que Harry va s'y opposer ? Et Ivory dans tout ça ? Une chose est sûre, passé le prochain chapitre, plus rien ne sera comme avant...

En attendant, je sais, je me répète, mais les reviews, ça vous coûte pas grand-chose, et ça fait vraiment très, très, très, plaisir aux auteurs ;)

A dimanche prochain !