LIVRE III

The Order of the Phoenix


Chapitre II – Rarely pure and never simple

Bien sûr, la décision de finalement aller chercher Harry se prit sans elle et Sirius. Remus, en revanche et pour une raison qui lui resta obscure, s'était empressé de la prévenir et elle était parvenue à le convaincre de le laisser l'accompagner. Il n'en fut pas de même pour son frère, mais il parut se plier à la décision. Sans doute se doutait-il que même la complaisance de son meilleur ami ne suffirait pas à le faire venir.

Ils attendirent la tombée de la nuit pour transplaner jusqu'à Little Whinging. Elle était déjà venue, bien sûr – à une époque, elle arpentait le ciel de la banlieue pour s'assurer qu'Harry allait bien. Minerva McGonagall avait fini par la surprendre et par lui interdire formellement de s'approcher de la maison des Dursley, aussi cela faisait des années qu'elle ne l'avait pas vu. Rien n'avait changé, si ce n'est qu'ils n'étaient pas là. Tonks leur envoyé une lettre leur annonçant qu'ils étaient finalistes au concours des plus belles pelouses de banlieue, ou quelque chose comme ça, de sorte qu'ils étaient en chemin pour aller chercher leur prix. Hm. Ils vont être déçus. Ils entrèrent sans la moindre discrétion, et elle s'élança dans les escaliers pour rejoindre la chambre de son filleul. Remus la suivait de près, tandis que Fol Œil la tançait pour son manque cruel de prudence.

Elle ouvrit la porte de la chambre du garçon et tomba sur ce dernier. Il était effrayé, c'était évident. Elle pouvait presque entendre son cœur battre. Elle lui adressa un immense sourire et se précipita pour le prendre dans ses bras. Il mit un instant avant de réagir, mais lui rendit son étreinte. Derrière eux, Maugrey n'avait pas cessé de grogner et de pester contre cette petite idiote de Black, comme si je ne lui avais pas dit d'être prudente, elle est bien comme son frère… Et elle s'en fichait. Elle s'écarta pour saisir le visage d'Harry dans ses mains et l'observa. Il allait bien, du moins physiquement. Il avait un peu grandi depuis la dernière fois qu'elle l'avait vu – il ressemblait de plus en plus à son père.

« Vega mais… Qu'est ce que tu fais là ? » demanda-t-il, apparemment perdu. Il adressa un regard aux autres sorciers qui s'étaient pressés dans le couloir. « Qu'est ce que vous faites là ?

- Nous sommes venus te chercher. Nous savons ce qui s'est passé.

- Professeur Lupin… Professeur Maugrey ?

- Professeur, je ne sais pas, » gronda l'intéressé. « Je n'ai pas eu l'occasion de beaucoup enseigner, pas vrai ? Vega, laisse le descendre, on ne va pas s'entasser là dedans. »

Elle leva les yeux au ciel et l'accompagna jusqu'au rez de chaussée illuminé par les baguettes de tout ceux qui étaient venus avec eux. Harry était interloqué, ce qu'elle comprenait parfaitement. Elle avait beaucoup de choses à lui dire et était surtout ravie qu'il vienne enfin chez eux, mais elle devait être patiente… Ce que Remus lui rappela en la retenant légèrement. Il fronça brièvement les sourcils d'un air sévère, avant de la lâcher, autant pour l'encourager à plus de prudence que pour l'inciter à rester calme. Il avait eu vent de son… Accrochage avec Dumbledore, et sans le lui avoir directement reproché, il lui avait fait comprendre que ce n'était pas la meilleure idée du monde que de se mettre le directeur à dos. Elle lui avait quant à elle répondu qu'elle n'avait personnellement pas peur d'un vieillard incapable de protéger un gamin de quatorze ans.

Tonks s'approcha d'ailleurs d'Harry, un immense sourire aux lèvres. Elle hocha la tête d'un air satisfait, tandis que toute l'assemblée y allait de son commentaire quant au fait qu'il ressemblait à son père, à sa mère, non, ce ne sont que les yeux, il est plus jeune que ce que je pensais etcetera, etcetera. Elle leva les yeux au ciel et l'entraîna à l'écart, dans le salon laissé vide.

« Hm, Harry, juste une petite précision, » intervint Lupin quand ils furent assis. « Quelle forme prend ton Patronus ?

- Celle d'un cerf.

- C'est bon, Remus, bien sûr que c'est lui. Ne fais pas attention, Fol Œil est paranoïaque, » soupira-t-elle en levant les yeux au ciel. « Hm, je pourrais te faire les présentations de tout le monde mais tu les connaîtras bien assez tôt. Sache juste que celle avec les cheveux violets s'appelle Nymphadora Tonks, mais se fait appeler Tonks. C'est… La fille d'une de mes cousines.

- La fille de… Oh. Je ne savais que tu avais des cousines.

- Deux des trois ont fait de respectables mariages avec de respectables sang-purs, mais Andromeda, sa mère, a épousé un né-moldu. C'est celle que nous avons toujours préférée, avec Sirius. Tu la rencontreras, elle aussi. »

Il acquiesça et écouta Maugrey qui lui donnait le nom de tous ceux qui étaient venus le chercher. Elle se perdit dans la contemplation de la maison un court instant. Tout était propre, un peu trop propre. Les Dursley étaient connus pour leur snobisme et leur mépris de tout ce qui n'appartenait pas directement à leur cercle familial restreint. Elle se souvenait du dîner désastreux pendant lequel Lily avait présenté James à Pétunia, sa sœur, et à son mari Vernon. Elle avait eu droit au résumé détaillé, et ça avait été une catastrophe. Ce genre de moldus ne pouvaient, ne voulaient pas comprendre la magie. Jamais Harry n'aurait dû avoir à vivre avec eux. Cette pensée lui serra la gorge, jusqu'à ce qu'on lui ordonne d'aller s'occuper des affaires de son filleul. Elle obtempéra avec joie et le rejoignit dans sa chambre.

Tout était en bazar, mais au moins il y avait un semblant de vie dans cette pièce, à défaut du reste de la maison. Il était en train de réunir ses livres et les fournitures qu'il lui restait. Elle croisa son reflet dans un miroir et grimaça. Sa robe de voyage ne couvrait qu'avec difficulté son ventre arrondi, et elle ne pouvait plus dissimuler son état. Elle surprit d'ailleurs le regard interrogateur du garçon et lui sourit.

« Ah, oui, je ne te l'avais pas dit. C'est pour bientôt.

- Mais le père… » Il se tut un instant et parut avoir une révélation. « Le professeur Lupin ?

- Remus, oui. Ça fait partie du nombre incalculable de choses que nous devons te dire, avec Sirius.

- Il va bien ?

- Oui, il va bien. » Elle l'aida à faire sa valise, même si elle était loin d'être la meilleure en sortilège ménager. « Tu lui manques beaucoup.

- Mais enfin, Vega, qu'est ce qu'il se passe ? Je n'ai de nouvelles de personne, tu as cessé de me répondre et Volde…

- S'il te plaît, Harry. »

Elle se redressa et vint le saisir par les épaules. Il se tut et l'observa fixement. Elle savait ce qu'il ressentait. Elle avait été à sa place, presque quinze ans plus tôt, à l'époque de la première guerre. Remus ne lui disait rien, Sirius s'était éloigné et les Potter étaient cachés. Il en allait de même pour lui. Ses amis n'avaient pas le droit de lui écrire, et tout ce qu'il lui restait, c'était des questions. Elle caressa doucement sa joue et soupira. Parfois, elle se sentait encore jeune, encore la Vega de dix-huit ans qui explorait Poudlard de nuit avec la vieille carte des Maraudeurs. Mais parfois, et de plus en plus souvent, elle se souvenait qu'elle était adulte et qu'elle avait des responsabilités. Qu'elle en aurait toujours plus. Et qu'il était de son devoir de protéger son filleul, y compris contre sa volonté.

« Nous te dirons tout quand nous serons arrivé. Nous sommes peut-être écoutés, ici.

- Arrivés… Mais où ? Où allons-nous ?

- Je ne peux pas te le dire maintenant. » Elle se mordit la lèvre. « Encore un peu de patience. Tu sauras tout, je te le promets. »

La réponse ne satisfit pas le garçon, évidemment, mais il se détourna et ferma sa valise. Elle la fit flotter jusqu'au rez-de-chaussée, tandis qu'il portait son balai et la cage d'Hedwige. Elle était arrivée au Square Grimmaurd quelques jours auparavant, Dumbledore avait supprimé la barrière qui l'empêchait de venir jusqu'à elle. Vega sourit à la vue de l'Eclair de Feu, offert par Sirius à Noël dernier. Il était lustré au possible – les vacances avaient dû être bien ennuyeuses s'il avait eu le temps de s'en occuper à ce point. Mais quelque part c'était compréhensible. Ce n'était pas loin d'être un trésor, tant en terme de valeur sentimentale que de valeur tout court.

Elle rejoignit Remus et s'assit près de lui autour de la table de la cuisine. Il faisait couler de la cire sur une lettre destinée aux Dursley. Elle leva les yeux au ciel. De la même manière qu'il n'avait jamais voulu croire la fratrie Black quand elle déclairait leurs parents étaient des monstres, il ne voulait pas non plus croire que les Dursley étaient de mauvais tuteurs alors même qu'il en avait la preuve sous les yeux. Harry était menacé, supposément renvoyé de son école, et il était laissé là, livré à lui-même dans la banlieue de Londres - il n'y avait rien de bien là dedans. Absolument rien. Le jeune homme finit d'ailleurs par les rejoindre et grimaça en voyant le cachet.

« Nous devrions peut-être sortir dans le jardin pour nous tenir prêts, » déclara Lupin. « Harry, j'ai laissé un mot à ton oncle et ta tante pour leur dire de ne pas s'inquiéter…

- Ils ne s'inquiéteront pas.

- … que tu es en sécurité…

- Ça va les déprimer.

- … et que tu les reverras l'été prochain.

- C'est vraiment indispensable ?

- Je ne leur aurais pas laissé de mot, » soupira-t-elle. « Mais Remus est procédurier. Allez, viens. Fol Œil doit te désillusionner. »

Elle se releva et lui sourit. Elle n'allait pas voler, son état ne le lui permettait pas et elle ne pouvait surtout pas prendre le risque de tomber ou d'être attaqué. Elle allait transplaner dans la maison et les y attendre, comme d'habitude. Elle regarda son filleul sortir et se tourna vers son fiancé. Il n'avait pas l'air inquiet, tout juste un peu plus sérieux qu'à l'ordinaire mais ce n'était qu'une impression. Il savait juste qu'en l'absence de Sirius ou de Vega, c'était à lui d'assurer la sécurité d'Harry. Mais elle ne se faisait aucun soucis : elle avait confiance en lui. Surtout sur ce point. Elle replaça le col de sa robe et en rectifia les plis, pensive. Elle avait beaucoup à lui dire, mais elle ne saurait sans doute pas où ni comment commencer. Il leur faudrait du temps – pour une fois, ils en avaient.

Remus lui prit alors les mains doucement et les caressa. Il percevait sa préoccupation. Elle ne la cachait de toute façon pas vraiment. Il déposa un baiser sur son front et posa sa propre main sur son ventre. Elle avait beau ne pas savoir ce qui s'y trouvait exactement, il ou elle était calme et elle n'avait à souffrir de coups de pied que très rarement et souvent pendant la nuit.

« Je serais venue avec vous, si j'avais pu, » se sentit-elle obligée de rappeler. « Tu seras prudent ?

- Bien sûr. Et je ne serais pas tranquille si je te savais perchée sur un balai.

- Peut-être qu'il apprécierait, qui sait ?

- Il aura largement le temps de monter sur un balai, il n'a pas besoin de commencer avant sa naissance. » Il rit doucement et indiqua la porte laissée ouverte. « Je dois y aller.

- Fais attention à toi. Et à Harry.

- Evidemment. Je t'aime. »

Il l'embrassa doucement et s'éloigna. Elle l'accompagna jusqu'à la porte et attendit de les voir disparaître dans les airs pour s'assurer que tout dans la maison était fermée. Une fois fait, elle transplana jusque dans le hall du Square Grimmaurd. Tout le monde dormait, sauf Sirius qui attendait, prostré sur les marches. Il releva la tête vers elle et la rejoignit, avide de nouvelles. Elle lui raconta tout ce qui s'était passé et lui assura qu'ils seraient bientôt là. Connaissant Maugrey, ce n'était qu'un demi-mensonge. Il avait prévu de faire une cinquantaine de détours avant d'arriver jusqu'ici, mais le lui reprocher aurait été de mauvais goût. Tant qu'il protégeait mieux Harry que Dumbledore…

Le frère et la sœur restèrent assis dans le salon jusqu'à entendre le loquet de la porte tourner. Ils furent de retour dans l'entrée en un clin d'œil et elle n'eut pas le temps de réagir que Sirius avait déjà pris le garçon dans ses bras. Elle sourit et s'assura avec Remus que tout s'était bien passé. Evidemment, les détours avaient été exagérés, mais en dehors de ça, rien n'était à signaler. Molly Weasley débarqua presque instantanément après que Sirius ait lâché Harry. Elle se mit à disserter sur son aspect faiblard et sa joie de le revoir, au milieu du brouhaha général qui avait fini par réveiller le portrait de Walburga. Elle s'attela alors à la faire taire tant bien que mal, et surtout mal que bien, avec l'aide de Lupin. Au bout d'un moment, l'euphorie retomba et le silence avec elle.

« Il vient d'arriver, » murmura-t-elle à l'intention de tout le monde sauf du garçon. « La réunion va commencer.

- Harry, tu devrais monter à l'étage. Ron et Hermione t'attendent, je crois que le dîner est prévu une fois la réunion terminée.

- La réunion ?

- Je te l'ai dit, je t'expliquerai tout ce que tu as besoin de savoir. Mais va les rejoindre. »

Elle lui indiqua la cage d'escalier avant de suivre tout le monde jusqu'à la salle à manger où, effectivement, Dumbledore était déjà assis. Elle rejoignit sa place et s'enferma dans un silence méprisant, comme à l'ordinaire. Elle jeta un regard de défi à Rogue, installé à l'autre bout de la table. Il venait le moins possible, et c'était normal. Aurait-elle eu le choix qu'elle lui aurait de toute façon interdit l'entrée. Elle s'appuya sur le dossier de sa chaise et écouta vaguement ce qui se disait. De toute façon, ce n'était pas pendant les réunions générales que le plus important se disait, de peur que certains membres – elle et Sirius, en fait, ne s'opposent encore frontalement à une décision. Elle s'en contentait. Elle savait suffisamment de choses par des voies détournées pour ne pas avoir besoin qu'on lui fasse confiance.

Il fut bien sûr question d'Harry, mais pas que. Le Ministère et son attitude semblaient préoccuper davantage l'assemblée. Elle n'attendait personnellement qu'une chose : retrouver son filleul. Près d'elle, Sirius trépignait et contenait mal son impatience. Elle crut entendre des éclats de voix, et se tendit en reconnaissant sa voix. Elle se mordit alors la lèvre. Il devait reprocher à ses amis de l'avoir laissé de côté, de ne rien lui avoir dit et il devait être frustré de ne rien comprendre. C'était naturel. A sa place, elle aurait déjà mis le feu à la maison.

Finalement, la réunion se termina comme elle avait commencé : par son absence d'attention. On ouvrit alors les portes et les adolescents rejoignirent la salle à manger et elle fit signe à Harry de venir s'asseoir près d'eux. Remus, poli et surtout conscient qu'il n'avait pas sa place dans cette étrange famille, partit aider Molly à amener le repas. Elle sourit à son filleul et l'observa un long moment. Il s'était énervé. Ses joues étaient légèrement rougies, comme l'étaient celles de James après un caprice ou un coup de colère. Elle échangea un regard avec son frère.

« Sirius, mais où sommes-nous ? Qu'est ce que c'est que cette maison ?

- Cette maison était celle de nos parents, » répondit-il en indiquant tout ce qui se trouvait autour de lui. « Comme je suis l'aîné de ce qu'il reste de la famille Black, j'en ai hérité. Quand nous avons fui, c'est ici que nous nous sommes réfugiés. Nous l'avons mise à disposition de Dumbledore pour y installer un quartier général – le meilleur usage de cette demeure. Et la seule chose utile que j'ai pu faire dernièrement.

- Elle est cachée, bien sûr. Nous l'avons réhabilitée, enfin surtout Sirius et Remus, et maintenant… Nous y vivons. Enfin bref. Tu as passé de bonnes vacances ?

- Non, c'était atroce.

- Je ne vois pas de quoi tu te plains, » soupira Sirius. « J'aurais été ravi d'être attaqué par des détraqueurs. Une lutte mortelle pour le salut de mon âme aurait été bienvenue, histoire de rompre la monotonie du quotidien. »

Elle assena un coup de coude dans les côtes de son frère et fronça les sourcils. Il était mélodramatique, mais il était surtout cynique. Harry n'avait jamais demandé à être confronté à des détraqueurs, et encore moins à voir son admission à Poudlard remise en cause. Il leva les yeux au ciel d'un air sarcastique et croisa les bras. Parfois il avait vraiment l'allure d'un adolescent mécontent et c'était ridicule.

Ils n'eurent pas l'occasion de continuer à discuter, puisque le repas finit par arriver à grands renforts de chutes, de cris et de plaintes de la part des Weasley. Les jumeaux, ravis de pouvoir utiliser la magie en dehors de l'école, avaient pris la fâcheuse habitude d'ensorceler tout ce qui leur tombait sous la main… Avec plus ou moins de succès. Heureusement qu'il était l'heure de manger et que tout le monde était affamé - dans le cas contraire, elle était presque certaine qu'ils auraient tous fini par se battre ou par s'enfermer mutuellement dans les multiples placards de la demeure. Elle dissimula un sourire et prêta attention aux diverses conversations. Bill parlait avec Lupin de l'allégeance confuse des Gobelins, tandis que Mondingus – ce fils de… Bref, racontait quelques anecdotes et que Tonks se métamorphosait en à peu près tous les animaux possibles et imaginables. Au final, les conversations s'éteignirent progressivement à mesure que l'heure et le repas avançaient. Quand tout fut fini, la plupart de ceux qui étaient encore assis était affalés et menaçaient de tomber de sommeil. Il n'y avait que Sirius pour rester droit sur sa chaise. Il attendait quelque chose et elle se doutait de quoi.

« Je crois qu'il va être temps d'aller se coucher, » dit Molly en baillant. « Les garçons…

- Pas encore, Molly, » répondit Sirius qui repoussa son assiette vide et se tourna vers Harry. « Tu sais, je suis un peu surpris. Je pensais que la première chose que tu ferais en arrivant ici serait de poser des questions sur Voldemort.

- Sirius…

- Bien sûr que j'ai posé des questions ! J'en ai posé à Ron et Hermione mais ils m'ont dit qu'ils n'étaient pas admis aux réunions de l'Ordre, alors…

- Et c'est vrai, » l'interrompit Mrs Weasley, crispée. « Vous êtes trop jeunes. »

Elle sentit Remus effleurer son bras, comme pour l'inciter à rester calme. Ce n'était pas faute de ne pas le vouloir, mais l'ambiance s'était glacée au moment où son frère avait évoqué Voldemort. Tous s'étaient tendus, tous s'observaient en attendant de voir ce qui allait se passer. Elle-même ne quittait pas Harry des yeux. Il fixait Sirius, en attente d'une réponse. De plusieurs réponses. Elle avait promis, et quand bien même Molly ne voulait-elle que son bien, elle n'allait pas mentir. Il méritait, il avait le droit de savoir.

« Depuis quand faut-il faire partie de l'Ordre pour avoir le droit de poser des questions ? Harry a été prisonnier de ces Moldus pendant un mois entier. Il a le droit de savoir ce qui s'est pass…

- Attendez un peu, pourquoi Harry a le droit à des réponses et pas nous ? » rétorquèrent les jumeaux, brusquement réveillés. « Il n'est même pas majeur !

- Ce n'est pas de notre faute si on ne vous a rien dit, » expliqua-t-elle d'une voix calme. « Il s'agit de la décision de vos parents. Harry, en ce qui le concerne…

- Ce n'est pas à vous deux de juger ce qui est bon ou pas pour Harry ! »

Molly s'était levée, comme électrocutée, et son visage d'ordinaire si doux était déformé par la colère. Elle était presque menaçante. Elle entendit Remus soupirer près d'elle, l'air vaincu, et Sirius se tendre. Elle hésitait sincèrement sur l'attitude à adopter. Elle avait envie de lutter pour son filleul, mais elle savait ce que ce n'était ni raisonnable ni utile. Quelque part, elle avait raison de ne pas vouloir que le garçon en sache trop. Mais ce n'était pas la manière de raisonner de Vega, et encore moins celle de son frère. Il était concerné. Dés lors, il devait savoir. Elle secoua la tête.

« Il n'a que quinze ans, je vous rappelle, et même si je ne nie pas qu'il a subi bien plus de choses que nous tous réunis…

- Il n'est plus un enfant, » répondit-elle avec impatience. « C'est lui qui a vu revenir Voldemort, il a davantage le droit…

- Ce n'est pas non plus un adulte ! Il n'est pas James !

- Parce que tu crois que nous ne le savons pas ?! » Sirius se leva brusquement, faisant tomber sa chaise dans un fracas presque assourdissant. « Tu n'es pas sa mère et il n'est pas ton fils !

- C'est comme s'il l'était. De toute façon, qui d'autre a-t-il ?

- Il nous a nous !

- Ah oui, sauf qu'ils vous étaient difficiles de vous occuper de lui pendant que vous étiez à Azkaban et en fuite, non ? »

Elle était sur le point de retenir son frère quand elle entendit cette dernière remarque. Elle se raidit et se leva à son tour, plus lentement. L'assemblée parut retenir son souffle, tandis qu'elle n'hésitait plus que sur le premier sort qu'elle allait lancer. Parmi le peu de choses qui parvenaient encore à la toucher, lui rappeler et pire, lui reprocher, qu'elle n'était pas là pour son filleul faisait partie des pires.

Il fallut que Lupin les retienne tous les deux pour qu'ils ne lui sautent pas littéralement à la gorge. Elle est chez nous, chez NOUS ! Elle tenta d'abord de le repousser, mais finit par obtempérer et poser sa baguette. Ce n'était pas une solution. James n'aurait pas voulu qu'ils fassent une chose pareille, et Lily aurait été de l'avis de Molly. Elle ferma les yeux un instant et posa une main sur celle de Sirius pour l'encourager à faire de même. Il ne réagit pas, les yeux toujours fixés sur la mère Weasley. Il avait le regard d'un chien dangereux, le genre qui égorgerait le premier qui oserait trop s'approcher.

« Molly, tu n'es pas la seule personne autour de cette table à te soucier d'Harry, » dit lança sèchement Remus. « Sirius, Vega, asseyez-vous. Harry est assez grand pour prendre ses propres décisions. Il devrait avoir son mot à dire.

- Je veux savoir ce qui s'est passé.

- Très bien, » souffla Molly, vaincue. « Ron, Hermione, Ginny, Fred, George, sortez d'ici. »

Et ce fut le retour des protestations, des hauts cris et des hurlements. Elle cessa d'écouter et se laissa retomber sur sa chaise, soudainement épuisée. Le bébé s'agitait dans son ventre, comme conscient de la pesanteur ambiante, et elle ne parvenait plus à rester debout. Remus se pencha sur elle pour s'assurer que tout allait bien, et lui proposa de remonter se coucher. Elle secoua la tête. Elle resterait jusqu'à ce que tout le monde y aille. Elle lui sourit et le rassura. Ou tenta de le faire, au mieux. Il pinça les lèvres mais ne dit rien. Il ne pouvait rien faire pour la forcer, de toute façon.

Au final, décision fut prise de ne forcer à partir que Ginny qui n'était pas majeure, au contraire des jumeaux, et à qui Harry ne répèterait pas tout, au contraire d'Hermione et Ron. Les parents Weasley eurent l'air épuisés, ce qu'ils étaient probablement, et se rassirent. Un long silence s'ensuivit, jusqu'à ce que Sirius s'assoit à son tour et que sa voix ferme le brise.

« Ok, Harry… Qu'est ce que tu veux savoir ? »