Chapitre 36 : Archange

Devant eux, se tenait un être surnaturel. Et pourtant... son apparence n'était pas aussi inconnue que cela. Ses cheveux immensément longs, brillant à la lumière du soleil, qui semblaient faits d'argent pur... ses yeux rougeoyants ressemblant à de véritables flammes... vêtu entièrement de blanc... un blanc d'une telle pureté. Et pourtant les deux ailes immenses qu'il portait dans le dos semblaient ternes en comparaison. Quelque chose de sombre se dégageait de lui. Sa seule présence était oppressante. Et son regard... il avait l'air de pouvoir s'insinuer au plus profond d'eux ! Personne ne pouvait plus prononcer le moindre mot. Personne sauf :

- Vous vous êtes enfin montré, dit calmement Kana en s'avançant.

- Qu'est-ce que tu fais ? Demanda Mikage en essayant de la retenir.

Mais elle était déjà hors de portée, et l'impression oppressante que dégageait cet être l'empéchait d'aprocher.

- Comment Kana arrive-t-elle a s'approcher de lui ? Demanda Aria. Je n'arrive presque plus à respirer...

- Je ne sais pas, répondit Hakuren en la serrant contre lui.

Et pour la première fois, l'être parla d'une voix aussi profonde que les entrailles de la Terre et aussi fluide que de l'eau qui s'écoule lentement.

- Vous savez qui je suis ? Demanda-t-il en langue commune.

Ils furent tous surpris de ne pas l'entendre utiliser la langue de Dieu, car il semblait tout aussi surnaturel que les esprits des trois yeux. Et ils commençaient à se demander si ce n'en était pas un quatrième.

- Vous êtes Gabriel, répondit Kana.

- Gabriel ? Murmura Hikaru. L'archange ?

- En effet, dit l'être sacré. Et vous, Kana... vous venez de vous mettre sur mon chemin.

- Reviens Kana, dit Mikage inquiet pour sa femme.

- Celui qui s'interpose sur le chemin des autres, dit-elle en avançant un peu plus, c'est vous.

- Kana ! S'exclama Raine apeurée, ses mains plaquées sur sa bouche.

Mais cela fit rire Gabriel. Un rire qui leur glaça le sang.

- Je ne m'interpose pas... je crée les chemins. Je tiens le destin de tous les humains dans mes mains. Tout comme ceux de Michael, Raphael et Nithael.

- C'était vous, l'accusa Kana. Vous avez scellé Nithael.

- Oui. Il avait échoué dans sa mission.

- Echoué ? Il est seulement tombé amoureux ! En quoi cela contrevenait-il au fait qu'il devait protéger un peuple ?

- Il s'était laissé distraire. J'ai dû intervenir.

- Mais vous avez aussi puni Raphael et Michael ! Pourquoi ?

- Ils étaient au courant, et ils m'ont caché la vérité. Mais mon pouvoir est absolu et je n'ai pas eu besoin que l'un d'eux prononce un mot pour découvrir ce qu'il se passait.

- Alors Nithael n'a pas été trahis, réalisa Elaine.

- Je suis omniscient et tout puissant ! Je sais tout et je peux tout. J'ai crée ce monde ainsi que la race humaine. Je suis le créateur des trois peuples ! Que ce soit leur langue ou leurs cultures... Et je dirige leur destin !

- Vous vous prenez pour Dieu ? Demanda Kana d'une voix forte.

- Et vous ? Demanda-t-il avec un sourire narquois.

Kana resta silencieuse. Tous deux se toisaient.

- Je n'ai ni votre avidité, ni votre prétention, répondit-elle finalement. Ce que j'ai fait... c'est dans le but de les protéger tous.

- Vous voulez dire... protéger le genre humain ? Railla-t-il. Ne pensez pas être devenue plus puissante que moi.

- Peut-être pas plus puissante. Mais j'ai de quoi vous tenir tête.

- De quoi ils parlent ? Demanda Kenta perplexe.

- Je n'en aucune idée... répondit Wida.

Soudain, un bruit sourd approchant les fit se retourner, et ils virent avec surprise deux hawkzile se poser sous leurs yeux. Kira, Kitai et Enen se précipitèrent vers eux aussitôt descendus. Puis ils se figèrent en apercevant Gabriel.

- Qui est-ce ? Demanda Kira.

- L'archange Gabriel à ce qu'il semble, répondit Kyle.

- L'archange...? Seigneur ! Teito ! S'exclama-t-elle en courant vers son mari toujours alongé au sol.

Elle le secoua légèrement et il ouvrit doucement les yeux. A leur grand soulagement, ses pupiles avaient repris leur couleur verte. Valérian se réveilla quelques secondes après lui.

- Mais qu'est-ce qui nous est arrivé ? Demanda Teito en se redressant.

- On vous expliquera plus tard, dit Hakuren. On a un plus gros problème à régler.

- Kana ! S'exclama Kira en se relevant. Reviens ici !

S'apercevant de la présence de son amie, Kana tourna la tête vers elle. Kira serra les dents lorsque leurs regards se croisèrent. Kana n'avait pas l'intention de faire marche arrière.

- Kira, demanda Mikage. Est-ce que tu sais ce qui se passe ?

- Kana... Dit-elle sombrement. Kana a utilisé le Temple.

- Qu'est-ce que tu viens de dire ?

- Elle a pris le bracelet d'Astel... et elle a récupéré le pouvoir du Temple !

- Pourquoi... dit-il faiblement en se retournant vers sa femme. Pourquoi Kana !

Mais celle-ci refusait de se retourner. "Ce serait beaucoup trop dur de voir son visage..."

- Je ne sais pas quel serment vous avez fait au Temple, continua Gabriel. Mais aucun d'eux ne peut me détruire. Vous pensez bien que j'y ai veillé.

- C'est vrai. Vous avez crée le Temple. Et vous avez peut-être crée ce monde et donné la vie à ses habitants. Mais vous ne contrôlez sûrement pas leur destin.

- Détrompez-vous. Au fil des siècles, j'ai trouvé très amusant de voir comment réagissaient les humains à toutes sortes de situations. C'est pourquoi j'en ai provoqué plusieures. Guerres, épidémies... leurs haine et leur désespoir. J'avoue m'être bien amusé.

- Mais les choses ont commençé à vous échapper. Vous ne les contrôlez plus aussi bien qu'avant. Votre influence sur eux diminue. De même que vos pouvoirs.

- Sornettes ! J'ai un pouvoir absolu.

- Les anomalies qui concernent le Temple. Que ce soit le point de rassemblement des gardiens ou leurs capacité à se battre. Toutes ces failles démontrent votre déclin.

- Je suis sur le point de remettre les choses en ordre. La moitié du travail aurait déjà été faite si vous n'étiez pas intervenue !

- C'est à dire ?

- C'est la princesse de Raggs qui devait utiliser le Temple ! Elle qui est un mélange parfait entre les trois peuples, dont le sang de chacun d'eux coule dans ses veines ! Il me la fallait !

- Et vous ne l'aurez pas.

- Oh je l'aurai. Quand je me serai débarassé de vous... le bracelet reviendra vers elle.

- Non, le bracelet va disparaitre avec moi.

- Pour ça il faudrait que je disparaisse. Et ce n'est pas prêt d'arriver. Je vous l'ai dit... je suis tout puissant.

- Que comptiez vous faire d'Astel ? Demanda Kira furieuse.

- La garder près de moi, comme je garde les âmes de tous les autres utilisateurs du Temple. Jusqu'à ce que son idéal l'utilise à son tour.

- Son idéal ?

- Un mâle possédant lui aussi le sang des trois peuples ! Grâce à eux, j'effacerai ce monde pour en créer un nouveau ! Un pays unique sous ma tutelle !

- Effacer le monde ? Demanda Hikaru. Vous êtes fou ! Et toutes les vies sacrifiées ?

- Je n'en ai que faire. Je suis à l'origine de ce monde, il m'est permi de la détruire quand bon me semble !

- De toute façon, dit Kira, vous n'aurez ni Astel ni Kiseki ! Car c'est lui n'est-ce pas son idéal ?

- Non. J'ai crée Kiseki dans un autre but. C'était une sorte d'assurance au cas où Astel décèderait.

- Vous avez... crée Kiseki ?

- Une femme devenue stérile ne peut avoir d'enfant... sauf si je décide le contraire. C'est moi qui suis à l'origine de ce miracle.

- Non ! hurla Kira.

Teito la retint alors qu'elle allait se ruer en direction de l'archange.

- Kiseki est notre miracle ! Cria-t-elle folle de rage. Il est né de notre amour parce que nous l'avons voulu ! C'est NOTRE fils, et certainement pas le votre !

- Question de point de vue, répondit froidement Gabriel. Vous n'auriez jamais eu cet enfant si je n'étais pas intervenu. Et l'idéal d'Astel n'existerait pas non plus sans moi.

- Parce qu'il existe ? Demanda Aria bouche bée. Qui ?

- Il est ici, parmi nous.

- Il n'y a personne ici qui possède les trois sangs, dit Hakuren.

- Si, affirma Gabriel en pointant Enen du doigt.

- Quoi ? S'exclama Kitai. Mais... tu avais dit que tu possédais seulement du sang Ragsien et Barsbien.

- Je jure que c'est la vérité ! Se défendit Enen. Je ne sais pas de quoi il parle.

- Ce n'est pas d'elle qu'il s'agit, continua Gabriel. Mais plutôt de celui qu'elle porte en elle.

- Pardon ? Dit Kitai choqué.

- Vous avez parfaitement compris. J'ai décidé que vous donneriez naissance à l'idéal d'Astel.

- Je suis enceinte...? dit faiblement Enen en posant une main sur sa bouche.

Elle vacilla dangereusement sous le coup de la nouvelle, mais Kitai la retint dans ses bras.

- Mon tatouage m'interdisait d'avoir des enfants... murmura-t-il en la serant contre lui.

- Preuve encore que je peux intervenir à tous les niveaux. Et que je peux faire de vous ce qu'il me plait. Et il m'a plut de choisir Enen. La femme maudite.

La jeune femme tressaillit dans les bras de Kitai, et elle posa instinctivement une main sur son oeil.

- Oui... vous êtes maudite Enen. Mais pas dans le sens où tout le monde se l'imagine. Le pouvoir qui sommeille en vous... c'est ça que je cherche à posséder ! C'est un art très ancien. Il date de l'origine du monde. De l'époque où j'avais le contrôle total de ce monde. Et j'ai fait en sorte qu'il soit transmis à cet enfant.

- NON ! hurla Enen désespérée.

Elle ne voulait pas que son enfant ai la même vie qu'elle. "Je ne veux pas qu'il souffre comme j'ai souffert !"

- ça va aller Enen, la rassura Kitai en l'embrassant sur le front alors qu'elle pleurait à chaudes larmes contre lui. Ça va aller.

- Je récupèrerai la princesse Astel ! Continua Gabriel. Et je vous prendrai cet enfant à naitre !

- Vous ne prendrez rien ! S'exclama Kana avec détermination. Vos plans vont tomber à l'eau. Je vais libérer ce monde de votre emprise. Je libèrerai Enen et son enfant de cette malédiction. Je libèrerai aussi Nithael, Raphael et Michael ! Et je vous libèrerai vous.

- Me libérer ? Et de quoi ?

- De vous même.

Cela provoqua l'hilarité de Gabriel.

- Vous... rit-il. Vous voulez me libérer... de moi même ? Qu'est-ce que c'est que ça ? Le pouvoir du Temple vous est monté à la tête ?

- Je suis très sérieuse. En fait c'est vous qui libèrerez tout le monde une fois que je me serai occupé de vous.

- Je vous demande pardon ?

- Vous allez renoncer vous même à vos plans. Vous laisserez les humains vivre libres et en paix. Et vous ferez disparaitre le Temple.

- Qu'est-ce que c'est que cette fantaisie ? Vous ne pourez pas m'obliger à...

- Vous ne m'avez pas entendue ? Vous le ferez de votre plein gré !

- C'est vous qui n'avez rien compris. Je peux faire tout ce que je veux, et vous ne pouvez pas vous interposer !

- Mais ce que vous voulez vraiment... ce n'est rien de tout ça.

- Qu'est-ce que vous pouvez savoir...

- Je le sais. Tout le monde le sais. Vous êtes l'archange Gabriel. L'envoyé de Dieu pour protéger ce monde.

- Je n'obéit à personne !

- Essayez de vous souvenir. Il y a des miliers d'années... quand ce monde à été créé. Vous étiez en charge de le protéger. Voilà pourquoi vous avez donné naissance aux trois anges : Michael, Raphael et Nithael. Vous l'avez dit vous-même, vous les avez créés pour protéger les trois nations.

- Je voulais qu'ils surveillent les humains ! Pas qu'ils les protègent.

- C'est faux ! C'était pour les protéger et vous avez aussi crée le Temple dans ce but ! Vous possédez les pouvoirs des quatre éléments. Et vous avez séparé vos pouvoirs pour les confier aux gardiens en cas de problème. Le Temple de la VIE ! C'est son nom ! Créé pour protéger la vie et certainement pas pour la détruire !

- Je décide de la fonction des choses...

- Si tout se détériore, continua Kana, si des anomalies sont apparues... c'est à cause de vous. Vous vous êtes laissé gagner par l'avidité, l'attrait du pouvoir. Votre âme s'est assombrie. Regardez-vous ! Vos ailes sont ternes !

Gabriel resta silencieux et tous purent s'apercevoir qu'elle avait raison. L'archange n'avait sûrement pas toujours été ainsi.

- Il n'est pas trop tard, dit doucement Kana en s'approchant. Vous pouvez redevenir l'être pur que vous étiez.

- Et si je n'en ai pas envie ?

- C'est ce que vous voulez le plus au monde. Mais vous ne savez pas comment faire. Et le seul moyen que vous ayez trouvé... c'est d'effacer vos erreurs. Effacer ce monde et tout recommencer.

-...

- Mais ce monde n'est pas une erreur. Même s'ils sont imparfaits... les humains méritent de vivre. Vous devez les laisser libres. Ils doivent s'unir par eux-même. Leur destin ne doit dépendre que de leur volonté.

- Eloignez-vous de moi, dit-il en faisant un pas en arrière.

- Je vais vous aider.

- Vous ne saviez pas tout ça avant de faire votre voeux au Temple ! Votre pouvoir ne sera pas suffisant pour...

- Détrompez-vous. Tout ira bien. Car pour une fois... le hasard a bien fait les choses. Mais peut-être était-ce le destin ? Votre destin ?

- De quoi parlez-vous ? Qu'avez-vous juré au Temple ?

- J'ai juré que je purifirai le monde, dit-elle en tendant la main vers lui. Et purifier le monde, passe par vous purifier vous.

- Non... murmura-t-il en voyant sa main toute proche de son torse.

- Vous allez redevenir un être de lumière.

La seconde qui suivit, Kana posa sa main au niveau du coeur de Gabriel. Et un grand halo blanc les entoura tout les deux, les cachant à la vue des autres. Il sembla se passer une éternité avant que la lumière s'évanouisse. Mais lorsqu'ils purent à nouveau distinguer la scène, il virent avec stupéfaction que la masse rocheuse avait disparu. L'atmosphère était devenue douce et légère. La pureté des ailes de Gabriel les éblouissait, mais ils purent voir Kana allongée à ses pieds.

- KAN A ! hurla Mikage en se ruant vers elle.

Il la prit doucement dans ses bras et fut souagé de voir qu'elle était encore consciente.

- Kana...

- Mikage, dit-elle en souriant.

- Kana ! S'exclama-t-il en lui prenant la main. Pourquoi tu as fait ça ? Pourquoi avoir utilisé le Temple ?

- Je devais vous protéger...

- Mais pourquoi toi ? Pourquoi tu me laisses derrière ? Et Aoi ?

Les larmes coulèrent sur les joues de sa femme quand elle l'entendit prononcer le nom de leur fils.

- Dis à Aoi que je suis désolée...

- Dis-lui toi-même !

- Je ne peux pas... je ne tiendrai pas...

Soudain Mikage se rendit compte que les jambes de sa femme commençaient à disparaitre.

- Non ! Cria-t-il de désespoir. On avait pourtant tellement de temps à passer ensemble !

- J'ai mentit Mikage, avoua-t-elle la voix déchirée. C'est plus que 50 ans de vie que j'ai perdu... j'aurais été morte dans quelques jours de toute façon...! Je suis désolée...

La nouvelle le laissa muet. Tout ce temps qu'il avait passé près d'elle... alors que Kana savait sa fin approcher. Le temps qu'il avait perdu à cause de leur dispute ! Sa jalousie lui avait fait perdre le peu de temps qu'il lui restait auprès de sa femme !

- Kitai voulait seulement m'aider... expliqua-t-elle. Il savait que j'avais peur de mourrir...

- Pourquoi tu n'as rien dit ! s'exclama Mikage en la serrant contre lui de toutes ses forces. Pourquoi...

- Je ne voulais pas vour faire souffrir... ni toi, ni Aoi... ni personne.

- C'est maintenant que je souffre ! J'ai l'impression d'avoir gaché ton temps...

- Non... jamais. Je t'aime Mikage.

- Moi aussi... je t'aime tellement ! Ne pars pas Kana.

Elle avait déjà presque entièrement disparu. Il pouvait à peine distinguer son visage.

- Non ! Cria-t-il fou de desespoir.

- Je suis désolée... murmura-t-elle pour finir. J'avais juré... de ne plus l'enlever... mais je te la laisse. Comme mon coeur, elle t'appartient.

Sur ces derniers mots, Kana disparut et ses bras se refermèrent sur le vide. Serrant dans sa main l'alliance de sa femme, Mikage hurla à plein poumon son agonie.