N/A : /!\ Décès brutal d'un personnage /!\

/!\ Avertissement : scènes violentes /!\

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Chapitre 34 :

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La pluie battante frappait drument, seuls les éclairs zébraient le ciel sombre et illuminaient par parcimonie le paysage. A peine sortie du bâtiment, Tamara entendit juste derrière elle une exclamation :

- « Chacun pour soi ! » Et elle vit son partenaire, son complice, son amant disparaître au coin du hangar. Les lampes s'éteignirent derrière lui sous l'effet probablement d'un court-circuit.

- « Connard ! » Elle ne réduisit pas pour autant son allure. Au, elle accéléra sa course jusqu'au parking. Elle souffla pour dégager les gouttes qui s'accumulaient sur son nez et sur sa lèvre inférieure. Elle extirpa son trousseau de clefs de sa poche et d'une main tremblante, mouillée, elle tenta de pincer entre son pouce et son index celle de sa camionnette. Quand elle la reconnut enfin, elle ouvrit la porte et s'engouffra dans l'habitacle. Elle était trempée, elle avait froid. La pluie s'était infiltrée à travers la couture de sa veste qui lui collait désagréablement dans le dos. Elle étendit ses jambes emprisonnées dans un jeans dégoulinant, à la recherche d'un peu de confort. Elle glissa ensuite la clef dans le contact, la tourna et elle pria mentalement que le moteur ne l'abandonne pas. 'S'il te plait… S'il te plait … S'il te plait'. Habituellement, elle n'aurait eu aucune raison de s'inquiéter, mais les vents avaient tourné et tous les obstacles inimaginables pouvaient se présenter. La loi de Murphy se fondait sur ses victimes sans sommation.

Le moteur ronronna. 'Merci mon Dieu !' La vue obstruée par des trombes d'eau, elle alluma les phares et les essuie-glaces à leur maximum. Dans sa précipitation, la jeune femme fit craquer le levier de vitesse en passant la marche arrière, tourna ensuite le volant et les pneus hurlèrent. Elle traversa les emplacements d'embarquements, parcourut à une vitesse folle les autres hangars et containers, elle fonça à travers le parking sans un regard pour les dockers qui s'écartèrent en lui hurlant des insanités. A la manœuvre suivante, elle percuta le portique grillagé fermé et le fit sauter dans les airs. Elle devait s'éloigner le plus rapidement du port et de cette maudite ville et elle se devait d'éviter le centre afin de ne rencontrer aucun problème. Elle bifurqua à droite, glissa sur la chaussée déjà gorgée d'eau et se lança sur la 'Dyke Road', une route sinueuse qui longeait la baie mais très peu empruntée. Toutes les lampes au bord de la route étaient éteintes, la coupure de courant avait dû s'étendre sur toute la ville.

Nerveuse, elle jetait régulièrement des coups d'œil au rétroviseur de peur d'être poursuivie. Elle dégagea d'un geste les mèches qui lui collaient au front. 'Allez, allez, allez' se dit-elle. Le trajet pour le moment se déroulait sans encombre. Il fallait que cela dure, il fallait qu'elle se montre prudente. Elle évitait quelques flaques dangereuses et ses pneus neufs chassaient l'eau et adhéraient parfaitement à la route. Au bout de quelques kilomètres, elle distingua l'orée du bois. Elle vira à gauche pour reprendre l'avenue principale, la seule qui menait à l'extérieur de la ville. Elle s'enfonça ensuite dans la forêt et la départementale, toute droite, lui permit d'accélérer sa vitesse. Les branches des sapins atténuèrent la pluie diluvienne qui s'abattait sur la région. Elle ne quittait la route des yeux que pour vérifier le paysage dégagé et rassurant défiler derrière elle. Lorsqu'elle vit enfin le panneau de signalisation vert annonça « Leaving Storybrooke », elle appuya sur le champignon, serra le volant de ses deux mains et inconsciemment se pencha en avant comme si elle pouvait influencer sa vitesse. 'Ils en ont après Greg.' Se répétait-t-elle pour s'encourager 'Il est plus important que moi.' Tentait-elle de se convaincre ?

L'orage craquait à travers les écarts de branches.

La ligne tracée à la peinture rouge l'avertit de la fin toute proche de son périple. Lorsque l'avant de sa camionnette s'apprêta à la franchir, elle relâcha sa respiration qu'elle avait retenue alors. Mais soudain son véhicule s'emballa et elle se cogna la tête contre son pare-brise. Malgré le fait qu'il fût immobilisé, les roues avant crissèrent sur l'asphalte et une odeur de caoutchouc brûlé envahit ses narines. Le train arrière de sa camionnette se souleva d'un mètre au-dessus du sol. La frontière était dessinée pile devant elle. Tamara s'était trop vite crue à l'abri. Elle sentit une force la happer, la tirer en arrière. Elle appuya des deux pieds sur la pédale en criant :

- « Noooooon ! »

Mais la camionnette n'avançait pas, elle faisait du sur-place, comme si une barrière invisible placée à l'avant l'empêchait de poursuivre sa route. Le moteur chauffait, de la fumée blanche s'échappait du capot. Elle se savait perdue, elle savait que la lutte était inégale et avec l'énergie du désespoir, elle changea les vitesses, braqua dans un sens puis dans l'autre pour déstabiliser son assaillant.

La puissance extérieure s'intensifia, la jeune métisse sentait qu'elle perdait du terrain et qu'elle reculait. Quand elle arrêta son acharnement, la camionnette fut propulsée dans les airs, vola en arrière pour terminer sa course, après plusieurs tonneaux, à une cinquantaine de mètres, dans une flaque de boue. Sa ceinture l'avait maintenue en place et lui avait sauvé la vie. Désorientée, elle la détacha et sortit à quatre pattes de son véhicule. Elle rampa sur l'asphalte, s'éraflant les coudes et les genoux jusqu'à ce qu'elle tombe nez à nez avec des bottines brunes lacées. Elle releva les yeux et hurla de terreur.

Un éclair suivi du craquement du tonnerre déchira le ciel sombre au-dessus d'elles. Le regard d'Emma était sombre, noir et jaune, sa peau verdâtre était recouverte par endroit d'écailles et de calles épaisses. Tamara comprit ce que cela signifiait. Elle avait lu les contes, elle avait étudié les origines des habitants de la ville avant de se lancer dans cette mission. Rumplestinltskin n'était plus. Emma était le Dark One.

L'agent de l'Home Office leva les mains en signe de soumission. Elle pleurait. Elle pleurait de peur :

- « Je ne … je … » Elle voulait s'expliquer entre deux sanglots.

- « Il est trop tard pour les bavardages ! » L'ancien Shérif s'abaissa à sa hauteur et prit la tête de la jeune métisse entre ses mains mouillées. Ses cheveux blonds étaient ternes et raides, dégoulinant du trop-plein d'eau qu'ils avaient accumulé. Elle remonta le long de son cuir chevelu puis y enfonça ses ongles. Elle les fit pénétrer doucement, en prenant son temps, en savourant chaque millimètre grappillé dans la souffrance. Elle sentait le sang chaud et épais s'écouler sur sa peau froide quand elle transperça la fine couche graisseuse du scalp. Elle regarda avec beaucoup d'intérêt les dix traits sanguinolent qui s'écoulèrent le long de ses tempes, de ses joues, qui brouillèrent la vue de sa victime et imbibèrent le col de son vêtement. Tamara hurla. Le sang se mêlait, se diluait aux grosses gouttes de pluie et devenait presque translucide dans le creux de son cou. Emma toucha doucement la matière spongieuse de son cerveau et poursuivit son insertion. La jeune femme brune portait ses mains sur les poignets de sa tortionnaire pour s'en dégager mais la prise était trop forte. Ses doigts creusaient, s'ancraient dans l'os de son crâne. Ils percevaient le fin battement de son système nerveux. La pauvre femme tentait de se relever, de se donner un élan, un appui à l'aide de ses pieds. Elle criait, elle se débattait tant qu'elle pouvait mais déjà les doigts crochetaient au travers des méandres de son cerveau. Ses yeux se révulsèrent alors et roulèrent dans leur orbite. Elle fut prise de convulsions et de soubresauts.

Emma prit possession de ses souvenirs, s'appropria des événements et actes auxquels avait assistés l'ancienne fiancée de Neal. Elle revécut en détail le déroulement de leur plan machiavélique : le guet-apens tendu à August à Hong-Kong, la rencontre avec Neal à New York, le manège de Greg, leur intrusion dans la ville, le pacte scellé avec Hook, les tentatives de manipulations vis-à-vis d'August, les tortures infligées à Regina … Regina. Emma vit la scène comme si elle se déroulait à l'instant précis sous ses yeux. La jeune Reine était sanglée, allongée sur une table d'opération, ses tempes, ses bras et ses doigts reliés à des électrodes. Emma ressentit plus qu'elle ne vit les images défiler sous ses paupières closes : elle pouvait percevoir l'électricité de la pièce, sentir la chair brûlée, entendre les hurlements déchirants. Elle assistait à la scène à la place de Tamara : Regina se cambrait sous les effets des décharges électriques que Greg lui envoyait en appuyant avec délices sur le bouton de sa machine. Envahie par une soudaine rage, la jeune femme blonde perdit le contrôle de ses émotions et de sa magie. Le charme se rompit les projetant toutes les deux en arrière. Emma se redressa rapidement et rejoignit la jeune femme en deux grandes enjambées. Celle-ci se trainait au milieu des flaques d'eau en gémissant. La nouvelle Sorcière la souleva par le cou et maintint la pression.

- « Pitié… Pitié » Supplia-t-elle, à bout de force, sans opposer aucune résistance.

- « Pitié, tu dis ? En as-tu eu pour elle ? » Rétorqua Emma pleine de haine.

Au loin, des phares éblouissaient sa vue, une voiture klaxonnait avec frénésie. Sans perdre plus de temps que nécessaire, Emma enfonça sa main dans la poitrine de Tamara, prit le cœur chaud et battant entre ses doigts et l'extirpa de sa cage thoracique. Elle lâcha sa prise sur la jeune femme brune, regarda cet organe vivant et le pressa lentement. Tamara s'effondra sur ses genoux, serrant des deux mains sa poitrine et criant de douleur. Emma poursuivit sa tâche tranquillement sans se soucier de la rapidité avec laquelle le truck bleu de David se rapprochait. Lorsqu'il arriva presque à sa hauteur, elle les immobilisa. Ils n'étaient plus maîtres de leurs mouvements. Elle leva la main au ciel et projeta un sort qui s'étendit au-dessus d'elle et s'éparpilla aux 4 coins de l'horizon. Elle mit fin au supplice de la jeune femme brune, sous les yeux effarés de ses parents. Elle écrasa son cœur entre ses doigts, il finit en poussière et s'envola en vent. Tamara s'écroula inanimée au sol.

David et Snow, libérés du sortilège, sortirent du véhicule, haletant :

- « Emma ! » Sa mère porta ses mains à sa bouche, effrayée. « Mon Dieu, Emma, qu'as-tu fait ?

- Je nettoie la ville de la vermine. » Et elle disparut dans un écran de fumée.

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Henry fit coulisser la lourde porte du hangar et regarda dehors. Il leva le nez au ciel et constata :

- « Il pleut bien. Qu'est-ce qu'on va faire ?

- Je n'ai rien pour nous abriter et je n'ai pas de voiture. Viens, rentrons, il se peut qu'il y ait un portable ou un téléphone qui trainent quelque part ».

A l'aide de leurs lampes de poche qu'ils avaient reçues dans leur annexe, ils firent le tour de l'entrepôt et scrutèrent chaque paroi métallique. Au bord de l'échelle qui menait au bureau des entrepreneurs, un téléphone à touches pendait au mur.

- « Là, Maman, regarde. » Il courut jusqu'au poste mural, appuya par deux fois sur le clavier. « Ca marche pas.

- Ca doit être une coupure générale. » Elle s'approcha et vérifia par elle-même puis reposa le récepteur sur le combiné. « Leroy doit certainement travailler dessus pour tout remettre en place. » Elle prit Henry dans ses bras et lui demanda tout bas : « Tu te sens capable de braver la tempête ? » Il acquiesça. « Très bien ». Elle préférait affronter le mauvais temps, dehors, plutôt que de rester à l'abri, à l'intérieur, à côté du cadavre de Gold. Elle ramassa une toile abandonnée dans un coin et la fit passer au-dessus de leur tête. Elle fit un signe à son fils « On y va. »

Henry se blottit contre sa mère et calqua ses pas sur les siens. A l'unisson, ils se jetèrent sous la pluie qui ne cessait de tomber. Leurs chaussures claquaient au milieu des flaques. Et ils se dirigèrent en courant vers la ville, leurs silhouettes disparaissant sous le rideau de pluie.

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Quelques instants plus tard, Emma apparut près du corps de son ancien ennemi. Etonnée de le voir chemise ouverte et dans une autre position, elle se pencha et vérifia son pouls. Il était bien mort. 'Qui alors ? Greg était-il revenu sur ses pas ? Ses parents étaient-ils remontés jusqu'ici ?' Elle haussa les épaules, cela n'avait plus d'importance. Malgré tout sur ses gardes, elle fouilla la salle et remarqua une annexe un peu plus loin. Elle repoussa la porte de la pointe du pied qui s'ouvrit dans un grincement sinistre. Méfiante, elle entra doucement. Elle découvrit alors avec émotion la chambre dans laquelle avait été séquestrée pendant plusieurs jours sa famille. Elle passa sa main sur le bureau, effleura la chaise et s'assit sur le lit de camp. Elle prit l'oreiller de Regina entre ses mains et y enfouit son visage. Elle inspira longuement et s'imprégna de l'odeur de sa compagne. Elle saisit celui de son fils et fit de même. Elle pleurait tout en serrant fort contre elle les seuls vestiges de leur présence passée. Elle repoussa ses souvenirs au fin fond de sa mémoire et les empêcha de prendre le pas sur sa raison. Elle s'était donné un objectif. Il lui permettait d'avancer et de penser à autre chose. Elle regarda le plafond, les yeux emplis de larmes, puis clôt ses paupières. Elle conjura la pièce de façon à la figer éternellement dans le temps. Ensuite elle l'enchanta pour que personne d'autre qu'elle ne puisse la trouver. La porte de bois se transforma en un faux mur. La chambre conserverait ainsi toutes les dernières traces de Regina et Henry. Cette chambre deviendrait son sanctuaire. Elle n'avait nul autre lieu où aller. Il était hors de question qu'elle retourne à l'appartement ou la demeure des Mills, car c'étaient les premiers endroits où Snow et David iraient la chercher. Elle se leva et fit apparaitre au-dessus du bureau un grand portrait de Regina et d'Henry et alluma une bougie en leur mémoire. Elle retraça le contour de leur visage :

- « Bientôt. » leur dit-elle.

Elle sortit de la chambre et se dirigea vers le cadavre de Rumple. Sa main survola sa forme et il se dématérialisa petit à petit. Ce lieu était désormais le sien, c'était sa maison, son refuge. Elle avança ensuite près de la petite porte dérobée qu'avaient empruntée plusieurs heures plus tôt les agents de l'Home Office. Elle s'agenouilla et posa la même main sur le sol.

- « Montre-moi. »

Deux traces de pas de différentes pointures apparurent couleur ocre. Elles scintillèrent puis clignotèrent pour se figer définitivement dans la matière. Elle suivit du regard la taille la plus grande, probablement celles de Greg. Leurs enjambées étaient plus larges et plus franches que les petites qui semblaient hésitantes et piétinaient sur place avant de prendre la direction du parking. Ce ne pouvait être que celles de Tamara. Emma s'engagea alors à l'opposée, elle prit la direction du Nord. Elle se lança à nouveau sous la pluie battante et tourna au coin de l'entrepôt.

Elle ne craignait pas qu'il se soit enfui, elle avait scellé, le cœur chaud de Tamara en main, un dôme invisible qui empêchait toute personne de sortir de la ville. Et s'il se cachait, cela rendait le jeu encore plus amusant. Elle voulait jouer avec lui, elle voulait le chasser, le traquer comme une bête sauvage.

Il avait contourné Storybrooke par l'extérieur en longeant les marais et il était rapidement arrivé à la limite du bois qui entourait la ville. Il avait erré çà et là, probablement à la cherche d'un abri. Emma le suivait à la trace, jusque dans la forêt. Elle voyait ses pas se glisser derrière les buissons et les troncs d'arbres, ils allaient et tournaient dans toutes les directions, ne semblant savoir où se diriger. Elle grimpa sur les pentes escarpées et prit appui sur les rochers. Elle n'utilisait pas sa magie car elle voulait profiter de chaque instant. Du haut de la colline, elle poursuivit sa traque. Il avait brisé des branches, écrasé des champignons et des végétaux tout au long de son parcours. Un enfant de quatre ans aurait pu le pister aisément. Greg Mendell avait perdu beaucoup de temps dans sa fuite. Elle sauta par-dessus un tronc mort abattu au milieu du bois et traversait une petite clairière. Soudain, au détour d'un chemin, la piste prit une nouvelle direction comme si l'homme avait fini par retrouver ses repères. Les enjambées devenaient plus franches à nouveau et plus droites. Emma reconnut également le décor, ils étaient non loin du Puits aux Souhaits. 'Qu'espérais-tu ? Que la magie t'exauce un vœu ? Une porte de sortie ?'. Elle accéléra sa marche, dans le doute que son souhait ne soit entendu. Elle courait presque. Le temps qu'elle possédait lui apparut tout à coup plus court, compté. Son cœur battait plus vite, le doute l'assaillait et s'il arrivait à fuir. Quand elle atteignit la Source, elle avança prudemment et regarda tout autour d'elle. Rien n'indiquait la présence de sa proie sur les lieux. Les pas dorés menaient jusqu'à la construction. Elle les suivait, aux aguets. Ils s'arrêtaient au bord du muret de pierres et des traces de mains apparurent sur les bordures. Elle créa une boule de feu entre ses doigts et la jeta dans le vide. Elle regarda et admira sa longue descente jusqu'à ce qu'elle se consume au contact de l'eau. 'Non, tu ne te caches pas là-dedans à la recherche d'une porte imaginaire'. Elle fut rassurée. Son attention fut attirée par le craquement d'une brindille plus loin, suivi d'un autre. Elle tourna vivement la tête et plissa les yeux afin de discerner une silhouette. Mais la forêt était trop dense et les arbres obscurcissaient son champ de vision. A petits pas légers et chassés, elle reprit sa route, consciente qu'elle approchait de sa cible.

Dans sa fuite, Greg avait oublié d'être rusé et prudent. Avait-il naïvement pensé qu'il ne serait pas poursuivi ? Emma était déçue, elle espérait que sa chasse allait durer, qu'elle allait être à la hauteur de sa rage. Elle s'enfonça dans la forêt, les yeux mi-clos, s'abaissa, raclant le sol de ses genoux, s'agrippant aux pierres, aux branchages pour modérer sa précipitation, freiner son impatience. Elle pouvait sentir la terre sous ses pieds trembler sous l'effet de son excitation. Elle devait se reprendre, il ne fallait surtout pas que sa magie trahisse sa présence. Elle s'adossa à un arbre et respira lentement. 'Calme-toi, tu y es presque, ne gâche pas tout.' Elle se retourna, puis contourna les différents obstacles qu'elle rencontrait sur son chemin et franchit un filet d'eau. Sans quitter d'une oreille attentive les bruits de fond, elle prit un détour et élargit la distance qui les séparait. Elle se rapprochait de la caravane d'August abandonnée à quelques mètres de là, elle vit au loin une ombre courir à travers les arbres. Mais elle abandonna quelques instants la poursuite. Curieuse, elle ouvrit la porte de la roulotte et y entra. Elle constata les dégâts : tout était sens dessus-dessous. Le matelas était retourné, les couvertures arrachées, les placards grand ouverts et vidés de leur contenu, le frigo débarrassé de toutes nourritures transportables et comestibles. 'C'est donc ici que tu as perdu ton avance.' Greg avait dû se préparer en quatrième vitesse un sac à dos de survie. 'Bien mal t'en a pris, cela ne te servira à rien.'

La proximité de son gibier attisait ses sens et relança son excitation. Elle reprit la chasse là où elle l'avait laissée. Il était temps qu'elle mette un terme à ce petit jeu.

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Il avait fallu presque une heure à Regina et Henry pour arriver au 108 Mifflin Street. Ils constatèrent tous les deux que la porte était non seulement grande ouverte mais que toutes les fenêtres du rez-de-chaussée avaient explosé. Ils entrèrent prudemment. A la vue du champ de ruine qui s'étalait sous leurs yeux, ils ne purent retenir une exclamation de stupéfaction.

- « Qu'est-ce qu'il s'est passé, Maman ?

- Reste ici, Henry… Ne viens que si je t'appelle. » Lui chuchota-t-elle à l'oreille. « Si tu entends du bruit, enfuis-toi et refugie-toi chez Granny !

- Je ne veux pas te laisser.

- Je sais bien, mon chéri » Elle s'abaissa à sa hauteur et prit sa tête entre ses mains. « mais je ne peux pas me défendre et je serai mille fois plus rassurée, si je te sais en sécurité. S'il te plait … Pour moi. » Elle lui caressa les cheveux derrière l'oreille et attendit sa réponse.

- « D'accord. »

Regina s'avança confiante. Son fils reconnut le masque qu'elle avait remis en place si elle rencontrait un ennemi. Elle savait bluffer et elle utiliserait tous les stratagèmes pour le manipuler. Elle piétina les débris de verre et les éclats de bois et pénétra dans le salon, doucement. Elle s'abaissa et ramassa un livre qui jonchait là. Elle en prit d'autres et les feuilleta. Elle les reconnut pour la plupart, c'étaient ses grimoires et ses livres de magie. Cependant, ils étaient tous vierges. Jamais elle n'avait assisté à pareil spectacle. 'Emma'. Elle sentait sa présence et elle ressentait sa magie. La jeune femme brune tentait tant bien que mal de se concentrer et d'utiliser la sienne. Une toute petite flamme de la taille de celle d'une allumette se forma dans le creux de sa main.

- « Tu peux venir, Henry. Il n'y a rien à craindre. » Elle éteignit la flamme, elle ne voulait pas donner de faux espoirs à son fils.

- « Alors ? » Demanda-t-il dans l'embrasure de la porte.

- « C'est Emma. » Elle se releva « Elle … elle m'a emprunté mes livres de magie.

- Où est-elle maintenant ? » Le jeune garçon s'avança près de la baie vitrée du salon et regarda à nouveau le ciel. « Qu'est-ce qu'on va faire ?

- On va la trouver. » Regina joignit le geste à la parole et se dirigea vers son bureau. Henry la suivit. Elle décrocha son téléphone mais il n'y avait toujours pas de tonalité. Il était inutile de rechercher leur portable. Celui d'Henry avait été confisqué le jour de son enlèvement et celui de Regina devait être déchargé dans son sac à main. Elle hocha négativement la tête. Rien ne leur serait épargné. Des crissements de pneus et des claquements de portières attirèrent leur attention.

– « Henry, reste… » Le jeune garçon se précipita dehors malgré les protestations de sa mère.

- « Grand-mère ? Grand-père ! »

Les Charming s'étaient arrêtés net dans leur course. Ils n'osaient croire ce qu'ils voyaient. Leur petit-fils, accompagné de très près par sa mère adoptive, dévala les marches du perron et se jeta dans leurs bras. Snow faillit s'évanouir mais soutenue par son mari, elle fit vite face. Aucun son ne sortait de sa bouche ouverte. Des larmes de joie s'écoulèrent le long de ses joues et elle sanglotait sans retenue. Hésitante, elle le regarda sous toutes les coutures, la tête emprisonnée entre ses mains tremblantes. Elle porta son front à ses lèvres et l'embrassait. Quand elle réalisa enfin que ce n'était pas un mirage ou un mauvais tour, que l'image d'Henry ne se dissipait pas, elle le serra contre elle et l'embrassa de plus belle. La tête, le cou, les oreilles, le front, les joues. L'enfant rigolait étouffé par ces marques d'affection débordantes.

- « Laisse m'en un peu. » David le tapota sur l'épaule, comme un homme, comme quelqu'un qui ne voulait pas se laisser submerger par ses émotions. Mais les retrouvailles étaient trop intenses, la perte trop immense. Au bout de deux tapes, il l'embrassa à son tour, le serra contre son cœur et le porta au-dessus du sol. Ils rigolaient tous les deux aux éclats.

Snow s'avança près de son ancienne belle-mère et Regina l'arrêta dans son élan :

- « Très peu pour moi ! Garde tes effusions pour ton mari. »

Snow secoua la tête en signe de négation. C'était un souhait qu'elle ne pouvait respecter. L'émotion était trop grande. Transportée par la joie de retrouver inespérément une partie de sa famille, elle enlaça la jeune Maire et posa son menton sur son épaule, tout en fermant les yeux. Regina resta stoïque, rigide, les bras ballants. Elle attendit que le moment passe et qu'elle puisse être maîtresse de ses mouvements. Et surtout, elle ne voulait pas que ses gestes soient mal interprétés et que Snow y voit une invitation à un épanchement plus important.

- « Bienvenue parmi nous, Regina. » Murmura-t-elle. Elle se détacha doucement et lui prit les mains. Elle la regarda droit dans les yeux, sincèrement.

- « Bon… Très bien. » Regina récupéra ses mains, gênée, puis lissa ses vêtements qui étaient dans un piteux état. « Rentrons… bien que … à ce stade-ci… » Elle regarda de haut en bas la tenue dégoulinante de sa belle-famille « Cela ne servirait plus à rien. »

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N/A : Edit du 21/04. Comme occasionnellement depuis l'écriture de cette ff, les grands esprits se rencontrent… Il y aura donc prochainement des scènes que j'ai préalablement écrites et qui, il semblerait, aient été abordées dans les épisodes diffusés.

A croire que les scénaristes ont entendu le message de certains fans au sujet du manque de profondeur de certaines thématiques.

Je maintiens, persiste et signe que je ne m'inspire plus de la série depuis la saison 2. Cette histoire est créée depuis belle lurette. C'est toujours un (heureux pour vous) concours de circonstance.

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Sources :

Alors cette fois, de quelle scène/série me suis-je inspirée ?

- Découpes de crâne sur you tube.

- Décomposition des corps (saviez-vous que cela ne commence qu'après 2 jours ? non ? Hé bien maintenant vous savez. datation-postmortem . e – monsite . com

Mais qu'est-ce que je ne suis pas prête à faire pour vous ?

- Description de la chasse. Encyclopédie, interviews et sites.