Chapitre 36 : Naomi.- Exécution.
Il était sept heure et demie du matin. J'étais réveillée depuis quatre heure du matin et je repensais sans cesse au déroulement de la journée qui allait défiler : l'inspecteur Johnson devrait arriver vers huit heure et se faire passer pour le père de Katie. Il m'équipera alors discrètement de micros et d'un gilet pare-balles tandis que Katie tentera de connecter son ordinateur à mon téléphone pour voir s'il se faisait tracer. C'était les flics qui lui avaient appris comment faire, car il fallait qu'elle s'en charge, sinon la manipulation pourrait sembler suspecte.
On avait découvert il y a trois jours que mon portable se faisait localiser partout où j'allais. Les experts n'avaient cependant pas réussi à identifier l'endroit où s'établissaient ces traçages.
Ce sont les photos d'Emily qui nous ont permis d'identifier l'agresseur. Ou plutôt, les agresseurs. L'homme dans les buissons a été facilement identifiable. À ma grande surprise, il s'agissait de Carl, un type avec qui j'avais été au lycée et que j'avais revu récemment dans un café du coin. Les choses devenaient plus claires à présent… Il avait abandonné son job pour sois-disant commencer un métier dans le privé. L'inspecteur est allé interroger sa mère, qui ne savait vraisemblablement rien sur son nouveau travail, mais c'était apparemment bien rémunéré. En tant que mère bienveillante, elle avait elle-même mené son enquête en le suivant un jour quand il a dit qu'il devait se rendre sur son lieux de travail.
Elle nous a donné l'adresse, et a demandé si son fils était en danger. Johnson lui expliqua que non, son fils ne courrait aucun risque, mais qu'ils avaient seulement besoin de quelques témoignages. Bien sûr, il mentait; mais il ne fallait alarmer personne. Et encore moins la mère d'un des agresseurs.
Johnson avait surpris Carl sortir de la maison plusieurs fois dans la journée, ainsi qu'un autre homme; un blond à la barbe naissante qui portait tout le temps des lunettes de soleil et une casquette. Ça devait être Josh. Il avait remarqué qu'il avait un tatouage sur son bras droit, et je me souvins très distinctement du serpent que s'était fait tatoué Josh quelques jours après la mort de ses parents.
J'avais reçu un autre message, impossible à localiser cette fois, m'indiquant la chose suivante :
Si tu veux retrouver ta putain en vie, sors à 9h devant son immeuble. Si les flics débarquent, elle se prend une balle en pleine tête.
J'avais d'abord pensé à y aller seule, car je ne voulais pas qu'il lui arrive quoi que ce soit, puis je me suis rendue compte que quoi que je fasse, ça ne les empêcherait pas de lui faire du mal. Autant mettre toutes les chances de mon côtés.
J'étais équipée du gilet et des micros incrustés dedans, au cas où le plan ne se déroulerait pas comme prévu. Katie me serra dans ses bras au moment où j'allais partir. On était devenue incroyablement proches, inséparables, depuis que Em avait été enlevée. Spécialement après la visite de ses parents. Jenna me détestait (évidemment) et me tenait pour responsable de l'enlèvement de sa fille. Elle n'avait cependant pas tort. Mais Rob et Katie avaient pris ma défense (oui, Katie avait finalement changé d'avis). L'entente entre sa mère et moi restait acceptable, même si j'avais un mal fou à rester dans la même pièce qu'elle ne serait-ce que trente secondes.
Ma mère était elle aussi venue nous rendre visite; mais je lui avais expressément précisé de ne pas venir en même temps que Jenna et Rob.
Je sortis de l'appartement et descendis les marches d'un pas lourd. Un homme en noir avec des lunettes de soleil et un bonnet attendait devant l'entrée, les bras croisés. J'en conclus instantanément qu'il devait s'agir de Carl, et je me postai devant lui en attendant ses directives.
Il ne dit pas un mot. Au lieux de ça, il me prit violemment par le bras et m'entraîna dans la voiture garée derrière lui. Il m'attacha les bras et me fouilla le corps. Ma respiration se bloqua, car j'avais peur qu'il ne s'aperçoive de ce que je portait en-dessous de mon haut. Heureusement, il s'arrêta et m'attacha dans la voiture avec force. Ensuite, il me banda les yeux et la voiture démarra.
J'essayais de mémoriser les directions, dans le cas où le plan ne se déroulerait pas comme prévu. Le trajet fut plutôt court et je fus rapidement entraînée hors du véhicule, les yeux toujours bandés.
La police ne devrait plus tarder maintenant… Johnson a dit qu'ils arriveraient au moment où j'arrive devant la maison. Ils devaient avoir du retard… Oui, c'est ça, ils avaient du retard.
J'étais à présent à l'intérieur de la maison et j'entendais des cris provenant du sous-sol. Cette voix m'étais familière et je l'assimilai automatiquement à celle d'Emily. J'avais envie de courir la rejoindre car l'entendre hurler m'étais insupportable. J'essayai de me défaire de l'emprise de l'homme, mais rien à faire. Et qu'est-ce que font les flics, bordel ?!
J'avais encore les yeux bandés et essayais de me calmer en me focalisant sur les bruits autour de moi. Il y avait des bruits de pas, autre que ce de Carl. Et il y avait aussi les cris d'Emily, étranglés dans sa gorge derrière une main vraisemblablement. Je gesticulai à nouveau pour me défaire de lui, mais en vain. La rage me dominait de plus en plus au fur-et-à mesure que j'entendais Emily se débattre. Et c'était Emily, j'en étais persuadée. J'aurais même pu reconnaître son odeur. Même si elle était mélangée avec une odeur de je-ne-sais-quoi d'autre.
"Emily !" hurlai-je désespérément.
Elle se débattit à nouveau et j'entendis un autre cri étranglé.
"Ta gueule, pétasse." dit Carl en appuyant sur ma gorge.
"Du calme." dit l'autre homme à Carl.
Et j'aurais reconnu entre mille la voix de Josh. Elle n'avait pas changé d'un poil. J'étais terrifiée; il se tenait à nouveau là, devant moi, après toutes ces années.
J'entendis le bruit du chargeur d'un pistolet s'enfoncer dans l'arme et je frissonnai. Carl retira le bandeau de mes yeux et je la vis, menottée les bras dans le dos, retenue par les bras puissants de Josh. Il n'avait pas changé, ou peu… Toujours ce même regard arrogant, toujours ces mêmes cheveux blonds (quoi que bien plus longs maintenant) et ses yeux… Ses yeux que j'avais vu pour la dernière fois il y a tout ce temps, qui avaient perdu tout leur éclat et ne conservaient plus que de la haine.
Il porta le pistolet au niveau de la tempe d'Emily et je frissonnai encore plus. Je commençai à paniquer. Paniquer parce que j'avais peur qu'en voyant la police arriver, il tire, qu'il appuie sur la gâchette dans un élan de panique. Non, ça ne pouvait pas arriver.
"On va procéder à l'échange maintenant, si tu veux bien, Naomi." dit Josh.
Je hochai la tête en regardant Emily droit dans les yeux; elle commençait à pleurer. Maintenant plus que jamais, j'avais envie de la prendre dans mes bras, de lui dire que tout allait bien se passer. Mais je ne pouvais pas.
Carl et Josh échangèrent brièvement quelques signes de tête et l'arme était toujours posée contre la tempe d'Emily. Il actionna le mécanisme pour préparer le coup et je hurlai à nouveau. Je hurlai qu'il ne tire pas, que je ferai tout ce qu'il demandera. Tout. Mais qu'il ne tire pas.
Il pointa à présent le révolver vers moi et au même moment, j'entendis un coup de feu et tout se passa très vite. J'eus d'abord peur que le coup de feu provenait de l'arme de Josh, mais le bruit venait de derrière moi et Carl relâcha sa prise et je pu enfin bouger. Quant à Josh, il fut assommer une fraction de seconde plus tard par un policier qui lui passa instantanément les menottes autour des poignets. Il hurlait des injures à mon sujet, celui d'Emily, et je me retournai pour voir ce qui était arrivé à Carl. Il était sur le sol et se tordait de douleur à cause de la balle dans la jambe qu'il avait reçue.
Je courus ensuite vers Emily, pauvre Emily, qui ne s'était pas arrêtée de pleurer depuis l'assaut. Elle ne réagit pas tout de suite lorsque je la pris dans mes bras, puis, lorsqu'elle comprit que ce n'était pas un rêve mais bien la réalité, elle agrippa ses bras autour de moi, me tenant si fort que j'en avais du mal à respirer. J'embrassai ses cheveux, son visage, sa bouche, tout ce qui pouvait la rassurer que j'étais bien là, devant elle, et que je ne comptais pas la laisser tomber. Pas encore.
Sa peau était sale et ses lèvres étaient sèches. Les conditions dans lesquelles elle avaient dû vivre pendant cette dernière semaine ont sûrement été intolérables. Je la serrai plus encore contre mon corps, en l'embrassant, comme si c'était la seule chose qui importait. Je me rendis compte que les flics avaient emmener Josh et Carl, et qu'il ne restait plus que Johnson. Il nous fit signe de le suivre et posa le bras d'Emily sur son épaule pour l'aider à marcher. Elle me retint par le poignet, pour garder un contact physique.
L'ambulance attendait devant la maison et les ambulanciers prirent Emily par la taille pour l'emmener à l'intérieur du véhicule. Je voulus la suivre, mais je m'assurai d'abord que Josh et Carl étaient bien dans la voiture de police. Oui. Et Josh me regardait avec une rage telle que j'eus de nouveaux frissons. Je remerciai l'inspecteur et montai aussitôt dans l'ambulance, car j'entendais Emily crier mon nom.
Je m'assis sur la banquette à côté du lit et prit à nouveau sa main dans la mienne en la caressant, doucement. L'ambulancier lui injecta une perfusion dans le bras gauche, mais elle ne s'en rendit même pas compte. Il examina ensuite son état de santé et conclut qu'elle était en manque de fer et en manque d'eau (en traduisant ce qu'il venait de dire). Elle avait sûrement dû être mal nourrie, sous nourrie, et cette pensée me remplit à nouveau de rage. Comment était-il humainement possible d'infliger ça à un être si pur, si innocent ?
Je remarquai qu'elle avait aussi quelques contusions au visage, datant sûrement du jour de son enlèvement, car elles semblaient en voie de cicatrisation. Ses bras couvraient de légers hématomes et les articulations de ses mains étaient en sang. Elle avait sûrement dû essayer de sortir de l'endroit où elle était enfermée. Je déposai de doux baisers sur ses mains en espérant que cela permettrait de diminuer la douleur.
"Je t'aime." murmurai-je en pleurant.
Voilà ce que j'aurais dû lui dire ce fameux matin, plutôt que de laisser ce mot sur son oreiller. Et voilà ce que je lui dirai tous les matins jusqu'à ce que je n'ai plus un souffle de vie.
"Je sais Naoms." répondit-elle calmement. "Moi aussi."
A/N: je n'allais quand même pas les séparer plus longtemps ! ;)
