Pfiou, les enfants, quelles histoires ! Je suis désolée d'avoir mis autant de temps à publier ce chapitre, surtout après avoir dit à nombres d'entre vous qu'il arriverait bientôt vu qu'il était déjà écrit ! Mais un chapitre ne m'avait pas donné autant de mal depuis… bien longtemps. Depuis le chapitre Solitude, où Harry était enfermé par Dumbledore, je pense.
Donc je tiens à remercier ma beta Zephineange, qui s'est beaucoup donnée sur ce chapitre, et qui a été capable de me dire qu'il était bancal. Je remercie aussi Saturne, qui est repassé par derrière et m'a donné quelques conseils très justes. Et je me remercie aussi moi-même, de ne pas avoir tout abandonner, parce que bon. Voilà.
Et surtout, je vous remercie vous, lectrices et lecteurs, et surtout revieweurs en série ! Vous avez été formidable sur le dernier chapitre, avec vos nombreux retours. Bon, ça ne se voit pas vu le temps qu'il m'a fallut pour publier, mais je vous assure que vos reviews ont été des coups de booste et de motivation pour me faire écrire ! Qu'aurais-je fait sans vous ? Merci du fond du cœur !
C'est un long chapitre, j'espère que vous l'apprécierez. Et si vous l'apprécierez pas, que vous le trouverez pas trop horrible. (oui j'en suis là) Et, surtout, je tiens à dire que le FUN arrive dans le prochain chapitre ! :D Vous comprendrez de quoi il est question quand il sortira, mais j'ai hâte ! (cette auteure croit tellement peu en son chapitre actuel qu'elle tease le suivant)
Bonne lecture !
Archerot
- Harry Potter –
Harry transplana.
Une impasse bordée de maison de briques se matérialisa autour de lui, masses sombres et tristes sous un ciel maussade.
« Bon retour en Angleterre », marmonna pour lui-même le jeune homme.
Mais il ne laissa pas cette ambiance morose détériorer son humeur. Il remonta l'Impasse du Tisseur d'un pas dynamique, son sac ballotant sur son dos, un léger sourire aux lèvres. La maison de Rogue ne se distinguait guère de ses voisines mais il s'y dirigea sans marquer de pause.
La porte s'ouvrit dès qu'il y frappa, comme si Rogue avait guetté son arrivé. Il aperçut quelques instants la silhouette familière se découper dans l'encadrement, robes noires, cheveux noirs, regard noir, avant d'être entraîné à l'intérieur.
« Je ne suis pas si en retard, se justifia aussitôt Harry. Et je t'assure, ce n'est pas de ma faute, le Portoloin…
- Tais-toi donc », grommela Rogue en l'attirant contre lui.
Leurs lèvres et leurs mains se rencontrèrent, avides de combler la distance qui les avait séparés. Sa langue avait le goût de l'Earl Grey. Ils s'embrassèrent de longues minutes, leurs doigts parcourant le corps de l'autre, détachant parfois un bouton.
Ils atteignirent la chambre noyés dans un flot de sensations, la peau électrifiée, le souffle erratique. Leurs vêtements émaillèrent le sol jusqu'au lit, et si une ou deux fois Rogue parut distrait, les sourcils légèrement froncés, l'instant d'après il l'embrassait avec une ardeur renouvelée.
L'orgasme les trouva couverts de sueur. Harry se laissa retomber sur le matelas, sentant tous les muscles de son corps se détendre. Severus s'étendait aussi à ses côtés et Harry se retourna paresseusement pour se retrouver dans ses bras. Attrapant le drap, il les en recouvrit. Rogue se laissa faire et Harry ferma les yeux, soupirant légèrement.
Il était bien, la peau brûlante de son compagnon contre la sienne, l'esprit vide.
Harry était satisfait de sa vie. C'était la première fois qu'il prenait le temps de le constater.
Il vivait au rythme de ses choix, décidait où il allait et ce qu'il faisait. Lorsqu'il vivait dans sa chaumière en Ecosse, il n'avait cessé de tenter de combler le vide de ses journées, en dehors de ses recherches sur les voyages dans le temps et de ses entraînements. En quittant le confort de son univers familier, il avait découvert qu'il pouvait arrêter de s'inquiéter pour des questions sans réponse.
Il était libre.
Il était libre d'aller où il voulait, et pourtant il revenait à Londres.
Pour Severus Rogue.
Il n'avait rien promis, Rogue ne lui avait rien demandé. Il pouvait passer des jours sans penser à lui, et soudainement une odeur ou un fragment de conversation lui parvenait et Rogue occupait de nouveau tout son esprit.
L'homme était devenu un pilier, l'un de seuls liens avec sa vie d'avant, à savoir qui il était, à le connaître intimement. Mais il était lucide, il savait qu'une partie de son attachement était due à la solitude. Rogue avait été là et était là. Aurait-ce été différent si cela avait été un autre ?
Pourtant.
Harry avait été curieux. Il s'était retrouvé dans ces bars à l'ambiance festive, où la musique emplissait les oreilles et le sol collait sous les semelles. Il avait bu avec des inconnus, sans qu'il ne sache vraiment à chaque fois comment ils étaient venus à se parler, leur voix portant au-dessus du bruit ambiant. Plusieurs femmes avaient flirté avec lui, et même des hommes à deux reprises, mais cela lui avait semblé incongru. Il n'était pas intéressé.
Il savait pourquoi en ces moments où il reposait à ses côtés, un sourire satisfait sur les lèvres, ivre de son odeur et de sa présence, le corps et l'esprit apaisés.
Contre lui, la position de Rogue se raidit, mais enfoncé dans sa torpeur, il lui fallut un temps pour s'en rendre compte. Harry se redressa légèrement lorsque son compagnon se dégagea de son embrassade avec raideur. Il tourna son regard myope vers son amant. Celui-ci s'était reculé jusqu'au bord du lit où il s'était assis et semblait le fixer intensément. Il ne parvenait pas à voir l'expression de son visage. Frustré, il chercha à tâtons ses lunettes.
« Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il d'une voix pâteuse, encore alangui par l'orgasme.
- Je ne t'aime pas », déclara abruptement l'homme.
Harry cligna des yeux et sortit brutalement de la bulle cotonneuse dans laquelle il avait été plongé.
« Pardon ? » demanda-t-il, incrédule.
Qu'avait-il fait pour mériter une telle déclaration ? Le pire était probablement qu'il ne percevait aucune haine, aucune colère, dans la voix de Rogue. Il ne semblait même pas tenter de le blesser. C'était comme un état de fait, un simple constat. Quelles réflexions pouvaient bien agiter l'esprit de son compagnon pour qu'il aboutisse à cela ?
« Il faut juste que tu le saches, je ne t'aime pas.
- Oh, je vois », répondit Harry comme si cette conversation était parfaitement rationnelle.
Mais elle ne l'était pas.
C'était ridicule, absurde.
En réalité, il ne s'était jamais posé la question en ces termes.
Il s'était plutôt interdit d'interroger ses sentiments concernant Rogue. C'était plus simple ainsi. Tout était trop complexe dans sa vie, il voulait en garder quelques fragments simples.
Mais jamais il ne dirait qu'il ne l'aimait pas. Cela aurait été faux. Car ne pas aimer, n'était-ce pas comme s'il ne ressentait rien ? Il se souvenait du vide, de l'absence d'émotion, d'énergie, après la mort de Weltz. C'était à l'extrême opposé de ce qu'il ressentait en la présence de Rogue.
Mais celui-ci ne l'aimait pas. Harry ne devrait pas être étonné par ces paroles. Il connaissait Rogue. Il savait comment il se défendait de ressentir la moindre émotion qui pourrait le faire apparaître comme faible. Rogue pensait-il que l'aimer lui donnerait trop d'importance ? Ou peut-être Harry s'était-il réellement donné trop d'importance. Peut-être Rogue était-il sincère.
Il ne l'aimait pas.
Et cela faisait mal. Pourquoi était-il autant blessé par ces paroles ? Peut-être était-ce de la faute de son ego. Ou d'autre chose.
Il ne voulait pas y penser.
« Donc en fait, toi et moi, c'est juste pour le sexe ? continua Harry, tentant de cacher son amertume.
- Voilà. »
La voix de Rogue semblait refléter de la satisfaction, comme s'il était heureux qu'il le comprenne si bien.
« Donc, si tu m'acceptes lorsque je reviens, c'est simplement parce que tu es trop laid et trop salaud pour trouver quelqu'un d'autre ? »
Seul le silence lui répondit. Avait-il réussi à faire perdre ses mots à Severus Rogue, dont la langue était aussi acérée qu'une lame de rasoir ? Toujours sans parvenir à distinguer les expressions de son visage, il vit l'homme détourner le regard. Il fixa un instant le mur devant lui avant de hocher la tête. Un ricanement méprisant s'éleva dans la chambre plongée dans l'obscurité.
« Voilà qui est clair, dit Rogue d'une voix glaciale. Va-t'en. »
L'homme se leva et se rhabilla en quelques mouvements secs et efficaces. Harry ne dit rien pour le retenir ou retirer ses mots. Un poids obstruait sa gorge et comprimait sa poitrine. La mâchoire crispée, il le regarda quitter la pièce. Il tressaillit lorsque la porte claqua, comme si le coup lui était physiquement porté.
Il resta un instant immobile, incapable de réagir, de comprendre ce qu'il s'était réellement passé. Et soudainement, la colère se propagea en lui.
Comment osait-il ?
Il s'habilla à son tour, laissant sa fureur enfler. Il prit son sac qu'il n'avait même pas eu le temps de déballer et transplana jusqu'à la station de Portoloins internationaux. Il commanda le dernier Portoloin qui partait dans l'heure sans se préoccuper du prix. Deux heures plus tard, il se retrouvait, désorienté, dans les rues bondées et étouffantes d'une ville dont il ne se souvenait déjà plus du nom. Il lui fallut quelques instants pour comprendre.
L'Inde. Il avait pris un Portoloin pour l'Inde.
En d'autres circonstances, Harry aurait fui ce pays. Il y avait quelque chose d'épuisant dans cette foule constante, cette agitation incessante, mais à l'instant, c'était ce dont il avait besoin. S'immerger de sensations pour s'oublier.
Il parvint à quitter une artère principale pour se glisser dans une rue adjacente bordée d'étals, toute aussi agitée mais moins pressée par la foule. Les voix s'élevaient de toutes parts, négociant, s'interpellant, couvrant le cliquetis des pièces changeant de main et des paniers déplacés.
La foule s'éclaircissait là où une femme drapée dans un sari rose était assise par terre, un panier en osier posé devant elle. Les hommes et femmes pressaient le pas devant elle, montrant un étrange mélange de respect et de gêne. Le couvercle du panier était légèrement entrouvert et Harry se retrouva à le contempler bêtement lorsqu'une fine tête triangulaire darda une langue fourchue à travers l'ouverture. Le serpent se frayant un chemin, s'extrayant de sa prison en ondulant, ses écailles d'un marron profond presque rouge frottant contre l'osier.
« Reste là-dedans ! s'exclama l'indienne en agitant la main en signe de menace.
- Un peu d'air », siffla le serpent.
Sans que Harry ne puisse retenir sa surprise, il s'approcha d'elle :
« Tu parles Fourchelang ! »
La femme lui jeta un étrange regard tandis que le reptile rentrait dans son panier en sifflant son mécontentement. Elle reposa le couvercle avant de répondre d'un ton emprunt de noblesse :
« Je suis Rajani Nayar, héritière du Don. Je parle le Serpent comme mon père avant moi, et la mère de mon père. »
Harry fronça les sourcils. C'était la première fois que quelqu'un qualifiait le Fourchelang de don. Même ceux qui n'y voyaient pas un acte de magie noire étaient mal à l'aise à l'idée de le côtoyer.
« Le don ? Chez moi, ceux qui le parlent sont redoutés et rejetés. Les sorciers pensent que ce sont des mages noirs. »
Quelle coïncidence fallait-il pour que la première personne à qui il adresse la parole en Inde soit une Fourchelang ? Étrangement, Harry se sentit aussitôt connecté à elle.
C'était la distraction qu'il lui fallait. Oublier Rogue quelque temps.
Avant qu'il ne comprenne ce qui lui arrivait, Harry était devant une tasse de thé dans une riche et spacieuse maison, expliquant laborieusement la différence entre la magie noire et la magie blanche. Rajani l'observait avec des yeux perçants à travers les volutes d'eau chaude, imperméable à ses explications. Pour les Indiens, la magie était Magie. Rajani finit par couper court au débat :
« Parler à un animal sacré est un don des dieux. »
Harry ne put qu'acquiescer : il avait toujours aimé parler aux serpents, même si cela avait été difficile à admettre lorsque tout le monde le traitait de monstre.
« Reste ici cette nuit, dit-elle, tu y as le droit. »
Harry n'était pas certain de comprendre ce dont elle parlait, mais il accepta. Il lui fallait quelques temps pour comprendre qu'elle-même n'était pas chez elle, mais ses hôtes ne dirent rien lorsqu'elle leur demanda de préparer une chambre pour lui.
Épuisé, Harry ne s'interrogea pas.
Il refusa de penser à Rogue en s'endormant.
Le lendemain, elle l'emmena avec elle à travers la ville, son panier de serpents sur le dos. Pas une seule fois, elle ne lui demanda d'où il venait ou ce qu'il faisait là. Il se garda de l'interroger à son tour. Ils se rendirent dans une famille sans que Harry ne comprenne ce dont il était question. Rajani discutèrent avec eux dans une langue qu'il ne connaissait pas avant de sortir l'un de ses serpents pour le poser sur le torse d'un homme malade. Harry ignorait pourquoi il était là et, à en juger par les regards curieux ou inquiets, les autres indiens aussi.
Ils sortaient de la maison lorsqu'un enfant s'arrêta devant eux à bout de souffle. Rajani l'écouta débiter son message à toute vitesse, les sourcils froncés. L'enfant détala, une expression effrayée sur le visage, avant qu'elle n'ait eu le temps de répondre.
« Que se passe-t-il ? demanda Harry.
- Je m'excuse, tout ceci ne se passe pas comme je l'espérais. Je vais devoir abréger notre temps ensemble et partir quelque peu précipitamment.
- Je ne comprends pas... »
Rajani lui jeta un regard intense, hésitant.
« Ma présence ici... gêne certaines personnes. Il est plus sage pour moi de m'en aller avant qu'ils ne me retrouvent. Je dois récupérer mes affaires, mais d'ici une heure, je serai partie. »
Harry hocha la tête. Il avait pris toutes ses affaires avec lui, pourtant il suivit Rajani jusqu'à la maison de ses hôtes. Un groupe d'hommes se tenait devant l'entrée, parlant fort, scrutant la foule avec un air mauvais. Harry sut à la façon dont Rajani se tapit dans un renfoncement à leur vue que ce n'était pas bon pour elle.
Harry hésita un instant, la regardant poser son panier au sol et se saisir d'une extrémité de son vêtement, avant de céder à son impulsion :
« Tu veux que je fasse diversion ? »
Rajani s'immobilisa, fronçant les sourcils de surprise. Plissant les yeux, elle hocha lentement la tête.
« Je n'en aurais pas besoin. Mais garde mon panier pour moi. »
Et alors qu'elle prononçait ces mots, tous les traits de son visage s'effondrèrent. Sa peau se plissa, sa mâchoire se déforma, ses cheveux grisonnèrent et se résorbèrent. L'instant suivant, Harry avait devant lui une vieille femme ridée et ratatinée. Elle arrangea ses vêtements différemment pour correspondre à son nouvel âge puis, courbée mais fermement campée sur ses jambes, Rajani partit en direction de la maison. Les hommes la dévisagèrent mais ne l'arrêtèrent pas.
Harry attendit son retour avec inquiétude. Lorsqu'elle revint, elle lui tendit son sac avec un regard impétueux :
« Tiens, porte le fardeau d'une vieille femme. »
Sa voix était étrange. Ce n'était plus exactement celle de Rajani, et pourtant pas tout à fait celle d'une vieille dame. Il accepta son sac, comprenant la nécessité de parfaire son déguisement.
« Tu étais vraiment prêt à le faire ? demanda-t-elle soudainement. Une diversion pour que je m'enfuie ? »
Harry haussa les épaules.
« Oui, je suppose. Je suis doué pour cela. Et j'imagine que j'ai l'habitude de m'impliquer dans ce qui ne me concerne pas. »
Un sourire malicieux joua sur les lèvres fripées de Rajani.
« Que dirais-tu de t'impliquer dans mes affaires un peu plus longtemps ? »
Harry ne réfléchit guère avant d'accepter. Rajani l'intriguait, et le mot était faible. De plus, une présence à ses côtés l'aiderait à distraire son esprit de sujets auxquels il ne voulait pas songer.
Ce ne fut que beaucoup plus tard, alors qu'ils avaient quitté Madras sans encombre et marché toute la journée, que Rajani quitta son apparence de vieille femme.
« Tu es vraiment une Métamorphomage », s'exclama Harry.
Rajani lui lança un regard d'incompréhension.
« Tu peux changer ton apparence, lui expliqua Harry.
- Je ne l'utilise pas de façon inappropriée, répliqua-t-elle sur la défensive.
- Inapproprié ? Qu'est-ce que tu racontes, c'est formidable ! J'aurais tellement aimé naître avec ce don !
- Ne sois pas stupide, ce n'est pas un don et… Pourquoi es-tu si enthousiaste ? »
Rajani le regardait avec suspicion et Harry n'était pas stupide au point de ne pas voir qu'il y avait là une différence culturelle qui les empêchait de se comprendre.
« Je trouve ça vraiment pratique. Combien de fois aurais-je préféré qu'on ne me reconnaisse pas ? Que veux-tu dire par utilisation inappropriée ? »
Rajani lui jeta un regard en coin, avant de parler avec précaution.
« Je suis sûre que tu vois ce dont je parle. Je ne me transforme pas pour ressembler à un homme…
- Parce que tu ne peux pas ?
- Si, je le peux », dit elle avant de rectifier vivement : « Je le pourrais.
- Et c'est mal ? »
Rajani ne répondit rien et ils marchèrent silencieusement un moment.
« Certaines personnes le font, mais elles ne sont pas bien considérées, finit-elle par dire. Est-ce accepté chez toi ?
- Je ne sais pas », s'excusa Harry en haussant les épaules.
Il ignorait beaucoup de choses sur le monde sorcier dans lequel il vivait. Il était à peu près sûr que l'oncle Vernon aurait quelque chose à redire sur quelqu'un qui pouvait changer de femme en homme, mais ce n'était probablement pas ce que Rajani voulait savoir.
« C'était ce dont t'accusaient les hommes ce matin ? » demanda-t-il soudainement.
Il sut qu'il avait raison lorsque Rajani détourna le regarda et tenta de changer peu subtilement de sujet :
« Tu pourrais arriver aussi à changer d'apparence.
- C'est une proposition pour m'apprendre ? » dit Harry en acceptant de ne pas recevoir d'autres réponses.
Le jeune sorcier s'était entraîné lorsqu'il était en Écosse, il avait lu de nombreux livres mais il avait eu beau essayer de transformer son visage, il en avait été incapable. Il était persuadé que s'il faisait disparaître sa cicatrice ou changeait la couleur de ses yeux, il parviendrait à berner ceux qui risquaient de le reconnaître dans le futur. Pourtant, il ne parvenait pas à effectuer ces simples transformations, il n'avait aucun talent en métamorphose. « Peut-être », répliqua Rajani.
Il fallut quelques jours pour que Harry la voie métamorphosée en garçon. Ce ne fut pas une surprise, il avait compris que son empressement à se défendre de ces allégations cachait quelque chose.
Au premier coup d'œil, il ne la reconnut pas. Ils s'étaient séparés pour la journée et Harry flânait dans les rues. Un homme passa devant lui, grand avec une fine moustache recouvrant sa lèvre supérieure, et le jeune sorcier ne lui aurait pas prêté attention si l'Indien n'avait pas ostensiblement évité son regard.
Harry le dévisagea. Il y avait quelque chose qui le dérangeait, mais il était incapable de mettre le doigt dessus. Et soudain, il comprit.
« Rajani ? »
Harry vit très clairement différentes expressions passer sur son visage, le désir de nier, puis la résignation et un éclat de colère :
« Harry. »
Le jeune homme savait qu'il avait commis un impair, d'une façon ou d'une autre, sans comprendre pourquoi. Mais il ne voulait pas se brouiller avec la Métamorphomage, aussi choisit-il prudemment de pas relever son changement d'apparence.
« Je te cherchais ! Je me disais qu'on pourrait aller acheter quelque chose à manger, je commence à mourir de faim. »
Rajani lui lança encore son regard étrange qu'il pouvait reconnaître malgré son changement d'apparence radical.
« Tu dois comprendre, Harry. Viens avec moi. »
Harry obéit, curieux. Il la suivit – le suivit ? - avant d'arriver dans une cour intérieure, isolée de la foule. Là, sous ses yeux, elle reprit l'apparence qu'elle avait lorsque Harry l'avait vue pour la première fois. Elle flottait légèrement dans la chemise et le pantalon qu'elle portait désormais. L'Indienne lui fit face et inspira profondément :
« Je suis Rajani Nayar. C'est moi. »
Comme Harry hochait la tête, elle se métamorphosa lentement. Ses cheveux s'allongèrent encore et frisèrent, sa peau s'assombrit, elle rapetissa de quelques centimètres, son nez se retroussa.
« C'est toujours moi. »
Ses traits continuèrent de changer. Cette fois-ci, elle grandit soudainement, sa carrure s'épaissit, sa poitrine disparut, ses cheveux raccourcirent, sa mâchoire devint plus carrée.
« C'est encore moi. »
Harry hocha la tête. C'était une toute autre personne, et pourtant il pouvait toujours la reconnaître car il y avait ce petit quelque chose qui restait toujours, homme ou femme. C'était ce qui lui avait permis de l'identifier dans la rue quelques instants plus tôt. La transformation continua. Une barbe drue poussa sur ses joues alors qu'elle perdait de nouveau du muscle pour devenir beaucoup plus élancée.
« J'ai compris, dit Harry. Quelle que soit ton apparence, tu es toujours toi. »
- Je suis qui je suis. Tous à la fois. »
Harry acquiesça encore une fois. Rajani cherchait ses mots.
« Je… Je ne te l'ai pas dit avant car… Ici, c'est quelque chose qui ne se fait pas. On n'en parle pas. Ceux qui me reconnaissent prétendent que je ne suis pas la même personne. Ils me respectent car je parle la Langue des Serpents et qu'ils ont besoin de mes pouvoirs et de ma bénédiction, mais ils me craignent et me fuient tout autant car je ne suis ni homme, ni femme.
- Je n'ai pas d'avis sur tout ça…
- Nous sommes de cultures différentes. »
Harry inclina la tête, mal à l'aise, conscient d'être un bien piètre représentant de la culture sorcière britannique :
« Lorsque j'ai eu onze ans, j'ai appris que tout ce qu'on avait essayé de m'inculquer était faux. Je suppose que j'ai l'habitude d'accepter facilement tout ce que je ne connais pas.
- Alors tu ne vas pas fuir maintenant que tu sais qui je suis ?
- Je ne vois pas pourquoi, répondit Harry avec un sourire. Tu as promis de m'apprendre la métamorphose ! »
Rajani sourit à son tour et reprit l'apparence de l'homme moustachu, ses épaules relâchées.
« Si tu continues à m'accompagner, tu vas devoir prendre le rôle d'un Dresseur de Serpents comme moi. »
Harry comprit ce que cela signifiait une semaine plus tard.
Ils quittèrent la ville où ils se trouvaient pour en rejoindre une autre. Il ne savait pas comment Rajani organisait son voyage, mais il la suivait. Plusieurs fois ils furent dépassés par des bus débordant d'hommes de toutes parts, et Harry était heureux de ne pas avoir à monter dedans.
Les longues heures de marche côte à côte lui donnaient du temps pour réfléchir. Ce jour-là, Rajani avait l'apparence d'un petit homme, solidement bâti, à la peau si sombre qu'elle était presque noire. Harry ne pouvait s'empêcher de se demander quelle était sa véritable apparence, celle avec laquelle elle était née.
Mais peut-être était-ce ce qu'elle avait essayé de lui expliquer lorsqu'elle lui avait montré ses multiples facettes. Il n'y avait pas de vraie ni de fausse apparence. Toutes étaient elle, toutes étaient lui.
À leur arrivée dans la ville, Rajani les conduisit dans le dédale de rues. Il avait dû envoyer un message d'une façon ou d'une autre, car lorsqu'ils arrivèrent à leur destination, une grande maison qui tranchait à côté des autres plus vétustes, la famille toute entière les attendait.
Rajani échangea quelques mots respectueux avec l'un des hommes avant de prendre ses paniers où se trouvaient ses serpents. Il les laissa sortir et les guida dans la maison, les faisant passer dans chacune des pièces, répétant à chaque fois :
« Libère les pierres du mauvais œil, apaise le lieu et apporte la félicité. »
Quand il eut fini, le maître de la maisonnée lui fit boire dans un calice sculpté puis Rajani s'adressa à Harry en Fourchelang :
« À ton tour. »
Harry lui jeta un regard paniqué.
« Que veux-tu que je fasse ?
- Refais tout ce que je viens de faire. »
Tous les membres de la famille les regardaient avec un air d'attente respectueuse, n'ayant pas conscience de ce qui se déroulait devant eux. Harry se redressa et s'exécuta maladroitement. Il répéta plus ou moins approximativement les paroles de Rajani en guidant les serpents avant de revenir et de boire à son tour dans le calice. La boisson sucrée se propagea dans sa bouche avant de laisser un étrange arrière-goût rance.
Un immense repas festif avait été préparé et il fallut attendre encore plusieurs heures avant qu'ils ne se retrouvent seuls. Harry n'avait pas aussi bien mangé depuis ses années à Poudlard. Dans un coin de la pièce richement meublé, deux hommes jouaient d'un étrange instrument à cordes et de sortes de tambours, et Harry se retrouva rapidement étourdi par les conversations qui s'étendaient autour de lui et l'air chargé d'épices et de fumées.
Finalement, ils furent conduits dans une chambre tout aussi luxueuse que le reste de la demeure. Rajani posa son panier à serpents sur l'un des deux lits et Harry put enfin poser la question qui l'avait taraudé pendant toute la soirée :
« Qu'est-ce que tout ça voulait dire ?
- C'est la cérémonie d'accueil. On vient de protéger leur foyer du mauvais œil.
- Mais on n'a rien fait ! On n'a fait aucune magie !
- Ne t'inquiète pas pour cela. C'est un grand honneur pour eux de nous accueillir le temps de notre séjour, cela les rend chanceux en soit.
- Notre séjour ? Que fais-tu, en réalité ?
- Comment t'expliquer cela ? murmura Rajani en se passant une main sur le visage. Je suis la personne vers laquelle ils se tournent lorsqu'ils ont des problèmes.
- Quelles sortes de problème ?
- Tous les problèmes. Un conflit entre deux voisins, des problèmes d'héritage entre des enfants, la protection pour les nouveau-nés, une malédiction sur une maison. »
Les jours qui suivirent, les habitants du quartier vinrent le voir les uns après les autres et Harry découvrit que Rajani était à la fois arbitre, guérisseur, briseur de sort et charlatan. Mais si de nombreuses fois, il ne fit que marmonner des paroles sans trop de sens en Fourchelang, il se montra aussi réellement talentueux. Il identifia ce qui décimait un troupeau de chèvres – une plante particulièrement toxique et savoureuse qui avait proliféré près de la rivière et dont les bêtes se gavaient – et brisa habilement un sort qui empêchait un homme d'ouvrir le coffre dont il avait hérité. Harry n'était pas tout à fait à l'aise avec le mysticisme dont il entourait chacune de ses actions. Rajani avait proféré que le coffre avait été maudit car l'homme avait laissé la veuve de celui dont il l'avait hérité dans le besoin et n'avait brisé le maléfice qu'une fois extorquée la promesse qu'il allait s'en occuper, bien que Harry avait été sûr qu'il s'agissait d'un simple sort de protection.
Pour autant, Harry pouvait voir les bienfaits des actions de Rajani et il décida bientôt de l'aider. Cela ne leur laissait que peu de temps pour les leçons de métamorphose. Un soir enfin, Rajani tenta de lui expliquer :
« Ce n'est pas seulement une question de puissance magique. Il s'agit de compréhension.
- De compréhension ?
- Nous avons une image mentale de notre propre apparence qui correspond plus ou moins à notre apparence physique. Certaines caractéristiques sont particulièrement fixes, et toute la magie du monde ne pourra pas les changer si tu ne les vois pas différemment.
- Comment dois-je faire pour changer la vision mentale que j'ai de moi ? » demanda Harry en fronçant les sourcils.
Rajani eut un sourire malicieux, et même si le visage était complètement différent, il reconnut le sourire que lui avait adressé la vieille dame la première fois qu'il l'avait vue se métamorphoser.
« La première chose est de savoir quelle image tu as de toi. Malheureusement, je ne peux pas t'aider sur ce point. »
Elle avait raison. Harry réfléchit à la question pendant des jours. Rajani et lui entrèrent dans une certaine routine. Durant ces semaines, Harry le vit plusieurs fois changer d'apparence et il commença à comprendre ce qu'il voulait lui dire. Quelle que soit l'apparence qu'il prenait, Harry le reconnaissait toujours. Il avait pensé au début que c'était à cause de sa gestuelle, de sa façon de parler et de se comporter, mais il y avait autre chose. Quelques caractéristiques qui faisaient que Rajani était toujours Rajani, quels que soient les changements.
Cette image mentale qu'il avait de lui-même et qu'il ne pouvait changer.
« Quand j'étais enfant, ma tante me coupait les cheveux mais ils repoussaient toujours dans la nuit », lui dit-il un soir dans la pénombre de leur chambre.
Rajani extrayait le venin des glandes de l'un de ses serpents à gestes habiles, et Harry jouait avec un bibelot qu'il avait acheté plus tôt.
« Je ne savais pas que j'étais un sorcier à l'époque. Et plus tard, j'ai pensé que la magie m'avait aidé à me sortir d'une situation où j'aurais été ridicule, comme elle le faisait souvent. Mais c'était peut-être autre chose, c'était peut-être cette vision de moi-même qui se manifestait ?
- C'est fort possible », répondit calmement Rajani.
Ce jour-là, elle portait les cheveux jusqu'aux épaules et sa peau prenait une teinte cuivrée à la lueur des bougies.
« Pourquoi à ton avis es-tu si attaché à tes cheveux ? »
Harry n'eut pas à réfléchir beaucoup. Il avait dû entrapercevoir un jour une photographie de ses parents, et les cheveux rebelles de son père, si semblables aux siens, avaient dû éveiller son imagination.
« J'ai les mêmes cheveux que mon père. Même si je ne l'ai jamais connu. Il est mort lorsque j'avais un an, avec ma mère. J'ai hérité des yeux de ma mère, alors je pense qu'ils font aussi partie de mon image mentale. Et ma cicatrice. Lorsque j'étais enfant, je l'aimais parce qu'elle me rendait différent, même si j'essayais de la cacher. Et plus tard… Tout le monde voit ma cicatrice avant de voir autre chose.
- Elle n'est pourtant pas si apparente que ça… »
Rajani avait remis le serpent dans son panier et bouchait hermétiquement sa fiole.
« C'est compliqué… Mais pour résumer, elle m'a rendu célèbre.
- C'est donc une partie de ton histoire, de ton identité. Maintenant, réponds-moi. Que veux-tu changer ?
- Je ne sais pas. Je veux juste qu'on ne puisse pas me reconnaître. »
Rajani lui jeta un étrange regard avant de sourire avec malice.
« Ça, ça ne devrait pas poser de problèmes. »
Rajani était largement optimiste : pour elle, se métamorphoser était aussi naturel que de respirer. Mais Harry commençait à penser qu'elle pouvait avoir raison : changer son apparence était à sa portée.
L'astuce de Rajani était la même que celle des magiciens moldus, ceux qui faisaient apparaître des lapins blancs dans les chapeaux et disparaître des montres au poignet. Il suffisait d'attirer l'attention sur quelque chose pour faire oublier le reste. Plutôt que d'essayer de changer ses traits les plus caractéristiques, il devait s'affubler de détails si incongrus que ses interlocuteurs s'arrêteraient à cela.
Pendant ce temps, ils continuaient leur périple. Rajani et lui voyageaient de village en ville. À chaque fois, ils étaient accueillis par une famille qui les hébergeait.
Au fil des mois, Harry apprenait à apprécier de plus en plus Rajani. Il restait mystérieux sur bien des points, en refusant par exemple de lui révéler son âge. Malgré toutes ses métamorphoses, il prenait toujours l'apparence de quelqu'un d'une trentaine d'années, mais Harry l'avait déjà vu se vieillir de plusieurs décennies et le doute persistait.
L'autre mystère qui restait entier était celui de son sexe de naissance. Il ne pouvait s'empêcher d'être curieux, pourtant il ne lui avait jamais posé la question. Au début, il avait estimé que c'était trop intime pour le lui demander et qu'ils ne se connaissaient pas assez. Plus tard, il le connaissait suffisamment pour garder sa question pour lui. Rajani était à la fois homme et non-homme, femme et non-femme. Rajani était simultanément les deux et ni l'un ni l'autre. Et quel que fut le genre qui lui avait été attribué à la naissance, cela n'avait pas d'importance pour lui, pour elle. Et cela n'avait pas à avoir d'importance pour Harry non plus.
Étrangement, cela l'aida à comprendre ce qu'il était.
Il ne s'était jamais considéré comme homosexuel, malgré tout ce qu'il avait fait avec Rogue. Parce qu'il aimait Ginny et qu'il savait qu'il finirait ses jours avec elle, si la vie le lui permettait. Il appréciait Rogue sincèrement, même s'il avait du mal à se le rappeler dernièrement, mais il était une exception. Une étape dans sa vie qui ne le définissait pas.
Tout au moins, c'était ce qu'il avait cru.
Il avait été blessé par les paroles de Rogue. Profondément.
Et peut-être alors que Harry n'était pas hétérosexuel. Il ne savait pas ce qu'il était, mais il avait compris que le sexe de l'être qu'il aimait n'avait aucune importance. Ginny pourrait être un homme, cela ne changerait rien pour lui. Et Rogue… Il y avait quelque chose avec Rogue.
Harry était toujours en colère contre lui, même des semaines après. Ce n'était pas uniquement le résultat de leur dernière dispute, ils s'étaient dit pires horreurs par le passé. Il ne savait pas ce qui avait traversé l'esprit de son compagnon cette nuit-là.
Je ne t'aime pas.
Rogue pensait probablement être sincère. Peut-être même essayait-il de se convaincre qu'il ne l'aimait pas. Mais Harry avait vu, par de petits gestes, des paroles presque retenues, que Rogue tenait à lui. D'une façon ou d'une autre.
Rogue était un connard, mais un connard qui était attaché à lui.
Bien malgré lui, il l'avait déjà pardonné. Il lui manquait, malgré la colère. Mais cette fois-ci, ce serait à Rogue de faire le premier pas. Harry avait toujours été celui qui était allé vers lui pour les réconcilier, c'était maintenant à son compagnon de montrer qu'il tenait à leur relation.
Mais n'était-ce pas cela le problème ? Rogue était-il fatigué de leur relation, aspirait-il à autre chose ? Harry ne s'attacherait jamais complètement à lui car leur histoire n'était que passagère, un moment avant de retourner à son époque, pourtant il tenait sincèrement à lui et il voulait le voir heureux, satisfait. Sa présence l'empêchait-elle de rencontrer quelqu'un qui pourrait avoir cet effet sur lui ?
Lorsqu'il avait étudié à Poudlard, il n'avait jamais imaginé que Rogue puisse être en couple. Mais c'était ridicule. Il n'allait pas dire que Rogue méritait d'être aimé, car la notion de mérite n'avait rien à voir avec tout cela, mais Harry ne voulait certainement pas être celui qui l'en priverait. C'était une idée dérangeante. Et si le professeur aigri et haineux qu'il avait connu était ainsi par sa faute ?
Certes, Rogue était déjà ainsi lorsqu'il l'avait connu à cette époque, mais c'était après la mort de Lily, et Harry comprenait la peine, la douleur. Pourtant, plus de dix ans s'étaient écoulés entre cet événement et son arrivée à Poudlard, le sorcier aurait dû avoir fait son deuil.
Sauf si Harry était responsable.
La question le travaillait parfois jusque tard le soir. Le reste du temps, il avait peu l'occasion de songer à tout cela. Il était occupé avec Rajani, leur présence étant sans cesse requise pour résoudre les problèmes des sorciers et des Moldus indiens.
Ces problèmes étaient rarement très graves.
Jusqu'à ce qu'un jour, un père et une mère en pleurs vinrent les trouver.
Leur fille avait disparu.
- Severus Rogue –
Il était tard lorsque Severus rejoignit ses quartiers. Les quelques élèves qu'il avait surpris dans les couloirs étaient repartis dans leur salle commune respective, la queue entre les jambes et des dizaines de points en moins.
Severus s'arrêta soudainement au milieu du couloir, l'oreille tendue. Une série de couinements aigus, presque inaudibles, s'élevait non loin. Il se dirigea vers la source du bruit à pas silencieux.
Tournant à l'angle, il aperçut tout d'abord Miss Teigne. Celle-ci se tenait dressée sur ses pattes arrière, celles de devant posées sur les pierres lisses du mur, le museau tendu vers une alcôve. Un gros rat à la peau pelée tremblait de tous ses membres, terré au fond de la cavité. Miss Teigne miaula, ses yeux jaunes reflétant une avidité brute. Les glapissements reprirent de plus belle, le rat cherchant désespérément une fissure où détaler, une issue inespérée.
Sans se préoccuper de la chatte, Severus tendit la main pour attraper le rat. Celui-ci s'immobilisa dès qu'il posa ses doigts sur lui. Sa peau râpeuse n'avait rien d'agréable et ses pattes griffues éraflèrent sa paume lorsqu'il le souleva. Miss Teigne suivit le rongeur du regard, le corps tendu.
Le rat était particulièrement hideux, mutilé et repoussant. Miss Teigne essayait désormais de grimper le long de sa jambe, et loin de la repousser d'un coup de pied comme il l'aurait fait habituellement, Severus la contempla pensivement, avant de regarder de nouveau le rat. Il n'aimait pas l'affreuse compagne de Rusard, mais il ne voyait aucune bonne raison de lui dénigrer le droit de jouer. Le rongeur appartenait peut-être à un élève, mais c'était peu probable, et même si c'était le cas, cela lui apprendrait à ne pas le garder en cage.
Comme s'il avait compris que Severus n'avait nullement l'intention de le sauver, le rat commença à s'agiter entre ses doigts.
« Croûtard ! » s'exclama une voix fluette à l'autre bout du couloir.
Un garçon gringalet au visage pâle déboula, ses cheveux roux emmêlés comme s'il avait couru dans tout le château.
« Merci professeur Rogue, dit-il en réajustant ses lunettes, je le cherche depuis des heures !
- Weasley, dit Severus en lui tendant son rat avec dégoût. Vingt points en moins pour Gryffondor. Veuillez faire plus attention à votre animal de compagnie, ce n'est pas parce que votre frère est préfet-en-chef que vous pouvez vous croire tout permis. »
Les oreilles du garçon rougirent violemment. Severus tourna les talons sans un mot de plus, laissant Percy Weasley et Miss Teigne comme deux ronds de flan, l'un humilié d'avoir fait perdre des points à sa maison, l'autre frustrée d'avoir été privée de son jouet.
Il atteignit enfin ses appartements. Une pile de copies à corriger l'attendait sur sa table basse et il se mit aussitôt au travail, sa plume glissant sur le papier, laissant des commentaires sanglants.
Les trois coups frappés à la porte furent si légers que Severus crut les avoir imaginés. Il se leva en réprimant un soupir. Une telle timidité ne pouvait venir que d'un étudiant et si un élève osait venir le déranger dans ses appartements privés, c'est que ce devait être grave. Il ouvrit grand la porte et resta quelques instants perplexe.
Devant lui se tenait un homme aux cheveux noirs mi-longs, attachés en catogan, vêtu d'habits moldus mais avec une longue cape jetée sur ses épaules. Il portait d'épaisses lunettes mais elles ne suffisaient pas à masquer la cicatrice qui lui barrait le visage, débutant en haut de son front, descendant au travers de son nez jusqu'à la joue opposée, se perdant dans une barbe disparate. Perturbé par la cicatrice et l'incongruité de la situation, il lui fallut quelques instants pour accorder cette vision avec ce que lui criaient ses sens magiques.
« Potter ? » siffla-t-il.
Aussi dérangeante que fut l'idée, il l'attrapa et le tira à l'intérieur. Il referma la porte derrière eux aussitôt après avoir jeté un regard inquisiteur dans le couloir vide. Cela faisait des mois que Potter avait disparu.
« Qu'est-ce que tu fais à Poudlard ? cracha-t-il, ne se remettant pas de sa surprise. Et qu'est-ce que c'est que ça ?
- Je devais voir Dumbledore, répondit le sorcier, et quant à tout cela… »
Il agita la main et aussitôt les traits de son visage se modifièrent. La cicatrice se résorba, ne laissant qu'une peau lisse, sauf sur son front à l'emplacement de la vraie cicatrice. Il était étonnant à quel point une cicatrice et une barbe pouvait changer les traits d'un homme. Les cheveux attachés et les grosses lunettes semblaient désormais déplacés sur ce visage qu'il avait toujours connu, mais Potter ne fit rien pour les enlever.
« … c'est mon nouveau déguisement. Il m'a paru d'autant plus important de le perfectionner maintenant que j'arrive à une époque où certains m'ont connu. Je ne veux plus craindre d'être reconnu par hasard…
- Qu'utilises-tu ? C'est un sortilège d'illusion ?
- Non, rien d'aussi superficiel. Je métamorphose mon visage pour faire apparaître la cicatrice, ça me permet de masquer la vraie. Pour le reste... » Il haussa les épaules. « Je me suis juste laissé pousser les cheveux et la barbe. »
Severus lui jeta un regard suspicieux. Depuis qu'il le connaissait, Potter avait toujours été relativement peu poilu, devant se raser deux fois moins souvent que lui. Avait-il utilisé une potion pour favoriser la pousse de ses poils, ou la nature l'avait-elle enfin rattrapé ?
Potter soupira, passant une main dans sa barbe dans un geste qui était presque naturel.
« Mais de toute évidence, ce n'est pas assez. Vous êtes déjà deux à m'avoir percé à jour !
- Je t'ai reconnu grâce à ta magie, l'informa Severus parce que c'était important qu'il le sache.
- Ah. Je n'avais pas pensé à ça. Dumbledore aussi, je suppose.
- Qu'est-ce que tu lui voulais ? demanda-t-il d'un ton inquisiteur.
- Je devais l'informer de l'agissement de quelques mages noirs pour qu'il transmette l'information à qui il faut. Tu as l'intention de me jeter dehors ou on peut s'installer ? »
De mauvaise grâce, Severus sortit sa baguette et conjura une chaise. Il n'avait pas l'habitude de recevoir de la visite, aussi se contentait-il généralement de son seul fauteuil en cuir. Potter s'installa et étendit ses pieds devant lui comme s'il était chez lui.
« Mages noirs ? demanda Severus entre ses dents.
- Rien qui ne concerne Voldemort, ne t'inquiète pas.
- Tu vas me dire que tu t'es retrouvé sur la route d'un mage noir par hasard ? »
Potter grimaça.
« Plus ou moins. C'est compliqué. Si tu as le temps et de quoi me nourrir, je peux te raconter. »
Il s'avéra que son récit n'était pas tant compliqué que rocambolesque. Les elfes de maison acceptèrent avec joie d'apporter un repas tardif dans les appartements de Severus et ce dernier écouta Potter narrer comment il avait été embarqué dans une histoire d'enlèvements d'enfants qui l'avait conduit de l'Inde au Cambodge dans une série d'événements plus dangereux les uns que les autres pour s'achever ici, au Royaume-Uni. Potter et ses collaborateurs, car le sorcier n'avait pas agi seul, avait estimé que c'était du devoir des Aurors de s'occuper des ressortissants britanniques de ce trafic.
« J'ai pensé que ce serait plus prudent de passer par Dumbledore », conclut Potter avec une grimace.
Severus se demandait ce qu'il en avait coûté au jeune homme de se servir du directeur comme intermédiaire. Potter ne pouvait pas simplement se rendre au ministère pour dénoncer des mages noirs, mais Dumbledore et Potter étaient en froid depuis des années, et leur relation ne s'était pas améliorée avec la mort de l'elfe de maison.
C'était ce qu'il croyait tout au moins : il n'avait pas eu de nouvelles du Gryffondor depuis des mois.
Depuis cette soirée où…
Severus repoussa cette pensée. Ce n'était pas le moment.
« Et il n'a pas soulevé d'objections en rapport avec le futur et les paradoxes temporels ? demanda-t-il plutôt.
- Si, bien sûr. Mais je lui ai dit que je ne savais rien de ce trafic avant d'y être confronté il y a quelques mois et que c'est en n'agissant pas que l'on risquait peut-être le paradoxe temporel. »
Severus évita de lever les yeux au ciel. C'était ce qu'il lui répétait depuis des années déjà. Mais Potter n'avait jamais voulu lui révéler quoi que ce soit sur le futur.
« Faute de ne pas savoir, on doit faire ce qui nous semble juste. Et je ne pense pas que Dumbledore aurait pu ignorer l'utilisation d'enfants dans des rites de magie noire.
- Quels rites ? ne put-il s'empêcher de demander.
- Je ne veux pas en parler. Vraiment pas. »
Potter avait fini de manger et repoussé son assiette sur le côté. Ils s'observèrent quelques instants en silence.
« Tu as pris beaucoup de risques ces derniers mois.
- Plus que lorsque j'étais dans ma chaumière, c'est sûr, répondit Potter sur la défensive.
- Tu aurais pu te faire tuer.
- Pas plus que lorsque l'on pourchassait les Mangemorts, et je ne crois pas t'avoir entendu dire quoi que ce soit à ce moment-là. »
Severus se pinça l'arête du nez, exaspéré.
« Je veux juste m'assurer que tes certitudes sur le futur ne te font pas oublier que tu es mortel, comme nous tous.
- En quoi cela te concerne-t-il ? »
Severus sentit sa bouche se déformer en une grimace haineuse mais Potter le coupa avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit.
« Je prends des risques Rogue, je ne suis pas inconscient. Ce sont deux choses différentes.
- J'ai juré de te protéger », insista-t-il.
Potter le regarda étrangement pendant un long moment.
« Ah. C'est donc de cela dont on parle. Désolé de te contredire, mais tu as juré de protéger l'enfant, le fils de Lily, et tu le feras, tu en auras l'occasion. Mais moi, je suis capable de me défendre tout seul. Et si tu veux malgré tout me protéger, il faut que ce soit pour d'autres raisons.
- Qu'importent les raisons, tant que je le fais ?
- Ça m'importe.
- Quel sentimental tu fais, Potter ! »
Severus ravala sa prochaine réplique. Ils s'approchaient bien trop de la raison de leur précédente dispute.
« Non Rogue, ça n'a rien à voir. Je ne veux juste pas qu'on se moque de moi. »
Severus ne répondit rien, les lèvres pincées. Potter se passa une main sur le visage, las.
« Écoute Severus, je sais que ça n'a jamais été comme ça entre nous, et que cela ne le sera jamais. On ne va pas se marier, avoir des enfants et vieillir côte à côte dans une maison de retraite. J'aime Ginny, j'ai ces rêves là avec elle et peut-être que si je ne foire pas tout dans le futur, je la retrouverais. Cela n'empêche pas que j'ai pensé à toi ces derniers mois et que tu m'as manqué, sincèrement, même si tu es un connard invétéré. » Il soupira. « Que veux-tu, il semblerait que j'ai besoin de toi pour vivre, maintenant. »
Severus ne broncha pas à la mention de Ginny. C'était à peine s'il avait de la rancœur envers la femme que Potter aimait réellement, une fille qui n'était encore qu'une gamine à l'heure actuelle. Il avait toujours su qu'elle serait entre eux, et à une époque il avait trouvé cette pensée réconfortante. C'était une barrière solide, rassurante, qui lui rappelait de ne pas trop s'attacher. Severus ouvrit la bouche mais Potter ne le laissa pas parler.
« Laisse-moi finir. Tu apprécies ma présence, non ? C'est ridicule de mettre tout cela, nous deux, à la poubelle parce que tu as peur que je crois que ça devienne autre chose, ou parce que tu as toi-même peur que ça devienne autre chose, pour ce que j'en sais. Ce qu'il y a entre nous, je le veux. Bien sûr, si tu ne veux plus voir ma tronche, il n'y a pas grand-chose que je puisse faire… Mais vraiment, si c'est seulement la partie couple qui te gêne, on peut juste revenir au statu quo de… avant. »
Il agita vaguement la main devant lui, signifiant avant qu'ils ne couchent ensemble.
« Je vois que tu as beaucoup réfléchi.
- Je te l'ai dit, j'ai souvent pensé à toi.
- Et dis-moi, quel est mon intérêt dans cette histoire, si je dois de nouveau supporter ta présence sans bénéficier des avantages en nature ? »
Potter lui jeta un regard incrédule avant de rétorquer avec un sourire torve :
« Va te faire foutre, Rogue ! »
Severus sentit un fin sourire jouer sur ses lèvres quelques instants.
« Écoute, reprit Potter, c'est juste que je ne veux pas me mettre en travers de toi et quelqu'un d'autre si jamais…
- Je pensais être trop laid et salaud pour cela, répondit Severus avec acidité.
- Tais-toi, ne me ressors pas ce que j'ai dit sous le coup de la colère, ou je ferai pareil et l'on ne s'en sortira pas ! Je t'ai dit, quoi qu'il y ait entre nous, cela me va. Maintenant, cela dépend de ce que tu veux. »
Potter parlait avec assurance, mais il le connaissait trop pour être dupe. Il se livrait à lui sans fard et redoutait sa réponse, car elle scellerait cette chose qui lui tenait à cœur. Plus Severus tardait à parler, plus ses craintes s'intensifiaient et devenaient visibles, même s'il s'efforçait de rester immobile.
Le problème était que Severus ne savait pas quoi répondre. Une seule pensée occupait son esprit, celle de laisser Potter entrer de nouveau dans sa vie, sans réflexion, sans compromis. Mais il ne savait pas comment formuler ce désir, il n'osait pas.
Il regrettait ses paroles prononcées lors de cette soirée fatidique.
Je ne t'aime pas.
Il avait eu besoin de prononcer ces mots, mais ils ne lui avaient pas apporté le soulagement espéré. Fermant les yeux, il essaya de faire revivre le sentiment insoutenable qui s'était emparé de lui, ce soir-là. Ce besoin, douloureux, effrayant, de tenir Potter dans ses bras et de ne pas le lâcher. Le manque viscéral lors de ses absences, comme si la vie prenait une teinte terne et insipide lorsqu'il n'était pas là.
La violence de ses émotions le rendait vulnérable. Il se souvenait avec trop d'acuité de la douleur qu'il avait ressentie lorsqu'il avait perdu Lily. Deux fois. Et peut-être était-ce pire avec Potter, car d'une certaine façon ils avaient entremêlé leurs vies encore plus étroitement que ça n'avait été le cas avec la jeune fille.
Il avait craint la blessure que lui causerait leur inévitable séparation. Il avait pensé pouvoir se protéger en contrôlant ses émotions, en les réduisant à néant, en le formulant à haute voix. Mais cela n'avait fait que précipiter la rupture. Il avait tenté pendant des mois de se dire que c'était pour le mieux, malgré la douleur, le manque, l'inquiétude, la colère. Il essayait encore de se raisonner.
Cela aurait été plus simple si Potter n'était pas revenu, s'il ne s'offrait pas à lui, avec cette simplicité qui lui était propre. C'était si aisé d'oublier leur passif et leur futur lorsqu'il se tenait devant lui, si simple de ne pas se préoccuper de la douleur à venir lorsqu'il se sentait soudainement revivre.
Severus se massa les yeux, fatigué et pourtant alerte, avant de jeter un coup d'œil à Potter, toujours assis, immobile et incertain.
« Tu veux que je te laisse du temps pour y réfléchir ? demanda-t-il, hésitant, déjà à moitié levé.
- Bien sûr que non », répliqua Severus en levant les yeux au plafond.
Les mots étaient sortis tout seuls et il sut qu'il avait perdu cette bataille contre lui-même. Tant pis, il souffrirait lorsqu'il le faudrait. Il était incapable de résister.
Il était faible.
« Avec ton habilité à foncer dans la gueule du loup, il me paraît éminemment risqué de remettre quoi que ce soit à demain.
- Ah », répondit simplement Potter.
Severus croisa les bras sur sa poitrine avant d'admettre abruptement :
« Ta mort m'attristerait.
- Attention, se moqua le jeune homme, tu deviens sentimental.
- Non, tu sais que je ne fais pas dans ce registre », répondit Severus, essayant de garder un minimum de contenance.
Une moue dubitative passa sur le visage du sorcier et Severus le fusilla du regard. Il reprit néanmoins, ignorant qui il cherchait réellement à convaincre :
« Je ne veux, je ne peux pas faire dans les sentiments avec toi, mais le reste… me va.
- Le reste ? répéta Potter en occultant soigneusement la première moitié de sa phrase. C'est-à-dire la compagnie, les disputes, le sexe et l'inquiétude ?
- Ça parait moins attirant lorsque tu le dis ainsi », grommela Severus.
Potter éclata de rire et à ce simple son, Severus sentit son corps aussitôt se détendre.
« Je suis autant un fardeau qu'un cadeau, confirma Potter.
- Nous sommes d'accord, alors. Deviens donc mon fardeau ! »
Ce ne fut que bien plus tard qu'ils rejoignirent la chaleur de ses draps. Là, malgré les mois d'absence, Severus déshabilla avec lenteur son compagnon, vêtement après vêtement, savourant la redécouverte de ce corps. Il avait oublié la texture de sa peau, l'odeur musquée qui lui était propre, les formes de son torse et la douceur de sa langue. Et surtout cette chaleur qui se dégageait de lui, presque insupportable, aliénante, qui l'enveloppait. Parcourant sa peau de ses mains et de sa langue, il s'arrêta. L'extrémité de ses doigts tracèrent une cicatrice boursouflée le long de ses côtes, encore fraîche. Il haussa un sourcil interrogateur vers son compagnon, qui s'éclaircit la gorge.
« Un maléfice mal soigné. Il m'a rendu inconscient pendant plusieurs heures et après nous devions à tout prix ne pas perdre leur piste et... Je n'ai pu voir un médicomage que des jours après. Elle m'a soigné efficacement, mais elle n'a pas pu enlever la cicatrice. J'en ai une aussi au genou. »
Joignant le geste à la parole, il enleva son pantalon qu'il poussa hors du lit. Severus suivit le mouvement et regarda ses jambes nues. Là, une ligne blanche parfaitement rectiligne encerclait le genoux, comme si la peau avait été décolorée sur un demi-centimètre.
« J'ai marché sur un piège, avoua Potter. J'ai perdu ma jambe, mais ils sont parvenus à me la recoller. »
Severus se tendit. Il connaissait ce maléfice. Ce n'était pas tout à fait de la magie noire, mais cela ne voulait rien dire. Il y avait des sorts de magie blanche bien plus cruels que certains maléfices. Il ne pouvait malheureusement que trop bien imaginer à quel point Potter avait dû souffrir. La mâchoire toujours aussi crispée, il déposa un rapide baiser sur le genou avant de se redresser.
« Et tous ces risques en valaient-ils la peine ?
- Tu as écouté ce que je t'ai raconté tout à l'heure ? Des enfants. Bien sûr que ça en a valu le coup. »
Severus hocha la tête.
N'hésitez pas à me laisser une review ! Et comme je suis vraiment trop contente lorsque vous m'en envoyez, je voulais vous faire un petit cadeau. Donc, tous ceux qui laisseront une review recevront en avant première la première ligne du prochain chapitre ! Juste pour cette fois, car la ligne en question peut bien mettre l'eau à la bouche ! :p
