Dans le précédent chapitre…Harley Quinn a pris New York en otage afin d'impliquer Spider-Man dans un cruel «Harley Games», le forçant aux limites de sa conscience pour sauver sa tante May et sa ville natale. Malheureusement pour la reine du chaos, il semble qu'un douloureux pacte ait été conclu entre Spidey et son ennemi de toujours, Venom.

Chapitre Trente-Six

Des millions de rires

New York

14 mars 2017, 13h50

Une fois encore, le destin fait en sorte que Venom et Spider-Man doivent s'allier. Il fallait sans doute que ça se reproduise. Lui et l'araignée ont toujours été des ennemis mortels, mais leurs destins sont intimement liés. Peut-être est-ce parce qu'ils ont tous les deux partagé le symbiote ? C'est possible. Venom peut sentir tout l'attachement que sa moitié extraterrestre éprouve pour Spider-Man. À chaque fois, il lui faut des efforts pour ne pas exploser de jalousie.

Après tout, il ne faudrait pas gâcher ces retrouvailles, n'est-ce pas ?

Eddy Brock est un minable par lui-même. Il a tout raté : sa carrière, son couple, sa réputation. Lorsque le symbiote s'est uni avec lui pour la première fois, ils se sont sentis complets, enfin. Ensemble, ils sont tellement plus…ils sont Venom. Mais cela ne plaît pas à tout le monde. C'est pourquoi, après plusieurs affrontements, Spider-Man lui a arraché le symbiote et l'a emporté au loin. Il est redevenu Eddy Brock. Un perdant qui n'a su que plonger dans l'alcoolisme.

Les deux tisseurs traversent une artère importante de Manhattan, survolant une foule fuyant le chaos se répandant un peu partout. Le vacarme affole le symbiote, mais ce n'est pas encore critique. Le seul effet pour l'instant, c'est que Venom est légèrement agité. Il a envie de bouger, de casser quelque chose. Avisant une bande de ces Carrés d'As aux masques de clowns, il se laisse tomber sur une voiture depuis une centaine de mètres de hauteur. Le véhicule s'enfonce avec fracas et l'entité double pousse un grognement féroce.

Les brigands poussent des hurlements effrayés et ouvrent le feu. Grâce à son sixième sens, il esquive sans problème les balles, esquissant un sourire cauchemardesque révélant des crocs acérés dégoulinants de bave. D'une pirouette vers l'arrière, il se jette en bas de l'automobile, l'utilisant d'abord pour se protéger des tirs, puis repousse la carcasse métallique d'un coup de pied. Les Carrés d'As s'égayent comme des moineaux, faisant ricaner Venom.

C'est si bon de sentir la puissance couler dans ses veines. Les émotions du symbiote et d'Eddy Brock s'enlacent presque amoureusement, ne faisant plus qu'une, et les sensations qui coulent dans leurs veines sont euphorisantes. C'est mieux que tout ce que la boisson peut inspirer. C'est comme s'il lui manquait la moitié de son être…

Venom fait jaillir de ses mains des toiles qui collent une poignée des hors-la-loi sur les voitures abandonnées encombrant la route. Ensuite, il bondit sur une camionnette et s'élance à la poursuite d'une femme masquée qui prend à peine la peine de se retourner pour ouvrir maladroitement le feu sur lui. Il bondit d'un capot à l'autre en rugissant, puis bondit et atterrit sur sa proie, la plaquant au sol. Elle hurle d'horreur lorsqu'il lui arrache son masque de sa main griffue, et quelques filets de bave lui tombent sur le visage.

-Je suis Venom ! hurle-t-il avec joie avant de l'assommer.

Il constate alors que Spider-Man l'observe depuis un lampadaire.

-Un problème ?

-Tu vas rire, mais pendant un moment, j'ai vraiment cru que tu allais la bouffer.

-Beurk. Tu me prends pour qui ? Un monstre ?

-Eh bien…

-Ne teste pas ma patience, araignée. Je t'aide parce que j'ai une dette à régler, c'est tout.

-Tant que tu ne tues personne.

-Je ne promets rien…hé hé hé.

Le destin aime beaucoup les cruelles ironies. Lors de leur dernier affrontement, qui s'était soldé par la séparation du symbiote et d'Eddy Brock, Spider-Man avait scellé sa moitié extraterrestre dans un conteneur isolé avant de l'emporter au loin, dans un lieu si bien protégé qu'il lui était impossible de déceler sa présence. C'était horrible, comme chaque séparation.

Puis, l'homme-araignée est venu le trouver la veille avec un marché qui, Venom s'en doutait, a dû lui arracher le cœur. Harley Quinn avait pris en otage une personne chère à ses yeux, et le forçait à participer à quelque jeu sadique. Avec les Avengers dispersés aux quatre coins du pays, les X-Men déménagés Dieu seul sait où et les Quatre Fantastiques six pieds sous terre, Spider-Man n'avait plus qu'un seul allié vers qui se tourner : Venom.

Le marché était simple. Le justicier le réunissait avec son symbiote, et en échange, ils combattaient Quinn ensemble. Un marché équitable. Venom s'est toujours targué d'avoir encore un sens de l'honneur, contrairement à d'autres criminels qu'affronte l'homme-araignée. Il va travailler avec Spider-Man jusqu'à ce que cette femme soit vaincue. Puis, ils iraient chacun de leur côté. Simple, équitable. Espérons que Spider-Man va honorer cette part du marché.

-Il est presque 14h, annonce Spider-Man en consultant sa montre. La folle va bientôt me contacter.

-Ce jeu est ridicule. Nous devrions tâcher de la trouver elle, et en finir.

-Tu crois que je n'y ai pas pensé ? Mais elle n'est pas stupide. En lâchant ses larbins dans toute la ville, elle s'assure que je reste trop occupé pour me concentrer sur sa recherche.

-Et ce gros truc dans le ciel ? dit Venom en désignant l'aéronef du pouce.

-J'y ai pensé. Malheureusement, je ne suis pas sûr qu'elle y soit restée. Ce serait trop évident. En plus, elle était sur la dernière photo qu'elle m'a envoyée de ma tante.

-Bon…et maintenant ? On continue de jouer selon ses règles ?

-Pour le moment…j'espère deviner l'adresse avant d'atteindre la dernière épreuve.

Un jeu supplémentaire de cette folle. Chaque carte à puce n'a fait que révéler un indice sous la forme d'une stupide devinette. Aux yeux de Venom, ces rimes ne veulent rien dire, mais elles ont peut-être du sens pour Spider-Man ? Ou peut-être que ce n'est pas Venom le petit génie. Qu'importe. Il est là pour se battre. Il n'a pas d'attachement particulier auprès de la vieille tante May. Même si les émotions résiduelles du symbiote, qui a été un temps fusionné à Spider-Man, ont laissé des traces.

Un grondement assourdissant fait soudainement trembler les vitres autour d'eux. Des exclamations de surprise s'élèvent tandis que tous les regards se tournent vers l'aéronef dans le ciel. Une trappe coulissante située sous son ventre est en train de s'ouvrir, provoquant ce vacarme. Venom plaque ses mains sur ses oreilles en grimaçant. Heureusement que ce n'est que du bruit. Si les vibrations avaient été plus fortes…

Des lumières jumelles s'allument dans les entrailles sombres de l'appareil. Puis, une immense silhouette humanoïde se laisse tomber dans le vide, écartant ses bras et ses jambes de sorte que le colosse s'écrase en position accroupie. L'onde de choc se propage, renversant quelques voitures et faisant exploser plusieurs vitrines.

-Oh mon Dieu…balbutie l'homme-araignée en dévisageant le nouveau venu. Non…

Plutôt qu'un être vivant, il s'agit d'un titanesque robot plus haut qu'une maison, soulevant un bruit de métal contre le métal à chacun de ses mouvements. Eddy Brock a déjà vu une de ces machines à la télévision ; le symbiote en a affronté des modèles plus anciens lorsqu'il était fusionné avec Spider-Man. Ces informations combinées permettent à Venom de reconnaître une Sentinelle, de celles qui ont été volées à l'usine d'assemblage de Détroit l'an dernier.

Cependant, la machine a été soigneusement redécorée avec une peinture de bonne qualité. Les traits impersonnels représentent à présent ceux d'un individu vêtu d'un costard violet et vert, avec un visage blafard et des cheveux verts. Un regard maniaque et un sourire beaucoup trop large et franchement inquiétant parachèvent ce tableau de cauchemar pour quiconque a la phobie des…

-Un clown, grommèle Spider-Man. Encore des clowns !

-Protocole de mission confirmé. Cibles multiples repérées. Début du protocole d'éradication.

Ces propos baragouinés, la Sentinelle lève ses paumes qui s'illuminent un instant avant de projeter des rayons ardents sur les bâtiments en face d'elle. Des cris d'agonies retentissent de ces bâtiments, et la panique se propage dans la foule tandis que la machine entreprend systématiquement de massacrer tout ce qui bouge. Venom croyait que les Sentinelles étaient programmées pour traquer les mutants. Tous ces gens ne pouvant pas être des porteurs du gène X, Harley Quinn a probablement détourné leur programmation.

Au même moment, le téléphone de Spider-Man sonne. C'est l'heure. Furieux, l'homme-araignée se met à beugler avant même que son interlocutrice ne puisse glisser un mot.

-Espèce de folle !

L'oreille fine de Venom capte la voix moqueuse de leur ennemi commun.

-Ce n'est pas moi qui ai décidé de tricher en premier. Pour te punir, je t'annonce que tu as quinze minutes pour rejoindre le lieu de la prochaine épreuve. Sinon, je bute les otages sans attendre et tu perds l'indice…

Venom n'a pas besoin de voir le visage sous le masque pour deviner l'expression interloquée de son ennemi. Des coordonnées s'affichent sur l'écran tactile, puis un compte à rebours. Piétinant sur place, il hésite, et le massacre en arrière-plan n'aide pas. La solution au problème lui saute aux yeux, et c'est pourquoi Venom ricane en craquant ses jointures.

-Passe devant. Je m'occupe du tas de ferraille.

-Tu es sûr ?

-Ce robot ne vaut rien face à nous. Allez !

Spider-Man hoche de la tête, puis s'envole grâce à ses toiles, s'éloignant de la source du chaos. Sans trop se presser, le symbiote humain-extraterrestre se dirige vers la Sentinelle, se réjouissant à l'avance du combat. Sans le justicier du dimanche dans les pattes, il va pouvoir se battre à fond, sans se soucier des dommages collatéraux.

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Zoo du Bronx

14 mars 2017, 14h17

Harley Quinn

Hyènes tachetées d'Afrique.

Cette portée d'orphelins est née dans la nature, puis ramenée aux États-Unis afin d'y être élevée en sécurité. Du moins, c'est ce que dit le petit panneau à côté de leur cage. Les pauvres petits n'ont même pas trois mois qu'ils sont déjà des phénomènes de foire.

Me reconnaissant, ils sortent de leur petit repaire aménagé entre un tronc d'arbre et quelques rochers poussiéreux. La femelle, d'abord, déjà plus costaude que son frère qui la suit de près. Les deux émettent leur ricanement caractéristique qui en fait des animaux tellement effrayants pour les plus imbéciles. Ces petits bébés sont si mignons…

-Bonjour les bébés, je gazouille. Comment ça va ?

Nouveaux ricanements. La femelle se dresse sur ses pattes arrière en s'appuyant sur le mur de la fosse dans laquelle ils sont enfermés et ouvre grand la gueule, exposant ses crocs et sa puissante mâchoire. Comprenant ce qu'elle veut –ce qu'elle a déjà sentit-, je souris et sort de mon sac le juteux steak fraichement volé dans une boucherie. Son frère l'imite et s'appuie sur le mur, les deux ricanant d'excitation en agitant leur queue rachitique.

Je leur jette la viande, et ils entreprennent de la déchiqueter avidement. Fidèle à sa race matriarcale, la femelle repousse le mâle dans la quête des meilleurs morceaux. Je les admire un moment, rêveuse.

Cela fait quelques semaines que je viens les voir tous les deux jours. Les bébés sont seuls au monde, et on leur donne de la bouffe infecte. Je sais que les hyènes n'apprécient rien comme la viande fraiche. Dans le temps, j'ai possédé un couple d'hyènes que j'ai beaucoup aimé. Malheureusement, mes bébés ont été tués par ce salopard de Cobblepot. J'ai été inconsolable pendant des semaines. Même mon poussin s'est montré affecté, au point de faire exploser plusieurs cargaisons de drogue du Pingouin pour se venger.

Depuis que je les ai visités pour la première fois, j'ai décidé d'adopter ces deux-là. Quitte à détruire New York, autant sauver ces petits, non ? Et puis, je suis sûr que Jester et Jack apprécieraient d'avoir des animaux de compagnie.

J'enjambe la rambarde de la fosse aux hyènes et m'y laisse tomber. Les deux se détournent de leur repas et m'observent avec prudence. Même s'ils sont encore petits, ils seraient bien capables de réduire en pièces une femme adulte. Je m'agenouille devant eux et écarte les bras, présentant mes mains ouvertes. Ils s'approchent doucement, craintifs et curieux, puis reniflent ma paume. Finalement, la femelle écarte son frère et s'approche de moi pour me lécher le visage. Elle a reconnu celle qui leur fournit régulièrement de la viande plus fraiche que celle des gens du zoo. Je glousse de plaisir en caressant les hyènes, notant des colliers étiquetés autour de leur cou. La femelle se nomme Shenzi, et le mâle Banzaï.

C'est alors que je remarque une silhouette rampant hors de l'abri. Affichant une allure plus misérable que les autres, une troisième hyène fait son apparition. C'est la première fois que je vois ce mâle, et je comprends pourquoi. Clairement, il s'agit d'un petit qui ne s'est pas tout à fait bien formé dans le ventre de la mère. Sa gueule est un peu tordue, et il a une patte arrière boiteuse. Quelques marques de griffes sur son dos soulignent qu'il se fait régulièrement martyriser par les autres. Pendant que son frère et sa sœur sont occupés, il se dirige vers les restes du steak.

Lâchant les deux, je me dirige vers ce vilain petit canard de la portée et lui offre une autre pièce de viande. Il me regarde d'un air un peu bête, puis entreprend de manger avec un rire étrange, comme empreint de folie. Sur son collier, il est simplement nommé Ed.

Lorsque les deux font mine de se diriger vers lui, je me dresse et hurle un «non» furieux, faisant preuve de toute la sévérité dont je suis capable. Surprises, les hyènes se figent, hésitantes. Shenzi et moi échangeons un regard de défi, destiné à déterminer qui est le chef de meute. Finalement, elle s'incline et rampe à mes pieds, imitée par Banzaï. Ed vient se frotter contre mes jambes, simplement heureux d'avoir eu une bonne part pour changer.

Une explosion me fait tourner la tête vers le ciel. Traversant la couche nuageuse, la Sentinelle que j'ai larguée pour détourner l'attention de Spider-Man et de son hideux allié est en train de voler, de la fumée lui échappant. Une silhouette noire et trapue, probablement Venom lui-même, est en train de lui réduire le ventre en miettes, semant des débris dans leur sillage. Puisque j'ai eu la confirmation que Spidey était arrivé au lieu de l'épreuve à temps, j'en conclus qu'ils se sont séparés. Exactement ce que j'espérais.

Ce qui n'était pas prévu, cependant, c'est que la Sentinelle est en train de s'écraser vers le zoo. Je m'extirpe d'un bond de la fosse juste à temps pour voir le robot s'écraser sur le bâtiment des animaux polaires, soulevant un nuage de vapeur originaire de la glace vaporisée. Un bras géant vole dans les airs sous l'impact, que j'esquive d'un bond sur le côté.

Dégainant mon marteau qui se déploie en une série de cliquètements, je me dirige vers le site du crash. Le monstre repousse la tête de la Sentinelle sur le côté et s'extirpe des débris en grognant. Quelle horrible créature…à se demander comment il peut y avoir un humain là-dessous. Venom me repère et sourit cruellement.

-Regardez qui voilà. La garce-clown en personne. Quelle chance.

-Je présume que tu ne me connais pas beaucoup, mocheté. Sinon, tu ne dirais pas que tu as de «la chance».

-Ah. Te tuer va mettre fin à ma dette. Et je serai libre.

Une dette ? Ah, voilà pourquoi ces deux rivaux se sont alliés. Spidey le tient sans doute par les couilles, d'une manière ou d'une autre. Il devait être désespéré, le pauvre chou.

Venom me fait face en écartant largement les mains, exposant ses griffes acérées. Une bave gluante coule d'entre ses crocs, me faisant retrousser le nez de dégoût.

-Berk. Tu peux arrêter de baver, un peu ?

-Excuuuusez-moi, princesse. Je vais de ce pas m'efforcer de ne pas baver jusqu'à ce que je t'aille arracher les intestins. Non, mais qu'est-ce qui ne faut pas entendre…

Il fait jaillir des toiles de ses mains, que j'esquive d'un pas de côté. Il saute vers moi, m'obligeant à me défendre en brandissant mon marteau devant moi. Il s'y accroche et claque sa mâchoire vers moi, et nous luttons au corps à corps. Je grimace, constatant qu'il est encore plus fort que Spider-Man, qui lui-même me surpassait. Je ne pourrai pas gagner ainsi. Cessant soudain de pousser vers l'avant, je glisse latéralement et le laisse se casse la figure sur le bras de Sentinelle, riant de sa maladresse. Puis, je frappe avec mon arme. Venom roule sur le côté, et je frappe le métal. Un tintement à vous faire grincer les dents s'élève lors du choc.

À ma grande surprise, mon adversaire pousse un hurlement inhumain en se bouchant les oreilles. Il recule, et sa peau elle-même ondule comme de l'eau troublée par un galet. Curieuse, je frappe de nouveau le bras géant. Venom est affecté par la même réaction, me hurlant d'arrêter. Un sourire se dessine sur mes lèvres. Aurais-je par pur accident découvert sa faiblesse ?

En rigolant d'amusement, j'entreprends de frapper encore et encore le fragment de Sentinelle, provoquant une terrible cacophonie qui me blesse les oreilles et provoque de douloureux étirements dans mes muscles. En revanche, la réaction de Venom est autrement plus spectaculaire. Plus le bruit violent se prolonge, plus ses hurlements ne ressemblent plus à ceux d'une créature un minimum humaine. De sa peau jaillissent des tentacules noirs qui s'agitent spasmodiquement, puis se mettent à fondre comme du goudron. Le symbiote et l'homme se mettent à hurler séparément, et le mutant observe avec horreur ses mains se libérer du parasite extraterrestre. Un dernier coup particulièrement violent provoque une séparation brutale et douloureuse. Le symbiote est désormais réduit à une flaque de gel noir possédant encore un semblant de bouche et des yeux blancs identiques à ceux de la créature précédente. Je frappe une autre fois, et le symbiote couine avant de filer vers une bouche d'égout dans laquelle il se laisse glisser.

Il ne reste plus l'humain, vêtu que d'un caleçon et d'une camisole. Très costaud, au point qu'il a l'air d'une brute épaisse, il reste à quatre pattes en tremblant, trempé de sueur et clairement en proie à la douleur. Je m'avance vers lui et décoche un coup de pied dans ses côtes, ma force soudainement supérieure le renversant sur le dos deux mètres plus loin. Je le rejoins en quelques pas et plaque le talon de ma botte dans ses parties génitales, déclenchant un grognement de douleur supplémentaire.

-Alors, c'est qui le chef, maintenant ?

Il crache une insulte grossière, m'obligeant d'écraser un peu plus sa virilité en riant. Finalement lassée de ce jeu, je dégaine un pistolet et lui tire dans le ventre. Il cesse de bouger, probablement mort. Ceci étant réglé, je m'empresse de contacter mon hélicoptère pour leur demander de venir chercher les hyènes. Ensuite de quoi, j'active mon terminal portable pour voir où Spidey en est dans son épreuve. Cette fois, il devait sobrement sauver quelques pauvres diables d'un jeu complexe impliquant des flammes et de l'acide…rien de bien compliqué, contrairement aux décisions déchirantes des épreuves précédentes.

Comme je le constate, il s'en est bien sortis. Il a parfaitement compris que les «gardes» Carrés d'As étaient les vrais otages, et que ceux qui étaient «prisonniers» du piège géant étaient mes vrais subalternes. Ainsi, il est en train de désamorcer les bombes cachées dans les masques de clown de mes otages. Un voyant sur mon écran m'indique qu'il a réussi. Je prends donc la parole, laissant mon regard tomber sur les Carrés d'As prisonniers d'une toile d'araignée.

-Tu t'en sors bien, Spidey. Encore quelques épreuves comme ça, et tu vas vite retrouver ta tante…et sauver ta ville.

Il sursaute à cette mention.

-Quoi ?

-Tu te souviens du gaz toxique que j'ai mentionné hier ? Je n'ai pas changé d'avis. Si tu échoues, New York va mourir.

-On parle de quel genre de toxine, au juste ?

Je ricane de satisfaction.

-Je l'appelle Delirium. Sans entrer dans les détails –il ne faut pas gâcher la surprise !-, disons que je vais libérer l'esprit de tous ces citoyens, leur permettant d'embrasser pleinement la part de folie en eux…de manière permanente !

Ne cachant pas sa colère, Spider-Man attend impatiemment que je libère le prochain fragment d'indice. J'ouvre donc le compartiment secret de la carte à puce, et il s'en empare prestement. Après avoir lu l'indice quelques minutes, il s'immobilise. Puis, il se met à rigoler. C'est à mon tour d'être surprise, et je l'interroge sur la raison de son hilarité.

-Ai-je finalement réussi à t'atteindre avec un de mes calembours ? Ou alors, tu deviens enfin taré, comme moi ?

-Tu as commis une erreur, Quinn. Cet indice est trop évident. J'ai compris où tu détiens ma tante !

Il fonce dehors, me laissant stupéfaite. Non, je ne peux pas avoir commis une telle erreur ! Ce serait trop…humiliant…il doit bluffer. Mais ce n'est pas son genre…ce serait plus prudent si je rappliquais sans attendre au repaire. Dans le pire des cas, il va falloir enclencher la grande finale plus tôt.

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Entrepôt du quartier industriel

14 mars 2017, 14h45

Le cœur battant, Spider-Man fonce à toute vitesse vers un lieu qu'il connait bien. Non seulement Harley Quinn a réussi à exposer son identité secrète, mais elle a également réussi à découvrir cet événement majeur de son passé. Que sa tante soit enfermée à cet endroit en particulier n'est pas un hasard. Comme précédemment, elle veut jouer avec lui, le tourmenter.

Son corps virevolte dans les airs avant qu'il n'atterrisse sur un toit dominant la place familière à ses yeux. Son cœur se serre dans sa poitrine tandis qu'il dévisage ce large entrepôt loué par différentes entreprises travaillant dans les usines aux alentours. Il est déjà venu ici. C'est à cet endroit que tout a commencé.

C'est jusque dans cet entrepôt qu'il a pourchassé le meurtrier de son oncle Ben. Ce simple voleur qu'il avait précédemment laissé partir dans son arrogance, lui permettant de commettre un autre crime le même soir. Se trouvant dans les parages, son oncle s'est interposé…et a été abattu en le faisant. C'est à compter de ce jour que Spider-Man a dédié ses pouvoirs à défendre les gens.

Atterrissant devant la porte, il l'arrache presque de ses gonds tant son coup de pied est violent. L'endroit est sombre et silencieux, malgré que nous soyons en plein milieu de l'après-midi. Prudent, il s'avance le long d'un couloir, guettant le moindre son. L'entrepôt parait désert. Se serait-il trompé d'endroit ? songe-t-il avec inquiétude.

Après avoir rapidement fouillé la zone administrative, il pénètre dans la pièce d'entreposage. Cette dernière est pleine de caisses recouvertes de bâches huilées. Parmi elles, il découvre une unique lampe éclairant une silhouette ligotée à une chaise. Certain d'avoir retrouvé tante May, il se précipite…pour découvrir que ce n'est pas elle. Il n'en est pas moins horrifié de découvrir que l'otage n'est nulle autre que Mary-Jane. Sa fiancée qu'il croyait en Angleterre.

La jeune rouquine pousse un gémissement étouffé par son bâillon lorsqu'une seconde silhouette s'avance dans la lumière pour glisser une lame sous la gorge de Mary-Jane. Cette fois, Spider-Man recule de terreur en découvrant la jeune et jolie blonde qui menace de tuer la femme qu'il aime.

-Non…murmure-t-il. C'est impossible…

-Bonjour Peter, dit Gwen Stacy en souriant.

-Tu es…tu es morte !

-En es-tu sûr ?

-J'ai tenu ton corps entre mes mains…j'étais là à tes funérailles…tu ne peux pas…être là.

-Les apparences sont parfois trompeuses. Dis-moi, est-ce que ta fiancée sait que tu as toi-même tué ton ex ?

Ces mots frappent Spider-Man plus durement que des gifles. La voix tremblante, il tente de se justifier. Ce n'est pas de sa faute, c'est le Bouffon Vert ! Oui, c'est lui qui l'a tué avant de jeter son corps en bas du pont où ils s'affrontaient. Il est arrivé trop tard…c'est de sa faute, mais il n'est pas…

Malheureusement, ses justifications sonnent creux. Il n'a jamais été sûr. Lorsque Gwen Stacy est tombé, il l'a rattrapé en lançant une toile. La vitesse était telle que sa nuque a pu se briser sous le choc…la tuant aussi sûrement que s'il l'avait laissé s'écraser dans le fleuve. Peut-être même plus.

-Tu n'es pas réelle.

-Peut-être, répond Gwen en ricanant. Mais ceci est bien réel.

Elle désigne le couteau, la lame brillant sous la lumière. S'en est trop. Projetant une toile, Spider-Man arrache le couteau des mains de Gwen. Puis, il l'attire vers lui et la saisit par le col, la secouant avec colère.

-Qui es-tu ? hurle-t-il.

-Surprise ! s'exclame une voix devant lui.

Avant qu'il ne puisse constater ce qui se passe, une douleur cuisante à sa cuisse le force à lâcher l'imposteur et à s'écrouler au sol. Il presse ses mains autour de la blessure, constatant que la balle a traversé la peau et le muscle avant de ressortir sans toucher l'artère. Bon signe. La confusion le gagne lorsqu'il constate que Mary-Jane n'est plus ligotée, mais bien debout et brandissant l'arme du crime. Le large sourire cruel qu'elle arbore déforme ses traits, ne la faisant plus du tout ressembler à la femme qu'il connait. En réalité…

Harley Quinn retire la perruque rousse d'une main sans lâcher son arme, et s'en sert pour effacer l'épaisse couche de maquillage qui recouvrait son visage, cachant sa peau blanche. Laissant tomber la pile de faux cheveux, elle sort son propre masque de sa poche et achève ainsi de renfiler son rôle.

Quant à «Gwen Stacy», après qu'elle lui aille arracher son masque, elle se révèle être une femme à la peau basanée et aux courts cheveux blancs. Le même sourire victorieux étire ses traits. Spider-Man se gratifie lui-même plusieurs coups de pied au derrière. Comment des perruques et beaucoup de maquillage ont pu le duper à ce point ?

Quinn applaudi largement, gloussant doucement, avant de féliciter l'homme-araignée pour sa victoire aux tout premiers Harley Games.

-À quoi ça rimait, tout ça ? demande-t-il douloureusement. Toutes ces morts…quoi, tes hommes ont pillé Wall Street pendant que j'étais occupé ailleurs ? Tu as pris le maire en otage ? Quel était le grand plan ?

S'il y a une chose qu'il a apprise après toutes ces années, c'est que les supervilains adorent s'écouter parler, surtout s'ils se croient victorieux. Ce n'est probablement pas différent cette fois, si ce n'est qu'Harley Quinn a possiblement bel et bien gagné…

-Grand plan ? fait-elle mine de s'étonner. De quoi tu parles ?

-Tu devais bien avoir une raison pour mettre la ville à feu et à sang !

-Oh, ça…je croyais te l'avoir dit. Ce n'est qu'un jeu. Et je me suis follement amusé, même si tu as joué les rabat-joie en esquivant une partie de mes épreuves. Tu sais combien de temps j'ai passé à tout imaginer ?!

-Tu es malade…

-Flatteur. Mais ça ne te mènera à rien. J'avais dit que je te rendrais ta tante la vieille si tu gagnais. Je vais tenir parole.

Elle active un levier, faisant littéralement tomber tante May du plafond. Le cœur de Parker manque un battement en voyant sa seule famille tomber vers une mort certaine. Mais Harley Quinn, faisant une fois plus montre de sa force surhumaine et de sa grande rapidité, la rattrape au vol et la fait tomber sur les genoux de Spider-Man.

-Peter, dit-elle d'un ton larmoyant. Je savais que tu viendrais me sauver. Tu es un brave garçon.

-Désolé, tante May. Je n'ai jamais voulu que tu sois mêlé à tout ça.

-Ce n'est pas ta faute…

-Ahem ! les interrompt Harley Quinn après avoir enfilé son chapeau haut de forme. C'est pas bientôt fini, les pleurnicheries ? Vous allez me faire vomir.

-Parlant de faire vomir, à quoi ça rimait de voler l'identité de Gwen Stacy et Mary-Jane ? Ne peux-tu pas laisser les morts en paix ?

-Allons, c'était pour rire…

Constatant que son adversaire n'est pas amusé, Harley Quinn esquisse une moue agacée. Puis, sortant un chevalet de nulle part, elle expose une large carte du monde détaillée et la pointe avec une baguette à la manière d'une parodie de professeure, allant même jusqu'à poser sur son nez de larges lunettes rondes.

-Donc…suivant notre accord, ta victoire aux Harley Games, outre te permettent de garder ta tante pour les…hum…quelques années qui lui reste à vivre…vont épargner New York de mon gaz Delirium. MAIS…ce serait du gaspillage, n'est-ce pas ? C'est pourquoi, tu dois choisir quelle ville dans le monde je vais gazer à la place. Il n'y aura pas de jeux cette fois, juste une destruction pure et simple.

Spider-Man ouvre la bouche, horrifié devant l'énormité de cette règle sadique, puis parvient après quelques instants à dire :

-C'est une blague ?

-Ah ah ah ! D'habitude, oui. Cette fois…non. Une ville sera détruite aujourd'hui –ou demain, en fonction de la distance-. À toi de décider laquelle. Allez, fais un effort. Tombouctou ? Pyongyang ? Oh, je sais : Latvéria ! Alors ?

-Hors de question ! explose Spider-Man. Je ne participerai pas à cette comédie grotesque.

Il fait mine de bondir sur ses pieds, mais est soudainement plaqué au sol par…de l'air ? Un sifflement strident souffle à ses oreilles, comme s'il était frappé par une rafale ne pouvant avoir aucune origine naturelle. La femme aux cheveux blancs, se révélant ainsi une mutante, maintient la main vers lui, soufflant le puissant courant d'air pour le maintenir prisonnier.

-Tu es sûr ? insiste Harley Quinn en ricanant. C'est ton dernier mot ?

-J'ai gagné selon tes propres règles. Plus de jeux, à présent.

-Entendu. Puisque tu rejettes mon offre, alors je vais me contenter de gazer New York quand même.

-Quoi ?! Non !

Harley Quinn éclate de rire, ignorant superbement le flot d'injures et de menaces que lui crache Spider-Man, toujours impuissant contre la poigne de la mutante. Après avoir enfilé un masque à gaz, la reine du chaos brandit une télécommande et presse l'unique bouton vert.

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New York

14 mars 2017, 16h00

L'aéronef du SHIELD entreprend une descente vers la ville, frôlant dangereusement les gratte-ciels les plus hauts. Une espace à l'avant s'ouvre de la même manière que lors du largage de la Sentinelle, mais cette fois, c'est une large cuve qui est lancée dans le vide. Elle tombe rapidement et se fracasse au sol, libérant des tonnes de gaz sous pression d'un vert maladif qui se répand furieusement à travers les rues, rattrapant impitoyablement les fuyards qui finissent par s'arrêter en suffoquant. Après une série de bruits étranglés poussés par des milliers de gorges, ce sont des rires par millions qui s'élèvent, du genre à vous faire froid dans le dos.

Une fois l'île de Manhattan gazée, l'immense appareil se dirige vers le Bronx, et une nouvelle cuve est larguée. Comme précédemment, les victimes suffoquent, puis mutent en êtres difformes et ricaneurs, dotés d'un instinct particulièrement violent.

Alors que cette destruction se poursuit, Harley Quinn pirate de nouveau les réseaux d'informations de toute la nation, révélant à tous le destin de la mégalopole. En moins d'une heure, tous les quartiers de New York sont inondés d'une brume verdâtre, et un véritable vacarme de hurlements et de rires hystériques résonne en échos dans toute la banlieue alentour. Craintifs, les villes adjacentes commencent à évacuer, mais pas assez vite. Lorsque la garde nationale, prévenue trop tard que la cité était attaquée, parvient aux environs, c'est pour assister au spectacle terrible d'une nuée de monstres inhumains pourchassant les citoyens rescapés au milieu des voitures coincées dans les embouteillages monstres.

Les combats s'engagent, mais les ricaneurs ne ressentent plus la douleur, et il faut leur porter un coup mortel pour les arrêter. Le régiment de la garde sonne la retraite et ordonne une frappe aérienne sur les routes reliant New York au reste de l'État. Mais il est déjà trop tard.

Plus de neuf millions de monstres ont commencé à se répandre un peu partout, précédés uniquement par leurs rires cauchemardesques.