Réponses aux reviews :
Leia26 : Héhé c'est pour vous frustrer ! Mais tu n'auras pas attendu trop longtemps pour avoir la suite ! XD Et merci de me suivre !
Vino : Oh merci ! Contente que ce chapitre sur Asgard t'ait plu (moi aussi, c'est une partie de la série que je n'aime pas trop.) Milo, des enfants cachés ? Ca je ne sais pas, ce serait drôle mais je crois que je n'aurais pas l'occasion de creuser cette idée !
Guest : Je t'avoue qu'au départ, je voulais faire un OS. Puis je suis partie sur une courte fic centrée uniquement sur Eléa et Kiran. Et maintenant, me voilà dans une fic longue ave une nouvelle guerre ! Même moi, je ne m'y attendais pas ! XD
Angeline : Voilà les réponses à tes questions et merci pour la review.
Pour les frustrés du Kiran/Eléa, voici de quoi vous contenter un peu ! ^^ Ensuite...les choses sérieuses commenceront pour nos chevaliers.
La nuit était tombée sur le Sanctuaire. Kiran dînait dans le temple du Bélier avec son maître. Bien que le plus jeune fût officiellement le nouveau tenant du titre, Mû tenait à rester près de lui pour le guider dans ses premiers pas de chevalier d'or et d'autant plus maintenant qu'une nouvelle guerre se préparait. Quelqu'un d'autre lui aurait probablement dit qu'il couvait trop Kiran, que ce dernier devait se débrouiller tout seul comme la plupart d'entre eux avaient été obligés de le faire. Mais justement non, Mu refusait de laisser Kiran livré à lui-même comme lui l'avait été lorsque Shion avait été assassiné. Puisqu'il était toujours en vie, il voulait donner à son presque fils ce qu'il aurait aimé avoir : une figure paternelle, une présence sur laquelle il pourrait toujours compter. Il ne traitait plus Kiran comme un enfant et lui laissait les coudées franches sur presque tout. Il avait confiance en lui et en sa valeur mais il tenait à être toujours là. De toute façon, il n'avait jamais été un maître aussi dur qu'avaient pu l'être tous les autres avec leurs disciples.
De son côté, Kiran ne risquait pas de s'en plaindre, trop heureux que sa relation avec son maître n'ait pas changé en dépit du fait qu'il lui avait succédé. Lorsqu'Athéna avait laissé le choix à tous les apprentis de poursuivre leur formation ou de se diriger vers une vie « normale », l'enfant qu'il était alors n'avait pas hésité un instant : quitter Mû lui avait paru inenvisageable. C'était sa seule famille ! De plus, il n'avait pas voulu rendre inutile tout ce qu'il lui avait déjà appris. Plusieurs fois, pendant sept ans, Mû lui avait proposé de l'inscrire à l'école et de le pousser vers une autre vie il avait refusé encore et toujours, sans hésiter un seul instant.
Et pendant ces années, il avait aussi appris à connaître Shion, venu souvent en visite à Jamir quand ses obligations de Pope le lui permettaient.
« La famille Bélier ». Trois générations. Grand-père, père et petit-fils ? L'idée le faisait beaucoup sourire mais il fallait occulter le fait que son maître et Shion avaient l'air d'avoir le même âge.
Ce soir-là, Kiran remarqua que Mû semblait un peu embarrassé et qu'il le regardait fixement en ayant l'air de réfléchir. Il finit par demander :
-Que se passe-t-il maître ? J'ai l'impression que quelque chose vous inquiète.
Mû prit plusieurs secondes à répondre mais le jeune homme savait qu'il était en train de choisir les mots les plus justes comme il le faisait toujours.
-Kiran...ce que je vais te dire est assez gênant et concerne un sujet dans lequel je sais parfaitement que je n'ai pas le droit d'intervenir.
Kiran reposa ses couverts et attentit la suite avec attention.
-Tout à l'heure, je t'ai vu avec Eléa, poursuivit Mû.
Kiran ne put s'empêcher de rougir mais, il n'essaya même pas de nier.
-Oh...mais où est le problème ? Vous ne... ?
-Ecoute, c'est bien normal à ton âge et je n'ai rien contre ça. Je suis même...heureux que tu aies cette occasion de pouvoir...vivre ce genre de choses. J'ignore jusqu'à quel point ce qu'il ya entre vous est sérieux mais, s'agissant d'Eléa, tu vas devoir faire attention à un détail important.
-Son père ?
Le sourire de Kiran provoqua celui de Mû :
-Tiens...pour être honnête, j'ai du mal à imaginer la réaction de Camus. Peu importe, ce n'est pas à ça que je pensais. Je voulais seulement te dire de faire attention à...à ce qu'elle ne tombe jamais enceinte de toi.
Pour le coup, Kiran piqua un fard encore plus prononcé et même Mû eut une grimace embarassée. Oh bon sang...ils étaient en plein dans le genre de conversation gênante qu'un père pouvait avoir avec son fils !
-Mais...mais maître, nous ne pensons absolument pas à ça ! On est trop jeunes ! Et en plus, on ne...
Kiran n'osa pas finir sa phrase : ils n'avaient encore rien fait du tout Eléa et lui et son maître lui parlait déjà d'enfant ?!
Mû se reprit et leva les mains en signe d'apaisement :
-Kiran, je suis désolé de parler de ça avec toi. J'ignore jusqu'à quel point votre histoire est sérieuse mais j'aimerais que tu comprennes pourquoi je te dis ça. Je n'ai pas besoin de te rappeler la spécificité du cosmos d'Eléa n'est-ce pas ?
Kiran comprit tout :
- Je n'ai pas oublié. Ses deux parents étaient chevaliers et, à cause de ça, elle porte un pouvoir double qu'elle ne maîtrise pas. Elle n'aurait même pas dû venir au monde d'ailleurs puisque les relations entre hommes et femmes sont interdites dans la chevalerie.
Il leva un regard inquiet sur Mû :
-On n'a pas le droit de se voir n'est-ce pas ?
-Je ne sais pas, soupira Mû. Eléa n'est pas chevalier mais il se peut que cette règle s'applique quand même étant donné son cas.
Si Mû ignorait totalement jusqu'à quel point Kiran pouvait tenir à ce début de relation, l'ombre de tristesse qu'il vit obscurcir les yeux de son disciple le renseigna.
-Ca te ferait mal si Athéna interdisait votre relation ?
-Vous allez lui dire ?
Mû secoua la tête :
-Tu crois que c'est mon genre d'aller jouer les délateurs ? Et je ne veux pas vous causer de chagrin à tous les deux. Mais Athéna n'aura sûrement pas besoin de moi pour s'apercevoir de quelque chose. Et si elle vous ordonnait de tout arrêter ?
Kiran soupira :
-Je suis à ses ordres...comment pourrai-je lui désobéir ?
Mû fut soulagé de l'entendre. Maintenant que Kiran avait prêté serment, rien, pas même l'amour ne devait passer au-dessus de son devoir. Cependant, il voyait bien que la décision serait dure pour Kiran.
-Tu es amoureux d'Eléa ?
Le jeune homme se gratta la nuque d'un air gêné :
-Euh...je sais pas...j'ai du mal à en parler. On s'est toujours super bien entendus. Quand j'étais à Jamir...je me disais souvent que ce serait bien de la revoir. Quand je suis revenu en Avril et que je l'ai retrouvée, j'étais vraiment content. En plus, c'était comme si on s'était quittés la veille. Je ne me sens pas du tout timide avec elle, c'est...naturel, simple, facile. Il n'y a jamais de gêne parce qu'on se connait bien. Et...j'ai tout le temps envie de la voir.
Kiran s'arrêta là, ne pouvant pas confier à Mu l'envie qu'il avait de la toucher toujours, du plaisir qu'il avait ressenti en l'embrassant et de la hâte qui était la sienne de la retrouver après le dîner pour recommencer.
Pour l'ancien Bélier, c'était déjà bien suffisant. La situation étant gênante pour lui aussi donc il ne demanda rien d'autre mais ce qu'il voyait là ressemblait aux prémices d'un premier amour. Un amour qui pourrait devenir d'autant plus sérieux qu'il avait déjà des bases établies depuis des années. Toujours anxieux, il ajouta :
- Soyez prudents tous les deux. Vous devez éviter à tout prix d'ajouter ton cosmos à celui, déjà bizarre, qu'elle porte en elle. Est-ce que tu imagines ce que cela pourrait donner si elle donnait naissance à un enfant dans ces conditions ? Nous ne sommes sûrs de rien, pas même du fait que cela pourrait se produire car son cas est le seul précédent que nous connaissons. Mais, dans une question aussi délicate, mieux vaut prévenir que guérir. Tu me comprends Kiran ?
-Oui. C'est juste...ça fait bizarre de parler de ça. On vient de commencer, c'est tout nouveau...on est vraiment très loin de penser à un bébé !
-Encore heureux ! commenta Mû. Mais enfin, son père et sa mère en étaient certainement très loin aussi et il peut suffire d'une fois...Je suppose que je n'ai pas besoin de te briefer sur les façons d'éviter ça ?
-Non c'est bon, je suis au courant ! répondit Kiran qui voulait à tout prix éviter d'avoir une conversation sur la contraception avec son maître. On fera attention promis !
-Très bien. Je ne vous empêcherai pas de vous voir. Quand Athéna s'en apercevra et bien...
-Nous aviserons, assura Kiran. Peut-être qu'elle acceptera de nous laisser faire si nous lui jurons de ne jamais avoir d'enfant ?
-Vous ne risquez pas de le regretter ?
Kiran secoua lassement la tête et répondit d'une voix où vibrait une légère émotion :
-Maître...nous n'avons pas l'âge de nous préoccuper de tout ça. Nous n'en sommes qu'à nos débuts, ça nous paraît tellement loin encore ! En plus, avec cette nouvelle guerre qui se prépare, je pourrai très bien être mort la semaine prochaine ! Je vous en prie...je me sens bien avec elle, laissez-moi profiter un peu de ce sentiment !
Un léger pli d'inquiétude apparut entre les points de vie de Mû qui avait entendu son cœur se serrer en entendant Kiran évoquer sa mort hypothétique. Il n'eut pas le courage de saper davantage cette éclosion de sentiments.
Qu'Athéna me préserve d'avoir été trop faible avec ces enfants...
La troisième inconnue de cette équation serait Camus et il y avait fort à parier qu'il se ferait les mêmes réfléxions que lui.
De son côté, Eléa avait passé une soirée étrange et follement amusante dans le douzième temple. Pour qu'elle ne se retrouve pas à dîner seule en ruminant l'absence de son père et de Milo partis à Asgard, Shun avait embarqué la jeune fille pour une soirée chez Aphrodite.
Eléa le connaissait mal et n'avait d'abord pas su comment se comporter face à ce surprenant énergumène, presque plus féminin qu'elle.
Les années n'avaient pas rendus Aphrodite moins exubérant, bien au contraire !
Il était de ceux qui avaient eu le moins de mal à s'habituer à la vie civile. Le pardon d'Athéna en poche, il avait envoyé promener remords et mauvais souvenirs pour mordre cette nouvelle vie à pleines dents. Armé de sa beauté hors du commun, d'un corps à damner tous les saints et d'un culot à toute épreuve, il n'avait pas tardé à se trouver une carrière dans...le mannequinat ! Il ne faisait pas de défilés mais des photos de mode pour des catalogues de prêt-à-porter et des publicités. Ca payait plutôt bien , son narcissisme y trouvait son compte, il s'amusait beaucoup et se sentait fabuleusement bien !
Narcissique oui...mais vraiment drôle aux yeux d'Eléa qui s'était beaucoup amusée à écouter ses anecdotes professionnelles et ses succès auprès de la gente masculine qui étaient nombreux. De plus, elle n'avait pas eu besoin de se montrer bavarde tellement Aphrodite parlait pour deux ! Ce dernier avait ensuite profité d'avoir une fille sous la main pour parler chiffons et maquillage et Eléa s'était aperçue en voyant son matériel, qu'il en avait dix fois plus qu'elle ! Aphrodite avait pris plaisir à brosser les longs cheveux blonds de la jeune fille pour les coiffer en une queue haute dans laquelle il avait piqué une magnifique rose rouge.
-Tu es ravissante ! s'était-il écrié. Allez Shun à toi !
Ce dernier, peu enclin à se retrouver avec une rose dans les cheveux, avait voulu s'échapper et s'était retrouvé assailli par les deux autres qui, au milieu de grands éclats de rire, avaient réussi à l'attraper pour lui faire des tresses !
Une soirée avec Aphrodite, c'était comme la passser avec une copine particulièrement délurée, avait pensé Eléa. Le fait que ce soit un homme et, d'après Shun, un chevalier redoutable, rendait ce fait particulièrement piquant. Elle s'était quand même demandé comment Shun et lui pouvaient aussi bien s'entendre car ils n'avaient pas du tout le même caractère ! Shun ne se maquillait jamais, était très modeste et d'un tempérament beaucoup plus discret.
A la fin de la soirée, elle laissa les deux chevaliers (Shun dormait sur place) et redescendit tout le Sanctuaire par le souterrain avec une humeur plus gaie qu'elle l'avait été depuis trois jours. Elle allait voir Kiran et son cœur battait d'une façon presque euphorique.
Elle sentit son cosmos. Il l'attendait. Elle le trouva assis sur un rocher un peu plus bas que la maison du Bélier et ils se sourirent. Les yeux de Kiran dérivèrent sur la fleur qu'elle avait dans les cheveux et il se mit à rire :
-C'était bien chez Aphrodite ? Il n'est pas trop fatiguant ?
-Non, il est super sympa !
Kiran s'approcha tout près et toucha la rose avant de passer les doigts dans l'épaisse queue de cheval. Les yeux d' Eléa se mirent à briller.
-Ca te va bien les cheveux relevés, murmura-t-il.
D'autant plus qu'ils laissaient tout son cou à découvert et les doigts de Kiran quittèrent les cheveux pour descendre le long de la nuque toute chaude avant de dériver vers l'avant, sous les oreilles, à la naissance des épaules puis plus bas, autant que le col de son t-shirt le lui permettait. Pas de collier sur sa jolie peau pour entraver la caresse de ses doigts.
Il la touchait sans réflechir, en obéissant juste à l'envie du moment et se fiant à la franchise d'Eléa pour savoir si c'était le bon geste à faire ou pas. Et, à la façon qu'elle eu de poser sa main sur la sienne pour la guider dans ses caresses, il sut qu'elle aimait ça.
Leurs lèvres n'étaient pas très éloignées. Ce fut Eléa qui franchit la distance entre elles en frôlant son nez avec le sien. Un baiser, un deuxième...légers et lents, le temps qu'ils s'accordent avant qu'un troisième baiser ne les soudent réellement. Eléa le laissa donner le rythme et passa son bras valide autour de sa taille, s'abandonnant totalement à une immense vague de chaleur et de plaisir partie du creux de son ventre. Elle sentit ses bras la serrer très fort contre son grand corps de chevalier, si chaud et si rassurant. A ce moment-là, elle prit conscience que ça allait vraiment devenir addictif.
Ils haletaient un peu quand ils se séparèrent et leurs mains étaient serrées sur leurs vêtements. Kiran garda la jeune fille contre lui et ils marchèrent en silence, plus loin, jusqu'à un endroit dont le seul charme était d'être encore plus à l'écart de tout voyeurs potentiels. C'était tout ce dont ils avaient besoin. Kiran s'assit à même le sol rocheux, adossé à une grosse pierre et Eléa s'installa devant lui, entre ses jambes avec ses bras autour d'elle.
L'odorat de Kiran se délectait du parfum de shampoing dégagé par sa queue de cheval et par sa nuque. Il ne pensait plus à rien, il était trop bien...Entraîné par son ressenti, il posa ses lèvres à la jointure de ses épaules et de son cou et il sentit le corps d'Eléa se soulever en une profonde inspiration.
-J'ai le droit de faire ça ? murmura-t-il.
-Si tu arrêtes je te tape !
-Tu es sûre ? Je ne veux pas faire un truc qui te choquerait...
Eléa tourna la tête et darda sur lui un regard qui ne tremblait pas :
-Si je te demande d'arrêter, tu le feras ?
-Bien sûr que oui.
Elle sourit :
-Je le savais. J'ai confiance en toi idiot.
Après un regard complice échangé, Kiran déposa plusieurs baisers sur son front, son nez, sa bouche avant de revenir dans son cou. Il sentit un long frisson le parcourir quand Eléa haleta et renversa la tête en arrière sur son épaule.
Le cœur de la jeune fille battait à tout rompre, son corps délicieusement tendu sous les vibrations provoquées par les baisers. Elle ignorait jusqu'à présent qu'elle était aussi sensible du cou et de la nuque. Les sensations étaient géniales...
Les mains larges de Kiran se crispèrent sur son ventre qu'il sentait sous son t-shirt et il ne se lassait pas d'embrasser sa peau. Merde...il adorait ça et ne voulait pas penser à ce qu'il ressentirait si on lui disait qu'il ne pouvait pas rester avec Eléa. Ce ne serait pas pareil avec une autre, il en était sûr. Eléa était sa meilleure amie, la plus jolie et la plus chic des filles. L'accord avec elle était parfait et, à présent, il la désirait aussi. La question posée par son maître lui revint en tête : était-il amoureux ? Si ce n'était pas ça, il se demandait bien ce que ça pouvait être !
Soudain, Eléa se retourna, la tête levée vers lui avec un air à la fois tendre et joueur. Kiran passa les mains derrière sa tête et retira son élastique qui libéra le flot doré de ses cheveux. La rose tomba sur le sol.
-Je croyais que tu m'aimais bien avec les cheveux relevés ?
-T'es encore mieux comme ça.
Ils s'embrassèrent à nouveau, la main valide d'Eléa courant doucement sur le torse de Kiran. Vivement que son bras guérisse qu'elle puisse le toucher et l'enlacer correctement ! Elle se sentait flotter, c'était la meilleure soirée de sa vie...
Ce qui se passa ensuite leur parut d'autant plus violent.
Soudain, Kiran sursauta. Ses pouvoirs lui donnant un peu d'avance sur Eléa, il perçut l'arrivée de deux énormes cosmos dix secondes avant que leurs agresseurs ne se matérialisent devant eux.
-Kiran qu'est-ce qu'il y a ?
-Reste près de moi ! l'avertit le jeune homme en se relevant précipitamment avec elle.
A ce moment-là, deux hautes silhouettes apparurent et Eléa se prit de plein fouet la puissance du cosmos qu'ils dégageaient. C'étaient deux hommes qui semblaient mesurer chacun au moins un mètre quatre-vingt dix, montés sur deux chevaux plus hauts que des chevaux normaux. Cavaliers et montures étaient équipés d'armures. L'un était en rouge et la robe de son cheval était d'un roux vif absolument pas naturel. L'autre était tout en noir tout comme sa bête qui frappait le sol de son énorme sabot d'un air nerveux. Les cheveux avaient des yeux blancs fantômatiques et la malveillance qui se dégageait de l'ensemble le rendait terrifiant. Quand son regard s'attarda sur les visages des cavaliers qui ne portaient pas de casques, elle s'aperçut d'un détail presque gênant pour un ensemble aussi effrayant : les deux hommes étaient beaux. Le cavalier rouge avait une mâchoire carrée très virile, le teint hâlé, des yeux marrons et des cheveux courts brun aux reflets roux. L'autre avait les cheveux et les yeux aussi noirs que son armure et son cheval avec un visage plus fin que celui de son camarade. Mais leur beauté avait quelque chose de presque indécent tant on sentait dessous une incommensurable menace.
Kiran, les dents serrées, la protégea de son corps et lança :
-Qui êtes-vous ? Qu'est-ce que vous voulez ?
La réponse à la première question était évidente pour la jeune fille terrifiée qui réfléchissait à toute vitesse. Les Cavaliers de l'Apocalypse...Le Sanctuaire était attaqué ? Pourquoi étaient-ils deux et non pas quatre ? Où étaient les autres ?
Le cavalier rouge répondit avec agressivité :
-Mon nom est Guerre. Et voici Pollution, dit-il en désignant son compagnon. Je suppose que nous n'avons pas besoin de développer n'est-ce pas ? Vous connaissez déjà notre existence ici, n'est-ce pas chevalier du Bélier ?
-Non, ça suffira pour les présentations, répliqua Kiran, le regard menaçant, se fichant de savoir comment ils pouvaient connaître son nom. Et quoi que vous soyez venus faire ici, je vous préviens que vous n'irez pas plus loin !
-Nous n'en avons pas l'intention, répondit le cavalier noir d'un air dédaigneux. Pas pour l'instant du moins.
Quoi ? se demanda Eléa. Pourquoi étaient-ils venus alors ?
- Nous sommes venus chercher cette fille, dit le cavalier rouge en désignant soudain Eléa du doigt.
Elle sentit son cœur tomber dans sa poitrine
-Je n'irai nulle part avec vous ! s'écria-t-elle.
-Evidemment, commenta le cavalier noir en haussant les épaules.
Les deux cavaliers sortirent alors de fourreaux fixés sur les selles de leurs chevaux, deux très longues épées. Kiran réagit tout de suite :
-Crystal Wall !
Le mur de protection se déploya au moment les deux épées fendaint l'air en déchaînant une onde de choc tellement puissante qu'après avoir résisté un peu, le mur explosa en projetant Kiran et Eléa à terre.
-Dépêchons-nous ! cria le cavalier noir en lançant son cheval. Les autres vont arriver !
-NON !
Kiran bondit sur ses pieds mais les deux énormes chevaux lui fondirent dessus. L'épée du cavalier rouge fendit l'air et il eut soudain l'impression qu'elle l'avait coupé en deux. Sonné par la douleur, il n'eut que le temps d'entendre Eléa crier. Le cavalier noir s'empara d'elle et ils disparurent comme ils étaient venus.
L'attaque n'avait pas duré en tout plus de vingt secondes. Au Sanctuaire, un branle-bas de combat avait eu lieu lorsqu'on avait perçu la présence des deux cosmos nocifs tout près de la maison du Bélier et chaque chevalier d'or s'était tenu prêt à défendre sa maison. Les Bronze, eux, s'étaient précipités pour aller au-devant de l'ennemi mais la disparition soudaine de la menace laissa chacun déconcerté mais surtout très inquiet : pourquoi le cosmos de Kiran s'était-il soudain embrasé ?
Le premier sur les lieux fut Mû qui se téléporta au moment où les deux cavaliers disparaissaient en emportant Eléa. Trop tard...Kiran gisait au sol, la poitrine traversée par une terrible blessure. Il n'avait même pas eu le temps de rêvetir son armure tellement l'attaque avait été rapide et violente.
Très inquiet, Mû utilisa ses pouvoirs pour faire léviter le jeune homme sans le remuer dangereusement et repartit au temple du Bélier. Il allongea Kiran dans sa chambre et commença lui prodiguer les premiers soins, sans parvenir à lui faire reprendre conscience.
Très vite, les Bronzes arrivèrent, déjà en armures et prêts à en découdre si besoin était. Même Ikki, devenu un peu plus sociable avec le temps, était là parce qu'il avait été invité à une soirée pizza/bière avec Aiolia, Aioros et Kanon dans le temple du Lion.
Plus haut, tous les chevaliers d'or se seraient bien précipités aux nouvelles eux aussi mais, dans cette situation incertaine, chacun devait rester à son poste en attendant les ordres d'Athéna mais Mû usa de ses pouvoirs pour que tous ses amis puissent suivre mentalement les évènements.
-Mû ! s'écria Seiya en se montrant, avec ses amis, à la porte de la chambre. Que s'est-il passé ? Comment va Kiran ?
-Il a été gravement blessé ! répondit l'ancien Bélier dont les mains, auréolées de cosmos, étaient posées sur la poitrine de Kiran pour soigner sa plaie.
Shun eut un regard horrifié en voyant la plaie sanglante et, dans un réflexe déjà établi, passa de l'autre côté du lit pour prendre le pouls du jeune homme.
-Il est vraiment solide..., marmonna-t-il. Un garçon normal n'aurait pas survécu à ça mais il a beaucoup de chances que tu possèdes de tels pouvoirs de guérison Mû. On dirait bien que cette plaie a été faite par une épée.
Il se rappelait bien du genre de plaie que la lame de Shura avait laissée sur le corps du spectre qu'il avait tué sept ans plus tôt pendant la dernière guerre. Puis ses yeux se posèrent sur l'intérieur du bras gauche de Kiran et il fronça les sourcils en voyant un énorme hématome à la forme inhabituelle.
-C'est étrange...il a une forme de fer à cheval !
Cheval...épée...Le même cheminement d'idées se fit dans les six têtes présentes qui échangèrent des regards lourds de sens.
-Les Cavaliers de l'Apocalypse...dit gravement Shiryu.
-Deux d'entre eux en tout cas, enchaîna Hyoga. Et d'après leurs cosmos, ce ne sont vraiment pas des ennemis à prendre à la légère.
-Je ne comprends pas ce qu'ils sont venus faire ici, dit Seiya. Ils ne sont pas restés plus d'une minute !
Personne n'avait la réponse à cette question. Et soudain, les paupières de Kiran remuèrent mais sa mâchoire se crispa de douleur.
-Kiran ! appela Mû. Réveille-toi..
-Kiran...fit Shun en passant la main sur le front pâle du jeune homme.
La voix faible de Kiran s'éleva sur un seul mot :
-Eléa...Eléa...
Shun pâlit tout d'un coup :
-Oh non...
-Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Hyoga d'une voix tendue.
-Elle était sûrement avec Kiran au moment de l'attaque ! Elle m'avait dit qu'elle devait le voir ! Où est-elle passée ? On ne sent même plus sa présence !
Mû par contre ignorait ce fait car, après la conversation qu'il avait eue avec lui pendant le dîner, Kiran avait préféré ne pas mentionner le fait qu'il devait aller retrouver la jeune fille juste après. Il leva sur les garçons un regard angoissé :
-Je ne l'ai pas du tout vue...
Mais qu'est-ce que Kiran pouvait bien faire dans ce lieu isolé à cette heure de la nuit ?
Shun sauta sur ses pieds :
-Je vais aller voir !
-Je t'accompagne ! décréta Hyoga.
-Moi aussi ! Fit Ikki qui voulait être là au cas où les ennemis referaient une apparition.
Ils sortirent du temple du Bélier tandis que Kiran semblait avoir beaucou de mal à émerger.
Shun, Hyoga et Ikki cherchèrent partout en appelant Eléa vocalement, mentalement, s'attendant anxieusement à trouver son corps quelque part. Mais la seule chose qu'ils trouvèrent fut une rose rouge.
-Elle l'avait dans les cheveux ce soir...murmura Shun en la ramassant.
-Merde...fit Hyoga en se prenant la tête à deux mains. Elle a complètement disparu ! Ils ne l'ont quand même pas capturée ?!
Hélàs, ils ne trouvèrent pas le moindre indice supplémentaire.
Quand ils retournèrent bredouilles au temple du Bélier, Kiran ouvrait les yeux, ses forces revenant peu à peu grâce à Mû. Et tout de suite, ses yeux remarquèrent la rose que Shun tenait tristement en ses mains.
-Eléa...
-Tu n'as pas cessé de prononcer son nom, dit doucement Shun. Que s'est-il passé ?
-Deux cavaliers...Guerre et Pollution..ils sont arrivés et nous ont attaqués, expliqua Kiran d'une voix rauque. Ils voulaient...Eléa et ils l'ont enlevée.
Son visage prit alors l'expression d'un profond dégoût :
-Je n'ai rien pu faire...rien...Ils ont été très rapides. J'ai été..en-dessous de tout...
Peu à peu la gravité de la situation lui apparut et l'emplit d'un mélange douloureux de honte, de rage et d'amertume. Lui, un chevalier d'or, n'avait même pas été capable de protéger la jeune fille qu'il aimait. Elle avait été capturée juste sous ses yeux !
-Donne-nous plus de détails sur eux ! demanda Ikki.
Alors Kiran raconta l'attaque en décrivant les cavaliers et comment ceux-ci avaient déclaré être venus pour Eléa. En l'absence d'explications sur ce sujet, la nouvelle laissa tout le monde dans la plus grande perplexité.
-J'y comprends rien...grogna Seiya. Pourquoi elle ?
Kiran, les dents serrées, voulut se redresser mais Shun, muni de désinfectants et de bandages et qui semblait décidé à relayer Mû, s'écria :
-Où vas-tu comme ça ? Tu n'es plus en danger mais il faut soigner et panser tes blessures.
-Je n'ai rien pu faire ! cria soudain le jeune homme. Et maintenant, elle est je-ne-sais-où terrifiée, blessée, pire même ! Il faut la retrouver !
-Nous la retrouverons, dit Mû d'une voix calme en posant une main ferme sur l'épaule de Kiran. Je te jure que nous ferons tout pour ça. S'ils ont pris la peine de la capturer, ce n'est sûrement pas pour la tuer. Ils doivent avoir besoin d'elle d'une manière ou d'une autre. Et ne commence pas à culpabiliser, ça ne sert à rien. A présent, tu ne dois plus penser qu'à la sauver.
Shun eut un faible sourire et s'assit sur le lit pour commencer à désinfecter la plaie de Kiran. Eléa ne lui avait jamais rien dit mais il avait développé des soupçons à voir ses deux-là toujours fourrés ensemble. A présent, il n'avait plus besoin de confirmation sur ce qui les liait tellement la réaction de Kiran parlait pour lui.
De leur côté, Seiya, Shiryu s'étonnaient de découvrir cette histoire entre Kiran et Eléa. Ikki s'en moquait et se demandait plutôt comment ils allaient bien pouvoir retrouver la trace des deux cavaliers.
Seiya, le visage fermé et les bras croisés, commenta soudain en un lourd euphémisme :
-Camus va devenir dingue..
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Personne ne dormit cette nuit-là. Peu à peu, les autres chevaliers d'or descendirent au temple du Bélier pour prendre des nouvelles de Kiran et discuter de vive voix de la situation. Personne ne comprenait pourquoi Eléa avait été capturée, ni comment faire pour retrouver ces nouveaux ennemis.
La nuit touchait à sa fin lorsque Milo et Camus rentrèrent au Sanctuaire et apparurent chez Mû au moment où presque tous les Ors et les Bronze étaient réunis. Leurs urnes sur le dos, tous deux se trouvaient dans un sale état comme s'ils sortaient d'un combat particulièrement terrible.
-Dans quel état vous êtes les gars ?! S'écria Aldébarran en s'avançant vers eux. Que vous est-il arrivé ?
Les yeux de Milo lançaient des éclairs et il répondit entre ses dents serrées :
-On nous a attaqués juste après que nous ayons quitté Asgard. Deux cavaliers de l'Apocalypse...Maladie et Famine. Ils nous sont tombés dessus par surprise et...ils nous ont pris le Livre des Révélations.
Les poings du Scorpion se serrèrent sous les yeux écarquillés de ses « collègues ».
-Comment ont-ils pu vous battre Camus et toi ? demanda Seiya d'un air stupéfait.
-Parce squ'ils sont lâches ! cracha Milo pour qui cet échec dans une mission confiée par Athéna constituait une terrible honte. Ils nous ont pris par surprise en dissimulant leurs cosmos puis une fois le livre en main, ils ont filé sans demander leur reste ! Ils se sont conduits comme des voleurs de grands chemins plutôt que comme des combattants. Et pourtant...ils étaient incroyablement forts.
Mû et Kiran s'entre-regardèrent : ils avaient procédé de la même façon que les deux qui avaient enlevé Eléa. Le jeune homme, toujours pâle et blessé mais assis dans un fauteuil parce qu'il n'avait pas voulu rester à l'écart des discussions, se sentit un peu moins honteux en découvrant que même deux chevaliers d'or n'avaient pas pu faire grand chose face à leurs attaques-éclairs.
Mais il se tendit à nouveau lorsque Camus, qui jusqu'à présent n'avait pas dit un mot et qui avait parcouru toute l'assemblée du regard d'un air anxieux, lâcha enfin la question que tout le monde redoutait :
-Où est ma fille ?
Il ne pensait qu'à ça depuis le malaise qu'il avait ressenti depuis Asgard et ne sentait même pas le sang sur son front et ses diverses blessures. Au fond de lui, il avait déjà compris qu'Eléa n'était pas là mais il voulait entendre une explication.
Explication qui tarda à venir jusqu'à ce que Kiran, torturé de remords, finisse par commencer :
-Camus...Elle...elle était avec moi quand...deux cavaliers de l'apocalypse sont arrivés.
- Et ?
Comme d'habitude, Camus était resté calme en apparence. Campé sur ses longues jambes, les bras le long du corps et les poings serrés, il dardait sur le jeune homme un regard dans lequel tous ses amis étaient capables de lire une tempête de neige sur le point de déferler. Kiran se sentait si mal d'avoir laissé capturer Eléa qu'il ne chercha même pas à atténuer sa faute.
-C'était elle qu'ils voulaient. Ils l'ont capturée.
Camus n'eut pas besoin de détails supplémentaires. « Capturée » signifiait qu'elle n'était pas morte. De toute façon, il était absolument sûr qu'il l'aurait senti. Et puisque Kiran était blessé, c'était parce qu'il avait essayé de se batttre. Et malgré tout, il ne put se retenir d'éprouver une énorme bouffée de ressentiment envers Kiran qui, non content de tourner autour de sa fille, l'avait laissée se faire enlever sous ses yeux. Il ne lâcha pas un mot mais son regard bleu marine se fit si dur que Kiran commença à bredouiller :
-Camus je suis...
-Tais-toi, cingla la voix du Verseau qui se détourna brusquement.
Milo fit une petite grimace en se disant que Camus se montrait bien dur avec ce pauvre garçon. Quant à Mû, il retint un commentaire en sachant qu'il risquait d'aggraver les choses s'il parlait à Camus maintenant et devant tous les autres. Il le ferait plus tard car il n'appréciait pas qu'il se comporte ainsi avec Kiran. Ce dernier, lui, n'osa plus dire un mot.
Seul Hyoga osa s'avancer pour dire:
-Maître...nous allons la retrouver.
Le regard de Camus se fit un peu moins sévère en se posant sur lui mais, sans rien ajouter, il quitta les lieux à grands pas et sortit en direction du temple suivant. Sous son apparence froide, son cœur se serrait atrocement. Eléa ! Oh si seulement il avait été là pour la protéger ! Pourquoi l'avaient-ils enlevée ? Dans quel état était-elle ? Qu'est-ce qu'ils allaient lui faire ?
-Camus !
Naturellement, Milo l'avait suivi, ne craignant pas du tout de se faire jeter.
-Hé ho ! fit le Scorpion en l'arrêtant alors qu'il montait les marches. Je sais pas ce qu'ils ont l'intention de faire d'elle mais on va la retrouver ok ? Mets-toi bien ça dans la tête et ne va pas nous faire une crise d'angoisse hein ? Je te jure que, quand on leur aura mis la main dessus, je serai là pour leur défoncer la tête avec toi !
-Je sais Milo..., soupira Camus.
A ce moment-là, un éclair doré descendit du ciel et le gigantesque cosmos d'Athéna se fit sentir, attirant immédiatement tous les chevaliers sur le parvis à l'arrière du temple du Bélier. Camus et Milo redescendirent les quelques marches qu'ils avaient montées pour accueillir leur déesse qui se tenait là, son sceptre en main avec Shaka à ses côtés.
-Shaka ! s'écria Mû. Je me demandais où tu étais passé !
Kiran, plus lent, apparut à l'extérieur en vacillant. Tout de suite, Athéna se précipita vers lui et, d'une voix douce et inquiète :
-Oh Kiran, il ne fallait pas te lever...comment te sens-tu ?
- Ca va aller princesse, ce n'est pas grave.
Par fierté, aucun chevalier n'aurait pu répondre autre chose à Athéna et celle-ci n'était pas dupe. Elle usa de son cosmos pour soulager Kiran qui se retrouva alors baigné dans une chaleur plus douce et plus revigorante que tout ce qui pouvait exister sur terre. Même son angoisse pour Eléa disparut durant tout le temps qu'il eut les bras d'Athéna autour de lui. Les grands yeux noirs plongés dans les siens semblèrent sonder son âme mais elle lui sourit avec confiance avant de le relâcher. Kiran s'aperçut qu'il se sentait beaucoup plus fort.
-Merci...
Athéna sourit et se tourna vers les autres. Ce fut là que Camus et Milo vinrent mettre un genou à terre devant elle.
-Déesse..., commença Milo, toujours profondément honteux de son échec. Nous avons échoué...
Il se lança alors dans le récit de tout ce qui s'était passé à Asgard, sous le regard attentif et les oreilles grandes ouvertes de tous leurs camarades. Athéna ne l'interrompit pas un seul instant mais, en entendant que le Livre des Révélations se trouvait désormais entre les mains de l'ennemi, son regard se teinta d'inquiétude.
-Je vois..., soupira-t-elle. Milo, je sens toute ta culpabilité et les reproches que tu te fais ainsi que Camus. Je vous comprends et ne vous cache pas que la situation est grave désormais. Mais je ne doute pas que vous ayez fait de votre mieux et je suis soulagée que vous soyez revenus vivants.
Elle était indulgente comme d'habitude et Milo se dit qu'il aurait préféré se faire engueuler.
-Nous sommes profondément désolés, répondit-il. Je vous jure que nous récupèrerons ce livre au péril de notre vie.
-Je le sais bien, souffla tristement Athéna, et l'occasion ne tardera pas à se présenter car il nous faut partir au plus vite. Je sais où ils se cachent. Lorsqu'ils ont disparu d'ici, j'ai demandé à Shaka d'utiliser sur moi la technique de la libération de l'âme. Il a stabilisé mon état pendant que je m'envolais en suivant les traces du cosmos gigantesque de nos ennemis.
Personne ne fut surprise d'entendre cela : avec les années, les pouvoirs et la personnalité d'Athéna avaient pris encore un peu plus le pas sur Saori Kido. La déesse était plus forte et d'autres possibilités divines étaient remontées de l'oubli dans sa mémoire. Elle était capable de quitter brièvement son corps pour se rendre n'importe où très rapidement et sans se faire remarquer à condition que Shaka soit là à la fois pour maintenir son corps en vie et faire en sorte que son âme puisse en retrouver le chemin.
Elle poursuivit :
-Ils sont dans le désert du Wadi Rum, tout au sud de la Jordanie, dans un endroit nommé la tour de Babel.
Milo bondit sur ses pieds :
-Il faut y aller tout de suite ! Ils ont Eléa et le Livre des Révélations, il ne faut pas perdre un seul instant !
Athéna acquiesça :
-Oui nous y allons..nous partirons à l'aube et je viendrai avec vous.
Saga émit un petit hoquet stupéfait et avança de deux pas :
-Mais déesse...c'est bien trop dangereux ! Laissez-nous y aller et restez ici en sécurité. Ils ne feront pas le poids contre nous tous !
Mais Athéna se tourna vers lui avec une expression déterminée :
-Saga, dans mes précédentes vies, je participais toujours aux côtés au milieu de mon armée. Dans celle-ci, les choses ont été un peu différentes...vous avez été obligés de me sauver de toutes sortes de dangers. A présent, je vais enfin assumer mon rôle tel qu'il devrait être : celui de la déesse de la Guerre et de chef de mon armée. Vêtue de mon armure, je serais avec vous car c'est là qu'est ma place.
Shion et Dokho, qui se rappelaient fort bien de comment Athéna s'était tenue aux côtés de ses soldats au XVIIIe siècle, esquissèrent un sourire, heureux de pouvoir retourner se battre à ses côtés. La génération « moderne », elle, voyait cela d'un œil un peu inquiet et les cinq Bronze plus encore que les autres.
Mais Athéna semblait décidée et elle parcourut soudain ses chevaliers du regard :
-Après sept ans de paix, vous avez construit ou reconstruit vos vies...certains d'entre vous ont même fondé une famille. Vous n'êtes plus sans attaches comme autrefois et j'ai des scrupules à vous demander de me suivre.
Cette fois, ce fut à Aiolia de s'avançer, le regard fier et décidé :
-Princesse...je me suis posée des questions sur mon devoir de chevalier à quatre reprises dans ma vie : le jour de mon mariage puis lors des naissances de mes deux filles et de mon fils. Et à chaque fois, je me suis aperçu que les réponses étaient identiques et que je ne cesserai jamais, jamais d'accomplir mon devoir envers vous. Je ne veux pas laisser à mes enfants l'exemple d'un homme qui aurait trahi son devoir pour rester dans le confort d'une vie de famille alors que le monde est menacé. Quant à ma chère Philis, elle est forte, elle sait ce que je suis et ne pardonnerait sûrement pas de revenir vers elle en vous abandonnant tous.
Une série de sourires accueillit ses propos et plusieurs autres chevaliers, père de famille ou pas, approuvèrent hautement sous le regard ému d'Athéna : « Pas de retraite pour les chevaliers ! », « Tant que nous ne serons pas devenus de vieux croulants, nous serons toujous là pour arrêter toutes les menaces ! ».
Aldébarran, qui semblait piaffer d'impatience d'en découdre, lança alors à l'adresse de Camus :
-Sans compter que, c'est ta gamine qu'on a enlevée Camus ! Nous n'allons quand même pas te laisser te débrouiller tout seul avec ça !
Le Verseau, toujours discret, sembla soudain sortir de ses pensées. Depuis qu'elle était revenue, Athéna le réconfortait silencieusement par de véritables caresses de cosmos qui étaient comme un baume pour son cœur serré d'inquiétude. Il tomba sur son regard doux, les sourires encourageants de ses amis et parvint à esquisser lui-même un sourire en inclinant la tête :
-Merci...
Le bras de Milo s'abattit lourdement sur ses épaules et sa voix qui frémissait d'impatience lança :
-En piste les gars ! Les chevaliers d'Athéna reprennent du service !
Une grande exclamation d'enthousiasme collective accueillit ses paroles.
