Voila la partie 2 du chapitre 32... Bonne lecture!


Flash back… Une nuit plus tôt

La même angoisse qu'a mon précédent retour de Culdaff me saisit tout entière lorsque les remparts de la ville apparurent à l'horizon. Les années ne parvenaient pas à apaiser cette peur qui tiraillait mes entrailles et bien qu'ayant gagné le respect des habitants du palais lors d'un duel acharné, les souvenirs des heures de tortures passées entre les mains de Jane et Alec ne s'effaçaient pas. Comme fossilisés dans ma mémoire pour l'éternité… Impuissante, je regardais donc la Porsch avaler les derniers kilomètres qui nous séparaient encore de Volterra, fief des Volturi depuis des siècles.

La main apaisante que Démétri posa sur mon genou me sorti de ma torpeur, et me rappela que je n'étais pas seule. Jamais Marcus et son fidèle serviteur ne m'abandonneraient ! Je savais au fond de moi que les deux vampires me protégeraient toujours, à chaque fois que j'en aurais besoin. Mon créateur, parce qu'il souhaitait me voir résoudre l'énigme de la mort de sa bien aimée, mais aussi par amitié, du moins je l'espérais. Démétri, parce qu'il m'aimait… Aujourd'hui encore, ses sentiments à mon égard restaient un mystère. L'amour qu'il me portait avait-il fini par évoluer ? Me voyait-il à présent comme sa sœur, son amie ? Je n'arrivais pas à aborder ce sujet épineux avec lui, de peur de rouvrir des plaies tout juste refermées. Pour mon bonheur, pour me voir sourire, il cédait à tous mes caprices depuis ma transformation et il avait risqué sa vie en ramenant Léo auprès de moi alors que je me laissais aller à la mort. Et que me demandait-il en retour ? Rien ! Il me donnait sans compter, sans rien attendre en échange si ce n'est mon amitié, puisque je n'étais pas capable de lui donner plus.

- Détends-toi ! Tout se passera bien. Marcus ne t'as jamais rien refusé, pourquoi le ferait-il ce soir ?

- Peut-être parce que c'est une idée totalement saugrenue !

Mon retour au palais italien avait un but précis et ne se résumait pas à une simple visite de courtoise ou à un retour définitif. Il me serait d'ailleurs impossible de vivre dans ce lieu austère en permanence. Justice, pouvoir, ruses et intrigues tout autant que la mort rythmaient la vie quotidienne de ces vampires, bien loin de mes valeurs et de mes ambitions personnelles, si modestes soient elles. Mon caractère restait le même malgré la transformation et j'aimais la liberté, que par chance, mon créateur m'accordait aux grand dam de ses frères. Caius et Aro oubliaient bien volontiers ma présence, préférant occulter les divergences d'avis à l'intérieur de leur trio millénaire. Non, seule une importante nouvelle avait pu me faire quitter l'Irlande.

Alice, mon amie Alice, toujours aussi enjouée et heureuse de vivre… Son appel, deux jours auparavant, pour m'annoncer le prochain mariage de Bella et Edward me choqua pendant quelques minutes avant de me remplir de joie. Suivirent alors des cris d'hystérie qui ameutèrent Démétri. Affolé, il arriva en trombe dans ma chambre, envoyant valser la porte contre le mur. Les traits de son visage se tordirent dans une grimace exaspérée, quand il découvrit les raisons de mon excitation, et il ne manqua pas de lever les yeux au ciel en me renfermant dans la petite pièce.

Ma fille prenait la décision de se lier pour toujours à l'homme qu'elle aimait, comme Léo et moi avant la naissance des triplés. Les visions de mon amie se réalisaient comme elle me l'avait prédit, pourtant je n'éprouvais aucune peur, confiante dans les jugements d'Alice. Ma vie humaine, je la lui devais, sauvée à des multiples reprises par ses interventions. Moi seule avais décidé d'attenter à ma vie, pour finalement tout perdre. Je ne referai pas cette erreur une seconde fois. On pourrait me reprocher de ne pas agir et de conduire ma fille à la mort en la laissant épouser Edward, mais, à mes yeux, les sentiments que les deux adolescents ressentaient l'un pour l'autre, primaient sur l'avenir vampirique plus que certain qui attendait Bella. Je savais pourtant que son histoire serait bien différente de la mienne… Si elle décidait de devenir un vampire, ce ne serait pas par obligation, mais pour pouvoir vivre éternellement avec celui qu'elle aimait. Son accession à l'immortalité soulagerait grandement Edward, qui cesserait ainsi de lutter contre l'envie de boire son sang. Même si je ne le connaissais qu'à travers les dires d'Alice, j'imaginais parfaitement la torture qu'il subissait au quotidien pour en avoir moi-même fait l'expérience… Léo… Bien qu'il ne soit que partiellement humain, la fragrance de son sang m'avait attiré irrésistiblement, alors le supplice d'Edward relevait presque de l'impossible. Depuis mon instant de profonde faiblesse, je m'efforçais de reprendre un régime particulièrement stricte dans l'espoir de retrouver un jour mon homme et tenter de continuer d'avancer à ses cotés, comme nous aurions dû le faire si le destin ne nous avait pas séparé.

- Nelly ?

- Excuse-moi Démétri, je suis nerveuse … Tu crois vraiment qu'il acceptera ?

- J'en suis persuadé !

Son attitude certaine me rassura quelque peu et je sentis un léger poids s'envoler de mes épaules.

Marcus était à l'origine de ma transformation, mon créateur, à défaut de Démétri comme l'avait demandé Aro, mais malgré son statut de « roi des vampires », qui lui permettait de disposer de ma « vie » à son gout, le vieux vampire avait toujours été juste avec moi. D'après Démétri, ma ressemblance avec Didyme, ma volonté à résister aux tortures de Jane et de supporter un régime végétarien jouait en ma faveur auprès de l'ancêtre, bien plus que mon pouvoir et l'intérêt qu'il pensait y trouver pour découvrir l'assassin de son aimée. Pourtant, les quatorze années passées à ses côtés ne me permettait pas de bien le connaitre et il m'impressionnait toujours autant. D'ici quelques minutes, je devrais lui demander la permission de partir pour les états unis. Alice et moi tenions à révéler toute la vérité à Edward sur les véritables origines de sa future épouse. Depuis dix-huit ans, mon amie cachait en permanence ses pensées pour ne pas trahir mon existence et celle de Léo, ainsi que le lien particulier qui nous rattachait à Bella. Cela devait prendre fin. Edward devait savoir !

Démétri traversa la ville, déserte en ce milieu de nuit, à toute allure et trouva sans peine l'entrée secrète du palais dissimulée derrière un trompe l'œil. Une fois la Porsch correctement stationnée aux cotés des autres berlines de luxe rutilantes de l'immense garage des Volturi, il m'ouvrit la portière galamment alors que je restais immobile sur mon siège, inspirant une dernière fois pour me donner du courage. Il me tendit alors sa main et je la saisis en lui souriant, me laissant aider comme une banale humaine. En silence, nous empruntâmes l'ascenseur de service et nos doigts entrelacés ne se séparèrent que lorsque la porte coulissante s'ouvrit sur le sourire et la voix chantante d'une nouvelle standardiste. Ignorant les regards langoureux qu'elle lui lançait, Démétri avança jusqu'à ce que nous disparaissions de son champ de vision.

- C'est ici que nos chemins se séparent, me dit-il, en glissant ses doigts délicats derrière mon oreille pour immobiliser une mèche indisciplinée, et en rabattant délicatement la capuche de ma cape sur ma tête, dissimulant ainsi mes yeux. Si les siens restaient pourpres, les miens tiraient plus sur l'ambre doré, signe de mon régime alimentaire si particulier et peu estimé à Volterra.

- Merci, chuchotai-je.

- On se retrouve très vite c'est promis, ne fais pas de bêtises en attendant !

Je me contentai de lever les yeux au ciel et de lui lancer :

- A plus tard Démétri! Salut bien Aro, Jane et Alec pour moi.

Cette plaisanterie le fit rire doucement, puisqu'il savait pertinemment que je n'en pensais pas un mot. Son appartenance à la garde royale l'obligeait à saluer chacun des hauts représentants de la hiérarchie vampirique à son retour de mission. Pour ma part, j'étais dispensé de ce pénible protocole puisque Marcus était mon seul maitre. Caius et Aro ne représentant rien à mes yeux, comme je n'étais qu'un fantôme pour eux, une invitée tolérée au palais mais sans réelle existence. Démétri pris donc la direction opposée à la mienne, sans oublier de m'envoyer, avant de s'enfuir, un baiser volant que je fis mine d'attraper au vol avant de lui rendre. Malgré mes sentiments pour Léo, je ne pouvais pas briser ma complicité avec celui qui me supportait depuis ma transformation.

Le bruit de mes pas s'étouffaient dans l'épais tapis rouge qui habillait le sol du couloir en pierre et seules les flammes des flambeaux allumés pour la nuit vacillaient, dansant au rythme de l'air brassé par mon passage. En arrivant devant les deux portes aux fines boiseries des appartements de Marcus quelques instants plus tard, mes doigts frappèrent doucement pour signaler ma présence, mais j'entrai sans attendre de réponse en sachant que mon créateur serait occupé à méditer ses souvenirs dans le boudoir de didyme.

Le hall obscur, plongé dans le noir par les épais rideaux qui dissimulaient les fenêtres, restait familier pour mes sens éveillés. Sans surprise, je découvris que mon créateur s'était enfermé dans la petite pièce dissimulée derrière une tapisserie au fond de l'entrée, comme en témoignait la lueur orangée qui passait par le linteau vieilli de la porte. Même si l'impatience de connaitre la réponse concernant mon voyage pour Forks me dévorait, je laissais le vieux vampire à sa tristesse et à ses paroles muettes, qu'il ne manquait pas d'adresser à sa chère disparue. J'avais eu moi-même ce besoin de solitude quand je pensais que Léo souhaitait ma mort, je comprenais donc parfaitement ce besoin d'isolement et sans doute à un degré bien moindre que celui du vieux roi… Le plus silencieusement possible, je m'éloignai du boudoir pour laisser son intimité à mon créateur et empruntai les escaliers qui menaient à l'étage et au salon parfaitement décoré. En levant les yeux, je distinguai au travers de la vaste coupole qui ornait le plafond de la pièce, l'éclat brillant du dernier quart de lune. Aussitôt je me mis à penser à Léo… Arriverais-je un jour à me contrôler suffisamment ? Démétri n'avait-il pas une trop grande confiance en moi en m'en croyant capable ?

Perdue dans mon questionnement, je n'entendis Marcus que lorsqu'il arriva au sommet des marches de marbre. Le vieux vampire m'apparut dans l'ombre, sa main diaphane glissant lentement le long de la rampe en fer forgé. Habillé d'un de ses innombrables costumes noirs accompagné d'une chemise immaculée et de chaussures italiennes parfaitement cirées, il restait fidèle à l'image du « roi » qui régnait sur mes premiers souvenirs vampiriques. Son attitude parfaitement droite, tout comme son visage dépourvu d'expression, le caractérisaient en imposant naturellement le respect dû à son rang.

Sans un mot, je m'inclinai dans une modeste révérence dont il me délivra d'un abaissement des yeux.

- Bonsoir maitre ! Dis-je le plus respectueusement possible en me relevant.

Je n'aurais pas pu dire qu'il paraissait réellement enthousiaste de découvrir ma présence dans le salon, mais en revanche, son expression m'annonçait tout de même une certaine satisfaction de me voir.

- Ravi de te revoir ma très chère Nelly. Je suis heureux de constater qu'un sourire illumine à nouveau ton visage.

Je baissai la tête, honteuse sous le poids de ces souvenirs blessant mon orgueil, en me rappelant dans quel état dépressif je me trouvais avant que Démétri décide de me ramener, de gré ou de force, en Irlande. Pourtant, je n'avais pas fait tous ces kilomètres pour me lamenter sur mon sort et ressasser une nouvelle fois mes erreurs. Dans un sursaut de courage je me redressai, prête à lui faire face et à lui expliquer ce que Démétri avait entreprit pour me sortir de ma pitoyable situation. J'allais m'empresser de compter au vieux vampire tous les événements qui s'étaient imposés à moi pendant mon séjour sur la terre de ses ancêtres, mais il ne m'en laissa pas l'occasion. Marcus, qui parlait seulement quand la situation l'exigeait et jamais plus que nécessaire, pris l'initiative d'une conversation contrairement à son habitude et j'en fus particulièrement étonnée. Je tentai malgré tout de dissimuler ma surprise sous un faciès neutre alors qu'il m'invitait à prendre place dans l'un des canapés du salon, avant de s'asseoir lui-même en face de moi.

- Je sais ce que Démétri a fait, et bien que je désapprouvais totalement sa conduite au départ, je ne peux que l'en féliciter quand je te vois ainsi devant moi. Même si la Nelly pétillante et heureuse n'est pas tout à fait de retour, je suis certain que cela ne tardera plus… Léo a donc accepté de te rejoindre à Culdaff?

- Oui…

Je lui parlai alors de l'imprégnation, de cette magie indienne qui unissait un loup garou avec son âme sœur d'un amour incommensurable. De ce lien qui nous enchainait Léo et moi pour l'éternité…

- Ce lien est tellement fort qu'il ne peut se résoudre à me tuer comme le pousse son devoir de loup garou. Mais moi… Je ne suis pas certaine de pouvoir passer au delà de ma soif de sang ! Son odeur me répugne au plus au point mais j'ai failli céder à la tentation… Qui pourrait m'assurer que cela ne se reproduira pas ? Ne croyez vous pas que c'est impossible ? Vous qui avez traversé les nombreux âges de ce monde, dites moi le meilleur chemin à suivre ! Partir ou rester ?L'aimer comme il me le demande et suivre les élans de mon cœur, ou assurer sa sécurité en disparaissant ? Lui demandai-je suppliante tout en sachant qu'il ne me donnerait sans doute aucune réponse.

- L'amour est un don, jamais une question !

Le silence s'installa alors que je méditais sur ces dernières paroles. Seul le chant d'un badot ivre montait jusqu'à nos oreilles et perturbait la tranquillité du palais. Devant mon absence de réaction, bonne ou mauvaise, Marcus poursuivit.

- Tu es bien plus forte que tu ne sembles le croire. Rappelles toi de ton parcours Nelly. La décision de mettre fin à ta vie pour protéger ta famille. La lutte contre ta véritable nature vampirique et ton attirance pour le sang humain en te nourrissant d'animaux. Le combat que tu as mené pour trouver ta place au palais en remportant ce duel contre Jane. Ce n'est pas rien ! Bon nombre d'entre nous n'auraient pas eu cette volonté. Je sais que tu trouveras au fond de toi la force nécessaire pour réussir cette épreuve ! L'amour de ta vie est vivant et ne demande qu'a être à tes cotés, tu ne dois pas gâcher cette chance quelque en soient les risquent.

Je compris, au delà de ses mots, le message sous jasent qu'il souhaitait que je comprenne. Lui, avait perdu Didyme, sa chère et tendre aimée, je me devais donc de tout faire pour me contrôler et ne pas vivre dans la tristesse et le repli comme il subsistait lui-même depuis plus de deux siècles.

- Je ferais tout pour y parvenir. Je vous le promets ! Lui dis-je d'une voix ému mais pleine de résolution.

- Je sais que tu feras ce qui doit être fait !

La tête lourde, il se mit à fixer l'accoudoir à tête de lion sculptée dans le bois d'ébène du canapé. Ses longs doigts fins s'animaient rapidement et venaient taper contre sa cuisse, dans un geste que je pris pour un profond agacement. Ma présence en était-elle le motif ? Notre discussion ? Mes craintes ? Je ne pus me retenir plus longtemps et lui posai aussitôt la question.

-Vous semblez tourmenter mon maitre? Mes paroles auraient-elles été déplaisantes ?

Sa réponse ne se fit pas attendre. Sa voix grave et caverneuse s'éleva à nouveau entre les murs à peine ma question achevée.

- Absolument pas ! Je me questionne simplement sur cette magie, cette imprégnation dont tu me parles.

- Douteriez-vous de la véracité de ce lien, que Léo décrit comme imbrisable ?

Je pouvais tout à fait comprendre les réticences de mon créateur à accepter cette légende. Elle semblait tellement impossible, à la limite du ridicule… Pourtant je sentais au plus profond de mon cœur, que tout était vrai.

- Je crois au contraire que tout ceci est bien réel… Cela explique pourquoi tu n'as jamais réussi à faire le deuil de cet amour et de ton ancienne vie.L'existence des vampires, loups garous, sorciers, métamorphe et toutes autres créatures légendaires est suffisamment concrète pour que ce genre de lien, aussi magique qu'eternel, puisse exister. Non ce qui me perturbe…

- Oui ?

Curieuse tout à coup, je me pendais à ses lèvres, avide d'en savoir un peu plus sur le fond de sa pensée et les hypothèses qu'il pouvait imaginer. Ses yeux quittèrent l'accoudoir, qu'il fixait encore, pour plonger ses iris pourpres dans les miens.

- Tu connais les possibilités que m'accorde mon pouvoir, nous en avons parlé il y a de cela quelques années.

J'acquiesçai rapidement d'un hochement de tête pour l'inviter à poursuivre.

- Je suis capable de percevoir la force des relations. Et… je ressens que le lien qui t'unit à Léo est identique à celui qui lie ta fille avec Edward Cullen. Jamais, de toute mon existence, je n'ai senti un tel amour entre deux êtres, d'où ma surprise lorsque j'ai pu rencontrer ta fille. Tes sentiments devaient m'être dissimulé par ta peine, pendant toutes ses années, puisque je ne discerne cette similitude qu'aujourd'hui où tu sembles enfin accepter tes sentiments. L'imprégnation…

Le vieillard se replongea dans ses questionnements silencieux, me laissant seule avec les idées détonantes qu'il venait de m'exposer.

- Vous insinuez que Bella ce serait imprégnée d'Edward ? Mais c'est impossible ! Elle n'a pas muté, elle n'est pas un loup garou comme Léo ou les jumeaux et ce phénomène ne touche pas les simples humains.

- Les Quileute ne sont pas de loups garous Nelly, même s'ils le pensent avec certitude. Les membres de cette espèce ont tous été traqués, torturés puis détruits par Caius et ses troupes il y a plus de cinq siècles. Des survivants ont peut être eu la chance de ne pas être débusqués et de fuir par les bateaux qui partaient pour le nouveau monde, mais je sais que ton mari et tes fils ne sont pas des enfants de la lune. Bien que nous soyons ennemis de la même manière, les loups garous ne vouent pas leur existence à la protection des humains, bien au contraire. Non, les indiens sont des modificateurs ! Leur mutation n'est pas due à une morsure infectante mais par simple héritage génétique !

- Des modificateurs…

Perdu dans toutes ses informations plus surprenantes et effrayantes les unes que les autres, mon cerveau ne parvenait que difficilement à suivre. D'une seule phrase, mon créateur balayait toutes les certitudes que je pouvais avoir sur la vie mystique de ma famille, à tel point que j'en étais profondément perturbée. Pourtant, Marcus ne remarqua pas mon trouble et poursuivit son explication à un rythme toujours aussi effréné.

- Tout n'est qu'une histoire de génétique. Une expression d'un gène. Il est possible que ta fille possède elle aussi ce gène Quileute qui fait de Léo un loup, mais qu'il ne s'exprime pas de la même manière dans son cas. Imagine que Bella ai développé une autre parcelle de cette capacité de modificateur ! Si elle était capable de se défendre plutôt que d'attaquer ! N'oublie pas que les pouvoirs psychiques sont impuissants sur elle. Edward, Aro, Jane et même Alec sont impuissants face à elle ! Et puis il y a cette imprégnation, ces liens identiques entre eux et vous, et bien que cela soit étrange, je n'ai pas d'autre explication.

Me voyant sans doute totalement désemparée par la longueur et les théories de son discours, Marcus tenta de me sortir de ma torpeur.

- Pardonne-moi Nelly. Il y a tant d'années que je n'ai pas eu à résoudre un tel mystère que je me suis laissé emporter. Oui, je ne suis pas le vampire si amorphe que l'on peut décrire, j'ai la connaissance donné à mon âge et la soif de connaissances. Bien entendu, tout ceci mérite réflexion et recherches pourtant je ne pense pas me tromper… Mais dis-moi, ce retour à Volterra est provisoire ou définitif ? Je ne pensais pas te revoir aussi rapidement. Culdaff te plais tellement !

Son changement de sujet me ramena à la réalité. Je rangeai aussitôt cette conversation dans ma mémoire et un peu gênée par ma conduite intéressée, je baissai les yeux tout en lui répondant :

- Mon retour auprès de vous est en effet temporaire. J'ai quitté l'Irlande pour vous demander une faveur.

Je relevai la tête à temps pour voir une expression de surprise marquer son visage habituellement si terne.

- Et quelle est-elle dont ?

J'inspirai profondément pour me donner du courage. Vieux reflexe humain parfaitement inutile pour un vampire, mais, dans les situations stressantes, je n'avais jamais réussi à éliminer cette habitude.

- Je souhaiterai votre accord pour me rendre auprès de mon amie Alice. Isabella et Edward vont se marier et il est temps que ce dernier sache la vérité.

Marcus me regarda en fixant la profondeur de mes yeux, comme s'il cherchait à sonder mon esprit, et à cet instant, il devait regretter de ne pas posséder le don précieux de son frère. Sans peur, je soutiens à mon tour ses yeux pourpres foncés, presque noirs, pas par défi mais pour lui montrer ma détermination.

Un léger sourire illumina alors son vieux visage crayeux.

- Enfin je te retrouve ! J'apprécie cette détermination qui te caractérise. Mais tu n'avais pas besoin de mon accord pour ce voyage…

- Vous êtes mon créateur et mon maitre, je ne pouvais pas envisager de partir sans votre autorisation.

- Et bien je te la donne. Je pense qu'il est temps que ce jeune vampire apprenne la vérité, mais qu'en est-il pour ta fille ? Lui avoueras-tu également ses véritables origines? Et Léo, t'accompagnera t il ?

- Non, il a décidé de ne jamais intervenir dans la vie de Bella, la laissant aux soins d'un couple d'amis. Même si l'avenir vampirique de notre fille le fait gronder, il veut rester en retrait, fidèle à la promesse qu'il s'est faite il y a dix-huit ans. Je partirai donc seule… Et je ne dirai rien à Bella. Il est inutile de la tourmenter avec tout ça, d'autant plus avec les hypothèses que vous avancez. Il nous faudra faire la lumière sur tout ceci avant que je n'envisage quoi que ce soit. Peut-être un jour… Quand elle sera devenue immortelle et que ses parents adoptifs auront quitté ce monde, je retournerai auprès d'elle pour lui avouer la vérité… Rien de tout cela n'est moins sur.

A nouveau Marcus me fixa, il semblait ne pas comprendre ma décision car ses sourcils se relevaient en forme d'accent circonflexe au dessus de ses yeux.

- Je ne suis pas de cet avis, mais il est vrai que cela ne me concerne en aucune façon. Je n'ai d'ailleurs pas la prétention de savoir qu'elle attitude serait la meilleure… Je ne m'oppose donc pas à ce voyage. La seule chose que je t'imposerais sera d'aller néanmoins demander à Léo te t'accompagner, peut être aura-t-il changé d'avis sur la question.

J'allais protester contre cette idée, mais il me coupa avant que je ne puisse dire quoi que ce soit.

- Même si les Cullen sont un clan pacifique, tu resteras à leurs yeux une Volturi et je ne peux prévoir la réaction qu'ils auront en le découvrant. Je serais donc rassuré s'il pouvait être à tes cotés.

- Je pourrai lui servir d'escorte si le loup refuse ! Lança la voix de Démétri que je vis pénétrer dans la pièce au même instant. Plongée dans la discussion, je ne l'avais même pas entendu entrer dans les appartements de notre maître.

- Bien le bonjour également cher ami ! Le gronda sévèrement Marcus en se retournant vers lui.

- Pardonnez-moi mon Maitre. Je me suis laissé emporter dans l'importance de votre conversation sans vous avoir présenté mes salutations !

Démétri s'inclina comme de coutume et lorsqu'il se redressa, les deux vampires échangèrent un regard lourd de sens avant de reprendre la discussion naturellement, comme si elle n'avait jamais était interrompue.

- Je tiens tout de même à l'accompagner !

- Démétri tu resteras à la place qui est la tienne !

- Mais...

- Cesse de m'interrompre ! Le réprimanda Marcus à présent agacé. Nelly est la seule concernée par cette histoire, tu n'as rien à y faire ! Ne vois tu pas qu'elle est suffisamment forte pour se débrouiller seule ? Tu es son ami, pas son chaperon !

A la réponse de notre maitre, Démétri se trouva désemparé. Ses yeux à la recherche des miens, m'imploraient de parler en sa faveur. J'aurais aimée pouvoir le faire, mais je comprenais que Marcus avait raison. Je devais à présent voler de mes propres ailes et ne plus me reposer sur les épaules de mes protecteurs.

- Si Léo refuse de m'accompagner, j'irai seule ! Clôturais-je le débat, en évitant de croiser à nouveau le regard de Démétri.

- Parfait, l'affaire est donc close ! Claironna Marcus en se relevant. Je ne peux rester plus longtemps, j'entends les pas d'Heidi qui vient sans doute me chercher pour une affaire de la plus haute importance et qui requière ma présence auprès de mes frères. Je te souhaite bon courage ma très chère.

Je le remerciai en m'inclinant une nouvelle fois et après un dernier regard d'encouragement, il descendit les escaliers d'un pas lent et quitta les appartements sans ajouter un mot. Je me retrouvai donc seule avec Démétri… La tension déjà lourde entre nous depuis ma décision ne fit qu'augmenter et je n'osai pas parler de peur de le blesser davantage. Pourtant je ne pus me retenir bien longtemps… Il représentait bien plus qu'un simple ami à mes yeux et je ne voulais pas le perdre à cause d'une broutille de ce genre et surtout pas par excès de fierté.

- Tu sais que ce n'est pas contre toi ! Mais Marcus à raison, tu ne dois pas être mêlé à tous ça plus que tu ne l'es déjà.

Sans un mot et le visage tendu, il sortit les clés de sa poche et me les tendis froidement.

- Tu vas en avoir besoin pour rejoindre la France…

Et sans ajouter une syllabe de plus, ni même me lancer un dernier regard, il franchit les escaliers d'un bond rapide et fit claquer la porte, me laissant seule et abrutie au milieu du salon. Jalousie ? Peur ? Trahison ? Abandon ? Comment définir la réaction de mon plus précieux ami ? Je me torturai l'esprit durant une minute avant de me ressaisir et de quitter les lieux à mon tour. D'une vitesse identique qu'a mon précédent passage, je traversai le palais pour rejoindre le garage. Mes chaussures à talon claquaient dans un tac tac régulier sur le sol en béton alors que je regagnai la Porsch, tout en espérant que Démétri ne m'en voudrait pas trop longtemps. Je sentis que le monteur de ma petite sportive était encore tiède en la contournant pour ouvrir la portière et m'installer derrière le volant. Mes doigts parcoururent le cuir noir du cercle, alors que je fermai les yeux pour trouver la force de parcourir cette distance qui me séparait de la France et de ma famille. Après une dernière expiration, je m'apprêtai à démarrer, lorsqu'un papier blanc, posé sur le siège passager, attira mon attention.

« Pardonne moi mais j'ai dû aller chasser pour extérioriser ma colère. Ce n'est pas contre toi bien sur, ni même contre Marcus, seulement contre moi-même… Sois prudente. »

Le poids qui pesait sur les épaules depuis son départ précipité, s'envola comme une plume, et mon cœur se fit plus léger alors que je prenais la route à toute vitesse.

Fin du flash back


La fin du chapitre un peu plus tard... Merci pour votre passage!