Disclamer Les personnages appartiennent à Masami Kurumada.

Béta-lecture Scorpio-no Caro. Un grand merci à toi, tes conseils me sont précieux ! Et je sais que ça prend du temps.

Ignis : Merci beaucoup ! Ça devait finir par arriver non ? Voici la suite !

Bonne lecture et merci de votre fidélité.


Chapitre 36

Au petit matin

Un nouveau jour se leva. Le compte à rebours était maintenant lancé, aussi bien pour Apollon que pour les trois Dieux s'apprêtant à lui faire face. Dans moins de quarante-huit heures, ils se retrouveraient face à face.

Hadès regagna les Enfers pour y parfaire sa stratégie, accompagné Rhadamanthe, non sans avoir une fois encore, profité de la chaleur de ce dernier lors de leur douche matinale. Un moment de calme et de tendresse qu'il partagea bien volontiers car il n'ignorait pas que le temps restant avant la réception serait sans doute bien trop chargé pour lui permettre de retrouver l'anglais dans l'intimité.

Ce dernier ne posa aucune question quant à l'avenir improbable dans son esprit d'une prochaine rencontre avec son Seigneur et Maître. Mais il glissa avec une satisfaction non dissimulée, une fois encore, dans les abîmes du plaisir que le Dieu savait si bien éveiller en lui.

Ooo000ooO

De son côté, Poséidon réglait les derniers détails d'une cérémonie qu'il redoutait maintenant vu ce qui s'était passé la veille avec Kanon. Mais il ne pouvait assurément pas laisser l'écaille du Dragon des Mers plus longtemps sans porteur. Surtout s'il devait protéger son Sanctuaire de folie vengeresse de son neveu, qui pour lui ne faisait aucun doute, même s'il ne comprenait pas encore ce qu'il venait faire là-dedans. Quoi que, il en avait maintenant une petite idée.

Il surveillait aussi, du coin de l'œil, le rétablissement d'Io de Scylla qui semblait par moment fort mélancolique et faisait de longues promenades en solitaire dans le Sanctuaire sous-marin. Mais il n'avait guère le temps non plus de s'en occuper maintenant. Néanmoins il s'avéra d'une aide précieuse, sur ordre de son Seigneur qui comptait ainsi lui occuper l'esprit, pour Sirène qui était débordé par la préparation du prochain départ et de la cérémonie, couplé aux affaires en cours de l'Empire Solo, même si Isaak l'aidait de son mieux pour ces dernières.

Ooo000ooO

Athéna profitait de son dernier jour au sein de son Sanctuaire pour confier à celui qui la secondait depuis si longtemps, les affaires en cours de la famille Kido pour la durée de son absence, laissant le soin à Shion et Dohko de s'occuper des chevaliers.

Ces derniers avaient fort à faire et n'avaient guère eu le temps de prendre du repos depuis le retour de la Balance. Pourtant tous deux avaient très bien senti le cosmos du Dragon alors qu'il s'endormait et s'étaient promis de lui accorder un peu de temps avant son prochain départ.

Ooo000ooO

Sanctuaire sous-marin

Chrysaor revenait de sa visite matinale chez Io et faisait maintenant route pour les appartements de sa dulcinée qui devait être très nerveuse. Elle serait, en effet, la principale cible de tous les regards lors de la cérémonie à venir.

Il la trouva recroquevillée sur son canapé en proie à une violente angoisse. Il sourit en la rejoignant et en la prenant dans ses bras. Encore une fois, il utilisa son cosmos pour sortir la jeune sirène de sa torpeur. Heureusement que Io allait bien mieux et qu'il s'occupait des préparatifs avec Sirène et qu'il n'avait pas eu ou peu à l'utiliser de ce côté.

Thétis se détendit peu à peu dans les bras puissants et si rassurants de son amant :

- Tu n'as aucune raison de t'angoisser ainsi !
- Mais tu l' a vu hier ! Elle s'est battue pour Kanon ! Et si Elle me rejetait ?
- Je crois plutôt qu'Elle voulait juste mettre en garde l'armure de celui-ci… du moins c'est comme cela que je l'ai ressenti !
- J'ai peur tu sais…
- Au pire, Elle ne voudra pas de toi, mais tu n'en démériteras pas pour autant ! Nombre d'apprentis se sont vu rejetés par une protection divine, ils n'en sont jamais morts !
- J'en mourrai de honte…

Doucement Chrysaor lui releva la tête qu'elle avait enfouie dans son cou :

- Quoi qu'il arrive, je n'aurais jamais honte de toi !

Sur quoi, il captura ses lèvres fines pour un doux baiser.

Ooo000ooO

Aux enfers

Minos, Rhadamanthe et Pandore découvrirent avec stupeur Hadès et Thanatos qui les avaient rejoints pour le déjeuner. Après les salutations d'usages, ils s'installèrent tous à table attendant avec impatience le dernier juge qui surgit avec une bonne demi-heure de retard.

Pandore s'apprêtait à l'apostropher sévèrement mais un regard de Thanatos la fit refermer précipitamment la bouche avant que le moindre son ne s'en échappe :

- Veuillez excusez mon retard, disait justement Eaque en s'inclinant devant les deux divinités, mais je me suis laissé gagner par ces recherches !
- L'as-tu au moins trouvé ? demanda le Dieu de la mort.
- Mieux que cela ! Je l'ai localisé car il est ici comme vous le suggériez Seigneur Thanatos, mais il m'est impossible de lui parler sans votre aide.

Hadès releva la tête et regarda son juge. Ce dernier confirma d'un signe ses soupçons :

- Thanatos je te charge de partir tout de suite après ce déjeuner avec Eaque pour interroger cet homme !

Ce dernier se contenta d'hocher la tête en signe d'assentiment et ils mangèrent enfin.

Ooo000ooO

Royaume d'Asgard, manoir d'Apollon

Le Dieu se préparait. On lui avait envoyé un messager du palais de la princesse Hilda pour l'informer que la réunion se tiendrait bien, et ce, dès le lendemain soir. Il était grand temps pour lui d'investir les lieux. De plus il souhaitait maintenant fortement rencontrer cet étrange guerrier qui évoquait pour lui des sons si doux et si apaisants. Il avait de nouveau essayé d'investir son esprit mais s'était heurté à la volonté farouche et impitoyable d'un autre cosmos qu'il avait pourtant en son temps largement manipulé, le guerrier divin de Delta.

Surpris par tant de force chez cet homme, il n'avait pu en conclure qu'une chose qu'il devait maintenant vérifier par lui-même. Mais si, comme il le pressentait Hypnos protégeait Albéric, alors il devrait se débarrasser du Dieu du sommeil.

Alex se présenta devant lui, prêt à partir :

- Maître…
- Je viens ! le coupa le Dieu. As-tu transmis mes ordres ?
- C'est fait, vos serviteurs sont déjà en route vers leur cible respective.
- Bien…

Le jeune homme s'inclina et le précéda jusqu'au carrosse devant le conduire au palais. Apollon avait tenu à arriver normalement en ce lieu qu'il s'apprêtait à investir.
Il chercha presque machinalement le pendentif perdu lors de son incursion à l'Université d'Athènes et jura entre ses dents en constatant encore une fois son absence :

- Nikos, je vais enfin te venger ! Encore un peu de patience mon ange et tu pourras enfin reposer en paix…

Ooo000ooO

Sanctuaire sous-marin

En ce début d'après-midi, le royaume de Poséidon était encore une fois déserté de ses habitants.

Ils étaient tous de nouveau dans la salle du trône, les chevaliers et les représentants des enfers en moins, attendant cette fois celui qui avait été pressenti par leur Maître pour endosser l'écaille du Dragon des Mers, fraîchement restituée. Et même si aucun n'osait le dire à voix haute, chacun se félicitait de ne pas être celui-là.

Quand les six Généraux entrèrent, le silence se fit rapidement et Poséidon s'installa son trône, ouvrant comme la veille les lourdes portes avec son trident.

Thétis n'en menait pas large mais s'avança résolument dans la travée centrale jusqu'à quelques mètres de l'écaille, toujours au même endroit que la veille. Elle sentit immédiatement le cosmos de son aimé autour d'elle ainsi que celui de Io qui lui envoyait ses encouragements.

Tous deux se connaissaient bien grâce à Chrysaor. Ils avaient vite sympathisé quand ce dernier avait pris soin de lui et Io souhaitait de tout cœur qu'elle puisse endosser l'écaille vacante de Kanon, stabilisant à nouveau ainsi leur force.

Il n'y avait pas trente six mille façons de se faire reconnaître par une protection divine, quelle qu'elle soit. Et Thétis le savait parfaitement aussi laissa-t-elle doucement s'élever son cosmos dans la salle, le poussant à la rencontre de l'écaille.

Cette dernière frémit légèrement mais ne sembla pas tenir compte de ce cosmos pour s'éveiller. Sans faiblir, la sirène l'augmenta doucement jusqu'à en surprendre même agréablement son Seigneur et Maître qui jeta un regard en coin à Chrysaor, se demandant dans quelle mesure ce dernier l'avait aidé à développer une telle puissance.

Très lentement, l'écaille sembla réagir et s'éveiller. Elle commença par frémir, un peu comme un chat que l'on dérange pendant sa sieste. On aurait pu croire qu'elle jaugeait cette étrange aura venue la perturber dans son sommeil. Une lueur s'éleva doucement de la divine protection et s'aventura à la rencontre de celle qui la dérangeait.

La salle toute entière retenait son souffle, car si à cet instant, Thétis se faisait reconnaître et s'harmonisait avec l'écaille du Dragon des Mers, alors ce serait gagné pour elle. Poséidon lui-même savait l'issue incertaine.

Pourtant, contre toute attente, Thétis augmenta encore légèrement son cosmos. Cette fois, l'écaille réagit instantanément et s'éleva dans les airs pour se recomposer dans sa forme totem avant de fondre sur la sirène.

Un cri s'éleva dans la salle. Mais l'explosion attendue ne survint pas. D'une main tendue en avant, Thétis avait arrêté l'attaque et tenait maintenant l'écaille en respect. Son corps tout entier s'arquait sous l'effort mais elle tenait bon.

La salle en oublia de respirer, car tous avaient encore en mémoire les événements de la veille. Mais l'écaille semblait avoir eu son compte de combat, ou peut-être avait-elle envie de trouver un maître plus respectueux de sa puissance que ne l'avait été Kanon. Toujours est-il que son cosmos après s'être plusieurs fois enroulé autour de celui de Thétis comme pour le tester, abdiqua sans trop de difficulté. La sirène s'éleva à son tour avant de se voir recouvrir de l'écaille divine. Elle venait de gagner son respect.

Poséidon soupira de soulagement. Enfin sa garde était reconstituée !

Il clôtura la cérémonie sur un discours de bienvenue pour la sirène devenue Général sous le regard on ne peu plus fier de son cher et tendre qui n'avait jamais douté d'elle.

Le Dieu des Océans se sentait nettement mieux et invita ses sept généraux à un repas pour les informer de ceux qu'ils comptaient emmener avec lui au Royaume d'Asgard. Comme l'avait suggéré son frère, il désigna trois généraux pour l'accompagner : Sirène de Sorrente, Bian de l'Hippocampe et Io de Scylla. Isaak de Kraken prendrait la direction du Sanctuaire sous-marin en leurs absences à tout les quatre.

Io dut lutter contre le sourire qu'il sentait s'étirer malgré lui sur ses lèvres, heureux de pouvoir accompagner son Seigneur. Etrangement depuis son passage chez lui, il avait entièrement récupéré ses moyens physiques mais luttait encore contre les élans de son cœur.

Il ne se sentait pas le droit de poser un regard autre que celui du serviteur qu'il était sur son Seigneur. Sa trahison restait pour lui une marque au fer rouge, le condamnant à la solitude éternelle, car personne ne saurait remplacer l'amour qu'il lui portait au plus profond de lui.

Ooo000ooO

Sanctuaire d'Athéna

Les cinq chevaliers divins s'étaient séparés après une brève rencontre matinale sur la plage. Depuis que le Dragon avait cru à la perte de leur lien, ils avaient repris cette habitude de se voir sur la plage au moins une fois par jour.

Ils se retrouveraient en fin de journée pour partir à Asgard avec Athéna. Mais dans l'immédiat chacun d'entre d'eux souhaitait profiter de cet après-midi pour s'offrir un dernier moment de quiétude auprès de leurs aimés.

Shun avait maintenant complètement récupéré et avait prévu une promenade en ville avec Kanon. Ce dernier l'attendait déjà sur le chemin rejoignant les temples et l'enleva sans aucun scrupule à ses frères d'armes.

Ikki les quitta rapidement aussi, rejoignant Shaka, qui lui ouvrait chaque jour les jardins du temple de la Vierge, où ils pouvaient à loisir se retrouver seuls et s'aimer ou simplement déjeuner et discuter à l'abri du regard des autres. Shaka n'étant guère démonstratif, hormis dans cet univers si particulier où il pouvait alors devenir beaucoup plus naturel, pour la plus grande joie d'Ikki.

Seiya retourna dans la petite grotte où Aïoros l'attendait déjà pour un nouveau pique-nique et peut-être plus. Pégase souhaitait juste passer du temps avec lui avant qu'ils ne se retrouvent séparés à nouveau et ce lieu était devenu en quelque sorte leur sanctuaire personnel.

Hyoga rejoint quant à lui, Milo et Camus qui l'attendaient sur la plage pour une ballade en bateau. Le Scorpion avait déjà prévu l'itinéraire et ils devaient rejoindre une petite île où ils pourraient être tranquilles tous les trois.

Shiryu était le seul qui ignorait quoi faire de son après-midi. Il avait à peine vu ses deux amants mais ne leur en voulait aucunement. Aussi décida-t-il d'aller profiter des thermes du Sanctuaire, assez peu utilisé en ce moment, et qui aurait le bon goût de lui rappeler les bains japonais qu'il affectionnait, prenant le temps avant cela de faire une pause déjeuner rapide dans le temple de la Balance.

Ooo000ooO

Au Enfers, à Elysion

Thanatos et Eaque se rendirent à Elysion dès la fin du repas. Le finlandais se fit conduire au dernier lieu de résidence des quelques privilégiés qui pouvaient prétendre à demeurer à jamais en cet endroit sacré.

Lui-même, tout comme les autres juges n'avaient jamais eu l'honneur d'y pénétrer. Ici tout n'était que douceur de vivre et plus aucun souci ne venait perturber ceux qui y vivaient. Les muses se chargeaient de l'intendance suivant les ordres des Dieux jumeaux qui veillaient à maintenir l'ordre.

Mais ici, sous un soleil éternel, dans une paysage de rêve, muni d'une jeunesse elle aussi éternelle, les défunts n'avaient guère de raisons de chercher querelle à quiconque et les incidents étaient forts rares.

Au vu des siècles écoulés, ils restaient peu nombreux mais suffisamment quand même pour qu'ils poussent leurs recherches dans les archives de cette partie de enfers tenus par Hypnos en personne car nul autre que lui ou son jumeau et bien sûr le Maître des Enfers, ne pouvaient accéder à ces registres.

Thanatos avait toujours laissé ce soin à son jumeau qui notait les arrivées dans ces derniers qu'il s'apprêtait maintenant à consulter. Suivant les indications d'Eaque il chercha en vain le jeune homme brun aux yeux noirs, entré en ce lieu au moment de la mort de Nikos.

Devant son silence, Eaque réfléchit rapidement et lui demanda si toutefois un jeune homme du même âge n'y était pas parvenu dans le même laps de temps. Thanatos finit par mettre la main sur un jeune garçon correspondant à ces critères :

- Bien, alors cela doit être lui ! s'exclama le juge.
- Si c'est le cas, la description que nous en fait Mime d'Eta est erronée ainsi que son nom !
- Allons le voir et peut-être pourrons-nous enfin comprendre ! proposa Eaque.

Thanatos acquiesça et il nota mentalement l'endroit où devait se trouver celui qu'il recherchait, guidant ensuite le juge jusqu'à lui.

Eaque se retrouva presque sans voix en découvrant son apparence et dut faire preuve de toute sa maîtrise pour ne pas paraître surpris quand ce dernier leur sourit en disant :

- Je suis content que vous m'ayez enfin retrouvé ! Je finissais par désespérer de pouvoir arrêter Apollon !

Sa voix était douce avec des intonations chantantes et il était blond avec des yeux d'un bleu très clair, presque transparent. Mais surtout on sentait la noblesse filtrer de tout son être !

- Je suppose que mon apparence vous surprend, dit-il en voyant leur surprise. Mais il est difficile de tromper le maître de ces lieux, aussi ai-je du me résoudre à redevenir celui que j'ai toujours caché aux yeux de autres durant cette mission où j'ai rencontré Apollon. Mais je suis bel et bien celui que vous cherchez sous le nom de Nikos !
- Vous aviez donc changé votre apparence à cette époque ? interrogea le Dieu de la mort.
- C'était indispensable pour ma mission et je ne suis pas le seul à avoir agi de cette façon d'ailleurs. Mais peu importe, il vous faut stopper Apollon dans ce stupide désir de vengeance !
- Plus facile à dire qu'à faire, ironisa Eaque en s'installant sur un des fauteuils, invitant d'un geste Thanatos et Nikos à en faire de même. Si vous commenciez par nous raconter votre version des faits ? rajouta-t-il avec douceur. Vous êtes mort en protégeant Apollon ou plutôt celui que vous appeliez Alex n'est-ce pas ?
- Oui et non. Mais vous avez raison, autant commencer par le début mais cela risque d'être long ! Avons-nous vraiment ce temps ? Il devient urgent de l'arrêter ! insista-t-il.
- Nous avons encore le temps, l'encouragea Eaque d'un sourire. Si nous voulons le stopper, il nous faut d'abord comprendre ses motivations.

Nikos ferma ses yeux clairs un instant pour se replonger au commencement de ce drame et entama son récit d'une voix calme et claire qui se devait pourtant se briser un certain nombre de fois par la suite. Si Eaque et Thanatos était plutôt surpris par la tournure de cette découverte, il devait forcer peu à peu leur admiration par sa détermination et son courage, mais aussi par son extrême sensibilité aux événements en cours :

- Je me nomme en réalité Elrik de Fergsen et je suis le dernier descendant de cette noble famille du royaume d'Asgard. Mes parents sont morts quand j'étais encore un enfant mais je fus néanmoins élevé dans les pures traditions de noblesse qui régissaient notre famille. J'étais destiné à devenir un guerrier divin si tel était le souhait d'Odin. Dans ce but, je fus éduqué comme tel et dut remplir différentes missions pour le royaume dès mon plus jeune âge. J'avais treize ans lorsque l'on m'envoya dans cette ville pour y enquêter sur ce qui s'y passait et dont certains faits douteux étaient parvenus jusqu'au Palais d'Asgard. Pour ce faire, on me fit totalement changer de look et je dus apprendre à me comporter comme un simple garçon de ferme. L'expérience se révéla très enrichissante et j'adorais ce rôle de simple gamin sans aucune responsabilité à porter, ce qui était tout le contraire de ma vie depuis mon enfance. Je me suis vite laissé entraîner dans ce rôle, sourit-il à ce souvenir.

Il prit un peu d'eau avant de poursuivre :

- Notre petit royaume possède de nombreux guérisseurs se servant des bienfaits que nous procure mère nature pour toutes sortes de potions ou de baumes à des fins aussi diverses que les soins ou les philtres d'amour. Certains d'entre eux avaient développés une potion à base d'herbes et sûrement diverses autres choses permettant de changer temporairement la pigmentation de la pilosité et de l'iris des yeux, ce qui m'a permis de changer mon apparence.

Notre royaume utilisait alors souvent ce genre de subterfuge pour l'espionnage, je suppose que cela est toujours de mise aujourd'hui. C'était donc plutôt heureux que je m'infiltrais dans un groupe de jeune gens qui avait été capturés pour être conduits dans cette petite ville perdue. J'avais sur moi une réserve suffisante de potion pour garder cette apparence pour un an, tout me paraissait débuter sous les meilleurs augures. J'allais malheureusement vite déchanter. J'y ai découvert l'enfer sur terre. Nombre de mes compagnons d'infortune, bien moins portants que moi, ne survécurent pas à ce qu'ils appelaient le dressage.

Une première fois sa voix se brisa, mais il continua :

- Viol continuel, drogues diverses qu'ils nous injectaient, alcool que l'on était forcé de boire et de reconnaître et soumission totale devant des êtres doués de toutes les perversions possibles et imaginables. Une telle dégradation de l'être humain que c'en est difficilement croyable… Survivre à tout prix devint ma seule obsession, mais pour beaucoup, la mort était plus douce que cette vie. J'ai cru devenir fou pendant cette période, en plus je devais faire attention de prendre la potion qui me permettait de garder mon apparence et j'ai souvent été à deux doigts de me faire démasquer. Mais finalement ils m'ont jugés prêts et j'ai été présentés au bras droit du patron qui était à l'époque une être malfaisant qui a testé mes capacités pendant plusieurs jours avant de m'accorder le privilège de voir enfin le grand patron, le seul qui donnait ou non son accord pour nous intégrer dans son immonde commerce.

Un triste sourire s'afficha sur son visage alors qu'il poursuivait :

- Il se nommait Sorrenzo et faisait froid dans le dos juste en vous regardant. J'ai eu de la chance en quelque sorte car il m'a trouvé à son goût et a immédiatement fait de moi son favori. Il n'était pas tendre mais au moins je n'étais plus aussi souvent drogué et je pouvais donc enfin accomplir ma mission. J'ignorais combien de temps s'était écoulé depuis mon infiltration, je devais comprendre par la suite que cela faisait plus de six mois que j'étais en période de dressage. Cela avait suffit à mon royaume pour envoyer quelqu'un à ma recherche, mais bien sûr je l'ignorais. En attendant, je travaillais en faisant mon possible pour réunir le plus d'informations et surtout sauver tous ceux que je pouvais. Je finis par avoir une idée assez précise de tout le réseau mis en place par Sorrenzo, j'étais bien souvent à ses côtés et il ne se méfiait pas de moi. Pour lui, je n'étais qu'un objet parmi d'autres, et il faisait ses affaires sans s'occuper de ma présence, parfois même en jouant avec moi. Mais j'en appris beaucoup de cette façon et ce privilège me permettait en partie d'agir tranquillement quand il me laissait en paix. Ce qui arrivait à chacune de ses absences. Je faillis pourtant me faire prendre en libérant un groupe de jeunes qui arrivaient au dressage mais un homme et son jeune fils me sauvèrent en profitant de la panique pour s'infiltrer dans l'organisation. J'ignorais à ce moment que c'était l'homme envoyé à ma recherche et je restais méfiant à son égard. Surtout que je l'avais vu souvent en compagnie de celui qui devait devenir rapidement le nouveau bras droit de Sorrenzo et qui était en réalité, je l'ai découvert au moment de ma mort, Camus du Verseau.

Il fit une nouvelle pause. Bien qu'impatients, Eaque et Thanatos n'osèrent pas le presser :

- A force de les surveiller, j'ai réalisé qu'ils n'étaient pas ce qu'ils semblaient être. J'ai renforcé ma surveillance pour en apprendre plus sur eux, reprit-il. Et j'ai rapidement compris qu'ils étaient également là pour enquêter eux aussi. Peu importe qui mettait fin à cet enfer et comme je n'avais aucun moyen de m'échapper pour l'instant, ni même de transmettre ce que je savais, je leur ai fait parvenir anonymement toutes les informations que je possédais. C'est à peu près à ce moment qu'Alex a fait son apparition dans la ville. Arrivé de nulle part, il fut repéré rapidement par les sbires de Sorrenzo, je me suis efforcé de le sauver ignorant tout bien sur de sa véritable condition. J'ai appris de sa bouche qu'il était là depuis déjà une bonne semaine quand je l'ai enfin retrouvé et conduit chez moi. Je me suis donné à lui en espérant le retenir le plus longtemps possible enfermé. Le temps de trouver un moyen de lui faire fuir cette ville.

Une nouvelle fois sa voix se fit si basse qu'ils durent tendre l'oreille pour entendre la suite :

- Mais je suis tombé amoureux de lui et alors que j'avais une possibilité de le faire quitter cet enfer j'ai agi égoïstement en le gardant près de moi un jour de plus. Un jour de trop malheureusement… Ce fut ma perte. Un des espions de Sorrenzo m'avait vu en sa compagnie et je fus découvert. Quand je l'ai compris, j'ai été voir son bras droit pour lui demander de sauver Alex mais c'était déjà trop tard. Ce dernier avait enfreint la promesse qu'il m'avait faite et était parti à ma recherche. J'ai été torturé et je serais sûrement mort à ce moment mais ils le capturèrent et me menèrent devant lui. Il était attaché, ils l'avaient déjà drogué et s'apprêtaient à lui faire subir les pires outrages. Je ne l'ai pas supporté, il était encore si pur ! Du moins pour moi… J'ai explosé. On ne m'avait jamais appris à maîtriser le cosmos car d'après mes maîtres, il était encore bien trop faible. Ces longs mois avaient dû le développer plus vite que prévu et du coup je devins incontrôlable. Même pour moi-même, et je perdis totalement conscience de la réalité. J'ignore complètement ce qui s'est passé à partir de ce moment.

Il se tut encore quelques instants et sa voix était un peu plus ferme quand il continua :

- Quand j'ai brièvement repris connaissance, il y avait ce garçon aux cheveux verts qui nous soignait Alex et moi. Mais je n'avais aucune chance de survivre, je l'ai vu dans ses yeux, alors je lui ai demandé de se concentrer sur Alex. Il a d'abord refusé mais s'est finalement rendu compte que c'était la meilleure solution, il n'avait plus assez de cosmos pour nous deux. Il était épuisé et moi j'étais déjà condamné. En arrivant ici, on m'a dit que j'avais sauvé Apollon et que pour cela je méritais ma place en ce lieu. J'ai pu constater de moi-même à travers la fenêtre que nous avons sur le monde des vivants qu'il était en fait mon Alex. Mais j'ai pu aussi sentir le ressentiment, la rage et la colère grandir en lui jusqu'à devenir une véritable obsession. Je ne sais pas s'il m'a réellement aimé, le temps que nous avons passé ensemble a été si court… Moi-même je suis incapable de dire aujourd'hui si je l'aimais ou si j'étais simplement heureux de pouvoir lui procurer un abri et profiter de la tendresse qu'il me donnait là où je ne trouvais que brutalité et possession.

Il secoua la tête :

- Vous comprenez, c'était l'enfer. Sorrenzo passait son temps à m'humilier, à jouer avec mon corps, quand il ne me donnait pas en cadeau à d'autres. Je ne connaissais plus que la violence et le mépris, les drogues et l'alcool. Alors Alex, c'était un peu d'humanité qui revenait me voir, me faire sentir que quelque part, j'étais toujours vivant. Car au fond de cet enfer, on finissait par aspirer à une seule chose, la mort… Je crois surtout qu'il a idéalisé notre relation car je suis décédé dans cette bataille. J'étais un mortel, comment un Dieu peut-il tomber amoureux d'un humain ? J'ignore pourquoi il s'est lancé dans cette croisade inutile mais je suis certain qu'il ne cherche qu'à se punir lui-même. Et personne ne mérite de souffrir encore par ma faute. Il faut l'arrêter et le sauver de lui-même ! Qu'il soit un Dieu ne change rien au fait qu'il croit agir pour me venger. De qui ? Je ne sais pas qui m'a porté le coup fatal et lui-même doit l'ignorer… Non, ce qu'il veut, c'est simplement se sauver lui-même… mais ce cercle soit s'arrêter. Le peu que j'ai connu de cet être me permet de dire qu'il est bien plus proche des humains qu'il ne veut l'admettre. Alors par pitié, sauvez-le !

Sa voix se brisa une dernière fois sur ce cri du cœur. Le jeune homme regardait maintenant plein d'espoir les envoyés du maître des Enfers :

- Nous allons tout faire pour le stopper, soyez-en certain ! répondit Thanatos en se levant.
- Merci, du fond du cœur, merci…

Et sur son visage, maintenant figé à jamais sur cette jeunesse se mirent à couler des larmes de soulagement.

Alors qu'ils regagnaient, silencieux, le palais d'Elysion, laissant derrière eux la dernière demeure des bienheureux des Enfers, Thanatos saisit la main d'Eaque et la serra fortement.

Ce dernier lui renvoya sa pression et un sourire triste vint flotter sur ses lèvres alors que la question de Nikos martelait encore son esprit : Comment un Dieu peut-il tomber amoureux d'un humain ?

Ils ne dirent pas un mot et pourtant d'un geste sec, Thanatos l'attira à lui avant de revenir vers le palais d'Hadès, lui volant rapidement un baiser pendant lequel, le juge fut incapable de retenir quelques larmes.

Le Dieu, les cueillit avec sa main et l'interrogea du regard, mais déjà ils devaient regagner le palais, rappelé par le Maître des Enfers, impatient d'entendre leur rapport.

Quand il se releva de son salut devant son Maître, Eaque avait retrouvé son sourire mais le Dieu de la mort n'était pas dupe. Ce récit l'avait bouleversé et quelque part, il le comprenait fort bien. Mais pour l'instant le temps lui manquait pour s'occuper ce ça, il avait encore beaucoup à faire.

A suivre….