Chapitre 34 : la Vérité
Harry tomba à plat dans l'herbe et resta allongé, le souffle coupé. Il garda les yeux fermés, peu désireux de voir ce qui se passait autour de lui. Le sol lui semblait osciller sous lui comme un bateau pris dans une forte houle. Il garda une main serrée sur l'anse du portoloin, l'autre sur le poignet de Cédric. C'étaient ses deux seuls ancrages dans la réalité après le cauchemar qui venait de se dérouler. Est-ce que quelqu'un allait enfin remarquer que quelque chose ne tournait pas rond et venir l'aider ? Harry se sentait trop mal pour faire ne serait-ce que le geste de se mettre sur les genoux.
Sans prévenir, une tempête de sons éclata dans son crâne. Tout d'abord, ce fut un long cri perçant qui résonna. On avait enfin compris que tout était allé de travers. D'autres cris répondirent en écho. Des mots qu'ils ne comprenait pas.
On le saisit par les épaules pour l'obliger à se retourner.
- Harry ?
La voix était familière... il finit par rouvrir les yeux.
Dumbledore était penché sur lui et s'apprêtait à l'examiner pour s'assurer qu'il était encore capable de répondre. D'autres personnes les entouraient, mais Harry ny prêta guère attention. Il essayait de se concentrer pour y voir moins flou. En tournant la tête, il vit les haies du labyrinthe à quelques mètres derrière lui. Des gens en robes noires descendaient des tribunes pour voir ce qui se passait.
Le directeur réussit à décrisper les doigts du garçon de la poignée du trophée, mais ne put lui faire lâcher Cédric.
- Il est revenu, finit par chuchoter Harry, tout juste assez fort pour que Dumbledore l'entende. Voldemort est revenu.
Le visage rond de Fudge apparut au-dessus de Harry, le col mal ajusté et le chapeau de travers.
- Mon Dieu ! Dit-il, effaré. Diggory... Il est mort !
Les mots se répandirent rapidement dans la foule, dans un bruit grandissant.
- LAISSEZ-MOI PASSER ! hurla une voix par-dessus les cris et les exclamations. LAISSEZ-MOI PASSER, C'EST MON FILS ! OÙ EST MON GARÇON ?
- Harry... Lâche-le, dit doucement Dumbledore. Tu ne peux plus l'aider, maintenant.
- Il voulait que je le ramène, expliqua le garçon. Il voulait revenir près de ses parents.
- C'est fait, à présent. Tu peux le laisser.
Harry obéit machinalement. Le vieux sorcier le remit debout sans effort. Les tempes bourdonnantes, le Serpentard se rendit compte qu'il était quasiment incapable de remuer. Ses jambes le portaient à peine. Pour arranger le tout, la masse des spectateurs se pressait autour de lui, posant des questions, avide de savoir ce qui s'était passé.
- Ça suffit ! Du calme ! lança Fudge.
- Il faut qu'il aille à l'infirmerie, intervint quelqu'un d'autre. Poussez-vous donc, vous autres ! Albus, Amos Diggory va finir par arriver en bas des gradins. Il vaudrait mieux que vous vous en occupiez avant qu'un autre drame ne se produise.
- Très bien... Pierre, restez avec Harry, d'accord ?
Des gens pleuraient, d'autres s'agitaient inutilement.
- Ne t'inquiète pas, je me charge de t'emmener voir l'infirmière. Allez viens...
- Dumbledore a dit... marmonna Harry d'une voix enrouée...
D'un autre côté, s'il ne s'allongeait pas tout de suite, il allait se trouver mal.
- On y va...
Quelqu'un lui fit traverser la foule compacte, le portant à moitié. Ils finirent par laisser le bruit derrière eux et montèrent les marches qui menaient au château.
- Que s'est-il passé ? demanda l'homme.
Harry reconnut enfin Maugrey, aidé en cela par le claquement de la jambe de bois sur la pierre.
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- Hé, mais où est-ce qu'il l'emmène ? s'interrogea Théodore.
- Pas à l'infirmerie, en tout cas, répondit Sarah.
Un bruissement de papier plus tard, Théo ajouta :
- Hou-là, c'est Croupton, je crains le pire !
- Je les suis ! Toi, tu ramènes Rogue et Dumbledore, OK ?
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- Le trophée était un portoloin, expliqua Harry à voix basse. Il nous a emmenés dans un cimetière. Pettigrew nous y attendait avec Voldemort.
- Il était là ? se passionna Maugrey tout en l'aidant à franchir un palier. Et ensuite ?
- Il a tué Cédric.
- Et ensuite ?
Harry s'interrompit un instant. Il avait beau connaître la fascination du vieux bonhomme pour les mages noirs et leur capture, il aurait préféré que Fol œil lui laissât quelques minutes pour récupérer du choc. Le garçon était à peine capable d'aligner deux mots ou de mettre un pied devant l'autre, séparément. Alors les deux en même temps...
- Pettigrew lui a fabriqué une potion pour qu'il retrouve son corps.
- Et il y est arrivé ? Il est revenu ?
- Oui. Ses mangemorts sont venus juste après. Et puis nous nous sommes battus en duel...
- Avec le seigneur des Ténèbres ?
La voix de Maugrey exprimait une franche incrédulité. Tellement qu'elle en montait quelques dièses plus haut qu'elle n'aurait dû.
- Je me suis enfui, finit par dire Harry. Ma baguette et celle de Voldemort ont fait quelque chose de bizarre... des fantômes sont sortis de la sienne... Tous les gens qu'il a tués...
- Entre... dit Maugrey en poussant la porte de son bureau. Assieds-toi vite. Bois ça, tu verras que ça ira mieux.
Harry entendit la clé tourner dans la serrure avant que Maugrey ne lui mît un gobelet dans les mains. Pourquoi diable le vieil auror verrouillait-il la porte ? Au cas où, Harry s'assura que sa baguette se trouvait toujours dans sa poche. Quelque chose n'allait pas chez le professeur de défense, mais il était incapable de dire quoi. Il avala prudemment un peu du liquide poivré contenu dans le verre. Instantanément, les choses redevinrent plus claires. Le décor n'était plus flou et le reste commençait rapidement à se décanter. Maugrey fixait attentivement Harry.
- Tu as bien dit que Voldemort était de retour ? Tu es sûr qu'il est revenu ? Comment a-t-il fait ?
- Il a pris quelque chose dans la tombe de son père, un... morceau de Peter et quelque chose à moi, répondit Harry tout en glissant doucement ses doigts vers sa baguette.
Il y voyait tout à fait clair à présent, bien que le bureau fût plongé dans la pénombre. Maugrey avait l'air particulièrement agité. Il sursauta en entendant un bruit du côté de la porte, avant de s'en désintéresser et de se retourner vers Harry.
- Que t'a pris le seigneur des Ténèbres ?
Une fois, cela pouvait passer. Deux fois... cela devenait hautement suspect. La main de Harry se referma sur la baguette dans sa poche.
- Du sang, dit-il d'une voix atone.
Il désigna d'un hochement de tête la déchirure dans sa manche. Maugrey soupira profondément.
- Et les mangemorts ? Ils sont revenus ?
- Presque tous. Deux d'entre eux se sont soit enfuis, soit ont refusé de revenir. Voldemort prétend aussi en avoir un comme espion quelque part. Je suppose que ça doit être au ministère, pour qu'il sache tout sur le tournoi. Vu que Karkaroff est sûrement celui qui a filé... il voulait déjà le faire à Noël.
- Ouais... il n'a jamais brillé par son courage, celui-là, gronda Maugrey avec hargne. Et effectivement, il est parti. Il a trahi trop de fidèles du seigneur des Ténèbres pour s'en sortir. Ils vont vite le retrouver. Ne te fais pas de soucis, je crois savoir qui est l'espion.
- Tant mieux, lâcha Harry avec un soulagement feint.
Trois fois « seigneur des Ténèbres » dans une seule conversation, c'était la preuve qui lui manquait. L'hypothèse du polynectar émise par Sarah devenait extrêmement crédible. Mais d'après la carte, c'est Barty Croupton qui prenait la place de...
- Et merde... songea Harry.
IL aurait deux mots à dire au service des enterrements d'Azkaban... s'il arrivait à se sortir de là en un seul morceau. Il eut un espoir quand quelqu'un frappa à la porte, mais Croupton le fils commença par lui confisquer sa baguette d'un Accio bien placé avant de se diriger vers la lourde porte de bois.
- Oui, c'est quelqu'un de très proche de Dumbledore... Quelqu'un de tout à fait insoupçonnable... poursuivit-il en déverrouillant sans quitter Harry de son œil magique.
Il fit entrer Sarah, mais contrairement à ce qu'elle espérait, n'attendit même pas d'avoir refermé pour lui lancer un stupefix. Sarah eut le réflexe de bondir de côté, mais s'écroula tout de même. La baguette qu'elle tenait en main roula jusqu'aux pieds de l'agresseur qui la récupéra comme il avait pris celle de Harry.
- Une jeune fille bien vive, commenta Croupton. Pendant un instant, j'ai cru l'avoir manquée. Dis-moi, est-ce que le seigneur des Ténèbres a pardonné à tous ceux qui l'avaient abandonné ? Ceux qui ont échappé à Azkaban ?
- Eh bien... bredouilla Harry pour gagner du temps. Grosso modo, oui. Il leur a demandé des années de service en plus, mais oui, il leur a pardonné.
- À ces lâches ? À ces canailles qui n'ont pas levé le petit doigt pour le retrouver ? Incapables d'affronter Azkaban pour lui ? Ces immondes crapules avaient assez de courage pour persécuter des Moldus, le visage bien masqué, mais ils se sont enfuis quand j'ai fait apparaître la marque des Ténèbres dans le ciel.
L'homme ne paraissait même plus se soucier d'avoir un public, tant il était perdu dans son délire.
- S'il y a bien une chose que je déteste, c'est un mangemort en liberté. Ils ont tous tourné le dos à mon maître quand il avait besoin de leur aide. Je m'attendais à ce qu'ils soient punis... à ce qu'ils aient mal. Dis-moi, leur a-t-il fait du mal ?
- En fait... oui, un peu quand même...
Si cela pouvait le convaincre de se lancer dans une nouvelle diatribe, c'était toujours du temps de gagné.
- Leur a-t-il dit que moi seul, je lui suis resté fidèle de bout en bout ? Malgré la prison ? Que j'ai pris tous les risques pour te mener jusqu'à lui ?
- Vous n'avez pas trop peu à vous casser la tête, rétorqua Harry. Je me suis très bien débrouillé tout seul.
Le faire parler était l'unique moyen de s'en sortir vivant.
- Mais tu te trompes, expliqua le soi-disant Maugrey. C'est moi qui ai mis ton nom dans la coupe en la trafiquant pour faire croire que tu venais d'une quatrième école. J'ai effrayé et fait dégager du chemin tous ceux qui auraient pu te gêner pour gagner le tournoi. C'est vrai que tu as négligé mes efforts pour les deux premières tâches. Mais j'ai tout de même incité ce gros balourd de Hagrid à te parler des dragons et à te les faire voir ! Ça n'a pas été facile d'arriver au but sans éveiller les soupçons. Dumbledore a d'abord cru à un mauvais coup de la maison Serpentard, c'est vrai, mais il s'est vite orienté ailleurs. Il a compris qu'une personne extérieure était impliquée. Mais du moment que j'arrivais à te faire entrer dans le labyrinthe avec une bonne avance, tout irait bien. Je pourrais facilement éliminer les trois autres champions. Cet idiot de Diggory tenait vraiment trop à la victoire... Quel dommage, n'est-ce pas ? Quant à la deuxième épreuve, je dois avouer que tu m'as beaucoup surpris. Moi qui avais pris la peine d'écouter ce que racontait cet elfe de maison débile à ton sujet, pour lui suggérer ensuite de t'apporter la plante précise qui te permettrait d'accomplir la tâche...
A présent, les deux yeux du faux Maugrey étaient fixés sur Harry. Il ne surveillait plus ses dispositifs de détection des présences hostiles. Et des silhouettes remuaient dans la glace à l'Ennemi. Harry reporta toute son attention sur l'autre sorcier et ne jeta plus un seul coup d'œil sur le miroir magique.
- Et pour finir, conclut l'homme avec un grand sourire, j'ai envoyé quelques sortilèges pour terminer le travail... Un imperium sur Krum pour qu'il attaque Delacour, et ensuite Diggory. Tu avais le champ libre. N'est-ce pas un plan magnifique ?
- Sans aucun doute, admit Harry.
Tellement magnifique que cela en devenait proprement ignoble. Le garçon se rassura en voyant que dans la glace à l'Ennemi, les formes devenaient plus précises, et qu'elles s'approchaient de la vitre. « Maugrey » n'y prêtait aucune attention il était entièrement focalisé sur Harry, et son œil magique aussi.
- Le seigneur des Ténèbres n'a pas réussi à te tuer... Pourtant, tu sais à quel point il en avait envie, non ? Imagine un peu la récompense qui sera la mienne quand il saura que l'ai fait pour lui. Je t'ai envoyé à lui alors qu'il avait besoin de toi pour revenir à la vie matérielle et maintenant, je vais te tuer pour lui épargner cette peine. Je recevrai tous les honneurs pour cela, bien plus que tous les misérables qui lui avaient soi-disant juré fidélité. Je serai le plus aimé, le plus proche, plus proche encore qu'un fils.
L'idée donna presque un haut-le-cœur au Serpentard. Si seulement les gens dans la glace voulaient bien s'activer un peu...
- Lui et moi, reprit Croupton d'une voix démente, avons tant de choses en commun. Nous avons été tous les deux très déçus par nos pères. Et nous avons subi le déshonneur sans bornes de recevoir le même nom que ce père haïssable. Mais nous avons aussi eu l'extrême plaisir de tuer nos pères pour assurer l'ascension durable de l'Ordre des Ténèbres !
Des visions de mangemorts paradant tels des SS dans les rues de Londres passèrent devant les yeux de Harry. Ces deux fous qu'étaient Voldemort et son serviteur se croyaient tellement au-dessus des Moldus qu'ils les massacraient sans l'ombre d'un remords, mais si l'on grattait un peu le vernis de pouvoir magique, on se retrouvait avec de mauvaises copies d'Adolf Hitler et de sa clique. C'était pitoyable.
- Il veut me tuer lui-même, réussit à dire Harry.
- Hein ?
Croupton braqua à nouveau ses deux yeux sur Harry. Il ne s'intéressait ni à la glace, ni à Sarah qui venait imperceptiblement de replier une jambe.
- Il n'a cessé de le répéter dans le cimetière. Il me veut pour lui seul.
Les images sur la glace se précisaient.
- Ce ne serait pas une bonne idée de lui voler ce plaisir, non ?
Le faux Maugrey regardait fixement Harry quand il entendit un froissement de tissu derrière lui : Sarah venait de se relever d'un bond... dans sa direction. Il se retourna vivement, mais présenta ainsi son dos à Harry. Celui-ci donna un coup de pied à l'arrière du genou de l'ennemi, lui faisait perdre l'équilibre et le fil de son sort. Sarah tendit vivement le bras vers celui de l'imposteur...
- AAARGH !
Le sortilège élémental n'avait duré qu'un instant. De sa main droite, Sarah voulut saisir la baguette de Croupton avant qu'elle ne touchât le sol, parce que quitte à neutraliser un mage noir, autant le faire avec style.
… et elle foira lamentablement, car à ce moment précis, la porte explosa.
Sarah et Croupton furent projetés au sol, alors que dans l'encadrement apparaissaient le professeur Rogue, Dumbledore et McGonagall. Rogue se précipita vers Sarah et l'aida à se relever. Harry vit d'abord Théo se pencher sur lui, avant d'apercevoir Dumbledore qui fixait à présent « Maugrey ».
Celui-ci se tenait l'épaule en gémissant, tandis qu'un de ses bras traînait par terre, la baguette de l'imposteur à quelques centimètres des doigts encore étendus. Quand il découvrit le vieux sorcier penché sur lui, il parut se ratatiner sur place. En effet, Dumbledore avait l'air particulièrement effrayant. Il paraissait prêt à faire un exemple du misérable qui rampait sur le pavage devant lui. Il le repoussa même du pied vers un angle de la salle. Rogue le tint aussitôt en respect, sous l'œil narquois de Sarah, qui jeta ensuite un regard sur les reflets des trois professeurs et des élèves dans la glace à l'Ennemi.
- Allons, Potter, vous devriez vite aller à l'infirmerie, et pour de bon, cette fois, conseilla McGonagall.
La magicienne semblait extrêmement choquée par ce qui venait de se produire.
- Pas encore, intervint Dumbledore. Je sais qu'il en a besoin, mais il doit comprendre ce qui s'est passé. Il faut qu'il sache qui lui a imposé cette épreuve ignoble. Ensuite seulement, il pourra se reposer.
- J'aimerais savoir comment Maugrey... commença Rogue.
- C'est pas lui, c'est Barty Croupton, déclara Sarah, qui fixait toujours le miroir avec intérêt.
- Comment diable savez-vous cela ? s'étrangla la codirectrice.
- Ah... nous avons appris que quelqu'un faisait du polynectar dans l'école. Enfin... que lui, là, en fabriquait. On s'est que lui et Mr Croupton pouvaient échanger leurs identités pour mieux surveiller l'école tout en enquêtant sur le type qui avait mis le nom de Harry dans la coupe, expliqua Théodore, et Harry applaudit mentalement le fait qu'il avait réussi à ne pas mentionner la carte.
- En fait, je crois que nous nous sommes juste trompés de Barty, ajouta Sarah avec un sourire méchant.
- Mmm... fit Dumbledore dans sa barbe. Après tout, ce ne serait pas la première fois qu'un supposé mort revint parmi les vivants, ou qu'un détenu s'échappe d'Azkaban. Cela veut aussi dire – et là le pétillement réapparut dans ses yeux – que l'un d'entre vous a encore enfreint pas mal de points du règlement.
Trois étudiants se sentirent brusquement obligés de regarder ailleurs en sifflotant.
- Bien... Nous allons vite être fixés sur son cas et vérifier votre hypothèse.
Dumbledore fouilla le corps étendu par terre et lui confisqua une flasque et un gros trousseau à sept clefs.
- Comment avez-vous su pour le polynectar ? demanda Rogue.
- Ça sentait le chou... lâcha Sarah en essayant de ne pas rire.
- Minerva, veuillez, je vous prie, avoir l'obligeance de vous rendre chez Hagrid et d'emmener le gros chien noir que vous trouverez derrière ses citrouilles dans mon bureau. Dites-lui d'attendre sagement, et venez nous rejoindre.
Dès que McGonagall fut sortie, Dumbledore s'empara du trousseau de clefs et se dirigea vers la malle de Maugrey. Il inséra la première clef dans sa serrure et ouvrit le verrou. Le couvercle se souleva pour montrer des livres. Le directeur rabattit ledit couvercle et ouvrit la deuxième serrure. La malle laissa apparaître tout un fouillis de parchemins, de plumes sales et un bout de cape d'invisibilité. Troisième serrure : des vêtements. Quatrième : de l'argent. Cinquième : des objets magiques auxquels on se garda bien de toucher. Sixième : des cartes et des instruments de navigation.
- C'est taillé dans quel bois, ce coffre ? s'étonna Harry.
- Sûrement pas du poirier savant, grommela Sarah en regardant le spectacle.
Enfin, la septième et dernière serrure sauta. En se penchant, les trois Serpentard découvrirent une fosse profonde de plusieurs mètres, au fond de laquelle se trouvait le vrai Maugrey, assis dans un coin, beaucoup plus mince que son remplaçant et dépouillé de son œil magique et de sa jambe de bois. Il lui manquait aussi plusieurs poignées de cheveux.
- Sortez-moi de là !
- Que dit-il ?
- Il dit qu'il faudrait lui lancer quelques pierres sur la tête pour mettre un terme à sa misère, répondit Rogue d'un ton égal.
- ROGUE ! ESPECE DE SALE PETIT ~#*$ ! J'ai TOUT entendu ! beugla la voix de Maugrey depuis le fond de son trou.
- Severus... dit Dumbledore d'un ton de reproche.
- Désolé.
- Tu parles... chuchota Sarah à l'oreille de Théodore.
- Dites-moi, Severus, pourriez-vous aller me chercher votre plus puissant veritaserum ? Nous allons en avoir besoin. Et ramenez aussi l'elfe de maison nommée Winky. Elle doit être aux cuisines en ce moment.
Bien que ces directives parussent étranges, le professeur de potions obéit et quitta la pièce.
- Maintenant que les risques d'étranglement à vue sont limités, je propose que nous sortions ce bon Alastor de sa prison, ajouta le vieux sorcier avec un sourire en coin.
Harry songea qu'il aimait mieux cette version humoristique de Dumbledore... Celui-ci descendit auprès du vrai Maugrey et demanda aux élèves de lui envoyer une cape. Le mangemort fut dépossédé de la sienne, qui alla aussitôt réchauffer un peu l'ancien auror. Les deux hommes ressortirent de la malle, qui fut reverrouillée sur-le-champ.
- Je crois qu'un petit tour chez Pompom va s'avérer indispensable.
- Je veux d'abord entendre la confession de ce saligaud, décréta Maugrey en se laissant tomber sur une chaise.
Dumbledore ramassa la flasque et en fit couler le contenu par terre. C'était bien du polynectar, dont l'odeur fit frémir les narines sensibles de Sarah, qui avait déjà tâté de l'infecte mixture.
- Étant donné qu'Alastor ne boit jamais autre chose que le contenu de ce flacon, personne n'aurait pensé qu'il s'agissait d'autre chose que de l'eau. Nous allons bien voir ce que va donner notre petite expérience.
Une dizaine de minutes s'écoula avant que les premiers changements n'apparaissent. Les cicatrices qui mutilaient le visage de l'intrus s'effacèrent rapidement. Le nez en partie arraché redevint entier. Les cheveux gris retrouvèrent leur couleur blond paille originelle. Les prothèses magiques tombèrent sur le sol (Maugrey en profita au passage pour récupérer son œil à tout voir et le fourra dans une poche de son pantalon). En quelques instants, les cinq sorciers présents découvrirent un homme encore jeune, au teint clair piqueté de taches de rousseur, avec quelques rides au coin des yeux et au milieu du front.
- Ben ça par exemple ! fit Sarah en regardant l'homme toujours recroquevillé dans son coin.
La porte se rouvrit pour faire place à Rogue, suivi de Winky, McGonagall fermant la marche.
- Le fils Croupton ?
Le professeur de potions avait certainement du mal à en croire ses yeux.
- Par Merlin, mais comment a-t-il réussi son compte, celui-là ?
McGonagall fut interrompue par les cris aigus de l'elfe de maison. Toujours sale, et furieuse de surcroît, Winky fonça sur le prisonnier.
- Maître Barty ! Que faites-vous ici ? Pourquoi retenez-vous mon maître ? lança-t-elle à Dumbledore.
- Parce qu'il n'a rien à faire dans cette école, répliqua froidement le directeur. Severus, vous avez la potion ?
Rogue lui donna un petit flacon rempli d'un liquide incolore. Dumbledore se baissa au niveau de Croupton junior, toujours affalé par terre. Ce dernier se serait sans doute bien épargné la corvée du veritaserum, mais deux sorciers adultes et trois jeunes tenaient leurs baguettes braquées sur lui, sans compter le vrai Maugrey qui n'attendait qu'une occasion de se ruer sur lui. Aussi obéit-il quand le directeur lui fit avaler trois gouttes de la mixture.
- Bien, fit le vieux sorcier. Je voudrais que vous nous expliquiez comment vous pouvez vous trouver ici, alors que vous êtes censé être mort à Azkaban ?
- C'est ma mère qui m'a sauvé la vie, dit Croupton d'une voix monocorde. Elle allait bientôt mourir, vous comprenez, et la dernière chose qu'elle a demandé à mon père, ç'a été de me sortir de prison. Il a accepté, parce qu'il l'aimait vraiment, elle.
- Pauvre femme, murmura Maugrey avec une authentique compassion.
- Quand ils sont venus à Azkaban, ma mère m'a donné du polynectar qui contenait un de ses cheveux, et elle a bu une autre potion qui avait été faite avec l'un des miens. Et nous avons échangé nos places.
- Arrêtez de parler, monsieur Barty, glapit Winky, ou vous allez avoir des ennuis, et votre père aussi.
McGonagall lui mit la main sur la bouche pour la faire taire.
- Les détraqueurs ne voient pas. Ils ne font que ressentir la présence des gens. Un bien portant et un mourant sont entrés, un bien portant et un mourant sont sortis, et c'est tout ce qui comptait pour eux. Je portais les vêtements de ma mère pour que tout le monde croie que j'étais elle. Ma mère est morte très peu de temps après mon départ, et elle a été enterrée sous mon nom. Elle avait gardé du polynectar avec elle et en a bu jusqu'au bout.
- Qu'a fait votre père une fois chez vous ? s'enquit Dumbledore.
- Il a organisé le faux enterrement de ma mère. Ensuite, c'est notre elfe qui s'est occupée de moi, elle m'a soigné et m'a rendu la santé. Mais j'ai dû rester caché par la suite. Mon père a utilisé des potions et des sortilèges pour me garder sous son contrôle. Car moi, je n'aspirai qu'à retrouver mon maître et à le servir à nouveau.
- Comment étiez-vous dissimulé ?
- Je portais en permanence une cape d'invisibilité. Il fallait aussi me mettre sous imperium pour éviter que je me sauve. Winky ne devait pas me quitter. Elle me gardait sans cesse et tentait toujours d'arranger une petite sortie, quand elle pouvait convaincre mon père que je m'étais bien conduit.
- On va avoir des ennuiiiis... gémi Winky en se balançant sur les talons.
- Quelqu'un d'autre était au courant ?
- Oui. Bertha Jorkins a découvert notre petit secret. Elle est venu à la maison, un jour, avec des papiers à faire signer. Winky l'a faite entrer en attendant que mon père revienne du bureau, puis elle est revenue près de moi. Jorkins l'a entendue me parler. Elle n'a pas pu s'empêcher de fouiner. Elle a compris que j'étais là. Elle voulait faire du chantage... L'idiote ! Mon père lui a infligé un puissant sort d'amnésie. Trop fort, en fait, car elle a commencé à perdre la mémoire pour d'autres sujets.
- Elle aurait pas dû venir... gémit Winky. Pourquoi elle ne nous a pas laissés tranquilles ?
- Et la coupe du monde de quidditch ? demanda Dumbledore. Que s'est-il passé ?
- C'est encore Winky qui a convaincu mon père de me laisser sortir. Elle a parlé de ma mère, qui était morte pour me permettre de vivre. Ça a marché, comme toujours, et il a accepté. J'ai toujours aimé le quidditch j'étais sûr de m'amuser. Evidemment, mon père a tout organisé très soigneusement. Pendant la journée, je suis monté dans la tribune avec Winky, qui devait soi-disant garder une place pour mon père. Moi, j'étais assis à côté d'elle, avec la cape d'invisibilité. Quand les autres invités seraient partis, nous sortirions. Mais mon père ne savait pas que je résistais à son imperium. Il ne me contrôlait plus tout le temps. Et je me suis réveillé dans cette tribune, en plein milieu d'un match. Il y avait une baguette, devant moi, qui dépassait d'une poche. Alors je l'ai prise, et Winky ne m'a même pas vu, parce qu'elle se cachait les yeux. Elle a le vertige, vous savez ?
- Maître Barty, méchant garçon ! Et moi qui vous faisais confiance... protesta l'elfe de maison.
- Et qu'avez-vous fait avec cette baguette ?
- Quand nous sommes revenus à notre tente, on a entendu les mangemorts qui attaquaient les Moldus. Ceux qui n'avaient jamais connu la prison. Qui n'avaient connu aucune souffrance, qui avaient abandonné mon maître. Je me suis mis en colère. Ils avaient tout loisir de le chercher, de l'aider, mais ils préféraient s'amuser comme des idiots. J'avais une baguette, mon père était parti... Winky a eu peur et elle a décidé de me lier à elle par magie. Ensuite, elle m'a emmené aussi loin que possible de ces traîtres. J'ai donc envoyé la marque des Ténèbres dans le ciel, faute de mieux. On nous a jeté des sorts de stupéfixion, et l'un d'eux m'a touché. Winky aussi est tombée. Bien sûr, sachant qu'elle avait été découverte dans le bois, mon père a deviné que je n'étais pas loin. Il a trouvé mon corps sous la cape. Il m'a de nouveau soumis à l'imperium et a chassé Winky. Elle m'avait quasiment permis de m'enfuir, n'est-ce pas ?
- Bouhouhou... sanglota Winky.
- Nous sommes restés seuls à la maison, avec mon père. Et alors...
Croupton sourit avec bonheur.
- Mon maître est venu me chercher, un soir. Queudver le portait avec lui. Grâce à cette sotte de Bertha, mon maître savait que j'étais encore en vie et il m'a libéré. Il savait pour le tournoi, pour mon père, pour Maugrey qui allait enseigner à Poudlard... et tant d'autres choses. Mon père a ouvert la porte sans se douter de rien.
Un nouveau sourire radieux fendit le visage pâle du mangemort, sous le regard dégoûté de la plupart des témoins de la scène.
- Tout a été si vite... Mon père s'est retrouvé à son tour soumis à l'imperium. Il a été forcé de reprendre ses activités habituelles comme si de rien n'était. Et moi, je suis revenu à la vie.
- Et Voldemort vous a demandé... le relança Dumbledore.
- Je lui ai juré que j'étais prêt à tout pour lui. Je ne rêvais que de le servir à nouveau. Il m'a dit qu'il avait besoin d'un vrai fidèle à Poudlard, qui servirait de guide à Potter pendant le tournoi, sans que personne ne pense à le soupçonner. Il fallait qu'il soit le premier à mettre la main sur le trophée... Sur le portoloin qui l'emmènerait près de mon maître.
- Mais pour cela, il vous fallait Maugrey.
- Je m'en suis occupé avec Peter. Le polynectar était déjà à point... Une fois chez Maugrey... il y a eu bagarre, malgré nos dispositions.
- Tu m'étonnes ! s'exclama Maugrey. Deux soi-disant macchabées se pointent chez moi, et puisque je ne voyais pas à travers, c'était pas des fantômes !
- Mais nous sommes parvenus à le maîtriser. Nous l'avons enfermé dans sa malle après lui avoir pris des cheveux. J'ai aussi pris sa jambe de bois et son œil magique pour parfaire le déguisement. Quand Arthur Weasley est arrivé pour prendre en charge les Moldus que le bruit avait réveillés, il n'y a donc vu que du feu. J'ai prétendu qu'un rôdeur avait déclenché des poubelles ensorcelées, d'où le vacarme. Après son départ, j'ai pris tous les vêtements et les détecteurs d'ennemis que j'ai pu trouver, et je suis parti. Il fallait que Maugrey reste en vie, bien sûr. Je ne connaissais pas toutes ses habitudes. Dumbledore ne devait se douter de rien. Et j'avais besoin de cheveux. Les autres ingrédients, je les volais au fur et à mesure dans l'armoire de Rogue.
Soupir.
- Qu'a fait ce bon Queudver, par la suite ?
- Il est parti surveiller mon père, mais il n'est pas montré très doué pour cette tâche, répondit Croupton en dodelinant de la tête. Il n'a pas compris tout de suite que mon père, tout comme moi, luttait contre son conditionnement. Mon maître l'a fait confiner chez lui et lui a fait envoyer ses ordres par lettres au fils Weasley. Mais cela n'a pas suffi et mon père a réussi à se sauver. Il est allé directement à Poudlard, prêt à tout raconter. Il fallait que je l'empêche de parler. La chance m'a souri il est tomé droit sur les élèves que je surveillais. Quand Potter est monté chez le directeur, j'en ai profité pour forcer les autres à s'envoyer des sorts ou les abattre moi-même. J'avais la cape d'invisibilité de Maugrey, alors il a été facile de passer inaperçu. Quand ils ont tous été calmés, j'ai tué mon père.
- Iiiiiik ! Noooon ! Ce n'est pas vrai ! Maître Barty, vous n'avez pas fait ça ? hurla Winky à pleins poumons.
- Vous avez tué votre père, répété tranquillement Dumbledore. Comment l'avez-vous dissimulé ?
- Je l'ai d'abord caché sous la cape, je n'ai pas eu le temps de m'en charger avant que Dumbledore et les autres n'arrivent sur place. Quand tout le monde est reparti au château, j'ai transformé le corps en un os unique, que j'ai enterré dans le carré de terre que Hagrid avait retourné, à côté de chez lui.
Harry songea au joyeux cours que le demi-géant leur avait donné en compagnie des niffleurs. S'il avait eu lieu après coup, les braves créatures auraient pu déterrer les maigres restes de Barty l'aîné...
Winky pleurait toujours, effondrée aux pieds de son maître. Dumbledore soupira et se tourna vers les trois autres sorciers adultes.
- Et ce soir il a changé le trophée en portoloin après nous avoir demandé de l'installer...
- Dites, on pourrait peut-être lui recoller son bras ? finit par dire McGonagall.
- Pourquoi ? La plaie est cautérisée, répliqua férocement Maugrey.
Un rire de dément interrompit le vieil auror.
- Le plan de mon maître a marché. Et il va me récompenser au-delà de tous mes rêves...
- A propos d'au-delà, tu viens d'y gagner un aller sans retour, mon gars, commenta Maugrey avec, semblait-il, une once de tristesse.
