Chapitre 34
Hortensia avait visiblement désobéi quant aux téléphones portables et avait gardé le sien avec elle. Mais bon, telle mère telle fille, j'avais également gardé le mien en cas d'urgence. Et elle avait dû s'en rendre compte car elle venait de m'envoyer un message pour prouver à son cavalier que oui, on peut communiquer d'un endroit à un autre sans utiliser de hibou. Et que oui, ça va beaucoup plus vite. Je lui répondis qu'elle avait intérêt à garder du crédit pour une réelle urgence, et qu'elle s'amuse bien. ...Mais pas trop. Je n'avais pas trop confiance en ces garçons de Durmstrang. Hortensia s'était visiblement amourachée de l'un d'entre eux, et j'avais peur de ce qu'il pouvait se passer. Ces garçons avaient tout de même 17 ans et elle que 13! Et Merlin la protège, elle était également devenue extrêmement jolie. Jeune, jolie et innocente. Merlin sait à quel point ce mélange peut être dangereux. Severus me tira de mes pensées en frappant à la porte. Je lui fis une place sur mon lit, et allais préparer du thé.
- Alors? Qu'est-ce qu'il voulait?, demandais-je.
- Hum. Rien d'important., répondit-il, évasif.
Je n'ajoutais rien pendant une seconde, prenant le temps d'amener le thé et de me rasseoir.
- Ecoute. Je suis une Auror. Et en tant que telle, je sais tout à propos du passé de tous. De ce fait, je connais le tien, Severus. Maintenant dis-moi: qu'est-ce qu'il voulait?
Je vis qu'il hésitait à se livrer complètement, mais il sentit qu'il le devait. Il soupira, et releva sa manche, dévoilant son tatouage. Je vis alors un serpent noir sortant d'un crâne que je croyais immobile, mais qui ondulait doucement, sortant légèrement de la peau de Severus.
- Il voulait me parler de ça., dit-il finalement.
- Pourquoi?, demandais-je d'un ton que je voulais plus ou moins léger.
- Il bouge. C'est un signe.
Je n'osais pas formuler sa pensée.
- Il va revenir., énonça-t-il tout de même.
- Mais alors, pourquoi est-ce qu'il n'a rien tenté sur Harry?, tentais-je de raisonner.
- Peut-être qu'il l'a fait?
- Le Tournoi., complétais-je. Mais comment? Il n'aurait jamais pu pénétrer ces murs.
- Il a dû demander à quelqu'un de le faire pour lui., dit-il d'un ton plus grave encore.
La pensée eut du mal à me frapper.
- Tu croyais que c'était moi., murmurais-je. Qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis?, repris-je d'un ton normal et peut-être un peu trop agressif.
- Je suis allé à mon laboratoire. Et j'ai remarqué que quelques flacons étaient vides, bien que je ne les avais pas utilisés. Seuls, ils sont inoffensifs. Mais ensemble, ils constituent les ingrédients pour le Polynectar. D'abord j'ai pensé que c'était Potter, mais...
Je ne relevais pas l'acharnement personnel qu'il entretenait envers mon fils, et je complétais sa pensée.
- Maugrey. Mais ça aurait pu être moi aussi!
- Alors la personne qui est venue ici pour le tuer a certainement utilisé le Polynectar pour prendre l'apparence de quelqu'un de confiance. Tu es venue ici comme un étrangère totale ou presque. Ça ne pouvait pas être toi.
Je me levais pour ramener le thé sur la table.
- Ne fais pas ça, s'il-te-plaît.
- Faire quoi?, demandais-je sans me retourner.
- Me tourner le dos. Je sais que j'ai fait le mauvais choix, et je sais que c'est ce que je fais toujours, mais la dernière fois je n'ai pas pu m'excuser. Je ne peux pas refaire la même erreur.
Il faisait référence à cet épisode où il m'avait traité de sang-de-bourbe. Il s'était excusé 500 fois pour ça, mais je ne l'avais jamais vraiment pardonné pour ça. Surtout quand j'avais appris qu'il était devenu un mangemort. J'avais refusé de le voir après ça. Malgré tout, je continuais à lui écrire, mais notre amitié avait trop souffert. Aujourd'hui je sentais la sincérité totale de son excuse et j'avais envie de repartir sur de bonnes bases. Je me retournais vers lui et allais me rasseoir sur le lit en souriant.
- Je sais que tu as attendu ces mots pendant très longtemps, et maintenant tu les mérites. Je te pardonne, Severus. Et maintenant il faut l'arrêter. Qu'est-ce que tu penses qu'il va faire?
Il semblait visiblement soulagé et même heureux, et il n'avait certainement pas envie de gâcher ce moment en parlant d'un possible tueur. Il ne dit rien. Il ne fit que me regarder droit dans les yeux. Il n'avait jamais été très souriant, mais je sentais un réel bonheur au fond de lui. Un bonheur peut-être éphémère, mais qui arrivait à transparaître jusque dans ses yeux, les éclairant d'une lueur que j'avais rarement vu chez Severus. Je plaçais délicatement ma main sur sa joue et déposais mes lèvres sur les siennes. Je ne savais pas très bien ce que je voulais, ni ce qui était bon ou mauvais pour moi. Ce soir, je ne savais plus rien. Ce soir, je ne voulais plus rien savoir. Je m'endormis lovée entre ses bras, et c'était la seule chose qu'il me fallait. Le lendemain matin, je me réveillais, et contrairement à la dernière fois, il était toujours là, toujours endormi. Il avait l'air tellement serein. A quoi rêvait-il? A Lily? A elle? Totalement autre chose? Mais pourquoi fallait-il que je parle toujours de Lily comme d'une autre personne? Peut-être parce que c'en était une? Une oreille posée contre son torse, je sentais sa douce respiration, les battements de son coeur, et je voulais redevenir Lily, pour retrouver la légitimité à être dans ses bras. Il se réveilla finalement et dans un silence sans gêne, nous partîmes ensemble prendre notre petit-déjeuner. Alors que je m'assis à ses côtés, je remarquais que quelques personnes me regardaient étrangement. Harry, Hortensia et leurs amis. Je les interrogeais du regard, mais ils détournèrent tous la tête. Je retournais à mon déjeuner, repensant soudain à la deuxième épreuve qui approchait dangereusement. Il fallait déterminer de quelle manière Maugrey, ou celui qui se faisait passer pour lui allait agir, et quand. Je laissais Severus rejoindre les élèves pour leur cours matinal, pour retourner à mon bureau, réfléchir. Je pensais quelques instants à aller voir Maugrey, mais je me ravisais. Il y avait tout de même plus subtil comme approche. Je m'y voyais déjà: "Sinon, comment comptez-vous vous y prendre pour tuer Harry, Maugrey? Enfin, Maugrey... On se comprend, quoi?" Non, je préférais prévenir Harry de ne pas trop s'approcher de lui, et garder un oeil sur l'animal durant la deuxième tâche avec Severus. Et justement, ledit Harry frappa à la porte, avec sur le visage une expression que j'avais déjà vue auparavant. A la fois de la déception et du dégoût. Je fis un grand effort pour ne pas m'y arrêter, et l'invitai à s'asseoir. Alors que je m'apprêtai à le mettre en garde contre Maugrey, il m'interrompis.
- Comment avez-vous pu faire ça?
- Faire quoi?, demandais-je d'une innocence pure.
- D'abord Malfoy, ensuite lui?
Je ne répondis rien. Sirius était-il encore coupable? Je ne pouvais me résoudre à cette pensée. Mais pourquoi est-ce que tout le monde s'acharnait autant à me faire descendre dans son estime? Si je ne fis aucun commentaire, ni demandai d'absolution, je décidai de ne rien dire quant à Maugrey. Il serait capable de faire exactement l'inverse de ce que je lui conseillerais. Il ne prit pas même la peine de s'asseoir, et repartit aussi sec. Je pris mon visage entre mes mains, me disant que cette aventure prendrait beaucoup pour être pardonnée. Toutefois, je n'avais pas envie de m'excuser. J'en avais marre de m'excuser des choix que je faisais, des hommes qui m'attiraient, et des secrets que je gardais. J'en avais marre de rendre des comptes à tout le monde, et marre de m'excuser de vivre. Personne n'avait le droit de me dire quoi faire, quand et avec qui, et pour la première fois, je pris conscience que pas même mon fils ne possédait ce privilège.
