Chapitre 36

Dans les jours qui suivirent l'attaque de la famille Summers, plusieurs mutants regagnèrent l'institut, inquiets à l'idée que l'armée ne débarque chez eux et le professeur les accueillit avec des paroles rassurantes. Les jeunes mutants retrouvèrent alors un certain calme et étrangement ils se sentaient d'autant plus en sécurité que Magnéto était toujours là. Charles perçut cela dans les pensées de ses élèves et en fit part, amusé, à Erik.

Finalement, une semaine après l'attaque de Scott, la majorité des élèves était revenue à l'école, excepté Jean et Peter. Les élèves qui venaient de rentrer découvrirent avec joie que le professeur avait retrouvé l'usage de ses jambes et ils l'encouragèrent par la pensée à chaque séance de rééducation que Charles faisait. Son état s'était grandement amélioré, si bien qu'il n'utilisait plus le fauteuil que s'il était vraiment fatigué. A présent, Charles se baladait dans le manoir en s'appuyant sur une canne. Et il ne cachait plus sa relation avec Harry aux yeux des élèves, même si ça n'allait jamais plus loin qu'un chaste baiser échangé rapidement, il avait encore une réputation à tenir.

Un soir, Charles entendit quelqu'un frapper à la porte. Avec un froncement de sourcil et se demandant qui pouvait bien lui rendre visite à deux heures du matin, le professeur se leva en s'appuyant sur sa canne et se dirigea vers la porte principale. Il l'ouvrit et se figea en voyant Peter juste derrière avec sa famille. Aussitôt, Charles s'écarta pour les laisser entrer.

- Je suis désolé, professeur, mais je ne savais pas où aller et… ils sont apparus de nul part et…

- Peter, calme toi, ordonna doucement Charles en posant sa main sur l'épaule de son protégé. Respire, tout va bien. Tu sais que tu es toujours le bienvenu ici.

Le mutant acquiesça doucement avant de prendre de grandes respirations.

- Allons dans mon bureau, offrit doucement Charles.

Il passa un bras protecteur autour des épaules de Peter et le guida vers son étude. Arrivés là, il fit asseoir le jeune homme dans l'un des canapés, invitant la mère de Peter et sa sœur à faire de même. Puis il prit place à côté du speeder, écoutant celui-ci lui raconter ce qu'il s'était passé.

Marya Maximoff, la mère de Peter, observa son fils. Depuis le début de la journée, elle voyait son enfant sous un tout autre jour. Son petit garçon qui était devenu un adolescent turbulent et kleptomane, avait fait preuve d'une grande maturité aujourd'hui. Lorsqu'il avait vu les soldats, Peter avait immédiatement fait usage de ses pouvoirs pour évacuer sa mère et sa sœur plusieurs pâtés de maison plus loin avant de revenir rapidement à la maison pour prendre quelques affaires, puis il avait appelé un taxi et donné un adresse que Marya ne connaissait pas. Quelle ne fut pas sa surprise de voir le taxi s'arrêter devant une grande grille en fer forgé. Elle avait regardé autour d'elle, se demandant si le taxi ne s'était pas trompé, mais Peter avait ouvert la grille, tenant les deux sacs qu'il avait préparé dans une main et attrapant la main de sa sœur dans l'autre. Il leur avait fallu quelques minutes avant de voir le grand manoir devant eux et une fois encore elle avait hésité, son fils ne pouvait pas connaitre la personne qui habitait là, il n'était pas… Mais Peter avait frappé à la porte et un homme, le même homme qui était venu chercher son fils il y a une dizaine d'années, leur ouvrit. Et elle était là, observant son enfant finir de raconter ce qu'il s'était passé à cet homme qui l'écoutait avec tellement d'attention.

- Je suis désolé d'avoir amené ma famille, professeur mais je…

- Tout va bien, Peter, tu as bien fait, assura l'homme.

Et Marya fut surprise d'entendre le respect dans la voix de Peter, lui qui avait toujours dénigré l'autorité des hommes. Tout autant qu'elle fut surprise de voir la réelle inquiétude dans le regard du professeur.

- Mme Maximoff, commença doucement Charles en se tournant vers la mère de Peter, vous êtes la bienvenue ici, vous et votre famille et sachez que vous êtes en sécurité à l'intérieur du domaine. Je ne sais pas si vous vous souvenez de moi, je suis le professeur Charles Xavier et cet endroit est l'institut que j'ai créé, une école pour les mutants. Je sais que vous devez avoir des questions et je vous promets de vous donner des réponses, mais pour ce soir le mieux à faire est de vous reposer.

Charles se leva alors, s'appuyant sur sa canne. Il vacilla un instant et Marya fut surprise de voir que Peter fut aussitôt à ses côtés pour le soutenir.

- Professeur ?

- Ca va Peter, la journée a juste été longue. Allez, je vais vous montrer où vous pourrez dormir.

Charles quitta le bureau suivit par ses invités.

- Depuis quand vous pouvez remarcher ? demanda Peter en se plaçant aux côtés du télépathe.

- Depuis quelques semaines, Harry a trouvé un moyen de me rendre l'usage de mes jambes. Depuis, je fais des séances de rééducation et à la vitesse où je progresse, Hank pense que je pourrais remarcher normalement d'ici la rentrée.

- Ca serait cool, approuva Peter avant de bailler.

- Ce qui serait cool, c'est que tu ailles dormir Peter, tu tiens à peine debout.

Le jeune homme acquiesça doucement avant de s'apercevoir qu'ils étaient arrivés devant la porte de sa chambre. L'ouvrant, il jeta un regard en direction de sa mère et de sa sœur.

- Elles sont en sécurité ici, Peter. Je ne laisserais rien leur arriver, assura Charles.

- Je sais. Bonne nuit, professeur.

- Bonne nuit Peter.

Charles observa la porte se fermer avant de reprendre sa marche jusqu'au bout du couloir. Il invita ensuite Marya et sa fille à entrer dans une chambre.

- Celle-ci est libre, j'enverrais Peter vous chercher pour le petit déjeuner demain matin.

- Merci, fit doucement Marya. Peter… Peter semble vous appréciez beaucoup, remarqua-t-elle alors.

- Peter est un gentil garçon, approuva Charles, et c'est l'un de mes élèves.

- Il n'a jamais été très friand de ses professeurs.

- Ici, Peter est libre d'être lui-même, je lui offre cela comme je l'offre a tous mes élèves. Ici nous n'avons pas à nous cacher, nous sommes une famille.

Marya acquiesça doucement, la fatigue l'empêchant de se pencher plus sur les déclarations du professeur. Elle se prépara et prépara sa fille pour la nuit et s'endormit aussitôt que sa tête toucha l'oreiller.

X

Le lendemain matin, Peter et sa famille furent bien accueillis par les autres mutants au petit déjeuner, les filles accaparaient aussitôt la petite sœur de Peter alors que ce dernier était entrainé par Scott. La mère de Peter observa autour d'elle jusqu'à ce qu'elle remarque une table entièrement composée d'adultes où le professeur siégeait. Elle commença à s'avancer avant de se figer en voyant l'homme à côté du professeur, c'était le père de Peter, qui l'observait de manière indéchiffrable.

- Marya, venez nous rejoindre, offrit Charles en montrant une chaise vide à l'autre bout de la table, loin d'Erik.

La femme accepta et s'assit à côté d'un jeune homme à l'apparence timide, tout en évitant soigneusement de regarder Erik. Elle se demanda pendant un temps pourquoi un meurtrier tel que lui était ici dans une école, mais elle ne posa pas la question. Le Professeur Xavier l'avait accueilli, elle et sa famille sans hésiter une seconde alors elle ne ferait rien pour le contrarier.

Plus tard dans la journée, Marya se promenait dans le jardin lorsqu'elle vit Erik jouer avec une petite fille, Peter les observant, amusé. La petite fille se jeta au cou de Peter faisant rire celui-ci.

- Maman, je peux aller voir Peter ? demanda sa fille.

Et sans attendre la réponse la petite se dirigea vers le petit groupe.

- Eh princesse ! Appela Peter en la voyant approcher. J'aimerais te présenter Nina, Nina c'est ma sœur Lorna.

- Salut, fit Nina en tendant la main vers la fillette, tu veux jouer avec nous ?

Et sans chercher plus d'explication les deux jeune filles jouèrent à la princesse et au serviteur, le serviteur étant bien sur Peter qui devait ramener aux jeune filles ce qu'elles demandaient (dans la limite du raisonnable). Erik s'était un peu éloigné pour les laisser jouer tout en gardant un œil sur eux. Marya l'observa un instant avant de se décider à le rejoindre.

- Qui est-ce ? demanda-t-elle.

Erik lui jeta un coup d'œil inquisiteur avant de répondre.

- Ma fille, elle a perdu sa mère il y a peu alors je l'ai amenée ici. Charles est un ami je savais que Nina serait en sécurité. Tout comme l'est Peter.

Marya l'observa un instant avant de reporter son attention sur son fils et sa fille.

- Si j'avais su pour Peter… commença Erik.

- Quoi ? Tu serais resté ? Tu es un homme dangereux, Erik, c'est pour ça que je ne t'ai rien dit. Je ne voulais pas que Peter grandisse en sachant quel monstre était son père.

Erik se tendit sous les remarques de son ex, mais il ne dit rien, observant en silence les enfants jouer.

X

Charles observa Erik depuis la fenêtre de son bureau. Il n'avait pas besoin de son pouvoir pour comprendre que la conversation qu'il avait avec leur nouvelle invitée ne lui plaisait pas, mais Erik ne faisait pas le moindre geste. Alors Charles ne fit rien non plus.

- Professeur ? appela une voix depuis l'entrée de son bureau.

Charles se tourna pour voir Scott et Jubilee à l'entrée de la pièce.

- Oui ? Qu'y a-t-il ?

- Est-ce que vous avez des nouvelles de Jean ? demanda Scott, tout le monde est rentré sauf elle.

- Jean est en voyage à l'étranger avec ses parents, expliqua le professeur. Elle va bien.

- Oh ! D'accord.

Charles eut un léger sourire en voyant la déception chez Scott, il savait que le jeune homme avait le béguin pour sa camarade.

- La rentrée est pour bientôt Scott, tu reverras Jean bien assez tôt, assura le professeur avec un sourire mi amusé, mi tendre.

Scott acquiesça en rougissant sous le regard moqueur de Jubilee, puis les deux quittèrent le bureau du professeur. Charles rejoignit alors son fauteuil et observa les documents devant lui, dont une lettre officielle lui ordonnant de fermer son école. Bien sûr, il n'allait pas le faire, mais à partir du 1er Septembre, l'institut serait hors la loi. Comment avait-on pu en arriver là ?

- Charles ? appela la voix d'Harry.

Le jeune homme se tenait dans l'encadrement de la porte et observait avec inquiétude la mine sombre de son compagnon.

- Que se passe-t-il ? demanda-t-il en s'approchant.

- Le gouvernement vient de décider de fermer mon école, répondit Charles la voix nouée.

- Tu ne vas pas le faire.

Ce n'était pas une question mais une affirmation.

- Non, bien sûr que non, jamais je ne permettrais que mes élèves se retrouvent entre les mains des militaires. Malheureusement, cela veut aussi dire que les élèves ne pourront probablement plus sortir d'ici, avec ou sans tes médaillons.

- Je suis désolé, murmura alors soudainement Harry.

- Pourquoi ?

- Dans mon futur, les choses n'avaient pas autant évolué vers le bas, l'école était toujours ouverte et les mutants étaient un peu plus libres. Maintenant, une véritable chasse va commencer et plus aucun des nôtres ne sera à l'abri et j'ai l'impression que c'est de ma faute, ma présence a changé les choses.

- Oui, c'est vrai, ta présence a changé beaucoup de choses, assura Charles, mais ce sont quand même nos choix qui ont modifié ta ligne temporelle, les nôtres, pas les tiens. Tu nous as influencés par ta présence, mais au final, nous avons fait nos choix librement. Ne te sens pas coupable pour ça, d'accord ?

Harry acquiesça doucement avant de s'installer sur les genoux de Charles pour l'embrasser doucement. Charles répondit avec plaisir à son baiser, posant ses mains sur les hanches d'Harry pour le rapprocher de lui. Finalement Harry descendit dans le cou de Charles pour l'embrasser doucement et s'y blottir.

- Comment allons-nous faire ? demanda Harry.

- Je vais en parler avec mon avocat, répondit Charles.

- Ca prendra trop de temps, grommela Harry, il faut agir tout de suite.

- Comment ? demanda Charles.

- On va trouver le président et lui parler, fit Harry. On doit lui faire comprendre notre point de vue avant que les humains ne déclarent la guerre aux mutants.

Le professeur l'observa un instant et il vit parfaitement la détermination dans le regard de son compagnon.

- Très bien, acquiesça Charles, mais tu devras y aller sans moi.

- Quoi ? Pourquoi ?

- Je suis un télépathe, Harry, si le président change d'avis sur les mutants, si tu arrives à le convaincre et que je suis là, on va accuser les mutants d'avoir manipulé le président.

- D'accord, j'irais avec Peter et Scott, annonça Harry. Est-ce que tu pourrais aller jeter un œil avec le Cérébro pour savoir quand il sera dans son bureau à Washington ?

- Je vais m'en occuper, je te laisse prévenir Peter et Scott.

Harry acquiesça avant de se lever des genoux de Charles et de quitter la pièce. Ce dernier poussa alors un profond soupir, bien sûr il avait lui aussi pensé à discuter avec un sénateur ou avec le président. Mais c'était risqué, comme il l'avait souligné à Harry, on aurait pu accuser les mutants de corrompre le gouvernement. Et il n'était toujours pas sûr qu'ils ne soient pas accusés. Mais il faisait confiance à Harry, il savait que le jeune homme ne commettrait pas d'erreur et qu'il ferait en sorte que Peter et Scott n'en commettent pas non plus. Avec un soupir, Charles remit la lettre maudite dans son enveloppe et rangea cette dernière dans l'un des tiroirs de son bureau.

Ce soir là Harry était en train de discuter de la manière dont ils allaient procéder lorsque Charles entra dans la bibliothèque où ils avaient trouvé refuge. Il n'était pas seul, Erik, Raven, Hank, Alex et, aussi surprenant que cela pouvait être, Marya, l'accompagnaient.

Erik s'approcha aussitôt pour observer le plan mis en place et pour essayer de trouver des failles, alors que Marya s'approcha de son fils.

- Tu comptes vraiment le faire ? Peter, t'introduire dans la Maison Blanche, c'est beaucoup plus grave que tes petits vols à l'étalage habituels.

- Je sais maman, mais c'est important, répondit Peter, ça concerne mon avenir, notre avenir à tous. Si nous ne faisons rien les mutants serons chassés et tués, nous devons arrêter ça avant que la chasse à l'homme ne commence.

- Peter, s'il te plait…

- Non, maman. Ecoute, ici je peux faire partie de quelque chose de plus grand que moi, ce que l'on fait ici est important. Et je dois le faire, je dois me battre.

- Mais pourquoi toi ?

- Parce que j'ai le pouvoir de faire une différence, répondit Peter.

Marya l'observa un instant et vit la détermination dans le regard de son fils. Elle se tourna alors vers Harry.

- S'il vous plait, ramenez moi mon fils en vie.

- Oui, m'dame, répondit Harry.

Charles s'avança alors et tous se tournèrent vers lui.

- Demain le président sera dans son bureau à la maison blanche entre 14h et 16h.

- Deux heures pour une discussion, c'est suffisant, non ? demanda Scott.

- Nous partirons demain à 13h55, annonça Harry, essayez de bien dormir cette nuit.

- Et surtout, continua Charles, soyez très prudents, je veux vous voir tous revenir en un seul morceau. Est-ce clair ?

- Oui, professeur ! répondit les jeunes mutants d'une même voix.

- Bien alors allez-vous coucher.

Charles les observa quitter la pièce, ainsi que Marya. Alors qu'Erik continuait à observer le plan devant lui.

- Je continue à dire qu'un adulte devrait les accompagner, remarqua Erik.

- Harry est plus adulte qu'il ne le laisse paraitre, remarqua doucement Charles, et puis tu ne peux pas y aller, pas plus que moi.

- Moi je pourrais y aller, ou Hank, ou Alex… Erik a raison, on ne devrait pas laisser les élèves faire ça seuls, remarqua Raven.

- Je sais, répondit Charles, mais nous ne serons pas toujours là pour eux, Raven. Ils doivent apprendre à se débrouiller par eux-mêmes.

- Cette mission… commença la jeune femme.

- Cette mission se fait avec Harry, il est puissant Raven et il sait se battre, sans doute mieux qu'aucun d'entre nous. Demain, je serais dans le Cérébro et je garderais un œil sur eux, mais c'est tout ce que je ferais. Laisse leur cette mission Raven, c'est leur première sans adulte.

- Très bien, soupira la jeune femme. Mais s'il arrive quelque chose, tu vas en entendre parler.

- Je sais, répondit le télépathe avec un léger sourire.

Charles observa alors les jeunes adultes quitter la pièce pendant qu'Erik rangeait les plans des plus jeunes. Charles n'avait pas besoin de lire dans ses pensées pour savoir que son ami était aussi tendu, si ce n'est plus que Raven. Après tout, son fils et l'un de ses amis faisaient parti de cette mission. Charles aida son ami à tout ranger dans son bureau avant que son regard ne se perde dans le lointain. Des heures sombres s'annonçaient et ils allaient devoir y faire face avec toute leur détermination et leur force.