Je remercie TaTchou pour ses relectures et ses suggestions.

Karine... parce que... et G, pour me faire part parfois... souvent, de ses attentes et de ses bonnes ou mauvaises théories.

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CHAPITRE XXXV


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Sanders regardait son téléphone comme si l'appareil venait tout à coup de lui être donné par une extra-terrestre venue d'une galaxie lointaine pour qu'elle pût communiquer avec l'éparque d'une nation auprès de laquelle, la plus développée des nations terrestres n'aurait été qu'une tribu réunissant une dizaine de foyers à l'âge de pierre.

« Hé Sanders, ton mec vient de te larguer ? ricana son coéquipier installé au bureau en face du sien.

- T'es vraiment d'un drôle Stowe...

- T'as la tronche d'une gonzesse qui vient de découvrir que son mec couchait avec sa meilleure amie !

- Sanders regrette son gros plein de soupe amateur de gloire ! lâcha Tucker en passant. »

Sanders ne répondit pas. Un jour, elle lui casserait la gueule à ce con. Le départ « en vacances » de Fusco l'avait desservie. Avant l'arrivée du New-Yorkais, elle avait réussi à se forger une place au sein de la brigade, même si son partenaire d'alors, Elliott Tucker, était un sale macho. Un abruti qu'elle détestait. Sa nomination à la criminelle après être sortie major de sa promotion avait éveillé quelques jalousies, mais Sanders s'était forgée une âme solide et tranchante sur laquelle glissait le mépris des imbéciles. Elle était née ici.

L'arrivée du Lieutenant Fusco, ses quelques semaines passées à faire équipe avec lui l'avaient confortée dans sa volonté de demander, dès qu'elle en aurait l'occasion, sa mutation ailleurs. Elle rêvait de travailler dans une grande ville. Seattle, Détroit, Baltimore, Dallas, la Nouvelle Orléans, Boston, New-York, Chicago, peut importait vraiment. Elle adorait l'Alaska. Elle l'adorait pour sa nature, ses hivers rudes, ses été brûlants, sa faune riche, ses montagnes. La nature lui manquerait certainement en ville, mais Sanders adorait son travail et elle considérait que professionnellement, Anchorage s'apparentait à un placard.

Elle jeta un coup d'œil à Stowe... Un lourdingue. Pourquoi le Capitaine ne l'avait pas mise en binôme avec Mike ou Will ? Même Chase eût été mieux que cet abruti. Elle s'était plainte auprès du Capitaine. Il s'était excusé.

« L'histoire avec Fusco vous a donné mauvaise réputation Lieutenant, lui expliqua-t-il sans acrimonie.

- Et Stowe n'a pas protesté quand vous lui avez proposé de faire équipe avec moi ?

- Il n'a pas vraiment eu le choix. Il est sur le fil.

- Merci de me l'avoir refilé...

- Je comptais sur vous pour le tenir à l'œil.

- Pff...

- Demandez votre mutation, lui avait suggéré le Capitaine.

- Maintenant ? Je n'ai aucune chance, je risque juste de me retrouver à la judiciaire.

- Ou à la circulation...

- Vous voulez rire ?

- J'ai bloqué des rapports Sanders, de très mauvais rapports. Ne faites pas de vagues, ne vous faites pas remarquer. Je ne sais pas pourquoi Sanders, mais quelqu'un vous en veut. »

Mouais, pas de vagues. Sanders s'était donc écrasée et supportait la grossièreté de son coéquipier stoïquement. Elle se détendait le week-end. Elle les passait chez ses parents ou elle partait seule en randonnée sans leur en parler. Ce n'était pas prudent, elle le savait très bien et ils seraient furieux contre elle, s'ils l'apprenaient, mais elle n'en avait cure.

Qu'est-ce qu'elle devait faire maintenant ? Partir avec Stowe ? Pas pour une affaire de cette importance décida-t-elle. Le cas lui appartenait à elle et... à Lionel Fusco. Elle faisait encore assez de cauchemars pour être tentée d'abandonner, d'ignorer l'appel qu'elle venait de recevoir, mais le lieutenant Fusco l'avait soutenue, il ne s'était pas moqué d'elle et surtout, Sanders avait remarqué que cette histoire semblait particulièrement le toucher. Elle avait souvent pensé à sa réaction quand il avait découvert l'identité du meurtrier, quand il avait su que celui-ci n'en était pas à son premier meurtre. Qui il était. Qui elle était. Sanders avait un moment soupçonné son partenaire de connaître Sameen Shaw, de l'avoir déjà croisée. Mais dans quelles circonstances ? Rien ne liait le flic de New-York au Chirurgien de la Mort. Ni leur âge, ni leurs parcours professionnels, ni leurs centres d'intérêts. Rien.

L'enquête à Vancouver piétinait. Aucunes nouvelles données n'avaient été récoltées. D'ailleurs l'enquête avait seulement confirmé, comme sur tous les autres lieux où le Chirurgien de la mort avait opéré, que Sameen Shaw était bien l'auteur des faits. Elle regarda son téléphone. Elle se leva brusquement s'attirant le regard suspicieux de son coéquipier et alla frapper à la porte de verre qui donnait accès au bureau de son Capitaine.

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« Lionel, pourquoi il ne faut pas faire de bruit ? »

Fusco pêchait sur les bords du lac, il venait de lancer sa ligne quand Alma suivie de Genrika, était arrivée en courant et en riant. Elle s'était jetée sur le dos de Fusco, en lui demandant de la protéger. Genrika jouait au monstre ou au zombi. Pour une fois Lee ne la suivait pas. Alma avait poussé des cris stridents. Fusco avait râlé et les deux filles s'étaient calmées et s'étaient sagement assises, Alma à côté de lui, Genrika à côté d'Alma. A peine s'était-elle assise que la petite fille avait commencé à babiller. Fusco lui avait imposé le silence, du moins il avait essayé, avant qu'Alma ne lui demandât pourquoi.

« Ça fait peur aux poissons, lui expliqua-t-il.

- Mais ils n'entendent pas, ils sont dans l'eau.

- Ils sentent les vibrations.

- Les vibrations ?

- Mets ta main sur ta gorge Alma. »

L'enfant s'exécuta.

« Parle maintenant.

- Je dis quoi ?

- N'importe quoi.

- Me llamo Mekaro.

- Tu sens sur ta main ?

- Mmm, acquiesça la petite fille en hochant gravement la tête. C'est ça les vibrations ?

- Oui.

- Alma, c'est quoi ce nom ? demanda Genrika qui s'était mise à l'espagnol.

- Mon nom mebênkôkre, j'appartiens au Peuple de l'eau. J'ai même une sœur.

- Japuti ?

- Oui, répondit la petite, radieuse que Genrika se montrât une aussi bonne auditrice. Il fait chaud Zjen, je veux me baigner.

- Okay, acquiesça Genrika sans bouger pour autant.

- Pff, souffla Fusco. Je peux dire adieu à ma pêche.

- Fais semblant Lionel... l'accusa Genrika. Ce que tu aimes, c'est rester à ne rien à faire, la pêche c'est juste une excuse !

- Gen ! protesta Fusco. J'aime le silence, le calme, j'ai toujours vécu à New-York, la ville est bruyante, j'entends des types jurer presque toute la journée quand je suis là-bas. Me retrouver avec une canne à pêche sur le bord d'une rivière ou d'un lac, voir la lumière danser dans les frondaisons, le chant des oiseaux, le bruit de l'eau qui coule... Tu ne peux pas savoir ce que ça fait du bien. »

Genrika devint tout à coup sérieuse, elle posa son menton sur ses genoux relevés.

« J'aimais bien la maison de mon grand-père. Je ne m'en souviens plus très bien, mais nous habitions à la campagne, dans une vieille datcha ou un truc du genre. C'était calme. À New-York, j'ai eu du mal à m'habituer à vivre dans un immeuble. C'était sale, bruyant, sombre, les gens... Je sais pas. Mais le pire, ça a été quand Dedouchka est mort... avec mon cousin. Au début, j'ai cru que j'étais retournée à l'orphelinat. La violence, la drogue... Quand Monsieur Finch m'a inscrite à l'école, et plus encore quand je suis partie à la Middlesex à Concord, j'ai... c'était comme si tout à coup, je pouvais respirer librement. Je me sentais juste un peu...

- Un peu seule ? demanda gentiment Fusco.

- Oui. »

Lionel par-dessus la tête d'Alma, passa un bras autour des épaules de Genrika et la serra contre lui. Genrika était une enfant espiègle et pleine de vie. Elle ne faisait jamais d'histoires, jamais de caprices, elle se montrait indépendante et très mûre pour son âge, parfois bien plus que ne l'était Lee pourtant de trois ans son aîné. Elle avait eu une vie difficile et Fusco n'avait jamais entendu parler de cette histoire d'orphelinat. Elle ne s'était pas laissée entraînée comme elle aurait pu l'être dans la violence, la drogue ou la petite délinquance. Il avait un peu de mal à l'imaginer vivre dans les milieux qui avaient été les siens. Elle semblait si innocente. Il trouvait d'ailleurs curieux qu'elle fût si attachée à Shaw. Elles se ressemblaient si peu.

« Lionel, tu crois que Shaw rentrera bientôt ? »

Lionel grimaça.

« Je ne sais pas petit écureuil, je n'ai pas eu de ses nouvelles depuis qu'elle nous a envoyé Alma.

- Sam reviendra avec Maman, affirma Alma. Et Maman m'a dit qu'elle rentrait bientôt. »

La confiance aveugle que manifestait Alma envers la parole de sa mère... Genrika ne connaissait pas Maria Alvarez, mais Alma lui avait beaucoup parlé d'elle et elle, quand la jeune femme contactait sa fille, et que Genrika avait été présente, elle avait ressenti un petit pincement au cœur. Elle trouvait la mère d'Alma attentionnée. Elle écoutait sa fille, lui posait les bonnes questions. Genrika vit surtout qu'Alma ne mettait jamais en doute l'amour de sa mère. Sa confiance, dans l'affection que sa mère éprouvait pour elle, était absolue et Genrika savait que Maria Alvarez veillait à ce que sa fille se sentît en sécurité, à ce qu'Alma ne doutât jamais de son amour pour elle. Elle comprenait le besoin que sa fille avait de se sentir aimée et elle répondait à ce besoin.

Genrika les imaginait très bien ensemble. Parfois, quand Alma lui parlait de sa mère ou l'évoquait au détour d'une phrase, un profond sentiment de solitude envahissait la jeune adolescente. Lionel était gentil, Lee était un bon copain, mais... Il y avait Root aussi. Genrika l'aimait bien, mais Root semblait parfois vivre dans un autre monde. Elle s'avérait très secrète. Genrika peinait à étoffer le dossier la concernant. Elle n'avait pas de passé, les moteurs de recherche ne la connaissaient pas et Lee qui connaissait Shaw depuis longtemps, ne l'avait jamais rencontrée avant d'arriver au lac de la Prune.

Elle avait posé des questions à Lionel et à John. Lionel la voyait comme une femme fantasque, dangereuse et sexy. Comme un génie qui naviguait dans des sphères inaccessibles au commun des mortels et il lui avoua qu'il ne savait pas vraiment qui elle était. John ne lui avait rien raconté. Il avait regardé Genrika en fronçant les sourcils, l'air de penser que moins il en dirait sur Root mieux ce serait. Genrika avait essayé de le coincer et avait réussi à savoir qu'il la respectait, et qu'il la considérait comme quelqu'un de déterminé et de loyal. Qu'elle était imprévisible et qu'il avait mis du temps à lui faire confiance.

« Pourquoi ?

- Il est difficile de savoir ce qu'elle pense.

- Et maintenant ?

- Je lui fais confiance, répondit-il laconiquement. »

John n'était pas vraiment un grand bavard.

Les notes de Genrika n'avaient pratiquement été alimentées que par ses propres observations. Root était un génie de l'informatique, elle tirait bien à l'arc, elle possédait d'indéniables compétences en cuisine, elle parlait très bien le Russe, elle ne connaissait rien au milieu scolaire et Genrika se demandait même si elle avait suivi des études. Elle était attentionnée, elle piratait n'importe quoi sans vergogne, elle était drôle, elle savait écouter et observer les gens, et elle les comprenait. Quand elle arrivait dans un endroit, tout semblait plus gai, elle apportait la joie dans son sillage. Genrika avait été touchée par sa douceur. Elle avait cette façon de sourire, de poser la main sur un bras ou une épaule, cette capacité à apporter du réconfort, de la tendresse. Même Shaw y était sensible. Mais ses colères pouvaient s'avérer redoutables. Genrika ne les avait vues s'exercer que sur Shaw et même si Shaw l'avait cherché, la jeune fille n'avait pu s'empêcher de la plaindre. Root paraissait frêle, elle combattait pourtant contre Shaw sans flancher et elle était même arrivée à avoir le dessus sur elle dans l'eau.

Elle était aussi capable de trucs incroyables, elle aimait Shaw, elle pouvait affronter sa colère, la mort, les coups, n'importe quoi par amour pour elle. Genrika s'était étonnée de les trouver si proches, si complices parfois. Jamais elle n'aurait imaginé Shaw faire la cuisine épaule contre épaule avec quelqu'un. Root n'éprouvait aucun doute envers Shaw, elle lui faisait confiance et elle ne doutait jamais de son affection. Comment était-ce possible ? Shaw ne se comportait pourtant pas radicalement différemment avec Root qu'avec les autres, qu'avec elle.

Et elle, Genrika... Elle avait tant peur de ne rien représenter pour Shaw, d'être juste une mission. Elle avait peur, que Shaw repartît, qu'elle la laissât une fois encore tomber, Genrika avait peur de se retrouver seule. Elle avait apprécié les efforts de Root pour la rassurer, ses intercessions auprès de Shaw, mais Root ne pouvait pas forcer Shaw à rester auprès de Genrika, en avait-elle seulement l'envie ?

Fusco s'émut de la tristesse de la jeune fille. Elle se trouvait à un âge où les enfants, sans toujours l'exprimer, expérimentaient de nouvelles libertés, aspiraient à de grandes idées, s'enthousiasmaient, vénéraient des idoles, cherchaient des modèles à copier, des guides à suivre. Ils couraient d'un endroit à l'autre, se révoltaient contre l'autorité parentale, testaient leur indépendance. Mais Genrika était libre de tous liens familiaux, elle n'avait aucune autorité à laquelle se heurter. Seule Shaw lui avait dicté des règles à respecter. Genrika les avait religieusement suivies même si parfois elle avait râlé contre la rigidité de celles-ci.

Lee avait souffert de la démission de sa mère, de son père. Fusco s'était aperçu avant que ce ne fût trop tard que son fils, même après une crise, revenait toujours vers lui, qu'il réintégrait la minuscule cellule familiale qu'il formait avec son père, avec soulagement. Qu'il l'aimait et avait désespérément besoin de savoir que son père le protégeait, qu'il était là pour lui et qu'il l'aimait.

Genrika attendait cela de Shaw, et Shaw... était Shaw.

Fusco se demanda quelle sorte de mère avait été Khetareh Deghati. Elle ressemblait beaucoup à sa fille, les imaginer échanger un câlin fit naître un sourire sur les lèvres de Fusco.

« Gen ! Alma ! cria soudain Lee de la terrasse. Le petit-déj est prêt ! »

Alma sauta sur ses pieds et partit en courant, elle parcourut dix mètres, se retourna et revint vers Genrika.

« Viens Zhen ! fit-elle en la tirant par la main. »

Genrika la suivit en souriant. Fusco les suivit. À mi-chemin de la maison, son téléphone sonna. Sanders.

Il l'avait appelée quelques fois pour prendre de ses nouvelles et elle lui téléphonait parfois pour lui demander des conseils.

« Crazy Squirrel ?

- Lieutenant, vous reprenez du service ! lui annonça joyeusement Sanders.

- Crazy... dit lentement Fusco. Tu comprends d'où te vient ce surnom ?

- Lionel, je veux que tu sois avec moi, on va boucler cette affaire ! Tous les deux !

- Éli, tu peux m'expliquer de quoi tu parles ?

- Le Chirurgien de la mort, Lionel. On va l'arrêter !

- Quoi ? fit Lionel en se figeant. Tu sais où es Sameen Shaw ?!

- On m'a donné rendez-vous. Elle a été attrapée par des agents de sécurité.

- Des Russes ? demanda Fusco d'une voix blanche.

- Oui... comment tu sais ça ?

- Le Chirurgien a tué trois Russes, ils étaient employés par une petite agence de sécurité.

- Ah oui, c'est vrai. Ils m'ont contactée et ils m'attendent pour me la livrer.

- Comment sais-tu que ce n'est pas un piège Éli ? Et pourquoi toi ? Pourquoi moi ?

- Ils travaillaient pour une femme, Maria Alvarez. C'est un membre de la Commission Interaméricaine des Droits de l'Homme, elle a disparu à la mi-juin dans la jungle au Brésil avec sa fille et son assistant. Son assistant a été retrouvé, mais il souffre d'amnésie. Il ne se rappelle rien. Sameen Shaw a voulu tuer Maria Alvarez, ses agents l'ont sauvée et ils ont réussi à capturer Sameen Shaw. Ils se méfient de la Police, ils m'ont dit que Shaw avait des complices au sein de la police et des agences fédérales. Ils ont effectué des recherches et sont tombés sur nous à cause d'Éphrem Cohen. Le Capitaine m'a refilé Stowe comme partenaire. Je ne veux pas faire équipe avec lui. Je suis allée en parler au Capitaine. Je le lui ai dit que j'avais des informations sur le Chirurgien de la Mort, une piste sûre, mais que je voulais la suivre avec toi. Il m'a mise en garde, l'affaire est suivie par le FBI, mais je lui ai fait briller l'espoir de la gloire que ce serait pour notre unité de résoudre cette affaire, les promotions assurées. Il m'a donné carte blanche et un ordre de mission qui nous permet d'opérer sur tout le territoire. Il a signé ta réintégration, ou plutôt l'ordre qui met fin à tes vacances. T'es où Lionel ?

- Dans le Dakota.

- Je croyais que tu étais dans le Minnesota ? s'étonna Sanders.

- J'ai pris l'avion.

- Fais tes bagages, on se retrouve à Charleston demain.

- Charleston en Virginie ?

- Oui.

- Comment veux-tu que j'arrive demain en Virginie ? Je n'ai même pas de billets.

- Après-demain, concéda Sanders. Ils nous attendent de toute façon. Téléphone-moi quand tu as ton billet, je viendrais t'attendre à l'aéroport si j'arrive avant toi.

- Tu es où Éli ?

- Chez moi. Je prépare mes bagages, mon vol est à 20h55, j'arrive demain matin à Charleston à 6h30. T'as emporté ton badge et ton arme avec toi j'espère ?

- Oui.

- Je pars cet après-midi.

- Éli, tu as parlé à quelqu'un de cette histoire ?

- Non, seulement à toi et au Capitaine.

- Qu'est-ce que tu lui as raconté ?

- Rien. Juste que j'avais une piste sûre, je ne lui ai parlé ni des Russes, ni de Maria Alvarez.

- Tu lui donné ta destination ?

- Non.

- Sanders, une fois à Charleston, tu prends une chambre et tu m'attends, tu ne contactes pas les Russes, tu ne bouges pas.

- D'accord.

- C'est un ordre Sanders.

- Okay, chef, je ne bougerai pas.

- Je te rappelle quand j'ai mon billet. »

Fusco ne remonta pas à la villa. Il redescendit sur les berges du lac. Reese n'était même pas là. Genrika et Alma étaient venues passer quelques jours chez eux.

Les Russes les avaient trahis.

Sameen. Il ne supporterait jamais de la voir tomber. Pas Sameen, pas comme ça. Comment cela avait pu arriver ? Il se sentait vide. Il pensa à Root, à Reese, à Genrika qui l'aimait tant, à Lee ce grand dadais qui en était à moitié amoureux. Comment allait-il leur expliquer ?

IL sortit le téléphone dont il ne séparait jamais depuis que Root le lui avait configuré et composa le numéro de la jeune femme.

« Lionel ?

- Root... fit-il d'une voix éteinte.

- Quelque chose ne va pas ? »

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Il les avait retrouvés et depuis, il tournait des simulations. Qui avait-il retrouvé ? Le Chirurgien ? Le Chirurgien était mort, tué par cet imbécile, ce traître de Jeremy Lambert. Et qui avait retrouvé le soi-disant Chirurgien ? Comment ?

Il examina les données en sa possession.

Sameen Shaw, Maria Alvarez et Samantha Groves étaient toutes les trois vivantes. Les Russes avaient été identifiés par les agents qui se trouvaient à Chihuahua. Ils avaient usurpé l'identité des agents qu'il avait envoyés au Brésil et c'était eux qui avaient livré Maria Alvarez à Lambert à Chihuahua. Son disciple avait commencé son rituel sur la jeune femme avant d'être interrompu par l'arrivée de Samantha Groves accompagnée d'Anna Zverev.

Un désastre. Un piège auquel rien ne manquait, pas même l'appât.

Maria Alvarez ne connaissait pourtant pas les deux jeunes femmes. Erin Wilson et Samia Stanton, les deux journalistes engagées par le National Geographic. Il avait eu raison, c'était bien Sameen Shaw et Samantha Groves les trois jeunes femmes s'étaient donc rencontrées dans la jungle. Mais comment une ancienne juge, une ancienne députée mexicaine, un membre de la Commission Interaméricaines des Droits de l'Homme, mère d'une enfant de deux ans avait-elle pu accepter de servir d'appât pour attraper un assassin et aider deux psychopathes dont l'une était recherchée par Interpol ? Des femmes qu'elle connaissait au grand maximum depuis quinze jours ?

Les calculs de probabilités pour qu'un tel scénario se réalisât ne dépassaient pas les 8,06%.

Sameen Shaw, ce virus associé à Samantha Groves, à La Machine, avait convaincu Maria Alvarez de faire équipe avec elles. Que savait Maria Alvarez ? Quelles informations lui avaient été données pour que la jeune juge s'allie avec deux criminelles ? Maria Alvarez était censée être un simple outil, un pion à écraser, une nouvelle épine à enfoncer profondément, non pas dans le pied, mais dans le cœur de Sameen Shaw. Un pion qui n'était pas censé savoir à quelle cause il avait été sacrifié, ni pourquoi. Un pion sans couleur, sans forme. Mais la Mexicaine avait rencontré Sameen Shaw et Samantha Groves, qui sait peut-être même La Machine, et maintenant elle s'était drapée aux couleurs de leurs pièces. Les noires.

Le couple, le trio, avaient éliminé l'équipe de Ballart et la probabilité pour qu'il restât un survivant s'élevait à 0,35%. Elles avaient transformé l'hôtel Casa Grande en champ de ruines et celui-ci ne rouvrirait pas ses portes avant longtemps.

Pourtant, la partie mal engagée par le Chirurgien et Lambert avait un moment tourné à leur avantage quand il avait réussi à contourner les défenses mises en place par La Machine au Casa Grande et envoyé une équipe récupérer Maria Alvarez, son disciple et Lambert. Qu'ils avaient mis la main sur Samantha Groves. Mais encore une fois, tout avait tourné au désastre. Gabriel Hayward était mort et les trois femmes comme les Russes lui avaient échappé. Il avait pu suivre l'hélicoptère de la Marine mexicaine jusqu'à l'aéroport de Houston, mais il avait ensuite perdu leurs traces et il n'avait pas réussi à enfoncer les pare-feux et les protections édifiés autour d'eux par La Machine.

Douze jours de vaines recherches.

Pour faire sortir Maria Alvarez, il avait pensé s'en prendre à la famille de la jeune femme ou à celle de son assistant Juan Ibanez, ou pourquoi pas à son amant à Altamira, Miguel Bridegas. De tous les éliminer. La Mexicaine apprendrait à ses dépens ce qu'il en coûtait de s'allier avec Sameen Shaw et Samantha Groves, de le défier. Il commença à prendre des dispositions, mais il s'aperçut que la disparition officielle de Maria Alvarez dans la jungle n'était pas passé inaperçue et avait déclenché de nombreuses réactions.

La jeune femme se trouvait en mission officielle quand elle s'était rendue à Altamira. C'était une personnalité. Les journaux brésiliens, mexicains et même américains, lui avaient consacré de longs articles. La Chronica de Hoy avait publié un dossier qui présentait son travail à La Commission Interaméricaine des Droits de l'Homme et expliquait dans les détails l'enquête qu'elle menait sur le barrage d'Altamira. Le Diaro de Chihuahua avait retracé la carrière de la jeune femme et la présentait comme l'une des personnalités les plus influentes du Mexique. Le gouvernement mexicain s'était saisi de l'affaire et avait contacté le gouvernement brésilien. Le président mexicain, Enrike Peña Neto avait personnellement téléphoné à son homologue brésilienne Dilma Roussef. Emilio Álvarez Icaza Longoria, le secrétaire général de la Commission Interaméricaine des droits de l'Homme, avait lancé des appels auprès des autorités fédérales brésiliennes, mexicaines et américaines. Il avait contacté tous les pays Sud-Américains, pour retrouver la jeune femme. L'affaire avait pris une dimension internationale.

On soupçonna les Cartels que la jeune femme avait combattus quand elle résidait au Mexique, les Compagnies d'exploitation minière ou forestière qui opéraient dans la région d'Altamira. Et puis, on commença à parler de mercenaires. À Altamira, mais aussi dans la jungle, des rumeurs couraient que des mercenaires avaient attaqué un village Kayapo et que ce village accueillait non seulement Maria Alvarez, sa fille et son assistant, mais aussi des journalistes américaines sous-contrat avec le National Géographic. La revue fut contactée et son rédacteur en chef confirma la présence de deux journalistes indépendantes dans la région. Les journalistes réalisaient un reportage qui serait publié dans le numéro du mois d'août.

On s'informa. Oui, la revue avait bien reçu le reportage. Un dossier très complet et très intéressant. Une partie s'intéressait à la richesse de la faune et de la flore présentes dans la forêt, à leur intérêt écologique, mais surtout pharmacologique. Samia Stenton avait une formation de spécialiste en médecine tropicale et son dossier était détaillé et passionnant. La deuxième partie présentait les enjeux politiques, économiques et juridiques qui se jouaient actuellement dans la jungle. Elle dénonçait les malversations et la violation aussi bien des lois fédérales brésiliennes que des lois internationales. L'article démontrait les conséquences planétaires qu'entraîneraient l'acceptation de tels procédés. Les deux parties pouvaient sembler n'avoir aucun rapport entre elles, mais les deux journalistes avaient réussi à créer un dossier cohérent, un brûlot extrêmement bien documenté et très bien argumenté. C'était un plaidoyer brillant au service de l'écologie, de la santé et de la justice. Le genre de dossier qui se retrouverait cité dans des thèses de droits, de médecine, d'écologie ou d'économie. Le style d'écriture était clair et accessible, sans jamais céder à la facilité. Le genre d'article qui remportait des prix et que le National Geographic était fier de publier.

On demanda si les journalistes mentionnaient Maria Alvarez. La réponse s'avéra positive. Les deux journalistes l'avaient rencontrée dans un village Mebêngôkre et s'étaient jointes à elle lors d'une expédition. Elles louaient son travail et l'implication de son organisation, mais aussi ceux de l'OIT et de son représentant en mission à Altamira, Manuel Bridegas.

Le National Geographic promettait aussi des révélations explosives. Les autorités leur demandèrent de quelles natures elles seraient. La revue refusa tout d'abord de répondre, mais évoqua ensuite des attaques inventées de toutes pièces par une compagnie d'exploitation forestière et surtout l'attaque réelle d'un village par un groupe de mercenaires à la solde d'une organisation étatique étrangère.

La revue laissa filtrer beaucoup d'informations, mais affirma ne pas savoir où se trouvaient les deux journalistes.

Samaritain renonça à l'idée de s'en prendre à Juan Ibanez et à Manuel Bridegas. À Chihuahua des informateurs affirmèrent avoir été prévenus que Maria Alvarez s'y trouvait le 6 juillet, jour noir s'il en était pour la ville qui avait été victime dans la même journée, d'une panne géante d'électricité, d'un attentat à la voiture piégée et d'une fusillade meurtrière qui avait presque entièrement détruit un grand hôtel de la ville et fait des dizaines de victimes. La police avait trouvé parmi elles des membres reconnus des Cartels de Juarez et de Silanoa, ainsi que beaucoup d'étrangers. On rapprocha la disparition de Maria Alvarez au Brésil de sa réapparition supposée au Mexique.

Gabriel Hayward avait été identifié et son corps rapatrié aux États-Unis. Une enquête avait été ouverte. L'armée mexicaine avait parlé d'un camion accidenté le long de l'autoroute 45, de torture, d'hélicoptères de combat, de mercenaires et d'évacuation de blessés sur les États-Unis.

Samaritain avait dû travailler à effacer les traces qui le reliaient aux mercenaires, aux Cartels et à Gabriel Hayward, mais il continua à chercher tout ce qui pourrait le mener au faux Chirurgien et à ceux qui se jouaient de lui. À qui il le ferait regretter.

Son attention avait payé, il avait reçu un appel en provenance d'Anchorage. Un de ses agents, lieutenant de police à la criminelle.

« Lieutenant Tucker ?

- Vous m'aviez demandé de surveiller le Lieutenant Sanders.

- Et... ?

- Elle prépare un coup. Elle est partie sans son coéquipier et j'ai vérifié, elle n'est pas partie en vacances, elle est en mission.

- Avec qui Lieutenant ?

- Euh...

- Rappelez-moi quand vous le saurez.

- Bien, Monsieur. »

L'agent l'avait rappelé une heure plus tard.

« Lieutenant ?

- Sanders est partie rejoindre son ancien coéquipier.

- Le lieutenant Fusco ?

- Oui.

- Il n'avait pas été mis à pied ?

- La décision n'était pas officielle.

- Que sont-ils partis faire ?

- Le Capitaine a parlé d'une grosse affaire, il a dit que Sanders risquait de faire parler de leur département dans le monde entier.

- Votre avis ?

- Leur plus grosse enquête concernait le meurtre d'Éphrem Cohen par Sameen Shaw, le Chirurgien de la mort. Même si le FBI est en charge de l'affaire, Sanders et Fusco n'en ont pas été officiellement démis, ils devaient continuer à enquêter à Anchorage. J'ai cuisiné l'air de rien le Capitaine, il m'a dit qu'elle avait reçu un tuyau. Qu'elle allait arrêter un criminel et la mine réjouie du Capitaine... »

Calculs.

Résultats : 79,68% de probabilités pour que Sanders partît arrêter le Chirurgien, ou du moins, celui qui se faisait passer pour le Chirurgien, ou celui à qui on voulait voir endosser l'identité du Chirurgien.

Calculs.

Résultats : 97,56% de probabilité pour que dans ce dernier cas et s'il était toujours vivant, Jeremy Lambert se retrouvât assumer ce rôle. Une promotion en forme de vengeance. De spectateur passif, de complice, son agent 401 deviendrait tout à coup l'auteur des crimes du Chirurgien de la mort.

« Filez-la et tenez-moi au courant de ses mouvements.

- Mais comment ?

- Faites ce que je vous dis Lieutenant.

- Sanders me connaît et elle ne m'a pas à la bonne.

- Vous appartenez à la police ne me dites pas que vous êtes incapable de filer quelqu'un. »

- Comme vous voulez Monsieur.

- Vous êtes en vacances Lieutenant, officiellement. Officieusement vous êtes en mission. Une mission précise et d'importance capitale, ne l'oubliez surtout pas. »

Tucker grimaça, la menace se trouvait à peine voilée. Les termes de son contrat avaient été clairement portés à son attention. Un homme l'avait contacté peu après le départ de Fusco en vacances forcées. Il avait dit appartenir à une agence fédérale. Il avait même exhibé un badge officiel portant un acronyme et un logo que Tucker n'avait jamais vu, mais dont l'authenticité ne pouvait être contestée. L'homme l'avait flatté, il avait fait appel à son sens du devoir et à son patriotisme. Il lui avait aussi servi tout un baratin sur l'importance de sa mission pour la sécurité nationale s'il acceptait de travailler pour eux. Tucker n'avait pas écouté, ce genre de discours l'intéressait peu, il attendait des propositions plus substantielles que la fierté de servir son pays. On voulait l'embaucher ? Il n'avait qu'à y mettre le prix. Tucker était honnête, mais il ne fallait pas le prendre pour un pigeon. L'homme combla toutes ses attentes et lui fournit un téléphone en lui précisant que son contact l'appellerait pour lui donner ses ordres de mission.

Son contact l'avait appelé le soir même et quand Tucker sut ce qu'on attendait de lui il ricana. Il était assigné à la surveillance de Sanders.

« Cette pisseuse ?

- Elle a éveillé l'intérêt de notre agence. »

Il accepta. À Sanders s'était ajouté le nom de Fusco et rien d'autre, pas de fouille, pas de filature, pas de planque. Juste des rapports sur leurs activités au poste de police, et tout cela pour des avantages plus que satisfaisants. Tucker méprisait Sanders parce qu'elle était jeune et que c'était une femme, et il considérait que Fusco n'avait pas sa place chez eux, que c'était un poseur de New-York, qu'il avait en plus porté atteinte à l'image de leur département en publiant des photos d'une scène de crime pour se faire mousser. Ce gars devait trimballer des casseroles pour avoir été muté de New-York à Anchorage. Leur département n'était pas la poubelle destinée à recycler les flics pourris de la police de New-York.

Un seul aspect de cet accord entre l'agence fédérale et lui-même l'avait dérangé. Le secret et le respect absolu des règles imposées, des ordres donnés.

« Les défections et les trahisons ne sont pas acceptées, lui avait déclaré froidement son contact. On ne dessert pas son pays Lieutenant Tucker ou on en paie les conséquences. »

Il n'avait jamais rencontré son contact. Il s'en félicitait.

.


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Shaw les pieds bien calés sur la fourche d'une branche fixait solidement une caméra. Elle en avait déjà installé une dizaine. Un travail difficile. Placer des caméras dans des arbres au milieu de la forêt demandait de la réflexion, de l'agilité et de la force. En compagnie de Matveïtch, d'Alioukine, de Brown, de Root et d'Athéna, elle avait reconnu les lieux avec beaucoup de soin. En réalité, si les autres s'étaient très sérieusement acquittés de leur mission, Root s'était baladée, heureuse apparemment de se retrouver au grand air et de marcher librement sous les arbres. Elle souriait béatement, caressait les troncs d'arbres et s'arrêtait quand elle entendait un bruit qui trahissait la présence d'un animal tandis que Brown, Alioukine et Matveïtch repéraient les meilleurs endroits et se hissaient dans les arbres pour vérifier la vue qu'on pouvait en avoir.

À la demande de Shaw, Athéna leur avait fourni une photo très précise des lieux. Shaw en avait fourni une copie à chacun d'entre eux en leur demandant de l'annoter. Elle avait envoyé Brown s'occuper des accès routiers, Matveïtch et Alioukine de la couverture large des accès au chalet à partir de la route, Root au nord, en cas d'attaque par les bois. Shaw s'était occupée du proche périmètre du chalet. Elle avait remarqué « la balade en forêt » de Root et s'était retenue d'aller la secouer. Shaw se méfiait. Root pouvait adopter une attitude nonchalante et insouciante qui ne reflétait absolument pas son état d'esprit. Pire, elle pouvait se montrer réellement décontractée et distraite et balancer après coup des observations extrêmement pertinentes sur les gens qu'elle avait croisés, les lieux qu'elle avait parcourus sans qu'on eut l'impression qu'elle les eut même remarqués. Shaw savait dissimuler son intérêt quand elle devait reconnaître des lieux en public ou évaluer des gens, Root vivait vraiment son attitude. Shaw avait du mal à comprendre vraiment comment elle opérait, comment elle pouvait, au cours d'une soirée, papillonner, séduire, bavarder, rire, flirter et scanner les gens et les lieux avec autant de précision. En forêt, elle se conduisait de la même façon. Root était heureuse et avait pris beaucoup de plaisir à se promener et puis, quand Shaw avait sifflé le rassemblement, Root avait rajouté les emplacements qu'elle jugeait idéaux pour poser les caméras sur le plan de Shaw.

« T'as ton plan Root, avait râlé Shaw quand celle-ci lui avait arraché sa feuille pour griffonner dessus ce qu'elle aurait dû faire sur son propre plan.

- Ce sera aussi bien sur le tien et ça m'évite de faire le travail deux fois.

- Tu n'as pris aucune note ?

- Pour quoi faire ? avait demandé Root déconcertée par sa question.

- Pff... »

Root l'énervait parfois par son incapacité à suivre des règles, à se conformer à des instructions, mais Shaw avait apprécié son travail quand, après que Root eût fini, elle lui avait tendu la feuille. Root avait noté non seulement les emplacements des caméras, mais aussi dessiné les angles de vue couverts par celles-ci et hachuré les zones non-couvertes. Ses dessins étaient précis et très complets. Quand Shaw avait relevé la tête pour lui exprimer sa satisfaction, Root la regardait la tête penchée sur le côté, les bras croisés, les yeux brillants avec un petit sourire suffisant affichée sur ses lèvres. Elle savait. Et elle ne pouvait cacher sa fierté à savoir répondre aux attentes de Shaw, à éveiller son assentiment satisfait, à lui montrer qu'elle était géniale et elle tirait une vanité idiote à ce que Shaw reconnût toutes ses qualités. Shaw avait ravalé son compliment et demandé sèchement leur plan à Matveïtch et à Brown. Ils avaient comparé leur travail et décidé ensemble de l'emplacement définitif des caméras. Shaw avait distribué ces dernières et ils étaient chacun partis de leur côté. Alioukine avait été chargé d'accompagner Root et de se plier à ses instructions. Il était hors de question qu'elle grimpât dans les arbres.

« Sam, je peux très bien...

- C'est non, refusa Shaw avant même qu'elle n'eût fini sa phrase. Alioukine les placera pour toi.

- Tu s...

- Discute pas.

- Tu n'es vraiment pas drôle, Sam. La prochaine fois que je suis blessée, je fuis en Chine. »

Shaw l'avait regardée méchamment.

« Ou... peut-être pas, avait promptement repris Root. Je viendrais peut-être te voir d'abord... histoire d'avoir ton avis d'expert.

- On y va, avait ordonné Shaw sèchement. »

.

Il lui restait trois caméras à placer. Elle vérifia le bon fonctionnement de celle qu'elle venait de fixer et redescendit souplement de son arbre. Root l'attendait adossée à un tronc.

« T'as fini ? demanda Shaw.

- Oui.

- Pourquoi tu n'es pas rentrée te reposer ?

- Sam... je vais bien et j'avais envie d'être avec toi.

- Ouais, mais...

- Tu veux que je te laisse ?

- Non.

- Tu t'inquiètes ?

- …

- Où dois-tu poser les caméras qu'il te reste ? Il t'en reste beaucoup d'ailleurs ?

- Trois.

- Je peux rester avec toi ?

- Oui. »

Shaw posa ses caméras là où elles devaient être posées, Root marcha à côté d'elle en silence et elle se montra utile quand ce fut nécessaire. Elles retournèrent ensuite toujours aussi silencieusement au chalet. C'était l'heure du déjeuner.

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Le gros chalet, perdu au milieu des bois près de l'ancienne route d'Helvétia, était une massive construction en bois, dressée sur le bord d'une grande clairière. Construit sur les pentes d'une colline, les baies du salon et de la grande chambre qui se trouvait au-dessus, s'ouvraient sur le sud-ouest et offraient à ses occupants une vue magnifique sur les collines et la forêt de hêtres que des sapins, se dressant par endroit, venaient teinter d'un vert plus soutenu et plus sombre.

Borkoof les accueillit chaleureusement à l'intérieur et leur annonça d'un air désolé que le repas n'était pas encore prêt parce que de garde auprès de Lambert, il avait dû attendre le retour d'Alioukine. Anna était gentiment venue le relever, mais il n'avait eu que le temps de dresser un inventaire des réserves et du matériel à sa disposition dans la cuisine. Il déclara que de toute façon, le Lieutenant Brown n'était pas encore rentrée, ce qui lui laissait encore un peu de temps.

Shaw regarda Matveïtch qui lui assura que de son côté, tout était en place. Root demanda à Borkoof ce qu'il avait préparé. Il lui parla de goulash et de pommes de terre, elle enchaîna sur le sauté de veau, les carottes et les champignons. Root affirma à Borkoof qu'il ne pouvait pas préparer le plat en moins de trois heures, il se rangea à son avis et prit un air embarrassé.

« Ce soir ? Ou demain midi ce sera encore meilleur, lui dit Root.

- Oui, mais à midi ?

- Mmm... »

Root jeta un coup d'œil à Shaw qui discutait avec Matveïtch.

« Ils ont passé la matinée dehors et ce sera pareil cet après-midi. Si nous allions voir ensemble ce que nous pouvons préparer à nos ventres affamés ?

- Vous savez, moi aussi j'ai faim, même si je ne suis pas allé grimper aux arbres toute la matinée.

- Oui... fit Root en promenant son regard sur lui. Je suis sûre qu'à nous deux, nous trouverons de quoi les nourrir. »

Ils partirent ensemble vers la cuisine en discutant.

« Vous aimez cuisinier Alexeï ?

- J'aime bien manger et souvent, si on veut bien manger, il vaut mieux savoir cuisiner soi-même. Mes sœurs et ma mère m'ont appris tous leurs secrets de cuisine quand j'étais petit. Je leur en ai été reconnaissant plus tard.

- C'est vous qui cuisinez dans votre équipe ?

- Le plus souvent. Anton n'est pas assez patient et Anna... Parfois, j'ai l'impression qu'elle a vécu vingt ans au fond d'une cabane en Sibérie.

- C'est-à-dire ?

- C'est une ascète. Sa cuisine est aussi rude que le climat qu'on trouve là-bas !

- Tu ne dis pas ça quand je prépare du poisson ou du Bortsch Alexeï, déclara soudain Anna Borissnova en surgissant derrière eux. Je t'en ferais plus ! »

La jeune femme se tenait derrière eux les bras croisés, la mine contrariée. Mais Root devina une lueur complice au fond de ses yeux bleus qui brillaient comme les eaux d'un lac au soleil. Borkoof se fendit d'une moue.

« Vraiment ? fit-il déçu.

- Oui.

- Tant pis pour les pelmenis alors...

- Tu aimes trop ça pour nous en priver, répliqua la jeune femme en grimaçant. »

Borkoof s'esclaffa.

« Oui, c'est vrai. Je te fais mes excuses alors. »

Il se tourna vers Root.

« Anna prépare le meilleur Bortsch que je n'aie jamais mangé.

- Okay, Alexeï, tu es pardonné, concéda la jeune Russe.

- Comment va le prisonnier ? demanda Root »

La jeune Russe se renfrogna et versa en russe un torrent de malédictions sur la tête de Lambert. Root se mit à rire. Anna Borissnova fronça les sourcils.

« Vous comprenez ?

- Oui, je parle plutôt bien le Russe... Shaw aussi d'ailleurs. »

Anna blêmit.

« Elle parle russe ? articula-t-elle difficilement.

- Oui, pourquoi ?

- Cука ! murmura Anna Borissnova catastrophée.

- Anna... qu'est-ce que vous lui avez dit que vous avez cru qu'elle ne comprendrait pas ?

- …

- Allez, avouez, l'encouragea Root. De toute façon, si Sameen n'a pas réagi, c'est que cela ne devait pas être bien terrible.

- Je l'ai vouée à tous les démons de l'enfer, je lui ai dit qu'elle ressemblait à Baba-Yaga et que je finirais par la balancer dans son four.

- Vous avez sorti ça à Shaw ! Venez avec moi dans la cuisine. »

Root empoigna la jeune femme et la tira derrière elle dans la cuisine. Borkoof les suivit et à la demande de Root referma la porte derrière lui.

« Anna, fit Root en faisant face à la jeune femme. Quand est-ce que vous avez fait ça ?

- Ben... À l'hôpital. Je me suis réveillée une nuit. En me retournant, j'ai surpris une ombre. J'ai demandé qui était là, mais la personne s'est éclipsée. Quand elle a ouvert la porte, j'ai reconnu Shaw. Elle est revenue presque chaque nuit. Elle s'approchait et restait debout, sans bouger, je ne sais pas combien de temps. Je faisais semblant de dormir. Mais ça m'a tellement énervée qu'un soir j'ai juré en Russe. Elle n'a pas bougé, parce que je n'ai pas bougé et que je ne me suis pas vraiment adressée directement à elle.

- La lumière était éteinte ?

- Oui.

- Mais elle n'est jamais venue vous voir sinon ?

- Si elle est passée trois fois, mais elle ne m'a décroché que trois ou quatre mots. Je vous assure que la nuit on aurait dit Baba-Yaga. En fait, elle me faisait peur, avoua la jeune femme gênée.

- Vous êtes née où ?

- Près de Krasnoïarsk.

- D'origine ukrainienne ?

- Oui... mais comment j'aurais pu savoir qu'elle parlait russe ?

- La simulation. Nous avons parlé russe ensemble.

- Je...J'ai... j'ai oublié. »

La jeune femme semblait effondrée. Elle avait même récité de vieilles prières destinées à chasser les démons. Shaw devait la prendre pour une idiote pétrie de superstitions. Anna Borissnova ne pourrait jamais plus la regarder en face.

« Anna, Shaw ne vous a rien dit, donc vous n'avez à vous faire aucun souci. Elle est certainement venue vérifier la nuit que vous dormiez paisiblement. Elle a toujours pris soin de la santé de ses équipiers, elle se sent responsable d'eux. Shaw vous estime, c'est un médecin, un soldat, elle a rencontré beaucoup de gens dans sa vie, elle sait reconnaître les gens de valeur. Vous en faites partie, sinon vous ne seriez pas venue avec nous, particulièrement dans l'état dans lequel vous vous trouvez. Je suis même assez étonnée que Shaw vous ait permis de nous accompagner et ne vous ait pas attachée dans un lit. Elle ne s'embarrasse jamais de poids morts, je peux vous l'assurer.

- Ah...

- Tu veux boire quelque chose pour te remettre Anna ? proposa gentiment Borkoof.

- Ouais, et puis je ne supporte pas d'être avec ce sale type. J'ai envie de l'étrangler.

- Seulement de l'étrangler ? demanda Root.

- Non, de le faire souffrir. Même si ce n'est pas lui, il a assisté cet enfant monstrueux. Ma sœur et ses enfants sont morts à cause de lui. Je ne supporte pas de rester en sa présence.

- Je suis désolé Anna, s'excusa Borkoof. Je n'aurais pas dû accepter que tu me remplaces.

- Non ça va. Alioukine avait à faire et... tu n'aimes pas ma cuisine, continua Anna avec un petit sourire. Donc... Et puis Iouri est venu me relever, dès qu'il a été de retour au chalet. Je ne suis pas restée trop longtemps avec lui.

- Vous ne retrouverez jamais votre sœur Anna, mais au moins vous savez qui est le coupable et Lambert paiera en partie pour ses crimes.

- Et ce sera fini ? demanda la jeune Russe.

- Pas vraiment, mais une partie des comptes sera soldée, le reste viendra, je peux vous l'assurer.

- Merci Madame.

- Nous combattons le même ennemi Anna, tout comme Maria ou Élisa. Nos raisons de le combattre sont peut-être différentes, mais nous partageons le même objectif. »

Borkoof mit de l'eau à chauffer et Anna Borissnova sortit un samovar électrique d'un grand placard.

« Un Samovar vraiment ? s'étonna Root.

- Je l'ai trouvé là, expliqua Borkoof en se retournant vers elle. »

Mais Root ne s'adressait pas à lui.

« Une petite attention destinée à nos amis Russes, se justifia Athéna. Sameen appréciera peut-être aussi.

- Sameen ne boit pas de thé, lui rappela Root.

- Parce qu'elle n'aime généralement pas comment on le prépare.

- Faudra que tu m'expliques.

- Demande-lui un jour de t'en préparer un, tu verras bien ce que Sameen appelle du vrai thé.»

Root se souvenait de cette déclaration que Shaw lui avait faite dans la simulation, mais comme Shaw n'avait pas précisé sa pensée, Root n'avait pas su ce qu'elle entendait par du "vrai thé". Anna Borissnova posa la théière sur le plan de travail en marbre anthracite et emporta avec elle le Samovar dans le salon.

« Je vais le brancher et je reviens pour la théière. »

Tandis que l'eau chauffait, Root et Borkoof se consultèrent pour savoir ce qu'ils allaient proposer comme déjeuner à leur équipe, puis ils se répartirent les tâches. Ils s'étaient décidés à préparer une recette améliorée de goulash-sauté-de-veau pour le lendemain et un plat de linguine servie avec une sauce bolognaise pour le déjeuner. Borkoof impressionné par les connaissances que Root lui sembla avoir en matière de cuisine, lui laissa la confection des plats et lui proposa de lui servir de commis.

Il comprenait mieux maintenant pourquoi il avait été, aux dires d'Anna, sous le charme de cette femme dans le film qu'elle avait regardé. Le film ou la simulation, enfin le truc bizarre qui avait permis à Shaw de les connaître. Il la regarda du coin de l'œil tandis qu'elle découpait en cubes grossiers la viande de veau et la viande de bœuf destinées à être hachées pour entrer dans la composition de la sauce bolognaise. Elle l'avait impressionnée à Chihuahua, Shaw aussi, mais Shaw ressemblait à une guerrière, elle bougeait souplement, elle était vive et tonique, un peu comme Anna, même si celle-ci faisait vingt bons centimètres de plus que Shaw. Root, elle, se mouvait avec grâce et plus incroyable encore, elle semblait parfois complètement détachée de ce qu'elle faisait alors même qu'elle tirait et ne manquait que rarement sa cible. Elle tuait sans sourciller. Pourtant, il se dégageait de la jeune femme une très grande douceur. Borkoof retrouvait en elle la tendresse de Natalya, sa sœur aînée. Son sourire était emprunt, lui aussi, d'une grande douceur. Root mettait les gens à l'aise. Alors qu'il ne la connaissait pratiquement pas, il se sentait bien avec elle. Comme si elle avait toujours été là, comme si elle avait toujours fait partie de leur équipe, avec Matveïtch, avec Anna, et Dieu savait comme il aimait ses deux camarades.

« Je vous aime bien aussi Alexeï, déclara soudain Root sans lever les yeux de sa planche.

- J'aime faire la cuisine... dit-il un peu penaud qu'elle ait deviné ses pensées.

- Moi aussi, surtout pour les gens que j'aime.

- Ouais, approuva Borkoof. »

Le menu remporta tous les suffrages. Borkoof et Shaw sous les yeux amusés de Root et de Matveïtch rivalisèrent d'appétit. Quand la table fut débarrassée et qu'Alioukine et Matveïtch eurent fini de faire la vaisselle, ils se retrouvèrent tous dans le salon.

« Maintenant, commença Shaw. On va piéger le terrain. »

Le téléphone de Root sonna. Elle l'attrapa et regarda la provenance de l'appel. Elle sourit et déclara :

« Je crois que c'est parti ! Vous m'excuserez... »

Elle décrocha dans le couloir, sortit sous le porche d'entrée et s'installa confortablement face à la forêt dans un rocking-chair.

« Lionel ?

- Root...

- Quelque chose ne va pas ? demanda-t-elle innocemment. »

Lionel identifia son ton faussement innocent.

« C'est toi ! Toi et Maybelline ! s'écria -t-il furieux. Vous êtes vraiment tarées toutes les deux ! Un jour, je vous foutrais au trou pour une semaine, au pain sec et à l'eau.

- Si tu m'enfermes une semaine en compagnie de Sameen, je ne suis pas contre, sinon, tu sais très bien que, ni moi, ni Sameen ne resterions longtemps enfermées contre notre volonté.

- Je vous enfermerai à Fort Knox, répliqua Fusco buté.

- Si tu m'appelles pour ça...

- Root, j'ai frôlé la crise cardiaque ! Mon ex-coéquipière à Anchorage, m'a appelé pour me dire qu'elle va arrêter Sameen. Je l'ai déjà imaginée sur une chaise en train de griller comme une côtelette. Tu sais, l'effet que ça peut faire ? Je me voyais annoncer ça à Gen, à Reese, à Lee, à sa nouvelle groupie et à sa m... Fusco s'interrompit brusquement

- … et à sa mère ? suggéra Root.

- Tu sais ?

- Oui.

- Sameen aussi ?

- Non.

- Ah génial... dit-il narquois. Elles ont l'air de s'adorer autant que Blanche-Neige et sa marâtre. Wolverine va se transformer en Grizzly quand elle saura. Sa mère a même commencé par nier qu'elle avait une fille, imagine !

- Ça se passe bien avec elle, sinon ?

- C'est sa mère Root... Une espèce de Sameen branchée échecs et mathématiques. Un génie taciturne et secret. La mère et la fille sont peut-être des perles, mais pour le savoir, il faut un marteau-piqueur et leur courir après. Elle est encore plus bizarre que Sameen et je suis nul en plongée. Pour le métier de pêcheur de perles, c'est pas gagné.

- Mmm.

- Mais on n'est pas là pour parler du docteur Nimbus. Explique-moi ce que vous avez manigancé, c'est quoi cette histoire avec Sanders ?

- Le Chirurgien est mort.

- Quoi ?! Vous l'avez descendu ?

- Non, c'est un agent de Samaritain qui l'a tué, Jeremy Lambert, tu le connais ?

- Ça ne me dit rien.

- Ça n'a aucune importance, de toute façon, il est dans un sale état.

- Vous lui avez fait un câlin ?

- Disons qu'il m'en a fait un, que Sameen n'a pas apprécié et qu'elle ne lui a pas pardonné d'avoir assisté ses bourreaux quand elle était en détention, d'avoir assisté au rituel des « Cent bouteilles de bière » sans réagir

- Root que s'est-il passé ? demanda Fusco inquiet.

- On l'a coincé Lionel, grâce à Maria Alvarez et aux Russes... Grâce à Sameen.

- Vous avez réussi à embarquer Maria Alvarez dans vos histoires ?! s'exclama Fusco. Elle est aussi dingue que dans la simulation, alors ?!

- C'est surtout quelqu'un de très courageux, affirma Root très sérieusement.

- Mais pourquoi ce Lambert a tué le Chirurgien ? Et d'ailleurs qui c'était ?

- C'était l'ancienne interface de Samaritain.

- Tu ne m'avais pas dit que c'était un gamin ?

- Si.

- Le Chirurgien était un gamin ?!

- Oui. »

Fusco resta sans voix, chaque nouvel épisode de cette histoire rivalisait d'horreur avec les précédents.

« Il est mort, continua Root. Mais il faut laver le nom de Sameen. Elle doit être innocentée.

- Comment...? Attends ne me réponds pas... Ce Lambert ? Vous voulez lui faire porter le chapeau ?

- Oui.

- Comment ?

- Tu l'apprendras en suivant Sanders. Tu as accepté n'est-ce pas ?

- Qui l'a appelée, Athéna ?

- Non, Matveïtch, le chef d'équipe des Russes.

- C'est encore un des plans dingos dont vous avez le secret ou une mission pépère ?

- Normalement, tout devrait bien se passer...

- Mouais avec toi et Wolvy, je me méfie. Le terme normal ne vous convient pas vraiment.

- On n'est pas seules...

- Ah non ?

- Non. Tu marches ?

- Sanders est déjà partie Root, dit Fusco de nouveau en colère. J'aime cette gamine, je tiens à elle. Toi et Athéna m'aviez promis de veiller sur elle et vous la balancez dans les pattes de l'omniscient satanique. Tu crois que je vais la laisser tomber ?!

- Je voulais donner un coup de pouce à sa carrière et faire taire les rumeurs qui courent sur ton compte.

- Sans offense Root, t'es givrée.

- Il ne vous arrivera rien.

- Je l'espère bien.

- Je n'ai pas préparé cette opération toute seule Lionel.

- Ouais, Athéna...

- Pas seulement.

- Wolverine à la rescousse, quelle équipe !

- D'autres gens se sont investis dans cette opération et nous sommes soutenus par la CIA.

- Génial, de mieux en mieux... les barbouzes maintenant.

- Bon Lionel, ça ne sert à rien de discuter, répliqua sèchement Root. Fais ton travail de flic, c'est tout ce qu'on te demande.

- Tu fréquentes trop Miss Grognon, Root. Tu deviens aussi désagréable qu'elle !

- Désolée, s'excusa Root gentiment.

- Mouais... juste Root... t'as rien à me dire d'autre ?

- Non, seulement de nous faire confiance.

- Root, Genrika voudrait que tu l'appelles. Vous l'avez pratiquement ignorée depuis que vous êtes partie, elle se sent abandonnée.

- Nous étions dans la jungle, je ne pouvais pas la joindre et ensuite...

- Ensuite ?

- Ce n'était pas le moment, lâcha abruptement Root.

- Elle compte sur toi Root, insista doucement Fusco.

- Je ne voulais pas avoir à lui mentir, avoua la jeune femme.

- Okay, Crunchy, décida Fusco qui sentait qu'il s'engageait sur un terrain miné. Mais tu sais comment sont les gosses... Bon, et bien, je suppose qu'Athéna va prendre mon billet ?

- Oui, demain départ d'Ottawa à 10h16. Arrivé à Charleston à 17h10, lui annonça Root qui lui transmettait les indications que lui donnait au même moment Athéna. Tu n'auras qu'à présenter ton passeport à une borne d'enregistrement. Et Lionel... n'en parle pas aux enfants.

- Vous me prenez vraiment pour un simplet, constata Fusco offensé.

- Ce n'est pas ça...

- Attention de psy ou inquiétude plus personnelle ? demanda Fusco sardonique.

- C'est un coup bas Lionel. C'est vrai que je connais rien aux relations entre humains, que je n'ai jamais partagé ma vie avec personne mais...

- C'est pas vrai Root, la coupa Fusco. »

Il se rendait compte qu'il avait été trop loin, il était en colère, mais il avait senti plusieurs fois la jeune femme flancher durant la conversation. Cette histoire de câlin que Shaw n'avait pas apprécié, le fait que Root avait attribué la fin du Chirurgien à Shaw, à la mère d'Alma et aux Russes, la désagréable impression que Root n'y avait pas vraiment participé, qu'elle passait sous silence des obstacles, des épreuves et des souffrances. Root montrait rarement ses émotions, sauf quand elle n'arrivait plus à les contenir, comme quand Shaw avait affronté les agents de Samaritain à la bourse de New-York, qu'elle était tombée sous les balles devant ses yeux. La détresse de Root, ses hurlements l'avaient durablement marqué. Il venait d'être méchant avec elle par frustration. Elle avait raison, c'était un coup bas, indigne de lui, indigne d'elle, il devait rattraper le coup.

« Je t'ai vue avec Gen, reprit-il. Et, même si c'est inquiétant pour l'avenir du monde et de ses populations, tu vis avec Sameen.

- Je ne suis pas...

- Pff... l'interrompit Fusco. Tu l'aimes et Miss Grognon t'a adoptée.

- Je ne suis pas un chien !

- Ouais, d'accord, elle ne t'a peut-être pas encore tatoué un numéro d'identification dans l'oreille, mais tu es une des rares personnes avec Gen à qui elle montre de l'affection. Toutes les deux, vous pouvez l'embrasser sans qu'elle vous balance une torgnole. Moi je ne tenterais pas, je ne suis pas assez fou pour ça. Au fait, j'y pense... Je suis curieux de savoir : Alma lui a fait des bisous ?

- Elle a dormi dans ses bras.

- Cette femme est incroyable !

- Je suis d'accord.

- Tu m'étonnes ! répliqua Fusco d'un ton goguenard.

- À bientôt Lionel.

- Bonne après-midi.

- Lionel... le rappela Root avant qu'il ne raccroche.

- Crunchy ?

- Merci.

- Disons que tu es une adorable tarée.

- Adorable ou sexy ? demanda Root.

- Demande à Wolvy, je suis sûre qu'elle te répondra aussi bien que moi.

- Timide Lionel ?

- Prudent. »

Root rit dans l'appareil.

« Salue Sameen pour moi, ajouta-t-il heureux de l'entendre rire.

- Je n'y manquerai pas. »

Root raccrocha et composa immédiatement après le numéro de Terence Beale. Elle se sentirait plus tranquille avec quelqu'un pour la garder à gauche tandis qu'Élisa Brown la garderait à droite. Shaw apprécierait aussi.

.


.

Dans le salon, tout le monde attendait Root en silence. Shaw s'arrachait la peau des doigts en observant discrètement et alternativement Maria Alvarez et Anna Borissnova. Elle n'avait formulé aucune objection quand Élisa Brown avait rejoint leur équipe. Shaw s'était juste retenue de ne pas agonir d'injures Root et Athéna, le jour où cela s'était décidé. Parce qu'elles s'étaient toutes les deux débrouillées pour ce soit elle, Shaw, qui suggérât que le jeune Lieutenant les accompagnât. Leur plan nécessitait qu'une personne au moins assurât les arrières de Root. Une personne de confiance, une personne sûre, une personne que Samaritain ne connaissait pas.

...

« J'irai seule, les Russes ne peuvent pas m'accompagner et Reese est indisponible, avait tout d'abord déclaré Root.

- C'est débile Root, et tu le sais très bien. De toute façon, c'est hors de question que tu partes seule.

- Tu veux venir avec moi Sam ?

- Tu sais bien que ce n'est pas possible.

- Alors... ? »

Shaw avait réfléchi et une seule solution se présenta à elle. Root attendait. Détendue. Athéna ne s'était pas manifestée.

« Athéna ?

- Je préférerais avoir d'abord ton avis Sameen. »

Shaw avait obtenu la confirmation de ses suspicions.

« Brown ? avait lancé Shaw. »

Root s'était illuminée. Elle avait impétueusement déclaré que c'était une excellente idée, avait demandé son avis à Athéna qui avait, évidemment, approuvé cette décision, probabilités à l'appui. Elles prenaient vraiment Shaw pour une débile ! Mais Shaw leur avait pardonné, parce qu'elle appréciait Brown, que la jeune femme avait fait dix ans de Marines, que Shaw l'avait vue sur le terrain et lui faisait assez confiance pour accepter qu'elle fît équipe avec Root. Parce que surtout, Shaw s'aperçut que Brown n'avait pas conclu d'accord avant que Shaw accompagnée de Root, ne lui proposât de les aider à clore le cas du Chirurgien. Shaw avait expliqué leur plan au jeune Lieutenant. Elle écoutait attentivement. Mais Shaw pouvait lire sur ses traits que Brown cherchait vainement la raison qui avait motivé leur venue et leur discours. Brown ne comprenait pas.

« … voilà pourquoi on a besoin de vous Brown, avait conclu Shaw.

- De moi ?

- Oui, de vous. C'est à vous que je m'adresse, pas à votre bureau.

- Mais euh...

- J'ai confiance en vous, lui avait affirmé Shaw. Root a confiance en vous. Je vous veux pour cette mission.

- Bien sûr ! s'était écriée la jeune femme.

- Bien sûr quoi ? avait demandé Shaw.

- Je viens, avait déclaré le jeune Lieutenant.

- Et pour Beale, vous voulez qu'on le contacte ? avait demandé Root.

- Qu'il soit d'accord ou pas, je m'en fous ; je viens. »

.

Brown ne commettrait pas la même erreur que la dernière fois, pas après avoir vu l'état dans lequel le Chirurgien avait laissé Maria Alvarez, dans quel état il avait laissé Root. Elle avait un peu discuté avec la Mexicaine. Alvarez s'était montrée très réticente jusqu'à ce que Brown, après avoir tâté le terrain, s'aperçût que la jeune membre de la Commission Interaméricaine des Droits de l'Homme en savait beaucoup à propos de Shaw et de Root, à propos du Chirurgien. Qu'elle s'aperçût que Maria Alvarez aimait Shaw.

Elle lui avoua alors qu'elle et Shaw avaient été détenues dans la même prison, qu'elles avaient été soumises au même régime de tortures et de simulations, que Root, quand elle était venue délivrer Shaw, l'avait délivrée elle aussi et qu'elle leur devait la vie, bien plus que la vie en ce qui concernait Root. Alvarez avait alors accepté de répondre à ses questions. Brown ne lui demanda pas ce qui la liait à Shaw, mais elle voulait savoir comment Alvarez s'était retrouvée à Chihuahua alors que Root et Shaw étaient allées la chercher au Brésil. La disparition d'Alvarez dans la jungle avait été relatée par les journaux, Brown avait pour cette raison pensé qu'elle avait été récupérée par les deux jeunes femmes, mais comment ensuite... ?

Maria mise en confiance par les confidences du jeune Lieutenant, lui avait alors raconté l'attaque du village mebênkôkre, leur départ en hélicoptère, la proposition de Shaw, son accord. Brown s'était sentie profondément minable en l'écoutant. Maria Alvarez était une civile, elle avait une fille de deux ans, elle n'avait jamais suivi de formation militaire ou d'entraînement spécifique et elle avait accepté de tenir le rôle d'appât pour coincer le Chirurgien, pour mettre fin à ses exactions, pour contrer l'organisation criminelle tentaculaire et puissante qui poursuivait Shaw de sa haine. Maria Alvarez avait souffert, elle s'était fait torturer et pourtant elle venait de rempiler une nouvelle fois. Shaw avait très bien expliqué à la jeune Mexicaine quel serait son rôle dans leur nouvelle opération. Et Brown, agent actif auprès de la CIA, lieutenant à l'USMC, refuserait de les suivre ? Elle, Brown, se moquait de sa carrière, de Beale et de la CIA. Elle était prête à tout sacrifier, même ses barrettes d'officiers, c'était une question d'honneur. Elle ne resterait pas en arrière. Pas cette fois.

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Shaw avait en quelque sorte recruté Brown. Mais les deux autres...

Anna s'était imposée. Dès qu'elle avait su que l'équipe repartait, elle s'était préparée. Elle avait parlé au Docteur Chakwass et obtenu son accord pour quitter le Walter Reed du bout des lèvres.

« Vous n'êtes pas prête à aller jouer au soldat, l'avait prévenu le médecin.

- Je ne resterai pas ici. Sameen Shaw s'y connaît en médecine non ? Elle prendra soin de moi.

- Et vous vous conformerez à ses recommandations ?

- Oui, tant qu'elle ne m'obligera pas à rester couchée dans un lit.

- Je ne suis pas sûre qu'elle sera très enchantée de votre décision.

- Aidez-moi à lui arracher son accord, docteur. »

Éléonore Chakwass avait appris à connaître cette équipe. La jeune femme, si elle refusait de la laisser partir, commettrait une bêtise. Le médecin avait décidé de la soutenir contre l'avis attendu de Shaw.

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La querelle, inévitable, avait opposé Shaw à Anna. Shaw à Chakwass. Shaw allait imposer son avis à Anna Borissnova d'un coup de poing bien placé quand Root s'était interposée entre elle et la jeune Russe, gentiment, mais fermement.

« Sameen, on a très bien compris ton point de vue.

- Toi peut-être, mais pas Borissnova, avait vertement répliqué Shaw.

- Tu es parfois obtuse et stupide Sameen ! avait sifflé Root. »

Shaw n'avait pas apprécié, elle avait menacé Root et l'avait repoussée sur le côté pour s'avancer sur Anna Borissnova.

« Ce n'est pas en faisant sauter trois points de suture que vous arrivez en général à rallier vos opposants à votre avis, avait soudain lancé Alvarez présente lors de l'altercation.

Shaw avait eu envie de l'étrangler. Elle avait juré et mis Anna devant ses responsabilités.

« Vous êtes convalescente Borissnova et pas en état de vous battre, vous mettez votre vie en danger et je ne veux pas d'un boulet dans mon équipe.

- Je ne vous suivrais pas si je savais que je ne peux pas le faire Madame, et je me conformerai à vos recommandations de médecin.

- Anna fait partie de mon équipe, avait ajouté Matveïtch lui aussi présent. Je m'engage à ce qu'elle ne vous pose aucun problème. »

Shaw avait envoyé sèchement les Russes se préparer. Après qu'ils étaient sortis, elle avait laissé exploser sa colère.

« Si elle crève ce sera de votre faute ! »

Personne n'avait relevé sa déclaration.

« À toutes les quatre ! avait spécifié Shaw rageusement. »

Athéna ne s'était pas manifestée, Chakwass était restée de marbre, Root avait penché la tête sur le côté et Alvarez l'avait regardée en se retenant de sourire. Quand Shaw avait vu Root et Alvarez échanger un regard complice, elle était sortie en claquant la porte.

Et puis, justement, avant cela, avant d'avoir recruté Brown, d'avoir cédé à Anna Borissnova, il y avait eu Alvarez.

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Root avait demandé à Shaw ce qu'elle envisageait pour la suite. Shaw n'avait communiqué avec Athéna que lors de ses séances de méditation parce qu'elle était trop fatiguée le reste du temps pour penser à ce qu'elle ferait après. Le mercredi soir, Root l'attendait dans sa chambre. Shaw s'était changée et avait pris une douche.

« Ta journée s'est bien passée ?

- Ouais.

- Et tes combats ?

- J'ai gagné les deux.

- Viens me voir. »

Shaw s'était approchée d'elle sans protester. Root s'était levée et lui avait examiné la figure et les mains.

« Tu n'as pas peur de t'abîmer les mains ?

- Brown me pose des sparadraps sur les kentos par précaution.

- Tu t'es pris des coups ?

- Ouais.

- Élisa en a pris soin ou c'est toi ?

- Elle. »

Root avait levé un sourcil étonné.

« Je t'ai dit qu'elle me servait d'entraîneur. Je lui ai assuré que je me conformerais à ses directives tant que nous étions dans la salle.

- Tu la laisses t'examiner et te soigner ?

- Oui.

- Oh !

- Quoi oh ?

- Je vais postuler pour être ton entraîneur.

- Si c'est pour me voir toute nue, t'as pas besoin de ça.

- Tu te mets toute nue devant elle ?!

- Root… râla Shaw. C'est un soldat.

- Et ?

- Pff, t'es trop nulle.

- Sameen, j'ai discuté avec Maria, enchaîna Root. Il faut qu'on parle. »

Shaw s'était rembrunie.

« De quoi vous avez parlé ?

- Comment tu vois la suite Sameen ?

- Je sais qu'Athéna voudrait que Lambert porte le chapeau pour les crimes du Chirurgien et je trouve que c'est une bonne idée.

- Et...

- Laisse tomber Root, toi et Athéna bavardez tout le temps ensemble, je n'ai pas parlé de ça avec elle. Je... j'en avais pas envie. Tu viens de me dire que tu avais parlé avec Alvarez. Alors explique-moi ce que vous avez prévu de me faire avaler comme couleuvres.

- D'accord, on va voir Maria.

- À cette heure ?

- Elle nous attend.

- Vous... avait commencé Shaw contrariée. »

Root était venue lui poser les doigts sur les lèvres, et Shaw n'avait pas résisté, elle avait brisé la distance entre elles et l'avait enlacée. Elle était fatiguée et elle avait envie de la sentir contre elle.

« Sam... murmura Root. »

Shaw avait frotté sa joue contre son épaule, avant de s'installer le nez dans son cou et Root avait refermé ses bras autour de sa tête. Shaw s'était alors entièrement abandonnée contre elle. Root avait remonté une main sur sa nuque et ses doigts lui avaient caressé doucement le cou. Shaw avait fermé les yeux et inspiré doucement. Root lui apportait ce qu'elle avait inconsciemment cherché auprès d'elle quand elle faisait appel à elle lors de sa détention. De l'affection et... de la tendresse. À cette pensée, Shaw s'était brusquement tendue, Root l'avait senti et immédiatement, dans un murmure, elle lui avait proposé de partir voir Maria.

La jeune Mexicaine les attendait. Shaw l'avait trouvée tendue et mal à l'aise. Maria lui avait jeté un regard inquiet à son entrée avant de prestement détourner la tête. Shaw s'était assise sur le lit comme la dernière fois qu'elle avait affronté la jeune juge. Elle se doutait de ce que allait suivre. Elle n'en était pas encore sûre à 100%, mais elle se doutait que Maria avait accepté de s'engager et de se mettre une nouvelle fois en danger. Shaw pensa que la jeune femme allait de nouveau s'exposer, affronter le regard des autres, de la presse qui remuerait de la boue, qui interrogerait, qui voudrait des réponses. Elle ne pouvait s'empêcher d'éprouver un grand respect pour la force de caractère et que le courage dont allait une nouvelle fois faire preuve Maria Alvarez. Elle était tarée.

Sur un ton bourru, elle avait invité Root, Athéna et Alvarez à parler. Rien ne l'étonna ni ne la surprit dans ce qu'elles lui proposèrent parce qu'elle avait elle aussi envisagé la même stratégie. Elle se rembrunit pourtant et resta silencieuse bien après qu'elles ne se fussent tues.

« Sam... ? l'appela doucement Root.

- Vous avez tout prévu, avait observé Shaw.

- Qu'est-ce que tu en penses ? »

Shaw avait regardé Alvarez.

« Vous êtes tarée Alvarez.

- Je suis tarée ou bien vous vous inquiétez ? demanda la jeune juge.

- Vous êtes vraiment prête à faire ça ? Vous allez vous retrouver sous les feux de la rampe.

- Ce ne sera pas la première fois.

- Et Alma ?

- Elle est petite, si je lui explique, elle comprendra, du moins elle ne me jugera pas si je me retrouve trop exposée. Et je saurai la protéger.

- Et après ?

- Après ? Je démissionnerai de mon poste de membre de la Commission Interaméricaine des Droits de l'Homme, et je prendrai un peu le vert.

- Et ensuite ?

- Euh... j'ai le temps d'y penser.

- D'y penser avec Athéna ?

- Oui. »

Que pouvait objecter Shaw ? Leur plan était parfait. Elles auraient pu se passer du concours d'Alvarez, mais sa participation apporterait du crédit à leur histoire parce que personne ne remettrait en cause la crédibilité de la jeune juge.

« Le Chirurgien s'en est toujours pris à des gens que je connaissais, qu'est-ce que vous avez prévu pour expliquer votre implication dans cette histoire ?

- On n'a jamais rien trouvé qui vous ait liée aux victimes russes... »

Shaw avait eu une moue.

« On verra bien, reprit Alvarez. Je pourrai toujours feindre l'ignorance... sauf si...

- Sauf si ?

- Euh... Sameen, dit Maria gênée. Cette histoire vous concerne, on doit aussi avoir votre accord. Si... si vous n'êtes pas d'accord, on laisse tomber.

- Je n'ai pas dit que j'étais contre.

- Oui mais...

- Mais quoi ? »

Alvarez avait appelé Root du regard à son secours.

« Sam... avait doucement dit Root. Aty pense que Samaritain pourrait... Elle pense qu'il pourrait diffuser des vidéos. »

Shaw avait soudain serré les mâchoires.

« Je ne sais pas ce qu'il attend Sameen, était intervenue Athéna pour elle seule. Mais il va le faire. Si Maria nous aide, il est probable qu'il diffusera sur les réseaux les vidéos de tes simulations. Vous n'êtes pas allées très loin toi et Maria, mais il peut trafiquer les images et utiliser des vidéos de toi et de Root... remplacer Root par Maria. »

Shaw avait meurtri ses cuisses entre ses doigts.

« Voilà pourquoi nous voulons ton accord, avait conclu Athéna. »

Root hésitait à venir s'asseoir auprès de Shaw et Maria attendait sa réaction tendue à l'extrême.

« Maria, vous êtes vraiment prête à... ? avait commencé Shaw.

- Vous m'avez assurée que c'était faux, avait répondu Alvarez d'une voix ferme. On a raconté beaucoup de choses sur moi, ma réputation est déjà faite et pas mal écornée. Des journaux ont vanté mes conquêtes masculines comme féminines. Les gens qui me connaissent n'apprendront rien de vraiment nouveau sur moi de ce côté-là. J'assume et ça m'est égal. Mais nous sommes toutes les deux concernées. Je sais que vous êtes une personne discrète, je n'ai jamais rien trouvé sur votre vie sentimentale et j'ai beaucoup cherché.

- Vous avez fait des recherches sur moi ?! cracha Shaw.

- Vous n'en avez pas fait sur moi ?

- …

- Sameen, vous n'êtes pas seulement discrète, vous êtes aussi pudique et je respecte beaucoup cela. Root et Athéna m'ont expliqué que des sextapes risqueraient de se retrouver en ligne. Athéna m'a assurée qu'elle pourrait les effacer, mais pas avant qu'elles aient été visionnées par des milliers de gens... des dizaines de milliers de gens.

- Certainement des centaines de milliers, avait ajouté Athéna. »

Le cauchemar ne s'arrêterait jamais.

« C'est à vous de décider.

- Je suis désolée Maria, avait murmuré Shaw.

- Non, Sameen. Ne le soyez pas. Et sur ce coup... euh... je... Écoutez, je vous aime bien, je sais que toute cette histoire est un mensonge, je ne veux pas que... et je veux rester votre... euh... je ne veux pas que quelque chose se brise entre nous et je ne veux pas que vous sentiez blessée quand ça arrivera.

- Si ce sale pervers fait ça, je... »

Shaw avait été incapable de finir sa phrase. La rage naissante lui vrillait l'estomac.

- Vous voulez que je me retire ? lui avait alors proposé Alvarez. Que je ne participe pas à cette mise en scène ?

- Non. Je n'avais pas pensé aux vidéos. Je savais que ça finirait par arriver, mais je ne voulais pas y penser. Votre plan correspond au mien. Je suis d'accord. Je me ferai une raison de me voir bais... euh... Je me ferai une raison pour les vidéos. On part quand ?

- Après-demain, avait déclaré Root.

- Okay. Root, je te laisse tout gérer pour demain.

- Comment ça ? Tu ne vas pas m'aider à tout préparer ?

- J'ai une intervention de prévue demain matin et je serais occupée le soir. De toute façon, tu me connais et je te fais confiance.

- Tu ne vas pas travailler demain Sameen ?

- Si. »

Shaw devait avaler ce qu'elle venait d'apprendre, elle devait plus encore que les jours précédents s'occuper l'esprit, s'évader. Athéna avait dû intervenir, car Root avait soudain hoché la tête et n'avait pas insisté.

« D'accord, on part vendredi matin.

- Mmm, avait approuvé Shaw. Bonne nuit Maria, Root tu viens ? »

Elles avaient laissé Alvarez, Root avait voulu dormir avec Shaw, mais celle-ci avait refusé et décrété qu'elle dormirait dans le fauteuil dans la chambre de Root.

« Sameen c'est...

- S'il te plaît Root, l'avait suppliée Shaw. »

Root avait arrêté de protester, elle s'était couchée seule dans son lit, mais s'était efforcée de garder une main sur Shaw toute la nuit.

.


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Shaw dans le salon de cette maison perdue dans les bois au fin fond de la Virginie, se maudissait d'être entourée de gens auxquels elle tenait, pour qui elle s'inquiétait. Elle se sentait envahie, débordée, vulnérable. Elle ne s'était jamais investie dans ce genre de relation, pas de cette façon.

Elle avait commandé des hommes et des femmes au Proche-Orient, elle s'était retrouvée responsable d'eux, elle avait pris soin d'eux parce que de leur bien-être physique et psychologique dépendait la réussite des missions qui lui était confiées, parce que c'était son rôle d'officier. Elle préférait les missions en solo, comme celles où elle assurait des couvertures d'opérations comme tireur d'élite ce qui n'empêchait pas qu'elle veillait avec attention sur les soldats qu'elle devait protéger. Comme médecin Shaw prenait soin de ses patients, mais que ce soit à l'USMC ou à l'hôpital, elle n'avait jamais développé de relation sentimentale envers quelqu'un. Lepskin avait été une exception, mais Shaw, tout comme pour Mark Hendricks, ne s'en était pas rendue compte, il avait fallu Samaritain pour qu'elle prenne conscience de l'affection qu'elle avait développée pour les deux hommes. Après, il y avait eu Cole. Lui, elle l'aimait bien, elle avait même fini par le considérer comme un ami.

Ils travaillaient toujours ensemble, il se montrait discret, efficace. Shaw aimait travailler avec lui. Il se confiait à elle et elle l'écoutait parler de ses parents, de son enfance. Il n'était pas très bavard, mais lors de planques effectuées ensemble, il s'était laissé aller à certaines confidences. Shaw l'avait laissé parler. Si elle avait su qu'il l'aimait, elle aurait demandé à changer de partenaire. Elle se rendait compte maintenant que Cole était mort pour elle, qu'il n'avait pas seulement effectué des recherches sur Aquino pour lui, par souci de la vérité, mais aussi pour elle, et que c'était pour cela qu'il lui avait confié ses doutes. Cole l'aimait et ne voulait pas que Shaw participât à une entreprise criminelle. Il avait voulu la protéger.

Shaw ne savait pas, elle n'avait pas compris, mais la mort de Cole avait créé un vide. Elle avait, pour la première fois depuis la mort de son père, perdu quelqu'un. Shaw avait ce qu'on pouvait appeler un ami, d'accord. Elle en avait été consciente, d'accord. Mais elle avait pu gérer cet ami, parce qu'un ami et un seul, ne lui demandait pas trop d'efforts à fournir. D'autant plus que Cole ne se montrait pas un ami très exigeant. D'autant plus que Cole se conformait à ses directives. Il ne la contredisait jamais. Du moins jusqu'à ce qui avait provoqué leur inscription sur la liste noire des agents à abattre.

Mais maintenant ?

Reese avait d'abord remplacé Cole et Shaw avait bien géré cette relation, ce nouvel ami. Reese, grâce à Dieu, ne menaçait pas non plus de tomber amoureux d'elle, il avait d'abord eu Morgan pour l'occuper, puis Carter qu'il aimait et qu'il n'avait pas oublié. Elle s'était quand même souvent demandée à cette époque, comment, après vingt-huit ans de vie solitaire, elle pouvait s'être trouvée deux amis en à peine moins de trois ans. Ensuite, avait débarqué Root et elle avait senti son monde vaciller, sa paix intérieure voler en éclats. Gen avait déjà attaqué ses murs, mais une fois la jeune fille à l'abri dans son internat, sous la protection de Finch, Shaw avait soigneusement coupé les ponts. Gen l'avait prise par surprise et Shaw avait senti le danger qu'impliquait une relation plus poussée avec la jeune fille. Shaw ne saurait pas s'en occuper, Genrika l'aimait, Shaw lui ferait du mal, elle se sentait surtout incapable de répondre à ses attentes.

Root n'était pas Genrika. Elle avait vingt-quatre ans de plus et elle voulait Shaw. Elles travaillaient ensemble. Shaw avait très vite aimé sa compagnie. Elle l'espérait, elle la recherchait même parfois, mais elle fuyait quand Root se rapprochait trop près d'elle. Shaw malgré elle, s'inquiétait pour elle. Elle avait découvert avec dans un mélange de stupeur et d'horreur qu'elle avait peur de la perdre. Et depuis qu'elle était tombée entre les mains de Samaritain, Shaw ne pouvait plus se défiler ou mentir. Ni à Root, ni à elle-même.

Root... C'était déjà à elle seule, un défi, une révolution dans la vie de Shaw. Son regard balaya la pièce. Alvarez assise sur le canapé semblait plongée dans ses pensées, Anna Borissnova écoutait Borkoof qui vantait à Matveïtch et Alioukine les talents de cuisinière de Root et leur promettait pour le dîner un goulash arrangé comme ils n'en avaient jamais mangé. Brown sourit à Shaw en croisant son regard, l'officier irradiait de bonheur depuis que Shaw lui avait demandé de les accompagner, depuis que Shaw lui avait déclaré qu'elle lui accordait toute sa confiance pour assurer les arrières de Root.

Shaw soupira.

Si seulement il n'y avait eu qu'eux, Alvarez, Brown, Borissnova, Matveïtch... mais il y avait aussi les autres, Genrika, Alma, Reese, Fusco et son débile de fils. Le quatuor maudit suffisait déjà à l'oppresser : Root, Genrika, Alvarez, Athéna. Mais il fallait encore qu'elle s'inquiétât pour tous les autres, qu'elle les estimât, qu'elle... Est-ce qu'elle les aimait aussi ? Qu'est-ce que lui avait fait Samaritain pour qu'elle se retrouve soudain submergée de personnes à qui elle tenait, de personnes qui tenaient à elle, qui attendaient qu'elle leur prêtât son attention, qu'elle les aimât. Shaw n'y arrivait pas, elle ne comprenait pas comment cela pouvait lui arriver, ni pourquoi. Elle ne voulait pas qu'il en fût ainsi. Elle ne s'en trouvait pas digne. Sauf peut-être avec Alvarez. Mais la jeune femme n'attendait rien d'elle et réciproquement Shaw n'entendait rien d'elle non plus. Elle s'inquiétait pour elle, mais la jeune Mexicaine, même si elle l'aimait, ne lui demandait rien en échange. Et Shaw... elle ne savait pas. Alvarez parfois, la déstabilisait plus encore que Root.

Shaw avait besoin de Root. Shaw avait besoin d'Athéna. Les autres avaient besoin d'elle. Shaw ne maîtrisait rien. Peut-être avait-elle aussi besoin des autres ? Cette idée même l'angoissait profondément.

Le retour de Root la sauva d'une réflexion qui tournait en rond et qui tour après tour prenait la forme d'une spirale centripète qui l'entraînait vers le fond.

« Je suis désolée, annonça Root. Police criminelle d'Anchorage. Élisa, nous récupérerons nos amis demain à 17h10 à l'aéroport de Charleville.

- Fusco ? demanda Shaw.

- Oui. Sam, tu préfères vraiment qu'on revienne avec eux, après-demain-matin ?

- Oui, c'est trop dangereux de les recevoir ici de nuit. Tout est okay de ton côté ?

- Oui, Élisa et moi sommes sur l'affaire du Chirurgien et nous avons été officiellement détachées par le bureau central du FBI, pour nous enquérir des activités menées par Élisabeth Sanders et Lionel Fusco.

- Toutes les deux ?

- Ce sera plus crédible et plus sûr à trois, avança Root.

- Trois ? C'est qui le troisième ? demanda Shaw qui s'attendait à tout. Et pourquoi tu ne m'en as pas parlé avant ?

- Je n'étais pas sûre d'avoir qui je voulais. Maintenant, je le suis.

- Qui est-ce Root ?

- Jack, lâcha Root en penchant la tête légèrement sur le côté.

- Jack Muller ?

- Mmm, confirma Root. Je l'aime, pas toi ?

- Ben...

- Terence Beale me l'a prêté.

- Faudra que tu m'expliques quels accords tu as passés avec lui.

- Je n'ai passé aucun accord Sam. Il me fait confiance.

- Ah ouais ?

- Athéna lui a donné un petit coup de main, entre autre pour se débarrasser d'un programme espion implanté dans les serveurs de son service.

- Trop gentille.

- La CIA n'est pas une alliée à négliger.

- Mouais. Matveïtch, c'est vous qui partez alors ?

- Oui.

- Sanders ne risque pas de découvrir qui vous êtes ?

- C'est possible, je ne lui cacherais pas de toute façon.

- Le contrat qui lie Maria à Anton date du 6 juin, expliqua Root. Il est parfaitement légal, ce qui ne serait être étonnant avec Maria, et l'ordinateur de son bureau à Altamira conserve des traces de recherches pour des compagnies de sécurité ainsi que des messages échangés entre elle et Monsieur Matveïtch. Et quand le Chirurgien a voulu s'en prendre à elle, Matveïtch et sa petite équipe ont été d'autant plus motivés pour sauver leur patronne et arrêter le Chirurgien.

- Mes gardes du corps ont voulu lui faire payer ses crimes, mais je me suis interposée, intervint Maria déroulant le scénario qu'ils avaient mis au point. Un peu tard cependant... Ils avaient eu le temps de le malmener un peu.

- Ouais... approuva Shaw. C'est cool. Vous prendrez contact avec Sanders quand Matveïtch ?

- Je lui téléphonerai en arrivant là-bas et lui proposerait d'aller chercher son collègue à l'aéroport.

- Oui, confirma Root. Je pense que Fusco lui aura déconseillée de rencontrer son contact avant son arrivée, mais Élisabeth Sanders ne résistera pas à la tentation. Et juste après qu'Anton ait pris contact avec nos deux lieutenants de Police, je me pointerai avec mes deux équipiers.

- Vous allez vous retrouver à six, observa Shaw.

- C'est le Chirurgien Sameen, pas un vulgaire petit escroc.

- Okay, approuva Shaw. On se remet au travail alors, il y a encore du boulot avant ce soir, même si on a encore la journée de demain pour fignoler notre installation, profitons encore de la présence de nos deux agents du FBI. T'as des tenues ? »

- De jolis costumes, très agents du FBI, nous attendront dans nos chambres d'hôtel.

- Borkoof, Matveïtch, apportez la malle de matériels sur le perron. Borissnova, vous restez là.

- Mais...

- Vous montez dans votre chambre vous reposer, la coupa Shaw d'un ton sans réplique.

- Bien Madame.

- Et le prisonnier ? s'enquit Alioukine.

- On le laisse tout seul pour cet après-midi, il n'ira pas bien loin. Vous avez vérifié qu'il ne peut pas faire de bêtises ?

- Oui Madame.

- Je peux le surveiller, proposa Anna Borissnova.

- Non, montez dans votre chambre, si vous restez avec lui vous finirez par vous, faire une bêtise. »

Anna hocha la tête et sortit du salon. Root en passant près de Shaw lui serra légèrement l'épaule dans la main. Elle voulait lui exprimer sa reconnaissance. Shaw venait de se montrer très psychologue et très attentionnée avec la jeune Russe.

.


.

La maison dormait, plongée dans le noir. La nuit était agréable et fraîche, seulement troublée par quelques hululements d'oiseaux de nuit, le bruissement des feuilles que faisait chanter la brise. Shaw se tenait assise, les genoux relevés devant elle, adossée aux jardinières maçonnées qui bordaient les marches qui menaient au perron. Une des portes-fenêtres qui donnaient sur le salon, sur le côté droit de la maison, coulissa. Un insomniaque. Shaw doutait que ce soit l'un des Russes, la journée avait été longue et le lendemain demanderait toute leur attention. Ils profiteraient de cette nuit pour dormir. Brown ferait de même. Restait Alvarez ou Root. Shaw n'avait pas vraiment envie de voir l'une ou l'autre.

Quand Alvarez désirait lui parler, elle repoussait toujours Shaw dans ses retranchements et Shaw ne sentait pas d'humeur à se faire bousculer, quant à Root... Shaw voulait lui parler, mais elle ne savait pas comment commencer. Par où commencer. Depuis que Shaw avait retrouvé Root dans le camion, qu'elle l'avait libérée, qu'elle l'avait soignée, elle n'avait jamais réabordé avec elle ce sujet. Root en avait certainement parlé avec Athéna, mais pas avec elle, parce que Root ne se confiait que très rarement et que Shaw ne savait pas poser de questions. Elle n'aimait pas en poser, elle avait toujours l'impression de violer la vie privée des gens. Pourtant, à Santarém, Root avait volontiers raconté sa nuit quand Shaw lui avait demandé pourquoi elle avait été malade lors de la libération du village mebênkôkre. Shaw avait même eu le sentiment que Root avait apprécié que Shaw s'inquiétât de ses sentiments. Root lui avait parlé avec beaucoup de naturel et pour une fois, elle n'avait pas truffé son discours de plaisanteries, elle lui avait parlé sérieusement.

« Sam... »

C'était Root. Shaw ne répondit pas. Elle entendit Root marcher sur la terrasse. La jeune femme passa l'angle de la maison et s'arrêta au bord de la terrasse. Elle leva la tête vers le ciel et ne bougea plus.

Shaw se leva et vint se placer sur sa gauche. Les minutes passèrent en silence. Shaw aimait partager des moments de silence avec Root, mais elle ne se sentait pas très à l'aise et elle se rongeait les ongles en prenant régulièrement appui sur ses pointes de pieds. Le claquement d'un ongle qui casse sous les dents décida Root à parler.

« Sam... qu'est-ce qui t'inquiète ?

- …

- Tu veux t'asseoir ?

- Non. »

Root attendit.

« Root... je... tu ne m'as... tu ne m'as rien dit... je... »

Shaw n'y arrivait pas, elle trouvait le sujet trop intime, elle avait beau essayer de se mettre dans la peau d'un officier, de se dire que Root était l'un de ses subalternes, qu'elle devait s'assurer de sa santé mentale, se saouler de baratin pour oublier les vrais enjeux de la conversation qu'elle désirait avoir avec elle, rien ne l'aidait. Elle revoyait Root attachée aux grilles de la cage dans la remorque, son corps sanglant, ses cheveux trempés de sueur, le tuyau qui lui sortait d'entre les jambes et puis ensuite, comment elle s'était traînée à quatre pattes sur le sol, le sang qui gouttait. Shaw se sentait la gorge sèche et se retrouvait incapable de proférer la moindre parole. Celles qui réussirent enfin à quitter ses lèvres n'abordèrent pas le sujet de front. Shaw espérait que Root devinât son intention et répondît ensuite à ses inquiétudes.

« Root, comment va Alvarez ?

- Maria ?

- Non, Gina ! Évidemment Maria !

- Tu veux savoir comment elle va après être passée entre les mains de l'Imitateur ?

- Oui.

- Ça l'a traumatisée. Elle s'est retrouvée dans une situation très proche de celle qu'elle avait dû affronter à dix-sept ans. Elle n'a jamais réussi à complètement surmonter ses peurs, l'épisode de Santarém l'a prouvé, mais là... C'est difficile pour elle Sameen. Elle a parlé avec un médecin à Bethesda et euh... je lui ai aussi proposé mon aide.

- Toi ?

- Elle a confiance en moi, elle m'aime bien, mais ce sentiment n'interfère pas dans une relation plus professionnelle.

- Tu t'y connais en Stress Post-traumatique ?

- J'ai étudié la question.

- Pour moi ?

- Pour savoir de quoi tu souffrais, oui.

- Et Alvarez, elle...

- Elle s'en sortira Sameen, déjà elle n'a pas replongé dans l'alcool, ce qui est bon signe.

- Mmm.

- Je sais que tu t'inquiètes pour elle Sam, mais ce n'est pas de ça dont tu veux parler n'est-ce pas ?

- Non. »

Root avait compris, Root comprenait toujours.

« Root, je... tu...

- Tu veux savoir pour moi ?

- Oui, souffla Shaw mal à l'aise.

- Je n'ai jamais fait plus de quatre cauchemars dans ma vie. Le dernier date de mon internement, une surdose de médicaments sans doute, les psychotropes ne me réussissaient pas trop.

- Root... L'Imitateur ne t'a pas bourrée de psychotropes, s'énerva Shaw. Il t'a torturée, il t'a découpée comme un médecin-légiste le fait avec un cadavre, tu t'es fait violer par ce salaud de Lambert. Il t'a prise comment ? Attachée debout contre la grille, c'est ça ?

- Oui.

- Et après, le tuyau... Root, c'était horrible... »

Shaw se mit à détailler toutes les tortures que Root avait subies avec une précision que seul un médecin ou un tortionnaire pouvait donner. Shaw avait exercé les deux « métiers ». Root ne l'interrompit pas. Shaw s'inquiétait. Réellement. Profondément. Mais elle avait aussi très mal vécu l'épreuve qu'avait subie Root. Elle se sentait responsable, elle avait eu peur de la perdre, peur pour Root. Elle lui parla de Maria aussi. Coup sur coup, le même jour, à quelques heures à peine d'intervalle, elle avait retrouvé les deux jeunes femmes ensanglantées et Shaw avait, ce jour-là, ravalé ses doutes et ses peurs. Elle avait tout gardé pour elle.

Alvarez avait raconté à Root comment Shaw l'avait portée. La jeune Mexicaine avait aussi exprimé son étonnement à découvrir que Shaw pouvait parfois se montrer si douce, si attentionnée et ce, pas seulement avec Alma. Elle avait avoué à Root s'être sentie en sécurité dans les bras de Shaw, avoir aimé qu'elle prît soin d'elle après avoir failli l'étrangler. Maria trouvait incroyable que quelqu'un qui se montrait parfois aussi brutale, pouvait dans d'autres circonstances, se montrer si douce. La jeune juge avait à un moment rougi en se rendant compte de ce qu'elle avouait à Root, mais Root avait su la mettre à l'aise. Maria ne parlait pas d'attirance amoureuse ou de désir, mais de réconfort et d'affection, la jeune Mexicaine s'était sentie comprise et sa gêne avait aussitôt disparu.

En découvrant les sévices subis par les deux jeunes femmes, Shaw n'avait rien laissé filtrer de ses émotions sinon sa colère ou sa rage parce qu'elle savait qu'à ce moment-là, Alvarez comme Root avaient eu besoin de se sentir soutenues. Root, sans Shaw, se serait laissée mourir dans la remorque. Shaw expliqua comment elle les avait senties prêtes à s'écrouler, comment elle n'avait pas vraiment su les réconforter, comment sa colère contre Samaritain, l'Imitateur et elle-même, l'avait pratiquement rendue malade. Comment au Walter Reed, elle aurait aimé les aider, être là pour elles, comment elle s'était reprochée d'être inutile et faible. Comment... Shaw s'arrêta soudain en jurant. Elle venait de se rendre compte que c'était elle qui se confiait à Root, qui déversait sa douleur, ses craintes, son malaise sur elle, alors qu'elle désirait au contraire que Root se confiât à elle.

Root reprit la parole dès qu'elle entendît Shaw jurer, elle ne voulait surtout pas la laisser glisser. La pente sur laquelle menaçait de s'engager Shaw comportait des pièges qui la conduiraient vers d'autres pièges. Shaw y tomberait et s'y blesserait. Elle comprenait la douleur de Shaw, elle savait aussi que Shaw prenait peu à peu conscience de sa dépendance envers elle et Athéna et qu'elle avait de plus en plus de mal à l'accepter. Shaw se souciait de Root et tout à coup, elle s'apercevait qu'elle se déchargeait sur celle-ci de ses angoisses. Shaw s'en voulait et Root se dit que Shaw avait oublié ce qu'elle lui avait dit au Lac de la Prune : qu'elle ne pouvait pas vivre sans elle, qu'elle se tuerait si Shaw mourait. C'était le moment de le lui rappeler, pas de but en blanc, mais de le lui expliquer, de lui faire comprendre ce que cela signifiait.

« Tu as raison Sam, je me serais laissée mourir si tu n'avais pas été là. Je n'en pouvais plus. J'étais tellement fatiguée. Si tu ne m'avais pas secouée comme un prunier, je me serais endormie, tu serais restée attachée, je serais morte et tu serais retombée entre les mains de Samaritain. Ton sale caractère nous a sauvées toutes les deux. Tu as été présente pour moi, au bon moment, de la manière dont j'avais besoin. Tu m'as donné la force de me bouger et tu m'as offert la tendresse à laquelle j'aspirais désespérément à ce moment-là. Je sais que tu n'aimes pas trop cette idée, mais j'avais besoin de réconfort et tu me l'as apporté. Maintenant ça va. Tu sais que je ne suis pas affectée par les traumatismes, du moins pas trop. Tu es restée à mes côtés quand j'avais besoin de sentir ta présence, Aty a aussi gentiment veillé sur moi, j'ai été bien soignée et j'ai repris tranquillement mes marques. À l'hôpital, tu as toujours été là quand j'avais besoin de toi, qu'importe si tu restais enfoncée dans ton maudit fauteuil. Je ne me suis jamais sentie abandonnée. Le reste Sam... C'est juste de la douleur physique. Ce n'était pas agréable, mais ça se surmonte. Je me suis battue parce que je savais que je ne vous avais pas perdues, ni toi, ni Athéna. Ça ne veut peut-être pas dire grand-chose pour toi Sameen... mais pour moi le plus important, c'est de savoir que je n'ai pas perdu ceux que j'aime. Quand Aty ne m'a plus parlé il y a deux ans, j'ai douté. Même toi, surtout toi, tu t'étais aperçue que je déprimais. J'ai encore plus mal vécu ta disparition... Je ne savais même pas si tu étais vivante ou pas. Si je pouvais espérer ou pas. Je n'avais jamais réalisé avant que je pouvais te perdre, que tu pouvais disparaître. Je savais que tu m'aimais bien et que tu tenais à moi. Après ta libération... je ne savais pas vraiment comment je te retrouverais, mais ce qui était important Sameen, c'est que tu étais vivante, que tu étais restée fidèle à toi-même. Tu m'as donné plus que mes rêves Sameen. Je t'ai déjà dit qu'on n'avait aucun compte à se rendre. Je ne sais pas ce que je t'apporte vraiment, mais je sais ce que tu m'apportes. Je sais que tu m'estimes et que tu tiens à moi. Et même si tu pars un jour à des milliers de kilomètres de moi, l'important pour moi, c'est de savoir que tu es vivante et heureuse. Que je ne sois pas ton ennemie.

- Tu ne seras jamais mon ennemie Root.

- Quand tu doutes de toi Sameen, pense que, dans ce camion, sans toi, j'aurais renié tout ce en quoi je crois, mes combats, mon amour pour Aty, mon amour pour toi. Mon amour pour moi. Tu as fait bien plus que de me sauver la vie ce jour-là, ou de sauver la tienne Sameen. Tu as sauvé nos âmes.

- Amen. »

Root ne releva pas, elle aurait pu suivre Shaw sur la voie de la plaisanterie, désamorcer l'émotion née de ses paroles. Ce qu'elle venait de dire à Shaw avait trop d'importance pour elle et pour Shaw, et Root voulait le lui faire comprendre. Elle glissa sa main sur le poignet de Shaw, la fit glisser dans sa main et entrelaça ses doigts aux siens.

« Personne ne brisera jamais l'affection que j'ai pour toi Sameen. Personne n'effacera les souvenirs que tu m'as offerts. Même toi, tu ne pourrais pas. »

Shaw libéra sa main et se croisa les bras sur la poitrine. Elle repassait un par un les mots que venait de prononcer Root. Elle lui attrapa le poignet et la tira à sa suite.

« Viens, on va dormir Root. Je suis naze. Tu… »

Shaw s'arrêta et hésita quelques secondes.

« Je... je peux dormir avec toi ? Juste dormir.

- Tu me demandes ça à moi Sameen, alors que ça fait dix jours que je te supplie pour ? Tu n'as même pas voulu rester avec moi hier soir, il a fallu que tu t'octroies le canapé du salon.

- Je veux dormir, précisa Shaw.

- J'avais compris.

- Pas...

- C'est bon Sameen, rit Root. Je sais ce que veut dire « dormir ».

- Oui, mais... »

Root se pencha sur elle.

« Tu veux dormir sagement et tu veux que je sois sage... Ne t'inquiète pas, tu n'as pas besoin de m'attacher pour ça.

- Je ne t'attacherai jamais, répliqua immédiatement Shaw d'une voix sourde.

- C'était une façon de parler, se défendit Root.

- Évite.

- D'accord, viens maintenant... Attends... Tu ne veux pas m'embrasser pour sceller notre accord ?

- Non.

- Non ?

- Non.

- Tu as peur ?

- Oui.

- De succomber ?

- Non, de ta libido galopante.

- Tu es vraiment de mauvaise foi.

- Arrête de m'énerver et avance ! »

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.

Fusco n'avait pris qu'une petite valise-cabine que lui avait trouvée Reese dans la chambre de Root au lac de la Prune. Le port de son arme ne lui avait occasionné aucun désagrément. Il avait passé les portiques de sécurité sans jamais déclencher aucune sonnerie d'alerte. Athéna sans doute. Il se dirigea immédiatement vers la sortie. Sanders l'attendait et lui fit de grands signes de la main.

« Lionel !

- Bonjour Éli, lui lança-t-il par-dessus les barrières en souriant. »

Il était content de la retrouver. Elle vint le rejoindre et s'arrêta émue devant lui.

« Ce n'était pas un canular Lionel, ni un piège. Ils l'ont vraiment arrêtée. »

Elle se retourna vers un homme de haute taille au visage sévère.

« Je te présente Anton Matveïtch, c'est le chef de sécurité de Maria Alvarez, c'est lui qui m'a prévenue. »

Fusco soupira. Sanders n'avait pas écouté ses recommandations, il avait fallu qu'elle rencontrât le Russe. Il s'abstint de tout reproche et tendit une main à l'homme. Matveïtch... le patron d'Anna Zverev. Manquait plus que le duo de déjantés, pensa Fusco.

« Messieurs-dame, bonjour ! clama une voix enjouée derrière lui. »

Et voilà... Fusco n'avait pas besoin de se retourner pour savoir à qui appartenait la voix reconnaissable entre toutes. Il l'imaginait déjà tendre d'un air satisfait son badge sous son nez et se demandait pour quelle agence elle serait censée travailler, la CIA ? Sanders se retourna vivement.

« Agent Philby, FBI, fit Root en tendant comme Fusco l'avait prévu sa carte ouverte sous leur nez.

« Et voici l'agent Eckart et l'agent Radclif, continua Root en désignant les deux personnes qui se tenaient deux pas derrière elle.

- Qu'est-ce que vous nous voulez ? demanda Sanders sur la défensive.

- Je ne vous veux rien Lieutenant. Seulement vous servir de témoin. Vous vous apprêtez à doubler le FBI, alors que vous savez pertinemment, votre coéquipier et vous, que nous sommes officiellement en charge de ce dossier. Vous vous montrez indisciplinée pourtant... vous savez comme le FBI déteste d'être doublé et comme ses agents peuvent se montrer mesquins. Moi, je suis une gentille, conclut Root sur le ton de la confidence. »

Fusco leva les yeux au ciel. Root jouait si brillamment les agents arrogants et condescendants, tout en ponctuant son discours d'expressions ou d'attitudes qui lui donnaient l'air d'être une vraie folle-dingue. Sanders surprit son expression et le sourire que Root ne put s'empêcher d'envoyer au Lieutenant.

« Fusco ! C'est toi qui les as prévenus ? lui demanda-t-elle déçue

- Non ! se défendit Fusco. Je ne t'aurais jamais fait ça Éli.

- Les lignes que vous utilisez ne sont pas spécialement sécurisées Lieutenant Sanders, insinua Root en se penchant sur l'oreille de Sanders.

- Je suis sur écoute ! s'offusqua Sanders.

- Bah... répliqua Root avec une moue désolée. Vous savez comment les agences fédérales peuvent se montrer indiscrètes. Mais pour votre propre sécurité Lieutenant, pour votre propre sécurité. Et puis, craché-juré, vous récolterez toute la gloire pour vous. Les médailles, les poignées de mains moites ne sont pas ma tasse de thé, je vous les laisse volontiers. Quant aux buffets dans ce genre de manifestation… C'est une honte ! Et dites-moi ? Qui boit du Champagne qui ne provient pas de la région de production en France… le FBI ? C'est le PPI, oui.

- PPI ? ne put s'empêcher de demander Fusco.

- Pingre et Plouc.

- Et le I ? insista Fusco.

- Je vous laisse l'embarras du choix Lieutenant., mais cela me semble si évident. »

Sanders tiqua, l'agent lui sembla tout à coup bien peu sérieuse. Elle observa ses deux collègues. Une grande femme d'une trentaine d'années et un homme bâti comme un athlète, un peu plus âgé. L'homme portait un costume, bien coupé et une jolie cravate, les femmes des tailleurs pantalon qu'on aurait dit faits sur mesure.

« Je déteste le PPI et encore plus me promener avec des PPI, déclara Root. Mes coéquipiers s'habillent comme je le souhaite ou font équipe avec quelqu'un d'autre. Pour tout vous dire, les agents apprécient mes goûts vestimentaires et mon tailleur, sans compter le fait que si je ne suis ni P, ni P, je suis encore moins I.

- Ah euh… balbutia Sanders honteuse que la femme ait lu dans ses pensées.

- Bon, que faisons nous maintenant ? demanda Root sur un ton guilleret. »

Matveïtch se tourna vers Sanders, attendant sa réponse.

« Lionel ? demanda Sanders.

- On ne pourra pas se débarrasser d'elle, autant la mettre au parfum.

- Vous êtes psychologue lieutenant, le félicita Root.

- Ouais, ne poussez quand même pas trop loin la plaisanterie.

- Vous pouvez compter sur moi, répliqua Root en lui dédiant un clin d'oeil. »

Fusco souffla intérieurement, comme pouvait-on espérer que Root ne se montrât pas complètement frappa-dingue.

« Monsieur Matveïtch, expliqua Sanders. Nous conduira demain matin jusqu'à la personne que nous souhaitons rencontrer.

- Pourquoi demain matin ? s'étonna Fusco.

- Ma patronne aimerait passer une bonne nuit, répondit Matveïtch

- Elle a été… ? commença Sanders sans finir sa phrase.

- Oui, répondit Matveïtch. Mais elle a été soignée.

- Il reste des évidences de ce qu'elle a subi ? s'inquiéta Sanders.

- Je peux vous assurer qu'il en reste, et qu'elles resteront longtemps, très longtemps, nous avons aussi ses dossiers médicaux. »

Fusco jeta un coup d'œil à Root et il surprit la femme qui se tenait derrière elle se mordre la lèvre inférieure. Une désagréable sensation lui chatouilla l'estomac. Il observa attentivement Root. Elle arborait un petit sourire content, mais un éclat dur brillait au fond de ses yeux facétieux et il lui donnait un air dangereux.

« Donc nous passons la nuit ici ? s'enquit Fusco.

- Oui, confirma Sanders. Nous avons des chambres au Motel 6, c'est à dix minutes de l'aéroport en voiture.

- Et bien nous vous tiendrons compagnie, déclara Root. Nous aurons ainsi le temps de mieux nous connaître. Vos dossiers sont très intéressants, je dois l'avouer, mais rien ne vaut une évaluation personnelle. »

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Tucker, plus ou moins dissimulé derrière un comptoir, avait assisté à l'arrivée de Fusco et à la rencontre avec des différentes parties. Quand Sanders, Fusco, le Russe et les trois agents du FBI quittèrent l'aéroport, il leur emboîta le pas et les suivit jusqu'à leur hôtel. Il avait réussi à éviter Sanders. Elle ne l'avait pas repéré. Il trouvait cela incroyable. Arrivée en face de l'hôtel, il sortit son téléphone.

« Monsieur, les lieutenants Fusco et Sanders ont retrouvé leur contact.

- Vous avez pris des photos ?

- Oui, Monsieur, comme vous me l'aviez demandé, mais des agents du FBI les ont rejoints, je les ai pris en photo aussi.

- Envoyez-les-moi.

- Oui Monsieur.

- Vous ne les lâchez pas, dit immédiatement Samaritain à peine Tucker avait-il envoyé ses photos. Sous aucun prétexte. Vous avez repéré la voiture du Russe ?

- Oui, monsieur.

- Vous avez placé dessus ce que je vous avais fourni ?

- Oui monsieur.

- Parfait. Continuez votre mission. »

Samaritain considérait Tucker comme un agent peu efficient, mais il lui servirait.

Anton Matveïtch...

« Monsieur Greer ?

- Mon cher Samaritain...

- Identifiez-vous les personnes sur cette photo ?

- Certaines seulement, Anton Matveïtch, Élisabeth Sanders, Lionel Fusco et... Samantha Groves. Par contre, je ne connais pas les deux autres personnes qui se tiennent derrière elle.

- Je ne les ai pas identifiées non plus.

- C'est étrange.

- Pas s'ils accompagnent Samantha Groves.

- Que préparent-ils ? demanda Greer.

- L'arrestation spectaculaire du Chirurgien de la Mort.

- Monsieur Lambert ?

- Oui, confirma Samaritain. Mais cela n'arrivera pas, des équipes sont déjà en route. »

Greer approuva et s'abstint de demander à Samaritain s'il espérait toujours récupérer Sameen Shaw.

Greer se reprocha de ne pas avoir tuée la jeune femme quand il l'avait eu à portée de main. Samaritain accomplissait des miracles à travers le monde. Il le refaçonnait, il le reconstruisait. Tellement plus beau. Mais l'évasion de Sameen Shaw avait distrait Samaritain, elle avait aussi relancé La Machine, même si Greer n'arrivait pas à savoir quelle puissance l'IA pervertie possédait réellement. Greer pensait qu'il ne fallait plus essayer de convaincre Sameen Shaw à rejoindre leurs rangs. Samaritain la considérait comme un virus et cherchait à la faire muter à son propre avantage. Greer pensait qu'il fallait simplement l'éradiquer. Tout comme Samantha Groves.

« Pas s'ils accompagnent Samantha Groves, avait déclaré Samaritain »

La jeune femme pouvait-elle ainsi mettre Samaritain en échec ? La Machine constituait-elle une menace pour Samaritain ? Une réelle menace ? Greer ne voulait y songer. Samaritain détenait les clefs de l'avenir de l'humanité.

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NOTES DE FIN DE CHAPITRE :


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Notes de traduction : Je remercie très chaleureusement TaTchou pour sa connaissance des langues slaves.

Cука ! : ( Russe) : cf « ah le con » ou « oh putain »...

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Maria Alvarez :

Pour DKN et celles ou ceux qui n'auraient pas lu Une semaine avant l'éternité ou qui auraient la mémoire qui flanche, je rappelle que le personnage de Maria Alvarez est un pure invention de ma part, mais que pour les besoins d'une description, je me suis inspirée du physique d'une personne réelle, et plus précisément de la chanteuse Mexicaine originaire de Tijuana, Julieta Venegas.

J'ai mis des liens sur Archive of Our Own... Deux liens qui vous donneront une idée de ce à quoi elle peut ressembler (mais ce n'est pas un copier-coller, je me suis inspirée de son physique c'est tout).