Hello !

Merci beaucoup pour vos reviews ! Alors, comme l'avis général se porte sur la longueur des souvenirs, je vous promets une chose : la prochaine fois, c'est le retour à la réalité. Promis, juré, craché ! En attendant, voici deux chapitres (oui je continue ma routine) à nouveau ciblé sur le personnage complexe qu'est Drago Malefoy. Je ne blablate pas plus et je vous laisse lire tranquilou. Vraiment désolée que ce soit si long, en prévoyant l'histoire je ne comptais pas me laisser emporter comme ça, et je n'avais pas pensé en écrire autant... Mais bon, c'est a dernière fois, c'est promis.

Bonne lecture !

DragoHermione : Pas de problème, par contre il faudra peut-être me le rappeler à la fin de l'histoire (oui j'ai une mémoire de poisson rouge) ^^ En effet, c'est moi qui ai inventé le sortilège Foudroyus Identique, à vrai dire il est un peu sorti comme ça de mon imagination :P Concernant tes suppositions, je ne peux rien dire encore ! Mais j'apprécie vraiment que tu m'en fasses part. Merci encore pour tes reviews à chaque fois, elles me font vraiment plaisir. A très vite ! P.S.: Comme on peut s'en douter je pense, avec le titre de ce chapitre, nous allons explorer l'âme de Drago...


34. - Au fond de l'âme

Les yeux de Malefoy l'emmenèrent quelques années en arrière, dans ce même manoir, dans l'une des multiples pièces dont elle ne connaissait même pas l'existence. Devant elle se tenait Lucius Malefoy, fier et droit, le menton relevé d'un air hautain. Son regard méprisant observait fixement le sol ; elle baissa donc la tête et découvrit son fils gisant par terre, la mâchoire crispée et les mains plaquées sur son ventre. À sa simple vue ainsi, son cœur fit un bond ; d'instinct, elle se précipita vers lui, avant de s'arrêter net en s'apercevant que c'était inutile.

- Règle numéro une de la famille Malefoy, récita son père en se mettant à tourner autour de lui. La seule façon de survivre est d'être arrogant, cruel et manipulateur. C'est ce que nous sommes tous appelés à être. Plus tu seras méprisant, plus tu pourras avancer dans la vie.

Il lui enfonça son sceptre dans l'estomac.

- Répète, ordonna-t-il d'un ton sans appel.

Fermant les yeux pour contenir la douleur, Malefoy s'exécuta difficilement. Quant il eut fini, Lucius le frappa à nouveau.

- Répète les yeux ouverts et la voix ferme.

Son fils souleva à grand peine ses paupières. Toute la souffrance du monde était perceptible dans le gris de ses yeux, mais il obtempéra quand même.

- Règle numéro deux de la famille Malefoy, reprit son professeur d'une voix sans âme. Amour, amitié, confiance et sentiments n'existent pas dans le vocabulaire d'un Malefoy digne de ce nom. Ce ne sont que des balivernes destinées à organiser ta chute dès que tu baisses la garde. Répète.

À nouveau, son fils obéit. Il paraissait faire des efforts surhumains pour contenir sa douleur, mais Hermione le trouvait sincèrement fort de passer outre.

- Règle numéro trois de la famille Malefoy. Les maîtres de la magie noire sont les seuls à mériter notre respect et notre reconnaissance. Eux seuls sont capables de gouverner le monde. Répète.

En l'observant faire, Hermione sentit une nouvelle fois ses sinus la piquer. L'enfance de Malefoy était tellement injuste...

- Règle numéro quatre de la famille Malefoy. Les moldus, Sang-de-Bourbes, traîtres-à-leur-sang et créatures magiques ne sont que des souillures. Leur infériorité fait d'eux la cible des maîtres de la magie noire, car ils ne devraient même pas peupler ce monde. Répète.

Les efforts du Serpentard semblaient de plus en plus durs à réaliser. Sa respiration était irrégulière et il peinait à satisfaire les désirs de son père. Lorsque sa voix trembla, Lucius lui infligea un coup de pied dans les côtes qui lui coupa le souffle. Mais le pire pour Hermione fut le craquement qui s'ensuivit ; horrifiée, elle se pencha sur lui inutilement. À cet instant, Malefoy devint transparent avant de disparaître.

La pièce resta la même, mais le jeune homme et son père changèrent de place. À présent, ils étaient debout face à face, le Serpentard baissant la tête sous le regard tranchant de Lucius.

- Tu n'es qu'une vermine, un échec, aboyait celui-ci. Tu es la honte de la famille.

Malefoy se recroquevillait sous le poids des insultes qui fusaient.

- Tu ne vaux pas mieux que ces Sang-de-Bourbes que tu refuses de torturer. Je te préviens, fils, que si tu n'as pas changé d'avis dans deux ans, je te déshérite, je te bannis de ce manoir et de cette vie. Est-ce bien compris ?

Il hocha craintivement la tête ; il paraissait n'avoir qu'une dizaine d'années, pourtant la terreur dans ses yeux le vieillissait cruellement.

La décoration de la pièce laissa place aux murs d'une salle vide. Les mains de Malefoy étaient suspendues à une corde qui les maintenait en hauteur, et il était affaissé de tout son poids, uniquement retenu par les liens qui l'enserraient.

En face de lui, son père, son regard d'acier et sa voix de glace.

- Tu ne connaîtras que la souffrance et la soumission, le désespoir et la honte. Il te faudra te battre contre la cruauté de la vie, et pour cela, fils, tu dois être fort. Pour être fort, tu dois avoir subi. La seule façon de construire un homme est de le détruire.

Illustrant ses paroles, il le gifla avec une telle puissance que la tête de Malefoy partit violemment en arrière et que sa joue se colora de rouge, puis vira au bleu. Véritablement pétrifiée devant tant de violence et de haine, Hermione lâcha un hoquet à mi-chemin entre le sanglot et le gémissement. Lorsque Lucius leva une nouvelle fois la main, elle poussa un cri strident et se jeta en avant avec l'intention de l'arrêter ; mais il choisit cet instant pour disparaître et se matérialiser dans un lieu totalement différent où il ne fut plus qu'une silhouette encapuchonnée. Suffocante, la lionne recula brusquement en tournant la tête dans tous les sens : une multitude de Mangemorts l'entourait, formant un cercle de masses noires immobiles.

Soudain paniquée, elle fit quelques pas en arrière, espérant inconsciemment leur échapper ; à cet instant, elle découvrit une autre masse noire roulée en boule par terre. Son cœur rata un battement lorsqu'elle reconnut une tignasse de cheveux blonds ébouriffés.

- Drago, lâcha-t-elle dans un souffle.

Son prénom était sorti tout seul ; elle ne s'en préoccupa pas. Ses yeux s'exorbitèrent lorsqu'elle comprit qu'elle allait assister à une scène d'humiliation totale.

- Non, non, non ! s'exclama-t-elle en plaquant ses mains sur ses oreilles.

Simultanément, elle ferma les yeux en serrant étroitement ses paupières. Elle ne voulait pas être témoin d'un tel événement. Il était hors de question de rester là à regarder Malefoy se faire torturer devant ceux qui deviendraient ses confrères – car c'était sans doute ce qui allait se passer. En effet, lorsqu'un hurlement lui vrilla les oreilles malgré toute l'énergie qu'elle dépensait à les boucher, elle cria elle aussi pour ne plus avoir à les entendre. Mais les sanglots commençaient déjà à se former dans sa gorge ; folle de désespoir et de chagrin, elle fondit en larmes sans cesser de s'égosiller.

Le souvenir ne s'éternisa pas, pourtant quand les hurlements s'interrompirent, elle eut l'impression d'avoir vieilli de dix ans. Haletante, le visage trempé et les membres tremblants, elle s'autorisa enfin à déboucher ses oreilles et soulever ses paupières. Elle s'aperçut alors que le double souvenir était terminé et qu'elle était de retour dans la cellule, en face des yeux gris de Malefoy qui venait manifestement de se remémorer toutes les horreurs auxquelles elle venait d'assister.

Une vague de soulagement déferla en elle ; tout à coup, elle eut envie de serrer le Serpentard dans ses bras. Mais c'était impossible, alors elle se contenta de le détailler attentivement. Au bout de quelques minutes, Malefoy sortit de sa transe et se pencha vers la jeune fille inconsciente. Avec une délicatesse jusqu'alors insoupçonnée, il glissa un bras sous ses jambes et l'autre sous sa tête et la souleva avec une facilité déconcertante. Tant de douceur dans ces gestes contrastait curieusement avec son attitude précédente, surtout quand Hermione se rappelait la lueur rouge qui avait traversé son regard.

Mais, tandis qu'il sortait des cachots et grimpait les escaliers, elle réalisa qu'elle ne lui reprochait rien de son comportement. Savoir ce qu'il avait subi dans son enfance changeait complètement son point de vue sur lui ; et, au contraire, elle admirait la force qu'il avait dû trouver pour surmonter toutes ces épreuves. Alors qu'elle traversait le hall et parcourait les couloirs à ses côtés, elle eut soudain une bouffée de tristesse et de tendresse pour lui qui n'avait connu que la haine, le mépris, la violence, l'humiliation, la soumission, la lâcheté et la souffrance durant toute sa vie.

Une larme roula sur sa joue, mais cette fois cette larme était pour lui, et non plus à cause de lui.

Malefoy poussa la porte de l'infirmerie, alluma les chandelles d'un coup de baguette magique et se dirigea jusqu'au lit. Toujours avec douceur, il déposa le corps inerte de la jeune fille inanimée puis fouilla dans les placards à toute vitesse, cherchant probablement de quoi la soigner. Souriant à travers ses larmes, Hermione le regarda faire, plantée au milieu de la pièce.

Enfin, le Serpentard dénicha un petit flacon dont il lut l'étiquette. Apparemment soulagé, il se dépêcha de l'ouvrir et de s'asseoir à côté de sa prisonnière. D'une main habile, il lui retira ses vêtements sales et déchirés qui ne ressemblaient même plus à des vêtements, lui laissant seulement son soutien-gorge et sa culotte. Il attrapa un seau et du savon, et, à l'aide d'un torchon qu'il mouilla, nettoya précautionneusement les plaies béantes qui saturaient son corps. Il essuya le sang qui recouvrait pratiquement tout son corps, puis, lorsqu'il eut fini, attrapa sa baguette. Fermant les yeux dans un effort de concentration, Malefoy la leva au-dessus de la jeune fille et se mit à prononcer une série de mots incompréhensibles qui devaient sûrement constituer une formule très complexe.

Au fur et à mesure qu'il marmonnait, les bords des blessures semblaient se rapprocher lentement, puis se recoller peu à peu, avec plus ou moins de facilité selon l'emplacement et la taille. Hermione vit une plaie de la taille de son avant-bras située sur la cuisse de son moi du passé se refermer complètement, tandis qu'une autre dans son cou, sans doute beaucoup plus profonde bien que beaucoup moins large, peinait à se reconstituer. Certaines d'entre elles restèrent quand même ouvertes, mais en s'en apercevant, Malefoy redoubla d'effort, plissant le front pour se concentrer davantage.

Au bout d'une bonne dizaine de minutes, le Serpentard rouvrit les yeux pour constater les changements. La plupart des blessures n'étaient plus que de fines entailles, mais quelques-unes persistaient, et apparemment cela lui déplaisait fortement, à en juger par le froncement de sourcils qui s'ensuivit.

Abandonnant sa baguette magique, il se pencha sur l'une d'elle ouverte sur la poitrine de la jeune fille, juste sous son menton. Doucement, il l'effleura du bout des doigts dans un geste qui ressemblait à une caresse. Le souffle d'Hermione se bloqua et elle suivit des yeux le mouvement de sa main. Malefoy traça le contour de la plaie, puis il attrapa de nouveau sa baguette et abaissa ses paupières. Prenant une grande inspiration, il murmura une formule en pointant l'extrémité de sa baguette sur la blessure. Il paraissait y mettre encore plus de volonté qu'auparavant, ce qui pourtant avait paru impossible. Mais finalement, au bout de quelques secondes d'insistante, les bords de la plaie se resserrèrent.

Un sourire satisfait se dessina sur le visage du Serpentard. Même si elle n'était pas totalement refermée, elle n'était plus aussi profonde, ce qui faciliterait sans doute sa cicatrisation.

Il prit ensuite le petit flacon, trempa son doigt à l'intérieur et l'appliqua délicatement sur la première entaille. Encore une fois, la tendresse dans ses mouvements stupéfia Hermione qui ne pouvait plus le quitter des yeux. Il exécuta le même rituel sur toutes les entailles et les plaies, jusqu'à ce qu'elles soient toutes recouvertes d'une fine couche de pommade. Après quoi il reboucha le flacon, se lava les mains, et étendit une couverture sur la jeune fille toujours inconsciente.

Les chandelles de la pièce éclairaient faiblement son visage, mais lorsqu'il s'assit à ses côtés, Hermione put discerner l'inquiétude ancrée dans ses traits. Il ne la lâchait pas des yeux, attendant patiemment qu'elle émerge, ce qu'elle ferait dans un bon bout de temps.

Pendant les secondes du souvenir qui suivirent, Malefoy demeura au même endroit, mais Hermione vit les aiguilles de l'horloge accrochée au mur tourner à toute vitesse, indiquant que les heures passaient et qu'il attendait toujours, inlassablement. Quand les aiguilles se placèrent sur le douze, il quitta son chevet le temps de ramener un matelas qu'il déposa à ses côtés. S'allongeant dessus, il garda néanmoins les yeux ouverts pendant plus de trois heures, et lorsqu'il se laissa emporter par le sommeil, il se tenait toujours aussi près d'elle.

Il en fut ainsi pendant deux jours durant lesquels il reproduisait exactement les mêmes gestes. Le temps qui passait paraissait accentuer son inquiétude, mais il ne disait rien et ne quittait l'infirmerie sous aucun prétexte, pas même pour manger.

À l'aube du troisième jour, sa mère entra dans la pièce, manifestement rongée par l'anxiété.

- Ça ne peut plus durer, Drago, objecta-t-elle d'un air navré. Tu ne pourras pas rester ici indéfiniment.

Il leva les yeux vers elle.

- Et pourquoi donc ?

- Parce que ça fait deux jours que tu ne manges rien, que tu ne fais rien, répondit-elle avec exaspération. Et si elle mettait des mois à se rétablir ?

La mâchoire de Malefoy se crispa.

- Je resterai ici le temps qu'il faudra.

Narcissa secoua la tête d'un air las.

- Non, je suis désolée mon chéri, mais tu ne peux pas...

- Qu'est-ce que ça peut te faire ? l'interrompit-il d'un ton dur. Je fais ce que je veux. Que je sois là ou ailleurs dans le manoir, qu'est-ce que cela change ? Aucun de nous deux ne peut sortir, de toute façon.

Sa mère semblait désespérée, pourtant elle ne trouva rien à redire.

- Tu peux venir avec moi si tu ne veux pas rester seule, proposa-t-il gentiment.

Elle soupira.

- Ce n'est pas le problème, Drago. Ça me tue que tu te plies en quatre pour qu'elle se réveille, alors que ça n'arrivera peut-être jamais...

- Elle se réveillera, certifia le jeune homme d'une voix ferme.

- Mais enfin...

- Maman, coupa-t-il brusquement. Est-ce que tu te rends compte de ce qui s'est passé ? Je l'ai torturée. Tu m'entends ? Tor-tu-rée.

Son ton était cinglant et il articulait chaque syllabe pour aggraver l'effet que lui faisait ce constat. Narcissa le dévisagea avec de grands yeux.

- Je me suis abaissé au comportement de mon père simplement parce que j'ai perdu le contrôle de moi-même, enchaîna-t-il, la voix vibrante de rage. Ses mots m'ont fait tellement mal que je n'ai pas pu me retenir. Quand elle m'a insulté, quand elle m'a regardé avec toute cette haine, j'ai... j'ai...

Il baissa les yeux, ouvrant et fermant la bouche, peinant à poursuivre.

- J'ai eu l'impression de me retrouver face à père, face à ses injures et à ses sarcasmes, face à son mépris et sa violence, souffla-t-il à voix basse. Je n'ai pas supporté qu'elle pense la même chose de moi que lui, je n'ai pas supporté de subir une nouvelle fois tout ça et j'ai... j'ai répliqué à sa manière, ce qui ne pouvait que confirmer ses dires, finalement.

Il y avait tant de douleur dans ses paroles qu'Hermione fut envahie de remords. Elle se mordit nerveusement la lèvre, attristée par ce qu'elle venait d'entendre.

Malefoy affronta à nouveau le regard de sa mère.

- Je ne veux pas être comme lui, tu entends ? Jamais.

Une larme coula sur la joue de Narcissa.

- Ne pleure pas, maman, la pria-t-il, aussitôt paniqué, en s'avançant vers elle pour la serrer dans ses bras. Je sais que tu l'aimais, même s'il était... s'il était...

Le mot ne franchit pas ses lèvres, mais il retentit dans la pièce comme s'il l'avait prononcé tout haut. « Un monstre », acheva Hermione à sa place. Ce fut à son tour de baisser la tête, terrassée, parce que tout était de sa faute, même si elle ne pouvait pas le savoir. Elle n'aurait jamais dû s'énerver ainsi, même si Malefoy n'aurait pas dû insulter son meilleur ami.

- Mon bébé, gémit Narcissa contre son épaule. Je suis tellement désolée...

- Ce n'est rien, la rassura-t-il en reprenant contenance. C'est du passé, c'est fini.

La phrase qu'avait prononcée Lucius pendant qu'il battait son fils s'imposa dans l'esprit de la lionne : « La seule façon de construire un homme est de le détruire. » Il s'agissait là d'une bien piètre manière d'éducation. Pourtant, Lucius avait eu l'air parfaitement convaincu du bon fonctionnement de cette méthode. Pas un instant il n'avait paru douter de ses conséquences.

La lueur indescriptible qui persistait dans les yeux de Malefoy assura à Hermione qu'en dépit de ses mots de réconfort, il n'oublierait jamais rien.

- Pardonne-moi, je t'en prie, murmura Narcissa en prenant son visage en coupe entre ses mains. Pardonne-moi de n'avoir jamais rien fait.

- Tu ne pouvais rien faire, affirma Malefoy doucement. Ce n'est pas grave.

Il lui sourit faiblement. Le regard de sa mère se posa sur la jeune fille sous les couvertures.

- Veille bien sur elle, Drago. J'espère de tout mon cœur qu'elle va se rétablir.

Le sourire de ce dernier s'affaissa. Il hocha lentement la tête avant de se tourner à son tour vers sa prisonnière.

- En plus, j'allais l'évacuer, confessa-t-il. Je suis allée la voir pour le lui annoncer, mais je n'en ai pas eu le temps...

Crispant à nouveau la mâchoire, il serra les poings.

- Ni le courage, ajouta-t-il à voix si basse qu'Hermione l'entendit à peine.

Un ange passa.

- Je crois que je n'en avais pas envie, lâcha-t-il enfin dans un murmure tout juste audible.

Narcissa opina avec l'ombre d'un sourire.

- Je le sais, mon chéri.

À cet instant, elle devint floue avant de disparaître. Quant à Malefoy, il se retrouva couché sur le matelas à côté du lit de sa prisonnière. Il était plongé dans un sommeil agité ; de temps en temps, une partie de son corps tressaillait, et ses sourcils se fronçaient. Tout à coup, la jeune fille ouvrit les yeux et poussa un hurlement, faisant bondir le Serpentard qui se redressa aussitôt avec un grognement sourd.

- Kess'kya ? marmonna-t-il d'une voix ensommeillée.

Seul un gémissement lui répondit. Secouant la tête pour s'éclaircir les idées, Malefoy se pencha au-dessus d'elle.

- De la lumière, maugréa-t-il, et une seconde plus tard, toutes les chandelles s'allumèrent.

Le soulagement était nettement visible sur le visage du Serpentard.

- Tu vas bien ?

Comme elle n'ouvrait pas la bouche, il pâlit.

- Réponds-moi !

Sa prisonnière cligna plusieurs fois des yeux. Les sourcils froncés, le Serpentard l'observa un long moment.

- Tu m'en veux tant que ça ou tu ne peux pas parler ?

La colère se peignit sur le visage de son adversaire, mais évidemment elle ne dit rien. Il la dévisagea, anxieux.

- Écoute, je suis désolé, je... j'ai perdu le contrôle de moi-même... Tu m'as mis dans un tel état de rage que je n'ai pas pu m'empêcher de répliquer à ma façon...

Penaud, il bafouillait, cas rarissime. Mais la jeune fille le mitrailla du regard, lui transmettant parfaitement ses pensées.

- Je t'ai soignée, se défendit-il, regarde...

Délicatement, il prit son bras pour le lever à la hauteur de ses yeux. Sa prisonnière suivit du regard les longues cicatrices qui barraient sa peau.

- J'ai fait tout ce que j'ai pu, je te le promets, mais la magie noire laisse toujours des traces...

Sur ces mots, le souvenir s'enlisa.

L'atmosphère changea totalement ; Hermione atterrit brusquement entre deux immenses arbres dans un endroit à luminosité réduite. En levant les yeux, elle reconnut la forêt dans laquelle les Mangemorts l'avait attrapée, et où Malefoy l'avait sauvée. La forêt où tout avait commencé.

La seconde d'après, le Serpentard transplana à ses côtés, et dès que ses pieds eurent touché le sol, il se mit en route. Intriguée, la lionne lui emboîta le pas.

Ils n'eurent pas à marcher bien longtemps ; rapidement, le lieu exact fut reconnaissable. Elle se revit, courant à toute vitesse, aveuglée par le noir, puis trébuchant et roulant sur plusieurs mètres avant de heurter violemment un tronc d'arbre. Malefoy paraissait justement se diriger vers cet endroit précis. Il considéra un instant le sol couvert de feuilles, les sourcils froncés. Il fit quelques pas vers la droite, quelques pas vers la gauche, puis, se décidant, suivit la trace en direction de l'arbre qu'elle avait dû percuter.

Un peu plus loin, il s'accroupit, scrutant la terre avec une attention particulière. La Gryffondor le contempla, perplexe. Que cherchait-il donc ? Du bout des doigts, il remua le tas de feuilles, dégageant le sol. Une croix apparut alors, discrète et pratiquement imperceptible. Satisfait, Malefoy observa le tronc de l'arbre juste devant lui. Il extirpa sa baguette, posa son extrémité sur la racine et murmura :

- Finite Incantatem.

Rien ne se passa. Hermione comprit qu'il venait d'annuler un sortilège qui devait sans doute dissimuler quelque chose dans le tronc.

- Accio baguette !

Aussitôt, l'écorce du tronc disparut le temps d'un battement de paupière, laissant passer une baguette magique que la lionne reconnut instantanément.

- C'est ma baguette !

Heureuse de la revoir, elle oublia un instant qu'il s'agissait d'un souvenir. Lorsqu'elle en prit conscience, son enthousiasme s'évapora.

« Alors, tout ce temps, Malefoy l'avait dissimulée dans le tronc d'un arbre pour que personne ne la trouve... Harry et Ron n'auraient jamais pu le savoir. »

Penser à eux était une erreur, car brusquement toute sa tristesse et son angoisse revinrent avec la force d'un ouragan, envahissant son esprit et nouant son estomac. Comme à son habitude, elle s'efforça donc de les chasser. « N'y pense pas, n'y pense surtout pas... »

Heureusement, lorsque Malefoy se redressa, la forêt autour d'eux se métamorphosa, et un long tapis rouge se déroula juste sous ses pieds. Le Serpentard s'avança le long du couloir d'une démarche précipitée et ouvrit l'une des portes à la volée.

- Ils ne vont plus tarder, maman, annonça-t-il à toute vitesse. Il est temps de s'en aller.

Appuyée contre le plan de travail, Narcissa laissa tomber les patates qu'elle épluchait pour se tourner vers lui.

- Drago, es-tu sûr que c'est...

- On en a déjà parlé, maman, coupa-t-il avec impatience. Il est hors de question de te mettre en danger. Allez, suis-moi.

Avec un soupir, elle hocha la tête et se jeta sur ses talons.

Malefoy parcourut deux couloirs avant de tomber sur le bon ; il s'accroupit, sortit un petit couteau de sa poche et s'entailla la main. Lorsque le sang perla, il le frotta contre le mur, et en un instant, le panneau apparut.

Hermione plissa le front ; elle ne comprenait pas pourquoi cette fois Malefoy avait eu besoin de son sang pour l'ouvrir alors que la dernière fois, lorsque les Mangemorts avaient débarqué, il l'avait fait sans cette petite opération avant.

Le Serpentard se releva et attrapa sa mère par les épaules.

- Je vais refermer le panneau juste après toi, expliqua-t-il en plantant son regard dans le sien. Tu ne pourras plus faire demi-tour. Tu vas suivre le passage, sortir dans le jardin et contourner le manoir. Puis, tu passeras derrière les buissons et tu continueras dans la forêt jusqu'à la grotte secrète. Si jamais tu penses qu'ils sont trop proches, tu te caches là-dessous et tu restes immobile jusqu'à ce qu'ils s'en aillent.

Il brandit une cape d'invisibilité et l'agita sous son nez.

- Sous aucun prétexte tu ne prends de risques. Est-ce bien compris ?

Narcissa acquiesça, les yeux larmoyants.

- Et toi, qu'est-ce que tu vas faire ?

- Je dois les combattre une bonne fois pour toute. Mais ne t'en fais pas, j'ai trouvé la solution.

Hermione repensa au papier où il avait décrit le sortilège Foudroyus Identique. Il avait vraiment envie de tous les battre.

- Une solution sûre à deux cent pour cent ? s'inquiéta sa mère.

Il lui prit les mains.

- Je m'en sortirai.

Elle sourit faiblement, puis lui demanda :

- Et miss Granger ?

Étrangement, le visage de Malefoy se ferma.

- Je vais l'évacuer. Elle va retourner chez Saint Potter et Weasmoche.

À nouveau, Narcissa opina.

- Quand ça ?

- Dès qu'ils seront là.

Sa mère parut hésiter, puis questionna :

- Pourquoi si tard ?

Malefoy ne répondit pas. Narcissa le dévisagea longuement, avec une tendresse infinie. Un sourire se peignit sur ses jolis traits. Elle parut comprendre quelque chose, mais Hermione fut incapable de deviner quoi.

- Fais bien attention, mon chéri.

Sur ces mots, elle se glissa dans le passage.


Je ne sais pas trop ce que vous pensez de l'attitude de Lucius, mais pour moi, il est vraiment comme ça : il est réellement convaincu d'utiliser les meilleurs moyens pour endurcir son fils. C'est une psychologie particulière, qu'on ne peut pas comprendre, parce que c'est quelque chose que nous ne côtoyons pas habituellement. Mais il existe vraiment des personnes qui pensent et agissent ainsi, avec la conviction que c'est ce qu'il faut faire (bien souvent, ces gens-là ne remettent pas en question les valeurs qui leur ont été enseignées, c'est comme ça et puis c'est tout). J'ai pensé qu'appliquer ce mode de fonctionnement à ce personnage lui allait bien ; en tout cas, cela n'enlève en rien l'amour paternel, même s'il est très très enfoui au fin fond de son âme (d'une certaine façon, mon titre de chapitre est multiple : il concerne à la fois l'âme de Drago, et celle de son père).

J'espère qu'il vous a plu

La suite est à la page suivante !

Merci d'avoir lu