Chapitre 35 : Le 8 Décembre.
Bill courrait dans la maison depuis une heure. Entre Georg qui avait cassé le lisseur, Tom et Chloé qui préféraient se câliner que se préparer, et Gustav qui avait piqué sa crise et cassé une pile d'assiettes de colère, il avait les nerfs à vif.
Vraiment.
Il entra dans la salle de bain, et termina son maquillage. Ses mains tremblaient, et pour la première fois depuis bien longtemps, il dut s'y prendre à trois fois avant de réussis à mettre son liner correctement. Avec un soupir d'énervement, il reposa son crayon, et sortit de la salle de bain.
Il avait choisi ses vêtements la veille. Lui qui habituellement détestait que les choses ne soient pas réglées comme du papier à musique se sentait étrangement pressé ce matin.
Pourtant, ce n'était qu'une petite conférence de presse … avec les représentants des plus grands magazines du pays. Et peut-être même d'Europe.
En réalité, et il le savait parfaitement, cette conférence n'avait rien d'habituelle : il allait devoir annoncer sa relation avec Morgane. Non seulement il avait conscience du danger qu'elle courrait dès que son visage ou du moins son existence seraient connus, mais en plus il se rendait parfaitement compte de ce que cet aveu signifierait : ce serait une officialisation de son couple. Et il avait peur. La trouille. Littéralement. Et il se détestait pour cela.
Bien sûr, il avait confiance en son couple. En Morgane. En lui-même. Mais il aurait voulu rester plus longtemps à l'abri, dans son monde. Elle et lui, en sécurité dans la chaleur de la maison, avec tous leurs amis. Que des personnes choisies, le sentiment d'être vraiment maitre de ses actes, des ses décisions. Et il savait que ça allait changer. Pour le meilleur et pour le pire.
Avec un soupir, il entra dans le salon et lança par-dessus l'épaule de son frère :
« - On doit être prêts pour dans vingt minutes ! Dépêchez-vous ! »
Alors qu'il sortait du salon, Bill entendit son frère pousser un grognement de dépit, puis Chloé pousser un léger gémissement. Bill soupira. Son frère, bien que fou amoureux de Chloé, n'avait tant changé qu'on aurait pu le penser. Il avait toujours autant besoin de contacts physiques, comme ça avait toujours été le cas, depuis sa plus tendre enfance. Bill eut un sourire attendrit en repensant au nombre de fois où son frère était venu le rejoindre dans son lit, parce qu'il avait froid, ou pour n'importe quelle autre raison. Ils restaient enlacés tous les deux, dans leur lit, jusqu'au matin, et quand leur mère les retrouvait dans cette position pleine de tendresse, elle ne pouvait s'empêcher de rester admirative devant l'aura d'amour qu'ils dégageaient.
C'est Tom qui s'était intéressé aux filles en premier, et il s'était peu à peu éloigné de Bill. Physiquement du moins, quand il avait compris à quel point leurs étreintes pouvaient paraître malsaines … trop sensuelles. Il avait fait le rapport avec ce qu'il avait appris à l'école, avec ses copains ou à la télé. Bill, pendant quelques mois, s'était renfermé sur lui-même, et avait eut du mal à approcher les filles.
Une nuit, un peu plus de six mois après le début des changements des relations entre les deux frères, Bill s'était réveillé. Il avait mis plusieurs secondes avant de comprendre que quelqu'un se couchait sous les draps, tout contre lui. Quand Tom avait posé son front contre le dos de Bill, ce dernier avait sourit franchement. Son frère était de retour. Et il avait eut la confirmation que jamais rien ne pourrait les séparer.
Quand Tom avait rencontré Chloé, et que Bill l'avait vu tomber petit à petit sous le charme de la jeune fille, il n'avait pas eu peur. Il avait en plus rapidement compris que Chloé était suffisamment intelligente et amoureuse de Tom pour comprendre ce lien si spécial qui liait les jumeaux.
Bill était heureux. Il aimait Morgane, et il savait que leur couple était solide. Il avait été bête de douter, quelques minutes auparavant. Il devait avoir confiance. En lui, en Morgane, en eux, en l'avenir. C'était ça le problème de Bill : il avait rarement assez confiance en lui.
Il entendit avant qu'il ne le vit Tom arriver derrière lui dans sa chambre, et se retourna avec un petit sourire.
« - Quelle tee-shirt je prend ? » Demanda Tom en lui montrant un immense tee-shirt blanc et un autre tout aussi immense mais noir.
« - Hum … Comment s'habille Chloé ? »
« - En noir. Comme d'hab'. »
« - Alors met du blanc. » Conseilla Bill.
« - Mais elle va pas être interrogée par les journalistes. Quel intérêt qu'on soit accordés ? » S'étonna le dreadé.
« - Elle ne va peut-être pas être questionnée, mais crois-moi, il y aura des photographes à la sortie, et ils n'attendront qu'une seule chose : pouvoir voler des images de nous tous. Et surtout de Chloé et Morgane. » Expliqua patiemment Bill.
« - Eliot ne vient pas ? » S'étonna une nouvelle fois Tom.
Bill, qui allait répondre, fut interrompu par les battements déchainés de Gustav sur sa batterie.
« - Qu'est-ce qu'il a Gus ? »
« - On s'est un peu engueulés. » Avoua Bill d'un ton contrit.
« - Pourquoi ? Qu'est-ce que tu lui as dit encore ? » Souffla Tom.
« - Je lui ai demandé de se dépêcher, et il m'a dit qu'il voulait que je le lâche. Et là, comme un con, je lui ai dit que de toute façon il avait qu'à rester, lui qui est célibataire. Il a complètement pété un plomb. » Lâcha Bill à contrecœur.
« - Bill… »
« - Viens pas me dire ce que je dois faire hein ! Je sais que j'ai joué au con, mais j'en ai marre de sa susceptibilité de merde ! » L'interrompit Bill.
Tom soupira. Il enfila son tee-shirt et regarda Bill. Son frère était vraiment stressé. Et il ne pouvait rien y faire. Chienne de vie.
« - J'allais pas dire ça. Si David avait pas décidé d'avancer l'interview, on aurait put se préparer mieux. En même temps, il l'a fait pour Chloé. Il l'aime bien je crois. »
« - Pour Chloé ? Tu plaisantes ? »
« - Non, pas du tout. Il a dit que c'est pour qu'elle soit tranquille plus rapidement. Et il pense que voir notre relation officialisée ne pourrait que l'aider. Et si ça peut aider Chloé, je suis plus que près ! »
Bill suspendit tout mouvement. Il savait que son frère aimait Chloé, mais l'entendre parler ainsi était rare. Il franchit les quelques pas qui le séparait de Tom et le prit dans ses bras. L'amour fraternel était tellement évident entre eux.
Chloé regarda autour d'elle. Dans la rue, des centaines de personnes se bousculaient. Le van avait du mal à avancer, et Saki, habituellement si calme, commençait à râler sérieusement. Son regard devait être anxieux, car Tom lui prit la main et entrelaça leurs doigts en lui souriant d'un air rassurant. iMerci. D'être là./i
Quand le van arriva aussi près de l'entrée que possible, Saki descendit et ouvrit la porte latérale, prenant bien soin d'écarter autant qu'il le pouvait les journalistes et les groupies qui s'amassaient ici comme des vautours autour d'une proie particulièrement intéressante. Appétissante. Bill, qui était le plus près de la porte, descendit le premier. Aussitôt, les hurlements des fans redoublèrent, et Chloé sentit ses poils se hérisser sur ses bras. Tom porta sa main à ses lèvres et l'embrassa doucement. Lui aussi avait peur, bien sûr, comme à chaque fois, mais il voulait avant tout protéger Chloé.
Il la poussa doucement devant lui, et descendit aussitôt après elle, sans la lâcher une seule seconde. Il fut un instant ébloui par la lumière du soleil, mais le trop plein de sensations qui l'assaillit venait surtout des hurlements et des houements des centaines de curieuses agglutinées autour de la voiture. Quelques insultes fusèrent, et par reflexe, Chloé tourna la tête dans la direction d'où semblaient venir les méchancetés. Avec un sursaut d'horreur elle reconnut le regard du motard qui avait croisé le van quand tous étaient allés faire les magasins en ville … le jour de son évanouissement.
Le regard de la jeune fille n'avait rien perdu de sa méchanceté, de sa violence, et Chloé eut l'impression d'être fouillée au plus profond d'elle-même par une main malveillante. C'était une impression semblable à celle qu'elle avait quand Gustav la regardait dans les yeux. Sauf que lui avait des bonnes intentions. Sauf qu'à lui, Chloé aurait confié jusqu'à sa vie.
Comme dans un nuage opaque la coupant du reste du monde, elle sentit Tom la tirer vers lui. Elle avait du s'arrêter, hypnotisée par le regard de la jeune fille. L'espace de quelques secondes elle avait été vulnérable. Gustav posa sa main dans le dos de la jeune fille, et se pencha pour lui murmurer à l'oreille : « Avance, et ne regarde surtout pas la fille. Ne la regarde pas. »
Il avait compris. Compris que quelque chose n'allait pas, et que Chloé avait besoin de sa force. Sans savoir pourquoi, il pressentait bien que Tom, malgré toute la bonne volonté du monde et tout l'amour qu'il avait pour Chloé, ne pouvait l'aider comme elle en avait besoin.
Chloé obéit. Comme Gustav le lui avait demandé, elle avança, et se colla contre Tom qui la serra contre lui avec un grognement de plaisir. Il aimait qu'elle vienne vers lui d'elle-même, qu'elle ait l'initiative. Elle qui était si timide et si réservée, ses gestes tendres avaient plus de valeur encore.
Quand tous furent réunis dans le hall de l'hôtel dans lequel aurait lieu l'interview, dans la chaleur réconfortante d'un lieu familiale – de luxe d'accord mais familiale quand même – Morgane et Georg s'approchèrent de Bill, Tom, Gustav et Chloé.
« - Pourquoi tu t'es arrêté ? » Demanda Georg à Chloé, exprimant la question que chacun se posait.
Ce fut Gustav qui répondit à la place de Chloé, et celle-ci en fut rassurée.
« - On en parlera après. Pour le moment, on doit se préparer. L'interview est pour dans trois quart d'heure. »
« - La voix de la sagesse ! » S'exclama Georg en levant les bras au ciel, provoquant l'hilarité générale.
Hilarité qui fut assombrie par l'arrivée de David, vêtu pour l'occasion d'un costume noir, tout simple, mais bien plus élégant que les jeans usés qu'il portait habituellement.
« - Les maquilleuses et les coiffeuses vous attendent. Vous aussi les filles. Et pas la peine de tirer cette tête Bill, je sais que tu peux te maquiller et te coiffer tout seul. » Soupira David, anticipant les plaintes de Bill.
En trainant les pieds, les six amis prirent l'ascenseur qui les mena au septième étage, qui avait été spécialement pour l'occasion. Saki du montrer un peu les dents pour que les deux grades du corps laissent passer Chloé et Morgane, mais dans l'ensemble leur chemin se passa bien.
La chambre qui avait été aménagée pour la conférence de presse avait été choisie comme une blague de mauvais gout : chambre n°483, comme on aurait pu s'en douter.
En voyant cela, Bill et Tom échangèrent un regard entendu. Ce choix annonçait d'entrée la couleur des questions : cela porterait sur le sexe et sur leurs écarts passés que sur le présent et l'amour qu'ils partageaient avec Chloé et Morgane.
Une jeune assistante les mena vers la chambre qui avait été réquisitionnée pour servir de loge. Plusieurs maquilleuses et coiffeuses s'affairaient, et bavardaient. Comme des pies, selon Chloé.
Cette dernière chercha Tom du regard, et fut rassurée de le trouver juste derrière elle. Sans savoir pourquoi, elle était mal à l'aise, et la boule qui s'était formée dans son estomac depuis qu'elle était entrée dans l'hôtel ne faisait que grossir, à tel point qu'elle exploserait sans doute bientôt. Et se connaissant, Chloé savait que ça ne serait pas une bonne chose. Pour tout le monde.
Deux maquilleuses vinrent les chercher, elle et Tom, et les guidèrent dans un coin de la chambre. Elles posèrent quelques questions banales, mais se bornèrent à ce que la politesse permettait. Elles connaissaient leur métier, et d'après ce que purent constater les deux amoureux, elles en avaient vu d'autre avant eux. Pendant les quelques minutes que dura le soin, Tom et Chloé ne se lâchèrent pas la main. Il y avait une peur qui flottait depuis quelques jours, et elle était sur le point d'être expiée, pour le plus longtemps possible, en tout cas ils l'espéraient.
Bill, comme on aurait pu s'en douter, refusa tout bonnement de laisser qui que ce soit le toucher, et insista pour maquiller lui-même Morgane, qui fut un peu irritée de le voir si possessif, et surtout si insistant à montrer que « si, je sais me servir d'un eye-liner et d'un crayon ! Non, je ne mettrais pas trop de blush ni de fond de teint. ».
Georg et Gustav, eux, s'installèrent confortablement sur des chaises voisines, et attendirent qu'on les remarques. Au bout d'un moment, une jeune fille arriva et se plaça derrière Gustav. Elle était visiblement gênée, et le regard lubrique que lui portait Georg n'améliorait en rien la situation.
Gustav, plutôt qui lui parler par le biais du miroir, se retourna pour lui faire face. Et fut ébloui par la beauté de ses yeux. Et par leur insondabilité (euh ... ils sont insondables quoi !).
