Hermione balaya du regard la large pièce circulaire tout en s'installant sur le siège en face du bureau du directeur. Pansy prit l'autre chaise, et commença à taper le bois de l'accoudoir avec doigts avec impatience. Dumbledore avait la fâcheuse habitude de briller par son absence lorsqu'il donnait un rendez-vous. Hermione soupira avant de se tourner vers la Serpentard à ses côtés.
- Tu ne m'as pas répondu, pourquoi es-tu ici ?
Son ton était aimable et posé, mais à l'intérieur, la Gryffondor bouillait de connaître la raison de leur rassemblement dans le bureau de la direction.
- En fait, je n'en sais pas plus que toi. J'ai reçu un message d'un elfe de maison juste après ton départ qui me disait de te rejoindre pour ton rendez-vous avec Dumbledore.
Etant donné que le directeur n'avait pas vraiment mentionné de date exacte, et qu'il ne devait normalement pas s'attendre à une visite si tôt après qu'il fut passé à l'infirmerie, Hermione haussa un sourcil. Pansy haussa les épaules, signifiant qu'elle n'y comprenait rien elle non plus. Alors que la Gryffondor se plongeait dans ses pensées, tâchant de comprendre ce qui pouvait bien la lier à Pansy Parkinson aux yeux de Dumbledore. Peut-être allait-il leur expliquer pourquoi la Serpentard avait ressentit les sentiments d'Hermione dans la Salle sur Demande. Ou encore cette familiarité qu'elle décelait dans la voix de Pansy alors qu'elle essayait de la calmer.
Le bruit d'un objet tombant au sol la fit sursauter, et elle leva les yeux vers la mezzanine, au-dessus du bureau. Dumbledore se tenait près de la balustrade, les mains tendues, un livre ouvert à ses pieds. Il marmonna des paroles inaudibles en ramassant l'ouvrage, et Hermione le vit grimacer alors que sa main calcinée touchait la couverture.
- Bonsoir mesdemoiselles. Je dois avouer que je ne vous attendais pas si tôt, fit-il en remarquant leur présence.
Le vieil homme leur avait intimé d'entrer lorsque Pansy avait frappé, aussi Hermione soupira d'exaspération. Dumbledore pouvait vraiment être agaçant. Il savait qu'elles étaient là, et agissait en toute innocence. Il descendit l'escalier avec lenteur avant de s'installer calmement dans son haut siège rouge.
- Alors ? Lança Hermione abruptement.
Pansy lui jeta un regard surpris, mais Dumbledore semblait s'attendre à la colère de la jeune fille, et il soupira.
- Alors, répéta t-il lentement.
Il ne poursuivit pas, et Hermione en fut aussi exaspérée qu'agacée. Visiblement, Pansy perdait elle aussi patience.
- Pourquoi nous avoir fait venir toutes les deux ?
- Il me semble que j'ai des choses à vous dire, à toutes les deux, répondit-il en toute simplicité.
- Eh bien allez-y !
Hermione se surpris elle-même par sa morgue, mais ne se calma pas pour autant.
- Racontez-nous vos petits secrets !
Dumbledore darda un regard indulgent sur la Gryffondor avant d'ouvrir la bouche.
- Tout d'abord, je voudrais vous dire ma profonde déception pour ne pas m'avoir parlé de Drago alors qu'il avait des problèmes. Je l'aurais aidé.
- Drago ne…
- Toutefois, coupa Dumbledore alors que Pansy cessait tout net ses protestations, je suis heureux de voir que vous avez pu l'aider comme il se doit, et que les choses se soient terminées ainsi.
- La mère de Drago est toujours en danger, remarqua Hermione en le fixant intensément.
- Certes, mais maintenant que nous savons où se tient le quartier général de Voldemort, et que la plupart de son armée à été capturée, nous pouvons prendre les choses en main.
Un vague de soulagement parcourut Hermione, et Pansy soupira elle aussi. Alors Drago ne perdrait pas sa mère. A moins que les aurors soient trop lents ? Hermione se secoua. Non, il fallait garder espoir.
- Qu'allez vous faire pour Voldemort ? Demanda t-elle alors.
- La seule chose à faire, le laisser fuir. Nous ne pouvons rien pour lui dans l'heure, et vous savez pourquoi j'imagine.
Il jeta un regard équivoque à Hermione, et elle sut qu'il était au courant que Harry avait tout raconté à ses amis. Pansy, elle haussa un sourcil.
- Pourquoi ne le détruisez-vous pas maintenant qu'il est seul ? Je croyais que vous étiez son pire ennemi ?
- Ce n'est pas ainsi que cela doit arriver.
Hermione se renfrogna. Cette prophétie était vraiment stupide. Tout pourrait être fini aujourd'hui. Pansy ne commenta pas, et la Gryffondor se promit de lui expliquer plus en détail la situation. Dumbledore était un vieil homme nébuleux, et il gardait trop de mystère. La prophétie n'était plus vraiment chose à cacher après tout ce qui était arrivé.
- Bien entendu, j'ai fais en sorte de ne pas ébruiter votre petite aventure dans la Salle sur Demande, poursuivit Dumbledore.
Il serait effectivement mal vu d'apprendre que Drago Malefoy portait maintenant la marque des Mangemorts, et qu'il avait passé plusieurs semaines à planifier le meurtre du directeur, aboutissant à l'entrée de toute une armée de mages noirs dans le château. Hermione en fut soulagé pour le Serpentard, qui n'aurait qu'à reprendre sa vie d'élève, comme avant.
- Et pour la marque ? Demanda assez justement Pansy.
- Nous ne pouvons rien y faire, malheureusement. Severus la porte lui aussi depuis des années sans plus faire partie des Mangemorts, et il n'a jamais pu l'effacer.
- Alors il la gardera pour toujours ? S'écria presque Pansy, horrifiée.
Dumbledore acquiesça, ses yeux perdant de leur éclat.
- D'ailleurs, Rogue…
- Le professeur Rogue Hermione, corrigea machinalement Dumbledore.
- Qu'a t-il a voir dans cette histoire ?
Hermione fixa son directeur avec impatience.
- Comme tu le sais, il est espion pour le compte de l'Ordre depuis des années. Il a poursuivit sa mission cette année encore, et je lui ai demandé de veiller sur monsieur Malefoy.
- Vous voulez dire que vous saviez pour Drago ?
- Bien sûr. Mais je ne savais pas ce qu'il comptait faire, car il ne racontait rien à Severus, malheureusement.
Pansy acquiesça et se blottit un peu plus dans son siège. Si seulement ils avaient su plus tôt quels alliés de taille ils avaient, ils n'auraient pas fait tant de secrets. Hermione pensait la même chose, mais elle avait pour l'heure bien autre chose en tête.
- Rogue… Le professeur Rogue m'a dit que vous saviez qui était le traître. Celui qui a vendu mes parents, fit elle d'une voix peu aimable.
- C'est exact.
Devant le regard assassin d'Hermione, il poursuivit.
- Mais je ne l'ai appris qu'il y a peu de temps. Et ce n'est pas le moment d'en parler pour l'instant.
- Quoi ? S'insurgea Hermione, des éclairs dans les yeux tout en se levant de son siège.
Pansy attrapa le bras d'Hermione d'une main et capta son regard avec difficulté.
- Hermione, calme toi. Pourquoi ? demanda t-elle à l'intention du directeur alors qu'Hermione tentait de reprendre une respiration normale. Pourquoi ne peut-elle pas connaître l'identité de celui qui a envoyé ses parents à la mort ?
- Parce qu'Hermione a les nerfs à vifs, et qu'il est dangereux d'apprendre ce genre de nouvelle dans cet état.
Il faisait évidemment référence à sa maladie, et cela fut loin d'apaiser la Gryffondor. Tout en se rasseyant lourdement, elle cracha.
- Alors vous ne me direz plus rien tant que je ne serais pas guérie ? C'est-à-dire jamais ? Je vais vivre dans l'ignorance toute ma vie ? Génial.
- Bien sûr que non. Simplement, j'ai déjà quelque chose à vous dire qui ne sera pas facile à entendre. Et je ne veux pas en rajouter.
La sérénité de Dumbledore faisait bondir Hermione intérieurement. Il lui cachait tant de choses, qu'il ne lui apprenait que bien plus tard, et tout ça sans gêne. Comment pouvait-on vivre ainsi dans le secret constant ? Il voulait la protéger, certes. Mais il n'avait aucune permission pour mener ainsi à la baguette ses jeunes élèves.
- Guérir ?
Pansy regarda tour à tour Dumbledore et Hermione, sans comprendre.
- Tu es malade Hermione ?
La Gryffondor haussa les épaules, passablement énervé contre le directeur. Celui-ci demanda d'un regard s'il pouvait en dire plus, et elle ne répondit pas.
- Hermione est… atteinte de la maladie de Veneficia Crescere. Elle entraîne une augmentation du taux de cellules magiques, plus ou moins importantes selon les émotions qui traverse la personne dans sa vie. Cette augmentation ne cesse que…
- Le jour où je meurs, finit Hermione.
Son ton indifférent attira un froncement de sourcils de Dumbledore, tandis que Pansy portait une main à sa bouche.
- Mais ce taux ne peut pas augmenter ! Il est… C'est immuable, non ?
Etonnée que Pansy connaisse l'existence des cellules veneficiennes, Hermione regarda la Serpentard.
- Pas chez les gens atteint par cette maladie.
- Mais il y a un remède, n'est-ce pas ?
- Non.
Avant même que Dumbledore ne réponde, Hermione avait prononcé le verdict, et Pansy baissa la tête
- En ça explique beaucoup de chose, souffla t-elle pour elle-même. Je suis désolé.
Elle reporta son regard sur la Gryffondor, qui lui sourit faiblement.
- C'est rien, je m'y suis faite.
- C'est bien ce qui m'inquiète, fit Dumbledore en la regardant par-dessus ses lunettes en demi-lune. Ce qui est arrivé avec le père de Pansy est…
- Intolérable ? Cet homme a tué mes parents !
Pansy hocha la tête.
- Il le méritait.
Dumbledore sembla surpris de la réaction de Pansy. Il sembla songeur un instant, et marmonna de façon inaudible quelques mots avant de se lever.
- Si je vous ai faites venir ici toutes les deux, commença t-il en s'approchant de la large armoire abritant sa Pensine, c'est pour vous montrer un souvenir.
- Quel sorte de souvenir ? Demanda Hermione en fronçant les sourcils. Est-ce que ça va m'aider ?
- Je n'en sais rien. En fait, j'espère que ça vous aidera toutes les deux.
Sur ces paroles énigmatiques, il les invita à le rejoindre, ce qu'elles firent sans empressement. Pansy pencha la tête au-dessus de la cuvette de pierre en fronçant le nez.
- Ce n'est pas dangereux ? Je ne suis jamais allé dans un souvenir.
- Moi non plus, admis Hermione.
Dumbledore sourit pour la première fois, indulgent.
- Non, ce n'est pas dangereux. Il pencha la tête vers le liquide blanchâtre, et les deux jeunes filles en firent de même, peu sûre de vraiment vouloir savoir ce qui se cachait dans l'esprit tordu de leur directeur.
Les larges pans de fumée autour d'eux se transformèrent bientôt, prenant forme avec lenteur. Bientôt, Hermione distingua un large bâtiment, et reconnut la vitrine du magasin côté Londres qui menait à Ste Mangouste. Elle vit plusieurs silhouettes marcher vivement dans la rue balayée par le vent, mais ne distingua pas de visage familier. D'ailleurs, elle ne distingua pas vraiment de visage. Seul une femme se détachait des autres, car ses traits étaient très précis.
- C'est tante Stacey ! S'écria Pansy en la repérant aussi.
- C'est aussi son souvenir. Je dois avouer que j'ai eu du mal à l'obtenir. Venez, suivons là, fit Dumbledore en emboîtant le pas de la sorcière.
Celle-ci entra dans la vitrine, et Hermione suivit le groupe, une boule dans l'estomac. Qu'était ce souvenir ? Qu'allaient-ils découvrir ? Qui était cette tante Stacey dont parlait Pansy ?
- C'est la sœur de ma mère, murmura Pansy tout près d'Hermione. Stacey Zabini.
- Zabini ? S'étrangla Hermione.
- Oui, c'est aussi la sœur de la mère de Blaise.
Hermione hocha de la tête et ils continuèrent de suivre le souvenir légèrement brumeux. La femme, au devant, marchait avec empressement, ses talons claquant sur le carrelage dans un bruit assez agaçant. Bientôt, elle arriva devant une porte blanche. Un panneau était accroché dessus, et Pansy plissa les yeux en même temps qu'Hermione.
- Parkinson ? lu Pansy en fronçant les sourcils.
La Gryffondor avait lu la même chose, et elle poussa la Serpentard dans la pièce sur le point de se refermer. Là était couché une femme, du même âge à peu près que Stacey. La trentaine, des cheveux noirs, des yeux verts, et les traits tirés par la fatigue. Sa sœur était assise sur une chaise à ses côtés, et elle sortit de son sac une viennoiserie.
- C'est ma mère, chuchota Pansy à l'adresse d'Hermione. Je crois que c'est quand je suis née, finie t-elle, la voix tremblante.
Hermione fronça les sourcils. Pourquoi ce souvenir ? Pourquoi devait-elle y assister ? Elle glissa un œil circonspect à Dumbledore, mais il avait le visage fermé, les yeux rivés sur la scène qui se déroulait.
- Tiens Rose, je t'ai apporté un pain au chocolat. Comment tu vas ?
- Comment crois-tu que je vais ? Je viens d'accoucher Stace !
Sa sœur émit un faible rire et passa un doigt réconfortant sur la joue pâle de sa sœur. Hermione regarda Pansy, qui restait béate devant la scène. Elle lui fila un coup de coude.
- Est-ce que ça va ?
- Oui. C'est juste que je n'avais jamais vu ma mère aussi… Vivante, souffla Pansy.
- Tu veux dire que…
- Elle n'est pas morte, la rassura aussitôt la Serpentard, qui voyait Hermione pâlir. C'est juste que mon père est un homme exigeant, et que ma mère n'est pas heureuse avec lui. Parfois on dirait un robot.
Hermione soupira de soulagement, bien qu'imaginer la jeune femme souriant en face d'elle les yeux vitreux, sans aucune attention pour sa fille, lui pinça le cœur. Quelle drôle de vie avait eu Pansy.
- Comment les as-tu appelé ? Demanda soudainement Stacey alors que Rose croquait avec vivacité dans son pain au chocolat.
- J'attends Stefan pour leur donner un nom, tu le sais, soupira t-elle en avalant avec difficulté.
- Ah. Tu ne devrais pas, il à mauvais goût, grimaça sa sœur.
- Arrête de le descendre comme ça ! Il n'est pas ce que tu crois !
- Ah oui ?
Rose balança son oreiller dans la figure de sa sœur avant de rire, d'un rire cristallin. Hermione vit Pansy qui commençait à avoir les yeux brillants. Ce devait étrange de vivre avec une personne alors qu'on ne la connaissait pas vraiment. De voir sa mère pour la première fois comme elle devrait être. Hermione lui passa une main dans le dos, réconfortante. Pansy lui sourit sans même la regarder, les yeux rivés sur sa mère.
- Pourquoi a t-elle dis leur ? Leur donner un nom ? Tu as une sœur ou un frère ? Chuchota t-elle alors.
- J'avais une sœur jumelle à la naissance, mais elle est morte peu après sa sortie, grimaça Pansy.
Hermione fit une moue désolée, mais la Serpentard avait déjà reporté son attention sur sa tante et sa mère. Soudainement, elle eut comme un poing dans l'estomac. Elle regarda Dumbledore, qui lui rendit son regard. Avant qu'elle ne puisse dire quoi que ce soit, une infirmière entra dans la pièce, la mine sombre.
- Mesdames, salua t-elle rapidement. J'ai une annonce à vous faire.
Pansy se renfrogna, imaginant déjà les paroles de la femme en blouse blanche. Mais Hermione se tendit comme jamais, le cœur battant à cent à l'heure.
- L'une de vos filles, la seconde. Elle est…
- Quoi ? Elle va bien ? S'alarma immédiatement Rose.
Stacey lui attrapa la main, inquiète elle aussi.
- Oui, elle est en pleine forme, simplement… Elle n'a pas de…
- Quoi ? Dîtes-moi !
- Elle n'a aucun pouvoir en elle. Son taux de cellules veneficiennes est trop bas pour qu'elle puisse utiliser la magie.
- Mais…
Rose sembla déconfite, et Stacey lui jeta un regard alarmé.
- Stefan ne voudra pas la garder, oh Merlin !
Hermione eut l'impression qu'une lourde pierre lui tombait dans l'estomac alors qu'elle commençait doucement à comprendre. Pansy avait toujours les sourcils froncés, ses yeux verts emplis de questions. Dumbledore garda son attention sur ses deux élèves, la mine fermée.
- Je ne veux pas voir la suite, fit alors Hermione d'une voix blanche. Je veux quitter cet endroit ! JE VEUX QUITTER CET ENDROIT !
Ses yeux sombres se tournèrent vers Dumbledore, et la fumée commença lentement à refaire surface, les formes se dissipèrent. Hermione reconnut bientôt le bois familier du bureau du directeur, le Choixpeau. Elle se tint la tête, les yeux brillants. Elle était sur le point d'exploser.
- Qu'est –ce que ça signifit ?
Pansy gardait un air de totale incompréhension, son visage fin tourné vers le directeur, puis vers Hermione, qui se recroquevillait contre le mur.
- Pourquoi nous avoir montré ça ?
- Parce que ce sont vos origines. Hermione est ta sœur jumelle, répondit simplement Dumbledore.
