Bonjour, amis lecteurs! On voit que c'est les vacances, c'est plus calme au niveau des reviews, ces derniers temps :p merci à ceux qui commentent mes chapitres envers et malgré tout, j'ai nommé RoronoaAgathou, LuLucyole, Musicmyb, Arya Cahill et Pauline et Rineca ! ^^
Gros bisous à vous, et bonne lecture !
Sanji revint à lui en sentant une vive douleur lui vriller la tempe, et il voulut reculer sa tête par réflexe, mais constata qu'elle était déjà appuyée au dossier d'un fauteuil, et que ses membres étaient immobilisés également. Il ouvrit les yeux et se retrouva, une fois de plus, face-à-face avec les fabuleux yeux violets de Cindry, qui tenait en main un morceau de gaze imbibé d'alcool, d'après l'odeur piquante qui s'en dégageait. La jeune femme planta son regard dans le sien brièvement, puis continua à désinfecter la plaie qu'il avait sur le côté du crâne.
Ah, oui. Ça lui revenait, maintenant. Elle l'avait assommé avec une assiette. Les souvenirs de la journée précédente refaisaient surface peu à peu, et le cuisinier se sentit mortifié en se remémorant la façon dont ce satané sérum l'avait réduit à une docilité de petit enfant. Il avait fait tout ce qu'on lui demandait, sans opposer la moindre résistance. Comble de l'humiliation, il s'était même déshabillé et avait uriné devant une dame. Son honneur ne s'en remettrait jamais !
- Ça va laisser une cicatrice, dit soudain Cindry, ayant apparemment fini. Vous devriez changer votre mèche de côté, si vous ne voulez pas que ça soit trop visible.
- Ah… Merci du conseil, la remercia Sanji, un peu surpris de ce souci nouveau pour son apparence.
- Bon. Puisque vous êtes réveillé, je vais vous chercher à manger, annonça-t-elle en se levant de son tabouret.
- Non, attendez !
Cindry s'immobilisa, et le fixa à nouveau de son regard indéchiffrable.
- Pourquoi faites-vous tout cela ? demanda le blond à brûle-pourpoint. Je veux dire… Il est évident que vous ne portez pas le docteur Hogback dans votre cœur. Alors, pourquoi rester avec lui ?
La jeune femme resta silencieuse quelques instants, et Sanji crut qu'elle n'allait pas répondre, mais elle finit par secouer la tête avec tristesse.
- Je suis comme vous, lui révéla-t-elle avec une certaine sympathie dans la voix. Je me suis réveillée un matin, sans rien reconnaître de ce qui m'entourait. Je ne me souvenais même plus de mon propre nom. Mais Hogback était là, à mon chevet, et il m'a dit que j'étais sa femme, et que j'avais eu un grave accident. C'est très étrange, de s'entendre dire par un inconnu que vous êtes mariés depuis presque dix ans… Mais après tout, rien ne me prouvait que c'était faux. Et puis, il a été d'une patience infinie avec moi. Il est venu tous les jours, il m'a aidée à remarcher, et il m'a raconté mon passé petit à petit. Que j'étais une grande comédienne, qu'il était un fan inconditionnel, et qu'à force de venir à toutes mes représentations, et de m'attendre à la sortie de ma loge avec des fleurs et des chocolats, il avait fini par conquérir mon cœur. Et tous les jours, il me disait qu'il gardait espoir, que j'allais bientôt retrouver la mémoire, et que je me rappellerais alors de mon amour pour lui. Qu'on pourrait redevenir comme avant. Mais le temps a passé, et je suis restée amnésique. Ça fait plusieurs années, à présent, et je n'ai jamais réussi à répondre à ses sentiments comme il l'espérait. Alors parfois, il s'impatiente et il me traite un peu rudement, oui… Mais je peux comprendre que ce soit frustrant pour lui, cette situation.
- Ma colombe ! protesta Sanji, la voix pleine de compassion. Je comprends que vous vous sentiez redevable vis-à-vis de lui. Mais si après plusieurs années, vous n'êtes pas retombée amoureuse de votre époux, c'est que cela n'arrivera plus. Dans ce cas, pourquoi rester à ses côtés quand il ne vous inspire que du dégoût ? Nul ne peut forcer les sentiments, et il ne peut vous en vouloir pour cela… Vous avez déjà fait plus d'efforts que ce qu'il aurait pu escompter.
- Partir, du coup ? Mais pour aller où ? Je n'ai nulle part où aller, pas de famille, pas d'amis… Ou, si j'en ai eus, je ne m'en souviens pas, et Hogback ne m'en a jamais parlé, riposta Cindry, défaitiste. Financièrement aussi, je suis entièrement dépendante de lui, puisque je n'ai jamais repris le travail après mon accident !
- Je crains fort que ce vil scélérat vous ait mis sciemment dans cette situation, afin de s'assurer que vous ne lui échapperiez pas, déclara le chef-coq après un moment de réflexion. Qui sait ? Peut-être même a-t-il menti au sujet de votre mariage, en profitant de votre perte de mémoire. Mais laissez-moi vous rassurer, ma douce : vous avez un ami en ma personne, et je ferai tout mon possible afin de vous sortir de cette situation !
Cindry le considéra avec étonnement, et ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais des voix venues du couloir l'incitèrent à reprendre une expression neutre et à se mettre debout, le bras derrière le dos, pour attendre l'arrivée de son « mari ». Celui-ci n'était pas seul, à en juger par les éclats de voix qui s'approchaient, et effectivement, lorsque la porte s'ouvrit, Sanji put voir qu'Hogback était accompagné de Moria, et d'un deuxième individu, légèrement plus petit que l'homme aux cheveux violets. L'inconnu avait pour sa part des cheveux blonds très courts, des binocles aux verres teintés en rouge et à la forme allongée, une chemise blanche ouverte sur le devant, un manteau volumineux recouvert de plumes roses, et un pantalon fuchsia avec des rayures plus claires, maintenu à la taille par une ceinture orange. Il avait également l'air plus jeune que les deux médecins. Une trentaine d'années, peut-être ? Qui pouvait-il bien être ? Ses goûts en matière de mode étaient pour le moins douteux, en tous cas…
- Le voici, M. Doflamingo, fit Hogback en faisant un geste vers Sanji. Notre miraculé !
Oh ! C'était donc lui, Doflamingo ? Voilà qui était décevant. Le réformé se serait attendu à quelqu'un de plus imposant, quelqu'un avec de la classe et de la prestance… pas à cette espèce de saltimbanque.
- Hogback ! Je vous ai déjà dit de ne pas appeler M. Doflamingo par son nom ! s'énerva Moria, en jetant un regard nerveux en direction de l'emplumé. Son nom de code, c'est « le Joker » !
- Ne vous inquiétez pas, mon bon Gecko, il n'y a aucun risque que ce jeune homme n'aille crier sur tous les toits que le Joker et Donquixote Doflamingo ne sont qu'une seule et même personne, le rassura l'homme aux lunettes d'un ton sirupeux. Car après tout, nous ne le laisserons jamais s'échapper… N'est-ce pas ?
Tandis qu'Hogback et Moria éclataient d'un rire forcé, Sanji sentit un frisson lui parcourir l'échine. D'accord. Cet homme-là, malgré son accoutrement très disparate, pouvait faire peur lorsqu'il le voulait.
- Alors comme ça, tu es né au XVIIème siècle, mmh ? continua Doflamingo en s'approchant du cuistot pour lui caresser la joue. Et tu n'as vraiment aucune idée de comment tu as survécu jusqu'à aujourd'hui ?
- Le sérum le rendait incapable de mentir, Monsieur, il n'aurait pas pu… commença Moria.
- Je sais, le coupa Doffy d'un ton sec. Je connais les effets du sérum, c'est moi qui vous paye pour le produire. Vous vous rappelez ?
- Ah… Excusez-moi, Monsieur, balbutia l'homme aux cheveux mauves, très gêné.
- Bon, je disais, recommença l'emplumé en se tournant à nouveau vers Sanji. Tu n'as aucune idée de comment tu t'es retrouvé à notre époque, mmh ? Mais ne t'inquiète pas, on va le découvrir.
Sanji aurait voulu lui rétorquer quelque chose de cinglant, mais l'homme aux lunettes le prit de court en l'empoignant soudain par les cheveux pour lui dégager la totalité du visage.
- Oh, oh. Mais que voilà d'étranges sourcils, sourit Doflamingo, tout à fait effrayant. Des sourcils que je ne vois pas pour la première fois… Dis-moi, jeune homme, est-ce que tu connais le Germa 66 ?
- Le… Germa 66 ? répéta Sanji en grinçant des dents. Par ma vie, c'est la première fois que j'entends ce nom !
- Par ta vie, hein ? Et qu'en est-il de ce qui lui a précédé ? Ton existence immortelle ? insista Doffy en s'approchant encore plus du visage du blondinet. Tu serais prêt à jurer dessus, aussi ?
- Mon… existence immortelle ? reprit Sanji en écho, sans comprendre. Parlez-vous de mon âme ? Car celle-ci appartient au Seigneur, qui en fera ce qu'il aura jugé bon au jour de ma mort. Je ne puis jurer sur quelque chose qui n'est pas à moi.
L'emplumé eut l'air surpris de cette réponse, et se redressa finalement, lâchant les cheveux de sa proie.
- Au Seigneur, tu dis ? Ma parole, tu n'as vraiment aucune idée de ce dont je suis en train de parler… souffla-t-il en faisant les cent pas devant lui. Peut-être que… oui, peut-être que tu ne t'en rappelles tout simplement pas…
- Hum, M. Doflamingo ? intervint soudain Hogback. Quels sont vos ordres ?
- Oh, fit le milliardaire en s'arrêtant net. Je l'emmène. Mettez-lui un bandeau sur les yeux, qu'il ne voie rien, et installez-le dans la limo. Hogback, son dossier médical est-il prêt ?
- Ah oui, oui oui ! Il est en parfaite santé, si ce n'est quelques carences alimentaires…
- Je m'en fiche, ce n'est pas moi qui le lirai, le coupa Doffy. Gecko, vous venez avec moi. Nous partons !
~~oOo~~
Sanji avait essayé de frotter l'arrière de son crâne contre le dossier de sa chaise, afin de pouvoir remonter légèrement le bandeau qui lui masquait la vue, et pouvoir espionner par en-dessous le chemin qu'ils prendraient. Malheureusement, ce mouvement avait été repéré par Hogback, qui non seulement avait resserré le maudit morceau de tissu, mais en plus avait conseillé à Doflamingo de se méfier du prisonnier car, dixit, « ce phénomène savait se défendre ». Ce fut donc avec des fers aux mains et aux pieds que le cuisinier fut guidé de façon brusque jusqu'à la voiture du milliardaire. Enfin, s'il s'agissait bien d'une voiture, car curieusement Sanji avait dû s'asseoir de côté par rapport au sens de la marche – un peu comme à l'arrière d'une charrette, finalement. Une fois dans le véhicule, il avait encore essayé de déloger son bandeau, mais une tape retentissante sur ses mains lui avait appris que Moria était assis en face de lui, et qu'il le tenait à l'œil. Dommage. Il avait donc tenté, dans un premier temps, de mémoriser tous les tournants que prenaient l'automobile, mais avait vite perdu le compte, comme sa nausée s'accentuait. Il ne s'habituerait décidément jamais à ces transports modernes…
Ce fut donc avec un certain soulagement qu'il entendit le bruit du moteur se couper, et les portières s'ouvrir et se refermer à l'avant. Puis ce fut au tour de la portière à côté du blond de s'ouvrir, et Moria le poussa sans ménagement hors du véhicule, le faisant presque trébucher sur ses chaînes. Il huma l'air, intrigué par l'odeur d'asphalte et de caoutchouc omniprésente. C'était comme s'il s'était agenouillé au milieu d'une de ces nouvelles routes, et qu'il avait reniflé le macadam. Néanmoins, ils n'étaient pas à l'extérieur, car il n'y avait pas d'autre bruit qu'eux, et qu'il y avait même de l'écho – une salle plutôt spacieuse, donc. Interrompant ses réflexions, Moria le poussa à nouveau en avant, jusqu'à lui faire franchir une porte et s'engager dans un couloir. Sanji fit un pas de trop, et heurta le mur d'en face. Bon. Un couloir plutôt étroit, apparemment. Il suivit le corridor, qui faisait une espèce de L, et franchit une nouvelle porte, pour se retrouver soudain dans un espace qui sentait la sueur et le désinfectant. Uh ? Un hôpital, peut-être ? Se décalant sur le côté, le chef-coq sentit sa hanche heurter un obstacle, et entendit Moria derrière lui pousser un juron réprobateur. L'objet qu'il avait cogné semblait monté sur roulettes, car il s'éloigna de Sanji au moment de l'impact, et alla frapper le mur avec un bruit métallique. Ce son eut le mérite d'attirer l'attention de quelqu'un, qui vint saluer son « patron » d'un ton neutre, et fit remarquer que ce n'était pas souvent qu'on le voyait dans les parages.
- Où sont César et Monet ? Allez me les chercher immédiatement, répondit Doflamingo d'un ton péremptoire.
- A vos ordres.
- Oh, et Gecko, enlevez donc son bandeau à notre invité. Il n'en a plus besoin, maintenant, continua l'emplumé avec un certain ennui dans la voix.
- Ah oui, bien sûr ! Tout de suite !
Sanji avait donc les yeux dégagés lorsqu'il vit arriver les fameux César et Monet. César était un homme plutôt grand, avec de longs cheveux noirs hirsutes, de curieux yeux jaunes (Jaunes ? Qui donc avait les yeux jaunes ?), une salopette jaune à rayures brunes et oranges, et un long manteau blanc sur lequel était écrit « GAZ » en lettres roses, et des gants violets foncés. Quant à Monet… Ah, quelle beauté ! Malgré ses cheveux verts et ses yeux jaunes (Sérieusement ? C'était quoi, leur problème ?), elle avait un visage très plaisant, pour ne même pas parler de son décolleté généreux. Elle aussi portait un long manteau blanc par-dessus son petit débardeur vert, et son pantacourt moulant jaune et orange.
- Aaaaah ! se pâma Sanji, un grand sourire aux lèvres. Ma mie, votre vue dans cet endroit hostile est comme un oasis pour un homme assoiffé ! Hélas, les mots sont pauvres pour décrire votre beauté ! Si mes mains étaient libres…
- Ferme-la ! ordonna Moria en lui donnant une claque sur le haut du crâne.
Monet, toutefois, avait l'air d'apprécier les compliments, et cachait un petit sourire derrière une main blanche et fine.
- Ahah ? On peut savoir qui est ce dragueur à la noix ? demanda César, les mains sur les hanches.
- C'est la clé du mystère ! annonça Doffy en se rengorgeant. L'élément qu'il nous manquait pour percer le secret de la vie éternelle ! Et je veux que vous vous occupiez de lui en priorité !
- Oh ? Mais ce n'est pas le boulot de Moria et d'Hogback, la recherche sur la vie éternelle ?
- Ils travailleront avec vous. Je veux que tous mes meilleurs éléments s'occupent de lui, toutes affaires cessantes. Je veux mettre toutes les chances de notre côté !
- Oook, reprit César, l'air un peu perplexe. Et qu'est-ce qui rend ce gars si exceptionnel, on peut savoir ?
- Il est né en 1660 ! révéla Moria, très fier de lui.
- Ah, quand même ! Bien conservé, pour son âge, plaisanta l'homme aux yeux jaunes.
- Je veux tout savoir sur lui : pourquoi son corps ne s'est pas décomposé, comment cette archéologue a réussi à le réveiller après plus de trois siècles de sommeil… commanda le milliardaire en faisant de grands gestes pour souligner son propos.
- Ce ne serait pas plus simple d'enlever l'archéologue et de lui demander directement ? intervint Monet, se grattant la joue d'un air indifférent.
- Ne touchez pas à Robin ! Elle n'a rien à voir avec tout ça ! s'exclama Sanji, le cœur battant la chamade.
- On t'a dit de te taire ! gronda Moria en lui donnant une autre calotte.
- Non, je préfère éviter les bavures… répondit Doffy, ignorant l'interruption. Monkey D. Luffy et sa bande doivent être sur leurs gardes, maintenant, et ce sera plus difficile de les surprendre. De plus, Nico Robin est très intelligente. Je doute qu'on arrive à la capturer sans faire de remous. Alors que notre ami Sanji, ici présent, n'a aucune existence légale… Maintenant que nous l'avons fait disparaître, c'est comme s'il n'avait jamais existé du tout. Difficile de signaler la disparition de quelqu'un qui est censé être mort depuis plus de trois siècles, mmh ?
- Si vous croyez que c'est ça qui va les arrêter… Luffy et les autres arriveront bien à dévoiler vos petites manigances, un jour ou l'autre, promit Sanji, d'un ton menaçant. Et alors, vous irez tous en prison !
- Fufufufufu ! J'attends de voir ça ! s'esclaffa l'homme aux lunettes. Je ne m'attendais pas à pouvoir ennuyer la famille Monkey D tout en m'approchant de mon but, mais je dois avouer que c'est un plus très appréciable… Fufufufufu !
Sanji tremblait de colère contenue, mais avec les pieds et les mains menottés, il ne pouvait rien faire. Et même s'il parvenait à sortir de là, il ne savait même pas où il était !
Puisqu'il n'avait pas réussi à les convaincre qu'il était un homme du futur (ou plutôt, du présent, pour eux), il ne lui restait plus qu'à pousser Doflamingo à commettre des erreurs qui l'enverraient en prison. Déjà, il était le complice de ceux qui avaient enlevé le réformé, et il avait dit sans détours qu'il ne pensait jamais lui rendre sa liberté. Mais de cela, Sanji n'avait pour preuve que sa seule parole, et il se doutait qu'elle ne valait pas grand-chose face à un homme aussi puissant que le milliardaire. Cindry témoignerait peut-être en sa faveur, mais il ne fallait sans doute pas trop compter là-dessus. Non : il fallait que le cuistot obtienne des preuves tangibles, irréfutables celles-là. Et pour cela, mieux valait jouer le jeu pour le moment.
- Bien. Je vous ai communiqué mes exigences : je vais vous laisser discuter de la marche à suivre, à présent, décréta brusquement Doffy avec un sourire doucereux. Tenez-moi au courant.
Et sur ce, il repartit par là où il était venu, laissant Sanji seul avec les trois scientifiques.
- Bon. Concrètement, on fait quoi ? demanda César en se tournant vers Moria, haussant un sourcil interrogatif.
- Le problème, c'est que notre miraculé ici était beaucoup trop paniqué en se réveillant à notre époque, pour pouvoir se souvenir avec précision de ce qui l'entourait quand il a ouvert les yeux, expliqua Moria sur un ton réprobateur. Même en l'interrogeant avec le sérum de vérité, ses descriptions restaient assez vagues… Pourtant, son cerveau a enregistré ce qu'il a vu et entendu, et il suffirait donc de l'aider à se remémorer des détails.
- Ah. Hypnose, donc ? suggéra Monet.
- C'est à ça que je pensais, effectivement, acquiesça Moria. On pourra faire ça demain, à la première heure. Pour l'instant, autant déjà escorter notre ami à sa cellule, et prendre le temps d'éplucher son dossier médical ensemble, afin d'établir le protocole à suivre… Des objections ?
- Aucune. Monet, tu veux bien emmener notre nouveau patient à sa cellule, et nous rejoindre ensuite dans mon bureau ? demanda César en se tournant vers son assistante. Mets-le avec l'autre enroulé, je suis sûr qu'ils vont bien s'entendre !
- Oh, bonne idée, pouffa la jeune femme.
Sanji, quant à lui, suivait toute cette conversation avec consternation. « L'autre enroulé » ? De qui pouvait-il bien s'agir ?
~~oOo~~
L'autre enroulé s'appelait Duval, et Sanji avait compris en le voyant pourquoi ils étaient supposés bien s'entendre. En effet, Duval avait aussi les sourcils en spirales, les cheveux blonds, et un léger duvet sur le menton. Mais sa ressemblance avec le cuisinier s'arrêtait là, car il avait les yeux noirs, le nez large, les lèvres épaisses, et infiniment moins de classe que Sanji. Malgré tout ce que pouvait dire Wanze.
- Sasasasasa ! On dirait des jumeaux ! se moquait l'homme aux dents de lapin, tellement hilare qu'il frappait le sol de son poing.
- La ferme ! Cet espèce de… simplet ne me ressemble absolument pas ! se vexa le chef-coq, jetant un regard courroucé à son pseudo-sosie.
- Eh ! C'est qui que tu traites de simplet ? s'énerva Duval en se levant de la banquette où il était assis. Je vais te tuer, connard !
- C'est ça ! Essaye seulement, et je te promets que je te referai le portrait de façon à ce que l'on ne nous confonde plus jamais, gronda Sanji en levant la jambe droite. Et toi ! Arrête de rire, et donne-nous donc à manger !
Wanze était en effet chargé de distribuer leur pitance à tous les prisonniers enfermés dans le laboratoire. Il était arrivé en patins à roulettes, poussant un chariot fumant devant lui, et s'était immédiatement esclaffé en voyant Sanji et Duval côte-à-côte.
- Voilà, voilà… C'est ramen, aujourd'hui ! annonça le cantinier avec entrain.
Sur ce, il ouvrit la petite trappe aménagée en bas de la porte métallique de leur cellule, et fit glisser deux bols odorants sur le sol.
- Encore des ramen… souffla Duval en ramassant son assiette. C'est tous les jours pareil…
- Au moins, on nous donne à manger, c'est déjà ça, répliqua Sanji en commençant à manger.
Wanze reparti, et Duval occupé à avaler ses nouilles de la façon la plus bruyante possible, le blondinet put repenser à ce qu'il avait découvert jusqu'ici. Et notamment, qu'il était loin d'être le seul captif de Doflamingo.
En effet, Monet l'avait guidé à travers les couloirs aux murs grisâtres, jusqu'à pousser une porte qui, étonnamment, les avait amenés dans une sorte de dortoir, où jouaient des enfants. La salle était toute en longueur, et de part et d'autre, des dizaines de lit se succédaient, séparés entre eux par des casiers métalliques. Mais surtout, le plus surprenant, c'était la taille des marmots ! Sanji s'était immobilisé, stupéfait en constatant que certains étaient plus grands que lui, tandis que d'autres étaient minuscules.
- Mademoiselle Monet ! s'étaient écriés les bambins avec ravissement lorsqu'ils s'étaient aperçus de sa présence. Mademoiselle Monet, vous voulez voir notre nouveau jeu ?
- Ah, c'est gentil, les enfants, mais je suis un peu occupée pour l'instant, leur avait répondu la jeune femme avec un sourire attendri. Je venais juste vous rappeler de vous laver les mains avant le repas de midi. Mais je viendrai ce soir vous donner vos cachets et vous lire votre histoire, comme d'habitude !
Sanji avait jeté un regard étonné à Monet, ne s'attendant pas à trouver chez elle une telle fibre maternelle, après l'avoir entendue suggérer l'enlèvement de Robin sans le moindre état d'âme. La jeune femme lui avait alors intimé l'ordre d'avancer, d'un geste sec du menton, et le cuistot s'était exécuté, curieux de voir où elle l'emmenait.
Ils avaient ensuite traversé une pièce dont le centre était occupé par de larges éviers, surmontés de miroirs, tandis que des bancs et des portemanteaux s'alignaient contre les murs. Ensuite, ils étaient passés par un espace entièrement carrelé, où le plafond était percé de multiples têtes de douche, avant d'arriver dans une sorte de vestiaire plus petit, lui aussi muni d'éviers, de bancs et de portemanteaux, mais en moindre nombre. Et enfin, ils avaient débouché dans un long couloir, où des cellules grillagées se faisaient face de part et d'autre. Chaque cellule était ameublée à l'aide d'un lit superposé, d'une table de nuit, d'une banquette en bois fixée au mur, et d'un paravent dans un coin, qui cachait les toilettes. Et dans chaque cellule, il y avait au moins une personne.
Quelques détenus les avaient ignorés, mais la plupart s'étaient pressés contre les grilles pour voir passer Monet et Sanji, et en avaient profité pour insulter la jeune femme, la supplier de les laisser partir, ou lui faire des commentaires salaces. Le réformé, s'il avait écouté son éducation chevaleresque, n'aurait pas hésité à clouer le bec à ces pervers, mais il était bien trop horrifié par le spectacle qu'ils offraient. Il manquait des membres à certains, qui étaient alors remplacés par des parties animales : il y avait ainsi un homme-cheval, un homme-vache, un homme-bouc, et d'autres hybrides dont Sanji ignorait avec quelles bêtes ils avaient été croisés. Un autre, qui portait un chignon comme les samouraïs des films de Zoro, était réduit à l'état d'homme-tronc. D'autres encore s'étaient vus greffer des parties mécaniques, comme par exemple des bras munis de cymbales, ce qui leur donnait une apparence de jouets vivants. Le tout était à la fois grotesque et parfaitement terrifiant.
Duval, heureusement, avait eu la chance de conserver l'intégralité de son corps. Dans son cas, c'était l'esprit qui semblait particulièrement perturbé…
- Tu ne me crois pas, hein ? Quand je te dis que je suis l'élu de Dieu, dit-il brusquement, en reposant son bol vide près de la porte.
- Pas vraiment, non, soupira Sanji en se massant les tempes, sentant venir une autre conversation insensée.
- Pourtant, Dieu me parle ! insista Duval. Je vivais ma petite vie tranquille, et puis un jour j'ai commencé à entendre Sa voix… Il me disait qu'Il m'avait choisi… Et que j'avais le droit d'éliminer les êtres inférieurs, parce que je ne ferais qu'exécuter Sa volonté.
- Absolument charmant, grommela le réformé, qui avait soudain très envie d'une bonne pipe.
Ou d'une cigarette. Ça lui était égal, tant qu'il pouvait fumer.
- La police a commencé à me poursuivre, évidemment. Ils ne comprenaient pas que j'étais investi d'une mission sacrée, continua Duval sur le ton du regret. Alors, il a fallu que je me cache. J'ai commencé à porter un masque en fer, super classe, mais ils continuaient à retrouver ma trace à chaque fois. J'ai jamais compris comment ils faisaient.
- C'est stupide, fit remarquer Sanji avec agacement. Un masque en fer ? Il n'y a rien de moins discret ! Il suffisait de changer de coiffure, de te teindre les cheveux, ou de te raser la barbe, je ne sais pas, moi…
Duval ouvrit de grands yeux, comme si l'idée ne lui avait jamais traversé l'esprit, et le chef-coq se dit qu'il n'y avait vraiment aucune limite à la bêtise humaine.
- Ah ouais… reconnut son pseudo-sosie d'un ton pensif. Je n'y avais pas pensé. Bref. Je me suis dit qu'il fallait que je me fasse refaire complètement le visage, pour ne plus être reconnu, et j'ai cherché un médecin de l'ombre qui me ferait ça pour pas trop cher. J'ai fini par en trouver un, et j'allais me faire opérer, il m'a même endormi et tout… Et puis je me suis réveillé ici. Et tu sais quoi ? Pour la première fois de ma vie, on m'a cru quand j'ai dit que Dieu me parlait ! Ils voulaient même que je leur en dise plus, et que je leur raconte tous les détails. Ça t'en bouche un coin, hein ?
« Boucher un coin » ? Qu'est-ce que ça voulait dire ? Comment pouvait-on boucher un coin, à moins que le coin en question ne soit percé d'une ouverture, mais alors ce n'était plus vraiment un coin, si ? Et est-ce qu'il y avait vraiment moyen de « refaire » un visage de façon à le rendre méconnaissable ? A part en le défigurant ?
- Bon, en tous cas, j'espère qu'ils ne vont pas trop tarder à me refaire le visage, parce que ça fait des semaines que je suis là, maintenant, et que j'attends toujours mon opération, conclut Duval en secouant la tête.
Oh, non. La bêtise humaine n'avait vraiment, vraiment, aucune limite.
