Auteur : Umbre77
Titre : La magie d'une fleur
Résumé : Capturé par Voldemort, Harry n'a d'autre choix que d'accepter sa défaite. Mais Draco Malfoy, lui, n'a aucune envie de mourir ! Quitte à changer le passé pour se sauver !
Note de l'auteur : Ah, il s'en est passé des choses depuis notre dernière rencontre, dans AP. En premier lieu : je suis licenciée…. Et si le chômage me terrifie, si perdre mon chômage me paralyse, ne plus aller dans mon ancien emploi me libère d'un poids si lourd que j'ai l'impression d'avoir perdu… rien du tout. Je me suis plus tôt retrouvée. Je m'étais recroquevillée sur moi-même, renfermée dans une bulle si hermétique que rien ni personne, pas même mes histoires qui étaient mes échappatoires parfaites dans le passé, ne pouvaient me libérer de mes propres boucliers.
Maintenant, je respire. Je me sens libre. L'espoir se profile à l'horizon, avec un nouveau travail et, je l'espère, une meilleure expérience.
Malheureusement, ce bonheur psychologique n'est pas venu seul. Avec lui s'est amené une tonne de déboires divers et variés. Le principal : le décès impromptu de Nordi, mon bébé, mon précieux ordinateur portable… Heureusement, son décès me fut annoncer par une panne de la charge batterie et j'ai pu profiter de cette dernière pour reprendre ce que je pouvais sur mon disque dur externe. Mes histoires, mes lettres de motivation, mon fichier musique, image, photo, tout a été sauvegardé !
N'ayant plus de PC et ne pouvant m'en racheter un avant l'arrivée salutaire des soldes, j'ai réussi à m'en dégoter un : l'ordinateur portable de ma mère, qui n'a de portable que le nom ! Il ne peut être débranché, son clavier ne fonctionne presque pas… Une horreur ! Mais à cheval donné, on ne regarde pas les dents ! Faute d'avoir un PC potable, j'ai fait la manche auprès de toutes mes connaissances et un clavier m'a été prêter… Résultat : le PC portable n'est vraiment plus portable, mais je peux écrire, je peux taper ! Je peux martyriser un pauvre clavier avec mes 70 mots/minutes pour enfin, ENFIN passer mon temps à écrire…
Enfin presque, car depuis que je suis au chômage (une semaine quand j'écris ces mots), j'ai déjà eu deux tests qui ont demandé une étude poussée et j'en ai encore un la semaine d'après, demandant également de la révision acharnée… Mais j'ai décidé de vous céder un jour, de vous l'offrir, à vous comme à moi, avec la suite de MF ! Je tape donc la suite de mon histoire (les 15 premières pages ayant été rédigées sur mon décédé Nordi) à vitesse grand V, révisant ainsi ma vitesse de frappe et vous satisfaisant, par la même occasion, je l'espère !
Encore désolée pour cette longue attente, j'espère que la suite vous plaira !
Personnages :
Pas besoin de vous présenter les personnages principaux, je me contente donc des secondaires, ceux que je ne cite pas assez que pour s'en rappeler :
Les professeurs :
Potion = Horace Slughorn
Défense = Ash Sadrah
Sortilège = Madame Stand
Botanique = Hélène Stewart
Infirmière = Eloïse Addisse
Membres de l'ordre :
Arthur et Molly Weasley, Lucius et Narcissa Malfoy, Maugrey Fol'œil, Caradoc Dearborn, Fabian et Gideon Prewett, Dorcas Meadow, Benjy Fenwick, Edgar et Sarah Bones, Eugène et Phils Potter (décédée), Hagrid, McGonagall, Dumbledore et, bien entendu, Ash et Drake.
Je vous rappelle qu'Ash est officiellement l'héritier Sadrah tandis que Draco est désigné comme le fils bâtard d'Abraxas Malfoy et porte donc à nouveau son vrai nom.
Résumé rapide :
Harry et Draco ont remonté le temps pour sauver le monde de la magie qui courrait à sa perte.
Après un entraînement de sept ans sous le joug de Fixe Sadrah, condamnée à mort par un sortilège, ils intègrent Poudlard en tant que Psychologues. Là, ils y rencontrent Severus, Regulus, et les maraudeurs tandis qu'ils rejoignent également l'Ordre du Phénix dont ils sont devenus les co-fondateurs avec Dumbledore.
Suite à son adoption par Fixe, Harry devient officiellement le sorcier le plus riche et le plus influent d'Angleterre, instaurant ainsi une position importante pour le monde de la magie et capable de réfréner Voldemort contre qui il se bat constamment.
Draco, lui, après une tentative de scandale visant à rallier Regulus à Voldemort, est déclaré fils bâtard d'Abraxas Malfoy, lui donnant ainsi la protection de la famille dans l'éventuel cas où Wilburga Black voudrait l'attaquer pour détournement de mineur.
Les vacances d'été sont arrivées, plusieurs élèves vivent maintenant au manoir Sadrah. Fixe est également venue rendre visite à son fils adoptif, lui annonçant par la même occasion qu'elle allait mourir.
Harry décide de révéler la vérité à Regulus car ce dernier souffre trop de la distance que Drake a installée entre eux, pour leur protection. Ce dernier accepte assez bien la situation, trop amoureux de Drake pour lui reprocher d'avoir manipuler les choses à son avantage. Les vacances s'écoulent lentement, Fixe va de plus en plus mal et les adolescents présents dans la maison Sadrah oublient petit à petit leurs vieilles querelles pour se lancer dans une amitié inattendue…
Malgré un début août idyllique et un rapprochement sensible, lorsque Severus apprend la vérité sur Ash et Drake, il rejette ceux-ci avec violence. Effondré, Harry promet de ne plus jamais aimer qui que ce soit.
Trois horcruxes ont été détruits : La bague, le diadème et celui en Harry.
Il reste Nagini (pas encore née), le médaillon, le journal et la coupe de poufsouffle.
Musique écoutée : Indila, Tourner dans le vide, . et Dernière Danse. Black Pearl pour la seule scène « d'action ». Legendary Lovers, de Katy Perry assez souvent, cette chanson étant étrangement assimilée à mon couple HP/SS, pour une raison que j'ignore totalement.
Chapitre 33 : Apprentissage
Il faisait frais. Non pas froid, malgré le temps à caractère hivernal, mais frais. Enroulé dans sa couverture, sous la tente sorcière qu'avait érigée Claus, Severus écoutait le silence environnant, bercé par la lente respiration de Claus. Aucun autre son. Parfois, juste un léger bruit de chute : la neige, trop lourde pour les branches d'arbre, s'écrasait sur le sol dans un son mate. Les premières nuits, Severus avait sursauté. A présent, il s'y était habitué.
Trois semaines s'étaient écoulées depuis l'enterrement de Fixe Sadrah. Trois semaines durant lesquelles ils n'avaient fait que voyager, changeant de pays avec tellement de promptitude qu'il n'en gardait qu'une sorte de flou paysager. Depuis trois jours, ils s'étaient installés dans une plaine enneigée d'une des nombreuses chaînes de montagne de l'Alaska. Claus ne justifiait jamais leur déplacement, le laissant comprendre seul les tenants et aboutissants de leurs voyages. Chaque fois, cela dit, il s'agissait de récoltes d'ingrédients rares. Même dans ses rêves les plus fous, Severus ne se serait jamais imaginé avoir de telle merveille dans ses stocks : du gingembre le plus parfait aux plants de mandragore les plus brillants, de la bille de tatou fraîche et plus consistante que celles achetées en magasin, des plans de fleurs les plus rares et les plus exotiques qu'il ait pu espérer posséder, tout lui était offert avec des transplanages frénétiques.
Severus pouvait reprocher ce qu'il voulait à Harry Potter, il se devait d'admettre que ce dernier ne s'était pas moqué de lui avec son apprentissage. Il l'avait déjà reconnu avant le décès de Fixe mais, à chaque fin de journée, il ne pouvait que se féliciter de ne pas avoir écouté sa fierté pour refuser l'offre généreuse, même après l'aveu terrible du mois d'août.
Ils avaient leur petit rituel au bout de trois semaines de tente. Severus se levait souvent en premier et il profitait de cet avantage pour s'approprier la salle de bain. Claus était un maniaque de l'hygiène et il passait près d'une heure à se laver, contrairement à Severus qui ne prenait que quinze minutes malgré la lotion pour les cheveux préparés par son maître et qui demandait une pose d'un moins cinq minutes. Il mettait ce temps à profit pour traiter ses dents avec l'infect produit qui les blanchissait ainsi que pour le lavage obligatoire. Il se lavait ensuite le corps et se rinçait des pieds à la tête quand les cinq minutes étaient écoulées. Il ne lui fallait pas plus de temps pour se sécher – cheveux inclus – et s'habiller. Quand il sortait, le zombie Claus traversait l'espace séparant la chambre de la salle de bain improvisée pour y aller. Severus lui laissait son intimité difficile dans une tente – aussi sorcière soit-elle – pour aller préparer le café, le thé et un vague petit déjeuner. Il mangeait bien souvent seul. Il avait bien essayé d'attendre Claus au début mais ce dernier lui avait signalé qu'il n'était pas obligé après avoir entendu le chant bruyant de son estomac réclamant de la nourriture.
Severus avait déjà commencé à ranger ses affaires quand Claus sortait de la salle de bain et quand ce dernier terminait son petit déjeuner, chaque chose était empaquetée et ficelée, prête pour le repliage de la tente.
Ce matin là ne fut pas différent même si Severus se demandait pourquoi il s'obstinait à tout ficeler : depuis trois jours qu'ils étaient là, son maître n'avait jamais défait la tente. Ils avaient passé la journée à l'intérieur, malgré la neige et le spectacle étonnant offert par les montagnes d'Alaska. Severus se doutait qu'ils attendaient quelque chose, la question, c'était : quoi ? A aucun moment, Claus ne lui avait parlé de ce qu'ils étaient venus faire là. Ils avaient passé le temps en révisant les bases de la botanique et des potions, Claus se livrant à un véritable interrogatoire, n'hésitant pas à poser de multiples questions pièges à son jeune apprenti. Fort heureusement, ce dernier avait largement le niveau et, depuis que leur jeu de question-réponse avait commencé, n'avait jamais fait d'erreur. S'il n'en montrait rien, Claus exultait. Il n'avait jamais pris d'élèves malgré les nombreuses demandes qu'il avait reçues et il ne l'envisageait même pas un an plus tôt. Jusqu'à ce que Ash lui parle de Severus. Il connaissait le jeune homme pour l'avoir aidé à se soigner avec Drake, il savait qu'Ash était quelqu'un de tempéré, voir d'un peu renfermé. Mais lorsqu'il parlait de Severus et de son talent… il n'avait jamais vu autant de passion dans un regard, si ce n'est dans le sien quand il préparait des potions. Cela l'avait intrigué. Il avait demandé un relevé des notes de l'élève, depuis sa première année et Albus Dumbledore les lui avait expédiées avec célérité. Et ce qu'il avait lu lui avait plu. Severus Snape était un prodige, il n'en doutait pas. Restait à voir s'il aurait l'intelligence nécessaire à une maîtrise dirigée par lui-même. Claus n'était pas idiot, il était exigeant, intransigeant même. Les rares fois où il avait dispensé quelques leçons, certains élèves avaient pleuré à cause de son manque de patience à enseigner. Mais Severus résistait. Pire, il semblait grandement apprécier sa sévérité. Restait à voir s'il allait apprécier leur petite aventure en Alaska.
« Bon ! s'exclama Claus en se levant de sa chaise, s'étirant alors que la vaisselle du petit déjeuner allait se nettoyer seule. Je pense qu'aujourd'hui, c'est bon. »
Sur ces mots mystérieux, il se dirigea vers une de ses malles pour en extraire deux manteaux de fourrures blanche. Il en tendit un à Severus qui le prit avec réticence, des questions plein les yeux. Il fut encore plus sceptique en constatant que le vêtement était enduit d'une potion destinée à protéger du feu.
« Tiens, mets cette cagoule ! »
Cette fois, l'expression de Severus fut de la pure horreur.
« Une cagoule, répéta-t-il avec scepticisme.
-Une cagoule, oui, répéta Claus avec un immense sourire. Nous allons bien nous amuser, aujourd'hui, Severus. »
Ce dernier parut encore plus inquiet. Claus, ignorant son air préoccupé, s'empara de deux sacs inflammables puis se dirigea vers l'entrée. Sans plus attendre, il enfila ses bottes en peau de Dragon et se tourna ensuite vers son apprenti.
« Alors, tu viens ? »
Severus soupira. Quoi que son maître ait imaginé, ça ne présageait rien de bon qu'ils aient besoin d'autant de protection. Mais bon, il n'avait pas vraiment le choix. Résolu, il passa la cagoule pour se libérer les mains et enfila ses propres bottes. Ainsi fagoté, il bénit le ciel que personne ne se trouvait dans ses montagnes, non sans se demander pourquoi autant de protection était de mise. Il suivit son maître à l'extérieur, la luminosité de la neige baignée de soleil l'éblouissant momentanément.
« Ah ! s'exclama Claus en s'étendant avec satisfaction. Quoi de mieux qu'une bonne randonnée dans la neige pour s'ouvrir l'appétit. Notre dîner nous paraîtra délicieux aujourd'hui, Severus. Allons, allons, partons vite où nous allons rater la brèche ! »
Severus se mit en marche, tenant le sac inflammable que lui avait donné l'homme plus âgé.
« Quelle brèche ?
-Surprise, rétorqua l'autre, quasi hilare. Au fait, tu m'as bien dit que ton ami Regulus désirait venir en Australie pour Noël, non ?
-Euh… Oui, répondit Severus. Il me l'a demandé dans sa dernière lettre.
-Bon, alors tu pourras lui répondre ce soir que c'est d'accord. Nous resterons un petit mois en Australie alors il sera le bienvenu pour autant de temps qu'il le désire. Je suppose que je serai bien obligé de te donner quelques jours de liberté pour les fêtes, mais il n'est pas question que tu passes ton temps à bavarder avec lui pendant son séjour, donc, préviens-le de prendre de quoi se distraire.
-Je ne crois pas que Regulus ait prévu de rester longtemps, signala Severus. Il ne saurait pas se passer de Drake trop longtemps…
-Ah, il est avec Drake ? s'étonna Claus. J'ignorai qu'il fréquentait quelqu'un. Que voilà des informations intéressantes… Note, ce garçon est très intelligent. Des deux, Drake sera sans doute celui qui survivra…
-Quoi ? demanda Severus, s'arrêtant de marcher quelques instants, sonné. Comment ça, des deux, il survivra ?
-Ash n'a aucun instinct de préservation. Il se bat avec son âme. Si cette guerre contre votre mage noir ne se termine pas avec sa mort, j'en serai vraiment surpris.
-Ash est très fort ! signala Severus, se remettant à avancer.
-Et Voldemort ? »
Severus ne répondit pas. Il n'en avait pas la moindre idée, il ne l'avait jamais rencontré. Quelle était exactement la puissance de Voldemort ? Selon Drake, si tout du moins ce qu'il avait raconté était vrai, Ash se battait contre le mage noir depuis toujours. Et ils avaient remonté le temps car ils perdaient. Mais depuis, les deux hommes avaient bénéficié d'un entraînement titanesque, sans oublié les alliés qu'ils s'étaient rattachés… Alors qui avait l'avantage, dans cette guerre, à présent ? Ash et Drake ? Ou Voldemort ?
« Tu es ici, en tout cas, poursuivit Claus. Tu ne seras donc pas touché par tout ça… En espérant que tout ça soit terminé dans deux ans. Allez, cessons de parler, il ne faut pas qu'il nous entende ou la brèche sera inutile. Allons-y ! »
Severus grimaça à nouveau. Il savait à quoi jouait Claus depuis son arrivée en Australie. A quel point l'homme était-il informé de la véritable identité des deux voyageurs temporels, Severus se posait la question, mais une chose était sûre : l'homme était de leur côté. Il essayait depuis des semaines d'induire en Severus des sentiments qu'il préférait ignorer. D'abord en lui racontant le fardeau Sadrah, ensuite en affirmant être du côté de Sirius concernant ses pseudos et illusoires sentiments amoureux et maintenant, en lui signalant que si pas les deux, au moins un des deux hommes allaient peut-être mourir dans ce conflit. Et sans surprise, c'était Ash qu'il désignait comme victime ! L'homme était transparent !
Pourtant, alors qu'ils avançaient dans la longue étendue neigeuse, Severus ne pouvait s'empêcher d'y penser. Plus qu'au paysage incroyable s'étendant autour d'eux, toute son attention était centrée sur ce qu'il savait d'Ash. Ce dernier avait livré énormément d'éléments de son passé, que ce soit lors de leurs conversations privées ou lors du déballage cru de la vérité. De ce qu'il savait, James et Lily Potter avaient été tués lorsqu'il avait un an suite à une prophétie dont la moitié avait été révélée à Voldemort par son lui plus âgé – Severus avait du mal à se rattacher à ce personnage dont les choix de vie avaient été si différents des siens. Après cela, il avait été confié à sa tante moldue – Pétunia, la pire de toute – qui ne l'avait pas des mieux traités. Pire, Drake qualifiait cela de maltraitance, bien qu'Ash lui ait dit n'avoir jamais été frappé… par les adultes, au moins. Ensuite était arrivé Poudlard. Là, les choses étaient assez floues selon lui. Ash avait mentionné beaucoup d'aventure mais il ne les connaissait pas. Il savait juste que Voldemort était revenu à la vie lors de la quatrième année, avec la participation involontaire d'Harry.
A partir de là, tout était allé de mal en pis. Le piège – ridicule – du ministère et la mort de Sirius Black, l'invasion de Poudlard et le meurtre de Dumbledore – et lui-même en était l'assassin, inimaginable ! – la course à travers l'Angleterre pour affaiblir Voldemort – et comment, pourquoi ? Ash et Drake étaient restés délibérément vagues, sur ce point – et enfin, la capture d'Harry. Le dernier geste de désespoir de lui-même, renvoyant les deux adolescents dans le passé – et pourquoi eux, seulement ? – afin de changer les choses…
Severus était perplexe. De tout cela, il n'apercevait qu'une suite d'évènements dramatiques mais habilement orchestrée par Voldemort. Il semblait intelligent et rusé. Pourtant, depuis l'arrivée d'Ash et Drake dans leur époque, les choses semblaient stagnées. Les deux hommes avaient des alliés puissant – Lucius Malfoy, les Prewett, les Potter, Dumbledore et bien d'autres – et se battaient avec une fougue incroyable mais était-ce suffisant ? Le piège du mois de juin dernier avait été très subtil et les membres de l'ordre ne s'en était tiré que grâce à la magie des constellations…
« Fin juin », murmura Severus.
Ash avait mentionné que Voldemort attaquait toujours à la fin de l'année scolaire… Comme s'il lui fallait du temps pour prévoir un plan, une année entière, même, pour prévoir une attaque colossale. Dumbledore n'avait-il pas été tué également en juin ? Et la résurrection de Voldemort ? Le piège du ministère ? Toujours en fin d'année…
Pensif, Severus s'arrêta et contempla les montagnes au loin. Ash et Drake devaient déjà avoir réalisé cela. Ils devaient donc être particulièrement tendus à ce moment là de l'année… Mais Voldemort avait-il conscience que les deux hommes étaient sur leur garde à ce moment là ? Non, certainement pas. On pouvait donc logiquement pensé qu'il allait, dans un premier temps, continuer de raisonner comme d'habitude et attaquer en fin d'année scolaire. D'autant plus qu'Ash Sadrah était maintenant le professeur de Défense… Une place maudite, selon la légende… Severus se remit à avancer, non sans remarquer que Claus arborait un petit sourire supérieur. Maudit manipulateur ! Renfrogné, le jeune homme lui lança un regard agacé.
« Tu tiens vraiment à ce que je lui pardonne, n'est-ce pas ? demanda-t-il.
-Je tiens à ce que tu sois honnête avec toi-même, répondit Claus. Les œillères sont dangereuses, elles sont à double tranchant. Elles blessent les personnes extérieures mais elles te blesseront, toi aussi. Quoi que t'ait fait Ash, tu ne lui en veux pas. La seule personne avec qui tu as un problème, c'est toi-même, mais il t'est plus facile de t'en prendre à lui qu'à toi. J'espère simplement que tu sauras te pardonner si, un jour, tu perds Ash sans avoir pu lui reparler.
-Il est fort, répéta Severus, buté.
-Mais pas immortel. »
Severus se contenta de détourner le regard, fixant le décor autour de lui. Il remarqua petit à petit que la neige devenait plus fine et que des rochers apparaissaient sous leur pied. Il devint rapidement difficile de marcher sur un sol égal. Les deux hommes devaient parfois escalader de gros rochers glissants à cause du verglas et ensuite sauter dans une neige de plus en plus existante. Finalement, elle disparut alors qu'une étrange chaleur s'installait.
« Il fait chaud, marmonna Severus, esquivant un mouvement pour enlever la cagoule.
-Non, chuchota Claus. Garde la, peu importe la chaleur. Et fais moins de bruit. »
Claus était sur ses gardes et Severus suivit le mouvement. Il s'abaissa d'avantage, se collant aux gros rochers qu'ils rencontraient. Son maître évaluait le terrain avec prudence mais il levait également la tête régulièrement pour regarder le ciel. Severus sentit un doute perfide l'envahir mais il n'osa pas formuler sa question à voix haute, trop craintif d'avoir une confirmation.
Le terrain commença à descendre de plus en plus, comme un cône de roche, et la chaleur se faisait de plus en plus forte. Soit ils descendaient dans un volcan – ce qui lui paraissait impossible pour la région – soit ils se dirigeaient droit vers…
Un rugissement profond et lointain fit sursauter Severus qui glissa et s'étala au sol, contre le rocher auquel il se tenait. Claus tourna rapidement la tête vers lui et lui fit signe de ce taire. Même si Severus mourrait d'envie de l'invectiver, voir de lui lancer une flopée de sort, il s'abstint. Le silence régnait à présent sur la contrée et Severus n'entendait plus que son cœur battre et le vent dans la montagne. Claus attira son attention en lui faisant signe de le rejoindre contre un énorme rocher et, prudemment, le jeune homme se releva pour s'en approcher. Quand ils furent côte à côte, Claus lui désigna le fond de la pente et Severus sentit sa gorge s'assécher brutalement.
Un nid de dragon. Claus avait eu l'idée géniale de les amener vers un nid de dragon. Qui, au vue des coquilles fraîchement éclatées, devait encore être très fréquenté !
« Et maintenant, chuchota Severus.
-Maintenant, on profite de la brèche, expliqua Claus. Maman et Papa sont allés montrer à Junior comment voler et chasser alors on va chercher les coquilles…
-Voler et chasser, répéta Severus. Et ils chassent quoi ?
-Allons, allons, ne sois pas si défaitiste, Severus. On prend les coquilles et on transplane aussitôt à la tente !
-Et s'ils sont à la tente… ?
-Non, c'est loin d'ici !
-Loin pour un dragon ?
-Allons chercher les coquilles…
-Tu n'as pas répondu ! »
Claus lui fit signe de se taire puis, après avoir scanné le ciel et les environs, commença à descendre la pente. Se retenant de ne pas jurer, Severus entreprit de le suivre en descendant la pente à pas prudent. Toutes les quinze secondes, ils s'arrêtaient et scannaient les environs. Constatant que rien ne venait, ils reprenaient leur descente. La chaleur se faisait de plus en plus intense mais Severus n'avait plus aucune envie d'enlever un des vêtements qu'il portait. Si papa et maman décidaient de revenir, ils seraient sa seule protection contre les flammes torrides qui s'abattraient sur lui. A la périphérie du nid, ils s'arrêtèrent tous les deux derrière le dernier gros rocher. Ils se regardèrent tous les deux puis Claus repris la parole.
« L'un après l'autre. Je fais le guet, tu y vas. Prends ce que tu peux mettre dans ton sac et reviens. »
Severus acquiesça puis, à pas prudent, après un signe de Claus, s'avança le long de l'espace dégagé. Il n'y avait que trois mètres entre le gros rocher et le nid mais c'étaient les plus longs mètres que Severus ait du parcourir de toute sa vie. A chaque pas, il tendait l'oreille, maudissant les graviers de craquer sous ses pieds. A chaque battement de cœur, il tendait l'oreille, ne percevant que le vent, sa respiration et le bruit de son déplacement. Il avait presque envie de courir mais la crainte qu'un dragon ne surgisse de nulle part l'en empêchait.
Il atteignit finalement le nid, s'agenouilla, ouvrit son sac et, lentement, ramassa le premier morceau de coquille qu'il trouva. Cette dernière étant blanche à l'extérieur et bleutée à l'intérieur. Les coquilles de Dragon pouvait être utilisées dans de multiples et puissantes potion, notamment une de régénération tissulaire. Severus n'avait jamais rêvé en posséder un jour, pas avant d'avoir amassé une fortune considérable. Le fait que Claus lui donne cette possibilité était inespéré mais il ne pouvait s'empêcher de trembler alors qu'il remplissait son sac. Ce dernier était au trois quarts plein quand il décida de s'arrêter. Il ne servait à rien de remplir son sac totalement si c'était pour le déchirer dans une fuite ou s'il devait se retrouver handicapé par ce dernier. Un peu plus vite que pour l'aller, il rejoignit le gros caillou, non sans jeter un dernier regard au nid. Il aurait voulu en emmener plus mais il devait laisser la possibilité à son maître d'accéder au trésor. Ce dernier hocha la tête quand il revint et, à son tour, alla ramasser des coquilles. Severus surveillait le ciel et les alentours, les sens aux aguets. Il se tourna vers Claus pour le regarder ramasser les coquilles, la chaleur ambiante totalement oubliée grâce à l'excitation. Des recettes de potion et des idées voyageaient déjà dans la tête de Severus. Il regarda à nouveau le ciel, le cœur battant, quand il l'entendit à nouveau : le rugissement, suivi de deux autres, plus puissant. Papa, maman et bébé revenait. Severus regarda Claus qui courrait vers lui aussi rapidement que possible.
« A la tente ! » cria son maître.
Severus acquiesça et se concentra pour transplaner. Avant de le faire, il eut le temps d'apercevoir deux formes massives au loin, accompagnée d'une plus petite. Ils étaient argentés, de loin. C'était plus que suffisant pour Severus pour reconnaître des dragons des glaces. Il disparut dans un pop pour apparaître aux côtés de Claus, ce dernier occupé à replier la tente aussi vite que possible.
« Notre odeur est partout dans le nid, ils peuvent encore nous retrouver. Aide moi à ranger nos affaires, j'ai un portoloin pour l'Egypte, allez ! »
Severus obéit. Heureusement, grâce à son obsession du rangement, il ne leur fallut pas plus de dix minutes pour replier leurs affaires. C'était suffisant pour que les dragons se lancent à leur recherche, remontant la piste. Severus entendait leur rugissement au loin, de plus en plus proche.
« Tiens ! »
Claus lui lança un bout de corde et Severus l'attrapa. Il regarda son maître attraper sa baguette et la pointer sur la corde pour activer le portoloin. Ils disparurent heureusement bien avant que les trois reptiles n'arrivent.
Leur arrivée en Egypte fut loin d'être discrète. Il faisait au bas mot trente-six degrés à l'ombre et ils apparurent dans une des places du quartier magique avec un énorme manteau d'hiver, une cagoule et des bottes en peau de dragon fourrées. Pendant quelques minutes, les badauds présents s'arrêtèrent pour les regarder avant de reprendre leur route, non sans leur lancer de fréquents coups d'œil. Claus ne tarda pas à retirer son manteau en soupirant de satisfaction.
« Pfiou, c'était juste ! commenta-t-il en arrachant sa cagoule, essuyant la sueur qui perlait sur son front.
-Ils étaient loin, signala Severus.
-Pas tant que ça à vole de Dragon, crois-moi, répondit Claus. Enfin, ça allait encore. Ce sera pire quand on s'en prendra aux dragons de l'Ile Barren…
-L'île Barren ? interrogea Severus. L'Inde ? N'est-ce pas un des nids les plus réputés pour le boutefeu chinois ?
-Lui-même, répondit Claus. C'est notre prochaine destination après l'Egypte. Je dois passer chez Clef, je vais lui vendre quelques coquilles. Si tu veux en vendre un peu, je peux négocier le prix pour toi… »
Severus eut une moue et regarda son sac. Bien sûr, il pouvait en vendre un peu… ça lui ferait de l'argent et il en avait bien besoin… Mais en tant que passionné, il avait quelques scrupules. Claus dut deviner son tourment car il lui fit un sourire compatissant.
« Tu n'es pas obligé d'en vendre, Severus, tu peux toutes les garder. Mais tu en auras d'autres quand nous irons en Inde.
-Toutes les coquilles ont les mêmes propriétés ? demanda le jeune homme avec intérêt.
-Non, admit Claus. Chacune a sa spécificité, son utilité. Et je suis certain que tu pourras trouver d'autres utilisations que celles déjà recensées. Faute de matière, les coquilles d'œuf de dragon sont l'un des éléments les plus faciles à obtenir, le plus dur étant les dents… Mais je comprendrais que tu veuilles les garder. Tu en vendras une prochaine fois. Range-les dans ta malle et rétrécit là. Nous allons chez Clef. »
Severus obtempéra. Il rangea également son manteau et la cagoule et, tout comme son maître, pris le temps d'échanger ses bottes fourrées contre des chaussures plus légères. Autour d'eux, plus personne ne faisait attention à eux, malgré l'incongruité de la situation. Ils étaient arrivés dans la cité d'éternité, l'une des multiples cités magiques d'Egypte. Cette dernière étant un des points les plus riches en magie, elle était très nettement peuplée par des sorciers, bien que chaque ville soit dissimulée aux yeux des moldus. Severus n'avait pas eu le temps de visiter la dernière fois, le caractère urgent des funérailles de Fixe Sadrah l'ayant plongé dans ses pensées. A présent, alors qu'il traversait la ville, il pouvait se repaître des maisons magnifiquement décorées et colorées. Chaque construction était typiquement égyptienne, certaines même quelque peu rudimentaires, mais elles ne manquaient pas de charme et d'exotisme. Ils traversèrent même un de ses souks si typiquement arabe et Severus fut tenté de s'y arrêter mais Claus lui fit signe de le suivre.
« C'est tentant, je sais, mais crois-moi, tout n'est qu'arnaque ici. Les éléments que je peux te fournir sont un million de fois plus riches que ceux que tu achèteras ici. Si tu veux toutefois t'y frotter, tu pourras le parcourir tout à l'heure, quand je négocierai avec Clef. Mais je préférai que tu m'accompagnes jusque là pour l'instant, pour que tu saches où tu dois revenir tout à l'heure et pour que tu puisses te changer. Je doute que tu veuilles te promener ici en pull. »
Severus acquiesça, reconnaissant. Ils traversèrent de nombreuses rues, croisant tant des autochtones que des touristes. Certains étaient anglais et Severus les écouta vaguement en les croisant. Ils s'extasiaient sur la beauté du site avec beaucoup de passion. Amusé, Severus fut surpris de reconnaître la rue ainsi que la petite boutique de Clef, un peu plus loin. Quand ils poussèrent la porte, les cloches émirent leur son horrible. Clef, derrière son comptoir, leva deux yeux vitreux vers eux.
« Ah… te revoilà !
-Et oui, dit joyeusement Claus, un large sourire aux lèvres. Et j'ai de quoi te faire plaisir ! Mais d'abord, peut-on utiliser tes pièces privées pour nous changer ? Severus et moi allons fondre ! »
Clef lui désigna simplement la porte derrière lui, indifférent. Sans attendre, les deux potionistes la passèrent. Claus n'alla pas plus loin. Ils étaient dans un petit salon sobrement décoré aux fenêtres assez larges mais l'homme ne se gêna pas pour se dévêtir après avoir agrandit sa propre malle.
« Change toi Severus, personne ne nous verra et même si c'est le cas, il n'y a pas de honte à avoir. »
Le jeune homme grimaça, habitué au manque de pudeur de son maître. Parfois, il se demandait si l'homme avait honte de quelque chose. Certainement pas de son physique, en tout cas ! Il obéit malgré lui, bien que mortifié à l'idée que quelqu'un le voit. Il se retrouva vêtu d'un pantalon en lin beige et d'un t-shirt blanc. Plus parce qu'il ne supportait pas d'être ainsi dévêtu, il enfila un gilet très léger de la même couleur que son pantalon et passa des sandales plus adaptées à la région que ses chaussures de marches.
« Bon, je vais négocier une partie de mes coquilles ainsi que des herbes que nous avons récoltées de part le monde. Tu peux soit restmer, soit visiter mais nous n'aurons pas le temps de faire les deux. Je vais confirmer notre présence au bal du mécénat qui aura lieu mi-décembre à l'état civil ensuite. Je te propose qu'on se retrouve ici dans deux heures si tu veux t'aventurer en ville ?
-Je veux, oui, admit Severus. Même si je me doute que nous aurons l'occasion de revenir, j'ai vraiment envie de visiter, si ça ne te dérange pas.
-Non pas du tout, je comprends que cela soit tentant. Attention à ne pas sortir des limites de la cité, tu te retrouverais au Caire et même si ce n'est pas totalement dangereux, il vaut mieux rester dans la partie sorcière. La cité est entourée de dalles bleutées pour marquer la limite, tu sauras donc si tu en sors. Note bien le chemin que tu empruntes, prends des points de repère fiables. Tout ce qui se trouve ici est tentant mais je te déconseille d'emmener ta bourse, sauf si tu veux te la faire voler. Quand tu seras plus habitué aux habitants, je te laisserai la prendre. En attendant, mieux vaut y aller sans rien, d'accord ?
-D'accord, répondit Severus. Je te laisse donc ma malle ?
-Pas de problème, je vais la mettre dans ma poche. File maintenant et n'oublie pas : dans deux heures ici ! »
Severus acquiesça et ressortit dans la boutique. Clef broncha à peine quand il quitta l'échoppe mais Severus eut le temps d'entendre son maître s'exclamer :
« A nous deux, vieil arnaqueur ! »
Il esquissa un sourire en refermant la porte derrière lui. Comme lui avait conseillé Claus, tandis qu'il avançait dans les rues, Severus se forçait à prendre des repaires apparents tels qu'une peinture sur un mur, des fleurs bleus turquoises sur un balcon, une fenêtre à la forme atypique. Ses yeux scannaient tout et bien que Claus lui ait déconseillé, il finit sur le souk. Chaque commerçant essayait d'attirer son attention sur leur denrée mais Severus ne les regardait même pas. Il parcourait le chemin avec intérêt, regardait les quelques breloques dorées sur certaines échoppes, notamment une certaine quantité de souvenirs typiques de l'Egypte. Severus souriait en regardant tout cela. Si on lui avait dit, deux ans plus tôt, qu'il se promènerait dans ce souk égyptien, il ne l'aurait jamais cru ! Sa chance, encore une fois, lui sauta au visage et un sentiment puissant de culpabilité le saisit. Il avait craché au visage de l'homme qui lui avait offert tout ça. Il l'avait insulté.
Assombrit, Severus s'arrêta quelques secondes pour se reprendre. Il tentait encore d'éloigner ses pensées sombres quand il entendit son nom derrière lui. Il reconnut la voix très facilement alors qu'il se retournait, surpris de voir Lily et James se diriger vers lui. Le couple se tenait par la main et lui souriait, l'air heureux.
« Je n'étais pas sûre que c'était toi, lui dit Lily quand ils arrivèrent à ses côtés. Tu es habillé de manière si… peu conventionnelle ! Je croyais que tu ignorais qu'il y avait d'autres couleurs que le noir !
-Haha, très drôle, répliqua Severus, non sans esquisser un sourire. Que faites-vous là ?
-Je passe ma maîtrise en sortilège ici, lui expliqua la jeune femme, resplendissante. James m'a accompagné ! »
Severus regarda ce dernier. Autant Lily semblait heureuse et épanouie, autant le jeune Potter était sombre avec un air boudeur. Severus haussa un sourcil à son intention mais le jeune homme se contenta de regarder ailleurs.
« Et toi, que fais-tu là ? demanda Lily, ignorant le comportement étrange de son petit ami.
-La même chose que toi, répondit-il. Maîtrise de potion. Claus et moi ne sommes que de passage dans la cité, nous partons dans quelques heures, de ce que j'ai compris. Nous allons en Inde.
-L'Inde ? s'exclama Lily. Merlin comme tu as de la chance ! J'aime l'Egypte et je suis contente d'être venue ici pour recevoir l'enseignement de Maître Isési mais j'aimerai voyager plus, moi aussi ! Qui est ton maître ?
-Claus Prafics, répondit fièrement Severus.
-Tu as beaucoup de chance, appuya Lily. Il n'est pas avec toi ?
-Non, il négocie la vente d'ingrédient et comme il avait conscience que je mourrai d'envie de visiter la ville, il m'a donné quartier libre pour deux heures. Et toi ?
-Jour de congé ! expliqua Lily. Mon maître avait une commande importante pour un grand ponte de la ville qui a demandé sa présence uniquement. Donc, l'apprentie que je suis a dû partir. Enfin, ça nous donne le temps d'être un peu seul, James et moi. »
Ce dernier n'avait toujours pas l'air d'être aussi heureux que sa petite amie. Il ne décrochait pas un mot et regardait autour de lui d'un air distrait. Severus le fixa pendant un long moment, ainsi que Lily, cherchant une ressemblance avec Ash. Maintenant qu'il connaissait son identité, il ne pouvait s'empêcher de remarquer les similitudes, se traitant d'idiot congénital de ne pas les avoir notées plus tôt. Ash ressemblait énormément à son père, c'était un fait. Les yeux étaient de Lily, tant par la couleur que par la forme. Le menton, aussi, d'après ce qu'il pouvait voir.
« Quelque chose ne va pas ? Demanda Lily, remarquant enfin son état contemplatif.
-Mhmm ? Non, rien, répondit Severus, continuant pourtant de les fixer. Des nouvelles d'Angleterre ?
-Oh, James a pas mal de nouvelles de Sirius et Remus ! »
Ils se tournèrent tous les deux vers le jeune homme renfrogné. Ce dernier se décrispa vaguement en comprenant qu'on lui demandait implicitement de parler.
« Remus a trouvé un travail dans une librairie moldue. Apparemment, ça se passe très bien. Il vit toujours au manoir Sadrah pour l'instant mais il économise pour partir. Sirius fait sa formation d'Auror. Il a l'air de bien s'amuser… »
James se renfrogna sur ses mots et Severus n'eut pas besoin de réfléchir longtemps pour comprendre le problème réel du jeune homme : décidé à accompagner sa dulcinée en Egypte, il était obligé de regarder l'ensemble de ses amis avancer alors que lui-même stagnait. Globalement, Severus pouvait comprendre sa frustration. Mais un peu mesquinement, il se fit la remarque que c'était le choix de James.
« Peter travaille au ministère, va savoir comment il a réussi à le rejoindre, marmonna le Gryffondor. Sinon, je n'ai pas eu plus de nouvelles. Je sais qu'Ash et Drake sont à Poudlard. Mais sinon, rien de neuf. Et toi ?
-Regulus m'envois pas mal de lettre, admit Severus. Il travaille pour passer son aspic de potion en même temps que ses petits camarades. Drake lui donne des cours supplémentaires le week-end et Ash l'aide avec les soins aux créatures magiques. Tout le monde a l'air d'aller assez bien… »
Le silence suivit cette déclaration. Ils avaient tous les trois conscience qu'ils n'avaient rien de bien palpitant à se dire. Severus et Lily avaient été amis jusqu'à leur cinquième année mais les années étaient passées et leur complicité était morte avec elle. Quant à James, il ne pouvait pas vraiment évoquer les souvenirs en commun avec le Serpentard, aucun n'étant particulièrement bon. Un peu embarrassés, ils laissèrent le silence s'éterniser puis, agacé, Severus finit par dire :
« Je dois continuer ma visite ! Je dois retourner à la boutique d'ingrédient de potion pour retrouver Claus avant notre départ et je ne voudrais pas le rater.
-Oui, c'est compréhensible, répondit Lily, mal à l'aise également. Tu rentres pour Noël ?
-Non. Regulus vient me voir en Australie, aux dernières nouvelles.
-Ah… Et bien, peut-être nous reverrons-nous quand nous serons de nouveau en Angleterre.
-Peut-être, en effet, répondit Severus. Bonne continuation !
-A toi aussi ! »
Ils se quittèrent un peu lentement, sans doute gêné par leur manque de civilité. Severus s'avança sur le souk, légèrement perturbé par cette rencontre. Surtout par son manque d'agressivité envers le couple. Ce n'était pas un fait nouveau, déjà vers la fin de sa septième année, son amertume avait été moins forte. Et quand il les avait vu au manoir, il avait certes ressenti une grande déception quant aux mots de Lily et à son égoïsme révélé, mais il n'avait pas vraiment prêté attention à l'absence totale de sentiments négatifs à leur encontre.
Une partie un peu agacée lui signala que le lavage de cerveau de leur fils avait parfaitement fonctionné : plus aucune jalousie n'habitait son cœur. Non, en fait… il se sentait libre. En quoi ce sentiment pouvait-il être négatif ? Avec un peu d'honnêteté, il ne pouvait que reconnaître cette évolution et l'approuver. Il ne pouvait qu'en être reconnaissant envers Ash. Et encore une fois, poussant un soupir frustré, il replongea dans la culpabilité, les merveilles l'entourant semblant presque se ternir autour de lui.
oOo
Il était revenu au magasin de Clef cinq minutes en avance. Claus n'était pas encore là et il en profita pour explorer les allées de l'échoppe. Cette dernière était particulièrement bien fournie et Severus reconnut dans les étales un certain nombre des ingrédients qu'ils avaient collectés dans leurs nombreux voyages. Claus devait avoir un certain contrat le liant avec Clef, ce qui justifiait qu'il le fournisse en ingrédient de première catégorie. En regardant une mue d'anaconda qu'ils avaient récoltée, Severus se demanda pourquoi Claus avait changé d'avis concernant la durée de leur voyage en Amazonie. Le jeune homme ne doutait pas qu'il y avait énormément de rareté dans la forêt, mais après les obsèques de Fixe, Claus avait décidé de ne pas retourner en Amazonie… A la place, ils avaient voyagé de façon frénétique et, à présent, allaient rejoindre l'Inde. Pourquoi ce changement d'orientation ? Avec étonnement, Severus s'aperçut qu'il n'avait même pas envisagé de poser la question à son maître. Il le suivait aveuglément, profitant sans honte de tout ce que l'homme avait à lui offrir et récoltant mille et un ingrédients utiles pour les futurs potions qu'il pourrait concocter. Son maître n'avait pas encore commencé le réel apprentissage au niveau brassage, mais en moins de deux mois, Severus devait admettre qu'il en avait plus appris sur les ingrédients et leur propriété qu'en plus de sept ans de potion.
« Ah ! Severus ! Pile à l'heure, n'est-ce pas ? demanda Claus en entrant dans la boutique, un large sourire aux lèvres.
-J'étais en avance, répondit l'adolescent. Tu es en retard ! »
Claus balaya la remarque de la main.
« Nous partons pour l'Inde, Clef, dit l'homme au vendeur apathique. On reviendra avant le bal du mécénat. Tu crois que tu peux nous trouver des robes pour l'occasion ?
-J'ai la tête d'un valet ? s'énerva l'homme derrière son comptoir.
-Tu veux des ingrédients rares ou non ? »
Le vieil homme leva les yeux au ciel mais ne répondit pas.
« Bien, tu connais nos tailles. Tu viens Severus ? Le portoloin va s'activer ! »
Le jeune homme s'approcha de son maître qui sortit de sa poche une chaîne en or. Il la lui tendit et Severus en saisit un morceau.
« A bientôt, Clef ! »
Le vendeur n'eut pas le temps de répondre : ils disparurent brutalement. Quand ils réapparurent, Severus ressentit aussitôt la différence du climat. La chaleur de l'Egypte était sèche, étouffante. Celle de l'Inde se montra moite, pesante. Un peu déstabilisé, Severus ouvrit les yeux sur une véritable merveille d'architecture. C'était plus qu'un palais à ces yeux ! La bâtisse était si large que Severus n'était pas sûre que le terrain de Poudlard puisse l'accueillir. Dans le plus pur style indien, l'immense habitation qui lui faisait face était accueillante dans sa grandeur. Des bassins d'eau claire l'entouraient et de multiples petits pontons les enjambaient pour permettre à d'éventuels visiteurs de rejoindre les grandes arches donnant sur des cours intérieures décorées d'une multitude de fleurs exotiques.
Severus ne pouvait voir plus loin mais il ne s'en inquiéta pas. Ses yeux étaient bien trop occupés à scanner la hauteur du palais – au moins de quatre ou cinq étages. Il admira longuement les décorations murales, les arches splendides disséminées tout le long de la structure. Par son ouverture, il lui rappelait le palais Sadrah du Sahara, mais il était immensément plus grand. Un barrissement au loin le fit sortir de sa contemplation et il tourna la tête à gauche et à droite, repérant la rivière plus bas et la profondeur de la forêt qui les entourait. Les oiseaux et leur chant lui sautèrent alors aux oreilles ainsi que d'autres bruits qu'il ne put interpréter. A nouveau, il entendit le barrissement et il tenta à nouveau d'en trouver l'origine mais, malheureusement, il ne put rien voir.
« Alors ? demanda Claus à ses côtés. Ça te plait ?
-Si ça me plait ? demanda Severus, amusé. C'est magnifique. Où sommes-nous ?
-Sur une des Îles Andaman. Je te rassure, assez loin de l'île Barren. Je la réserve pour plus tard. En attendant, viens. Allons rencontrer notre hôte.
-Notre hôte ? demanda Severus, intéressé. Qui est-ce ? »
Claus se contenta de lui faire un léger sourire mystérieux et s'avança ensuite. Sans hésiter, il traversa l'un des pontons menant à une des cours intérieures. Celle-ci n'était pas déserte et Severus repéra tout de suite le garde posté à son entrée. Ce dernier s'inclina face à Claus qui lui rendit son salut.
« Bonjour, Maître Prafics, lui dit l'homme avec un accent fort prononcé. Mon maître ne vous attendait plus…
-On a été un peu retardé en Alaska, répondit Claus, amusé. Peux-tu nous conduire à notre hôte ?
-Veuillez me suivre, s'il vous plaît. »
Severus regardait l'homme avec intérêt. Ce dernier était clairement un autochtone, de part son teint, ses manières et même ses vêtements. Il parlait pourtant un anglais très compréhensible malgré son accent et son aspect était des plus soignés. Un peu curieux, Severus se demanda s'ils étaient arrivés chez un prince quelconque. Ils traversèrent le jardin – et le plus jeune n'arrivait pas à s'empêcher d'admirer le bassin remplis de nénuphar au centre de la cour, entourés de multiples plans de fleurs – pour pénétrer le palais. Ce dernier était décoré avec goût, sans trop d'exagération malgré la magnificence des lieux. La richesse de chaque tapisserie, des dorures ou des multiples vases placées dans de fastueuses niches creusées dans les murs, n'était pas étouffante. Au contraire, Severus la trouva étrangement accueillante. Tandis qu'ils s'avançaient, Severus pouvait sentir l'amusement de son maître à son ébahissement mais Claus ne prononça aucun mot, le laissant au contraire s'extasier. Severus nota le chemin avec précision dans sa tête, repérant encore des objets particulièrement frappant pour l'aider à se retrouver. Ils traversèrent d'autres courettes aménagées dans lesquelles ils rencontrèrent d'autres serviteurs, tant des hommes que des femmes. Tous les saluèrent avec respect et dans un anglais plus ou moins parfait. Encore une fois, Severus dut exprimer son étonnement à ce fait car Claus se sentit obliger de lui parler.
« Tu comprendras quand on rencontrera notre hôte, lui dit l'homme, amusé. Sois polis avec ce dernier, il est un de mes mécènes les plus respecté. Plusieurs mois par an, j'ai le droit de venir sur sa propriété pour récolter des ingrédients de premières qualités et il me permet également de me glisser sur l'île Barren pour récolter de précieuses coquilles et parfois, même, quelques écailles, dents…
-Je serai poli », promis Severus, bien qu'étonné par cette recommandation.
Ils arrivèrent à nouveau dans un large couloir qui aboutissait sur un salon étendu. Ce dernier était magnifique et donnait sur l'arrière de la maison. Les immenses arches dévoilèrent une gigantesque piscine, pourvue de cascades à l'aspect naturel, d'espaces de bronzage et de jeux qui laissèrent Severus pantois. Pourtant, son regard fut aussitôt attiré par l'homme assis dans le canapé et il comprit la recommandation de Claus en le reconnaissant.
Face à lui, vêtu sans doute à la mode de son pays d'adoption, Artaban Sadrah les regardait avec beaucoup de sympathie. Il se leva de son siège, non sans quelques difficultés, et s'approcha de Claus pour l'enlacer avec affection.
« Claus ! dit-il, l'air profondément heureux. Ça faisait longtemps, mon ami.
-Très, répondit le potioniste avec un large sourire. Tu n'as pas changé depuis la dernière fois…
-Elle ne remonte pas à très longtemps, je le déplore, lui répondit l'homme, souriant. Mes condoléances pour ta perte…
-Je te les retourne, répondit poliment Claus.
-Nous savons tous les deux que le chagrin était plus important pour toi que pour moi. Non pas que je n'aimais pas Fixe, mais je l'ai peu fréquentée contrairement à toi. Bref, ne parlons pas des moments tristes. Présente-moi plutôt ce jeune homme qui t'accompagne.
-Ah, oui. Artaban, je te présente Severus Snape, le protégé d'Ash. Severus a un sixième sens concernant les potions et Ash me l'avait recommandé comme apprenti. Après consultation de ses notes, j'ai jugé opportun de me l'accaparer avant qu'il ne tombe en de mauvaises mains !
-Une première pour toi, signala Artaban en s'approchant de Severus. Ainsi, tu es le protégé de mon nouveau… petit-fils ? On va l'appeler ainsi. Enchanté de rencontrer, Severus. Il me semble t'avoir aperçut aux funérailles de Fixe, en effet…
-Vous étiez conscient ? s'étonna Severus.
-D'une certaine façon, répondit Artaban en haussant les épaules. Disons que je pouvais voir mais pas parler. Ni contrôler un seul muscle de mon corps. Enfin bref ! Soyez les bienvenus tous les deux dans mon humble demeure. Je vous ai fait préparer l'aile habituelle, Claus, avec une chambre en plus et même un laboratoire privé pour ton apprenti. Bien entendu, vous pouvez travailler dans la même pièce, mais je me suis dit que, si nécessaire, vous pouviez vous isoler. J'ai également fourni votre garde-robe en vêtements nécessaires…
-En vêtements ? demanda Severus.
-La coutume veut que nous nous vêtions comme l'exige notre hôte, expliqua Claus, amusé. Je suppose que nous faisons comme d'habitude ?
-En effet ! répondit Artaban. Je te laisse montrer le chemin à Severus et je vous attends pour le souper !
-Merci, répondit Claus. Nous revenons dès que nous sommes décents. Severus ? Tu viens ? »
Le jeune homme, perdu, hocha la tête et suivit son maître. A nouveau, ils retraversèrent plusieurs couloirs, mais cette fois sur l'horizontal. Claus ne tarda pas à prendre la parole.
« Comme tu dois t'en douter, potioniste expérimental ne paye pas de mine, pour peu qu'on ne soit pas connu. La renommée entraîne l'argent mais ce dernier se perd rapidement en fourniture. C'est pourquoi bon nombre de mes confrères et moi-même avons recours au mécénat. Chaque année a lieu le grand bal du mécénat. Ce dernier rassemble les potionistes les plus célèbres, mais aussi les moins connus et les mécènes les plus… pourvus du monde.
-Les plus riches, en gros, reprit Severus.
-Pas spécifiquement, reprit Claus. Certains sont très modestes, mais ils ont la main mise sur des terres, des cultures riches qui nous intéressent. Certains mécènes offrent de l'argent, d'autres donnent accès à leur terre.
-C'est le cas d'Artaban Sadrah ?
-Et de toute la famille, souligna son maître. Artaban a la main mise sur l'Inde, Ash l'a sur les pays arabes et l'Europe. Sally… Sally a l'Amérique du sud et du nord…
-L'Amazonie, souffla Severus.
-En effet, répondit Claus. Quand Fixe était vivante, elle avait son mot à dire quant aux portes qui m'étaient ouvertes. C'était un pacte avec sa mère et cette dernière tenait toujours ses engagements. Mais ceux-ci ont pris fin avec le décès de Fixe et je ne suis donc plus le bienvenu sur les terres appartenant aux Sadrah en Amazonie. Heureusement, elle ne la possède pas dans son intégralité, j'ai donc bon espoir d'approcher d'autres mécènes lors du bal de cette année. Mais en attendant, j'ai du changer nos plans. Artaban m'a toujours beaucoup aimé et Ash ne me couperait pas l'accès à ses terres par respect pour sa mère et aussi pour moi. Ce n'est donc qu'une maigre perte mais elle m'agace au plus au point. »
Le silence s'installa pendant qu'ils continuaient de marcher puis Claus reprit :
« Artaban est mon mécène depuis le début de ma carrière, c'est… grâce à lui que j'ai rencontré Fixe. Elle lui rendait visite un jour et ça a été le coup de foudre instantané entre nous… Enfin, ne remontons pas le temps, voici nos quartiers ! »
Claus poussa une double porte menant sur un élégant et fastueux salon. Severus resta coi devant sa splendeur pendant quelques secondes, jusqu'à ce qu'il remarque que son maître parlait à nouveau.
« Nous avons tout le confort ici : deux laboratoires, une chambre et une salle de bain chacun, une salle à manger, un salon, notre propre piscine, même. Artaban est un hôte de choix et je te remercie de te montrer le plus respectueux envers lui. Evitons de mentionner ici que tu es actuellement en froid avec ton bienfaiteur. Surtout en face de sa fille !
-Sa fille ? demanda Severus, étonné.
-Ishrat Derièse, elle a treize ans. Tu devrais la rencontrer au souper, ainsi que bon nombre d'amis de notre hôte.
-Treize ans ? Mais Artaban est…
-Vieux ? demanda Claus, amusé. Sa femme ne l'était pas. Elle n'avait que vingt-six ans le jour de leur rencontre, elle est décédée à trente-quatre ans en laissant à son époux leur petite fille qu'il cajole beaucoup trop. Le pire est sans doute que cette petite est entichée d'Ash qu'elle voit comme un héros. Elle jure ses grands dieux qu'ils seront mari et femme, un jour, alors évite de l'insulter en face d'elle, ce serait vraiment préjudiciable ! »
Severus acquiesça, non sans penser qu'il n'avait jamais insulté Ash à voix haute depuis son départ d'Angleterre. Mentalement, par contre…
« Bref, tant que nous sommes ici, nous sommes invités à nous vêtir telle que le désir notre hôte et ça comprend des vêtements traditionnels indiens. Viens, allons voir ta garde robe. »
Claus le mena jusqu'à une porte – comment savait-il qu'il s'agissait de sa chambre, Severus n'en savait rien – et la poussa sans hésitation. Severus resta à nouveau ébahi : la pièce était large, bien plus que ne le nécessitait le besoin de dormir. Bien que les murs soient d'une blancheur totale, ces derniers étaient décorés de petites gravures compliquées et légèrement teintées de cuivre. Le sol était recouvert d'un tapis confortable et d'une douceur inégalable. Une large fenêtre avec des rideaux blancs, légèrement transparents, donnait sur un petit bassin invitant aux baignades. Un lit avait été placé non loin et il était assez large pour que trois hommes y dorment sans être à l'étroit.
A son pied se trouvait une grande malle ouvragée. Claus s'en approcha, l'ouvrit et, après avoir sortit les effets de Severus de sa poche et les avoir agrandit, les y déposa sans hésitation. Puis il referma le coffre et s'approcha d'une grande garde robe qu'il ouvrit. Cette dernière révéla plusieurs vêtements très colorés et richement décorés d'arabesques, parfois dorées ou argentées. Severus haussa un sourcil en regardant le contenu de l'armoire, grimaçant à la vue d'une robe rouge et dorée. Claus esquissa un sourire.
« Il n'y a pas de noir, désolé, se moqua-t-il. Mais il y a de très belles teintes et tu es priés de t'en vêtir, peu importe ton dégoût. Ceci est un kurta, expliqua l'homme en sortant une des longues tuniques colorées, une verte et argentée. Ça ressemble un peu à une robe de sorcier sauf qu'elle est clairement orientale et qu'elle t'arrivera aux genoux, c'est donc moins dérangeant pour les mouvements. Tu trouveras dans l'autre armoire des pantalons – qui ont un nom propre à eux, mais je l'ai oublié – qui sont assortis aux robes… Je suppose que tu n'as pas besoin d'aide pour les accorder ? Bon, d'accord, je vais t'aider pour le premier, voyons… »
Claus ouvrit l'autre armoire, dévoilant une série impressionnante de pantalon mais aussi de sous-vêtements, ce qui fit considérablement rougir Severus.
« Ah, voilà ! Tiens, tu peux mettre celui-ci ! »
Il lui tendit un pantalon argenté que Severus pris avec consternation. Et Lily qui se moquait de lui parce qu'il était en beige ! Il était presque tenté de prendre une photo de lui-même vêtu ainsi de vert turquoise et d'argent… Enfin, presque était le mot clé…
« Prends un bain et retrouve moi ensuite dans mes appartements, je te guiderai jusqu'à la salle à manger… Tu t'y retrouveras vite ici, tu verras, on ne va jamais que dans le salon et la salle à manger et nos appartements ont leurs propres entrées et sorties. Bien, à tout à l'heure ! »
Et sur ces mots, Claus partit, ignorant l'air encore choqué de Severus face à ses vêtements.
oOo
Le souper se passa bien. Etrangement mis à l'aise par la sympathie naturelle d'Artaban, il se sentit assez en confiance que pour discuter avec les amis de leur hôte, tous habitant le palais pour les mois à venir. L'un d'eux était un politicien renommé d'Inde présent pour les vacances, un autre un botaniste émérite, un médicomage à la retraite ou encore un peintre à la recherche de sa muse. Artaban Sadrah savait parfaitement s'entourer.
La rencontre d'Ishrat fut… plus difficile. La petite fille était jolie, elle le savait et se sentait de fait supérieure. De grands yeux noirs, une peau claire, des cheveux blonds et bouclés cascadant dans son dos, elle tentait de se vieillir par une attitude sérieuse et presque hautaine. Dès qu'elle entendit qu'il était le protégé de Ash, ses yeux se plissèrent et le scannèrent de la tête aux pieds avec un mépris clairement visible.
« Mais il n'est même pas beau ! dit-elle d'un air indigné.
-Ishrat !, cingla son père, contrarié.
-Quoi ? Ash aurait pu trouver un protéger plus beau ! Et d'ailleurs, qu'est-ce qu'il lui trouve ? »
Severus se retint de lui cingler qu'il le trouvait assez à son goût que pour en être amoureux ! Mais il se contenta de se taire, serrant sa cuillère à soupe avec rage.
« Il ne l'a pas sélectionné pour sa beauté, répliqua Artaban, mais pour son talent ! Ne juge pas sur les apparences, Ishrat, tu risquerais de le regretter un jour ! »
La conversation s'était arrêtée là mais la gamine n'avait cessé de le regarder de tout le repas, le fusillant du regard quand il posait les yeux sur elle. Agacé, Severus avait fini par l'ignorer purement et simplement, décidé à ne surtout pas approcher cette petite pimbêche. Quand le souper se termina, ils se regroupèrent tous sur la terrasse pour un dernier verre et Severus eut presque l'impression d'être en vacances. Du moins, jusqu'à ce que Claus ne se lève et ne leur signale leur départ, le lendemain étant promis à de nombreuses expériences. Rappelé à l'ordre, Severus se leva lui aussi et souhaita bonne nuit à toutes les personnes présentes. Le maître et l'élève quittèrent la terrasse pour rejoindre leur propre aile de l'immense palais. Alors qu'il s'apprêtait à rejoindre ses propres appartements où l'attendait une potion de sommeil sans rêve – très utile pour s'adapter aux décalages horaires – Severus fut retenu par un Claus à l'air plus que sérieux.
« Attends moi ici, tu veux ? » lui dit-il en entrant précipitamment dans ses appartements.
Il en ressortit quelques minutes plus tard, tenant dans ses mains une boîte en bois, dans un style très travaillé. La boîte tenait plus de la cassette qu'autre chose : fermée par un simple crochet de métal élégant, gravée sur son couvercle en de somptueuses arabesques, elle attira tout de suite l'attention de Severus. Claus la lui tendit et il la prit, l'air interrogateur.
« Ce sont les lettres de Fixe, expliqua Claus, un regard tendre sur le visage. Je te les confie pour que tu puisses te faire une idée de qui étaient Ash et Drake, quand elle les a recueillis. Tu trouveras également quelques dessins qu'elle a réalisés d'eux. Tu peux les garder mais j'aimerai récupérer les lettres quand tu les auras finies, d'accord ?
-D'accord, répondit Severus, la voix rauque.
-Ne lis pas toute la nuit, l'avertit Claus. Il est déjà vingt-deux heures et demain, je t'attends à sept heures dans la salle à manger pour le petit déjeuner. Mets des vêtements d'exploration. Nous allons profiter de l'Inde et de ce qu'elle a à nous offrir pendant les deux semaines qui viennent. Ensuite, nous commencerons enfin à faire des potions. »
Severus acquiesça, appréciant la précision. Le mot enfin n'était pas de trop ! Il n'avait plus fait de potion depuis le mois d'août et il commençait à en ressentir un certain manque. Mais son esprit fut vite préoccupé par autre chose que les potions, dés lors qu'il fut à nouveau seul, dans sa chambre, tenant la boîte dans ses mains. Elle avait soudain des allures de boîte de pandore, tandis qu'il la regardait, assis sur son lit, en tailleur, la chose posée juste devant lui. Il hésita longuement avant de tendre la main et il lui fallut encore plus de courage pour l'ouvrir. Quand le couvercle retomba sagement sur sa couverture, retenue à la boîte par de petites charnières d'argent, il put contempler son contenu : une bonne dizaine de lettres, retenues par un simple ruban de soie argenté.
Pendant de longues minutes, Severus les contempla, hésitant. Pouvait-il vraiment lire la correspondance destinée à son maître, même s'il avait le consentement de ce dernier, juste pour… pour quoi, d'ailleurs ? Claus les lui avait données pour qu'il se fasse une idée de qui était Ash à son arrivée chez Fixe… Mais pourquoi son maître tenait-il tellement à les rabibocher, outre son idée stupide d'acceptation de soi et autres foutaises qu'il lui débitait à longueur de temps. N'y avait-il pas derrière tout ça un autre complot des deux voyageurs ? Plongeait-il pieds et poings liés dedans en lisant les missives ? Ou au contraire, Claus ne faisait-il réellement cela que pour lui rendre service et, dans ce cas, faisait-il une erreur en refusant de les lire ?
Agacé au plus haut point, Severus finit par refermer le coffret pour le déposer sur une de ses tables de nuit. Il se leva avec vigueur pour aller se déshabiller et enfiler un pyjama, non sans avoir fait un rapide détour par la salle de bain. Revenu dans la chambre, il déambula pendant cinq minutes, regardant le coffre toutes les dix secondes. Puis, décidant qu'il en avait assez, il s'en approcha, l'ouvrit et attrapa la première enveloppe.
Elle était épaisse et très ancienne, sans doute la plus vieille. Sans surprise quand il l'ouvrit, il y trouva un parchemin ainsi qu'un autre document dont la qualité du papier ne lui laissa aucun doute : c'était un des fameux dessins que Claus lui donnait, sans même s'inquiéter des répercutions mentales que cela pourraient avoir sur lui. Qui pouvait deviner ce qu'il ressentirait ? Avait-il seulement envie de voir ce qui était dessiné sur ce papier ?
Malheureusement, oui ! Severus était curieux, il le savait, le reconnaissait sans la moindre hésitation. Lui donner une telle source d'information, c'était agiter une carotte devant un âne : idiot qu'il était, il la saisissait, qu'importe les conséquences ! Il commença pourtant par la lettre, repoussant l'image et sa curiosité dévorante.
Cher Claus,
Comment vas-tu ? Dans quel pays es-tu encore allé ? Dans quel danger ? Donne-moi un signe de vie, n'importe quoi, même un pétale de fleurs me suffira pour m'assurer que tu es en vie et non dévorer par je ne sais quelle manticore qui aurait bon goût !
Trêve de plaisanterie, j'ai une grande nouvelle à t'annoncer ! Non, range tes sermons et imprécations diverses, je n'ai pas découvert de source d'or illimitée, ni de remède universel à toute maladie. Je n'ai peint aucune œuvre révolutionnaire ni n'ai déniché de décorations rarissimes et inestimables. Non, tu ne devineras pas ! Aujourd'hui, mon vieil ami – et par vieux, j'entends le vieux, très vieux, décrépi, pas encore mort et c'est très mystérieux – Albus Dumbledore, m'a envoyé deux petits chatons.
J'imagine d'ici ton air sceptique, voilà que je te parle de chat ! Ce ne sont pas des chats, ce sont les surnoms que je leur ai donné. En tant que mâle âgé de dix-sept ans et fier de son pédigrée, mon chaton blanc, le plus famélique des deux mais le plus teigneux, se rebiffe en m'entendant le surnommer de la sorte. Il me sort de grandes phrases grandiloquentes sur l'étiquette, les bonnes manières, l'éducation, le degré de parenté, la familiarité cordiale et j'en passe, mais je n'en démords pas, ils sont mes chatons. On me les a confiés pour que je les éduque, que je les redresse, que je les rende forts – et tu sais combien j'aime torturer ce genre de spécimen ! – et je dois dire que j'ai hâte de commencer leur formation !
Dans un premier temps, je ne peux pas leur faire faire d'activités physiques, ils sont dans un état… déplorable ! Et tu le doutes, ma missive n'est pas cent pour cent désintéressée ! Claus, j'ai besoin de ton aide. Ils sont vraiment, vraiment mal en point et ma faible connaissance en potion et médicomagie ne me permet pas de les soigner convenablement. Ma dernière expérience pour les remplumer s'est soldée par une indigestion qui a duré toute la nuit et je suis dépassée, je l'admets.
Outre ce problème qu'ils ont avec la nourriture – le chaton blanc en particulier, je crois qu'il n'a plus mangé depuis plusieurs mois – je crains qu'ils ne souffrent d'une dépression avancée – en particulier le chaton noir qui ne dort presque pas, qui parle en chuchotant et qui ne souris quasi jamais – et je sais que tu pourrais les aider, si ce n'est à grands coups de potions énergisantes, au moins avec des solutions antidépressives.
Pourrais-tu, s'il te plaît, nous rejoindre dans notre maison du Sahara ? Je te présenterai alors Ash et Drake, de leur nom. Je te joins un dessin d'eux, afin que tu puisses te rendre compte de leur état et, éventuellement, estimer un début de traitement qu'une consultation pourrait affiner lors de ton arrivée.
Pitié Claus, envoi-moi une confirmation quelconque ou mieux, encore, viens vite, c'est urgent.
Avec toute mon affection,
Fixe SADRAH
Severus resta un instant sceptique face aux mots écrits de Fixe Sadrah. Sans voir le dessin, il n'avait aucune hésitation quant à l'identité du chaton noir et blanc. La couleur de cheveux naturel des Potter était le noir, celle des Malfoy le blond, presque blanc. Elle n'avait guère été imaginative, si ce n'est en les qualifiant de chaton… Il n'avait aucun mal à imaginer Drake râler à ce sujet, d'ailleurs…
Quant à Ash, le fait qu'il soit si peu mentionné et qu'il ne soit pas plus représenté si ce n'est pour souligner sa dépression était… déroutant. Bien entendu, les deux voyageurs lui avaient dit que leur monde avait été détruit et Ash avait déjà souligné avoir perdu l'intégralité de ses proches, ce qui devait lui laisser pas mal de cicatrices émotionnelles, mais un tel voyage n'offrait-il pas un renouveau salutaire et exaltant ?
Pendant un instant, Severus essaya d'imaginer la situation mais il n'y parvint pas : dans sa vie, il n'y avait qu'une personne à laquelle il tenait, c'était sa mère. Et si elle n'était pas bien pour l'instant, il se faisait fort, dès qu'il aurait une situation stable, de lui offrir un toit sécuritaire et agréable. Elle aurait une meilleure vie, il se l'était promis et, outre l'attrait d'une telle maîtrise, cet argument avait pesé fortement dans la balance quand il avait accepté le cadeau déguisé d'Ash.
Il devait y avoir plus que la mort de ses proches derrière la dépression d'Ash, quelque chose qu'il ignorait, quelque chose qu'il était curieux de savoir. Après avoir hésité pendant de longues secondes, Severus finit par ouvrir le dessin. Il n'avait jamais vu les œuvres de Fixe ou s'il en avait vu, il ignorait qu'elles étaient d'elle. Le dessin était parfait. Si bien réalisé qu'il ressemblait à une photo en noir et blanc. Et c'était sans doute le plus effrayant, au vue de ce qu'il représentait. La première chose qu'il remarqua fut Drake et sa maigreur. Il n'était pas mince, il était cadavérique. Son visage était si émacié que Severus pouvait deviner la forme de son crâne. Il avait un air de défi sur le visage pourtant, malgré les cernes sous ses yeux immenses et l'air effrayé désespérément dissimulé par une façade craquelée. Ses mains ressemblaient à celles d'un squelette, son corps, malgré les vêtements, en reflétait l'image terrifiante. Severus frissonna puis, avec hésitation, fit glisser ses yeux sur le deuxième adolescent représenté.
La ressemblance entre Ash et James Potter lui sauta aux yeux : même cheveux, même lunette, même forme du visage. Ça s'arrêtait là. Ash était plus petit que son père, plus mince, même si plus épais que Drake à cette époque, il n'en restait pas moins sous-alimenté. Il était représenté en t-shirt sur l'image et les blessures sur ses bras étaient visibles. Et il y avait son regard. Severus resta longtemps figé dessus, n'en croyant pas ses yeux. Jamais il n'avait vu pareille expression chez quelqu'un. Si Drake ressemblait à un mort, ses yeux étaient bien vivants. Ce n'était pas le cas d'Ash. Ses yeux à lui étaient sans vie, sans lueur, sans espoir. Il n'y avait rien dedans si ce n'est une résolution désespérée, presque une supplique pour que ça s'arrête.
Severus pouvait comprendre le désespoir de Fixe, retranscrit dans sa lettre : les deux hommes semblaient irrécupérables, l'un par son état physique, l'autre pour son état psychologique. La question était : comment Fixe avait-elle sauvé ces deux âmes ? Quelles étaient les potions fournies par Claus ? Ash les prenait-il toujours ? Était-il toujours sous potions antidépressives ? La question le dérangea bien plus qu'il ne voulait bien l'admettre et, presque maladivement, Severus saisit la deuxième lettre. Elle était épaisse aussi, signe qu'elle contenait un dessin et il dut se faire violence pour ne pas s'en saisir et l'ouvrir en premier. A la place, tenant sa décision pour l'ordre de ses lectures, il commença par la lettre.
Cher Claus,
Du temps s'est écoulé depuis ta dernière visite et tu nous manques. Tu me manques tout particulièrement, mais je peux dire que Drake m'interroge sur une visite de ta part au moins une fois par semaine. Tu as eu beaucoup d'impact sur ce garçon, je dois l'avouer. Il a adoré ton savoir-faire en potion et il meurt d'envie de s'enfermer avec toi dans mon propre laboratoire et de t'y séquestrer pour une durée indéterminée mais certainement très longue. Quant à savoir s'il ne compte faire que des potions avec toi, ça, je t'en laisse seul juge !
Mes chatons vont beaucoup mieux depuis ton passage. Drake a repris officiellement quinze kilos et s'il est toujours trop mince, je peux voir qu'il est sur la bonne voie. Quant à Ash…. Et bien, je sais que je peux le laisser seul sans craindre qu'il ne se suicide, au moins. Et il dort plus qu'avant, même si la présence de Drake est obligatoire pour qu'il parvienne à fermer les yeux. Je dois dire que les voir dormir tous les deux me donne parfois des idées tout sauf catholiques, si je puis emprunter l'expression à certains de nos amis moldus !
J'ai commencé le programme de remise en forme, Drake est assez remplumé pour survivre et Ash… Et bien, ça lui occupe la tête et je dois dire qu'il réalise la plupart des exercices que je leur impose avec un sérieux ahurissant. Il a une résistance à la douleur terrifiante. Je n'ose pas lui demander ce qui l'a habitué à la ressentir, j'ai bien trop peur de la réponse. Drake est une vraie mauviette, par contre. Il se plaint des crampes, de la saleté entraînée par le sable, de la sueur sur son corps ! Un vrai gamin ! Mais il ne supporte pas la compétition avec Ash alors il me suffit de vanter les mérites de mon petit chaton noir pour que le blanc sorte ses griffes et fasse de son mieux. S'en est presque hilarant.
Etrangement, ces moments de disputes et de défis entre eux est presque le seul moment où les yeux de Ash semblent retrouver un peu de vie. Je sais que les potions que tu as laissées à son attention et que tu renouvelles sont destinées à améliorer son état mental mais j'en doute. Il ne sourit toujours pas, contrairement à Drake qui semblent tellement lumineux par rapport à lui que j'ai l'impression d'avoir un détraqueur dans ma maison ! Sauf qu'il ne nous désespère pas par sa simple présence. Pas encore, en tout cas. J'ai pensé m'adressé à un professionnel de la santé psychique, mais Dumbledore m'a recommandé une discrétion à toute épreuve les concernant et je ne sais donc pas trop à qui m'adresser.
Enfin, bref ! Je vais continuer de les faire suer pendant de nombreux jours, l'exercice physique a l'air de beaucoup lui plaire, nous verrons ensuite.
Reviens nous voir quand tu veux ! Tu es toujours le bienvenu chez moi et Ash et Drake seront content de te revoir.
Bisous de nous trois !
Fi'
Severus eut une moue. La lettre ne disait rien de très révélateur, si ce n'est que leur situation s'améliorait et qu'ils avaient commencé leur entraînement physique. Saisissant le dessin, Severus le déplia, craignant de voir quelque chose d'inquiétant, mais il n'y avait que Ash et Drake, tous les deux occupés à courir. Tandis qu'Ash semblait le faire mécaniquement, avec toujours ce regard vide, Drake, à ses côtés, tentait désespérément de le dépasser, le fusillant du regard. Au vue du décor autour d'eux, ils étaient dans le désert.
Drake semblait aller beaucoup mieux. Il était toujours trop mince, mais il avait repris des formes et il ne semblait plus terrifié, juste déterminé. Ash aussi avait un peu grossi, mais il n'avait toujours pas de regard rassurant. La comparaison avec un détraqueur était peut-être un peu forte, mais elle lui semblait soudainement justifiée.
Pendant de longues minutes, Severus regarda le dessin. Le mouvement de la course était parfait, jusqu'aux perles de sueur sur leur front, la brillance de leurs bras et de leurs jambes… Il pouvait voir l'esquisse des deux hommes qu'il connaissait derrière ces gringalets s'entraînant dans le sable. Severus se demanda à partir de quelle lettre ils seraient tels qu'il les connaissait. Seule la lecture pourrait le lui révéler, mais déjà, il savait qu'il devait s'arrêter. Il avait tout le temps pour lire le reste des lettres, tout le temps pour essayer de les comprendre. Sa maîtrise passait avant tout et il devait déjà être tard.
Lentement, presque à regret, il rangea les lettres dépliées dans leur enveloppe respective et les replaça dans le coffre, en dessous de celles qui n'avaient pas encore été lues. Quant aux dessins, il les contempla encore de longues minutes avant de les plier précautionneusement et de les ranger dans sa propre malle, sous une pile de vêtements d'hiver qu'il ne porterait pas dans l'immédiat : là-bas, il savait qu'ils seraient en sécurité, jusqu'à son retour en Australie où il pourrait les ranger convenablement. En attendant, mieux valait qu'il avale sa potion de sommeil sans rêve et qu'il fasse un somme. Le reste de son apprentissage promettait d'être rude !
Quand il se coucha, la potion s'infiltrant lentement dans son système, il fut heureux de l'avoir avec lui. Sans elle, il savait d'avance qu'il n'aurait pas dormi, poursuivi par l'image du cadavre vivant de Drake et des yeux morts de Ash.
oOo
Il ne regretta pas d'avoir pris la décision de dormir, surtout quand il découvrit le programme du lendemain : une randonnée de quarante kilomètres dans la nature ! Severus adorait Claus mais, parfois, il se rappelait que l'homme avait été l'amant de Fixe qui était, à bien des égards, une folle d'exercices physiques ! S'il était ravi de ne pas avoir été entraîné plus que nécessaire par la femme, il regrettait à présent que son maître soit son ancien petit-ami !
Toute la journée, il crapahuta dans une jungle dense, humide et suffocante. Oh, il récolta des ingrédients rarissimes, d'une qualité inestimable, mais quand il rentra, il était tellement épuisé, tellement courbaturé, que tout ce qu'il put faire fut de se laver puis d'aller se coucher, sans passer par la case souper ou même lecture de lettres.
Le lendemain ne fut pas mieux. Claus, un sourire sadique aux lèvres, lui annonça qu'ils allaient faire une petite croisière en bateau, afin de rejoindre l'île Barren. Severus blêmit, Artaban éclata de rire en le constatant – ils prenaient alors leur petit déjeuner avec le maître des lieux – et Claus sembla sourire d'avantage.
Des dragons. Dans un volcan. En activité. Ce fut de loin la journée que Severus détesta le plus de toute sa vie. Il n'était pas courageux ni suicidaire et il maudit Claus à chaque fois qu'un jet de flammes le frôlait, l'homme étant resté en retrait, pour le couvrir, disait-il. Le couvrir de quoi, Severus s'était posé la question alors qu'il se cachait derrière un gros rocher pour se protéger d'une autre attaque.
Le bilan de l'expédition fut néanmoins positif : des coquilles d'œufs, quatre écailles et même une griffe et une dent ! Claus sembla en extase en les voyant mais, sans pitié, Severus les garda pour lui : il avait risqué sa peau tout seul, merci bien ! Si l'homme en voulait, il n'avait qu'à y retourner, il se ferait un plaisir de « le couvrir ». Claus avait ri de sa répartie, il ne s'en était même pas vexé, se contentant de le féliciter avec une tape dans le dos.
Quand ils rentrèrent, Severus avait cette fois eu le courage de participer au souper mais il n'y resta pas bien longtemps : sa curiosité était plus forte. Il expédia sa douche, revêtit un pyjama léger et se vautra dans son lit avec le coffret. Attrapant la lettre suivante, il la trouva encore plus épaisse que les précédentes : il y avait cette fois deux dessins.
Bonsoir étranger !
Où es-tu ? Que fais-tu ? Que vois-tu ? Vis-tu toujours ? Je ne t'ai pas vu depuis un an maintenant et je m'inquiète. T'es-tu servi de toi-même comme cobaye pour une dangereuse potion ? Es-tu paralysé quelque part, incapable de bouger autre chose que le petit orteil ? Dois-je envoyer un quelconque secouriste ? Es-tu tombé dans un piège quelconque en Amazonie ? Pire, dans une tribu d'amazone qui te maintient en captivité et t'utilise honteusement pour procréer ? Tu ne serais pas contre, en plus….
Bref, trêve de plaisanterie ! Je vis en ermite depuis des siècles et je sais que tu sais ce que je vais dire, mais je le dis quand même, juste pour la tradition : tu as mon plein soutien et c'est avec plaisir que je t'offre mon contrat annuel de mécénat ! Avoue, tu ne t'y attendais pas ?
Ici, au Sahara, tout va bien. Nous avons essuyé notre lot de tempête de sable et je dois dire m'être beaucoup amusée à obliger mes chatons à rénover mon palais…. Sans magie ! Oui, oui, je sais, je suis sadique, mais c'était presque érotique de les voir tous les deux, torses nus, occupés à rénover ma maison avec une attention presque amoureuse.
Mes chatons ont bien grandi en un an ! Drake a pris au moins dix centimètres en hauteur et bien plus en épaisseur. Attention, je ne parle pas de graisse mais de muscle ! Ash n'a pas pris un centimètre de taille, mais lui aussi pourrait sans rougir être photographié pour un quelconque magazine pornographie. J'en ai fait des dieux, des adonis et ils sont à moi ! Quoi ? Comment ça, j'ai quasi le double de leur âge ? Et alors, je pourrais être une cougar, surtout quand je les vois en train de se battre l'un contre l'autre. Ils ont élevé au rang d'art la lutte au corps à corps – voir dessin un, tu vas adorer.
Passons ce délire hormonal, quand vas-tu nous rendre visite à nouveau ? Je me sens seule ici, avec ses deux nigauds qui se tournent autour ! C'en est presque hilarant : Drake, dragueur invétéré et personnage hautement sexué, tente désespérément de séduire Ash, vierge effarouché et naïf à faire peur. Ils dorment nu ensembles chaque nuit mais je sais qu'il ne s'est jamais rien passé. Comment, pourquoi, quand ? Telles sont mes questions. Drake le touche, le caresse, le prend dans ses bras et Ash assimile cela à, je cite : « Un comportement très tactile dissimulé autrefois par un masque de salaud. Déboussolant, mais réellement attachant. »
C'en est navrant. Drake est proche de la crise de nerf – il avait la main gercée, si tu vois ce que je veux dire – et Ash ne comprend rien à ce qu'il se passe. J'ai pleuré de rire. Littéralement. Penses-tu que je devrais amener mon ami frustré dans un quelconque bordel ? Il y en a un à Bagdad, je pense qu'une petite excursion ne lui ferait pas de mal…. Mais il faudrait que je cache ça à Ash, sa moralité ne s'en relèverait pas !
Hors, pour pouvoir cacher un tel déplacement à mon innocent petit chaton, j'aurai besoin d'une distraction… Je suis sûr que tu serais utile. En outre, ils ne veulent plus que je leur donne de cours de potion depuis que j'ai tenté sur eux une petite expérience innocente – voir dessin deux.
Alors ? Quand peux-tu venir ? Donne-moi un signe. Lèche ma lettre et grogne à mon hibou de me la renvoyer si tu ne sais plus bouger. Ou si tu es vraiment séquestrer par une tribu d'amazones en chaleur, arrache-toi des cheveux, donne-les à Picuite et je viendrai te délivrer avec mes deux éphèbes. Drake sera aux anges de te remplacer, Ash traumatisé à vie, mais je ne pense pas que ça lui sera néfaste sur le long terme.
Trêve de plaisanterie, donne-nous des signes de vie, grand voyageur. On t'attend pour le week-end prochain, je te joins un portoloin !
Fixe SADRAH
Severus sourit face à l'humour de la jeune femme. Apparemment, elle dissimulait sa colère de ne pas avoir vu Claus sous une cloche d'humour malgré tout révélatrice. Amusé, il déplia un des premiers dessins et resta coi devant : corps à corps, Ash et Drake ne se ressemblaient plus du tout. Tout en muscle, les cheveux bien plus longs, ils avaient presque les corps qu'ils présentaient depuis leur rencontre. Drake avait forci et avec ses cheveux longs, il ressemblait tant à son père que s'en était aberrant. Quant à Ash, il n'avait plus rien de James Potter. Ses cheveux lui arrivaient aux épaules et étaient encore ébouriffés mais on pouvait aisément deviner que cela était dû au combat qu'il livrait à Drake. Torse nu tous les deux, leurs jambes étaient entremêlées, leur hanche collée, et ils luttaient manifestement. La main gauche de Drake tenait fermement la droite de Ash. Son autre membre était posé sur sa tête, tentant de l'écarter. La dernière main du brun était enroulée autour de la gorge du blond. Aucun doute sur le gagnant, mais encore une fois, ce qui fascina Severus fut la beauté du mouvement, si facilement retranscrit sur le papier. C'était magnifique. Il resta pantois devant l'œuvre pendant de longues secondes et, un peu gêné, ne parvenait pas à arrêter ses yeux de détailler les muscles saillants des bras et des torses qu'il voyait. Embarrassé, il écarta l'œuvre, rougissant. Fixe était une obsédée de les avoir dessinés ainsi ! Enfin, à quoi pensait-elle, ils étaient des enfants et… Enfin des enfants de dix-huit ans, mais quand même, c'était obscène !
Agacé par le fil de ses pensées, Severus déplia le deuxième dessin, non sans craindre les coups de crayon de l'artiste. Cette fois, pourtant, le dessin lui arracha une crise de fou rire telle qu'il crut déranger tout le palais indou : l'air boudeur, Ash et Drake étaient côte à côte, bras croisés. Ils toisaient méchamment l'artiste et pour cause : ils arboraient tous les deux des oreilles et des moustaches de chat. Le pire était la queue que Severus put distinguer, désespérément dissimulée dans leur dos mais dépassant tout de même.
Un peu méchamment, Severus décida que ce dessin était son préféré et qu'il devait absolument le garder à porter de main ! S'il ne pouvait ses venger des deux hommes en révélant au monde leur identité, il pouvait toujours envoyer l'œuvre à une quelconque gazette, leur réputation serait faite ! Surtout que Fixe avait aggravé la chose en écrivant sur le côté : mes chatons.
Hilare, Severus eut du mal à passer à la seconde lettre du jour mais il s'y obligea. Encore une fois, il y avait deux dessins qui accompagnaient la lettre.
Je suis un géni ! Et non, pas de salutation, cette fois, mon ami, juste cette déclaration brutale mais véridique : je suis un géni ! La lumière sur terre, le centre de l'univers, l'étoile dans les ténèbres, la bouée de sauvetage du Titanic, je suis le phare dans le brouillard, le pansement anti-cloque, la lueur au bout du tunnel. Et oui, je te remercie, ma tête va très bien !
J'ai enfin, ENFIN inventé mon propre sortilège, ce qui me fera entrer dans le panthéon Sadrah. Et oui, on a un panthéon. Chaque Sadrah se doit de participer à l'essor de la lignée et j'ai enfin posé ma pierre à l'édifice. J'ai réussi, Claus. Ce dont nous avions parlé, je l'ai fait ! Ash et Drake ont accepté de servir de cobaye et c'est… C'est splendide ! Unique, difficile, douloureux, mais merveilleux. Je t'ai fait un dessin d'eux. Un pour chaque, pour que tu puisses regarder ça. Certains détails sont cachés car ils sont privés, mais… Je voulais que tu les voies. Que tu saches que j'avais réussi, enfin. Qu'importe que ma garce de mère ne soit pas fière de moi, qu'elle pense certainement que ma contribution au nom Sadrah soit inutile et stupide, il me correspond et j'ai réussi.
Je te le dois, tu le sais ? Si tu ne m'avais pas encouragé comme tu sais si bien le faire lors de ta dernière visite, je n'y serai jamais arrivée ! Merci, merci, merci infiniment !
Je te laisse regarder ça. Dis-moi ce que tu en penses. Si tu veux tester ? Ah ! Je plaisante !
Je t'aime,
Fixe
Severus resta un instant troublé face à cette lettre courte mais si pleine de sentiments. L'embarras était le premier sentiment qui s'imposait à lui : l'impression d'avoir pénétré la vie privée de son professeur, de ne pas avoir le droit de lire une telle lettre, si pleine d'amour envers lui. Mais ensuite, il déplia les dessins et il comprit pourquoi Claus lui avait donné.
Chacun d'eux représentait individuellement Ash et Drake. Sur ces derniers, il n'y avait que leur tête et leurs épaules. Ils avaient les cheveux encore plus longs et leur visage avait pris l'apparence finale qu'il leur connaissait : sur le visage dépourvu de lunette de Ash, une faux menaçante avait fait son apparition, sur son front, relié à sa montre sur sa joue par une chaîne. Quant à Drake, il exposait fièrement la montre sur son cou et sa propre chaîne disparaissait dans le bas de la page. Les dessins étaient d'une telle perfection que Severus s'attendit à les voir bouger et parler. Mais ils restèrent immobiles, cérémonieux. Drake souriait. Ash non. Mais ses yeux commençaient à retrouver un peu de vie. Ou peut-être était-ce dû à l'absence de lunette ?
Distraitement, Severus passa une main hésitante sur les traits harmonieux de l'homme pour lequel ses sentiments étaient si mitigés. Il laissa ses doigts dériver sur son menton, parcourir la montre aux chiffres multiples, remonter la chaîne jusqu'à la faux pour enfin s'attarder sur la cicatrice en forme d'éclair. Il la regarda un long moment, conscient de son importance, de sa signification. Puis, mortifié, il replia les dessins qu'il rangea dans sa valise, remit les lettres en place et se coucha.
Il se répéta en boucle qu'au moins, il avait trouvé le cadeau de Noël de Regulus.
oOo
Les jours passaient à une vitesse alarmante, sans doute parce que Severus ne s'était jamais autant amusé de toute sa vie. Le mois de novembre arriva et avec lui, les premières potions réalisées enfin avec Claus.
L'accord passé entre son maître et Artaban Sadrah était complexe et remplis de conditions, l'une d'elle était que, pendant sa présence sur les terres de son donateur, l'homme se devait de le fournir en potions médicales diverses et variées. En gros, il lui renouvelait un stock de potion, allant de la simple pimentine jusqu'au poussos. Severus avait été mis à contribution afin de procéder plus vite et, chacun dans son laboratoire, ils avaient réalisé en moins d'une semaine de quoi ouvrir une nouvelle infirmerie à Poudlard. Artaban en avait été passablement ravi et, suite à ce travail acharné, Severus avait pu évaluer le talent de son professeur.
Oh, il savait que Claus était un des meilleurs potionistes du monde, mais le voir en action était autre chose que de l'imaginer : Severus était resté sidéré par sa prestance, sa connaissance et son talent. L'homme n'hésitait pas à prendre parfois des raccourcis pour le moins effrayant mais avec une science clairement arrivée à son apogée. Il avait mis moins de deux jours à créer une potion de régénération sanguine, cette dernière prenant normalement quatre jours. Les divers onguent réalisés pour soigner brûlures, ecchymoses ou engelures étaient non seulement parfait mais émanaient également une odeur agréable bien différente que celles que Severus pouvait réaliser.
Claus avait été amusé par sa fascination mais avait refusé de lui donner sa recette, arguant que chaque potioniste devait trouver sa voie et sa méthode. Revoir ainsi des potions parfois simples, d'autres complexes, avait également permis à l'homme d'évaluer son élève. Il l'avait qualifié d'un peu trop scolaire et, dans un premier temps, le poussa à expérimenter sur les préparations les plus basiques, lui demandant de conférer à certains mélanges une odeur différente ou lui recommandant d'en changer la couleur.
Chaque défi avait été amusant, parfois frustrant, à relever et Severus avait, mine de rien, beaucoup appris grâce à ses petits jeux. Ils s'attaquèrent à la texture à la moitié du mois et Severus obtint l'approbation de son maître quand il transforma une potion aidant à soigner les maux de tête en gelée. Cette dernière était purement infecte, mais sa nouvelle consistance permettait de l'étendre sur la zone douloureuse et d'en calmer la douleur pour une durée limitée. Cette évolution emballa totalement Claus et ils se penchèrent sur l'étalement du temps pendant quatre jours, avant d'abandonner après une dizaine d'explosion.
« Tu devras la présenter, Severus, ça pourrait servir lorsqu'un patient est déjà trop gorgée de potions médicales et qu'il risquerait la saturation magique, voir si jamais la personne a des problèmes momentané de déglutition. Il y a aussi la possibilité d'en faire une version portative, dans une boîte en métal : plus facile à transporter qu'une potion, les migraineux pourraient s'en servir lors de réunion ou sur leur lieu de travail en attendant de rentrer chez eux pour pouvoir avaler la version liquide, c'est fascinant ! »
Severus avait été heureux d'inventer un nouveau produit d'un autre existant, mais il mourrait d'envie de se pencher sur des projets plus audacieux. Malheureusement, Claus préférait qu'ils continuent leurs expériences sur des potions déjà inventées, du moins jusqu'à leur retour en Australie.
« Laissons les expérimentations pour la maison, certaines demandent parfois du temps que nous n'avons plus, nous partons pour le bal du mécénat dans deux semaines et ce serait dommage de devoir tout jeter parce que ton sujet de test ne sera pas transportable ou de le détériorer à cause de la mise en bouteille. »
Bien que d'accord avec ce fait, Severus devait admettre qu'il mourrait d'envie d'expérimenter, mais il rongea son frein et se plia aux exigences de Claus.
Dans le palais, tout se passait presque hors du temps. Artaban avait divers visiteurs, ces derniers restant parfois deux ou trois jours, une semaine au maximum, mais ce n'était presque jamais les mêmes personnes. La seule constante était Ishrat que Severus détestait prodigieusement.
D'abord insultante à son égard – il était apparemment trop laid que pour être le protéger de Ash – la gamine s'était ensuite montrée curieuse. Dès lors qu'il sortait du laboratoire et jusqu'à ce qu'il lui claque la porte de sa chambre aux nez, il était harcelé de questions au sujet de Ash. Quelle était sa couleur préférée ? Son plat favori ? L'aliment qu'il détestait le plus ? Était-il plus chocolat ou fruit ? Qu'étaient ses loisirs ? A quoi ressemblait sa chambre ? Avait-il des vues sur quelqu'un (et Severus rougit vaguement en l'entendant insister sur la question) ?
Jamais Severus n'avait imaginé qu'on pouvait autant s'interroger sur une personne, et franchement, qu'en savait-il ? Il s'était battu en duel contre Ash pendant toute l'année scolaire et il savait quels étaient ses sorts d'attaque et de défense préférés, mais de là à connaître sa couleur favorite ? L'homme mangeait beaucoup de pâtes quand il vivait au manoir et Severus avait inventé qu'il adorait la sauce bolognaise, histoire de donner un os à ronger à la gamine. Cette dernière avait imposé aux cuisiniers une semaine de pâtes bolognaises après cette information et, à la fin de la semaine, Artaban le supplia de mentir à sa fille en lui signalant que Ash aimait la cuisine variée !
La première information étant déjà un mensonge, ce ne fut pas difficile pour lui de le lui glisser pendant un interminable souper ponctuer de pâtes à la bolognaise (et son dernier commentaire sur le fait que manger des pâtes tous les jours faisait grossir avait été décisif pour le changement du menu !).
Severus ne mit pas longtemps à terminer de lire les lettres de Fixe. Il n'y en avait que seize et chacune relatait l'amélioration de ses chatons en combat, la beauté qui naissait en eux et, surtout, leur rétablissement. Severus estima que quatre ans s'était écoulés quand un dessin somptueux d'un Ash souriant à pleines dents apparut enfin. Fixe l'avait encore représenté avec beaucoup de talent et il resta bien dix minutes à le fixer, hébété. Oh, Ash avait déjà souri en sa présence, mais jamais avec autant de relâchement et de sincérité. Ce n'était pas ce perpétuel petit sourire de façade, ni même le plus large qu'il avait démontré durant l'été. Non, ce sourire là venait du cœur, il était sincère et plein de bonheur. Inconsciemment encore, Severus s'était surpris à caresser l'image du bout des doigts. Après quoi, il n'avait plus voulu lire une seule de ces fichus lettres pendant une semaine, mortifié par son comportement !
L'approche du bal du mécénat le rendait d'autant plus nerveux qu'il ne parvenait pas à se positionner par rapport à Ash. Était-il encore en colère contre lui ? Non, pas vraiment. En toute honnêteté, il avait pardonné la manipulation, reconnaissant pour l'amélioration de sa vie. Au fond, il n'avait aucune envie de devenir mangemort, aucune envie de devenir un espion, ni de souffrir toute sa vie. La vie avec Claus était riche en expériences et en aventures et il ne regrettait pas sa nouvelle maîtrise. Non, il n'en voulait plus aux deux voyageurs du futur, à aucun des deux, mais autre chose le bloquait dorénavant face à Ash : les sentiments. Que ce soit ceux que l'homme lui avaient avoué ou les siens qu'il n'arrivait pas à interpréter, il ne savait plus sur quel pied danser.
Tant l'amour de Ash le troublait, tant lui-même se perdait dans des sentiments inconnus. Severus n'avait jamais été attiré par un seul homme de toute sa vie. Il avait trouvé des hommes beaux, certes, il n'oublierait jamais l'effet que lui avait fait Lucius Malfoy lorsqu'il l'avait croisé en première année, mais de là à imaginer avoir une relation physique avec l'un d'entre eux. De là à en aimer un ! Pourtant, Severus ne savait pas ce qu'il ressentait. Il était assez intelligent que pour reconnaître bizarre sa tendance à caresser les images les plus représentatives de Ash, dessinées par Fixe. Il sombra complètement quand il se rendit compte qu'il ne se passait pas un soir sans qu'il ne regarde les dessins en question ! Et le pire et plus embarrassant pour lui était sans équivoque sa jalousie provoquée par Ishrat, occupée à s'extasier continuellement sur Ash.
Et d'un autre côté, se serait-il interrogé ainsi sur de prétendus sentiments amoureux si Ash ne l'avait déjà pas troublé avec son propre aveu ? N'essayait-il pas inconsciemment de répondre à l'amour de son mentor par reconnaissance ? Severus n'avait jamais douté de son amour pour Lily, il s'était imposé à lui bien avant qu'il ne sache ce que c'était que l'amour ou l'attirance, alors pourquoi, cette fois, s'interrogeait-il autant sur Ash ?
Agacé par toutes ses questions, Severus savourait le moment où il retrouvait les potions. Là, au moins, il ne pensait plus à toutes ses interrogations. Non, seul comptait son chaudron, ses ingrédients, ses idées. Une fois le soir venu, par contre… Il détestait le moment où il rejoignait sa chambre, déjà énervé par Ishrat et ses commentaires douteux, et ou, incapable de résister, il sortait les images d'Ash qu'il regardait pendant un trop long moment à son goût. L'homme lui manquait, c'était un fait. Leur dispute lui pesait aussi. Peut-être n'était-ce que cela ? De la culpabilité et de la nostalgie ? Peut-être y réfléchissait-il trop ? Ou peut-être que les quelques missives qu'il échangeait avec Sirius Black l'influençaient ? Le futur Auror persistait dans son mantra du « tu es amoureux de Ash » et parvenait à placer sa petite remarque dans chaque lettre.
De toutes les personnes avec lesquelles il s'imaginait entretenir une correspondance, Sirius Black était indéniablement la plus improbable. Des lettres d'insultes, à la rigueur, mais certainement pas une prose courtoise, tantôt moqueuse, tantôt amicale. Qui aurait cru qu'il pourrait s'entendre avec cette tête brûlée de Gryffondor ? Pas lui, en tout cas. Et pourtant, c'était le cas. Ils n'échangeaient pas des tonnes de missives, contrairement à Regulus qui lui envoyait une nouvelle lettre toutes les semaines, mais ils conversaient assez régulièrement. Tout comme son frère, Sirius lui donnait des nouvelles de l'Angleterre et de l'atmosphère lourde et pesante qui y régnait. Aucune nouvelle attaque n'avait été déplorée, mais tout bon sorcier affirmait que quelque chose se préparait. Des vols avaient été perpétrés dans certains magasins peu recommandables, des rumeurs couraient dans les pubs les plus mal fréquentés et trouvaient un écho dans ceux plus huppés. Voldemort était toujours là, plus discret mais bien réel.
Regulus était plus précis dans ses révélations, du fait qu'il fréquentait Ash et Drake quotidiennement. Les deux hommes soupçonnaient une attaque de grande envergure et se méfiaient de l'absence d'action. Regulus avait même qualifié Ash de « paranoïaque particulièrement sensible ». L'homme, apparemment, dormait très peu, occupé à essayer de prévoir une action quelconque.
Mais l'Angleterre et ses problèmes de mage noir lui semblaient bien loin. Sa seule préoccupation, du moins le pensait-il, était sa future rencontre avec Ash au bal du mécénat. Il apprit toutefois, trois jours avant leur départ en Egypte pour rencontrer Clef, qu'une autre complication allait les accompagner à ce bal : Ishrat. Severus se retint de hurler d'effroi en apprenant que la petite peste allait les accompagner : son père refusait de se déplacer pour cet évènement, estimant que si quelqu'un avait quelque chose à lui demander, il n'avait qu'à se déplacer lui-même. Aussi la petite avait-elle décidé de supplier son paternel de la laisser les accompagner afin de rencontrer son héros : Ash Sadrah. Severus avait eu beau lancer les regards les plus désespérés à son maître, ce dernier s'était plié poliment à la demande de son bienfaiteur quand ce dernier lui demanda de prendre sa fille avec eux, lui faisant promettre de veiller sur elle et de la lui ramener en un seul morceau. L'acceptation de Claus faillit transformer Severus en une furie : hors de question de se coltiner le babysitting de cette sale gamine ! Car il ne doutait pas un seul instant que c'était ce à quoi il allait servir, toute la soirée. Claus avait des contrats importants à établir, Severus serait donc la personne chargée de surveiller l'enfant capricieux. Et il n'en avait aucune envie. Il fusilla la petite fille du regard pendant tout le repas. Amusé, Claus lui donna un vague petit coup de pied pour lui intimer de se calmer, ce que le jeune homme feinta de ne pas avoir perçu. Le second coup de pied ne lui laissa pas le choix et il arbora une expression plus indifférente. Une fois seul avec son maître, par contre…
« Il est hors de question que je me coltine cette petite peste orgueilleuse !
-Peste orgueilleuse, quelle sympathie…
-Cet enfant n'a aucune once de jugeote et je ne parle même pas de son égocentrisme et de son narcissisme, je n'en veux pas dans mes pattes !
-Nous n'avons guère le choix, je le crains, Severus…
-Je n'ai guère le choix, tu veux dire ! cingla le jeune homme. Car je sais que c'est moi qui vais devoir la surveiller. Pire, veiller sur elle. Je préférerai retourner voir les dragons !
-Quelle sympathique comparaison ! Allons, Severus, vois le bon côté des choses : occupé à repousser les avances d'Ishrat, Ash n'aura pas l'occasion de te parler plus que ça ! Tu devrais t'en réjouir. Elle te rend service, en fait !
-Autant se réjouir de rencontrer une manticore ! Je ne veux pas de cette gamine dans mes pattes ! Cette réunion était importante pour moi aussi, elle devait me permettre d'observer tes échanges avec les mécènes, pas de tenir en laisse une gamine capricieuse !
-Je ne crois pas qu'Artaban soit d'accord pour l'emploi d'une laisse, tu sais ?
-Claus, je suis sérieux !
-Moi aussi, il n'acceptera jamais la laisse !
-Claus !
-Calme-toi, Severus. Il y aura encore d'autres rencontres de ce type durant ton apprentissage, ce n'est que la première. Les salons sur les nouvelles potions sont aussi riches en dons que le sera cette soirée. Et l'année prochaine, si tout se passe bien, Ishrat ne sera pas avec nous…
-L'année prochaine ! éructa presque Severus. Sale peste de gamine de riche ! »
Claus se contenta de sourire en réponse, manifestement hilare face à l'air énervé de Severus. Ce dernier comprenant qu'il n'aurait pas le soutien de son maître dans cette situation, il se résolut à retourner dans sa propre chambre pour bouder. Ça n'avait rien de mature ni d'intelligent, mais il ne savait que faire d'autre. Lui qui appréhendait cette rencontre, elle avait dorénavant des allures de cauchemars ! Severus n'était pas certain de vouloir approcher Ash durant ce rassemblement, qu'importe qu'il lui ait pardonné pour ses actions passées, la honte était encore bien présente dans son esprit. Honte d'avoir repoussé son mentor et ami, honte de lui avoir craché au visage. Dans toute cette populace, Severus avait conscience que des excuses en bonne et due forme n'étaient pas dans l'ordre des choses. Aussi avait-il longuement hésité quant au comportement à adopter face à son protecteur. A présent, Ishrat ne lui laissait plus le choix : amourachée de Ash au point d'en frôler le fanatisme, nul doute que la gamine allait se jeter sur lui dès leur arrivée. Et Severus, en bon babysitteur, allait devoir l'accompagner et faire face à Ash. La pire des situations, selon lui.
L'incursion d'Ishrat dans leur voyage modifiait également tout le programme de Claus : plutôt que de rentrer en Egypte comme l'homme l'avait projeté à la base, il se fit livrer les vêtements commandés à Clef ainsi que le portoloin qui devait les amener à New York, lieu où devait se dérouler la petite fête.
Quand Severus déballa le colis contenant sa propre tenue, il resta estomaqué par sa beauté. Faite d'un tissu riche et soyeux, la robe de sorcier qu'il devait portée était noire, de la tête aux pieds. Sur le col mao, des petits cristaux transparents avaient été cousus avec méticulosité. La robe paraissait dépourvue d'apparat jusqu'à ce qu'un jeu de lumière illumine les petits cristaux, ces derniers étaient présents sur le col, le long des épaules, descendants doucement sur les manches pour en illuminé les extrémités. Il y en avait également en bas de la robe. Severus, lorsqu'il l'eut passée, se sentit fier de l'arborer et infiniment reconnaissant envers Claus qui balaya ses remerciements d'un geste las.
« Tu es mon apprenti, tu me représentes également lors de cette soirée. Si je t'y envois mal habillé et mal coiffé, c'est ma réputation qui va en pâtir. Ne me remercie pas, c'est mon image que je soigne en toi ! »
Severus hocha la tête, admettant la réalité mais malgré tout reconnaissant pour le choix de la couleur et la simplicité de ses ornements. En dessous du vêtement, il ne portait qu'un simple pantalon noir, très doux également, ainsi qu'une chemise blanche évasée, de façon à ce qu'elle ne déborde pas du col travaillé de sa robe. Claus, lui, était plus coloré : il avait revêtu un costume moldu noir élégant ainsi qu'une chemise blanche et portait une robe verte, restée ouverte pour découvrir sa tenue initiale.
Comme l'avait dit Claus, leur apparence devait être parfaite, c'est pourquoi le grand jour, vêtu de pied en cape, Severus fut obligé de s'asseoir dans un siège inconfortable alors qu'un coiffeur s'échinait à rendre ses cheveux plus présentables. La potion de Claus fonctionnait à merveille et leur aspect graisseux s'était peu à peu effacer pour ne laisser qu'une chevelure soyeuse que l'homme derrière lui s'obstina à lisser jusqu'à ce qu'elle devienne parfaite.
Quand Severus se regarda dans le miroir, il eut du mal à reconnaître le garçon sortit de Poudlard. Son teint avait une couleur plus vivante, sans toutefois avoir perdu sa blancheur anglaise. Les nombreux treks et autres excursions dangereuses réalisées avec Claus lui avaient donné un aspect physique moins frêle, bien qu'il n'en restât pas moins un jeune homme très mince. Son sourire était à présent éclatant, pour peu qu'il s'autorise à sourire et ses cheveux étaient si beaux et soyeux que Severus passa dix minutes à les toucher tout en se regardant dans le miroir. Il avait tellement changé… Soudainement, alors qu'il se regardait dans le miroir, dans ses plus beaux atours, il se rappela que Ash lui avait dit un jour qu'il était beau. Pas d'une beauté classique, mais beau malgré tout. A l'époque, Severus avait réfuté l'argument, le rejetant en bloque et pensant vaguement qu'Ash avait reçu trop de sortilèges lors de ses combats. Ce n'était plus le cas alors qu'il s'admirait timidement devant le miroir. Il se trouvait beau, lui aussi. Oh, certains hommes seraient toujours magnifiques à côté de lui (il suffisait de regarder Claus qui ressemblait à une gravure de mode), mais il avait son propre charme, caché derrière son nez et sa pâleur. Redressant presque fièrement la tête, Severus quitta son miroir pour rejoindre son maître et la gamine qui l'attendaient dans le salon principal.
Quand il poussa les portes de la pièce, Claus se tourna vers lui et eut un sourire appréciateur. A ses côtés, vêtue d'une robe indienne rose pâle et décorée de pétales d'or, Ishrat fronça le nez tout en l'observant.
« Tu deviens regardable, quand tu essayes de t'embellir, lui dit-elle avec froideur. Un peu de maquillage t'aurait peut-être donné meilleure mine. »
Severus leva simplement les yeux au ciel en réponse. Du maquillage ! Et puis quoi encore ? Une permanente ! Ignorant l'enfant agaçant, Severus se tourna vers Claus.
« Le portoloin s'activera dans dix minutes, l'informa ce dernier. Je vais profiter de ce temps pour établir des règles avec vous. En premier lieu, cela te concerne, Ishrat. »
La petite fille se tourna vers lui, l'air boudeuse.
« Des règles, dit-elle, horrifiée.
-Oui, des règles ! répliqua Claus. Bien. Tu es notre invitée. Si ça ne tenait qu'à moi, tu ne nous accompagnerais pas, mais je dois beaucoup à ton père qui est un bon ami. Je lui rends donc cette faveur, mais je tiens à te préciser que ce n'est qu'une faveur, pas une obéissance à un quelconque ordre qu'il pourrait se permettre de me donner. Je suis un potioniste renommé et je tiens à l'image que je véhicule. Tu as ta propre réputation à sauvegarder. En dehors de ses murs, tu n'est qu'Ishrat Derièse, la fille d'Artaban Sadrah. Tu le sais mieux que moi, tu n'es pas son héritière, du fait de la complexité de la famille Sadrah, tu n'as donc pas autant d'importance que ton père. Il est donc important que tu te tiennes correctement : pas de cris hystériques en apercevant des célébrités, pas de sous-entendus éventuellement embarrassant pour l'un d'entre eux. Si tu me fais honte, je n'hésiterai pas à t'enfermer dans une des chambres du palace que nous rejoignons et à t'y laisser. Cette soirée est bien trop importante pour que tu viennes la gâcher par ignorance.
« Severus est chargé de veiller sur toi, mais il est aussi mon élève et il se doit d'apprendre le maximum de ces soirées. Tu le suivras comme ton ombre et ne t'avise pas de l'égarer quelque part pour je ne sais quelle fantaisie, sinon, la punition sera la même que la précédente. Je suis clair ?
-Qu'ai-je le droit de faire, exactement ? éructa la petite fille, furieuse.
-De te montrer polie, souriante, charmante. En bref, d'être une parfaite petite poupée. Dans un gala rassemblant potionistes et mécènes, je ne vois pas trop où est ta place, je te l'avoue. Mais encore une fois, je devais bien ça à ton père, mais je ne lui dois pas ma réputation et je ne te dois rien à toi. Et que ce soit clair entre nous : ton père est parfaitement au courant de cette conversation, je l'en ai déjà informé et il est parfaitement conscient qu'il ne nous rend pas service en nous obligeant à t'emmener là-bas. Ne cherche pas du réconfort auprès de lui, tu n'en trouveras pas, il était d'accord avec nous. Bien, sur ce, Severus ! »
Ce dernier sursauta et se tourna vers son maître, craignant presque ce qui allait suivre.
« Tu es mon apprenti, le seul que j'ai jamais pris jusqu'à présent. Certaines personnes là-bas en ont conscience et risque de se montrer… agressif, envers toi, pour cette raison. Sans te laisser marcher sur les pieds, essaye de ne pas être trop… vindicatif, avec eux. Essaye de te montrer poli, courtois et incisif si nécessaire. Je n'ai pas besoin de te rappeler que l'image que tu projetteras ce soir sera importante pour toi, dans les années à venir. Tisse des liens, rencontre du monde, parle leur, charme les. N'ais pas peur d'eux, ils sont humains comme toi et moi. Mais ne signe aucun contrat. Tant que tu es mon apprenti, tu n'en as pas le droit, qu'importe les propositions qui te sont faites. Si tu établis un seul accord sans mon aval, je me verrai dans l'obligation de rompre notre contrat. Tu m'as compris ?
-Parfaitement, répondit Severus. Je ferai attention.
-Bon, parfait. A présent, nous allons y aller. Ne me faites pas honte. »
L'homme regardait surtout Ishrat en parlant et Severus se retint de rire en la regardant, boudeuse et agacée. Il attrapa un pan du portoloin – une cordelette de soie en or – et se laissa aspirer par l'objet quand la magie se déclencha, l'appréhension lui serrant les entrailles.
A suivre…
Ah, j'ai conscience d'être horriblement méchante en m'arrêtant là, mais je ne croyais pas que la première partie du chapitre serait aussi longue ! J'en suis à 27 pages et, avec ce que j'ai prévu, ce chapitre aurait très bien pu en faire plus de 50. Je suis certaine que vous auriez apprécié un chapitre de 50 pages, j'aurai aimé vous en livrer un aussi, mais je pense qu'il est urgent que je vous donne un signe de vie, ne serait-ce que pour avoir vos premières impressions sur ce chapitre.
J'ai eu beaucoup de mal à le commencer. Au préalable, j'avais démarrer sous le point de vue de Regulus, afin de vous donner un aperçu de l'évolution de son couple avec Drake, mais ensuite, je me suis rendue compte que je n'avais aucune idée de ce que je pourrai leur faire vivre… C'était plonger dans la romance pure et même si je sais que certains d'entre vous aurait aimé, je ne pense pas que ça cadre avec mon histoire qui reprend un peu de tout.
J'ai basculé sur le point de vue d'Harry mais cette fois encore, j'ai bloqué. Il est dans une dépression complète et je n'avais pas envie d'écrire quelque chose de morose. Et puis coup de génie : pourquoi pas Severus et son apprentissage ?
J'espère que ce chapitre vous aura plu. Il ne s'y passe encore « rien », dixit certains lecteurs, mais je rappellerai aimablement auxdits lecteurs que MF est une histoire longue qui demande à être détaillée. J'ai beaucoup de mal à écrire depuis quelques temps, alors que MF me passionne… Je ne comprends pas cette retenue envers une histoire qui me captive et j'ai pensé à prendre une pause (je sais, vu le temps que je mets à pondre un chapitre, je pense qu'on peut considérer que je suis en pause…. Kof kof). Mais j'ai ensuite réalisé qu'il valait mieux que j'écrive de temps à autre, en prenant mon temps. Le principal est que l'histoire avance, non ?
Ceux qui ont lu ma notre d'intro ont pu se rendre compte que ma vie a été récemment bouleversée. Je suis toujours dans une période de trouble actuellement (je pourrai ne pas avoir d'allocation de chômage) et tant que cette situation n'est pas réglée, j'ai l'esprit préoccupé. Je fais de mon mieux, promis.
Sur ce, je m'en vais écrire AP… J'aimerai l'actualiser rapidement également, afin de satisfaire tout le monde, mais ne vous réjouissez pas pour rien, ne vous imaginez pas la suite avant… un mois ou deux, juste au cas où…
Merci de votre patience, de votre compréhension, de l'affection que vous portez à mon histoire.
Et pour finir : question ! Qu'imaginez-vous pour la suite de cette aventure ? Avez-vous essayé de voir vers quoi je vous emmène ? Faites-moi part de vos théories. Voldemort est calme, Ash déprime, Drake.. et bien, il séduit Regulus et vit d'autres choses dont je parlerai dans le prochain chapitre… Mais j'ai envie d'avoir connaissance de vos idées. Parlez-moi donc ^^
Dans un but de motivation et d'échange, j'annonce également l'ouverture d'un compte facebook d'auteur. Vous me retrouverez en cherchant Umbre Septante Sept, si vous désirez discuter, échanger, être informer de l'avancée de mes histoires. J'espère avoir le plaisir de vous y retrouver ^^
