De retour après quelques semaines d'absence. Désolée pour l'attente.

Sur ce, je ne vous retiens pas plus longtemps…Bonne lecture !

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Chapitre 35: Il a grandi

1941

En un clin d'oeil, deux années s'étaient écoulées. Le Destin avait accéléré le court du temps. Il souriait, silencieux tandis que, de toutes parts, les destinées se réalisaient selon ses plans, sans que les habitants du monde magique ne s'en rendent compte. Ils se complaisaient dans leur ignorance, se contentant de se plaindre, après une longue journée de travail, de la vitesse à laquelle le temps passait.

Les moldus, quant à eux, avaient l'impression d'avoir vécu ces deux dernières années en enfer. La guerre continuait à faire rage; dévastant leurs vies et leurs pays.

Le soleil d'août jetait sur Londres une chaleur étouffante. Sous sa lumière affreusement joyeuse, l'ancienne ville n'en semblait que plus pathétique, désolée et recouverte comme elle l'était de cratères d'obus et des vestiges de ses bâtisses —C'était l'enfer sur terre.

Dans les quartiers Est de Londres, un grand et bel adolescent descendait une avenue poussiéreuse. Avec des cheveux noir-jais, sa peau pâle et son manteau d'excellente qualité, il se démarquait dans les bas-quartiers de la cité.

Il y a bien longtemps que le jeune homme de quatorze ans avait perdu les rondeurs de l'enfance. Son cou était long et élégant, ses yeux foncés en amande perçants, et la beauté de son visage égalait sans difficulté celle des anciennes statuts grecques. Il affichait une expression qui aurait fait paraître toute célébrité moldue pour un individu quelconque en comparaison.

De temps en temps, des orphelins vêtus de guenilles l'approchaient, quémandant un peu de gentillesse. Car au milieu de la pauvreté et du carnage de la guerre, l'élégance du garçon et sa propreté ressortaient comme une tâche de suie sur un drap blanc.

Mais l'adolescent ne s'arrêtait jamais, restait indifférent à leurs supplications.

Au coin d'une rue, une petite fille toussait du sang et l'une de ses jambes était tordue dans un angle inhabituel. À côté d'elle, un petit garçon fouillait les poubelles; il en sortit un morceau de cuire et se mit à le mastiquer d'un air désespéré, sans jamais avaler la matière. Une femme criait et pleurait d'une voix rauque au milieu des ruines d'une maison détruite par les bombes, berçant le cadavre d'un bébé contre son sein.

Et pourtant, Tom continuait son chemin, comme s'il ne voyait pas toutes leurs souffrances.

Qui était à blâmer pour son manqué d'empathie?... Sa nature, son éducation, ou bien les moldus du passé de Tom qui avaient ignoré ses propres appels d'au secours?

Tom grimaça lorsqu'il passa à côté d'une énième rue saccagée. Le décor qui se présentait devant lui lui paraissait horriblement familier, comme si la scène de deux ans plus tôt, quand Harry dépérissait dans ses bras, se rejouait. Il n'oublierait jamais le visage des moldus qui les avaient dépassé— leurs yeux vides, effrayés, passant sur le jeune garçon et l'homme sans les voir, sourds aux cris désespérés de Tom.

Il n'oublierait jamais la sensation du sang chaud coulant entre ses doigts tandis qu'il suppliait les passants pour leur aide, sans qu'aucun d'entre eux ne ralentisse ou ne lui accorde un regard.

Tom s'arrêta un instant pour observer les dégâts dans les rues de Londres. Soudainement, il sourit, savourant le goût de la vengeance sur ses lèvres.

Aider les moldus?... Pfff...

Aux abords de Londres se trouvait une plage déserte non loin d'une caverne sombre et rocheuse, où aucun rayon du jour ne pouvait éclairer ses noires et froides profondeurs et où personne ne s'aventurait.

Tom plissa les yeux et entra dans la grotte. Lui, par contre, appréciait l'obscurité et l'air lourd.

Une large étendue d'eau l'attendait au bout du tunnel. Alors que Tom s'agenouillait au bord des eaux calmes mais mortelles, quelque chose de gelé se glissa le long de son bras.

« Tom! Comment as-tu pu m'abandonner sssi longtemps! » se plaignit bruyamment l'animal.

Le serpent, à qui Tom avait ordonné de garder la grotte, avait gagné en longueur et en largeur durant son absence. Son corps recouvert d'écailles, autrefois pas plus gros que le pouce d'un adulte, était maintenant aussi épais que le bras d'un enfant.

Après une année entière, le serpent était très excite de revoir son maître. Elle s'enroula autour de son cou, sifflant dans ses oreilles, « Tom! Tom! Je me suis trouvé un nom— Nagini! Tu aimes? »

Tom caressa sa tête triangulaire. « Calme toi, Nagini. »

L'imposant serpent apprécia la sonorité que son nom avait en sortant de la bouche du garçon. Elle balança la queue comme un chat de salon satisfait puis s'immobilisa.

Tom se tourna vers les eaux d'un calme trompeur, « Comment s'est déroulée ta mission? »

Nagini agita la queue et poussa un galet dans l'eau. Des cercles vinrent briser la surface aussi lisse qu'un miroir, révélant le danger qu'elle dissimulait quand une infinité de membres pâles apparurent au fond des eaux noires. Petit à petit, la crevasse se remplissait de l'armée de Tom.

Tom se tenait sur le bord, observant les créatures grisâtres avec une certaine satisfaction.

Ses yeux sombres brillèrent d'une joie terrifiante.

Bien qu'aucune lumière ne puisse pénétrer dans la caverne, le garçon n'avait aucun problèmes de vue. Il se délecta de la présence de son armée d'inferi, savourant de ses yeux les corps pâles et délabrés comme s'il admirait une œuvre d'art.

Finalement, il sembla satisfait et offrit un sourire à son compagnon. Même dans l'obscurité, il reconnaissait sans peine les uniformes à moitié corrodés qui recouvraient encore le corps de certains cadavres — l'insigne métallique en forme d'aigle, les barres noires et blanches, et la croix gammée… c'étaient là les emblèmes de fiers membres de la Luftwaffe, les forces aériennes allemandes.

« Tom! Est-ce que Nagini peut garder ça? » Avec sa queue, Nagini indiqua une pile de pièces d'argent et d'or qui appartenaient autrefois aux victimes sous une pierre quartz. Apparemment, par ennui, le serpent avait récolté une collection impressionnante de médailles et d'insignes.

Tom examina quelques badges. Quelques 'un appartenaient même à des officiers, comme des colonels ou des capitaines.

Un magnifique sourire naquit sur les lèvres du garçon tandis qu'il caressait la tête de son amie tout en hochant la tête, « Intéressant... Bravo, Nagini. »

Oui, son animal s'était acquitté de sa tâche avec brio. Et maintenant… il possédait une belle collection de soldats moldus allemands, forts et athlétiques, prêts à obéir au moindre de ses ordres.

« Ah! Encore une chose, Nagini… » siffla doucement Tom, le son inhumain se répandant dans la grotte telle le souffle du vent.

« Saurais-tu quelques chose à propos de...La Chambre des Secrets? »

« Non...Je n'en ai jamais entendu parler, » Nagini pencha la tête et parcouru ses souvenirs, avant de secouer à nouveau la tête.

Tom soupira. Ses yeux se plissèrent, sombres et hantés.

….

Lorsque Tom retourna à Godric's Hollow, la nuit était tombée et Harry était déjà retourné d'une longue journée de travail au ministère.

« Tom, il est tard. Où étais-tu passé? » demanda le jeune homme d'un ton sévère.

Tom se débarrassa de ses chaussures et leva la tête. Des mèches de cheveux noires et douces vinrent recouvrir ses yeux d'une façon tout à fait naturelle, et néanmoins parfaitement calculée.

« Ah, Abraxas m'avait invité... Désolé, Harry, je n'ai pas vu le temps passer. »

« Oh, » Les yeux d'Harry s'élargirent quand il entendit le nom familier, mais il regagna rapidement son calme. Il s'empara d'un vieux journal et prétendit le lire, cachant son expression soucieuse derrière le papier jauni.

Combien de mensonges y avait-il dans les mots du garçon? Harry devait le savoir. Il voulait lui faire confiance, mais... il avait aussi peur de découvrir la vérité. Que faire si toutes les réponses pointaient vers un futur indésirable? Que faire si, en fin de compte, le passé était irréversible?

Le temps s'écoulait à une vitesse folle... et il n'était pas prêt à faire face à l'avenir qui l'attendait.

Peut-être qu'Harry s'en faisait pour un rien... mais il avait l'impression de pouvoir sentir les grains du sablier tomber sur ses épaules, l'enfouissant petit à petit dans une situation désespérée tandis que le Destin complotait dans l'ombre.

Avant même qu'Harry ait eu le temps de mettre un plan en place, Tom avait grandi. Le garçon allait commencer sa quatrième année... et Harry savait à quel point cette année-là était importante dans la vie de Voldemort.

Quatorze était un âge intéressant pour les jeunes garçons européens. C'était le moment où leurs hormones les transformaient en de grands jeunes hommes plein de confiance. Leurs visages gagnaient en maturité, se raffinaient, atteignant un équilibre parfait entre beauté féminine et puissance masculine. Des poils poussaient sur leur menton, leur voix se faisait plus profonde, leurs sourires rayonnaient du charme et de l'énergie de la jeunesse.

En outre, parmi tous ses camarades, Tom sortait toujours de la masse. Le garçon avait hérité des traits saisissants de son père et de sa silhouette élancée, tout comme il avait hérité du sang de sa mère et de la magie de sa famille. Et, encore plus impressionnant, le garçon ne laissait jamais ses privilèges lui monter à la tête, se montrant toujours poli et courtois envers tout le monde.

Bien sûr, Harry était armé de sa connaissance du futur, et savait donc ce qui se cachait derrière les sourires de l'enfant. Il avait prêté suffisamment attention au garçon et à son futur pour reconnaitre le pouvoir et l'ambition dissimulés au fond de ses magnifiques yeux noirs.

L'histoire était écrite dans la pierre. Aussi...durant sa quatrième année, Tom Riddle commencerait à enquêter sur les horcruxes. Durant sa cinquième, il assassinerait les seuls membres vivants de sa famille et créerait son premier— mais pas son dernier— horcruxe. Durant sa sixième année, il ouvrirait la Chambre des Secrets, relâcherait le basilique et causerait le trépas d'une élève innocente, pour ensuite piéger Hagrid et le faire accuser à sa place.

Sachant cela, le futur de Tom et le sien lui semblaient sans espoir... entourés d'une obscurité tragique et angoissante. Ils ne pouvaient échapper au Destin. Tout à coup, Harry se sentit minuscule face à tous les problèmes potentiels qui viendraient, écrasé par le poids de ses responsabilités et des vies qu'il devait sauver.

C'en était trop. Il avait besoin...d'aide.

Harry ne voulait pas agir inconsciemment. Il ne voulait pas détruire le faible lien qu'il avait construit avec Tom. Il ne pouvait pas se décider à s'adresser directement au garcon… donc, il regardait de l'autre côté. Tout ce qu'il avait réussi à faire, c'était s'enfermer dans son bureau et travailler sur des plans pour L'Armée de Dumbledore, tentant autant que possible d'être un bon père constamment inquiet pour son enfant.

Harry faisait de son mieux pour maintenir un foyer normal. Et parfois, quand Tom lui souriait avec des yeux rayonnant de joie, Harry avait l'impression que cela en valait la peine.

Voldemort avait toujours été un bon comédien. Il pouvait séduire les gens, s'approprier leur coeur et leur esprit sans difficulté... spécialement quand il désirait quelque chose de leur part. Comme le serpent du Jardin d'Eden, son sourire charmeur trompait tous ceux qui l'entouraient… comme le Professeur Slughorn, qui lui avait tout dit à propos des horcruxes; Helena Ravenclaw, qui lui avait par mégarde fourni le diadème; et même Harry, qui connaissait pourtant sa vraie nature, ne pouvait rien refuser aux sourires du garçon.

« Tom, je vais partir pour trois mois à l'étranger... pendant que tu seras à Poudlard, évidemment. » Harry reposa le journal. Il se pinça l'arête du nez, pris d'une soudaine fatigue.

Il ne pouvait pas continuer tout seul. Il avait besoin d'aide, de ses amis...

Il avait besoin d'Hermione.

Tom releva soudainement la tête. Son regard rencontra les yeux fatigués d'Harry. Tout à coup, les pupilles du garçon se contractèrent jusqu'à ressembler à celles d'un serpent, celles d'un prédateur à l'affut, reflétant l'image du jeune homme sur leur surface obscure.

De 1932 à 1941, neuf années s'étaient écoulées, et pourtant l'apparence d'Harry n'avait pas changé depuis leur rencontre. La peau du jeune homme était toujours pâle et douce, comme si le passage du temps n'avait pas eu d'empreinte sur son physique; sa chevelure foisonnante, noire-jais et toujours aussi désordonnée qu'un nid d'oiseau n'avait pas une trace de gris. Le temps semblait s'être figé pour lui.

Tom adoucit son expression avec soin. Il hocha la tête et répondit doucement, « Je vois... fait bon voyage alors, Harry. »

Harry serra les lèvres. Il rencontra le regard respectueux du garçon, puis baissa les yeux.

Tom garda son calme jusqu'à ce qu'il ait rejoins sa chambre, son intimité, loin du regard inquisiteur d'Harry.

Ce n'est qu'alors que son expression changea du tout au tout. Comme un louveteau pris au piège, il montra les dents.

« Nagini, » Tom remonta son pantalon le long de l'une de ses jambes, révélant un serpent miniaturisé entouré autour de sa cheville.

« J'ai besoin que tu me rende un service… »

Il fit une pause. « J'aimerais que tu… garde un oeil sur Harry pour moi. »

Oui, garder un oeil sur Harry... Elle devrait surveiller ce que ferait Harry, où il irait et pourquoi... Pourquoi l'homme tenait-il tellement à laisser Tom derrière? En toute honnêteté, il avait besoin d'elle pour espionner Harry.

L'expression de Tom se fit amère et froide.

Il y avait trop de choses qu'il ignorait au sujet d'Harry.

Neuf années passées, et l'homme n'avait pas changé. Pas du tout. Même si les sorciers vivaient généralement plus longtemps que les moldus, ils n'étaient pas immortels. Bien que quelques rides soient apparues sur le visage de Joan, Harry n'avait pas vieilli. S'il avait été un scientifique moldu, Tom aurait supposé que l'homme souffrait d'une division cellulaire extrêmement lente. Harry était un mystère — sa guérison si lente; la copie parfait de sa baguette; ces voyages tous les trois ans Dieu-seul-sait-où; son étrange comportement vis-à-vis de Tom, parfois plein d'affection et parfois si... distant.

Harry Potter... était un homme plein de secrets.

Premier septembre. Plateforme 9 3/4.

« Tom... » Harry se tourna vers le garçon qui avait désormais la même taille que lui. Il ouvrit la bouche mais ne sut que dire.

Que pouvait-il bien dire?... Il voulait supplier le garçon de ne jamais chercher la Chambre des Secrets, de ne jamais ouvrir un livre sur les horcruxes, de ne jamais s'enfoncer dans les arts sombres et surtout de ne jamais—jamais — changer le nom de Tom Marvolo Riddle pour celui de... Lord Voldemort.

Mais il ne pouvait pas.

S'il avait été croyant, il aurait prié pour que Dieu garde son fils sur le droit chemin. Il aurait posé un baisé sur le front de l'enfant, chuchotant, "Que Dieu te garde, mon enfant."

Mais il était un sorcier.

« Prend soin de toi, » fut tout ce qu'il dit quand Tom monta à bord du train. Le visage pâle et morose, Harry regarda la machine rouge s'éloignée et disparaitre au loin.

…..

Tom était assis, tout seul, dans un compartiment à l'arrière du train. Il regarda par la fenêtre jusqu'à ce qu'il ne puisse plus voir la silhouette d'Harry.

Peut-être que... l'absence d'Harry serait bénéfique pour ses projets, pensa Tom en posant son menton sur ses bras.

Au moins, maintenant il n'avait plus à se soucier de rien... il n'avait plus rien à craindre. Il pouvait dédier tout son temps à la recherche de la Chambre des secrets... et à la recherche d'informations sur les horcruxes.

Après tout, ces deux dernières années, il avait beaucoup grandi. Il avait appris beaucoup de choses aussi, y compris la patience. Les yeux de Tom s'obscurcirent, et il sourit.

…..

Le Destin se frotta les mains de satisfaction. Il observa les deux hommes qui empruntaient des voix opposés— l'un confortablement installé à bord du Poudlard Express, l'autre en train de marcher vers sa maison, ses pas lourds et déséquilibrés.

Peut-être que le jeune sauveur reviendrait avec un plan flambant neuf; avec les meilleurs intentions du monde... cependant, les évènements qui le torturaient tant avaient déjà été mis en marche.

En deux mots, pensa le Destin … trop tard.

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Ce chapitre n'est pas vraiment le plus déprimant, mais traduire la deuxième moitié (et surtout la toute fin) en écoutant la soundtrack du musical « Next to normal » n'est pas vraiment une douche d'optimisme… Anyway, on a tous besoin de notre dose de mélancolie de temps en temps, non ?

Pour ceux qui suivent Summer Tales, je vous rassure : le prochain chapitre arrivera dans le courant de la semaine prochaine. Les examens sont bientôt finis et j'ai enfin eu le déclic.

À bientôt