Note de l'autrice : Bonjour, voilà le 36ème chapitre ! Actuellement, je rédige le chapitre 40. Merci à Melior pour sa review ;). Bonne lecture !
Chapitre 36 :
Réunions
Village de Corel Nord, 2011
Shona se rongeait les sangs, et pour cause : elle s'apprêtait à emprunter le chemin menant aux mines pour retrouver sa nièce. Elle avait effectué un long voyage pour arriver jusqu'ici et, si elle avait mis autant de temps, c'était parce que deux personnes particulières avaient décidé de la rejoindre pour lui apporter leur soutien.
Deux personnes qui passaient pour mortes après avoir vécu tant de drames.
Au volant de son 4X4, elle jeta un coup d'œil à la jeune femme aux cheveux bruns coupés en un carré dégradé, dont les iris bleus se perdaient dans le lointain. Elfé était toujours aussi peu bavarde. Shona regarda ensuite le rétroviseur central. La joue barrée par une cicatrice, un homme ressemblant beaucoup à Elfé lisait un magazine. Il releva la tête et lâcha :
— Ne soyez pas mal à l'aise.
— C'est un peu difficile, Veld.
— Je comprends.
La tante de Fallen garda le silence durant le reste du trajet. Les gestes tremblants, elle descendit tant bien que mal du 4/4, et elle dut se retenir de courir en direction du laboratoire secret. Elle avait roulé jusqu'à ce que le chemin devienne impraticable.
Impassible, Elfé se plaça à côté d'elle.
— Cet endroit me rappelle des souvenirs.
— À cause de la Zirconiade ?
Elfé avait quasiment recouvré toute sa mémoire depuis qu'elle était considérée comme morte au même titre que son père. Cependant, à jamais, elle demeurerait affaiblie et en proie à divers maux chroniques.
— Oui et non. C'est là que j'ai subi une rechute d'amnésie, murmura-t-elle en frottant sa main, là où elle avait accueilli la matéria.
Shona leva les yeux vers Veld, dont le visage s'assombrissait de culpabilité. Elle soupira :
— Laissons le passé derrière nous. Vous êtes toujours prêts à vouloir aider Feyther ?
— Plus que jamais, affirma-t-il.
— Vos motivations m'échappent, mais soit… Je sais que vous ne souhaitez pas détruire Gaïa.
Shona marcha d'un pas vif jusqu'aux rails, suivie par Elfé et Veld. Aucun Bombo ne leur barra la route, même si d'autres monstres tentèrent d'en faire leur dîner, comme les Cokatolis ou les Baisers d'Épingle. Elle détestait particulièrement ces derniers à cause de leurs sorts de foudre, que son organisme ne supportait guère depuis une mission qui avait mal tourné trois ans plus tôt – Lesle avait eu beaucoup de peine à la soigner.
Une demi-heure plus tard, sous le ciel enflammé par le crépuscule, ils furent accueillis par Joshua, qui n'avait jusque-là pas donné de signes de vie.
— Ah, te voilà, s'exclama la tante de Fallen.
— Désolé. Je t'expliquerai tout depuis le début après.
Elle se précipita dans le laboratoire, puis les quartiers où Fallen avait été placée. Elle frappa à la porte et n'attendit pas le faible « Entrez » de sa nièce ; elle la prit dans ses bras en sanglotant.
Le corps de la jeune femme se raidit de douleur à ce geste. Shona la fixa de ses yeux verts emplis de larmes, puis siffla :
— Idiote ! Ne refais plus jamais ça !
Elles se dévisagèrent. L'ex-institutrice articula :
— J'allais mourir. Il fallait que je t'épargne.
— Parce que tu crois que je l'aurais mieux supporté ? Bon sang, mais qu'as-tu dans la tête ?
— Pas grand-chose, je le crains…
Fallen se fondit de nouveau dans son étreinte, toujours silencieuse. Shona percevait le poids de ses remords, mais ils semblaient s'apaiser un peu. Enfin, elle rompit le contact. Elle contempla sa nièce avec intensité avant de reprendre la parole :
— Tes affaires sont prêtes ?
— Oui.
— Je pense que nous allons nous installer dans les grottes après les marais du Zoloom. C'est le seul endroit qui me paraît sûr. Genesis m'a suggéré cette idée au téléphone avant que je ne vienne ici.
— Oui. Je l'ai entendu en discuter avec Myo et Erwann.
— Nous aurons tout ce qu'il faut pour que tu aies une convalescence correcte. Veld et Elfé se joignent à nous.
Fallen arqua les sourcils. Shona haussa les épaules.
— Ils devront s'expliquer bientôt, ne t'inquiète pas. Les autres membres de Feyther ne les accepteront pas comme ça. Myo Rayleigh a également dû leur prouver ses bonnes intentions. Et toi, plus question de t'enfuir, c'est bien compris ?
Sa nièce grimaça en guise de réponse. Shona n'était pas née de la dernière pluie. Fallen avait assez joué les idiotes, c'était indéniable. Elle ne lui avait pas parlé de Rivus ; elle garderait la surprise jusqu'au bout. Après tout, la jeune femme le croyait mort depuis si longtemps…
La quinquagénaire se redressa avec un soupir tout en massant son dos. Elle avait besoin de se reposer un peu.
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Grotte du Zoloom, 2011
L'aménagement était sommaire, mais les lieux pourraient accueillir l'ensemble des membres de Feyther. Pour la première fois depuis la création du groupe, ils ne seraient pas dispatchés aux quatre coins de la planète. Leur but ultime était de faire front contre Narulon.
Le geôlier de sa sœur.
Son cœur se serra de douleur. Même si Tia persistait à lui dire qu'il fallait garder espoir, il n'en avait malheureusement plus beaucoup. Il avait entrepris un deuil que la jeune femme trouvait insensé.
Au moins, c'était un peu plus facile à accepter, même si ça hurlait en lui.
L'œil morne, il avisa les silhouettes familières de Myo et Erwann au lointain. Ils discutaient avec animation. Des lanternes avaient été installées sur les parois de la grotte principale et ses cavités secondaires ; un coin spécial pour la cuisine avait été isolé, ainsi qu'un autre pour les toilettes, pour se laver… Pour dormir dans la « pièce » de vie, des tentes militaires, des radiateurs au fonctionnement autonome, des couvertures de survie… Rien de très convivial, mais ils s'en contenteraient pour le moment.
Shona arriva à son tour, et Rivus faillit se désintéresser des personnes derrière elle. Seulement, lorsqu'il reconnut le manteau rouge de Genesis, il arqua un sourcil stupéfait. Qu'est-ce que ça signifiait ? Il prenait la main d'une femme frêle, si maigre qu'elle tenait à peine debout, dont les cheveux noirs avaient dû être coupés court.
Leurs regards se croisèrent. Son cœur rata un battement.
Fally.
Elle-même se pétrifia. Ce fut lui qui finit par marcher vers elle.
— Fally…
Elle ne répondit pas, mais son visage parla pour elle-même. Il était passé pour mort depuis si longtemps ! Le choc était bien plus grand pour elle. Il s'en voulut de ne pas avoir recouvré sa mémoire plus tôt, d'avoir échoué à la sauver des griffes de Narulon avant le drame. Tremblant, Rivus tomba à genoux et lui saisit l'autre main.
— Pardon… Oh, Fallen, pardon !
Il n'était pas parvenu à la protéger ; il s'était planté sur toute la ligne. La voir si fragile, visiblement malade, était insoutenable. Elle avait bel et bien été une victime de cette ordure de scientifique. Genesis intervint :
— Rivus, tout va bien… Elle est hors de danger.
— Hein ?
Fallen se résolut enfin à prendre la parole, après avoir supplié du regard son frère de se relever :
— Genesis m'a offert son sang et ses cellules pour me guérir. C'était le seul moyen. Quant à Katana…
— Je l'ai tué.
Rivus ouvrit la bouche de stupéfaction. Les autres membres de Feyther présents s'étaient éloignés d'eux discrètement afin de leur laisser de l'intimité. On n'entendit bientôt plus que le ronronnement des radiateurs, le bourdonnement des lanternes, le vent qui s'engouffrait dans les grottes, et les sanglots de Rivus et Fallen.
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Kalm, 2011
Cloud s'interrogea ; qui rencontreraient-ils dans cette ville, qui avait déjà trop souffert des assauts de la Shinra, puis de la Deepground ? À ses côtés, Vincent était pensif. Ils étaient censés rejoindre Tseng, Elena et Rude dans les ruines de Midgar. Vincent lui avait juste expliqué qu'il attendait quelqu'un.
Le mercenaire contempla les rues désertes avec un soupir. Sur bien des aspects, Kalm était pareille à Nibelheim depuis qu'Oméga avait été invoqué, puis replongé dans son sommeil in extremis. Les habitants ne s'aventuraient pas dehors comme avant, ce qui était compréhensible.
Soudain, du boulevard sur sa gauche, il aperçut plusieurs silhouettes habillées de sombre ; Vincent souhaitait voir non pas une, mais plusieurs personnes. Des Turks ? Cloud s'abîma dans la perplexité. Non, des ex-Turks, qu'il croyait morts pour désertion…
— Hey ! Avec ton accoutrement, j'ai failli ne pas te reconnaître, Vincent ! s'exclama un jeune homme qui ressemblait un peu à Reno.
Rod, se rappela mentalement le mercenaire.
— Tout le monde est là, Shotgun ?
— Oui, sauf les nôtres qui sont décédés, répondit la femme blonde.
Un jeune homme brun à la coupe dégradée intervint :
— Avalanche est d'accord pour que nous venions ?
— Oui, Knife. Faites-moi confiance, souffla Vincent.
Cloud fut assez surpris de constater que les Turks ne protestaient pas davantage, puis il se raisonna ; son ami était devenu une légende depuis qu'Hojo avait expérimenté sur lui pour lui introduire Chaos, et cela s'était encore accentué dès qu'il avait défait la Deepground. Enfin, en tant qu'ancien Turk, il avait gardé son sens de l'honneur.
En revanche, il remarqua qu'une des Turks ressemblait beaucoup à Elena et qu'elles se fixaient sans rien dire. Faisaient-elles partie de la même famille ?
— Ne traînons pas. Narulon est déjà en train de reconstruire ses troupes. Il ne se laissera pas déstabiliser longtemps, grommela Nunchaku, en ébouriffant sa crinière courte et blonde.
Cloud approuva d'un signe discret de la tête. De fines gouttes de pluie s'abattirent sur eux et conclurent leur décision de partir. Au pas de course, tandis que les précipitations prenaient de l'ampleur, ils montèrent à bord de la camionnette que Vincent avait louée à Edge.
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Modeoheim, 2011
Le radiateur grinçait au rythme du réchauffement chiche de la pièce que Narulon avait réaménagé pour lui-même. Sur un bureau en fer qui avait connu des jours meilleurs sans rouille, il tapotait sur son clavier avec excitation. La clé USB que lui avait rapportée Luxière sonnerait l'apothéose de ses recherches.
Grâce à elle, il avait trouvé comment multiplier les capacités de ses « bombes biologiques ». Il suffisait de prendre le l'ARN sur Vincent, porteur du gène Chaos, et l'ADN mitochondrial des cellules d'un élu de Jenova.
Le matériel génétique pur de ces deux entités était inexploitable, parce qu'elles étaient les antithèses l'une de l'autre. Cependant, le fait d'être mélangées à de l'ADN humain avait retiré en partie les marqueurs de rejet et pouvait même permettre une fusion entre elles. De plus, un humain atteint de Virulose était susceptible d'accepter tout élément pouvant reformer son immunité. Lui injecter des cellules mi-humaines contenant pour certaines les gènes de Chaos et pour les autres ceux de Jenova pouvait donner à terme une arme avec un potentiel énorme. En revanche, un humain avec un génome modifié serait soit incapable de supporter l'expérience, soit aurait un système immunitaire si développé que tout patrimoine génétique serait exterminé tel un virus.
Voilà pourquoi il avait échoué avec « Cinco ». Même si elle semblait humaine, elle ne l'était pas tout à fait. Dommage qu'il n'ait pas pu davantage étudier son cas…
Maestro avait été envoyé avec Luxière pour traquer le spécimen idéal selon lui – elle était encore vivante. Fallen avait été sauvée par Genesis, c'était évident. Il avait dû lui offrir ses cellules parce que c'est la seule idée qui lui serait passée par l'esprit.
Il était possible de lui inoculer également les gènes de Chaos, mais il fallait faire très vite. Lorsqu'elle serait entièrement guérie, avec une immunité renforcée par l'héritage de Jenova, il serait trop tard.
Narulon esquissa un rictus. Il espérait que Luxière ne lui tiendrait plus tête comme la dernière fois. Sinon, il se chargerait personnellement de son cas. Un bon petit reconditionnement lui pendait au nez.
Il finit par refermer le capot de son ordinateur et quitta son bureau.
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Cratère Nord, 2011
Harā était occupée à permettre la croissance des végétaux qui composaient les nids à matérias à l'aide de son pouvoir ; ils avaient découvert qu'ils pouvaient former des habitations confortables, compte tenu de la température glaciale des lieux, malgré la profondeur. Kiiro en était plutôt reconnaissant. Il avait failli perdre les doigts de sa main droite à cause de son allergie au froid.
Shelke les avait rejoints bien après – elle avait eu la tâche sordide de rapporter le corps de Tifa à Nibelheim. Pour l'heure, elle fixait le radiateur alimenté par l'énergie de Rosa, plongée dans ses pensées.
Weiss observait les Tsviets survivants avec un regard nostalgique. Qu'adviendrait-il d'eux, lorsqu'ils auraient enfin abattu la menace Narulon ? Il chercherait comment ramener Nero auprès de lui, et le moyen d'y parvenir lui gelait le sang d'avance – sans mauvais jeu de mots.
Il lui faudrait se confronter à Omega, l'Arme n'ayant pas été complètement endormie malgré les efforts de Vincent et de Chaos.
Avec sa maîtrise des énergies des fluides, Rosa avait mis au point un système de chauffage. Elle avait dû utiliser des matérias pour la canaliser. Violine veillait à leur assurer un sommeil paisible grâce à son contrôle sur les rêves et ses capacités élevées d'hypnose – Shelke lui apportait une aide légère de par ses aptitudes à s'introduire dans les souvenirs d'autrui. Elle avait appris cependant à ne plus les assimiler au point de perdre sa propre mémoire.
Avec sa pyrokinésie, Kiiro pouvait manipuler le feu, mais ne le créait pas ; il se contentait de réguler l'intensité du chauffage de Rosa. Nāraṅgī maniait le magnétisme d'une manière différente d'Auréal – il ne passait pas par les courants électriques, mais par l'aimantation. Cinza usait du métal comme personne et réussissait à recouvrir son corps de cet alliage. Enfin, Acajou était un voleur d'énergie vitale. Il la puisait dans les humains, les animaux et les végétaux. Ainsi, s'ils étaient attaqués par des monstres, lui et Weiss s'en chargeaient en priorité.
L'Immaculé sursauta lorsqu'une main tapota son épaule. Il se tourna vers Kiiro, qui arborait un air grave. Ses cheveux jaunes avaient poussé à tel point qu'il ne paraissait pas peigné.
— Il faut qu'on entre en contact avec Feyther. Je suis sûr qu'avec eux, on peut renverser Narulon avec plus de facilité.
— Nous devons nous rencontrer ici alors. Tu as vu ce que nous avons construit ? Narulon aura du mal à nous anéantir.
— Oui, tu as raison. Il faudra les convaincre et les guider jusqu'ici.
— Et pour Nero ? Tu comptes attendre encore longtemps ? intervint Violine.
Weiss fronça les sourcils et pivota vers la petite femme à la peau bistre et à la crinière violette. Ses yeux de la même couleur le fixaient avec intensité.
— On peut se débrouiller sans toi. Fais ce que tu as à faire, répliqua Shelke.
— Mais…
— Weiss. Nous sommes des soldats. Nous nous en sortirons, renchérit Kiiro.
— Je vais y réfléchir.
Il préféra ne pas leur montrer que leurs paroles l'avaient ébranlé.
