Bonne nouvelle. Voici un nouveau chapitre. Je sais que je vous fais bien attendre mais que voulez-vous, on fait ce qu'on peut !
J'espère que vous n'avez pas tout oublié depuis le temps. Comme toujours, j'attend avec impatience vos réactions et commentaires.
Bonne lecture.
CHAPITRE 36 - Le pacte
La lourde porte de fer rouillé donnant accès au cachot du professeur Rogue n'avait rien de très engageant. C'est pourtant devant elle qu'attendaient les sixième année de Gryffondor, peu réjouis devant la perspective de passer une journée entière enfermés dans une salle nauséabonde. Surtout en compagnie d'un homme malfaisant dont le seul but dans la vie semblait être de vouloir empoisonner celle de ses élèves –et pas qu'au sens figuré du terme, n'hésitaient pas à penser certains...
Plus livide que jamais, Neville avait du mal à respirer, tant l'angoisse d'une nouvelle journée d'enfer s'emparait de lui. Le jeune homme avait tout d'abord souhaité arrêter les leçons de l'odieux professeur afin de ne plus subir ses brimades à répétitions mais Hermione l'en avait dissuadé. Elle avait trouvé les mots justes ; elle lui avait rappelé qu'il n'était pas un idiot, qu'il avait une place importante au sein du Club de Défense et que tout ce que pourrait dire le maître des lieux ne suffirait pas à la convaincre que Neville fût aussi peu doué pour les potions.
Mais maintenant qu'il se trouvait dans le rang des condamnés, il n'était plus aussi certain de son choix. Certes, il avait besoin de ce cours pour devenir Auror, mais avait-il seulement une chance de poursuivre dans cette voie ?
Harry donna une tape sur l'épaule de son camarade pour lui donner courage. Il savait bien que Neville était un garçon plein de vaillance et qu'il supporterait les sarcasmes de Rogue si cela pouvait lui donner l'occasion de devenir un chasseur de mage noir.
Assurément, le sentiment de vengeance ne ressemblait en rien à l'idée d'une cause juste et noble, mais au moins il permettait de tenir le coup. Et puis Harry pouvait-il blâmer le jeune Londubat ? Si James et Lily lui manquait cruellement sans qu'il ne les ait pourtant jamais connus, que devait ressentir Neville qui voyait régulièrement ses parents perdus dans un brouillard permanent ? Et si ce n'était pas la vengeance qui le motivait, peut-être Neville pensait-il trouver un remède au mal qui avait touché ses parents ? Puisse-t-il un jour exister une potion qui répare les lésions cérébrales provoquées par de trop longues séances de torture...
Harry ne put s'empêcher de serrer les poings à cette pensée. Les Londubat avaient été atrocement suppliciés par ces fanatiques criminels qu'on appelait Mangemorts et aujourd'hui, l'un d'entre eux prenait plaisir à malmener leur fils unique. Car O'Conelly avait eu raison de rappeler ce fait à la mémoire de Harry : Rogue avait été un des fervents admirateurs de Voldemort et rien qu'à ce titre, il ne méritait que le mépris. Au lieu de cela, il bénéficiait d'un non-lieu et du loisir d'humilier les élèves qui ne portaient pas le blason de sa Maison. Une injustice de plus dans ce monde sorcier très peu reluisant, finalement.
Mais ce n'était pas le moment de ruminer de la rancœur. Si Harry demandait lui-même aux filles de son groupe de rester calme face à l'offensive Bakkhar, ce n'était pas pour montrer des signes de haine envers le professeur de potions. En outre, il redoutait déjà la leçon qui s'annonçait. Drago Malefoy mènerait la vie dure à Ron, toujours prêt à lui arracher la langue depuis la rentrée scolaire. Et cette peste de Manon de Bohan se montrait capable de tout.
Harry devait donc rester stoïque car il avait promis à Seamus de négocier une paix tacite entre les Serpentard et Liam Finnigan. Il savait qu'il n'obtiendrait rien de tel s'il se montrait discourtois avec la belle Française ou avec cet espèce de blanc-bec revêche qui la suivait de près.
A peine eut-il pensé cela que les Serpentard se présentèrent à la porte de Rogue. Harry ne put dire à ce moment là quelle voix l'irritait le plus, celle traînante et malintentionnée de Malefoy ou celle cristalline et délicieuse, mais impétueusement altière de Manon de Bohan. Si seulement il avait pu maîtriser les sorts sans baguette, il aurait probablement jeté un sortilège de Silencio sur chacun d'eux, juste avec les yeux.
—Tiens, regarde-donc le troupeau qui attend devant la salle de cours, Manon, dit alors Malefoy. Voilà les pathétiques Gryffondor venus se faire ridiculiser une fois de plus. Et à leur tête, Potter le parvenu. Pistonné jusqu'à la moelle ! Sinon comment aurait-il pu assister à ce cours ?
—Hello, mon beau Général ! salua de la main la jeune Serpentard, sans prêter attention à la grimace méprisante des membres de sa Maison. Tu reconnaîtras tout de même, mon cher ami, continua-t-elle en se tournant vers son interlocuteur, que fonder l'Armée de Dumbledore, c'était quelque chose !!
—Il n'est pas général, rétorqua stupidement de sa petite voix grinçante Pansy Parkinson qui tentait de prouver à Malefoy qu'elle était beaucoup plus loyale que cette Bohan. Il n'est même rien du tout. Il ne vit même pas chez des sorciers et il prétend déjà diriger l'école avec son fichu club !
—Ce qui prouve qu'il a le sang d'un meneur, répondit avec évidence Manon avec cette façon subtile d'afficher un superbe sourire tout en témoignant le plus grand mépris. Certains des plus grands guerriers de l'Histoire possédaient le statut de... comment dis-tu... « rien du tout » avant que la gloire ne les touche.
—S'il te plait, Manon, s'agaça Malefoy tout en restant suffisamment courtois pour ne pas la brusquer. Ne me dis pas que tu tombes toi aussi dans ce piège grossier. Potter est l'élève préféré de ce vieux gâteux de Dumbledore qui lui passe tous ses caprices ! C'est pas à nous qu'il aurait réservé une salle entière pour un club de duel.
—Eh bien le vieux croûton a été bien inspiré ! assura jovialement la jeune fille. Si tu avais vu Potter lors de la séance d'information...
—Peuh ! ne put s'empêcher de cracher Malefoy.
—Donc tu es sûr que tu ne veux pas t'inscrire dans son club ? ironisa la jolie demoiselle de Beauxbâtons.
—Plutôt mourir !
—Ah ! Au moins c'est clair ! rit alors à haute voix la Française. C'est bien, j'aime les hommes qui savent ce qu'ils veulent.
Ces mots firent rougir Drago qui ne sut quoi répondre durant un court instant. Pansy, elle fulminait alors que sa voisine Millicent semblait n'avoir rien compris à la conversation. Les Gryffondor échangèrent quelques regards éloquents. Ils avaient parfaitement entendu toute la discussion et se demandaient si Bohan tentait réellement de séduire Malefoy. Mais ce dernier, à la fois flatté de la remarque de sa condisciple et vexé d'avoir paru décontenancé devant ces fichus Gryffondor, sortit de sa torpeur pour attaquer l'une de ses cibles préférées, après Potter, bien entendu.
—Alors Finnigan, apostropha-t-il avec une lueur de méchanceté dans les yeux. Pas décidé à reprendre les déchets que tu as égaré chez nous ? Si tu ne te décides pas, il va falloir que nous nous en débarrassions nous-mêmes !
—Si tu touches encore à mon frère, scélérat, je te jure que même ta mère ne te reconnaîtra pas.
—Ooooh, il a l'air moins mauviette que le nabot qui s'est infiltré dans notre belle Maison, se moqua Drago. Un vrai Gryffondor !
—Salut Machin ! lança Manon. Tu t'es remis de notre dernière rencontre ?
Seamus et Ron, tous les deux prêts à réagir (le premier sur Drago, le second sur Cyrano qui sortait déjà sa baguette) se tournèrent vers Manon, les yeux ronds. Neville devint écarlate. La jeune fille semblait totalement indifférente au conflit qui existait entre les deux Maisons, comme s'il avait lieu dans un autre monde.
—Je te préviens, Malefoy... menaça Seamus.
Les poings serrés et les yeux injectés de sang, il fit un pas vers Drago qui pâlit brusquement.
—Ce n'est guère très intelligent de chercher à se battre dans les couloirs, Mr Finnigan, affirma soudain l'odieuse voix de Rogue. Ça vous coûtera cinq points et une retenue.
—C'est Malefoy qui le provoque, s'insurgea Ron, avant de se tourner vers Hermione qui lui écrasait le pied pour qu'il se tût.
—Je n'ai pas demandé votre avis, Weasley. Et entrez tous, vos chaudrons devraient déjà bouillir à l'heure qu'il est !
Malefoy affichait un sourire mauvais qui répugna à tous les membres de la maison rouge et or.
—Tu vois, ma chère Manon ? souffla le plus blond des Serpentard. Je n'ai pas besoin de fonder un club minable pour qu'on reconnaisse la supériorité de ceux de mon clan.
—Harry ! murmura rageusement Seamus dans les oreilles du jeune sorcier. Règle vite cette histoire avec Bohan ou je le tue sur le champ !
Harry aurait souhaité ne jamais devoir pactiser avec cette fille mais il ne pouvait pas laisser tomber le pauvre Finnigan. Il alla donc rejoindre sa place auprès d'une Manon tout sourire.
—Je suis ravie de te retrouver à mes côtés pour toute une journée, mon général adoré, murmura alors la jeune fille en lui lançant un regard pétillant de malice.
—A vrai dire, je ne suis pas mécontent de me retrouver avec toi, avoua Harry à voix basse, ce qui n'était qu'à moitié faux.
Au moins il évitait Drago ou Seamus avec qui il aurait été très désagréable d'éplucher des racines ou d'écraser des scarabées tant leur nervosité avait gagné en ampleur.
—A la bonne heure... se réjouit simplement la noble demoiselle avec son sourire taquin. Tu finiras bien par m'apprécier pour de bon. J'ai tant à t'offrir...
—Je cherche surtout la paix, ne put s'empêcher d'exprimer avec une pointe d'agacement le Gryffondor.
—J'avoue que je ne suis pas toujours facile à vivre, reconnut la belle Française. Mais je peux aussi me montrer très tendre, continua-t-elle en lui laissant un clin d'œil plein de sous-entendus. Crois-moi, entrer dans la prestigieuse famille des Bohan c'est s'assurer un avenir et une paix certaine !
—Je n'en suis pas si persuadé, piqua Harry. C'est une responsabilité que d'être un Bohan. J'imagine qu'on ne se fait pas que des amis quand on a autant de pouvoir.
—Tu vois juste, mon cher Harry, et cela m'enchante au plus au point. Plus je t'écoute, plus je suis convaincue que tu es le mieux placé pour entrer dans la famille. Père ne pourrait que t'apprécier. Tu es peut-être encore trop naïf, voire trop scrupuleux mais il ne fait aucun doute que tu as toutes les qualités requises pour devenir un grand de ce monde. Je te l'ai déjà dit, pourtant ! Dommage que tu ne veuilles pas me croire.
—Je ne veux pas enter dans...
—Raison de plus, mon cœur ! Tu as une grandeur d'âme exceptionnelle ; tu n'es ni intéressé par les enjeux politiques, ni par le pouvoir ou la richesse que je pourrais t'apporter. Mais tu as l'intelligence nécessaire pour sauvegarder et maintenir notre lignée... Si tu savais combien j'ai de prétendants ! Je n'avais pas trois ans que l'ambassadeur d'un pays asiatique dont je tairai le nom espérait déjà négocier ma main pour son plus jeune fils, qui devait sans doute avoir dans les vingt ans à l'époque.
—Vingt ans ?
—J'aurais été mariée le jour de mes douze ans à un homme plus âgé de dix-sept... Peut-être aurais-je été enceinte les semaines suivantes... C'est une chose qui se voit régulièrement dans certaines contrée, tu sais.
—Mais c'est... c'est répugnant !!
—Père a jugé que l'ambassadeur n'était pas digne d'intérêt. Le pays qu'il représentait était en proie à une guerre civile, ce n'est pas très bon pour les affaires ! Je suis son unique enfant, autant qu'il ne se trompe pas sur le choix de mon époux !
—Et tu veux que je cautionne ce genre de chose ? Tu es complètement folle !
—Ta candeur est absolument magnifique, Harry, répondit malicieusement dans un rire discret la jeune fille.
—Mr Potter, quand vous aurez fini de détourner l'attention de vos condisciples, vous daignerez peut-être écouter ce que je m'efforce de vous enseigner ? coupa d'une voix cinglante le professeur Rogue. Cinq points vous seront retirés pour avoir empêché Mademoiselle de Bohan de suivre correctement les instructions de cette potion.
Rogue continua sur le même ton le monologue qu'il infligeait à ses élèves depuis le début du cours. Malefoy pouffa sans s'attirer aucune remontrance ; Ron et Seamus eurent la même lueur meurtrière dans le regard. Manon, par contre, se rapprocha de Harry et lui souffla : « je suis désolée ».
C'était bien une chose qui perturbait Harry. Manon semblait sincère quand elle lui disait qu'elle était désolée de lui attirer des ennuis. En même temps elle pouvait bien parler autant qu'elle voulait, elle ne risquait visiblement rien avec Rogue et c'est Harry qui serait puni pour bavardage. Mais quand même. Quelle était sa position ? Elle ne ressemblait pas aux autres Serpentard qu'il connaissait. Encore devait-il admettre qu'il ne connaissait pas beaucoup de Serpentard à part ses ennemis jurés, Malefoy et sa cour, et les tout aussi détestables joueurs de l'équipe de Quidditch.
Non, Manon ne cessait de le mener en bateau. Il n'était d'ailleurs pas certain que cette histoire d'arrangement matrimonial n'eût été inventé de toute pièce par la jeune fille. Elle se moquait en permanence de lui. D'un autre côté elle semblait accorder beaucoup d'importance à son amitié, pour ne pas dire plus. Amie ? Ennemie ? Ni l'une ni l'autre ? Qu'est-ce que c'était agaçant ! Son raisonnement respirait la logique mais il ne pouvait croire que Manon, avec le succès qu'elle avait auprès des garçons, ne s'en tînt qu'à la raison d'État, à la grandeur de la lignée, comme elle aimait à le répéter.
Harry préféra ne rien répondre pendant qu'il commençait à doser le venin de Verlieu, chose qui requérait toute son attention car –Rogue les avait mis en garde– la manipulation d'une telle substance était soumise à une réglementation très stricte ! Manon se tut, elle aussi, mais elle conservait un sourire qui irritait le jeune homme. Harry sentait également que Seamus les observait et attendait que le cas de Liam soit débattu. Autant dire qu'après la remarque de Rogue, si Harry devait entamer une telle discussion, il s'exposait à une expulsion pure et simple du cours de potions, sans compter l'avalanche de retenues qui l'éloigneraient sans ménagement des cours du Club de défense, et pire encore, des entraînements de Quidditch.
Le début de matinée se déroula sans incident majeur. Bulstrode s'énerva contre Neville lorsqu'elle prétendit qu'il fallait ajouter cinq mesures d'ongles de pieds de gobelin pour une de crotte de nez de troll et non l'inverse. Mais se souvenant que le chaudron se renversait rapidement, elle se calma du mieux qu'elle put. Finalement, le livre de potions donna raison à Londubat mais c'est quand même lui qui fut réprimandé par le maître des lieux lorsque la chose gluante qui bouillonnait dans le chaudron prit une couleur violette des plus édifiantes.
—Ne t'approche pas du chaudron, lança Drago à Ron alors que celui-ci surveillait l'ébullition de son contenu, tu pourrais être éclaboussé. Ce serait désolant, tu comprends... Il paraît que les roux sentent mauvais quand ils sont mouillés !
Cyrano, Parkinson et Bulstrode ricanèrent bruyamment sans subir les foudres de leur enseignant. Ron écrasa un scarabée dans une main et dut se retenir pour ne pas le coller dans le visage de Malefoy. De rage, il renversa son flacon de suc gastrique de malagrif tacheté, ce qui compromit ses chances de réussite pour son antidote. Hermione lui donna alors le surplus de son propre suc, ce que Malefoy dénonça comme une tricherie. Quelques points Gryffondor furent à nouveau perdus.
Harry se demandait si Rogue faisait exprès de se montrer aussi injuste. Il aurait dit qu'il tentait de faire concurrence à Bakkhar sur le plan de l'ignominie, mais sur un registre différent. Quoi que puisse faire un membre de la Maison au Lion, il aurait toujours tort.
—Voilà qui n'était guère très malin, annonça Manon à Harry, toujours à voix basse.
—Hermione a aidé Ron, ça s'appelle de la solidarité et je trouve que c'est très noble, rétorqua Harry, tout en jetant un œil sur son professeur pour éviter de se faire de nouveau épingler pour bavardage.
—Oh, je me moque bien de cette encyclopédie sur pattes à peine coiffée, répondit simplement Manon en levant les épaules. Je parle de Drago. Il oublie que chez les Serpentard aussi il y a des roux.
Et la belle Française indiqua d'un signe de tête un jeune Serpentard au fond de la pièce, tout aussi roux que les Weasley, et qui ne souriait guère. Harry ne le connaissait que de vue et n'avait jamais eu de sympathie pour lui. Mais il était certain que ce garçon n'avait pas apprécié la remarque de Drago.
Manon avait parfaitement raison : Drago venait de commettre une énorme erreur. C'était peut-être une faille à exploiter... Harry regarda alors sa voisine de table. Que cherchait-elle ? Pourquoi lui avait-elle fait cette remarque ? Il ne savait que penser. Ce qu'il savait en revanche, c'est qu'elle n'était pas une partisane de Malefoy, comme pouvait l'être cette dinde de Parkinson.
Le dilemme revenait cogner dans sa tête. Pouvait-il vraiment lui faire confiance ? Quelque chose en lui avait envie de lui offrir une chance. Mais Harry se souvenait que la veille encore, Manon coinçait Neville dans les toilettes pour essayer de lui soutirer des informations sur son compte. Dieu que cette fille pouvait être obscure !
Le silence demeura durant l'heure suivante, coupée par les sarcasmes de Drago, les ricanements de ses acolytes, les bouillonnements des chaudrons et... les conseils de Manon pour préparer les ingrédients suivants. Car si Harry ignorait ce que la jeune fille valait dans les autres cours, il devait admettre qu'elle se débrouillait parfaitement en potion. Beaucoup mieux que lui en tout cas.
Tout compte fait, ce n'était pas une mauvaise affaire d'être tombé avec elle dans cette classe. Par trois fois elle corrigea les erreurs du Gryffondor et lui conseilla de vérifier ses mesures. Elle eut même l'audace de lui montrer comment éplucher son bulbe de Redornan mordicus sans se faire mordre les doigts, et le pire pour Harry c'était qu'elle avait raison. Cependant, pour une fois, elle ne semblait pas le prendre de haut. Elle lui montrait la voie, tout simplement. C'en était énervant !
A midi précise, plusieurs grands « POP » firent sursauter les élèves, ce qui eut pour résultat le renversement du chaudron de Neville pour la deuxième fois, et un aller simple pour l'infirmerie pour Bulstrode. Dobby était apparu au beau milieu du cachot, accompagné de cinq autres elfes de maison, tous chargés de plateaux d'argent remplis de sandwichs richement garnis.
—Le repas des Gryffondor, Monsieur ! annonça fièrement Dobby.
—C'est vous qui êtes l'auteur de cette... mascarade, Potter ? demanda Rogue avec le regard du psychopathe prêt à exploser.
—Je...
—C'est moi, Professeur, mentit joyeusement Manon. Vous comprenez, j'ai eu pitié de ces pauvres chéris, la semaine passée, alors je me suis arrangée pour qu'ils aient de quoi se sustenter cette fois-ci... Je suis désolée si mon intention ait pu nuire en quoi que ce soit à votre cours si magistralement ordonné... J'aurais dû demander votre consentement. Je vous présente mes plus humbles excuses.
Rogue sembla pris de court, tout comme Drago. Ils auraient probablement aimé l'un et l'autre s'acharner sur le jeune Potter, le rendant responsable d'une nouvelle perturbation des cours. Mais puisque l'initiative venait de la fille Bohan... Les Gryffondor prirent assez mal ce nouvel affront mais ils regardèrent Harry pour savoir ce qu'il convenait de faire. Dobby s'étonna de la réflexion de la jeune fille mais comprenant qu'il avait commis une bévue, il eut l'intelligence de ne pas contester cette version. Il songerait à se passer les doigts dans la graisse de friture chaude plus tard dans la journée.
Les élèves de la Maison rouge et or hésitèrent à accepter la pitié de cette aristocrate effrontée. Mais comme Harry se servait allègrement sur les plateaux, les autres Gryffondor, mourant littéralement de faim, accueillirent cette providentielle source de nourriture avec plaisir et se servirent à leur tour.
—Vous n'avez pas à vous excuser, Mademoiselle, se força à sourire Rogue. C'est très charitable de votre part et cela vous honore. La Maison de Gryffondor a de la chance que vous soyez si clémente avec elle.
Cyrano voulut se servir mais Drago lui donna un coup de coude. Il pensait probablement que les sandwichs devaient contenir quelque immonde chose, des larves de mouches de Zélande ou des œufs de Sirène fermentés. Mais il se trompait. Les sandwiches étaient tout simplement succulents et Harry se resservit plusieurs fois. Manon aussi prit un des encas délicieusement préparés par les elfes de maison et lançait à Harry un regard brillant.
Lorsque les elfes s'en allèrent enfin, les Gryffondor étaient repus tandis que les Serpentard, étouffant de jalousie, tentaient de noyer leur amertume en se moquant ouvertement de la maison rivale.
—Sauvés par une Serpentard, railla Malefoy. Gryffondor a une dette envers nous ! C'est la meilleure celle-là.
Mais Harry savait que Drago aurait bien voulu goûter lui aussi aux merveilleux sandwiches lorsqu'il s'était rendu compte qu'ils ne contenaient aucune viscère de créature d'aucune sorte. Et pire que tout, il ignorait quel était l'accès aux cuisines pour pouvoir à son tour renouveler l'expérience.
Cependant, ce fils de Mangemort avait raison. Harry avait à présent une dette envers Manon qui venait de le sortir d'un mauvais pas, même si elle l'avait ridiculisé une fois de plus. Nul doute que Rogue aurait renvoyé promptement les elfes aux cuisines si la jeune fille n'était intervenue et qu'il leur aurait fait payer très cher leur incursion. Sans compter ce que Harry lui même aurait subi en tant qu'initiateur de cette brillante idée !
Comment dès lors demander une faveur à quelqu'un quand on a déjà une dette envers elle ? Une fois encore Manon se montrait détestablement exquise. Elle avait Harry à sa merci.
—Merci, se décida-t-il à lui dire, presque à contrecœur.
—Merci à toi pour ces délicieux pains garnis, sourit Manon. Ils valaient mille fois mieux ce que je m'étais préparé ce matin...
—Pourquoi as-tu dit...
—Tu sais très bien pourquoi. J'ai très envie d'arriver au terme de cette potion et je n'y arriverai pas si tu es renvoyé de cette classe.
Harry la dévisagea. Elle continuait à remuer dans le chaudron comme si de rien n'était. Mais il n'était pas persuadé qu'elle avait agi dans son propre intérêt, comme elle le prétendait. D'abord parce qu'elle s'y connaissait bien mieux que lui en potions, ensuite... ensuite il n'en savait rien, mais il restait convaincu qu'elle ne disait pas la véritable raison.
Enfin, après avoir tourné sa cuillère en bois sept fois dans le sens des aiguilles d'une montre, elle la reposa sur le côté et s'exprima soudain ainsi :
—Pour tout dire, je suis impressionnée.
—Impressionnée ?
—Oui. Vraiment. Impressionnée par l'audace dont tu as fait preuve.
—J'avais pas prévu que ces idiots d'elfes rappliqueraient au beau milieu du cours, en défiant Rogue ! se justifia le jeune homme.
—Impressionnée par ton sens de l'initiative, le coupa-t-elle. Comment as-tu fait pour commander toutes ces choses ?
—Dobby ne peut rien me refuser, laissa échapper Harry, un léger sourire sur les lèvres.
—Tu connais cet elfe de maison ?
—En effet...
—Avec tous ces chapeaux ridicules ?
—C'est une longue histoire...
—Peu importe ! En fait, je suis surtout impressionnée par le geste, celui d'aider les autres, ceux de ta Maison. Tu les protèges, comme un chef protège son clan. Tu es un leader, Harry. Tu es plus qu'un général, tu es un seigneur ! Tu ne pourras plus me dire que ce n'est pas vrai après m'avoir montré cela !
—...
Harry en eut la chique coupée. Manon avait une lueur extraordinaire dans le vert de ses yeux divins. L'anneau argenté qui entourait ses pupilles le laissait pantois. Il lui semblait qu'elle l'admirait vraiment, sans aucune simulation. Mais l'instant d'après, elle se remit à rire et il se demanda si une fois de plus elle ne se moquait pas de lui.
Malgré tout, le jeune sorcier se décida à parler de Liam. Manon paraissait pour le moment acquise à sa cause et prête à écouter ses doléances. Mais Rogue passa près de leur table et jeta un œil dans leur chaudron.
—Tout cela me paraît en bonne voie d'aboutir, Mademoiselle Bohan. On m'avait vanté vos qualités dans cette matière et je constate avec ravissement que c'est une réalité incontestable !
—Merci, professeur. J'ai eu un bon maître. Le professeur Donatien de Franche-Marche fut mon précepteur dans ce domaine.
—Un excellent maître assurément !! Auteur de très nombreux ouvrages de référence.
—Maître France-Marche me les a tous offerts.
—Vous avez beaucoup de chance de l'avoir eu pour enseignant privilégié.
—Je vous le présenterai un jour, si vous le souhaitez.
—Ce serait fort aimable de votre part.
Rogue fit un sourire pincé en s'inclinant légèrement devant la jeune fille. C'était bien la première fois que Harry le voyait ainsi. Mais il pensa qu'il n'en avait pas pour autant l'air sympathique. Peut-être ce dernier ressentit les pensées du jeune homme par légilimancie car à cet instant précis, il jeta un regard noir sur le jeune Potter.
—Dommage que vous soyez associée à une personne moins brillante que vous, Mademoiselle Bohan. Mr Malefoy aurait certainement mieux convenu à...
—Oh mais c'est justement là le véritable défi ! C'est en augmentant les difficultés qu'on apprend le plus, n'est-ce pas professeur. Et puis Harry découpe très bien les feuilles de Loueva lovenita. C'est déjà pas si mal !
Rogue cherchait quelque chose à répondre quand de grosses bulles orangées l'appelèrent au-dessus du chaudron de Nott et de Seamus.
—Merci pour le « déjà pas si mal », souffla Harry, vexé, à sa voisine.
—Oh mais ne te formalise pas, mon cher ami, répondit-elle avec un sourire jusqu'aux oreilles. Le professeur Rogue semble beaucoup apprécier de te rabrouer. Je joue simplement à son jeu. C'est amusant tu ne trouves pas ?
—Ben, en fait, non, je ne trouve pas !
Une fois encore, le rire étincelant de la jeune Bohan raisonna dans la pièce sans susciter le courroux de l'enseignant. Celui-ci était de toute façon trop occupé à sermonner l'élève Finnigan pour la qualité médiocre de son mélange, alors que Nott, ricanant contre son binôme, fut immédiatement remis à sa place. La note estimée pour la mixture était en effet attribuée pour les deux préparateurs, ce qui ne parut plaire à personne, en particulier à Hermione qui ne cessait de réparer les erreurs de Pansy Parkinson.
—Tu ne vas quand même pas te plaindre d'être avec moi, minauda Manon. Sans vouloir me vanter, je suis assez douée pour les potions ! C'est à ton avantage !
—Tu serais une vraie débile en potions que ça reviendrait au même ! Rogue te donnerait la note maximum parce que tu es... qui tu es !
—Crois-tu ? Beaucoup de gens font de même, tu sais, ce qui ne me rend pas du tout service. Au moins le professeur Franche-Marche n'hésitait pas à sévir quand je confectionnais mal mes préparations. Il ne se vautrait pas en compliments devant moi, bien au contraire ! On dit souvent « qui aime bien châtie bien », mais tout de même...
Le regard de Manon, bien que toujours magnifique, se perdit dans ce qui semblait ne pas être son meilleur souvenir. La jeune fille se frotta machinalement les mains, comme si elle pouvait encore ressentir les coups de baguettes reçus sur le bout de ses doigts. C'est du moins, ce que comprenait Harry. Peut-être que, finalement, il n'était pas tout à fait le seul à avoir vécu une enfance malheureuse...
Puis se souvenant soudain de qui il s'agissait, le Gryffondor reprit ses esprits. On ne pouvait pas être malheureux quand on pesait des milliards de gallions et qu'on avait absolument tout ce qu'on voulait, y compris des parents !
—Ce Franche-Marche et Rogue devraient bien s'entendre. Entre tortionnaires, le courant passe toujours très bien.
—Je t'interdis de dire du mal du professeur Franche-Marche ! répondit avec colère la jeune fille. Il m'a tout appris, je lui en suis très reconnaissante.
—Mais ses méthodes...
—...étaient celles qu'on utilise dans les meilleures cours d'Europe ! Et elles sont efficaces ! La preuve : donne moi cette cuillère d'argent, tu t'y prends très mal pour écraser les graines de branchiflore.
—Bon d'accord, tu as sans doute raison, ne te fâche pas, tenta d'apaiser Harry, qui se disait qu'il était mal venu de parler de Liam à présent.
—Je ne me fâche pas, mentit à peine la belle Serpentard. Mais tu fais comme tout le monde, tu juges sans connaître. Et je trouve que tu vaux mieux que tout le monde, alors ça m'agace ! Tu as du potentiel, ne reste pas au niveau des autres, de grâce !
—Merci pour le compliment mais je trouve que tu as un peu trop tendance à décider pour moi de ce que je veux faire de ma vie...
—Je ne peux t'obliger à rien, soupira Manon. Mais ce serait tellement dommage de rester coincé dans une vie prolétarienne alors que l'avenir te tend les bras.
—Je t'ai déjà dit que je n'aspire pas à une vie d'aristocrate, répéta nerveusement le jeune homme.
—Tu finiras par me suivre, Monsieur Tête-Brûlée, quand tu verras ce que je peux t'offrir.
—Tu n'abandonnes jamais, pas vrai ?
—Jamais quand ça en vaut la peine !
De nouveau le sourire narquois revint sur les lèvres de la jeune fille et Harry ne sut ce qu'il devait en penser. Avec ça, il n'avait toujours pas prononcé le prénom de Liam et il savait que Seamus les observait. Son compagnon de chambrée devait se persuader que Harry arrangeait les choses. Que lui dirait-il, à la fin du cours, lorsqu'il faudrait lui avouer qu'aucune avancée n'avait été possible ?
—En tout cas, je veux bien admettre que je ne connais pas ton ancien précepteur, reprit Harry, mais Rogue, lui, je le connais. Et c'est un vrai tortionnaire ! Je suppose que tu l'avais déjà remarqué !
—J'avais cru comprendre, en effet. Il n'a pas l'air de vous apprécier beaucoup, les Gryffondor. Surtout toi, d'ailleurs. Y aurait-il une raison à cela ?
—C'est un Serpentard, tout simplement ! prétexta Harry qui n'avait pas envie de parler de la haine viscérale de Rogue envers James Potter et les maraudeurs. Tu me disais l'autre jour que tu ne comprenais pas l'animosité qui régnait entre nos Maisons mais comme tu peux le constater, nous avons un mauvais exemple avec notre cher prof de potions.
—Je dois bien le reconnaître...
—Regarde un peu comme il s'acharne sur Finnigan. Je suis certain que c'est cet imbécile de Nott qui s'est trompé. Mais non, Rogue ne se pose pas de question, il agresse Seamus parce qu'il n'est pas de sa Maison.
—Nott est loin d'être un imbécile et ce Finnigan passe plus de temps à nous observer qu'à se concentrer sur son travail... Au fait, Finnigan... C'est lui, le frère de ce petit qui est chez nous ?
Harry ouvrit de grands yeux ! C'était l'occasion rêvée d'évoquer son cas. Et il n'allait pas se priver. Puisque Manon avait de grands principes, elle ne pourrait faire autrement que de protéger Liam. Comment pourrait-elle en effet intéresser Harry si elle laissait Liam en pâture à Drago et ses nervis.
—Oui, c'est bien lui. A ce propos... J'aurais souhaité, enfin pour Seamus je veux dire, que tu demandes à Drago d'arrêter de le harceler. C'est vrai quoi, on ne peut pas dire que ça soit très valeureux de s'en prendre ainsi à un plus petit que soit. Surtout que c'est juste parce que Malefoy le trouve trop Gryffondor à son goût.
—Serais-tu en train de me demander une faveur ? s'émerveilla Manon, les yeux pétillants d'une malice peu avenante. Alors que je t'ai plusieurs fois sauvé la mise ? Tu alourdis ta dette envers, moi, mon mignon !
—En fait, comme je le disais, c'est Seamus qui... et comme tu parais un peu plus raisonnée que Malefoy, et que tu as une certain influence sur lui, je me disais...
—Mais oui, tu me demandes une faveur ! affirma pour elle même, Manon, tout sourire.
—Bon d'accord, se résolut à dire Harry. Je te demande une faveur. Celle de protéger Liam Finnigan.
—Mais pourquoi devrais-je prendre fait et cause pour ce microbe ? Quel intérêt ai-je à m'y risquer ?
—Microbe ? s'offusqua Harry. Eh bien on peut dire que tu as le respect des gens. Quand je pense que tu espères me plaire !
—Oh mais ne t'emballe pas, mon beau brun ! Je n'ai jamais dit que je refusais. Simplement les Bohan n'ont pas l'habitude de prendre des risques inutiles. Comment crois-tu que Drago réagirait si je lui enlevait son jouet favori ?
—Ce que tu peux être...
—Tut tut ! Ne deviens pas inconvenant, Harry. Ce n'est pas comme ça qu'on négocie une affaire, se moqua-t-elle. Il va falloir que je t'apprenne cela aussi, quand nous serons ensemble. Vraiment, tes yeux sont encore plus délicieux quand ils lancent des éclairs.
—Parce que tu crois que je vais épouser une fille qui laisse les plus faibles se faire écraser ?
—Tu me prends pour un monstre ? Franchement, mon petit Harry, tu crois que je t'ai attendu pour intervenir ? Après ce qu'ils ont fait à ce garçonnet dimanche soir, j'ai demandé à Drago de se calmer. Je n'aime pas du tout la façon dont ce gamin est traité, tout cela manque totalement de savoir-vivre et de classe !
—Tiens donc ! Tu protèges quand même ce petit, alors...
—Non, je défends ma quiétude, nuance ! Je n'ai pas envie que le lieu où je suis censée me reposer et me détendre soit chambardé par des jeux puérils ou des jérémiades et des pleurs d'enfant. J'ai été très claire là-dessus : pas de conflit, pas d'histoire qui me fatiguent. Je veux le calme absolu dans la salle commune. Maintenant, chacun fait ce qu'il veut dans son dortoir.
—Tu dis ça mais en réalité le sort de Liam t'interpellait, n'est-ce pas ?
—Que ça soit clair : mon intervention est exceptionnelle. Je n'ai pas pour habitude de m'occuper des autres. Et je n'ai pas besoin de petits miséreux à protéger. Tu sais, dans ma famille, nous servons notre Roy, pas ses valets !!
—Il me semblait qu'il n'y avait plus de rois en France depuis longtemps ! fit remarquer sournoisement Harry.
—Justement ! Les Bohan ne servent donc plus personne hormis eux-même. Cela n'empêche pas de se rendre quelques menus services entre gens de qualité, bien sûr, mais rien de plus.
—Et les Finnigan ne sont pas des gens de qualité selon toi ?
—S'ils veulent gagner mon estime, les Finnigan devront me prouver qu'ils en valent la peine.
—Tout le monde ne peut pas briller tout le temps, fit remarquer Harry. Ce n'est pas une raison pour les laisser tomber.
—Ta foi en l'humanité t'honore, Harry. Et te rend de plus en plus craquant !
—Et ton inhumanité froide t'accable, rétorqua sèchement le jeune sorcier.
—Tu prends décidément tout au premier degré, se mit à rire la Française. Tiens, passe-moi donc le bocal de verrues de morse.
—Qu'est-ce que tu veux dire ? s'étonna Harry, en lui tendant le pot.
—C'est d'accord ! Je défendrai les intérêts de ce petit lutin... Mais à une condition !
—Laquelle ? se méfia le jeune Potter.
—Que tu sortes avec moi !
—Que je... ? Ouch !
Sous le coup de la surprise, Harry venait de poser la main sur son chaudron brûlant.
—Oh ! Je suis désolée, s'excusa Manon.
—Qu'est-ce que vous avez encore fait, Potter ? résonna la voix dédaigneuse de Rogue.
—Il s'est brûlé, Professeur, répondit Manon. Il faudrait qu'il se rende à l'infirmerie !
—Potter n'ira nulle part, Mademoiselle. Il n'a pas fini sa potion.
—Elle est presque terminée, insista la jeune fille. Je peux la finir moi-même, il ne reste plus qu'à attendre que les ingrédients prennent.
Rogue s'approcha pour constater qu'elle avait parfaitement raison. La potion de Manon (car c'était elle qui avait vraiment contribué à sa réussite) était parfaite. Et elle avait été réalisée bien avant l'heure impartie, ce qui représentait un exploit. Même Hermione n'était pas aussi avancée, mais peut-être était-ce lié au désaccord qu'elle avait eu avec Pansy Parkinson. Cette dernière se croisait à présent les bras, ce qui en définitive les arrangeait toutes les deux.
—Votre préparation est remarquable, Mademoiselle Bohan. J'en ferai part au directeur. Je n'avais plus vu de potion anti-confusion aussi limpide depuis fort longtemps.
—Merci, Professeur. Mais pour Harry ?
—Potter n'a pas votre talent, Mademoiselle, et il serait préférable pour lui qu'il assiste à la fin de la préparation. Il est important de voir la couleur que doit prendre la potion quand la cuisson est arrivée à terme.
—Mais alors, il devra rester sans soin...
—Potter a l'habitude de passer pour un héros. Je ne vais pas lui priver ce plaisir une nouvelle fois. Pour une fois qu'il a l'occasion de souffrir devant son public !
Drago s'esclaffa bruyamment de l'infortune de son ennemi. Ron profita de son inattention pour déverser le contenu d'un bocal de pus dans son sac, tandis que Seamus faisait de même avec son voisin.
—Ça va ? s'inquiéta Manon, cette fois sans sourire le moins du monde.
—Qu'est-ce qu'on disait à propos de Rogue ? rappela caustiquement Harry, furieux contre son professeur.
—Les mêmes méthodes que le professeur Franche-Marche, reconnut Manon, nettement moins fière.
—Vraiment ? se laissa surprendre Harry.
—Vraiment ! Tu verras, ça aide à ne plus commettre les mêmes erreurs !
—Ils sont tous fous ces maîtres de potions !
—Sans doute. Tu n'as pas trop mal ? J'ai avec moi une crème apaisante si tu veux. Une habitude que j'ai prise, à force !
—Quelque chose me dit que tu n'as pas dû rigoler tous les jours.
Manon se tut quelques instants. Elle ne souriait plus à présent. Mais elle ne se laissa pas gagner par la nostalgie des jours difficiles et elle retrouva assez vite son visage frondeur.
—C'est vrai, mais j'ai également eu l'occasion de rire beaucoup plus souvent qu'à mon tour. Une éducation stricte apporte souvent beaucoup plus qu'elle ne le laisse paraître.
—On invente les excuses qu'on peut...
—Tu n'as pas répondu à ma proposition, insista soudain la jeune fille.
—Je réfléchis ! C'est pas banal comme demande.
—Peut-être. Mais au moins tu sais ce que je veux !
Harry préféra s'abstenir de répondre. Sa main lui faisait atrocement mal et la proposition de la jeune fille lui semblait tout bonnement indécente. Harry se sentait coincé et il détestait ce sentiment. S'il ne parvenait pas à convaincre Manon de protéger Liam, il lui faudrait se justifier auprès de Seamus. Pour ce dernier, sortir avec Manon ne représentait certainement pas une épreuve aussi terrible, bien au contraire.
Mais Harry n'avait aucune envie d'accepter. D'abord parce c'était contre son gré. Ensuite parce qu'il n'arrivait toujours pas à cerner la jeune fille et qu'il s'en méfiait toujours. Et puis un Gryffondor et une Serpentard, surtout aussi célèbres qu'eux, ça ferait jaser. Manon avait beaucoup d'admirateurs et Harry était convaincu qu'ils seraient tous jaloux et qu'ils l'attendraient au tournant. Et puis surtout, Harry n'était pas amoureux d'elle. Son cœur appartenait à quelqu'un d'autre. Ou plus exactement, il hésitait entre deux autres personnes.
La main collée contre la vitre fraîche d'un bocal contenant une chose visqueuse afin d'en soulager la douleur, le jeune homme patienta que la potion orangée prît sa couleur sanguine définitive. Manon éteignit le feu de sa baguette, et laissa pauser la mixture quelques instants pour vérifier qu'aucun dépôt ne se formait dans le fond. Elle appela alors Rogue pour qu'il puisse constater la réussite totale de la préparation.
—Absolument parfait ! Pour les autres, voyez ce que vous devez obtenir. Cela m'étonnerait que la chose verte qui bouillonne dans votre chaudron ne s'approche de ce résultat, Londubat !
—Professeur ! Puisque Harry et moi avons terminé, puis-je vous demander de l'accompagner à l'infirmerie, maintenant ?
—Certainement, Mademoiselle. Allez donc conduire votre imprudent partenaire dans la salle qu'il fréquente le plus dans ce château.
—Mais, protesta Pansy Parkinson. D'ordinaire on n'a pas le droit de sortir avant l'heure et...
—Vous avez terminé votre potion, Miss Parkinson ? Non ? Alors taisez-vous. Je suis ici le seul habilité à juger quand il est nécessaire de quitter cette pièce et ce n'est pour le moment pas votre cas.
Manon et Harry remballèrent leurs affaires sous le regard de tous. Tout le monde aurait voulu pouvoir quitter cette maudite classe depuis les heures qu'ils s'y trouvaient. Mais leur potion demandait encore beaucoup de travail. Ron, lui ne s'en formalisait pas. Son petit sourire indiquait à Harry qu'il préparait un autre mauvais coup à son voisin et le bocal d'asticots sur une étagère derrière lui semblait lui donner raison.
Hermione paraissait ulcérée par le fait que Manon ait réussi impeccablement sa potion bien avant elle. Après l'avoir brillamment concurrencée chez Hagrid, voilà que la Française s'imposait aussi en potion. Seamus, lui, paraissait ravi. A ses yeux, tout cela se présentait bien pour son frère. Parkinson, Nott et Agathon « Cyrano » Growpeaf regardèrent avec envie les deux élèves enfin libérés. Mais c'est le visage de Drago qui stupéfia le plus harry. Blafard, ivre de jalousie, il dévisageait Harry avec une haine non dissimulée.
Manon de Bohan et son partenaire de table terminèrent leur sac, remercièrent (chaleureusement pour Manon, plus froidement pour Harry) leur professeur et sortirent du cachot. Il n'était que quinze heures, ils avaient donc encore l'occasion de profiter des quelques rayons de soleil qui baignaient l'après-midi.
Manon se félicita de pouvoir sortir aussi tôt. Bien qu'elle aimât énormément les potions, elle appréciait assez peu devoir rester assise à la même place durant toute une journée. Son père –comme elle le fit remarquer– le lui reprochait assez souvent, d'ailleurs ! Elle sortit un petit pot de son sac, et le tendit à Harry.
—Tiens ! Voilà ma crème contre les brûlures. D'habitude elle est efficace, à condition de l'appliquer immédiatement. Comme ça fait déjà une bonne demi-heure au moins, je ne sais pas si ce sera efficace. Où se trouve l'infirmerie ?
Harry lui indiqua le chemin et ils s'engagèrent dans les couloirs encore désertés par les élèves. En chemin ils croisèrent Rusard mais la présence de Manon le dissuada de vociférer toutes les menaces du monde à l'égard du jeune sorcier. Quand le concierge fut loin derrière eux, la belle demoiselle reprit sa conversation.
—Bon alors, tu acceptes ma proposition ?
—Je... C'est-à-dire...
—Allons, Harry ! Pourquoi hésites-tu? Avec moi tu as vraiment tout à gagner.
—Je ne sais pas. Puis c'est à Liam que je pense...
—Justement ! C'est aussi dans son intérêt... Parce que si tu ne sors pas avec moi, le pauvre petit risque de se sentir bien seul !
—Ça s'appelle du chantage !
—Oh, j'ai bien le droit de m'en servir, non ? Puisque la logique ne fonctionne pas ! Tu refuses de voir les intérêts multiples que je peux t'apporter, c'est incroyable ! La moitié des garçons de Serpentard m'ont déjà demandé de sortir avec eux, les imbéciles. Comme s'ils m'intéressaient ! Mais toi, tu te tiens à distance... Pourquoi ? Je te fais peur ? Dis-moi, tu ne me trouves pas belle ?
—Oh si, bien sûr, enfin, je veux dire...
—Ne suis-je pas désirable ? demanda-t-elle en soulevant sa poitrine de ses mains, ce qui fit violemment rougir le garçon.
—Voyons, Manon, qu'est-ce que tu fais ? On pourrait nous voir !
—Je ne te fais donc pas d'effet ? souffla-t-elle en se collant contre lui.
—Tu m'agaces ! Voilà ce qui est !
—Avoue que je t'attire.
—Jamais je ne dirais...
—Mais tu n'as pas besoin de le dire, je le vois dans tes yeux !
—Rhaaaa, tu es insupportable !
—Bon ! soupira la jeune fille dans une moue de dépit simulé. Puisque tu ne veux rien savoir... Tant pis pour le lutin !
—Mais que diraient les autres ?
—On s'en fiche des autres !
—Malefoy... Comment veux-tu qu'il t 'écoute si tu sors avec l'ennemi.
—Je lui dirais que c'est une excellente façon de te surveiller, ce qui est parfaitement exact, du reste.
—Parkinson...
—...n'en sera que ravie ! Tu penses, je lui laisse son Dragonouchet adoré !
—Tu seras détestée chez les Serpentard.
—Pas sûr ! J'ai un pouvoir de séduction qui est parfois très utile. Et puis ça ne me fait pas peur, je suis une Bohan, je peux me défendre. Et quand bien même je serais en danger, tu me protègerais, n'est-ce pas ?
—Mais que penserait Ron ?
—Il faudra bien qu'il l'accepte. C'est ton ami, non ? Il ne te lâchera pas, et il ne pourra pas se débarrasser de la petite amie de son meilleur copain...
—Et Ginny ?
—Quoi cette folle ? se figea Manon. Cette boule de nerf ? Ne me dis pas que tu tiens compte de son avis.
—Et pourquoi pas ?
—Elle représente quoi pour toi, au juste ?
—C'est une bonne copine... et c'est mon Capitaine de Quidditch.
—Et alors ? En quoi le Quidditch a quelque chose à voir là-dedans ? Dis-moi, Harry, tu n'aurais quand même pas des sentiments pour cette petite peste ? Remarque, ça expliquerait pourquoi tu me résistes autant...
—C'est que...
—Je ne vois pas ce que tu lui trouves ! C'est une véritable hystérique.
—Elle est sur les nerfs en ce moment mais autrement c'est une fille sympa, très calme et même plutôt réfléchie.
—Moi je la trouve excessive, cette petite oie jalouse. Et puis il me semble que tu la défends trop pour que ce soit honnête.
—Tu disais toi-même qu'il ne faut pas juger les gens sans les connaître.
—Tu es amoureux d'elle !!
—J'ai jamais dit ça.
—Ose dire que tu ne l'es pas !
—Je n'ai pas à me justifier ! Je n'ai rien à te dire.
—On se dit tout dans un couple !
—Mais nous ne sommes pas un couple !
—On se dispute déjà comme tel, en tout cas, fit remarquer la Française en riant.
—Quand bien même je l'aimerais, tu es jalouse ?
—De cette harpie ? Sûrement pas ! De toute façon elle sort déjà avec ce freluquet, là. Donc elle n'est pas libre !
—Elle pourrait le devenir.
—Tu ne ferais pas ça à un copain, pas vrai ?
—Comment fais-tu pour passer de la fille sympa à l'enquiquineuse aussi vite ?
—Tu me trouves sympa ? C'est vrai ?
—Quand tu t'inquiétais pour ma brûlure, oui. Mais maintenant tu...
—Je savais que tu me trouverais des qualités... Tu verras, avec le temps tu m'en trouveras beaucoup d'autres. Et tu finiras par l'oublier ta Ginny. Sincèrement, elle ne fait pas le poids !
—Tu me sembles bien imbue de toi-même.
—Non, je suis réaliste ! Je suis très riche, belle, intelligente, respectée des profs et de beaucoup de monde. J'ai des accès un peu partout en Europe, et même dans les cours royales les plus prestigieuses. Je possède un réseau d'influence inespéré, je...
—Et les sentiments ?
—Tu en as pour elle, alors ?
—C'est pas ce que j'ai dit...
—Tu as donc des sentiments pour elle. Mais tu en auras bientôt pour moi !
—Oh ! Tu m'énerves !
—Je sais ! C'est tellement facile de t'agacer, mon poussin.
—Ah non ! ne m'appelle pas comme ça !
—Je peux me montrer douce aussi, tu sais ?
—Tu es pire qu'un garçon manqué !
—Ben voyons ! Ce n'est pas l'avis de tout le monde. Mes courbes semble en affoler plus d'un ! A commencer par ce gros répugnant d'Irlandais.
—En même temps, c'est pas difficile. Si on mettait un soutien-gorge à une vieille armure de gobelin, il risquerait de la violer sur le champ !
—Je suis quand même plus jolie qu'une armure de gobelin...
—Mais tu es bien plus bruyante !
—Tu sais, mon cœur, si on sortait ensemble, ça calmerait beaucoup les ardeurs de certains. Une fille déjà prise, c'est moins tentant, non ? Surtout si le petit ami en question a mis KO des Mangemorts avérés.
—C'est ça. Si tu étais moins provocante, tes problèmes de prétendants n'arriveraient sans doute pas.
—Tu me trouves sexy ?
—Je ne répondrai pas à ça !
—Ce qui signifie que tu me trouves sexy. Mais toi aussi tu l'es, tu sais ?
—J'arrive pas à le croire ! Tu essais de me faire dire par tous les moyens que tu me plais...
—Mais je te plais !
—C'est pas vrai !
—Bien sûr que si. Mais ça te ferait mal de l'avouer.
—Oh et puis zut ! Pense ce que tu veux !
—Tu sais très bien ce que je veux, et tu sais aussi ce que Finnigan veut !
—Tu es vraiment sournoise ! Comment peux-tu croire que tu me plais en jouant à ce genre de jeu ?
—En vérité, tu aimes ce jeu autant que moi. Personne ne t'a jamais sauté dessus comme ça, n'est-ce pas ?
—C'est sûr que des folle dans ton genre...
—Tu as déjà eu une petite amie ?
—Ça ne te regarde pas !
—Elle ne devait pas être terrible pour que tu ne sois plus avec elle... Je suppose que c'était cette fichue rouquine...
—Ce n'était pas Ginny !
—Donc tu as eu une petite amie...
Excédé, Harry préféra ne rien répondre. Il s'était fait avoir une fois de plus par cette mégère. Il accéléra le pas pour ne plus l'entendre rire. Parce qu'elle s'amusait comme une folle en plus. Ce qui irritait le plus Harry c'est qu'il n'était même pas certain qu'elle veuille réellement sortir avec lui. On aurait simplement dit qu'elle jouait avec sa personne, comme elle pouvait jouer avec n'importe qui d'autre. Sauf que lui il résistait et c'était pour ça qu'elle insistait autant. À partir du moment où il cèderait, elle le jetterait comme un vulgaire détritus. Cette sale gamine arrogante et capricieuse devant qui tout le monde se couche !!!
—Eh bien où courez-vous ainsi, Potter ? Vous n'avez donc pas cours à cette heure-ci ? On vous trouve fréquemment dans les couloirs ces derniers temps ! Et vous Miss Bohan ?
Le professeur McGonagall sortait de son bureau, les bras chargés de livres tous plus épais les uns que les autres.
—Je me rends à l'infirmerie, répondit simplement Harry.
—Encore ? s'étonna Minerva. Qu'est-ce qui vous est donc arrivé cette fois-ci ?
—Il s'est brûlé contre un chaudron en classe de potion, Professeur.
—Ça a l'air de bien vous amuser, Miss Bohan ! répliqua sèchement le professeur de métamorphose. Vous vous dandinez comme une abeille excitée !! Je ne sais pas ce qu'on vous apprends en France, mais à Poudlard on ne batifole pas dans les couloirs. Je m'étonne qu'une fille de votre rang se laisse aller à de telles errements de conduite !
—Je suis sincèrement désolée, Professeur. Vous avez parfaitement raison, je me suis conduite comme une sotte. Merci de me rappeler à l'ordre.
—Miss Bohan, ce n'est pas parce que vous êtes loin de vos terres que vous devez oublier les convenances. Après tout le bien qu'on m'a dit de vous, je m'attendais à mieux de votre part. N'oubliez pas que tous les regards sont posés sur vous. La réputation de votre famille est en jeu.
—Je tâcherais de m'en souvenir, Madame, s'inclina la jeune fille en retrouvant une allure qui convenait beaucoup mieux à une jeune aristocrate.
—Comment se fait-il que le professeur Rogue vous ait demandé d'accompagner Potter jusqu'à l'infirmerie ? Il est tout à fait capable d'y aller tout seul. Il en a vu d'autre, n'est-ce pas Potter ?
—C'est à dire que... répondit celui-ci. Grâce à Manon, nous avons terminé notre potion plus tôt que prévu et...
—Le professeur Rogue vous a libéré avant l'heure ?
McGonagall leva les sourcils d'un air soupçonneux et les posa les yeux sur ceux de Manon qui baissa les siens. La jeune fille paraissait nettement moins hautaine à présent. Harry eut un élan de reconnaissance infini pour la directrice-adjointe. C'était la première personne qui osait affronter la Bohan et cela lui procurait un plaisir immense.
—Je vois ! continua impatiemment la vieille dame. Sachez que vos titres ne vous donneront pas les mêmes privilèges dans ma classe, Miss Bohan.
—Je n'en demande pas...
—Ne m'interrompez pas ! Vous êtes ici comme une élève ordinaire et il en sera ainsi. Cela dit, puisqu'un professeur vous a autorisé à circuler dans le château... Allez donc vous soigner, Potter, continua-t-elle en se tournant vers Harry. Un attrapeur doit absolument protéger ses mains, je pensais que ce fait sonnait comme une évidence pour vous !
Sur ce, elle partit en direction des escaliers d'un pas sec et pressé. Manon qui se tenait à côté de Harry comme une petite fille sage n'en menait pas large. Elle attendit que le professeur ait disparu pour reprendre son air insolent. Elle tira aussitôt la langue en direction des escaliers.
—Quelle vieille chouette !
—C'est ma prof préférée, affirma Harry, un sourire au coin des lèvres.
—Tu plaisantes ? Cette femme a oublié qu'elle a un jour été jeune, si jamais ça lui est arrivé !
—N'empêche que tu ne faisais pas la fière...
—Tu me crois assez idiote pour défier un professeur ? Quand j'aurais mes ASPIC tous ces gens viendront me manger dans la main, mais en attendant, ils sont au-dessus de moi dans la hiérarchie et ça c'est quelque chose dont il faut tenir compte !
—McGo ne viendra jamais manger dans ta main, je peux te l'affirmer. Elle préférait manger son chapeau écossais à la place.
—Ça ne m'étonne pas d'elle !
—Tu es vexée qu'elle t'aie tenu tête, n'est-ce pas, railla à son tour Harry, amusé pour la première fois.
—Pas du tout !
—Tu te plains que tout le monde se couche devant toi mais quand McGonagall te sermonne tu es vexée.
—Tu n'y es pas du tout, mon vieux.
—Tiens, je ne suis plus ton cœur ?
Manon lui lança un regard noir alors que le jeune homme se retenait de rire. Puis il n'y tint plus et ils s'esclaffèrent tous les deux de bon cœur.
—Tu es pire que moi, mon cœur ! finit par dire la Française.
—C'est ta faute ! Tu finis par déteindre sur moi.
—C'est que je commence à te faire de l'effet...
—C'est ça... N'empêche, que pour une fois que tu paraissais civilisée, ça faisait du bien.
—Tu me préfères en jeune fille sage et bien éduquée ? Je ne dis pas que c'est ce que je préfère mais pour toi, que ne ferais-je pas...
Harry souleva les épaules en souriant et en secouant la tête. Ils arrivèrent finalement à l'infirmerie où Madame Pomfresh accueillit le jeune homme avec lassitude. Elle observa rapidement la brûlure, estima qu'il n'y avait aucun danger et alla chercher la lotion adéquate.
—En cas de brûlure, il vous faut passer immédiatement la main sous de l'eau claire et fraîche, vous le savez, Mr Potter.
—Oui, en effet.
—Ça évite de trop fortes lésions. Heureusement que nous possédons de bons remèdes, parce que vous vous y êtes pris un peu tard pour venir jusqu'ici.
Harry s'abstint de dénoncer Rogue. Peut-être que ce sale individu avait espéré qu'il en conserve une cicatrice. Comme si celle qu'il possédait sur le front ne lui suffisait pas !
—Heureusement, il semble que vous ayez appliqué un baume réparateur. C'est une excellente idée. Vous en aviez sur vous ?
—C'est moi qui en avais, dit Manon. J'en garde toujours dans mes affaires.
—Eh bien pour une fois qu'une élève a du bon sens, ça mérite d'être souligné, s'exclama la guérisseuse. D'habitude on ne trouve que des produits de beauté et autres sortilèges de coquette dans les sacs des jeunes filles !
En quelques minutes, les brûlures de Harry disparurent complètement. Madame Pomfresh était vraiment une guérisseuse très douée. Cependant, l'infirmière ne lâcha pas immédiatement la main du garçon. Elle continuait à observer des traces qui restaient marquées dans sa peau.
—Toujours des séquelles de notre ancienne Directrice ? demanda la femme avec une affliction teintée de dégoût.
Harry acquiesça de la tête.
—Je croyais ces supplices abolis pour toujours. Je suis bien heureuse que le professeur Dumbledore ait retrouvé sa place ! Surtout maintenant... qu'Il... est revenu !
Madame Pomfresh fit une grimace de terreur. Elle serra plus encore la main de Harry comme si elle s'attendait à ce qu'il la rassure. Manon assistait à la scène, les yeux grands ouverts.
—Cependant, je crains que vous conserviez encore longtemps ces marques ! dit alors la guérisseuse.
—Vous pensez que je les aurai à vie ?
—Quelques années, en tout cas. J'ai pu enlever celles des autres, j'ai eu plus de mal avec les frères Weasley, mais vous... Vous avez subi trop longtemps cette odieuse scarification. Ça met du temps à guérir. J'en parlais encore à votre amie, Ginevra Weasley.
—Vous avez discuté de moi avec Ginny ? questionna Harry, intéressé, sous le regard inquisiteur de Manon.
—Elle vient me voir pour l'aider à préparer son projet de club de soins. Une brave petite, cette Weasley ! Une brave petite ! Ça fait plaisir de voir qu'on s'intéresse encore un tant soit peu aux soins.
Harry et Manon prirent congé de Madame Pomfresh. Le jeune homme sortait satisfait de l'infirmerie. Non seulement sa main était guérie mais en plus Manon semblait plus songeuse que jamais. Elle n'avait sans doute pas aimé qu'on puisse trouver des qualités à sa rivale.
—Alors ? On va se promener ? proposa-t-elle soudain. Il fait très beau dehors et nous avons encore un peu de temps. Ça peut être chouette de se balader près du lac. C'est tellement romantique !
—Euh...
—Tu me feras visiter, n'est-ce pas ?
—C'est à dire qu'on a des tas de devoirs à...
—Plus tard les devoirs ! Il est à peine quinze heures trente, on a le parc pour nous !
—Et si Hagrid nous voyait ? Il a classe en ce moment, je suppose et...
—Eh bien ? Tu as peur qu'on nous voit ensemble ? Je te promets d'être discrète si tu concèdes à bien vouloir sortir avec moi.
—Tu cèdes du terrain, ma chère.
—Tu n'as toujours pas répondu à ma proposition...
—Ce n'est pas simple !
Manon s'arrêta de marcher et le regarda dans les yeux. Elle ne portait plus aucun signe de moquerie à présent. Harry se sentit rougir. Elle avait vraiment des yeux sublimes. On aurait dit qu'il se dégageait d'elle quelque chose de magique qui la rendait plus belle que quiconque. Peut-être avait-elle découvert le secret des Vélanes.
—Harry, je te le demande sincèrement. Peut-être n'as-tu pas de sentiments pour moi mais ne ferme pas ton cœur à cette possibilité. Je ne te demande pas de m'épouser. Tu ne t'engages à rien ! Au pire, prends ça pour une aventure et laisse-toi vivre. Tu as l'air de porter tout le poids du monde sur les épaules, pense un peu à te faire plaisir. Écoute, si je ne te plais, vraiment pas, dis-le moi et je cesserai de t'importuner.
Mais Harry n'osa rien dire de tel. Bien sûr que Manon lui plaisait, du moins physiquement. Et elle ne manquait ni de panache, ni d'imagination. Et pour une Serpentard, on pouvait dire qu'elle pouvait –parfois– se montrer sympathique. Mais de là à sortir avec...
—Tu n'es pas un garçon banal et j'ai envie de te connaître un peu plus. Mais tu essaies toujours de me fuir quand tu le peux. Et quand ce n'est pas toi, ce sont les autres. Tes amis, mon entourage... Ces histoires de Maison m'agacent ; je ne souhaite pas qu'elles régissent ma vie. Et je sais que tu es trop épris de liberté pour te laisser enfermer dans ces querelles de Maison. Rien que pour cela ce serait formidable qu'on sorte ensemble. Quitte à faire semblant ! Peu importe quels sont les vrais sentiments. Au moins nous pourrons nous parler sans que personne ne vienne nous ennuyer. Sinon comment veux-tu savoir qui je suis vraiment ? Et comment veux-tu que je sache qui tu es ?
—Il me semble que tu te renseignes suffisamment sur moi ! Tu as encore coincé Neville dans les toilettes.
—Preuve que je m'intéresse à toi. Si nous sommes officiellement ensemble, je n'aurai plus de raison de terroriser ce pauvre Machin. Je pourrais te poser les questions que je voudrais.
—Et si je refuse d'y répondre ?
—Tu le feras sans doute. Mais peut-être qu'un jour tu me parleras sincèrement. Peut-être qu'un jour je n'aurai plus à te questionner. Tu m'ouvriras ton cœur de toi-même. Peut-être un jour... Que dois-je faire pour gagner ta confiance ? Mettre le feu dans le quartier des Serpentard ?
—C'est tentant, avoua Harry avec un rictus. Mais si tu protèges Liam, ce sera un bon point de départ.
—Sors avec moi et je le ferai. Pas le feu, bien sûr ! Liam. Je te le promets. Je le jure sur mes ancêtres.
—C'est que...
—Très bien, Harry. Tu as gagné. J'espère seulement qu'un jour tu changeras d'avis à mon sujet et que tu me considèreras autrement que comme une gêneuse.
Manon baissa la tête, résolue. Elle ne semblait pas vexée, elle paraissait simplement très déçue. Alors, curieusement, Harry se sentit coupable. Il n'était pas très fier de la décevoir de la sorte. Il réfléchit à toute vitesse. Dans le fond, elle n'avait pas tort. L'un et l'autre ne s'engageaient pas à grand chose et si ça pouvait aider Liam... Seamus lui en serait extrêmement reconnaissant. Et puis c'est vrai que par défi, sortir avec une Serpentard, même pour de faux, pouvait être vraiment intéressant. Hermione applaudirait à la réconciliation des Maisons. Drago serait, ô bonheur, fou de rage. Quant à Ginny, elle sortait déjà avec Dean. Peut-être que si elle apprenait pour Manon et lui, ça lui ferait un choc. Ils se sépareraient et alors...
—C'est d'accord ! finit-il par se décider.
—Pardon ?
—C'est d'accord ! répéta-t-il en vitesse avant qu'elle ne réagisse. Mais moi aussi je pose mes conditions. Je ne veux pas de baisers, d'enlacements ou ce genre de choses en public. Je ne veux pas d'extravagance, je veux que nous restions discrets. Pas besoin de s'étaler, pas besoin de raconter aux autres ce qui se passe entre nous. Ce sera du soft, juste pour paraître.
—Vrai de vrai ? le regarda Manon avec des yeux ronds de gourmande prête à exploser de joie à la vue d'un énorme gâteau.
—Et tu laisses mes amis tranquilles !
—Juré ! Alors marché conclu ?
—Marché conclu !
Manon poussa un crie de joie en levant le point en signe de victoire. Puis, avant que Harry n'ait eu le temps de réagir, elle bondit dans ses bras, serra ses jambes autour de sa taille, ses bras autour de son cou, et le sorcier bascula en arrière, collant son dos contre mur pour ne pas tomber. Manon lui assena une série de gros baisers sur la joue et le front, puis s'approcha de son oreille pour lui murmurer quelques mots.
—Le pacte est désormais scellé. Tu ne le regretteras pas, mon cœur.
—On avait dit pas d'extravagance ! s'insurgea Harry.
—Pas en public, oui. Mais là, y a personne, non ?
—Tu... tu m'as bien eu.
—Je te l'avais dit : j'obtiens toujours ce que je veux ! Et toi je te voulais par-dessus tout !
—Espèce de...
Mais Manon l'embrassa sur les lèvres pour l'empêcher de parler. Interloqué, Harry ne chercha même pas à protester. A peine son cerveau prit conscience de ce qu'ils faisaient que Manon avait déjà posé les deux pieds au sol et le regardait intensément dans les yeux.
—Et si on allait auprès du lac, mon cœur. Rien de tel, pour des amoureux, que les reflets du soleil sur les vagues et la solitude d'une plage abandonnée... Je vais chercher un manteau, on se rejoint là-bas ?
Et elle ne laissa pas à son nouveau petit ami le temps de lui répondre qu'elle fuyait déjà en direction des escaliers. Elle glissait sur les dalles en fredonnant un air joyeux, et on aurait même pu croire qu'elle dansait. Au moment où elle passait devant le portrait d'un gros sorcier moustachu somnolant dans son cadre, elle virevolta avec grâce, tournoya de ravissement sur-elle-même telle une ballerine et lança de la main une salve de baisers en direction de Harry. Le jeune homme resta planté sur place, décontenancé.
—Au fait, Harry, cria-t-elle. Tu es le garçon le plus adorable que j'aie jamais rencontré...
Puis elle se mit à rire avec espièglerie et disparut dans l'escalier.
Harry se tint la tête. Qu'avait-il fait ? Manon l'avait superbement embobiné. Il n'aurait jamais du l'écouter. Bon sang ! Ce qu'il avait pu être idiot ! Elle l'avait voulu et elle l'avait eu. Elle s'était joué de lui tellement facilement. Et elle se moquait encore de lui. Décidément il ne pourrait jamais lui faire confiance.
Désormais il ne pouvait plus reculer. Il avait scellé une sorte de pacte avec elle. Un pacte magique, peut-être, il n'en savait rien. Cette folle était bien capable de tout, même de le lier par serment à un contrat magique. Comme il avait été naïf... Elle avait simulé la tristesse pour l'émouvoir et il était tombé dans son piège. Soudain, il réalisa ce que tout cela signifiait : il sortait officiellement avec Manon de Bohan de la Moraise de Châlancourt... Mon Dieu... Comment réagirait Ginny ?
C'est alors que, sortant d'un placard à balai où il s'était caché, Peeves, enchanté par ce qu'il venait de voir, se mit à tourbillonner dans les airs, en chantant à tue-tête et de la façon la plus sonore qu'il pouvait :
« Potter a embrassé Bohan !!!
C'est un sacré chenapan,
Potter a embrassé Bohan !!!
A quand leur futur enfant ? »
Oups ! On dirait que c'est fini pour cette fois. Alors, pas trop déçus ?
A bientôt pour la suite...
