Titre : L'homme qui murmure à l'oreille des animaux.
Source : Gundam Wing AC.
Auteur(e) : Lysanea
Genre : yaoi, romance, UA.
Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf les secondaires et les "figurants".
Pairing : 1x2.
Personnages : Heero Yuy Lowe, Duo Maxwell, Trowa Barton Maxwell, Quatre Raberba Winner, des persos secondaires dont Clara, Steven, Solo Jr, Dédalus, Léandro, et Megan.
Résumé : une dernière visite importante pour Duo et Heero...
Notes de l'auteure : Bonjour à tous ! Je remercie tous ceux qui m'ont écrit et rassuré sur la longueur du chapitre précédent, merci pour vos messages sous toutes les formes. Je remercie également ceux qui lisent de manière anonyme. Enfin, je m'excuse pour le "léger" retard avec lequel je poste ce chapitre. Je vous laisse à présent et vous en souhaite une bonne lecture.
.
.
Chapitre Trente-Six : Rendez-vous.
.
.
Mercredi 17 Octobre AC 202
Eldeux.
.
Heero marque un temps d'arrêt devant la vitrine de "Sweet Break", "La Pause Gourmande".
- Laisse-moi apprécier ta conception du "peu de monde", enkeli.
Duo sourit à la remarque d'Heero, à laquelle il s'attendait et entre dans la grande boulangerie-pâtisserie, son cavalier grognon à sa suite.
Ils sont pratiquement bloqués dès l'entrée, à cause de la file de clients qui se pressent à l'intérieur.
Duo reconnaît plusieurs des personnes qui attendent leur tour, alors il en profite pour les saluer et présenter Heero, tout en échangeant des nouvelles rapides.
Une des trois vendeuses qui s'affairent de l'autre côté l'interpelle soudain.
- Duo !
- Hey ! salut, Megan !
- Sors de la file et viens m'embrasser tout de suite !
- Oh ! C'est du favoritisme ! proteste l'un des clients en faisant un clin d'œil à Duo, approuvé par d'autres personnes entrant dans le jeu.
- J'ai rien fait pour, moi ! se défend Duo. Megan, sérieux, tu pouvais pas juste attendre que j'arrive ? Tu vas faire perdre des clients à la boîte !
- Idiot ! T'as même pas à faire la queue, ton père est passé ce matin, ta commande est prête ! Enfin, presque... Viens !
Duo prend la main d'Heero et l'entraîne du côté "Salon de thé" de la pâtisserie.
Le dénommée Megan les y retrouve et embrasse Duo fort chaleureusement, avant de se tourner vers Heero.
- Heero, je présume ? demande-t-elle en l'embrassant. Enchantée, je suis Megan, une amie d'enfance de Duo.
- On était au collège ensemble, précise-t-il.
- Enchanté, lui dit Heero.
- Alors, mon père est passé ?
- Oui ! Il m'a dit que t'allais venir avant d'aller déjeuner chez Clara et Steven. C'était évident que tu viennes ici chercher le dessert préféré de Solo Jr, avant.
- Je suis si prévisible ?
- Quand il s'agit du fils de Solo, oui. Et on connaît ton exigence aussi, c'est pour ça que je l'ai préparé moi-même, ce matin, avec tout mon amour et mon savoir-faire ! J'ai juste un ou deux trucs de décos sympa à rajouter, à la dernière minute, ce que je vais aller faire tout de suite.
- T'es géniale, Megan, merci, lui dit Duo en l'embrassant.
- Je sais, je sais. Asseyez-vous deux minutes, je vais te chercher ça. Vous voulez boire quelque chose ?
- Pas pour moi, merci.
- Non, merci.
- Ok, alors installez-vous, je me dépêche.
- Merci, Meg répète-t-il encore en prenant place avec Heero à une table près des fenêtres.
Il ne s'est pas bien garé, alors il apprécie de pouvoir garder un œil sur la voiture.
Ce qui ne l'empêche pas d'en dire un peu plus à Heero sur le dessert préféré de Solo Jr.
- Cette pâtisserie est l'une des rares où la Tarte de Bakewell (1) est faite selon une recette originale en tout point conforme à la première. C'est une tarte qui a été inventée accidentellement par un apprenti cuisinier de l'Auberge du cheval Blanc de Bakewell, à deux heures d'ici. Il devait faire une tarte aux fraises et il a oublié de mettre les œufs et le sucre dans la pâte à tarte et voilà le travail ! Tu verras, c'est un pure délice.
- Si c'est toi qui le dis, je ne peux que te croire.
Le sourire de Duo s'élargit, alors qu'il pose sa main sur la sienne.
- Quand on était au collège, Megan répétait toujours qu'elle travaillerait ici pour pouvoir faire la tarte selon la recette originale. Elle l'a réussi tellement bien qu'elle est la seule à être autorisée à la faire, en dehors de la patronne, Miss Margaret. C'est une grande fierté pour elle de s'être montrée digne de cette transmission de savoir.
- Elle est jeune, mais elle inspire le respect et l'admiration, c'est parfaitement visible et sensible.
- C'est une belle victoire, pour elle, parce qu'au collège, personne la prenait au sérieux.
- Ça arrive souvent.
- Oui, c'est vrai, en plus. Tiens ! C'est Léandro !
Heero suit le regard de Duo à travers la vitre jusqu'à une dizaine de mètres d'eux.
- Léandro ?
- Le petit frère de Dédalus, explique Duo en se levant. Tu veux bien réceptionner la tarte, honey ?
- Bien sûr.
- Merci.
Il lui fait une bise au passage et sort.
Heero prend sa place pour pouvoir le regarder, alors qu'il rejoint un jeune garçon d'une vingtaine d'années aux cheveux châtains, aussi grand que Duo.
Ses yeux aussi sont très grands, Heero est capable de dire qu'ils sont clairs, de là où il est, même s'il ne peut saisir leur couleur exacte.
Au moment où ils terminent de s'embrasser, un autre homme les rejoint, un grand brun qu'Heero devine être le compagnon, non, le mari de Léandro, comme Dédalus leur a expliqué.
Ce que confirme sa main posée avec tendresse sur l'épaule du plus jeune.
- Et voilàààà... bah où est Duo ?
Heero relève la tête vers Megan qui vient de revenir, déçue visiblement de n'avoir pas eu le succès escompté.
- Il a aperçu une connaissance et est allé la saluer.
La jeune femme pose la tarte sur la table et jette un œil dehors.
- Oh ! mais c'est notre charmant petit couple ! Je les trouve tellement mignons, tous les deux... J'espère qu'on les laissera en paix, rapidement ! Enfin, je dois retourner derrière, il y a du monde... Tu... pardon, vous...
- On peut se tutoyer, je pense.
- J'avoue que je préfère, surtout qu'on sera amené à se revoir... Tu diras au revoir à Duo de ma part et salueras Clara et sa famille, s'il te plaît, Heero.
- Bien sûr, assure-t-il en se levant. Pour la tarte...
- Tout est réglé ! Au plaisir, Heero. Nous avons encore pas mal de spécialités à te faire goûter !
- Avec plaisir. Duo me fait devenir gourmand, avoue-t-il en souriant. Merci, Megan et bon courage à toi.
- Merci !
Elle disparaît rapidement derrière le comptoir et Heero, sa tarte sur le bras, sort de la pâtisserie et rejoint Duo.
A l'expression qu'il affiche, Heero comprend que quelque chose ne va pas.
Pourtant, les présentations sont polies et les sourires sincères.
- Nous sommes tous attendus, finit par dire Léandro, alors peut-être à une prochaine fois. N'oublie pas ce que je t'ai demandé, Duo, s'il te plaît.
- Je ne risque pas, Léo.
- Je suis désolé, tu sais.
- Ne t'en fais pas, je comprends. Je m'en veux un peu de n'avoir rien remarqué.
- Tu n'es peut-être pas resté assez longtemps ou tu étais peut-être trop dans ta bulle de bonheur. C'est pas un reproche, je sais ce que c'est que d'être si lié à quelqu'un qu'on ne se rend pas toujours compte du malaise qui habite certaines des personnes qui nous entourent. Quoi qu'il en soit, je te remercie de ta compréhension. Bonne journée.
- A vous aussi.
Les quatre hommes se saluent avant de se séparer.
- Tu veux m'en parler ? demande Heero, une fois tous deux remontés dans la voiture.
- Je ne m'attendais pas à avoir ce genre de discussion avec lui.
- Je le vois bien.
Duo profite de la caresse de la main qu'Heero a posé sur sa joue, avant d'embrasser sa paume offerte et de le libérer, le remerciant d'un sourire et d'un regard.
Il se serait bien attardé, mais l'heure tourne...
- Tu te souviens que Dédalus nous a proposé de venir à la fondue chocolat qu'il organise, demain soir, commence-t-il en démarrant la voiture.
- Hn.
- Léo nous demande de ne pas y aller.
- Et pourquoi ?
- Il a dit que c'était trop difficile pour Dédalus de nous voir ensemble.
- Il avait l'air d'aller bien, lundi. Mais je ne le connais pas, après tout.
- J'ai rien remarqué, je sais même pas si j'en aurais été capable. Léandro et Lucas se sont invités à déjeuner, lundi, peu après notre départ et ils l'auraient trouvé complètement abattu. J'ai vraiment du mal à croire qu'il ait pu aussi bien feindre l'indifférence...
- Tu penses que son frère exagère ?
Duo hausse les épaules en prenant un virage.
- On ne se connaît pas si bien que ça, Léo et moi. On a toujours eu des bonnes relations, un bon feeling. Il ne m'a jamais connu en tant que compagnon de Dédalus, mais même à distance, il ne s'est jamais mêlé de nos histoires. Je ne vois pas pourquoi il exagérerait...
- Dédalus t'a bien dit qu'il était aussi revenu pour toi, entre autres. Ça ne me paraît pas impossible qu'il soit encore amoureux de toi.
- Ok, mais de là à carrément souffrir de me savoir et de me voir heureux avec toi et de pousser jusqu'à nous inviter à revenir... Plus j'y pense, plus j'ai du mal à croire que je n'ai rien remarqué du tout.
- Appelle-le.
- Quoi ?
- Appelle-le et tu seras fixé, enkeli. Tu ne seras pas tranquille, sinon. Ce serait dommage de gâcher ces moments avec ton neveu pour quelque chose qui peut être réglé dès à présent, non ?
Duo grimace.
- On est arrivé, annonce-t-il en se garant.
- Parfait, on est en avance. Je t'attends dehors...
- Non, le retient Duo. Ça ira, si tu es d'accord, je préfère que tu restes.
- Bien, accepte Heero en refermant la portière.
Duo sort son portable et lance l'appel.
- Pronto ?
- Ciao Ded, sono io che... Salut, Ded, c'est Duo, se reprend-il en lançant un regard d'excuse pour Heero, qui le rassure d'un sourire.
- Ciao, Duo ! Ca va bien ?
- Ca va, merci. Je te dérange ?
- Pas du tout ! J'attendais ton appel plus tôt, en fait, je pensais que tu prendrais rapidement des nouvelles de Chamalow.
- Je vais en prendre en même temps, mais ce n'est pas la raison de mon appel.
- Ah oui ? Et bien écoute, pour la petite princesse, tout va bien, je te remercie encore !
- Je ne doutais pas que tout allait très vite rentrer dans l'ordre, c'est pour ça que j'ai pas appelé.
- Alors dis-moi, que puis-je faire pour toi ?
- Répondre à une question, Ded.
- Ton sérieux me dit rien de bon ! Je t'écoute.
- Je viens de croiser Léandro et Lucas, y a dix minutes, on a échangé quelques mots et du coup, j'ai besoin d'entendre certaines choses de ta bouche.
- Qu'est ce que mon babouin de frère a encore été raconter ?
- Il a demandé à ce que nous ne venions pas, demain, à ta soirée.
- Oh cazzo ! De quoi je mêle, franchement !
- Ta réaction me fait dire que tu connais les raisons qui l'ont poussé à me faire cette demande.
- Il te les a donné aussi ?
- Oui, Ded. Est-ce que c'est vrai ?
- Que j'ai encore des sentiments pour toi ? Bien sûr, Duo, je ne m'en suis jamais caché.
- C'est vrai, mais...
- Écoute, on va mettre les choses au clair une bonne fois pour toutes, ok ?
- Je veux bien, oui.
- Te connaissant, ça vaut mieux. Duo, j'ai eu des aventures, toi aussi, je le savais pertinemment. Tu as beau m'avoir dit clairement que c'était fini et me l'avoir répété, à l'aéroport, ça ne m'a pas empêché de penser à toi, durant mon année en Australie. Je t'ai expliqué, quand on s'est revu, que j'avais gardé l'espoir qu'on puisse reprendre notre relation, le temps de mon séjour ici. Avec l'idée que si t'avais encore des sentiments aussi, j'arriverais peut-être à te convaincre de me suivre, cette fois-ci.
- Tu m'as rien dit à ce sujet, Ded.
- Parce que j'ai bien vu et senti que la situation était différente. Ce qu'il y a entre Heero et toi... Contre ça, je ne peux rien. Et je me demande vraiment si quelqu'un pourrait lutter contre ça. Je l'ai accepté, je n'avais pas d'autre choix.
- Mais tu en souffres...
-Ao ! Je ne suis pas à l'agonie, non plus ! Léo et Lucas sont arrivés au plus mauvais moment, alors ils dramatisent, surtout Léo.
- Je ne sais plus quoi penser, Ded, est-ce que c'est vraiment de l'exagération de leur part ? Tu avais l'air d'aller, lundi, mais est-ce parce que tu cachais seulement très bien tes sentiments, devant nous, et que ça n'allait pas si bien que ça ?
- Non, Duo, j'étais bien. J'étais bien, parce que tu étais tellement beau et heureux que ça m'a renvoyé un an plus tôt, surtout lorsque tu tenais Chamalow contre toi. Sauf que Chamalow est bien plus grande, tout comme ton bonheur. C'était prévisible que j'ai ce genre de renvoi et tu n'as pas à t'en inquiéter. Vous êtes les bienvenus, demain, vraiment.
- On ne viendra pas, Ded, je suis désolé. Je crois ce que tu me dis, mais notre présence risquerait de gâcher l'ambiance, Léo n'acceptera pas les choses si facilement, il est parfois si impulsif...
- Je vais lui parler, pas de soucis. Il faut qu'il comprenne que l'état dans lequel il m'a senti, lundi, n'est pas dû à votre présence. Je fais peut-être une crise de la trentaine par anticipation, mais y a plein de choses qui sont remontés. C'est passé, maintenant. Et puis, je ne serai pas seul, demain.
- C'est-à-dire ?
- J'ai été en boîte avec Denys, hier soir, et je lui ai proposé de venir, demain.
- Il a accepté ?
- Il m'a dit "à demain", lorsqu'il a quitté mon appart, peu avant ton appel.
- Quoi ? Il a passé la nuit chez toi ?
- Avec moi, précisément.
- Mais il était pas avec Gary ? On les a croisé ensemble, hier matin !
- Et bien, ce n'est plus le cas, depuis cette nuit ! Il doit être en train de lui annoncer, enfin, j'espère, j'aime pas faire des choses dans le dos des gens.
- Mais ça fait deux ans qu'ils sont ensemble, tu n'es là que pour quelques jours, Ded ! T'as pas honte ?
- Hmmm, c'est bon, la honte...
- Ded !
- Je sais ce que je fais Duo ! J'irai jamais m'immiscer dans un couple solide, j'essaierai pas de te reprendre à Heero, par exemple, ni semer la discorde entre Ryan et Samy. Mais vue les signaux qu'émettait Denys, ou plutôt des feux de détresse, j'ai franchement eu aucun scrupule à l'avoir secouru.
- Mais c'est pas la première fois qu'ils se séparent pour se remettre ensuite ensemble, t'as conscience que tu joues avec le feu ?
- Si leur crise dure le temps de ma présence, tant mieux, sinon, que ce soit le plus longtemps possible !
- No comment.
- Ca vaut mieux, Duo ! En tout cas, il sera là demain et il est encore trop en colère contre lui pour qu'ils se rabibochent aussi vite. Donc, je serai bien trop occupé à lui faire oublier son Gary pour m'attarder sur ce que j'ai perdu, même si tu te promènes et fait des mamours sous mon nez à ton amoureux. Capito ?
- Si, signore.
- Perfecto. Alors si ça vous dit, début des hostilités à 19h30, histoire de se prendre un apéro salé avant une orgie digne de mes ancêtres romains !
- Ca promet ! On te donnera notre réponse dans la journée.
- Si tu y tiens, mais vous pouvez passer sans !
- Ok. Faut que je te laisse, Clara nous a invité à déjeuner, on est juste dans les temps.
- D'accord, embrasse-les tous de ma part.
- Ce sera fait. Bonne journée, Ded.
- Grazzie, Duo ! Ciao !
- Bye.
Duo coupe son portable et se tourne vers Heero, dont aucun mot de la conversation ne lui a échappé, vu sa proximité avec Duo et le téléphone, ainsi que le silence qui régnait dans la voiture.
- T'as eu tes réponses ?
- Oui. T'avais raison, honey, ça m'a fait du bien de lui parler.
- Dédalus est vraiment quelqu'un de bien. Ça ne m'étonne pas que tu sois tombé amoureux de lui.
- Après son départ, j'ai mis du temps à passer à autre chose. Il m'a longtemps manqué. C'est un ami inestimable et j'espère qu'il trouvera le bonheur, comme moi je l'ai trouvé auprès de toi. Il le mérite.
- Tout comme toi.
- Comme nous. A moins que tu ne sois pas heureux avec moi...
- Dumbum... a-t-il encore le temps de murmurer, avant que Duo ne capture ses lèvres pour un tendre baiser.
Il s'écarte ensuite et lui sourit.
- On y va, honey ?
Heero glisse sa main autour de sa nuque et l'embrasse encore une fois, plus longuement, plus profondément, plus intensément.
- Maintenant, on peut y aller.
Un nouvel échange de sourires entendus, puis ils sortent de la voiture.
- Nous sommes sur Pilgrim's Path, "le Sentier du Pèlerin", explique Duo en glissant sa main dans celle d'Heero pour les conduire jusque chez Clara. C'est la route qui conduit au Bois, droit devant nous, tu vois ?
- Hn.
- Solo a toujours eu le rêve d'habiter dans cette rue, le plus proche possible du Bois. En général, les gens évitent ce côté de la ville, par peur que leurs enfants ne s'y perdent. Mais Solo répétait qu'il apprendrait à nos enfant à communiquer avec la Nature, jusqu'à la communion. Jusqu'à ce que les arbres eux-mêmes, par le bruissement de leurs branches, révèlent les secrets du Bois et les guident et les protègent.
- "Nos enfants" ? reprend Heero.
- Oui. Je le traduisais par "les enfants qu'on aurait ensemble", mais je ne sais pas s'il le pensait ainsi, ou s'il imaginait les enfants qu'on aurait chacun de notre côté, mais qui grandiraient ensemble, comme nous et profiteraient du Bois...
- Alors tu dois connaître ce Bois par cœur.
- Je me laisse guider et je ne me perds jamais, ça ne m'est jamais arrivé. Mais je ne pourrai pas pour autant t'en dresser une carte. Voilà, c'est ici qu'habite Clara et sa petite famille, ajoute-t-il en s'arrêtant devant une jolie maison, dont la façade se devine à peine, cachée par un immense cerisier. Dès que la maison a été mise en vente, Steven et Clara l'ont acheté. C'était il y a trois ans, déjà.
- Ils sont devenus propriétaires si jeunes ?
- Les parents de Steven ainsi que notre famille les y ont aidé, répond Duo en sonnant. Ils tenaient à ce que le fils de Solo puisse grandir là où lui-même l'aurait voulu, s'il était encore là. C'est un peu paradoxal, parce qui Solo avait survécu, Solo Junior ne serait jamais venu au monde.
La porte du portail vibre et Duo la pousse, alors qu'un petit garçon sort de la maison pour les accueillir.
Duo donne le bouquet de fleurs qu'il tenait à Heero pour pouvoir recevoir son neveu dans ses bras, sans l'abîmer.
- Oncle Duo ! hurle ce dernier en se jetant au cou de Duo, qui le soulève dans les airs.
- Hey, mon grand ! Ce que tu m'as manqué ! Comment tu vas ?
- Bien, Oncle Duo, je suis plus du tout malade ! répond-il en collant leurs fronts, un merveilleux sourire aux lèvres. Tu sens trop bon ! Et je suis trop content de te voir !
- Moi aussi, Sol ! Montre-moi comment t'as grandi, en quinze jours ? demande-t-il en le reposant par terre.
Le petit garçon aussi blond que Quatre ou Milliardo d'ailleurs, mais avant tout que son père à qui il le doit, se recule un peu et bombe le torse.
- Alors, alors ?
Ses yeux vert-de-gris, eux, par contre clairement hérités de sa mère, brillent de mille feux, alors qu'il attend le verdict de son oncle.
Duo pose les poings sur ses hanches et grimace un peu avant de sourire très largement.
- Tu vas bientôt tous nous dépasser !
- Great ! Dis, tu crois que je serai aussi grand que Papa Solo ?
- C'est bien parti pour, crois-moi ! A ton âge, il était même un peu plus petit que toi...
- Chouette chouette, chouette ! s'enthousiasme l'enfant en battant des mains. Dis, Oncle Duo, reprend-il en penchant la tête vers Heero, resté légèrement en retrait pour observer cette scène des plus attendrissantes, c'est ton amoureux ?
Duo revient se placer à côté d'Heero en souriant.
- Oui, c'est Heero, mon amoureux.
- Bonjour, Heero. Moi, je suis Solo Junior et Duo, c'est mon tonton adoré, alors faut être gentil avec lui !
- Sol !
- Il a raison, intervient Heero en tendant à Duo le bouquet de fleurs et le gâteau pour pouvoir se pencher vers l'enfant. Bonjour, Solo Junior. Je suis très content de te rencontrer. Et je te fais la promesse que je serai toujours très gentil avec ton Oncle Duo, parce que je l'aime fort.
Le petit garçon lui sourit, puis met ses mains autour de son cou pour l'obliger à se baisser encore un peu vers lui et en se mettant sur la pointe des pieds, il arrive à atteindre sa joue pour y déposer un baiser timide.
Ceci fait il se recule vers Duo.
Heero, surprit, se redresse et lui sourit, vraiment ému, ce qui touche également Duo.
Solo est rarement si démonstratif et Duo a même dit à Heero, le matin même, de ne pas le prendre pour lui, si Solo ne l'approchait pas tout de suite, voire pas du tout...
- Quand maman est revenue après avoir été rendre visite à Papa Solo, elle m'a dit que Oncle Duo avait un amoureux très beau et très gentil et qui aimait beaucoup Oncle Duo... Et ben elle a pas menti !
- Qu'est-ce que tu racontes encore, Junior ? demande Steven en sortant à son tour. Pourquoi n'as-tu pas fait rentrer nos invités ? Bonjour, Duo, Monsieur.
- Bonjour, Steven. Je te présente mon compagnon, Heero Yuy Lowe. Heero, voici Steven Jenkins, le compagnon de Clara.
Le grand blond au yeux bleus retire ses lunettes et s'avance vers eux en souriant.
- T'as vu, papa, l'amoureux d'Oncle Duo est comme maman l'avait dit ! sourit l'enfant alors que Steven et Heero se saluent.
- Parce que je mens, d'habitude ? intervient cette fois Clara, en apparaissant sur le seuil de la maison.
- J'ai pas dit ça, m'man ! se défend l'enfant en allant se serrer contre sa mère qui lui ébouriffe les cheveux en souriant.
- Ça y ressemblait, pourtant, mon chéri. Allons, rentrez tous. Mon Dieu que ces fleurs sont belles... Il ne fallait pas ! Merci, dit-elle en les embrassant, alors qu'ils entrent dans la maison, les uns à la suite des autres.
Clara referme la porte et donne un baiser à son compagnon au passage, avant de l'envoyer à la cave chercher le vin, pour elle-même s'occuper de mettre les fleurs dans un vase.
- Heero, tu vas me suivre avec le gâteau pour le mettre au frais, puisque Solo a déjà kidnappé son oncle pour lui montrer je ne sais quoi, alors que je lui avais dit d'attendre ! termine-t-elle en haussant la voix pour se faire entendre.
- Mais m'man, j'en ai pas pour longtemps ! entendent-ils de quelque part vers le fond de la maison, mais en hauteur.
La jeune femme soupire et sourit à Heero, avant de gagner la cuisine avec lui, tout en lui demandant des nouvelles.
Ainsi mis à l'aise dès le début, plongé au cœur d'une atmosphère familiale et intime dans laquelle il ne se sent pas étranger, Heero se dit que le déjeuner promet d'être des plus agréables.
.
.
Après le déjeuner...
.
- A ce soir, m'man ! Oncle Duo, Oncle Heero, vous reviendrez nous voir avant de partir, hein ? Vous avez promis !
Duo se penche et lui tend le petit doigt, que Solo Junior prend avec le sien, de la main droite, avant de présenter le gauche à Heero, pour qu'il fasse pareil.
Heero s'exécute, allant même jusqu'à prendre l'autre petit doigt de Duo avec son autre petit doigt.
Duo sourit.
- Cross my heart and hope to die, if I do tell a lie ! prononcent Duo et Solo en même temps. (2)
- Ti kniver i hjertet, ajoute Heero. C'est comme ça qu'on dit à Asgard, explique-t-il devant leurs regard surpris.
Le petit garçon embrasse une dernière fois tout le monde, avant de rejoindre Steven qui l'attend dans la voiture pour le conduire à son entraînement de basket.
- J'ai rarement vu un garçon si énergique et pourtant si sage et gentil en même temps, remarque Heero alors qu'ils prennent place dans le salon.
- C'est parce que tu n'as pas connu Solo, lui répond Duo. J'avais du mal à le suivre et pourtant il était si calme et gentil. Il faisait des bêtises aussi, à l'orphelinat autant qu'après notre adoption, mais c'est toujours moi qu'on jugeait responsable. Au final, il prenait tout sur son dos pour me protéger, parce qu'à lui on ne faisait jamais rien, alors qu'à moi, on avait moins d'hésitations pour m'envoyer au coin ou me priver de dessert !
- Il m'en racontait pas mal, sourit Clara. Enfin, quand on arrivait à parler de toi sans que ça ne dégénère ! Je me souviens que les seules disputes que nous avions étaient à ton sujet, Duo.
- Je ne pouvais pas te laisser me prendre mon Solo sans réagir, surtout à l'âge que j'avais.
- Je te comprends, aujourd'hui. Même à l'époque. C'est l'attitude de Solo que je ne m'expliquais pas toujours. Quand il s'agissait de toi, il avait des réactions étranges.
- Comment ça ? demande Heero, intrigué.
- Et bien par exemple, je me souviens d'une fois qui m'avait particulièrement marqué. Mon cousin et moi étions très proches, nous le sommes toujours, alors il nous arrivait de sortir ensemble. Un jour, il m'a demandé si je pouvais organiser une sortie avec Duo et Solo, parce qu'il était attiré par Duo. Je pensais que ce serait une bonne idée que Duo commence à sortir avec d'autres personnes et mon cousin était une personne sûre, ce qui n'est pas évident à trouver. Duo était vraiment mignon à quinze ans, et il attirait vraiment l'attention, pas toujours de personnes bien intentionnées. Enfin bref, tout ça pour dire que c'est vraiment avec confiance que j'ai proposé un ciné à Solo, sans lui cacher l'intérêt de John pour Duo. Solo m'a fait une crise, j'avais jamais été témoin d'un tel emportement, de sa part. J'ai fini par me sentir coupable, alors qu'il n'y avait pas de quoi !
- Il ne voulait pas que Duo ait de copain ?
- C'était paradoxal, parce qu'il savait que cela arriverait et qu'il ne pouvait l'empêcher. Mais il ne supportait pas que quelqu'un s'approche de Duo avec cette idée là. Je ne sais pas ce qui lui passait par la tête, mais il me répétait qu'il était trop jeune encore. Chaque fois que quelqu'un venait parler à Solo de Duo, il se faisait rembarrer en bonne et due forme. Et comme personne ne voulait contrarier Solo, qui était en dehors de ce sujet une personne des plus adorables, généreuses et tout ce que vous voulez, personne n'insistait. Une autre fois...
Alors que Clara continue d'évoquer ses souvenirs, Heero sent que quelque chose ne va pas, avec Duo.
Déjà, il est bien silencieux.
Mais surtout, sa main dans la sienne a perdu toute chaleur et tendresse.
Lorsqu'il croise le regard assombri de Duo, il comprend : Oliver a pris sa place, et par ce simple regard, il lui fait comprendre qu'il n'a pas intérêt à intervenir.
Heero décide de ne rien faire et reporte son attention sur Clara, qui n'a rien remarqué.
- Enfin, cela ne me faisait pas douter de son amour pour moi pour autant... Avant de poursuivre, je vais nous faire un bon thé pour digérer le repas et la tarte. Vous avez encore un peu de temps ?
- Oui c'est gentil, Clara, répond Oliver, merci beaucoup. As-tu besoin d'aide ?
- Non, ça ira, merci. Je n'en ai que pour quelques minutes.
La jeune femme quitte le salon pour la cuisine et dès qu'elle n'est plus en vue, Heero lâche la main de Duo devenu Oliver.
- Qu'est-ce qui se passe ? lui demande-t-il presque froidement.
- Tu te souviens, je t'ai dit qu'il y avait certaines situations où tu ne pourrais être d'aucune utilité pour Duo.
- Et ?
- C'en est une.
- Tu peux développer ?
- C'est trop douloureux, tout ce qui se dit depuis un moment. Je préfère qu'il n'entende pas ça.
Heero fronce les sourcils.
- Il n'est plus là du tout ?
- Non, répond Oliver en soutenant son regard.
- C'est pas vrai ! soupire Heero. T'exagère vraiment, Oliver. Je ne vois pas ce qui s'est dit de traumatisant, jusque là !
- Ca ne m'étonne pas. Mais moi, je refuse qu'il entende ce genre de choses.
- Quelles choses ?
- Cette jalousie et cette possessivité dont Solo faisait preuve, lorsqu'il s'agissait de Duo et dont il n'a jamais été témoin, Dieu merci. Il était un ange protecteur, à ses yeux, bien trop pur pour avoir ce type de sentiments si bas.
- Il n'a jamais montré cet aspect de sa personnalité à Duo, c'est ce que tu as dit ? Alors effectivement, il l'a protégé.
- Oui, mais...
- Je suis là pour le soutenir, je croyais que tu me faisais confiance !
- Oui, j'ai confiance, oui, tu es là, mais après, une fois qu'il est trop tard pour éviter la souffrance !
- Tu sais que tu ne lui rends pas service, en agissant comme ça ? Il a plus dix ans, Oliver, il est bien plus fort que tu sembles le penser. Pourtant, t'es bien placé pour le savoir et le sentir.
- Ca n'a pas toujours été le cas !
- Mais ça l'est, aujourd'hui et je suis là pour lui donner les forces qui pourraient lui manquer. C'est la mission que tu m'as confié, non ?
Oliver soutient son regard un moment.
- Oui.
- Alors laisse-nous une chance. Vraiment. Comme celle que tu as laissé à Solo, il y a bien longtemps.
Le regard d'Oliver glisse sur les cadres posés sur les meubles du salon, se fixant sur ceux ayant immortalisés le sourire, la beauté et la jeunesse de Solo ainsi que l'amour qu'il portait à son jeune frère.
- D'accord, finit-il par répondre en reportant son attention sur Heero.
- Maintenant que les choses sont claires, dis-moi, comment comptes-tu expliquer son absence ?
Oliver prend le bras droit d'Heero et le passe autour de ses épaules, avant de s'appuyer contre lui.
- Ce ne sera pas la première fois qu'il s'endort brusquement.
- Je refuse de lui mentir.
- Alors promets-lui la vérité pour plus tard.
- T'es d'accord avec ça aussi ?
Oliver relève la tête pour ancrer ses yeux sombres dans les siens.
- Je crois que je n'ai plus mon mot à dire, c'est ce que tu viens de me faire comprendre, non ? Tu sais ce qui est bien pour lui, je t'ai laissé une chance de le prouver et tu l'as saisi. Je n'ai plus aucun doute là-dessus.
Heero ne répond rien, troublé par Oliver qui lui apparaît pour la première fois si fragile, alors qu'il avait, jusqu'à présent, pratiquement dominé tous leurs échanges, avec sa froide assurance et une menace sous-jacente.
Il ressent toujours cette force qui l'habite, mais derrière le défi qui brûle continuellement dans son regard, à cet instant, Heero peut lire toute la confiance qui lui témoigne.
Et il y a aussi...
Du désir ?
Du désir, une envie et de la curiosité, oui, alors que son regard glisse sur les lèvres d'Heero, en même temps que ses doigts qui les effleurent, presque hésitant.
Heero se rend compte alors combien ils sont proches, leurs visages très près l'un de l'autre.
Mais ce n'est apparemment pas encore suffisant pour Oliver, qui se rapproche lentement pour combler ce faible écart, les yeux rivés aux siens et lui laissant clairement le temps et la possibilité de rejeter cette demande muette.
Mais Heero ne recule pas, malgré une première hésitation à peine perceptible et le laisse poser ses lèvres sur les siennes, pour un chaste baiser.
Chaste oui, mais quand même appuyé.
Ce n'est pas juste un effleurement, Oliver veut vraiment goûter aux lèvres d'Heero.
Juste ses lèvres, il sait qu'il n'aurait pas droit à plus et ce n'est pas ce qu'il demande, de toute façon.
Il se recule ensuite et sourit et pour la première fois, Heero lui trouve une véritable ressemblance avec Duo.
- Je croyais que je n'étais pas ton genre, lui fait remarquer Heero, radoucit.
- Considère ce geste comme une passation de pouvoir et prends soin de lui, Heero, murmure-t-il en réponse, en fermant les yeux, avant de reposer sa tête sur son épaule.
- Je t'en fais le serment.
Lorsqu'elle se fait plus lourde, Heero resserre son étreinte autour des épaules de Duo et dépose quelques baisers sur ses cheveux, le temps qu'il revienne à lui.
Clara arrive alors avec le thé, au moment-même où Duo émerge, à son tour.
- Excusez-moi, j'ai eu un appel entre-temps... Duo, tout va bien ?
- J'en sais trop rien, répond-il en se redressant pour regarder Heero. Il m'est arrivé quelque chose ?
- Seulement à une partie de ton esprit, enkeli.
Duo saisit l'allusion et remercie Heero d'un sourire, avant de se tourner vers Clara.
- Ne t'inquiète pas, ça m'arrive parfois de m'endormir brusquement. Je suis un peu fatigué, en ce moment, les vacances sont vraiment bien tombées.
- Tu me rassures, j'avais peur que tu ne sois malade, se réjouit la jeune femme en leur servant leur boisson chaude. En parlant de ça, Duo, tu m'as dit, quand tu es venu, il y a quinze jours, que tu ne faisais pratiquement plus de cauchemars ?
- Plus depuis que je suis avec Heero, non.
- Il n'y a vraiment que l'Amour qui soit capable de ce miracle, j'ai l'impression.
- Pour moi, c'est une certitude. Mon père, Trowa et Quatre réussissaient à m'apaiser, une fois que je les avais fait. Mais depuis que je suis avec Heero, ajoute-t-il en lui prenant la main, je n'en fais pratiquement plus. J'ai dû en faire un ou deux, ce dernier mois, et c'est Heero qui m'en a sorti.
- Je me souviens que tu as commencé à en faire à l'époque où je commençais à sortir avec Solo.
- Plus ça devenait sérieux entre vous, plus jamais l'impression de le perdre. Tu me volais mon frère et tout l'amour qu'il avait pour moi.
- Oh non, Duo ! Il était certes amoureux de moi, mais son amour pour toi était tellement fort qu'il me rendait jalouse. Pour moi, vous vous aimiez beaucoup trop !
- On aime jamais trop, Clara.
La jeune femme en laisse tomber sa cuillère, qui rebondit avec un bruit sourd sur la soucoupe et qui les fait surtout sursauter.
- Je... je suis désolée... C'est juste que Solo me disait toujours ça, avec cette même intonation... J'ai presque cru qu'il était là...
Duo tend la main et la pose sur la sienne pour la presser avec tendresse.
Clara soupire, puis lui sourit et pose sa deuxième main par-dessus la sienne.
- Ca ira, Duo.
- Je n'en doute pas.
- Je pense encore tellement à lui, tu sais. Parfois, je me demande comment Steven peut me supporter, depuis cinq ans.
- Il t'aime et sait que tu l'aimes tout autant, répond Duo en reprenant sa place contre le dossier du fauteuil.
- Mais j'ai l'impression que ce n'est plus suffisant. Tu nous avais dit, une fois, que nous vivions à quatre, nous trois plus le... fantôme de Solo. Tu avais raison.
- Il fait partie de la famille, Clara, c'est normal et je doute que ça change un jour, à moins que vous ne l'oubliiez.
- Jamais, à moins de devenir amnésique, bien sûr.
- Alors il continuera d'être avec vous. Mais tu sais, j'ai compris une chose essentielle, ces derniers jours, qui est valable autant pour toi que pour moi. Je pense qu'il est temps que certaines choses changent. Nous devons apprendre à vivre avec le souvenir de Solo et non plus dans son souvenir, comme nous le faisions jusqu'à présent.
- J'aimerais tellement Duo, mais je n'en ai pas la force ! Je voudrais pouvoir épouser Steven, avoir d'autres enfants, mais... il me manque encore tellement ! Ce vide qu'il a laissé dans mon cœur aspire toutes ma volonté et mes forces...
Voyant les larmes s'échapper de ses yeux, Duo se lève, contourne la table basse et vient se mettre à genoux à côté d'elle pour pouvoir la serrer dans ses bras.
- Merci Duo, finit-elle par dire, enfin calmée. Merci et pardonne-moi de...
- Chuuuuut... la coupe-t-il. Tu n'as ni à me remercier, ni à t'excuser. On a assez souvent mêlé nos larmes, ces cinq dernières années, pour se dispenser de ça, ajoute-t-il en déposant un baiser sur son front.
- C'est vrai, mais je te remercie quand même. Et je m'excuse de vous abandonner encore, je vais me passer un coup d'eau sur le visage, je dois être affreuse.
Duo passe son index sous ses yeux et sourit.
- Tu es sublime, même toute barbouillée. Hein, honey ?
- Absolument.
La jeune femme sourit et se lève.
- Merci à tous les deux. Je reviens.
Elle embrasse Duo au passage et même Heero, avant de monter au premier où se trouve la salle de bain.
Duo se rassoit près d'Heero et soupire.
- Ca va ? lui demande-t-il.
- Oui, mais ça ira mieux dans quelques minutes, quand j'aurais mis les choses au clair avec un certain trouble-fête. Tu m'excuses un moment, honey ? ajoute-t-il après l'avoir rapidement mais non moins tendrement embrassé.
- Bien sûr, mon ange.
Duo se rallonge contre le fauteuil et ferme les yeux...
Quelques minutes plus tard, Clara redescend et le trouvant ainsi, s'inquiète à nouveau.
- Duo, tu es sûr que ça va ?
- Oui, la rassure-t-il avec un grand sourire des plus sincères.
- Si quelque chose ne va pas, tu peux passer au Cabinet Médical, tu sais, Steven te prendra entre deux patients sans aucun problème.
- Je te promets que tout va bien, répète-t-il alors qu'elle pose sa main sur son front. C'est juste de la fatigue.
- Dans ce cas, je vais peut-être vous laisser rentrer, si tu as besoin de repos... Tu fais toujours ta sieste quotidienne ?
- Arrête de te moquer ! proteste Duo, ayant clairement vu la lueur amusée dans son regard toujours un peu inquiet. Je trouve encore plus de vertus à la sieste depuis que j'ai converti Heero à ce plaisir journalier ! ajoute-t-il en se blottissant contre lui.
Heero dépose un baiser sur son front, à proximité immédiate de ses lèvres.
- Oh ! Mais je n'en doute pas ! Combien de fois n'ai-je pas débarqué, furieuse, après avoir attendu des heures mon petit-ami, pour me figer en te découvrant endormi, comme un bienheureux, entre Solo et Trowa, en plein milieu d'après-midi ?
Duo repose sa tasse de thé et étouffe son rire contre l'épaule d'Heero.
- N'empêche, je me souviens d'une fois où on s'est réveillé... enfin où ton cri de frustration et de rage nous a réveillé, et Solo t'as tendu la main pour que tu viennes nous rejoindre.
- Oui, c'était en plein été, le dernier avec lui, vous étiez étendus dans le jardin, à même l'herbe grasse. Le geste qu'a eu Solo m'a immédiatement calmée et je me suis allongée contre lui, du côté où tu n'étais pas.
- Solo nous a déposé un baiser sur le front à tous les deux et même à Trowa, qui a joué les jaloux. Je l'ai d'ailleurs serré un peu plus contre nous.
- Et on s'est tous rendormis. Tiens, Heero, regarde, ajoute Clara en allant récupérer une des nombreuses photos présentes dans le salon pour la lui tendre. Helen est rentrée et nous a trouvé comme ça, alors elle nous a pris en photo.
Heero ne peut retenir un sourire devant le cliché.
- Vous êtes aussi bien alignés que des sardines dans une boîte ! fait-il gentiment remarquer.
- C'est vrai qu'on est emboîtés comme si on avait que peu d'espace, alors qu'au contraire, on pouvait s'étaler... En plus il faisait chaud... Mais j'avais besoin de me sentir entouré, ça me rassurait.
Clara va reposer le cadre, puis commence à ranger le service à thé.
Heero et Duo se lèvent immédiatement pour l'aider.
- Laissez, ça ira...
- Hors de question ! Que dirait Solo, s'il me voyait profiter de ta gentillesse, hein ?
- Je pense qu'il hallucinerait ! répond la jeune femme en laissant échapper un petit rire. Plus sérieusement Duo, je pense qu'il est heureux de nous voir si proches, aujourd'hui, je te l'ai souvent dit. Et de te savoir heureux, aussi.
- Je suis d'accord. Il ne manque qu'une chose à son bonheur et à la paix complète de son âme, Clara.
Elle range la vaisselle dans le lave-vaisselle, puis fait face à Duo en s'appuyant sur la table.
- Cela a pris longtemps pour que tu en sois capable Duo et maintenant que tu as Heero près de toi, cela va aller de mieux en mieux, j'en suis certaine. Pour moi, les choses sont plus compliquées. Je dois accepter que Steven occupe dans ma vie une place que j'avais toujours réservée à Solo. Il n'est pas le père de Solo Junior, il est l'un de ses pères, "Papa Steven", même s'il l'appelle papa.
- Je comprends la différence, bien sûr.
- Tu sais, aujourd'hui, que même si Solo avait été en vie, tu aurais pu ne pas éprouver ce type de sentiments que tu éprouves aujourd'hui pour Heero. On en sait rien, mais c'est une possibilité. Alors que pour moi, c'était une certitude, à l'époque et ça l'est encore aujourd'hui, j'aimais Solo qui était pour moi l'homme de ma vie. Si demain, je me réveillais et qu'on m'apprenait que Solo est en vie, je serais bien capable de tout abandonner pour lui.
- Pourtant, tu aimes Steven.
- Oui. Mais il ne fait pas le poids contre le souvenir de cet amour que j'éprouvais et que j'éprouve encore pour Solo. Pourtant, je suis une femme aujourd'hui... Mais c'est toujours l'adolescente qui vibre et qui pleure et qui aime Solo. Je ne peux faire le deuil de cette jeune fille qui aurait dû mourir avec Solo. Mais j'ai décidé d'agir et de reprendre le travail sur moi. Je vais me faire aider, Duo, tu m'as déjà aidé à reprendre cette résolution.
- J'espère que tu la tiendras. Pense à Solo, pense que cela le libérerait vraiment. Quand je vois combien je suis heureux avec Heero, je suis vraiment apaisé, parce que je sais qu'il profite de mon bonheur. C'est une force supplémentaire.
Clara s'approche de Duo et le serre fort dans ses bras.
- Je n'aurais jamais imaginé que tu deviendrais ce jeune homme si fort et sage que j'ai devant moi, ni que je t'aimerais autant, Duo. Merci pour tes mots, ta présence, ta générosité, et l'exemple que tu es, alors que ce devrait être le contraire. Je retrouve tellement de Solo en toi, il doit être fier de toi.
- Tout comme il doit être fier de la manière dont Steven et toi avez élevé Solo Junior.
Ils se détachent et Clara caresse la joue de Duo avant de lui faire une bise.
- Prends-soin de lui Heero, c'est vraiment un être exceptionnel, demande-t-elle en se tournant vers Heero, témoin encore d'une scène des plus touchantes.
- Pour avoir fait de tels miracles avec moi, il devait forcément s'être entraîné avant, répond-il en leur souriant.
- Vous vous êtes bien trouvés alors.
- Merci, Clara. Nous allons te laisser, à présent, tu dois avoir beaucoup de choses à faire.
- Quelques unes, c'est vrai, mais ça peut attendre encore !
- Je sais bien que tu ne nous mets pas à la porte, mais...
- Ah oui, la fameuse sieste ! Bon, très bien... Vous m'attendez quelques minutes, je dois aller en ville, moi aussi.
- Tu y vas en voiture ?
- Non, je vais marcher, ça me fera du bien.
- On peut te déposer et tu rentreras à pieds, si tu veux ?
- Parfait, je profiterai de vous encore un peu... Merci ! Je vais chercher mes affaires.
- On va récupérer les nôtres.
- Tout est dans l'entrée...
- Ok.
Clara disparaît dans l'escalier, Heero et Duo se retrouvent dans le vestibule pour mettre leurs vestes.
Ceci fait, Heero prend Duo dans ses bras et le serre fort contre lui, en silence, tout en caressant tendrement la base de sa nuque de ses doigts, alors qu'il lui rend son étreinte avec les mêmes douceur et intensité.
Clara, qui redescend l'escalier, se fige devant ce tableau, touchée comme jamais par l'amour qui irradie d'eux, presque palpable.
Sans les quitter des yeux, elle touche de sa main l'un des portraits de Solo accrochés au mur, à sa gauche, avant de carrément appuyer sa tête à côté.
"Tu vois, mon Solo, nous prouvons tous depuis sept ans que la vie continue, même sans toi, même handicapés par ton absence, car comme privés d'un membre ou d'un sens. Mais ces deux-là nous prouvent que le bonheur est aussi possible, sans nuage. Ils sont comme dans une bulle d'amour et de bonheur pur. Dis-moi, mon tendre amour, ressentirais-tu de la jalousie, si tu n'étais pas devenu un ange débarrassé de toutes ces émotions et passions humaines ?"
La jeune femme frôle une dernière fois le cadre, avant de signifier sa présence en faisant résonner ses pas contre les marches qu'elles terminent de descendre.
- Désolée, je ne voulais pas vous interrompre, s'excuse-t-elle avec un grand sourire.
- Aucun problème, la rassure Duo. Tu es prête ?
- Oui, je vérifie juste que tout est ok, répond-elle avant de faire un rapide tour du rez-de-chaussée. C'est bon, on peut y aller.
- Parfait. Après vous, gente dame...
Les deux hommes la laissent passer en premier et la suivent, puis l'attendent sous le cerisier, alors qu'elle ferme la maison.
Ils rejoignent ensuite la voiture en évoquant Solo Junior, cette fois-ci, et ses différents exploits sportifs et scolaires...
...
.
Le soir même, à Say'yun (3).
.
.
- Maître Quatre ?
- ...
- Maître Quatre ?
- ...
- Maître Quatre, vous m'entendez ?
Quatre s'arrache à la contemplation de la ville et tourne son visage vers son employé.
- Désolé, Auda, tu me parlais ?
- C'est moi qui m'excuse de troubler ce moment de paix, Maître Quatre. J'ai le renseignement que vous m'avez demandé.
- Je te remercie. Tu peux parler, je t'écoute.
- La caravane de Sabri se mettra en route demain au lever du jour. D'après son itinéraire et les étapes prévues, elle devrait atteindre Aden dans l'après-midi du deuxième jour.
- Parfait, sourit Quatre en reposant son verre de thé sur la petite table. Va confirmer ma présence à Sabri, s'il te plaît, Auda et précise-lui bien de ne rien changer à l'ordre établi. Je m'intégrerai là où il y aura de la place.
- Mais Maître Quatre, un homme de votre rang...
Le regard que lui lance son Maître suffit à interrompre ses protestations.
- Nous sommes tous frères, Auda les fils du désert sont tous égaux dans le désert. L'homme vaniteux et orgueilleux n'a pas sa place, ici. Reconnaîtras-tu un tas d'os d'un autre, pour enterrer le Prince et dédaigner le fellah ? (4)
L'homme s'incline, honteux.
- Je vous prie de m'excuser, Maître Quatre.
L'héritier sourit avec bienveillance.
- Si tu as compris, c'est le principal. Va faire ce que je t'ai demandé, s'il te plaît. Et n'oublie pas mes paroles. Il se peut qu'un jour, tu sois amené à traverser seul le désert ou à donner un conseil à une personne qui s'apprêterait à le faire. Retiens ceci : si de mauvaises choses alourdissent le cœur d'un homme, le désert deviendra son tombeau.
- Oui, Maître Quatre. Je m'en vais de ce pas trouver Sabri.
- Merci, Auda. Peux-tu également prévenir Ahmed et les autres que je serai en haut pour téléphoner, si on me cherche.
- Bien, Maître Quatre. A plus tard.
- A plus tard.
Auda sorti, Quatre termine son thé, avant de monter sur le toit de la maison en pierre pour appeler, c'est toujours plus calme et tranquille.
Il aime aussi contempler ce paysage incroyable qui se déploie sous ses yeux, par-delà la ville qu'il domine, par-delà la vallée, jusqu'à se perdre dans l'horizon désertique et cahoteux qui dessine des ombres inquiétantes dans la nuit étoilée.
Il compose le numéro comme sur un nuage, comme s'il avait continué de monter vers le ciel au lieu de faire halte sur le toit.
- Allô ?
Quatre soupire et frissonne en même temps.
- Mon amour...
- Quatre, mon ange...
Il y a tant à dire que le silence, finalement, arrive à lui seul à résumer la situation.
Un silence où s'entendent leurs respirations hachées, qui témoignent également du rythme effréné qu'ont pris leurs coeurs, à entendre la voix de l'autre, qui leur a cruellement manqué.
- Je te réveille, mon Trowa ? reprend Quatre doucement.
- D'un long cauchemar qui a duré 9 jours, précisément, répond-il sur le même ton.
- Le temps s'écoule différemment ici, mais tu m'as terriblement manqué aussi.
- Je suis désolé, mais cela me fait du bien de l'entendre. Tout s'est bien passé, tu te sens mieux ?
- Beaucoup. Mais je me sentirai définitivement mieux lorsque je pourrai de nouveau sentir tes bras autour de moi et ta peau contre la mienne.
- Quand ? veut savoir Trowa, sans parvenir à cacher l'impatience qui lui noue l'estomac.
- Je repars pour Aden dès demain matin, mais avec une caravane chamelière. Dans trois jours, inch'allah, j'y serai.
- Samedi, alors. D'accord. Quand veux-tu que je te rejoigne ?
- Voyons, est-ce que ce serait possible... samedi ?
Quatre peut entendre et sentir Trowa sourire à travers le téléphone.
- Je regarderai les vols pour samedi. A quel moment de la journée tu préfères ?
- Plutôt dans l'après-midi.
- Est-ce que je peux te joindre ?
- Mon portable ne passe pas partout dans le désert, il vaut mieux que ce soit moi qui te rappelle dès mon arrivée au prochain village ou oasis. Je n'ai pas encore pris connaissance de la route et des étapes. Tu me donneras les renseignements sur ton arrivée à ce moment là.
- D'accord. Tu viendras me chercher ?
- Rashid ou moi te récupérerons à l'aéroport de Sanaa (5), et nous rejoindrons Aden en jet ou en hélicoptère, plutôt que par la route. Je ne peux encore te le préciser, tout dépendra de la situation. Je ne sais toujours pas pourquoi je n'ai pas pu voir ma famille, avant ma retraite dans le désert.
- J'espère que ça ira.
- Moi aussi, mais j'ai confiance, car tu seras là.
- Mon ange... Je devrais peut-être attendre que tu aies vu ta famille, avant de te rejoindre...
- Non, Trowa. J'ai besoin de toi et envie que tu sois à mes côtés.
- Alors je serai là pour te soutenir.
- Merci, Trowa chéri. Tu sais, je n'ai plus beaucoup de batterie et je ne veux pas que ça coupe brusquement, je préfère qu'on se dise au revoir correctement. Je te rappelle demain, dès que possible dans la journée.
- C'est relâche, demain, je ne risque pas de manquer ton appel.
- Très bien. Alors à demain, mon amour.
- A demain, mon ange du désert. Je t'aime.
- Je t'aime aussi, mon Trowa.
Ils ne coupent pas tout de suite, écoutant encore la respiration de l'autre, le silence de l'autre.
Puis, ils se décident à rompre le charme, après en avoir savouré chaque seconde de cet échange attendu depuis l'instant même où ils ont coupé leur dernière conversation téléphonique, neuf jours plus tôt.
Quatre reste encore un moment sur le toit à profiter de ce calme et de cette paix qui l'ont envahi.
Trowa, lui, reste quelques secondes les yeux rivés sur son portable, avant de se secouer et de composer un autre numéro...
...
.
Au même moment, à Eldeux, Maison des Maxwell, studio de Duo.
.
- Alloooooooooooo ?
- Dun', c'est moi. Je te dérange pas ?
- Great ! Non, on était un peu en train de somnoler, avec Heero, on vient de finir une séance de massage. C'était trooooop bon... Enfin je veux pas que tu raccroches déjà, alors je m'attarde pas ! Comment tu vas, Big Bro ?
- Merveilleusement bien.
- Oh toi, t'as eu ton chameau au téléphone !
- Je prends note, Dun'.
- Ca va... J'ai pas raison ?
- Il t'a appelé aussi, non ?
- Dans l'après-midi, oui. Alors ?
- Je le rejoins samedi, je n'ai juste pas encore regardé les vols.
- Oh ! Yes !
- Est-ce que j'ai une chance de vous avoir dans notre public, avant de partir ?
Le sourire de Duo s'efface et il soupire.
- C'est quand ta dernière représentation ?
- Vendredi à 14h.
- Ok, bloque deux place au carré VIP.
- Génial ! Je t'aime, frangin.
- Moi aussi et tu viens d'en avoir une nouvelle preuve.
- Merci, Dun'. Je vous laisse reprendre vos... activités. A vendredi ?
- A vendredi, oui. Embrasse Cathy de notre part.
- Ce sera fait. Et toi, embrasse tout le monde de la mienne.
- Ce sera fait aussi. Heero t'entend, si tu veux lui dire quelque chose.
- Non, pas spécialement. On s'est parlé hier soir, en plus. Salut, 'ro !
- Salut. Je suis content pour toi.
- Moi aussi. Pour nous, pour vous. Je vous tiendrai au courant pour le vol et à vendredi, sinon. Bye...
- A vendredi, fais attention à toi. Bye, Big Brother.
Duo coupe son portable et le repose sur la petite table, avant de se rallonger contre Heero.
- C'est un beau cadeau que tu lui as fait.
- Je suis content d'avoir réussi. En même temps, c'est dans trois jours.
- Ça fait un moment que tu ne dis plus "demain est un autre jour".
- C'est vrai, j'avance pas à pas. Merci, mon Heero, ajoute-t-il avant de l'embrasser avec tendresse.
- Tes victoires sont les plus beaux des mercis.
- Ce sont nos victoires.
- C'est vrai.
- Honey, reprend Duo après un court silence.
- Hn ?
Duo se serre un peu plus contre lui et entrelace les doigts de leurs mains qu'ils ont uni sur le torse d'Heero, puis remonte sa jambe nue le long de la sienne, en une douce caresse.
- Je pensais que ça pourrait être bien de partir samedi, nous aussi, se lance-t-il en plongeant ses yeux dans les siens. Si on accompagne Trowa à l'aéroport, on peut peut-être trouver un vol pour le Japon dans les mêmes horaires, avant ou après... non ?
De sa main libre, Heero caresse tendrement la joue de Duo, le rassurant, l'encourageant, le félicitant à travers son regard.
- C'est une excellente idée, mon amour.
Il voit les yeux de Duo briller et sent sa main se serrer plus fort dans la sienne, alors qu'il rapproche son visage pour l'embrasser longuement, le cœur gonflé d'amour et de bonheur, comme à chaque fois qu'Heero l'appelle ainsi.
Après ce long et tendre échange, Duo se réinstalle confortablement contre lui, mais de manière à ce qu'ils puissent encore se regarder dans les yeux.
- Tu sais, j'ai vraiment envie d'être complètement seul avec toi, c'est pour ça que je voudrais déjà qu'on soit samedi. Je suis heureux de partager mon bonheur avec mon père. Mais pour le reste des personnes, bien que je les adore, je suis fatigué de leurs regards, de leurs espoirs, de leurs remarques, de leurs attentions, de leurs conseils... Pas toi ?
- C'est lassant, je le reconnais. Mais pour toi, je peux le supporter.
- Tu en as assez fait, nous en avons assez supporté. Il y a trop de pression ici. Heureusement qu'une fois rentrés à la maison, mon père nous rassure et nous détend.
- Il est très fort pour ça.
- Oui, ça a toujours été le cas. Je ne crains pas de le laisser, Kate va venir passer quelques jours avec lui, dès le week-end prochain. Ça tombe bien.
- C'est bien qu'il ne soit pas seul.
- Il ne l'est jamais vraiment. Mon Oncle Christopher et lui sont très proches, ainsi qu'avec Tante Grâce, d'ailleurs. C'est pour ça que je pars l'esprit tranquille.
- Tu t'inquiètes tout de même pour sa santé.
- Je sais, je sens qu'il y a quelque chose, honey. Je me rassure en me disant que si c'était très grave, il m'en aurait parlé. Mais en même temps, je ne peux m'empêcher de me demander s'il ne me cache pas quelque chose, en attendant d'avoir la confirmation de la gravité ou non de la situation, comme ils l'avaient tous fait avec Solo.
- Alors il finira par t'en parler.
- J'espère seulement qu'il ne sera pas trop tard.
Heero ne trouve rien à redire et le serre fort contre lui.
Duo lui est reconnaissant de ne pas lui servir de banalité du genre "mais non, il n'a rien, tu verras" parce que le jour où la réalité nous rattrape, elles ne veulent plus rien dire.
Il lui sourit tendrement, puis remonte leurs deux mains entrelacées pour déposer un baiser au dos de la sienne.
- Nous verrons en temps et en heure. Mais pour l'instant, vivement vendredi et samedi ! Et à ce sujet, j'ai encore une chose à te demander, honey. Une fois que nous saurons l'heure du vol de Trowa...
- Je m'occuperai de notre vol à nous, de notre hôtel, tu n'auras plus à y songer, devine-t-il. N'y penses plus, mon ange, je nous organiserai notre séjour avec plaisir, même s'il s'agit du Japon.
- Merci, honey, t'es un amour.
Le silence se fait de nouveau, reposant, durant lequel ils continuent de se caresser avec tendresse, perdu dans leurs pensées, mais les yeux dans les yeux, cependant.
- Au fait, tu n'as plus mal au dos, enkeli ? demande-t-il soudain alors que sa main glisse justement sur cette partie là de son corps, sous ses cheveux.
- Ton massage était parfait, je me sens vraiment mieux.
- Solo Jr est grand, tu n'aurais pas dû forcer.
- C'était le seul moyen pour qu'on te batte, t'es trop fort !
Heero sourit et l'embrasse sur le bout du nez.
En fait, cet après-midi, après leur sieste d'une petite heure, Duo a eu l'idée d'aller chercher Solo à son entraînement de basket et de passer le reste de l'après-midi avec lui, avec l'accord de Clara, ravie.
Solo Jr a lui aussi été ravi de la surprise.
Ils ont d'abord gagné le Bois, tous les trois, pour prendre leur goûter dans la cabane perchée que Solo, Trowa et Duo avaient construit, enfant.
Puis ils ont gagné le Parc où ils ont improvisé une partie de basket, demandé par Solo, jamais lassé de ce sport dans lequel son père excellait.
Mais Heero s'est avéré un adversaire de taille et à chaque fois, Solo Jr bondissait sur le dos de Duo ou Duo le soulevait dans ses bras pour pouvoir marquer les paniers, seul moyen de contourner le mur de glace représenté par Heero et ses deux bras interminables et infranchissables tendus devant eux.
- J'avais l'intention de vous laisser gagner, de toute façon.
- Hey ! Ça veut dire quoi, ça ?
- Que vous n'aviez aucune chance contre moi, dès le départ. Mais vous deviez avoir l'impression d'avoir arraché la victoire, ça n'aurait pas été méritoire, sinon !
- Et je dois te remercier, je suppose ?
- Je me suis excusé en te faisant un merveilleux massage et tu m'as remercié en m'en faisant un à ton tour, tout aussi divin. Nous sommes quittes.
- Mouais... Je suis trop fatigué pour tout analyser, mais j'ai l'impression que tu t'es joué de nous.
- Jamais, mon elfe.
- Bon, le principal, c'est que Solo Jr se soit amusé et je peux garantir que c'est le cas. T'as été génial, avec lui. Si j'étais pas déjà fou de toi, j'aurais craqué encore plus et je crois que ça a été le cas quand même, d'ailleurs !
- Tu m'en vois ravi... J'ai passé un très bon moment, moi aussi, tu sais. Il est adorable, drôle, intelligent et sensible... J'ai été véritablement impressionné et agréablement surpris.
- Je suis content que vous vous soyez si bien entendus. Il est souvent très réservé et intimidé, mais avec toi, il a tout de suite été à l'aise, tu l'as mis à l'aise.
- C'est aussi ce qu'il a fait, avec moi. Je ne sais pas si c'est parce qu'il est ton neveu et parce que j'ai senti votre lien très fort, mais je me suis senti réellement bien. Encore plus qu'à l'orphelinat, alors que j'avais déjà adoré passer du temps avec les enfants, surtout hier.
- C'est sûrement la partie de toi qui est moi qui s'est immédiatement senti proche de Solo Jr. Cela ne m'étonnerait pas.
- Moi non plus. Je revois et revis le moment où il a glissé sa main dans la mienne,... Ça a été très fort.
- Je l'ai remarqué, ça m'a profondément ému, moi aussi.
- Tu sais, ce serait bien...
- Oui ?
- Ce serait bien que Solo Jr puisse venir au cirque, vendredi, avec nous, mais ça me semble compliqué à organiser.
Duo réfléchit un moment, ses doigts continuant leurs douces caresses sur l'épaule nue d'Heero
- Pas tant que ça, honey et c'est une bonne idée. Il faudrait que Steven et Clara acceptent de lui faire manquer une journée d'école. Ensuite, après la représentation, nous pourrons le ramener, on se relayera sur les quatre heures de route. Peut-être même que mon père pourrait venir avec nous et comme ça, c'est lui qui le ramènerait ! C'est une très bonne idée, mon Heero ! T'es génial !
- Je sais...
- Hey !
- Mais tu l'es aussi, ajoute-t-il avant de l'attirer contre lui pour l'embrasser.
- Je préfère ça, fait remarquer Duo lorsqu'ils s'écartent très légèrement pour reprendre leur souffle.
- Ce que j'ai dit ou le baiser ?
- Les deux, répond-il contre ses lèvres.
Quelques longs baisers plus tard, Heero tend la main pour éteindre la lampe, ne laissant qu'une très faible bougie terminer de se consommer, diffusant sa lueur orangée et sa douce odeur de printemps.
Ce geste ne lui a pris que quelques secondes, mais lorsqu'il se recale mieux sous la couette, il remarque avec tendresse que Duo s'est déjà presque complètement endormi.
- Bonne nuit, mon ange, murmure-t-il en déposant un doux baiser appuyé sur son front.
- Bonne nuit, honey... répond Duo d'une toute petite voix, en se serrant plus fort contre lui.
Heero ferme les yeux et ne tarde pas à le rejoindre au pays des rêves, une main refermée sur une mèche de ses cheveux, l'autre posée tendrement au creux de ses reins, comme pour le garder près de lui.
.
A suivre...
.
Notes générales :
1) la Tarte de Bakewell (Bakewell tart) est constituée d'une délicieuse pâte sablée, puis d'une couche de confiture de fraise et pour terminer, d'une frangipane. Un glaçage est parfois posé par-dessus avec des fruits confits. C'est une spécialité du village de Bakewell dans le Derbyshire , un comté anglais. C'est plutôt calorique Ce qu'explique Duo à Heero est vrai, c'est la tradition locale qui nous le rapporte, elle a été inventée vers 1860 de manière aussi accidentelle que notre Tarte Tatin !
2) C'est l'équivalent de notre "croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer !"
3) Seyun ou Sa'yun, "la Ville aux Mille Palmiers", la capitale de l'Hadramaout, l'une des attractions majeures du Yémen du Sud. C'est une région très fertile qui offre le spectacle tout à fait étonnant d'une vallée verte entre des plateaux dénudés
4) Le Fellah est un travailleur agricole du Moyen-Orient, en Égypte et en Syrie en particulier. Pendant la période de diffusion de l'islam au Moyen-Orient, ce terme a été utilisé pour faire la distinction entre les Arabes venus de la péninsule arabique et les Égyptiens d'origine.
5) Sanaa : capitale du Yémen.
oOo
Notes de l'auteure :
Merci d'avoir lu ce chapitre, j'espère que vous avez passé un bon moment de lecture !
Comme annoncé précédemment, le prochain chapitre sera consacré à notre Quatre-chou XD et à Trowa. Le passage avec eux dans ce chapitre vous donne un petit aperçu de l'ambiance qui règnera dans le prochain.
J'espère que vous aimerez.
A dans une semaine ou un peu plus pour la suite. (ou avant pour ceux qui suivent mes autres fics !)
Bonne fin de semaine à tous et merci pour votre soutien !
Bises.
Lysa.
.
