Merci à Lily, AmbreOnyx et Ryhn de leur fidélité


CHAPITRE 33

Domicile de Benjamin Alscot

Il y eu un instant de silence tandis que les deux hommes compulsaient en silence les papiers qui étaient disséminés à droite et à gauche. On ne pouvait pas dire que l'architecte brillait pas son organisation dans le classement des documents !

- Tout de même, reprit soudain Mickaël.

- Oui ?

- Je n'arrive pas à croire que ce soit l'argent le mobile.

- Mikey, ne me dis pas que, depuis le temps que tu es au F.B.I., la vénalité des gens t'étonne encore. Tu sais très bien que certaines personnes sont capables de tout pour du fric.

- Quand même ! Imaginer que ce type a tué près de soixante-dix personnes pour… combien a-t-il pu récolter en fait ?

- Difficile à dire…

- Attends : ici il a tué huit personnes, neuf en comptant la grand-mère, et tout ça pour 250 000 dollars ?

A ces mots, un grand froid envahit Don. Il se retourna brusquement vers son ami tandis qu'une sueur glacée descendait le long de son échine.

- Comment ? Qu'est-ce que tu viens de dire ? souffla-t-il d'une voix rauque.

Mike le regarda, sans comprendre la raison de son bouleversement évident.

- Quoi, ce que je viens de dire ? Je n'arrive pas à imaginer qu'il ait pu tuer tant de gens pour…

- Non, après ça, les neuf personnes qui sont mortes pour…

- 250 000 dollars, oui. Et alors, où est le problème ?

- Le problème ?

Don reculait doucement, les yeux braqués sur son ami, ne voulant pas croire à ce qui arrivait.

- Le problème… c'est que je ne t'ai jamais dit ce montant.

- Quoi ? Mais si, bien sûr tu…

- Non Mickaël, non ! Je n'ai pas mentionné la somme versée par Ascot.

- Et bien c'est que je l'aurai vue ailleurs. Oui ! Je me souviens ! C'était sur le relevé de banque que m'a montré David hier : même qu'on s'était demandé à quoi correspondait ce virement. Sauf que nous, nous n'avions pas un petit génie pour nous permettre de comprendre.

- A quelle heure t'a-t-il montré ce relevé ?

- Don, tu peux me dire à quoi ça rime tout ça ? Ne me dis pas que tu crois que je trempe dans cette horreur !

Mike s'avançait vers lui et Don sortit soudain son arme, la braquant sur son ami :

- Non Mikey, tu ne bouges pas ! Réponds à ma question maintenant !

- Don, tu fais une grave erreur…

- Et bien, si je fais une erreur, je l'assumerai. Réponds Mike : à quelle heure as-tu vu ce relevé ?

- Don… Si tu crois que je regarde ma montre toutes les cinq minutes ! Attends… C'était au moment où on t'a tous fait notre rapport… Non, juste un peu après puisqu'il ne t'en a pas parlé à ce moment-là. Oui, c'est ça ! Après que tu sois parti rejoindre Charlie. Je ne sais pas moi, vers 18 h 00.

- Perdu Mike ! Le mouvement n'est apparu qu'aux alentours de 21 h 00 ! Tu n'as pas eu l'occasion de le voir !

- Don, arrête de dire n'importe quoi ! Baisse cette arme et discutons !

- Pas question Mikey ! Bon sang ! Pourquoi est-ce que je ne l'ai pas deviné avant ? Quoi de mieux que d'être celui qui mène l'enquête pour détourner les soupçons et éliminer les gêneurs ? Pour éviter de faire les rapprochements qui pourrait s'imposer du genre : à chaque fois de fortes sommes sont virées des comptes des victimes ? Mais pourquoi Mike, pourquoi ?

- Pourquoi ?

Soudain l'homme ne se donna plus la peine de nier. Il se redressa, un sourire cruel aux lèvres et Don vit alors se confirmer ses pires craintes, ce qu'il avait pressenti depuis sa conversation avec son frère, mais qu'il avait voulu à toutes forces nier, par fidélité à son passé, par amitié pour l'agent.

- Mais ton précieux petit frère te l'a dit Don. Pour le fric ! As-tu au moins la moindre idée de ce que j'ai amassé durant ces années ? Près de deux millions de dollars mon pote ! Plus d'argent que tu n'en verras jamais dans ta chienne de vie où, le mieux que tu aies à espérer, c'est une pension minable après avoir passé des années à courir après des malfrats bien mieux protégés que toi et ceci si tu ne termines pas au cimetière avant d'avoir droit à ta pension !

- Des gens sont morts Mike !

- Et alors ? Pourquoi auraient-ils eu le droit de vivre mieux que moi ? En quoi étaient-ils plus dignes que moi d'avoir de l'argent, d'être heureux ? Tu sais bien que ça a toujours été mon but : sortir de cette crasse dans laquelle j'ai été élevé. J'ai cru que le droit me le permettrait, je me suis trompé. Et puis il y a eu cette affaire, et là j'ai touché le jackpot !

- Evidemment Charlie avait raison : il y a eu un premier bomber.

- Evidemment, ton génial petit frère avait raison là encore ! Et oui, il y a bien eu un premier bomber. C'est lui qui m'a donné l'idée…

- Je présume que tu l'as identifié et éliminé…

- Bravo Don ! Je vois que tu sais aussi penser sans Charlie. Et oui, il ne m'a pas fallu trop longtemps pour l'identifier ce minable. Figure-toi qu'il faisait sauter ses cibles par idéalisme : pour lui elles contribuaient à la dégradation de notre planète. Il leur envoyait des avertissements puis passait aux actes. Ces idiots n'ont jamais cru devoir s'inquiéter des menaces. Bref, il m'a donné un schéma. J'ai repris son petit business en l'améliorant. Et moi, ce n'est pas la dégradation de notre planète qui me préoccupait.

Il fanfaronnait, heureux de pouvoir enfin se montrer sans masque, fier d'avoir ainsi, pendant des années, posé une énigme insoluble à l'une des meilleurs forces de police du monde.

- Tu es en état d'arrestation Mickaël.

- Il va falloir que tu me tires dessus si tu veux m'arrêter Don. Je n'ai pas l'intention d'aller moisir en prison en attendant l'injection létale. J'ai près de deux millions de dollars qui m'attendent dans une petite île paradisiaque et j'ai bien l'intention d'en profiter.

En disant ces mots, le traître s'avançait vers Don qui recula à nouveau, jusqu'à ce qu'il sente la balustrade de l'escalier derrière lui. Mickaël continuait à avancer et les deux hommes se trouvèrent face à face, de chaque côté de la rambarde, le grand escalier s'ouvrant entre eux deux.

- Alors, qu'est-ce que tu attends… Tire Don ! Fais ton devoir brave petit agent du F.B.I. !

- Mikey, je ne veux pas tirer sur toi.

La voix de Don était tremblante : il savait qu'il devait arrêter cet homme, coûte que coûte, mais il savait aussi qu'il ne pourrait jamais tirer sur son ami d'enfance.

- Pourtant il va falloir que tu le fasses si tu veux m'arrêter. Ou alors tu me laisses partir.

- Ca, c'est hors de question…

- D'accord, alors tire vieux parce que si c'était l'inverse, sois sûr que je ne te laisserais aucune chance !

L'homme s'était rapproché, insensiblement, et soudain son pied partit, fulgurant, venant heurter le poignet armé de Don qui poussa un cri de douleur tandis que son arme lui échappait et tombait sur le sol. Avant qu'il ait pu se baisser pour tenter de la rattraper, Mickaël avait reculé d'un pas et désormais c'était lui qui tenait l'agent au bout de son automatique.

- Ne bouge pas Don. Parce que, comme je te l'ai dit, moi je n'aurai pas tes scrupules.

- Tu vas tirer sur moi Mike ?

- Si tu m'y obliges je n'hésiterai pas Don. Alors ne bouge pas.

- Tu sais très bien que je n'ai pas le droit de te laisser filer Mikey.

- Je n'irai pas en prison Don. Personne ne m'y mettra, ni toi ni un autre. Mais je préfèrerais n'avoir pas à tirer sur toi, crois-moi.

- Et que crois-tu qu'il va arriver ? A l'heure qu'il est je suis sûr que mes agents sont sur ta piste. Charlie ne va pas tarder à découvrir le pot aux roses, s'il ne l'a pas déjà découvert d'ailleurs.

- Charlie hein ?

- Oui, Charlie.

- C'est drôle cette confiance que tu as en ton frère. Il y a vingt ans, c'est en moi que tu avais confiance.

- Il y a vingt ans j'étais un gamin idiot. Depuis j'ai appris à faire la part des choses.

- Alors il n'y a aucune chance pour que tu me laisses partir hein ?

- Aucune chance Mikey.

- Je ne te laisserai pas m'arrêter Don, jamais. J'ai mis assez d'argent de côté maintenant pour profiter de la vie et ni toi ni personne ne m'en empêchera.

- Même si tu me tues Mike, il y aura toujours quelqu'un à tes trousses. Tu ne t'en tireras pas.

- Sauf si je suis mort.

- Quoi ? De quoi tu parles ?

- J'avais un plan, depuis longtemps déjà. Lorsque le moment serait venu, je comptais être la dernière victime du bomber et ensuite, celui-ci aurait définitivement disparu. Toi et ton frère m'avez obligé à mettre ce plan en œuvre un peu plus tôt que prévu. Mais j'ai tout ce qu'il me faut finalement, alors il est temps.

- Et comment comptes-tu t'y prendre ? Mes hommes ne sont pas des amateurs tu sais.

- Je sais. J'ai pu en juger. Mais le temps qu'ils découvrent le pot aux roses, si jamais ils le découvrent d'ailleurs, je serai hors de leur portée, définitivement.

Mike se tut quelques instants, dans son regard il y avait comme une prière.

- Don… Tu peux me laisser partir : il n'y a que toi qui est au courant. Qui t'en voudra si je t'échappe ?

- Dans tes rêves Mike.

- Mais pourquoi ? Nous sommes amis…

- Non Mikey. Nous étions amis, lorsque nous étions gosses. Mais tu as choisi la mauvaise voie et moi, maintenant, je dois t'arrêter. Tu as tué plus de soixante personnes Mike ! Et tu as tenté de tuer mon petit frère !

- Voilà donc la vraie raison hein ? Que j'ai tué soixante ou cinq cents personnes t'importerait peu en fait ! Tout ce qui compte à tes yeux, c'est que ton cher petit frère a failli y laisser sa peau ! Si j'avais su qu'il te mettrait sur la piste, je l'aurais éliminé bien plus tôt. J'ai eu tort : je ne t'ai pas cru quand tu m'as dit combien il était doué, je n'ai pas pensé qu'il représentait un danger. Don ! Qu'est-ce qu'il est pour que tu risques ta vie pour lui ?

- Il est mon frère Mike. Et jamais personne ne pourra s'en prendre à lui sans me trouver sur son chemin. Je pensais que, depuis le temps, tu le savais mieux que personne.

- Alors c'est ça… Tu as choisi son camp.

- Je n'ai choisi aucun autre camp que celui de la justice. Et toi, tu as choisi le camp adverse. Et c'est pour cela que je ne peux pas te laisser partir, que je ne dois pas te laisser partir.

En disant ces mots, profitant d'un moment où l'homme avait abaissé son arme, saisissant l'opportunité, Don se précipita sur son ex-ami. Mais il avait sous-estimé les réflexes de celui-ci. Avant qu'il ne l'ait atteint, Michael releva son arme et fit feu. Don sentit une brûlure intense au niveau du bras gauche, juste à la lisière de l'épaule. Il y porta la main. Dans le même temps, déséquilibré par le choc, il plongea dans l'escalier sans pouvoir se retenir. Un cri lui échappa lorsque son dos entra violemment en contact avec la première marche. Il tenta vainement de se raccrocher mais ne put que continuer à dévaler les marches, ressentant douloureusement dans le corps chaque choc contre le carrelage. Une douleur fulgurante traversa son genou, lui arrachant un nouveau cri. Et puis soudain la chute cessa. Il se retrouva au pied de l'escalier, étourdi, endolori, tentant tant bien que mal de remettre ses idées en ordre. Deux pieds entrant dans son champ de vision attirèrent soudain son attention. Incapable de se défendre, il leva les yeux vers Mickael qui se tenait au-dessus de lui, l'arme pointée dans sa direction. Il tendit la main vers lui, comme pour empêcher le mouvement qu'il pressentait, comme pour se défendre, geste dérisoire face à une arme.

- Désolé Don, tu n'aurais pas dû vouloir m'arrêter.

Comme dans un brouillard il vit l'agent prendre son arme par le canon et se pencher sur lui. Il eut l'impression que sa tête explosait au moment où la crosse de l'automatique entra en contact avec son occiput, puis la nuit l'envahit.

(à suivre)