Kate
Alors que tout était prêt mon téléphone émit un bip m'informant d'un nouveau message ; je fus presque déçue que ça ne soit pas lui, même s'il n'était certainement pas encore arrivé chez lui. C'était Lanie qui aurait quelques minutes de retard. En attendant, ne sachant pas trop comment m'occuper je faisais à nouveau marcher ma machine à café qui était un élément central dans ma vie. Une fois le nectar écoulé je m'asseyais sur le tabouret devant la cuisine et savourais mon précieux liquide. Je me laissais à nouveau absorber par mes pensées, me demandant encore avant l'arrivée imminente de Lanie si je devais lui faire part des avancements de ma relation avec writer-man. Je décidais de ne pas me triturer la tête comme j'en avais l'habitude, après tout on ne négociait la trêve d'une guerre civile, il s'agissait juste de ma vie sentimentale. Même si cette relation avait un statut particulier. Comme je lui avais dit tout à l'heure, je ne voulais pas que ça ne marche pas entre nous et je me connaissais assez bien pour savoir que j'étais entièrement capable de faire des choses stupides seulement parce que j'avais peur. Je retenais l'idée de voir comment la soirée allait se passer. Chose évidente si le radar Lanie était en forme je n'arriverai pas à cacher ma relation longtemps.
La sonnerie de l'interphone retentit, m'arrachant à mon dilemme, place à la soirée filles. J'ouvrais la porte et attendais mon amie sur le seuil. Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent et Lanie s'avança dans le couloir. Je la saluais avant de la laisser entrer dans l'appartement. Nous nous dirigeâmes vers la cuisine où elle entreposa son paquet sur la paillasse.
- J'espère que tu n'as rien contre le mexicain me dit-elle.
- Oh Lanie tu sais bien que je mange tout.
- Oui ainsi que ton appétit est impressionnant et que tu as toujours une taille de guêpe, ce qui soit dit en passant est
plutôt agaçant pour les « filles normales » ; mais vu que tu es mon amie je ne t'en tiendrai pas rigueur.
Alors qu'elle commentait mon appétit je souriais en pensant qu'il impressionnait également mon nouveau partenaire.
- C'est sympa à toi. Tu veux quelque chose à boire ?
- Oui qu'as-tu ?
- J'ai ouvert une bouteille de vin, mais j'ai de la bière ou d'autres boissons non alcoolisées.
- Du vin c'est parfait.
- Va t'asseoir je nous apporte ça.
- Kate ?
- Oui Lanie.
- Tu me sembles particulièrement en beauté, tu as changé quelque chose ?
- Euh non, mes cheveux ; je les ai relevés tout à l'heure.
- Peut être, je n'arrive pas à mettre le doigt dessus mais tu rayonnes ma belle.
- Merci.
Je savais tout à fait en moi ce qui avait changé, j'étais épanouie. M'autorisant à démarrer une relation avec Richard avait mis fin à un débat intérieur qui avait commencé très vite après le début de mon partenariat avec lui.
- Alors ta journée, vous avez avancé sur l'enquête de Sarah Pit ?
- A vrai dire j'ai pris un jour de repos aujourd'hui.
Là elle me mit la main sur le front en me disant :
- Tu étais malade ?
- Non j'avais juste envie de prendre une journée et ça m'a fait un bien fou.
Un sourire que je devinais ridicule s'étirait sur mes lèvres.
- Et alors qu'as-tu fait ?
- Je suis allée à Jamaica Bay au magasin de moto, j'ai pris un café avec Tristan et puis un tour dans Central Park.
- Et tu as pris l'air en plus, toi qui es d'habitude si casanière. Je ne sais pas ce que tu as exactement mais ça te réussis plutôt.
- Et toi ta journée ?
- Boulot, boulot. J'avais beaucoup de papiers en retard donc j'ai passé mon temps à faire de la paperasse, très captivant en somme.
Pendant que nous discutions j'avais sorti de quoi prendre l'apéritif et nous allâmes au salon ensemble. Nous trinquâmes à notre amitié lorsque mon téléphone sonna. Cette fois-ci le message était de lui « Bien rentré. La maison est vide, je vais avoir le temps d'écrire. Bonne soirée avec Lanie et merci pour cette magnifique journée. » Je me faisais violence morale pour ne pas suréagir à la lecture du message et également pour ne pas me précipiter pour lui répondre ; sinon les cachettes seraient finies. Je le reposais donc comme si de rien était. J'étais désolée qu'il se retrouve seul ce soir, mais il avait du travail avec Nikki donc je pense qu'il s'en contenterait. Et puis nous ne pouvions pas non plus être ensemble tous les soirs.
- Kate j'ai quelque chose à t'avouer.
- Oui.
- Je t'ai menti quand je t'ai parlé de mon petit ami.
- Qui Javier ?
- Mais comment le sais-tu ?
- Je suis détective je te rappelle, Javier est mon collègue et ami, quant à toi tu es ma meilleure amie ; il me semble normal que j'ai compris. A propos on a tous deviné dès la première semaine !
- Bon mon effet de surprise est raté. La surprise est plutôt pour moi.
- Alors tu es heureuse ?
- Oui, il est vraiment bien.
- Donc demain je vais pouvoir lui dire que s'il te fait souffrir je lui mets une balle entre les deux yeux ?
- Ne lui dis pas ça devant Castle il nous ferait une crise de jalousie car c'est pour lui d'habitude cette phrase.
- C'est vrai que je l'ai pas mal utilisé sur lui fis-je en souriant.
- A propos il va bien writer-boy ?
- Writer-man Lanie.
Définitivement « man » me disais-je intérieurement ; seulement mes mots avaient pu me trahir auprès de mon amie.
- Et pour répondre à ta question il va bien. J'ai dîné chez les Castle hier soir.
- Intéressant, est-ce que ça explique pourquoi tu insistes sur le « man » ou que tu n'aies pas répondu à mes appels/messages ?
- J'avais juste oublié mon téléphone dans ma veste.
- Alors ce dîner ? aux chandelles, ambiance romantique ?
- Avec sa mère et sa fille, désolée de te décevoir. Mais très sympathique.
- Et il ne s'est rien passé de plus personnel ?
Alors que j'hésitais encore mon téléphone se mit à sonner « sauvée par le gong » pensais-je. L'identité de l'appelant m'interpela, c'était Alexis.
- Tu m'excuseras Lanie, mais je dois répondre.
- Pas de problème.
Je m'éloignais quelque peu.
- Alexis ?
- Kate…
Le son de sa voix m'inquiéta tout de suite. A la tonalité je comprenais qu'elle était en larmes. Dans ma tête les idées fusaient. J'essayais cependant de ne pas lui faire ressentir mon état.
- Ma chérie que se passe-t-il ?
- Kate, tu te souviens la discussion qu'on a eue l'autre soir ?
- Oui, oui.
A l'autre bout j'entendis des sanglots, ils me fendaient le cœur.
- J'étais avec Ashley et je lui ai dit que j'étais prête. On a commencé mais finalement j'ai eu peur et lui ne voulait pas arrêter.
La pauvre adolescente, Ashley n'était pas un garçon méchant à ma connaissance mais malheureusement il avait eu ce comportement.
- Il ne t'a pas forcé ?
- Je l'ai repoussé assez fortement pour pouvoir m'échapper, j'ai couru, je suis sortie de chez lui ; je suis allée le plus loin possible. Je ne savais pas quoi faire, alors je t'ai appelé. Je ne veux pas que papa sache ça.
- Tu as bien fait de m'appeler et effectivement je pense qu'il est bon que ton père ne soit pas aux faits de ceci, du moins pas maintenant. Où es-tu ?
- Je ne savais pas où aller alors j'ai pris un taxi et je suis à côté du commissariat, chez Remy's.
- Ok très bien. Alors tu ne bouges surtout pas, je viens te chercher ; je suis là dans une quinzaine de minutes. Tu m'as bien entendu ?
- Oui merci Kate, mais je ne veux pas te déranger.
- Tu es ma priorité Alexis.
- Merci Kate.
Sa voix était légèrement plus calme, bien qu'encore tremblante.
- Je me mets en route et j'arrive tout de suite. Pour l'instant ne préviens pas ton père, il risquerait de s'inquiéter en entendant ta voix. Tu vas venir chez moi et on l'appellera. Allez je te laisse et n'oublie pas j'arrive le plus vite possible.
- Je reste là Kate. A tout de suite.
Je raccrochais, j'avais le cœur retourné et étais en état de choc. Lanie vit très bien que ça n'allait pas.
- Lanie il faut que j'aille chez Remy's, Alexis a eu des soucis et je dois aller la chercher.
- Oui j'ai cru comprendre que s'est il passé ?
- Elle voulait passer à l'acte avec son petit ami, ayant peur elle a souhaité se rétracter et il n'a pas voulu.
- Le s….
- Je sais que c'est un gentil garçon mais la je lui en mettrai bien une.
- Tu vas appeler Castle ?
- Non pas pour le moment, il serait capable de faire une bêtise s'il savait et là Alexis n'a vraiment pas besoin de ça.
- La pauvre enfant. Tu veux qu'on y aille ensemble ?
- Non c'est bon. Tu n'as qu'à m'attendre là, désolée pour notre soirée. Mais si ça ne te dérange je pense qu'on ne saura pas trop de deux pour nous en occuper.
- Aucun problème. Je vais aller chercher à manger pour une personne de plus.
- Non tiens appelle-les et qu'ils livrent ici.
Je sortais de l'argent de mon portefeuille et lui donnais.
- Bon je me prépare et je file, elle m'attend. J'irai plus vite en moto.
- Oui vas-y.
Je filais dans ma chambre récupérer ma veste, mes gants. Je sortais mon deuxième casque pour Alexis et récupérais le mien resté dans le salon. Trois minutes plus tard j'étais prête.
- A tout de suite Lanie.
- A toute ma belle, fais attention sur la route tout de même.
- Promis.
Je voyais très bien de quoi elle voulait parler, je n'avais qu'une envie c'était de foncer pour vite retrouver l'adolescente en détresse. Je ne savais pas quel sentiment m'habitait exactement, mais ce coup de fil avait éveillé un instinct de protection plutôt intense. Me pressant dans le couloir, j'appelais l'ascenseur et descendait aux sous-sols. Le plus rapidement possible, je préparais la moto amarrant le second casque à l'arrière à l'aide d'un filet de protection. Je mettais mon casque et mes gants et démarrais. Une fois sortie du garage je faisais parler la vitesse de mon bolide et prenais la direction de chez Remy's. En dépit des conseils de vigilance routière de la part de Lanie, je n'étais pas complètement respectueuse des vitesses, mais c'était un cas de force majeure. Dix minutes plus tard j'étais arrivée. Je descendais de ma moto et enlevais mon casque en marchant. Je rentrais dans le restaurant et repérais immédiatement la table où Alexis attendait. Je l'appelais doucement :
- Alexis.
Elle avait le regard littéralement vide et était plongée dans des pensées que je devinais difficile. Je m'asseyais à côté d'elle et la prit dans mes bras, la serrant. Pour l'instant elle n'était pas prête à parler, je devais la rassurer avant. Elle laissa de nouveau couler des larmes pendant qu'elle avait la tête contre mon épaule. Je lui caressais les cheveux et essayais de l'apaiser. Elle était toujours en état de choc, je ne voulais pas faire la conversation à sa place. Beaucoup trop de personnes avaient fait cela à mon égard au moment du décès de ma mère, or nul ne pouvait qualifier ce genre de sentiments. Elle devait les exprimer d'elle-même. Ses pleurs cessaient, mais sa respiration était encore chaotique. Elle se détacha de mon étreinte et me dit :
- Est-ce qu'on pourrait partir, j'ai l'impression de me donner en spectacle.
- Oui on y va tout de suite.
Avant de sortir, j'allais au comptoir régler le chocolat chaud qu'elle avait pris et je la rejoignis à sa table. Nous sortîmes du restaurant, je l'enserrai de mes bras. Nous arrivions devant ma moto.
- J'aurai aimé que ça soit dans d'autres circonstances me dit-elle.
- On fera d'autres ballades je te le promets Alexis, mais là c'était pour arriver au plus vite.
- Merci Kate.
- De rien.
Je détachais le second casque et sortais de ma veste la seconde paire de gants, je l'équipais. Je montais et lui disais de me rejoindre. Elle se cala derrière moi. J'avais la visière relevée pour pouvoir lui parler. Avant de démarrer je lui donnais des consignes, de me tenir d'une main et de se stabiliser de l'autre à l'arrière, elle pouvait se tenir, je lui indiquais la prise. Elle serait ainsi plus stable.
- C'est bon ? lui demandais-je.
- Oui.
Je mettais le contact et démarrais, au bruit du moteur elle lâcha un « waouh ». Je lui souriais et lui dis « on y va, accroche toi bien. Si tu as peur fais moi signe ok ? ». Elle acquiesça d'un signe de tête. J'avançais doucement dans un premier temps. Au premier feu rouge je lui demandais si ça allait, elle opinait une nouvelle fois le chef. Je m'autorisais donc à accélérer légèrement. Le trajet se passa sans encombre, Alexis se laissait porter par mes mouvements et avait l'attitude parfaite. Je me garais et nous descendîmes. Lorsqu'elle ôta le casque je vis qu'elle souriait.
- C'est normal que j'ai l'impression de m'être vidé la tête ?
- Oui c'est l'adrénaline, ça me fait ça aussi.
- Alors merci d'avoir pris ta moto.
Je souriais ; elle était encore secouée par les évènements, mais visiblement notre ride lui avait au moins permis de se décaper la tête. Je rangeais donc ma moto et nous rejoignîmes mon appartement. Alexis remarqua la présence de Lanie et s'excusa.
- Docteur Parish, je ne savais pas que vous étiez là. Je suis désolée je vais rentrer chez moi.
- Pas question tu restes avec nous et puis appelle-moi Lanie s'il te plait.
Avant même qu'Alexis ne réponde, Lanie l'étreignait. Au douzième nous étions comme une famille, et je m'aperçus que Castle avait définitivement été adopté. Je me défaisais de mon équipement avant de proposer quelque chose à boire à Alexis.
- Alexis tu as soif ?
- Oui.
- Un jus de fruit ça te va ?
- Parfaitement.
Je lui servais et lui apportais. Je regardais l'heure il était déjà 21h. Il fallait qu'elle prévienne Rick .
- Alexis ma chérie il faudrait que tu informes ton père.
- Kate est-ce que ça t'ennuie de l'appeler ? Je ne me sens pas capable.
- Non aucun problème.
Je prenais mon téléphone et allais dans ma chambre pour être plus tranquille. Une fois isolée j'appelais sur la touche 2 appelant directement l'écrivain. Je ne dus attendre que deux sonneries pour qu'il décroche.
- Que puis-je pour la belle Kate Beckett ? Je te manque déjà avoue ?
Son ton était enjoué, évidemment il était loin d'avoir conscience de la situation et je ne devais rien faire qui lui mette la puce à l'oreille.
- Oui tu me manques déjà, mais ce n'est pas la raison de mon appel. Rick, Alexis est chez moi elle va passer la soirée avec nous.
- Alexis chez toi ? Mais elle était censée être chez une amie.
Dans ma tête je comprenais qu'il ignorait qu'elle devait être chez son petit ami Ashley.
- Son amie était malade, elle a un peu le cafard. Une histoire de filles donc elle m'a appelé.
- Ah.
- Rick ça va ?
- C'est juste que je n'aime pas savoir que mon trésor n'est pas bien.
- Ne t'en fais pas, Lanie et moi on va s'occuper d'elle. Je pense qu'elle va passer la nuit ici et je te la ramène demain matin. Tu es d'accord avec ça ?
- Fais ce qui te semble le mieux. Tu veux que je vienne ?
- C'est mieux que tu restes chez toi.
- Bon très bien.
J'entendais à sa voix qu'il se résignait mais il ne dit rien.
- Et ton écriture ça va ?
- Oui j'ai déjà terminé deux chapitres.
- Waouh c'est super ça.
- Que veux-tu la vraie Nikki m'inspire beaucoup ces derniers temps…
Je rigolais, j'avais bien fait de le lancer sur une autre conversation afin de ne pas trop traîner sur le sujet Alexis. Je n'aimais pas mentir et encore moins à lui, mais là c'était pour leur bien à tous les deux. Je ne donnais pas cher de la vie d'Ashley si Rick apprenait les évènements de ce soir. Or, Alexis n'avait pas besoin d'avoir un père en prison.
- Alors continue sur cette voie et pas trop de sexe entre Rook et Nikki, ok ?
- Pourquoi tu es jalouse ?
- Oui parce que je n'en aurai pas cette nuit.
- Kate tu es n'es jamais satisfaite…
- Je te l'ai déjà dit on a trois ans à rattraper.
- Ne commence pas à m'attirer sur ce terrain là. Bon promis Rook et Nikki seront sages ce soir.
- Bien. Bon je vais te laisser et retrouver les filles. Travaille bien. Bonne nuit.
- Bonne nuit détective et merci de prendre soin de ma fille.
- Toujours.
Je raccrochais. L'étape coup de fil était passée et j'en étais plutôt contente. Une fois de plus ma sincérité n'avait pas été totale mais il en était mieux ainsi. Je redescendais dans le salon et retrouvais Lanie et Alexis dans le canapé ; Lanie tenait la petite dans ses bras et lui parlait doucement.
- Je ne sais pas vous les filles mais je suis affamée dis-je.
- Je n'ai pas très faim fit Alexis, mais allez-y mangez.
Je m'approchais d'elle et me mettais à genoux, remettais une mèche de cheveux derrière ses oreilles et lui dis :
- Il faut que tu manges, même si pas beaucoup.
- Ne t'en fais pas, si tu ne finis pas Kate et son grand appétit finiront, dit Lanie.
Cette remarque eut le mérite de nous faire rire toutes les trois.
- Je peux toujours partager avec toi Lanie.
- Contrairement à toi je ne peux pas manger comme quatre.
- Bon je vais mettre tout ça à réchauffer.
- Kate tu as eu papa ?
- Oui, ne t'en fais pas. Je lui ai dit que tu passais la soirée avec Lanie et moi et que je te ramenais demain matin au loft.
- Il n'a pas posé trop de questions ?
- Si mais je l'ai fait taire !
Je faisais un clin d'œil à la jeune fille qui souri. Lanie eut un petit rire également. Quelques minutes plus tard et nos plats étaient chauds. J'indiquais aux filles la table dans la salle à manger afin que nous soyons plus confortables. J'apportais tout le nécessaire pour le dîner.
- Merci Lanie, merci Kate fit Alexis.
- De rien Alexis dit Lanie.
- De rien ma puce. Je suis contente que tu m'aies appelé.
- Je ne pensais vraiment pas qu'Ashley pourrait se comporter ainsi, finit-elle par dire.
- Que vas-tu faire ? lui demandais-je.
- Je ne sais pas : à la fois j'aimerai ne plus jamais le voir, mais je l'aime tellement. Est-ce que je dois lui pardonner ?
- Ca c'est à toi d'en juger intervint Lanie. Ce qui est certain c'est que tu dois en parler avec lui ; lui faire comprendre que son comportement n'était vraiment pas intelligent et qu'il t'a fait du mal. Et après tu es la seule juge de la situation. A la rigueur si tu as besoin qu'on le liquide Kate et moi on peut s'en occuper !
Je souriais à cette remarque et Alexis rigola.
- Est-ce que les garçons sont toujours aussi stupides quand il s'agit de ça ?
- Je pense parfois qu'ils manquent un peu de maturité ; mais tu ne dois pas généraliser et je suis persuadée qu'Ashley va se rendre compte de son erreur, dis-je.
- Il a plutôt intérêt sinon il dégage fit Alexis.
Cela me faisait bizarre d'entendre l'adolescente s'exprimer ainsi, ce n'était pas réellement dans ses habitudes. Mais il fallait qu'elle laisse aller
- Alexis si tu veux parler de ce qu'il s'est passé tu sais tu peux.
- Non merci Kate, en tout cas pas là. J'ai agi assez rapidement pour ne pas être mal. Je crois que c'est surtout un gros choc spirituel, car je pensais le connaître, je le pensais respectueux et il s'est comporté comme un raté.
Intérieurement j'étais impressionnée une nouvelle fois par la maturité de cette jeune femme. Et je vis que Lanie était dans le même état. Finalement Alexis finit son assiette ; je la resservais en jus de fruit et je remplissais à nouveau nos verres de vin. Nous parlâmes de ses projets universitaires et futurs, essayant qu'elle se détende un peu plus. Elle commença à bailler, mais faisait son maximum pour le cacher. Cependant je l'avais vu.
- Alexis tu devrais aller te mettre au lit. La journée a été dure. Viens je vais te montrer ma chambre.
- Non Kate je ne vais pas dormir dans ta chambre.
- Oh que si.
- Bon je ne vais pas insister, vu ce que tu dis papa.
- Que dit-il ? demandais-je curieuse.
- Juste qu'il vaut mieux éviter de te contredire, si on tient à la vie.
- C'est bien au bout de trois ans ça commence à rentrer ! dis-je amusée.
- Bon allez viens avec moi, tu vas aller au lit.
- Ok. Merci encore Lanie.
- De rien. Bonne nuit Alexis.
Et elle serra la jeune fille dans ses bras, lui déposant un baiser sur le front. Je montais ensuite dans ma chambre avec elle. Je lui donnais une de mes chemises et un short pour qu'elle puisse dormir et allais lui montrer la salle de bains.
- Tu veux peut être prendre une douche ?
- Je ne voudrais pas abuser, mais ça ne serait pas de refus.
- Tu n'abuses pas, tiens prends cette serviette et fais comme chez toi.
- Merci.
Je la laissais dans la salle de bains et rejoignais ma chambre. Pensant aux activités de cet après midi dans mon lit, je jugeais bon de changer les draps. Celui-ci fait j'attendais Alexis sur le bord du lit. Elle ne tarda pas à sortir de la salle de bain.
- Ca va un peu mieux ?
- Oui, grâce à Lanie et toi. Mais je crois que j'ai besoin de dormir maintenant.
- Vas-y mets toi au lit et je te rejoins quand Lanie est partie, ok ?
- Ok.
Elle se glissa sous les draps et je les remontais sur elle.
- Tu n'as pas trop froid ?
- Non ça va, merci.
- Bon maintenant repose-toi, dors.
Je lui faisais un nouveau câlin et sa main vint dans mon dos. Je l'embrassais sur le haut de la tête avant de sortir de la chambre. Je retrouvais Lanie en bas, elle avait tout rangé.
- Lanie tu n'aurais pas du.
- Ma belle, c'est normal. Tu t'es occupé d'elle, donc vu que je n'avais rien à faire.
- Bien merci. Et merci d'être restée avec moi, je suis certaine que tu l'as aidé.
- Je ne sais pas mais quelle adolescente mature. Tu es certaine que Castle est le père ? dit-elle en rigolant.
- Oui tu sais Castle n'est pas juste cet enfant-adulte coureur de jupons qu'il montre au grand public, notamment quand il s'agit de sa fille. Après toutes ces années je crois avoir compris que c'est une carapace, pour cacher sa vraie nature.
- Oula girl, je t'ai rarement entendue si flatteuse à l'égard de ton partenaire. Que nous vaut ce changement ?
- Peut être le fait que j'ai appris à le connaître.
- Bon un soir moins émotionnel il faudra que tu m'en dises un peu plus sur l'évolution de ta relation avec writer-man.
Car la dernière fois que je t'ai vu tu étais prête à envisager quelque chose avec lui. Pour le moment ce que je vois c'est que tu es heureuse et semble plus équilibrée ; et c'est ce qui compte pour moi.
- Tu es une vraie amie Lanie.
- Tu en doutais ?
- Non, mais parfois c'est bien de dire les choses.
- Bon Kate, je pense que je vais te laisser. Non pas qu'il soit tard mais il vaut mieux que tu ailles avec Alexis.
- Tu n'as pas tord. Merci.
- En tout cas tu as été superbe avec elle.
- Toi aussi.
- Bye ma belle.
- Bye Lanie.
Je la raccompagnais jusqu'à la porte. Je prenais mon portable et envoyais un message texte à Rick pour le rassurer : « Alexis est au lit, je vais moi aussi me coucher. Et toi ? Je te dis à demain matin, tu nous fais le petit déjeuner ? ». La réponse ne se fit pas attendre « Merci de t'occuper d'elle. J'écris toujours, Rook et Nikki sont très sages, ils travaillent. Ok pour le petit déjeuner. Des crêpes ça te va ? Dis à ma fille que je l'aime si elle ne dort pas. Fais de beaux rêves. Rick. », je tapais rapidement une réponse « Parfait pour les crêpes, j'ai hâte d'être à demain. Je lui dirai. Bonne nuit. Kate. » Alors que je gravissais les marches me menant à ma chambre un nouveau message arriva « Juste une question tu as hâte pour les crêpes ou de me revoir ? » ; je souriais et répondais « Les deux ». Son dernier message arriva quelques secondes après et se composait d'un personnage visiblement très heureux. J'allais dans la salle de bain me changer pour la nuit, je pensais Alexis endormie. Je me faisais donc la plus discrète pour entrer dans le lit, mais finalement elle me parla.
- Kate…merci vraiment.
- Je t'ai dit ce n'est rien. Au fait ton père m'a demandé de te dire qu'il t'aimait.
- Je l'aime aussi. Ca me rend mal à l'aise de lui mentir tu sais.
- Oui moi aussi je n'ai pas aimé. Mais pour tout le monde je pense que c'était préférable.
Elle bailla à nouveau, je l'embrassais pour lui dire bonne nuit. Je la sentais interrogative.
- Tu veux me demander quelque chose ?
- Je peux m'appuyer contre toi ?
- Mais bien sûr.
Je passais un bras dans son dos pour qu'elle puisse s'installer confortablement. J'éteignais ensuite la lumière. Je veillais encore un certain temps, n'étant pas habituée à me coucher aussi tôt. Alexis s'était endormie, sa respiration était régulière. Je me mettais à penser pour la première fois de ma vie que j'aimerai être mère. Chose possible maintenant que j'avais trouvé le père idéal. Je m'endormis sur cette pensée tellement contraire au personnage que j'avais bâti, mais si cohérente à la femme qu'un certain Rick Castle avait su faire naître.
Richard
Je faisais la route entre l'appartement de Kate et le mien. Au passage vu l'heure je m'arrêtais chez un traiteur pour thaï pour ramener à dîner à la maison. Dans ma tête je ressassais ma journée avec Kate qui avait été merveilleuse. J'avais eu du mal à quitter, elle s'était une fois de plus montrée dans toute sa fragilité et cela me donnait toujours envie de rester avec elle, la conforter, lui dire que j'étais là. Mais je me consolais en pensant qu'elle serait avec Lanie ce soir et qu'elle allait certainement passer un bon moment. Trente minutes après mon départ de chez Kate j'arrivais au loft qui me sembla étrangement vide. Je posais mes achats de la journée dans le salon et allais vers la cuisine. Sur le bar deux mots m'attendaient : un premier de ma fille qui m'informait qu'elle était chez Paige pour la soirée et l'autre de mère qui avait eu des plans à la dernière minute pour sortir. J'étais donc seul ce soir. Avant de dîner j'envoyais un message texte à Kate pour l'informer que j'étais bien rendu. Je l'aurai bien appelé mais je ne voulais pas la déranger dans sa soirée.
J'allais faire quelque chose que je n'avais pas beaucoup fait ces derniers temps, manger en écrivant. L'écriture me manquait, pourtant j'avais écrit il y a quelques jours, mais c'était un besoin. Je devais m'avouer que c'est la première fois que je ressentais un besoin si intense, et je le reliais avec ma nouvelle relation avec Kate Beckett. Ces derniers jours avaient été d'une intensité rare. Je montais donc dans mon bureau avec mon repas et allumais mon ordinateur. Pour accompagner ma soirée/nuit d'inspiration je me servais un whisky. Comme l'autre soir après sa visite chez moi, mes doigts glissèrent sur le clavier et effleuraient les touches à une rapidité affolante. Je ne voyais même plus le curseur attendant d'habitude les mots, tellement ceux-ci me venaient naturellement. Mon écriture ce soir était frénétique. Le fait que je me sois lavé chez Kate avait laissé des traces de cerise et cela m'enivrait complètement. C'était presque comme si elle était avec moi, rendant l'écriture encore plus magique. Je faisais une légère pause, finissant mon repas et me remettais à lire les pages que je venais d'écrire. J'étais assez content de moi. Alors que j'étais sur la fin de mon précédent chapitre mon téléphone se mit à vibrer sur la table. Je décrochais au plus vite en voyant qui m'appelait bien qu'étant surpris qu'elle m'appelle alors qu'elle était avec Lanie.
- Que puis-je pour la belle Kate Beckett ? Je te manque déjà avoue ?
J'avais une chance sur deux de me faire torpiller par la belle avec cette remarque mais tant pis.
- Oui tu me manques déjà, mais ce n'est pas la raison de mon appel. Rick, Alexis est chez moi elle va passer la soirée avec nous.
J'avais entendu un sourire dans sa voix, mais la seconde partie de sa phrase m'alertait trop pour jouer les amoureux niais.
- Alexis chez toi ? Mais elle était censée être chez une amie.
- Son amie était malade, elle a un peu le cafard. Une histoire de filles donc elle m'a appelé.
- Ah.
- Rick ça va ?
- C'est juste que je n'aime pas savoir que mon trésor n'est pas bien.
Et c'était vrai. Bien que j'étais ravi que ma fille se sente en confiance avec Kate je n'aimais pas être absent lors de ses chagrins.
- Ne t'en fais pas, Lanie et moi on va s'occuper d'elle. Je pense qu'elle va passer la nuit ici et je te la ramène demain matin. Tu es d'accord avec ça ?
- Fais ce qui te semble le mieux. Tu veux que je vienne ?
- C'est mieux que tu restes chez toi.
- Bon très bien.
Je me résignais un peu contraint et forcé. Mais j'avais une confiance aveugle en elle et si elle me disait qu'il était préférable qu'Alexis reste là bas, je devais la croire.
- Et ton écriture ça va ?
- Oui j'ai déjà terminé deux chapitres.
- Waouh c'est super ça.
- Que veux-tu la vraie Nikki m'inspire beaucoup ces derniers temps…
- Alors continue sur cette voie et pas trop de sexe entre Rook et Nikki, ok ?
- Pourquoi tu es jalouse ?
- Oui parce que je n'en aurai pas cette nuit.
- Kate tu n'es jamais satisfaite…
- Je te l'ai déjà dit on a trois ans à rattraper.
- Ne commence pas à m'attirer sur ce terrain là. Bon promis Rook et Nikki seront sages ce soir.
- Bien. Bon je vais te laisser et retrouver les filles. Travaille bien. Bonne nuit.
- Bonne nuit détective et merci de prendre soin de ma fille.
- Toujours.
J'étais inquiet pour ma fille, mais je la savais entre de bonnes mains. Kate n'était pas sa mère biologique, mais elle se comportait tout comme. Je buvais une nouvelle gorgée de whisky laissant le liquide s'écouler et me réchauffer. Cette histoire avec Alexis m'angoissait. Kate avait parlé d'un problème de filles ils pouvaient être nombreux. Chose sûre il serait bien pris en main par Lanie et ma compagne, mais je m'interrogeais. Je contemplais mon écran le regard dans le vide, il s'était mis en veille depuis et le message « Tu devrais être en train d'écrire », œuvre de ma fille défilait dans toutes les couleurs.
Autant j'avais écrit sans relâche jusqu'au coup de fil, là j'avais un véritable coup d'arrêt. Je m'enfonçais dans mon fauteuil et laissais ma tête aller à l'arrière, essayant de décompresser et de me recentrer sur autre chose. Je me connaissais trop pour savoir que j'étais capable de rester focalisé là-dessus, d'imaginer tous les scénarios possibles et imaginables une torture psychologique en somme. Pour pallier à ceci, je fonçais dans ma chambre et allais prendre une douche glacée. Une fois n'était pas coutume, la température de la douche n'était pas liée à un incendie criminel made by Kate Beckett mais par l'inquiétude que j'avais pour ma fille. La douche eut l'effet attendu. J'en profitais pour passer une tenue plus appropriée à l'intérieur : un pantalon en lin beige et un polo à manches longues noir. Je me passais la main dans les cheveux et frictionnais ma tête. Dans le miroir je constatais que je ne m'étais toujours pas rasé. Elle n'avait pas fait de commentaires, peut être appréciait-elle mon look baroudeur-mauvais garçon. Un sourire réapparut sur mon visage en pensant à ça.
Je retournais à mon bureau et me servais un nouveau verre de liquide ambré et réactivais mon écran en effleurant la souris. Une fois assis je buvais une nouvelle gorgée et étirant mes mains, je les laissais à nouveau jouer sur le clavier. L'écriture me permit cette fois de m'évader et de ne pas trop penser à ma fille. Je me concentrais sur l'enquête que menaient mes héros, relisant certaines notes prises sur le terrain et tenant à respecter ma promesse faite à ma muse de ne pas imaginer une nouvelle scène torride entre nos alter égo, du moins pas ce soir. Travailler à l'écriture de l'enquête me demandait toute ma concentration, j'essayais d'agencer les éléments au mieux afin de rendre l'histoire la plus prenante possible. En regardant mon faux murder board qui détaillait les aspects principaux de ma trame je songeais à demander à Kate son autorisation pour faire une nouvelle photo d'elle, plus récente. Celle que j'avais était bien trop ancienne et j'en voulais une plus personnelle mettant en valeur toute sa beauté. Evidemment je l'avais toujours trouvé belle, mais ces derniers mois elle atteignait des sommets. Chaque soir en rentrant je songeais que nous avions atteint le pic le plus haut de sa beauté, mais le lendemain dès que je la voyais je me rendais compte de mon erreur. Alors que je me repenchais sur le clavier avec cette belle divagation sur la beauté de ma partenaire mon téléphone se manifesta une nouvelle fois.
C'était un message cette fois-ci. Je l'ouvrais, il était d'elle : « Alexis est au lit, je vais moi aussi me coucher. Et toi ? Je te dis à demain matin, tu nous fais le petit déjeuner ? ». J'appréciais qu'elle m'envoie ce message, elle savait que j'avais du envisager toutes les possibilités pour expliquer l'état de ma fille, y compris celle de la CIA comme je le faisais à propos de nos enquêtes. J'essayais de lui exprimer ma gratitude en quelques mots « Merci de t'occuper d'elle. J'écris toujours, Rook et Nikki sont très sages, ils travaillent. Ok pour le petit déjeuner. Des crêpes ça te va ? Dis à ma fille que je l'aime si elle ne dort pas. Fais de beaux rêves. Rick. ». Elle devait être scotchée à son téléphone car je recevais très vite une nouvelle notification « Parfait pour les crêpes, j'ai hâte d'être à demain. Je lui dirai. Bonne nuit. Kate. » Moi aussi j'avais hâte d'être à demain pour retrouver mes deux beautés, je la taquinais sur ses motifs à elle : « Juste une question tu as hâte pour les crêpes ou de me revoir ? ». Je m'attendais à une taquinerie mais sa réponse fut brève « Les deux ». A sa seule lecture mon cœur ratait un nouveau battement d'émotion. Je lui envoyais l'image d'un bonhomme censé me représenter faisant des bons de partout sur l'écran. Je relisais ma conversation avec elle avant de reposer mon téléphone et de retourner à l'écriture. Pendant encore deux heures j'écrivais sans relâche, sans même lever le nez de mon ordinateur. Le calme régnant dans la maison me permettait également de ne pas me laisser distraire. Une fois content de ma production de la soirée, j'avais plus au moins écrit et achevé quatre chapitres de mon nouveau roman ce qui constituait un très bon rendement. Je n'étais pas certain de la qualité de l'ensemble, mais je le lirai à tête reposée. Je sauvegardais le fichier et imprimais le récit fraîchement tapé. Je le prendrai avec moi demain si jamais un moment de pause advenait dans la journée pour le corriger et l'envoyer à Gina, avant qu'elle ne m'appelle pour m'annoncer une nouvelle deadline. Je rangeais les feuillets dans une pochette et la laissais sur le bureau. J'éteignais ensuite mon ordinateur et restais un moment dans le bureau. Je tamisais la lumière, n'en ayant plus besoin pour écrire et je laisser mon esprit vagabonder en savourant mon verre. Une fois celui-ci terminé, je redescendais à la cuisine jeter mes déchets. Je me décidais de faire la pâte à crêpes ce soir avant d'aller me coucher, c'était toujours meilleur une fois la pâte reposée et Kate étant une matinale il valait mieux que les choses soient prêtes quand elle arriverait avec Alexis. Ma préparation effectuée, je rangeais mon bazar et je rejoignais ma chambre, me lavais les dents et me déshabillais avant de fondre dans mes draps. Ils avaient son odeur et je me délectais de ces réminiscences olfactives. J'éteignais les lumières, et recherchais l'endroit le plus imprégné d'elle dans le lit. Je fermais mes yeux et me laisser emporter par les douces volutes de cerise.
