Chapitre 17 : Le légataire universel de Serpentard.
Les deux garçons étaient retournés dans leur dortoir, et Henri était activement en train de plier bagage.
« Dieu du ciel… se lamentait Momo. Là c'est plus la même chose. Ma sœur, ma propre sœur. Pas un inconnu ou un type qu'on croise à l'occas' et à qui on cause jamais. »
Henri, lui, avait presque fini de faire sa valise. Il rentrerait à pied s'il le fallait.
« Henri, tu es ridicule. L'année n'est pas terminée, et en plus il faut qu'on aide ma sœur.
– Tous les profs sont sur le coup.
– Tu veux dire les mêmes glandus qui laissent crever des élèves depuis huit mois ?
– Hum. »
Henri maugréa sans répondre.
« T'es le héros, bon sang ! hurla Momo en se levant.
– Tu dis toujours ça, mais un accident est si vite arrivé. Imagine que l'auteur veuille faire quelque chose de complètement inattendu…
– Calme-toi. Tu as signé pour sept saisons, n'est-ce pas ?
– Oui.
– Alors tu imagines le pognon qu'ils perdraient en te tuant après seulement deux saisons. Non mon gars : ces gens-là sont des rapaces, ils vont t'utiliser jusqu'au bout, en te pressant comme un citron jusqu'à ce qu'il ne reste rien de toi. Ils t'auront tellement utilisé que tu ne trouveras jamais d'autres rôles derrière. »
Henri réfléchit. C'était logique. Ça devait être sécure, en vrai. D'ailleurs, il s'était sorti plus d'une fois de situations mortelles, souvent de manière parfaitement illogique.
« Bon mais alors on fait ça propre, pas comme d'habitude. On se lance pas comme deux cons sans réfléchir.
– Bien sûr, jura Momo en crachant entre ses deux doigts. »
Aussitôt dit, aussitôt fait : voilà nos deux amis hors du dortoir.
« Tu as une idée ? demanda Momo.
– Je pense. Selon toi, où est-ce qu'on a le plus de chance de trouver des infos sur une pièce donnée de Poudlard ? demanda Henri.
– Ben, heu… Dans le plan de l'école ?
– Exactement. »
Ils allèrent donc à la bibliothèque, et dégottèrent les plans de l'architecte, qui sentaient un peu le renfermé, mais bon.
Ils trouvèrent la page correspondant au dernier sous-sol.
« Eh ben voilà, dit Henri. « Salle de bain de S.S. ». Et donc l'accès se fait par là, ajouta-t-il en indiquant une zone du doigt.
– Sérieux ? s'écria Momo. On passe tous les jours devant… »
Vérifier les plans, c'est tout con, mais personne n'y avait pensé jusque-là.
D'ailleurs, vous avez vu que « Salazar Serpentard » ça a comme initiale « S.S. » ? Je rappelle que ce type détestait les gens qui n'avaient pas un sang pur, même s'ils étaient indiscernables des autres.
Tu le sens bien, là, le gros sous-entendu sur le nazisme et les juifs ? Tu le sens ?
Henri empocha la feuille qui indiquait l'entrée.
« Allez, il n'y a plus qu'à donner l'info et…
– Non, Henri, ça rigole plus : c'est ma sœur ! Alors on y va.
– Mais t'es con, on va se faire dévorer ! Faut voir avec les profs.
– Pas l'temps ! »
Il attrapa Henri par le bras, et ils se précipitèrent vers l'entrée de la chambre. Henri regretta amèrement d'avoir changé d'idée. Et puis il suffisait d'aller chercher le dirlo ou un autre prof, et de lui dire. Comme ça ils descendraient eux-mêmes, ce qui serait quand même plus efficace pour combattre un mégalodon sortit du fin fond des âges… Ça leur ferait pas perdre beaucoup de temps, en plus…
Ils arrivèrent devant la porte.
« Comment ça s'ouvre ? demanda Momo.
– J'imagine que puisque seuls les descendants de Serpentard peuvent le faire, et que seuls eux sont sélachiphones, ben je dirais qu'il faut demander en langage requin. C'est soit ça soit un mot de passe, mais je sais pas comment ils auraient pu transmettre un mot de passe de génération en génération comme ça. »
– Ben alors essaye. »
Henri se concentra. Il ferma les yeux et s'imagina face à un requin.
« Ouvre-toi ! » cria-t-il fermement.
Et la porte s'ouvrit.
Momo, encore une fois, attrapa le bras de Henri et l'attira sans précaution.
Après une descente d'escalier (mais pas un colimaçon : un vrai truc, bien droit en plus), ils débouchèrent sur une immense salle.
Des thermes romains. Avec des colonnes en marbre et tout le bordel.
Il y avait un grand couloir central, et de chaque côté de nombreux et gigantesques bassins, avec des arrivées d'eau partout, et ça sentait bon la rose et les huiles de soin.
« Par la barbe du Christ ! » s'exclama Momo en voyant cela.
Puis il vit Aïcha, apparemment inconsciente sur le bord d'un des bassins.
Il courut, mais fut stoppé net dans son élan : juste devant elle, se matérialisa une forme humaine qui devint rapidement de plus en plus nette.
Henri et Momo, en cœur, pointèrent du doigt l'individu.
« Toi ?! s'écrièrent-ils. »
Le « toi » en question, c'était le gamin du film. Qui n'avait manifestement pas changé depuis le temps.
Il ouvrit les bras tel Jésus, fit son sourire enjôleur habituel, et répondit.
« C'est moi, en effet.
– Mais comment ?! s'écria Henri. »
Je sais pas trop pourquoi il est étonné comme ça. Il vit depuis deux ans dans un monde de thaumaturges qui ont des pouvoirs de fou, mais il y a encore des trucs qui l'étonnent.
« C'est simple : ce super huit que vous avez trouvé contient en quelque sorte une copie de mon âme telle qu'elle était lorsque j'étais encore à Poudlard, à seize ans. »
Henri se tourna vers Momo.
« On peut faire ça ? s'exclama-t-il avec enthousiasme. Mais c'est génial ! »
Tom calma ses ardeurs.
« Oh, attends, c'est de la magie noire, pas grand monde ne maîtrise ça, c'est un peu tabou comme forme de magie. »
Henri soupira.
« Pourquoi tous les trucs classes, c'est de la magie noire ? C'est chiant. »
Mais Tom reprit, en montant la voix pour bien faire comprendre qu'il avait été interrompu et que ça lui plaisait pas.
« Enfin bon. Mon nom est donc Tom Jédusor, pour vous servir. Et ce nom a pour anagramme la phrase « je suis un rémora », du nom de ce petit poisson qui vit en symbiose avec le requin.
– Mais pas du tout ! s'offusqua Henri, à qui on ne la fait décidemment pas. »
L'autre fit la moue.
« Ouais, ben en changeant quelques lettres ça marche.
– Ouais ben du coup non, c'est pas un ananagramme ! affirma Henri.
– Cherche pas t'as tort ! approuva Momo. »
L'autre paru vexer.
« Oui, bon, peut-être. M'enfin c'est mes parents qui ont choisis mon prénom, et pour le nom de famille ils avaient pas le choix. Du coup c'est difficile pour moi de trouver un bon anagramme… Enfin bref ! Je suis un descendant de Salazar Serpentard. Quand j'ai eu l'âge de quinze ans, j'ai découvert l'entrée de la salle de bain des secrets.
– Grâce aux plans à la bibliothèque ?
– Ouais.
– Ah, c'est marrant, nous aussi. C'est comme ça qu'on est là.
– Quoi qu'il en soit, j'ai compris que c'était le meilleur moyen pour éliminer tous les impurs de l'école. Malheureusement, ça n'a pas bien marché : un seul mort, et ensuite j'ai été obligé d'arrêter et de faire accuser ce taré d'Hagrid à ma place. C'était le seul moyen pour éviter que l'école ne ferme et que je ne me retrouve à nouveau dans ce satané orphelinat… »
C'est triste, la vie, parfois.
« Alors j'ai eu cette idée : créer un copie de mon âme, et la placer dans ce film promotionnel que j'étais en train de réaliser pour passer pour un héros. Comme ça, j'aurais pu, une fois sorti de l'école, confier ceci à un élève qui accomplirait le travail à ma place. C'était soit ça, soit devenir prof, soit encore attendre d'avoir un gamin.
– Ah ouais ?
– Ben oui, il fallait un descendant de Serpentard pour éveiller la bête. Et je suis le dernier. »
Là, Henri se rendit compte que ce type, un parfait enculé, était le thaumaturge le plus intelligent et le plus censé qu'il ait jamais rencontré. Sachant que Hortense ne comptait pas, puisqu'elle était née-molle-du-genou.
« Mais je vois qu'on est en 2014, alors ça craint un peu : j'ai fini ma scolarité depuis plus d'un demi-siècle. Quand j'ai vu ça, en début d'année scolaire, je me suis dit qu'un truc avait dû capoter. Peut-être que mon moi du présent avait perdu le film, ou qu'il avait eu d'autres projets plus importants… Enfin peu importe. D'ailleurs, vous savez ce que je suis devenu, vous ? Aïcha ne savait pas du tout, elle ne connaissait même pas mon nom. C'est rageant : je ne suis pas devenu ministre, ni même célèbre.
– Il paraît que vous êtes mort, lâcha Henri. »
La mine de Tom se décomposa.
« Quoi ? »
Henri se tourna vers Momo.
« C'est bien ça qu'il a dit, Hagrid, non ?
– Ouais ouais. Le vrai Tom il a clamsé, ou un truc du genre. Sais plus le terme exact qu'il a employé. »
Tom tapa du pied.
« Mais comment c'est possible ?! s'énerva-t-il. Je suis mort comment ?
– Sais pas. »
Tom réfléchit un moment.
« En tout cas, moi je suis toujours là. Je peux finir le travail. Quand arrive la cavalerie ?
– Quelle cavalerie ?
– Ben les profs ? J'ai besoin d'aspirer l'énergie vitale d'une dizaine de thaumaturges en pleine force de l'âge pour pouvoir me réincarner. Et j'espérais utiliser le corps d'Aïcha pour récupérer la jeunesse que n'ont pas ces vieux profs, après avoir intégré le corps du plus puissant d'entre eux. »
Incroyable. Ce plan est logique, les objectifs et les méthodes sont clairs… C'est dingue dans ce monde de fous.
« En fait ils viendront pas.
– Comment ça ?
– Il n'y a que nous. Et ils sont pas prêt de trouver l'entrée, je pense. D'ailleurs je sais pas trop s'ils cherchent vraiment.
– Mais vous leur avez rien dit, vous ?
– Ben non.
– Vous êtes assez cons pour venir ici tout seul ? Mais c'est débile… Et moi qui croyait, en vous voyant arriver, qu'ils se servaient de vous comme appât parce qu'ils savaient que je vous connaissais via le film.
– Ouh là ! s'écria Henri. C'est bien trop compliqué comme plan pour eux, ils n'auraient jamais pensé à un truc pareil. D'ailleurs, ils ne savent ni pour le film, ni pour les plans dans la bibliothèque. »
Tom se frappa violemment le front du plat de la main.
« Bon ben je vais vous tuer et je leur enverrait encore un autre message avec des indices. Bon sang ! »
Il claqua dans ses mains, et des remous apparurent dans un des bassins.
« Il arrive. »
Des remous, surgit alors un requin. Mais pas un grand requin blanc de cinq mètres de long. Non. Un putain de mégalodon de trente mètres de long, large comme un trente-six tonnes et effrayant comme un de ces vieux barbus alcoolique avec des chicots tout pourris jaunes et noirs qui jouent les père Noël dans les centres commerciaux bas de gamme.
Enfin moi ça me faisait très peur, en tout cas. Mais si c'est pas votre cas, imaginez que ce mégalodon est le truc le plus effrayant que vous ayez jamais vu.
Bref.
Henri et Momo sont dans une sacrée merde. Ils n'avaient pas calculés la terrifiante puissance du monstre, qui sauta hors du bassin pour replonger dans un autre, quinze mètres plus loin, dans une gerbe d'éclaboussure qui n'avait rien à envier au tsunami de 2004.
Immédiatement, la bête sauta à nouveau en direction d'un autre bassin. Trente mètres, c'est trois bus les uns à la suite des autres, hein ? Vous imaginez ?
C'est grand comme une baleine bleue (le plus grand animal du monde entier), mais avec une putain de mâchoire à dévorer des éléphants sans mâcher.
On pouvait lire la haine dans ses yeux.
« Bon, essaya de se rassurer Momo. Tant qu'on reste loin de l'eau, on risque rien.
– Ah oui ? s'énerva Henri. Alors tu m'expliques comment il tuait ses victimes en plein couloir ?! »
Après avoir sauté de bassin en bassin de manière très impressionnante, l'animal se jeta hors de l'eau pour atterrir sur le carrelage de la salle. En sautillant tel un poisson hors de l'eau (vous avez déjà vu une truite fraîchement pêchée, comme elle frétille à l'air libre ? ben pareil), l'animal pouvait avancer.
Henri et Momo se mirent à courir, mais le mégalodon, fulgurant dans l'eau, restait plus rapide qu'eux même sur la terre ferme.
Ses sautillements très peu gracieux étaient redoutablement efficaces. Ce qui est logique : il avait réussi à tuer près de quinze élèves, et aucun n'avait pu fuir.
À moins qu'il ne les ait pris par surprise, remarque. Là il aurait pu être très lent et les attraper quand même…
Mais ça n'était pas le cas, et présentement il gagnait du terrain sur nos deux compères.
« C'est la fin ! hurla Henri. »
L'animal était presque sur eux, toutes dents dehors, prêt à leur mettre en pièce comme ce malheureux Colin et les autres qui n'avaient même pas de noms…
Alors qu'ils pouvaient sentir son haleine de poisson pourri, un bruit de cuir qu'on bat résonna dans toute la salle, et le mégalodon fut projeté en arrière.
Henri et Momo s'affalèrent sur le sol.
À côté d'eux : Gilbert Tocard.
Avec son sourire Colgate et son brushing impeccable, il leur tendait une main parfaitement manucurée pour les aider à se relever.
« Me voilà » dit-il simplement.
Henri et Momo se relevèrent.
« Vous allez bien ?
– Là oui, dit Henri. Mais le mégalodon veut nous bouffer.
– Pas d'inquiétude : je vais le vaincre avec ma fameuse technique de la manchette japonaise. »
Il leur fit un clin d'œil, puis se jeta en avant sur le requin géant qui, après avoir lourdement chuté et avoir glissé jusqu'au mur du fond de la salle de bain, était de retour.
Tocard le savata grave.
La violence du combat était inouïe, et Henri et Momo avaient tellement mal pour la pauvre bête qu'ils durent fermer les yeux.
Lorsqu'ils les rouvrirent, c'était fini. Manifestement, ça n'avait même pas été un combat : ça avait été une mise à mort, une exécution sommaire.
L'animal, long de presque trente mètres, gisaient misérablement. Tom était estomaqué, et avant que quiconque ait pu réagir, Tocard avait lancé un appareil photo aux enfants.
« Allez, immortalisez-moi à côté de cette belle prise. »
Henri prit une de ces photos thaumaturges (une vidéo) de Tocard posant en souriant devant le monstre. Henri dû reculer pour avoir tout l'animal, et Tocard paraissait alors minuscule.
« C'est dans la boîte. »
Tocard prit alors conscience de la présence de Tom.
« Je ne vous ai jamais vu en cours, vous… s'étonna-t-il.
– C'est normal, annonça Henri. C'est l'esprit d'un descendant de Serpentard. Il n'est pas réel, il n'existe que grâce à ce super huit. »
Momo ramassa la fameuse bobine, et la renferma dans sa boîte.
Aussitôt le fantôme disparu.
« Bon, ça c'est fait. »
Puis il se précipita vers sa sœur, toujours posée inconsciente sur le rebord d'un des bassins.
« Aïcha, ça va ? C'est moi, Momo ! »
Elle ouvrit les yeux.
« J'ai tué tous ces gens, Momo… »
Et elle s'évanouit une fois de plus.
« Et maintenant ? demanda Henri. On fait quoi ?
– On remonte, dit Tocard. Cette jeune fille doit aller à l'infirmerie, et j'ai des interviews à chaud à donner pour cette fabuleuse aventure. »
FIN.
Nan, je déconne. Il reste un genre d'épilogue avec des révélations et tout. M'enfin dans l'idée le monstre est vaincu, donc c'est fini.
