Merci de votre infinie patience …
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36 – Ils arrivèrent dans l'après-midi. Il faisait un temps exceptionnel, la campagne était en fleur, le ciel d'un bleu limpide et John se demanda comment cela pouvait être possible ? Comment la nature pouvait-elle le trahir … les trahir ainsi ? Il aurait du pleuvoir, le ciel aurait du être gris, empli de nuages noirs et menaçants, comme pour un enterrement … Il pleut toujours aux enterrements, non ?
John posa le Jumper à l'intérieur des murailles de l'immense domaine. Octavis avait prévenu de leur arrivée et ils furent bien évidemment immédiatement encerclés de femmes armées jusqu'aux dents. Ridicule. S'il le voulait, John pourrait toutes les massacrer, juste en y pensant, une simple pensée et elles disparaissaient.
Il était invincible et pourtant, il n'avait aucun pouvoir.
« Colonel ? Nous y sommes. Lyokomis, le frère de Servilniya, nous attend, il va s'occuper de … » Octavis ne termina pas sa phrase, il adressa un sourire désolé à John puis sortit du Jumper. « Vous avez encore quelques minutes pour … pour lui faire vos adieux. »
John ne dit rien. En fait, il n'avait rien dit depuis son départ d'Atlantis. Qu'aurait-il pu dire ? Et à qui aurait-il pu s'ouvrir de ce qu'il ressentait … sa douleur, sa haine, sa culpabilité.
Son amour.
Il se leva de son siège et s'agenouilla aux côtés de Rodney. Il caressa un moment la joue pâle, le cou si fragile, et se pencha, doucement, comme si un mouvement brusque, un simple souffle d'air, risquait d'être fatal à l'homme allongé là. Lorsqu'il ne fut plus qu'à quelques centimètres de Rodney, John ferma les yeux et se concentra sur ses autres sens. Il aurait voulu emporter avec lui le souvenir de l'odeur de Rodney, mélange de musc et de vanille, celui du contact de sa peau, qu'un léger duvet rendait velouté, mais il n'y avait que l'odeur acre de l'antiseptique, des odeurs de mort, et la peau de Rodney était sèche, comme parcheminée, la peau d'un vieillard.
John déposa un rapide baiser sur les lèvres entrouvertes de Rodney puis plaça sa main droite mains sous sa nuque, son autre main sous ses genoux, et le souleva. Il était si léger, comme s'il n'était déjà plus que cela … un souvenir. John se ressaisit. Non, Rodney allait vivre …
… et il trouverait un moyen de le ramener sur Atlantis.
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Rodney ouvrit les yeux. Devant lui, se trouvait le couloir, celui de ses rêves. Cette fois, il ne se posa pas de question, il couru jusqu'à la porte qui se trouvait au fond du couloir et l'ouvrit.
Il savait ce qu'il allait trouver derrière.
Il savait qui se trouvait là.
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John sortit du Jumper, Rodney dans ses bras. Il s'arrêta net lorsqu'il vit la personne qui se trouvait aux côtés de Lyokomis.
Elle ressemblait à Rodney.
Ce constat fit frissonner John. Non, bien sûr, ils ne se ressemblaient pas au sens physique, juste … au sens physique. Okay, on reprend … Dire que Servilniya pouvait d'une quelconque manière ressembler à Rodney était certainement la pire des injures que l'on pouvait formuler à l'encontre de l'astrophysicien. C'était juste son apparence.
Ils étaient semblables, tous les deux aux portes de la mort … John réprima un ricanement, comme si c'était le moment d'avoir des envolées lyriques (26) !
Servilniya était maigre, presque rachitique, et pâle. Ses cheveux noirs tombaient en masse épaisse sur ses épaules, comme s'ils s'étaient nourris de toute son énergie au détriment du reste de son corps. Elle ignora John, ses yeux fixés sur l'homme qu'il tenait dans ses bras.
John retint un frisson et resserra instinctivement son étreinte autour de Rodney.
Le regard de Servilniya était celui d'une personne affamée, oui, c'était ce qui s'approchait le plus de ce que voyait John sur le visage de la jeune femme, un visage ravagée par la faim.
Et là, tout de suite, John eut envie de faire marche arrière, de ramener Rodney sur Atlantis, de trouver une autre solution, sûrement, il y avait une autre issue. Lyokomis et Servilniya n'étaient plus qu'à quelques pas de lui, à quelques pas … il pouvait encore le faire, rebrousser chemin et … et quoi ? Laisser l'homme qu'il aimait mourir lentement ?
Il fallait juste qu'il soit fort, oui, c'était ça, être fort. Pour lui.
Pour Rodney.
Ca y'est, ils étaient devant lui. Servilniya leva une main tremblante vers Rodney et John réprima un nouveau frisson.
La main se posa sur le front de Rodney.
John serra les dents.
John ne savait pas très bien à quoi s'attendre. La lecture du journal que Rodney avait ramené de Myrtria lui avait appris le principal, à savoir ce qui s'était passé, ce qui était réellement arrivé à Rodney.
John essayait d'éviter de regarder le ventre de Servilniya. Ce ventre au sein duquel grandissait une vie. L'enfant de Rodney, une fille vraisemblablement. Une vie volée, arrachée par violence, une vie qui volait à son tour celle de Rodney.
Rodney poussa un gémissement.
Sous la main de Servilniya, John distingua une lueur bleu pâle. La jeune femme avait fermé les yeux et semblait en transe, ses lèvres entrouvertes. Lyokomis soutenait sa sœur, lui murmurant des encouragements.
« Colonel … »
Octavis se trouvait près de lui.
« Colonel, vous devez le laisser maintenant. »
John fixait Octavis comme s'il essayait de comprendre le sens de ce qu'il venait de lui dire. Laisser Rodney ?
« Il a besoin de récupérer des forces lui aussi, et seule Servilniya peut l'aider. Vous devez … »
Il ne termina pas sa phrase et adressa un sourire désolé à John. Ce dernier se demanda un moment si c'était le seul type de sourire dont était capable le myrtrien, ou les myrtriens d'une manière générale. Des sourires de psychopathe pour les myrtriennes et des sourires désolés pour les myrtriens. Il ne voulait pas voir ce genre de sourire sur les lèvres de Rodney. Jamais.
Une des gardes s'était approchée de lui et attendait.
« Colonel. »
Il y avait de la nervosité dans la voix d'Octavis. Il faut dire qu'ils étaient encerclés et que les femmes qui étaient là n'avaient rien à envier à Ronon côté muscles.
John ferma les yeux, prit une large inspiration et transféra Rodney dans les bras de la myrtrienne qui l'enroula dans une large couverture et prit immédiatement le chemin de la bâtisse la plus proche.
Un des pieds de Rodney dépassait de la couverture. John fixa ce pied, jusqu'à ce que la myrtrienne disparaisse de son champ de vision.
« Partez. »
La voix de Lyokomis était ferme et il avait lui aussi ce sourire. Il resserra son étreinte autour de la taille de sa sœur mais celle-ci se dégagea brusquement. Elle fit quelques pas vers John. Servilniya n'avait pas retrouvé toutes ses forces mais elle était déjà moins pâle.
« Je vous l'avais dit, vous l'avez perdu. Et cette fois, pour toujours. »
Et John se mit soudain à rire, un rire terrible, le rire d'un dément. Servilniya recula instinctivement, retombant dans les bras de son frère. Le rire stoppa brutalement et John se mit à sourire. Un sourire différent de celui que les femmes devaient avoir l'habitude de voir chez les hommes, un sourire froid, déterminé.
Perdu ? Quelle idiote ! Il n'avait pas perdu Rodney, au contraire, il venait de le retrouver.
A suivre (yeeeehaaaaa, opération lyrisme ! Bon, plus sérieusement, cette fic est presque finie, faut juste que je prenne le temps d'écrire les derniers chapitres …)
(25) Et croyez moi, ça me connaît ! Si vous saviez tout ce que l'on rencontre en faisant le béta, de l'influence particulièrement néfaste de Racine sur les jeunes esprits, à celle, non moins fatale, des mouettes pas rieuses. Terrible ! Ce chapitre est une petite ode au lyrisme et un petit coup d'œil à mes auteuses : bonne écriture mes chéries !
