Comme toujours, je n'ai à peu près aucun contrôle sur les réactions des personnages, et donc, voici ce chapitre... jamais prévu, mais bel et bien là et comme souvent terriblement cohérent.

Bonne lecture.


« Hey, Junker ! »

Il ricana, sans même relever la tête de sa tâche.

« Tu ne dors jamais, la Ruskoff ? »

« Et toi ? »
Il haussa les épaules tandis qu'elle s'activait à préparer l'établi.

Lorsqu'elle eut fini, voyant que ce n'était pas son cas, elle s'approcha, les mains sur les hanches.

« Qu'est-ce que tu fabriques ? »

« La Hog s'est pris des balles, il y en a une qui s'est logée pas loin du système de transmission. Pas envie de tout démonter. » expliqua-t-il, continuant d'essayer d'attraper le bout de métal avec une pince.

La Russe rit, se laissant tomber à côté de lui.

« T'es pas prêt de l'avoir avec les saucisses qui te servent de doigts, Junker ! »

Comme s'il ne le savait pas !

Il gronda, désignant la pince qu'il tenait d'un mouvement du menton.

« Allez pousse-toi, je vais la récupérer, ta balle. »

Avec un nouveau grognement, il se décala. En même pas dix secondes, cette maudite femme avait récupéré la balle qu'il essayait d'atteindre depuis presque un quart d'heure.

Avec un sourire beaucoup trop satisfait d'elle-même, elle se releva, se pencha - lui offrant au passage une vue imprenable sur le décolleté de sa tenue de sport - puis largua entre ses jambes l'offensant bout de métal, qui tinta sur le béton.

« C'est bon, maintenant ? » demanda-t-elle ensuite en venant se percher sur son tabouret attitré.

Avec un soupir fatigué, il se releva.

« Pas ce soir. »

« Pourquoi? »

Ses sourcils étaient froncés d'inquiétude. Il détestait ça. Il n'avait besoin de l'aide de personne.

Ne sachant que répondre, il opta - comme souvent dans ce cas - pour le silence.

L'air inquiet de la femme dura encore une seconde ou deux, puis elle éclata de rire.

« Si t'es pas en forme, Junker, c'est bien que tu t'abstiennes. Je n'ai pas envie de devoir me retenir pour ne pas vexer mon meilleur adversaire. »

Il sourit malgré lui. Elle avait réussi à ne pas rendre ça trop humiliant.

Il rangea ses outils en silence.

« On est pas obligé de s'affronter. » nota-t-elle, grattouillant quelque chose sur l'établi.

Il termina son rangement, puis se redressa.

« Je ne suis pas très doué pour la discussion .» nota-t-il.

Elle haussa les épaules.

« Moi non plus. »

Il vint s'asseoir sur son tabouret au repose-pied dentelé.

Il n'avait rien à dire, et elle non plus visiblement, mais le silence était agréable. Quand était la dernière fois où il avait joui du silence sans être seul ? En tout cas, c'était avant qu'il rencontre Jamie.

A l'abri derrière les verres teintés de son masque, il pouvait observer la femme tranquillement.

« La personne derrière le masque ». Il comprenait ce qu'elle voulait dire. Pourquoi elle lui avait dit qu'elle connaissait ça. La fière combattante russe, bravache, imposante et rayonnante, au maquillage toujours impeccable, était une personne. La femme qui se tenait devant lui, sans maquillage pour encadrer ses yeux d'un vert brillant, ses cheveux - qui repoussaient enfin - toujours de leur blond naturel, et avec un T-shirt de sport sans manches qui ne faisait que la couvrir sans mettre ni ses muscles, ni sa féminité en valeur, en était une autre.

Comme il y avait Roadhog et Mako Rutledge.

Avec un soupir, il fit sauter les fermetures du masque. Pour la première fois depuis bien longtemps, la pièce de cuir lui semblait étouffante, lourde, limitante, et non plus rassurante et protectrice.

L'attention de la Russe se focalisa instantanément sur lui. Depuis la première fois où il avait retiré ce masque, elle le lui avait demandé à chaque fois et il avait toujours refusé au profit des badges.

Son geste devait la surprendre. Il sourit un peu à cette pensée, puis posa résolument le masque sur la table. Il avait toujours aimé surprendre les gens. En général, ils n'avaient pas le temps de se remettre de leur surprise avant d'être fauché par ses shrapnels ou par une des bombes de Jamie, mais le changement avait parfois du bon.

Il tendit la main, laissant son sourire s'agrandir.

« Salut, je m'appelle Mako Rutledge. »

Elle le fixa bouche bée, referma la mâchoire, déglutit, puis tendit la main.

« Salut, je m'appelle Aleksandra Zaryanova. »

Ils échangèrent une poignée de main. Une poignée de main qui aurait broyé les doigts d'êtres moindres.

« C'est un plaisir de te rencontrer. »

La formule de politesse sonna étrange dans sa bouche.

« Pareil. »

Elle lui sourit. Un sourire sincère et simple qu'il se surprit à lui rendre. Qu'est-ce qu'il lui arrivait ? Il devenait mou. Sensible. Voilà ce qui lui arrivait.

Avec un grognement, il haussa les épaules, provoquant un levé de sourcil interrogateur de la femme.

Un hochement de tête négatif y répondit.

Elle acquiesça, puis devint brusquement féroce.

« Ici, tu as le droit de m'appeler Aleksandra si tu le souhaites, mais en dehors, c'est Zarya ou sergent Zaryanova pour toi, Junker. Est-ce clair ? »

« Tant que Mako ne sort pas d'ici. »

Elle acquiesça.

Satisfait, il laissa le silence retomber, se contentant d'observer malgré la lumière, trop vive sans le fumé de ses verres. Il n'avait pas envie de remettre le masque, en dépit de l'odeur âcre des décapants et autres carburants qui emplissait l'air et attaquait ses poumons déjà fragiles.

Il résista tant qu'il put, tâchant d'ignorer la démangeaison dans sa gorge, puis n'y tenant plus, toussa lourdement et, peu désireux de se ridiculiser davantage, remit le masque en place, inspirant avec reconnaissance et colère l'air filtré.

« Tu es obligé de le remettre ? »

Il tenta de rire à l'absurde de la question, mais ne parvint qu'à tousser davantage, émettant des sons sifflants par-dessus le grincement des filtres.

« Je veux dire, la qualité de l'air est atroce ici, mais on peut sortir si tu veux. »

Il s'arrêta en pleine quinte, avant de reprendre avec peine. Ce n'était peut-être pas une mauvaise idée.

Il acquiesça.

Zarya bondit de son siège et se mit en route. Pas vite, mais pas lentement. Elle marchait à quelques pas devant lui, certaine qu'il suivait. Il lui en fut reconnaissant. De ne pas le traiter comme le malade souffreteux qu'il était.

Elle l'emmena dehors, entre les hangars obscurs, jusqu'à l'aplomb des falaises au bord desquelles elle s'arrêta, offerte à la morsure de la brise nocturne de l'hiver ibérique.

« Le vent souffle de la mer. »

A deux pas derrière elle, il inspira et expira à fond quelques fois, tentant de régulariser sa respiration, puis il fit à nouveau sauter les fermetures des sangles.

L'air était froid, mais pas glacial, chargé de la saveur piquante de la mer et d'une autre odeur qu'il n'avait plus sentie depuis un moment, à cause du masque et des relents tenaces de l'atelier. L'odeur de Zarya, qui semblait magnifiée par le vent d'hiver. C'était une odeur charnelle, pas exactement forte, mais qui semblait s'accrocher à ses papilles presque comme un arôme. Il eut envie d'en avoir plus. D'y goûter. De palper la chair qui produisait cette odeur, de s'y frotter, d'y mêler la sienne. Se léchant les lèvres, il s'avança, afin de ne plus être sous le vent.

« Encore mon odeur ? »

Il jeta un coup d'œil mortifié à la Russe qui l'observait dans la vague lueur de la lune, les mains enfoncées dans les poches de sa veste de sport et un sourire tordu aux lèvres.

Son premier instinct fut de remettre le masque. Il se sentait soudain presque nu.

«Quoi ? Tu t'es mis à renifler comme un chien qui a senti un saucisson et tu m'as déjà fait la remarque... »

Il ricana. Elle n'avait pas tort, évidemment.

« Y semble que j'aie toujours aussi mauvais goût. »

Elle s'esclaffa.

« Ça tu peux le dire, Junker. Ça nous fait un point commun de plus.»

Il lui fallut beaucoup trop longtemps pour comprendre les implications de ses paroles.

Il dut avoir l'air idiot, parce qu'elle rit à nouveau.

« Calme-toi, mon gros, y a rien de romantique là-dedans, c'est un intérêt purement physique. »

Ça, il pouvait gérer. Tout le monde avait des besoins physiques, même dans l'Outback. Passer un accord avec quelqu'un pour les combler était normal.

Son soulagement dut transparaître, parce qu'elle pouffa encore.

Ce qui le lança sur une seconde vague de questionnement. Car s'il avait peut-être passé trop de temps derrière son masque, il n'en avait tout de même pas perdu toute notion de lui-même, et il ne voyait pas trop ce qu'une sublime jeune femme à la carrière héroïquement prometteuse pouvait bien trouver à un tueur à gages obèse, couvert de mélanomes et de cicatrices, approchant la cinquantaine et rendu malade par les radiations qui avaient bousillé son pays et sa vie.

« Pourquoi moi ? »

Zarya sembla étonnée de sa question.

« Parce que je ne suis pas zoophile ! »

« Il n'y a pas que le singe. » nota-t-il.

Elle éclata de rire. D'un rire sinistre.

« Sincèrement ? Tu as vu le choix qu'il y a par ici ? Je ne vais même pas parler de Fawkes, parce qu'il me tape sur les nerfs, et que je risque de le casser en deux rien qu'en le regardant. »

Il eut envie de lui dire que Jamie était bien plus résistant qu'il en avait l'air, mais s'abstint.

« Le Japonais, c'est pareil, et en plus il est plus boîte de conserve que humain. Reste Reinhardt ou l'autre là, avec sa visière perpétuellement collée à la tronche. Pas mon genre. »

A son tour, il pouffa.

« Cheveux gris, toujours un truc vissé sur la tête, cicatrices faciales... Je ne vois pas la différence.» nota-t-il vaguement cynique.

Elle le fixa, l'air choquée.

« Alors faut l'enlever plus souvent, ledit truc vissé sur la tronche, Junker. »

Il haussa les épaules.

« Explique-moi. »

La phrase à ne jamais, jamais dire à Jamie. Mais elle n'était pas lui.

« Reinhardt se prend pour un authentique chevalier qui chasse des dragons, avec code de chevalerie, écuyère et tout le bordel. Je suis sûre qu'il est du genre à venir chanter la sérénade sous les fenêtres. Beurk ! Quand à l'autre, là, Soldat 76... Le côté « Je ne suis qu'un soldat, blablabla » alors que clairement ce n'est pas le cas, ça me file la gerbe, et puis... J'aime pas les hommes plus petits que moi. »

Elle avait prononcé ces derniers mots d'un ton boudeur, qui le fit rire. Elle ne devait pas aimer grand monde. Elle était au moins aussi grande que Jamie quand il se tenait droit. Et Jamie était tout sauf petit. Maigre, mais pas petit.
« Je ne chante pas. »

« Tant mieux. »

Le silence retomba.

« Heu, ça veut dire quoi au fait ? » demanda-t-elle, un peu empruntée.

Il gronda en haussant les épaules.

Il allait ajouter quelque chose. Quelque chose comme « Qu'il est peut-être temps de changer la nature des gages » mais n'en eut pas le loisir, parce que soudain, il se retrouva avec le visage emprisonné dans les deux mains de la Russe, qui le fixait avec un sérieux terrible.

« C'est oui ou non ? Je n'ai pas envie de me faire balancer de la falaise. »

Directe, comme toujours.

Il hocha la tête, une fois, puis grogna de surprise alors que les lèvres de la femme s'écrasaient contre les siennes.

.

Merde. Elle s'était endormie. Juste ce qu'elle voulait à tout prix éviter.

Heureusement Rutledge... non, Mako ronflait profondément, un bras négligemment jeté sur elle.

Elle n'eut qu'à se faufiler doucement en dessous pour pouvoir s'échapper. Il lui fallut tout de même dix bonnes minutes de recherches dans le noir pour retrouver tous ses habits.

Fourrant ses sous-vêtements dans sa poche, elle se rhabilla en vitesse, et s'esquiva aussi discrètement que possible. L'aube pointait à peine, mais elle ne s'arrêta que de retour dans sa propre chambre. Elle n'avait rien remarqué dans l'atmosphère lourde de la chambre du Junker, mais à présent sa propre odeur lui sautait à la gorge, odieuse. Elle puait la sueur et le sexe. Jetant tous ses vêtements dans le panier à linge, elle se rua sous la douche avant d'en renfiler des propres.

Un bon petit déjeuner lui ferait le plus grand bien.

Elle put déguster son omelette et son shaker protéiné dans un calme parfait, puis malgré le peu d'heures de sommeil accumulées, se sentant pleine d'énergie, elle partit à la salle de musculation pour une petite séance, courte mais intense.

A sa sortie, elle croisa Mei qui, une tasse de thé à la main et un Fawkes babillant sur les talons, se rendait à son laboratoire.

« Salut, Aleksandra. Comment ça va ?»

« Salut, Mei. Bien et toi ? »

« Mmh. » acquiesça son amie, continuant à marcher.

Lorsque le Junker maigrelet passa à sa hauteur, il ricana de son petit rire caquetant, agitant les sourcils d'un air entendu. Elle eut envie d'incruster sa tête dans le sol, mais se contenta de rougir.

Ce sale rat avait dû tout entendre depuis la chambre voisine. Der'mo !

Il se retourna, faisant un geste équivoque avec sa langue. Il avait tout entendu ! Elle tenta de lui jeter son regard le plus menaçant, mais ne parvint qu'à le faire rire davantage alors qu'il se retournait pour rattraper Mei - qui avait continué à avancer sans s'occuper de lui.