« A quel point as-tu réussi l'épreuve pratique ? Il me demande. »
Je tremble encore. Je réfléchis. L'épreuve pratique de Défense... J'ai cartonné. Ce ne sont pas les professeurs eux-même qui nous les font passer pour la simple bonne raison qu'ils ne doivent pas être influencés par quoi que ce soit. Ce sont souvent des représentants du ministère, et celui que j'ai eu m'a avoué être très impressionné par mon niveau.
« Bien. Très bien, je réponds d'une voix faible. »
Il ne fait plus attention au professeur McGonagall qui nous jette des regards offensés dans un coin de la pièce, il n'est plus qu'avec moi. Est-ce que c'est de la pitié ? Il essuie les dernières larmes qui perlent au coin de mes yeux et son bras quitte mes épaules. Non.
« Il reste un peu plus de quarante cinq minutes à l'épreuve théorique. Tu étais rendue où ? »
J'étais rendue... J'étais rendue au titre. J'ai à peine lu la première question. C'était un truc du genre « comment calmer les effets de la lycanthropie sur un individu avant une pleine lune ? ». Je n'ai rien fait. J'ai passé une heure à regarder ma feuille sans bouger, paralysée par son souvenir venu me hanter l'esprit.
« Nulle part. »
Ma voix résonne dans l'infirmerie. Il soupire et se passe la main dans les cheveux. Il a l'air emmerdé. C'est moi qui devrait l'être. C'est moi qui fait des conneries. C'est moi qui l'ai blessé, et c'est moi qui l'ai mis dans l'embarras devant McGonagall et l'infirmière. Il fait les cent pas devant mon lit. Il réfléchi.
Je sais qu'il se sent coupable. Je sais qu'il se blâme pour tout, qu'il se dit que c'est de sa faute si je rate mes épreuves, que j'ai mis ma vie en l'air à cause de lui, à cause de ce qu'il s'est passé entre nous, et il a partiellement raison. Nous n'aurions jamais dû vivre ce que nous avons vécu. Ce n'était pas bien, mais je le referai mille fois, et ce « nous » reste perpétuellement dans ma tête comme une obsession.
S'il me laissait une seule chance, une unique chance de me rattraper, je sauterais dessus sans réfléchir à ce qu'il se passe en ce moment, comme si le fait de ruiner mes ASPICS n'était qu'un détail insignifiant, comme si ce détail n'avait jamais existé. C'est pourtant mon avenir qui se joue, mais un avenir dans lequel James n'apparaît pas ne m'intéresse pas.
« Il faudrait que tu y retournes maintenant pour arriver à répondre à la moitié des questions. Je t'attendrai devant la salle à la fin. On parlera après. Lily c'est important, tu t'en voudras toute ta vie si tu ne finis pas les ASPIC.
_ Mais je... Qu'est-ce que tu vas dire à …. »
Je m'interromps et je jette un regard à McGonagall l'air toujours aussi sévère et mécontente. Nous allons nous prendre la plus grosse soufflante de notre vie, et elle sera justifiée. J'ai peur. Je suis terrifiée quand je pense à ce qu'il pourrait nous arriver. Et ce regard que mon professeur de métamorphose porte sur moi me blesse profondément.
Je ne suis qu'une déception. Je ne suis plus Lily Evans la brillante élève, l'admirable préfète, je suis un souci, rien de plus, rien de moins. Je sais qu'elle se dit que je suis en pleine déchéance, je sais qu'elle se dit que la mort de mes parents m'a entraîné plus bas que terre, que James en a probablement profité, je sais très bien ce qu'elle pense, je m'étais préparée à tout cela, mais je n'avais pas pensé au choc que cela me ferait.
« La vérité. Au point où nous en sommes...
_ Je suis désolée. »
C'est à peu près tout ce que j'arrive à dire. Je me lève de mon lit sous le regard bienveillant et confus de l'infirmière et mes deux professeurs, ou plutôt anciens professeurs, m'escortent jusqu'à la salle d'examen. Je regagne ma chaise et j'essaie de me reprendre même si mes yeux me brûlent, me concentrer sur l'essentiel là. Cette copie, mes examens, mon avenir. Je remarque à peine le signe qu'Alice me fait pour me demander si ça va. Je me plonge dans mon devoir en essayant de rassembler ma mémoire, et je n'en ressors que lorsque la cloche émet un tintement nous indiquant que l'épreuve prend fin. J'ai fait un peu plus de la moitié mais j'ai tellement peu réfléchi sur chaque question que je ne donne pas cher de ma peau.
Je reprends ma plume et mon encrier que je fourre négligemment dans mon sac alors qu'Alice fond sur moi comme un rapace. Elle me serre dans ses bras en me répétant que c'est fini parce qu'elle sait très bien ce qu'il m'est passé par la tête. Elle me connaît par cœur. Elle m'a vu souffrir pendant des semaines et des semaines. Elle a même essayé de parler à James et ce sans que je ne lui demande. Elle a voulu me le cacher mais Peter me l'a dit. Elle s'est tapée une retenue à cause de ça. Comportement déplacé, il paraît.
A peine sortie de la salle, mon regard se pose sur lui. Des élèves se bousculent pour lui demander quelle était la bonne réponse à la question deux paragraphe cinq mais il est énervé, et je suis pétrifiée. Qu'est-ce que je vais faire ? Qu'est-ce qu'ils vont dire de nous ? De lui ? Je ne veux pas que James subisse les conséquences de notre histoire, je ne veux pas que ce soit le seul souvenir qu'il lui reste de nous.
Il y a eût tellement de belles choses. Le simple fait de repenser à tous ces moments que nous avons passé ensemble me coupe le souffle. Il y avait ces regards, ces sourires, ces mots, ces caresses. C'était tellement fort que c'était indescriptible. C'était tellement fort que je n'ai jamais pu oublier et je suis convaincue que je n'oublierai jamais. S'il ne veut plus rien me donner, alors je m'accrocherai à ces souvenirs jusqu'à la fin de ma vie.
« Dans mon bureau ! Me lance sèchement McGonagall. »
Elle surgit derrière moi et m'attrape par le bras en faisant signe à James de nous suivre. Mon poud s'accélère. J'ai peur. Les autres nous regardent sans comprendre. Jamais je n'ai autant apprécié de ma vie respirer alors que j'ai l'impression que d'ici peu, je ne le pourrai plus tant je vais me faire démolir.
Nous arrivons dans une petite pièce et elle contourne son bureau. Je sens la présence rassurante de James derrière moi, mais je suis terrifiée. Je m'entends respirer, j'entends mes doigts se frotter les uns aux autres, j'entends ma salive descendre dans ma gorge et mon cœur battre fort. Très fort. Je canalise tout, je m'efforce de ne pas me remettre à pleurer, mais je suis tellement paniquée que je sens que je peux craquer d'une minute à l'autre.
« Depuis combien de temps ? Elle demande froidement.
_ Depuis fin décembre, répond James d'une voix neutre.
_ Je vais avoir besoin de toutes les copies que Mademoiselle Evans vous a rendu à partir de ce moment là. »
Il hoche la tête sans broncher comme s'il s'attendait depuis longtemps à ce genre de requête. Il est si impassible... Je reconnais le James du début de notre relation, celui qui ne laissait rien entrevoir, qui était bien trop sérieux et qui s'accrochait éperdument à son éthique. Cependant, je sens qu'il y a quelque chose de différent cette fois-ci. J'ai l'impression qu'il est prêt à tout assumer et à lui tenir tête et je me sens en sécurité, je me sens soutenue malgré l'inquiétude qui me tord les entrailles.
« Comment avez-vous pu... Comment avez-vous pu vous enticher d'une élève, James ? Et vous Evans ? Une si bonne élève... Préfète-en-chef, douée dans toutes les matières, pourquoi ? Que vous est-il passé par la tête ? Elle demande sans vraiment poser la question. »
Je regarde mes pieds. C'est lui qui m'est passé par la tête et je sais que je ne peux pas demander au professeur McGonagall de me comprendre. Personne ne le peut. Je suis rouge de honte. Je n'ai pas honte de lui, non. Je n'ai plus honte de notre relation non plus. J'ai juste honte de la décevoir autant, elle, ce professeur que j'ai toujours estimé plus que les autres.
« Croyez-moi, je vais devoir faire un rapport au professeur Dumbledore.
_ Cela ne sera pas nécessaire, il est déjà au courant. »
La réponse de James la perturbe un peu mais elle n'en reste pas moins énervée et abasourdie. Je sens cependant qu'il y a quelque chose de plus, et je sais d'avance que ça ne va pas me plaire. Je sais qu'il va s'agir de suspicions terribles à propos de James et que cela va me dégoûter. Je sais que ça va le blesser et qu'il ne va pas le montrer, je sais qu'il va douter de moi jusqu'à ce qu'il m'entende dire à McGonagall la vérité sur la façon dont j'ai vécu cette relation.
« Evans vous êtes majeure et par conséquent libre de vos choix et de vos actes, mais il faut que je vous pose cette question. Avez-vous eu l'impression, ne serait-ce qu'une seule fois, que M. Potter ici présent a abusé de son autorité pour vous faire consentir à une relation avec lui ? »
La voilà, la fameuse question. La fameuse question qui remet en doute toute notre relation. La question qui nous a hantée, celle qui nous a longtemps poussée à croire que notre couple était dérangeant, que notre relation était malhonnête, malsaine, et immorale. Cette question qui me fait mal au ventre tant les sentiments étaient sincères et le sont toujours. Il n'aurait jamais pu me pousser à ça, on n'oblige pas les gens à ressentir.
« Pas une seule fois, professeur. S'il y a quelqu'un qui a abusé de quoi que ce soit ici, c'est moi. Je l'ai poussé inlassablement malgré ses refus et je... Je ne me suis pas rendue compte...
_ Lily... Arrête, il me coupe. »
Je me bats pour rester à une distance raisonnable de lui alors que le regard de McGonagall jongle entre nous deux. Je crois qu'elle se rend compte à ce moment là que nous n'y pouvons rien, que nous ne sommes que deux personnes qui sont tombées amoureuses l'une de l'autre sans en avoir l'intention, que nous sommes attirés comme deux aimants et qu'il nous est compliqué de négliger l'élan qui nous pousse l'un vers l'autre, mais ses yeux continuent à lancer des éclairs.
Je la comprends, elle aussi. A sa place, j'aurais eu les mêmes suspicions. C'est normal. Apprendre qu'un professeur sort avec son élève n'est pas commun et la première réflexion que tout individu normalement constitué est censé se faire à ce moment là est « Y-a-t-il abus de pouvoir ? ». Si seulement elle savait à quel point il a été correct avec moi...
« Bon... Très bien. Maintenant je vais avoir besoin des copies, James. Je vais les vérifier une par une et si je remarque que Mademoiselle Evans a été avantagée ou désavantagée de quelque façon que ce soit, des sanctions seront prises, les notes de l'année comptant également dans l'examen final.
_ Et sinon ? Je demande d'une voix timide. »
Le professeur s'arrête devant moi les lèvres pincées, surprise par l'audace dont je fais preuve dans une situation où je suis aussi peu à mon avantage. Je ne sais même pas où j'ai été puiser la force nécessaire pour lui répondre tant j'ai l'impression que toute ma petite forteresse de sûreté s'écroule autour de moi.
« Sinon... Eh bien... Je fermerai les yeux et j'essayerai de me convaincre que cette relation n'est pas plus extraordinaire qu'une autre puisque de toute façon vous avez terminé votre scolarité, elle répond sans avoir l'air très convaincue. »
Cette phrase me soulage un peu mais l'expression contrariée qu'elle arbore m'empêche de me réjouir. Je les suis jusqu'au bureau de James sans vraiment savoir pourquoi. Peut-être parce qu'il m'a dit que nous parlerons après l'épreuve et qu'il tient toujours sa parole. Il se penche devant la commode qui est sous le calendrier et il tire le tiroir du bas pour en sortir un gros paquet de copies ficelées. Toutes les miennes. J'imagine qu'il avait prévu le coup, qu'il savait qu'un jour où l'autre, cela finirait pas arriver. Je comprends maintenant pourquoi nous avions obligation de les rendre après avoir pris connaissance de nos notes.
McGonagall les prend et s'en va non s'en nous avoir regardé une dernière fois en poussant un long soupir et en secouant la tête d'un air désapprobateur. J'attends que la porte se soit refermée derrière elle pour me planter devant James. Je suis embarrassée. Mes mains sont dans les poches de ma jupe. Mes yeux sont vissés sur le sol. Lui, il est d'un calme imparable. Je me demande comment il fait, bien que je le suspecte de bouillonner intérieurement.
« Tous ces jours à se cacher, toutes ces heures d'inquiétudes, ces minutes où j'attendais avec impatience le moment où nous pourrions enfin nous retrouver en cachette... Tout ça pour en arriver là... Pour que je te vendes. Pour que ma faiblesse nous trahisse. Je suis désolée. Pour tout. J'ai fait n'importe quoi. Tu as toujours été merveilleux avec moi. Tu m'as respecté comme personne et moi j'ai été nulle. Je ne me le pardonnerai pas, tu sais.
_ J'ai bien compris ce qu'il s'était passé ce jour là avec Rogue, Lily. J'ai lu tes lettres. Je les ai lues et relues.
_ Alors pourquoi... Pourquoi tu n'as pas répondu juste pour me dire que c'était fini ? Juste trois mots. « C'est fini »...
_ C'est ce que tu attendais ? »
Le ton de sa voix est doux. Je suis désemparée. J'ai peur. C'est ma dernière chance. Ma dernière chance de le récupérer. J'ose un regard vers lui et je suis parcouru d'un léger tremblement. Rien n'a changé.
« C'est ce que je redoutais, je réponds dans un souffle.
_ Lily... Quand je t'ai vu avec lui après tout ce que tu m'avais dit, je me suis dit qu'il fallait que je vous laisse une chance. Il fallait que je te laisse choisir sans être influencée. On ne met pas une dizaine d'années de sa vie derrière soit, comme ça, m'explique-t-il gravement.
_ Je ne suis jamais retournée vers lui après ça.
_ Et tu n'y as jamais pensé ?
_ Je n'ai pensé qu'à toi, je répond d'un ton las, et je sens mes yeux s'embuer de larmes encore. »
Je les retiens. Je souffle pour me reprendre. Il le remarque. Il en est désolé. Moi aussi. S'il savait seulement la force que ça me prend d'être devant lui, devant son regard compréhensif que je ne mérite pas. Je comprends ce qu'il a voulu faire, je comprends qu'il ait douté de moi et qu'il ait pu penser qu'il serait mieux de me laisser, mais je ne comprends pas où il a pu trouver la volonté de le faire.
« Tu dis toujours que je ne suis pas raisonnable James. Je ne le suis vraiment pas. Je le sais. Et c'est pour ça que je suis capable de mettre ces huit années passées avec lui derrière moi pour quelqu'un que je ne connais réellement que depuis décembre. Pour toi. Parce que je t'aime de tout mon cœur. Vraiment. De tout mon cœur. Cette expression n'a jamais eu autant de sens pour moi que maintenant.
_ Je te crois. C'est juste... C'est dur Lily, d'être avec toi. Il y a toujours des choses qui vont mal. De ton côté comme du mien. »
Il a raison. C'est comme si nous étions tombés dans un puits à problèmes. Un puits sans fond. Je comprends, notre relation est un fardeau pour lui comme pour moi, mais c'est un fardeau que je veux porter et que j'adore porter. Je préfère la difficulté avec lui à la facilité sans lui.
« Nous avons toujours su que ce serait compliqué, je lui fait remarquer en accrochant son regard. »
Je ne sais pas ce qu'il pense, là. Ses bras le long de son corps, son visage très légèrement penché dépourvu de sourire, sa respiration irrégulière. Je crois qu'il retrouve ce que nous avions avant qu'il ne me quitte, je crois qu'il se rappelle.
« Tes yeux. Ça me tue, il dit en détournant les siens. »
Mon cœur s'arrête avant de repartir plus vite. Je ne bouge pas. Lui non plus. Figés. Paralysés l'un par l'autre. Cloués au sol, incapables du moindre geste. Incertains.
« Mes yeux, ils ne cherchent que les tiens. Des semaines et des semaines qu'ils ne cherchent que les tiens. Tu leur manques. Ils ont besoin de toi. T'es tout pour eux.
_ Lily... Sa voix n'est qu'un souffle désabusé.
_ Qu'est-ce qu'il faut que je dise pour que tu me reprennes ? Je te choisis mille fois James. Je ferai tout. Tout. »
Je fais un mouvement pour me mettre à genou devant lui mais il me rattrape par les coudes pour m'obliger à rester debout et il me serre dans ses bras. Je retrouve sa chaleur réconfortante, cette bouffée de parfum apaisant et les mots dans ma tête... Lui et moi. Je t'aime. Pardonne-moi. J'ai trop besoin de toi. Je n'en peux plus de te voir m'oublier. Ce sera toujours toi, passionnément et à la folie. Toujours. Je le sais. Toute ma vie ce sera toi. Dans un an, dans cinq ans, dans dix ans, dans vingt ans. Jusqu'à ce que je meure. Et même là je continuerai à t'aimer. Passionnément. A la folie. Tendrement. Du mieux que je le peux. Et je remercierai chaque jour Merlin de t'avoir fait entrer dans ma vie, de m'avoir donné cette chance. Chance inespérée. Maintenant que je la connais, maintenant que j'ai vécu, je ne peux que crier au désespoir. Pardonne-moi je t'en supplie. La vie sans toi je ne peux pas.
« Tu devrais aller te préparer pour le bal de ce soir Lily, Peter va t'attendre. »
Le bal de fin d'année. J'avais presque oublié. Je me défait de son étreinte. J'ai compris le message. Un beau vent en bonne et due forme dont lui seul a le secret. Une manière douce de me dire « non », une manière violente de me dire « non ». La pire manière possible de me remettre à ma place, me rappeler qu'un autre garçon m'attend et que ce garçon n'est pas lui.
Je retourne des mois et des mois en arrière, quand nous ne nous assumions pas. Froideur. Je tourne le dos et je quitte son bureau. Alors c'est comme ça ? C'est comme ça que se finissent les histoires d'amour passionnée ? Un cœur se brise et le monde continue de tourner dans la plus grande indifférence ? Ce que je ne savais pas, c'est que quand un cœur se brise, il se brise mille fois. Morceaux par morceaux. Un petit éclat pour chaque seconde qui passe. Un petit éclat démesurément douloureux. Je t'aime et je suis désolée que le sentiment ne soit plus partagé.
