DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les dialogues de la série Queer as Folk appartiennent à Ron Cowen et Daniel Lipman.

Rating : M

Genre : romance / slash / Yaoi


Pour ceux qui ne connaissent pas ce titre sublime d'Emmanuel Moire, je ne saurai trop vous conseiller de le découvrir. Pour ce me concerne, il résume parfaitement le Draco de cette histoire. La lettre de la fin du chapitre est directement inspirée du texte de la chanson.


Chapitre 35 – Mon aveu

« Je n'ai jamais su te le dire
J'ai même pensé à te l'écrire
Mais je reste silencieux
À n'avertir que tes yeux »

(Emmanuel Moire)

9 juillet 2015 – Loft de Blaise Zabini, South Hampstead, Londres

Plus d'un mois s'était écoulé depuis leurs retrouvailles et les semaines avaient filé à toute allure.

Il faut dire que Harry avait été considérablement occupé avec la commercialisation du Cobra et la promotion qui l'accompagnait. Quant à Draco, il avait dû finaliser un très important brevet relatif à un nouveau textile sorcier auto-ajustable.

Comme il s'y était engagé, Draco était revenu à Londres tous les weekends. Il arrivait bien souvent le vendredi soir et repartait le dimanche après-midi, plus rarement le lundi matin, très tôt.

Harry était heureux. Il aimait ressentir cette impatience qui grandissait dans son ventre dès le vendredi matin quand il savait que quelques heures à peine le séparaient du retour de son amant. Tout comme il aimait cette douleur sourde, un peu cotonneuse, qui lui serrait le cœur quand il repartait.

Heureux, Draco l'était tout autant. Il organisait toute sa semaine pour être certain d'être libre dès le vendredi soir et pour tout le weekend, quitte à travailler deux fois plus les autres jours. Une seule fois, il avait dû annoncer à Harry qu'il n'arriverait que le samedi matin en raison d'un dîner d'affaires auquel il était tenu d'assister. Harry n'avait pas protesté, comprenant parfaitement ses obligations professionnelles. Mais Draco n'avait pas pu attendre le lendemain matin. Sitôt son dessert avalé, il s'était excusé auprès des autres convives et avait quitté le restaurant. Il s'était démené pour prendre le premier portoloin en partance pour Londres où il était arrivé aux alentours de minuit. Dix minutes plus tard, il transplanait pratiquement dans le lit d'un Harry étonné mais plus qu'enthousiaste de le retrouver plus tôt que prévu.

Evidemment, la presse s'était à nouveau emparée de leur histoire. Il faut dire qu'ils ne se cachaient pas. Ils n'en avaient pas vu la raison. Ils étaient heureux, amoureux et ils n'entendaient pas le dissimuler. Pour autant, l'un comme l'autre refusait toute interview. Les journalistes n'avaient qu'à spéculer sur les raisons de leur remise en couple, après tout, c'est ce qu'ils faisaient de mieux.

-Harry ? Tu es avec nous ?

La voix d'Hermione sortit Harry de ses pensées.

Il dînait chez Blaise, avec Hermione et Théo. Justin, lui, assistait à Berlin à un colloque sur les propriétés curatives de la dionée attrape-mouche.

-Oui, sourit-il. Désolé.

- Tu sais que c'est presque effrayant, observa Blaise d'un ton moqueur.

- Quoi donc ?

- Ce sourire idiot que tu arbores quasiment en permanence !

- Ouais, renchérit Théo. C'en est même… indécent ! Bordel, mec, tu transpires le bonheur par tous les pores…

- Les garçons, arrêtez d'embêter Harry ! s'interposa Hermione en amenant à table un grand plateau de sushis. Nous devrions tous être contents pour lui ! Moi, je le suis en tout cas !

Sur ces mots, elle posa un baiser dans les cheveux de son ami.

-A quelle heure est ton portoloin, demain ?

- 16 heures 30, répondit Harry qui avait recommencé à sourire comme un bienheureux. J'ai hâte d'être là-bas.

- On s'en doute, rigola Blaise.

- Et à part le lit de Draco, tu comptes visiter quelque chose à Milan ? questionna Théo, l'air de rien, en déposant plusieurs sushis sur son assiette.

Harry fit un soupir faussement agacé et fit mine de vouloir pincer Théo avec ses baguettes. Ses amis le charriaient tout le temps depuis qu'il s'était remis avec Draco mais il ne leur en voulait pas car il savait qu'ils étaient tous heureux pour lui.

-Tu as prévu des choses pour les vacances ? demanda Hermione.

- Eh bien, déjà nos trois jours à Palm Springs, dit Harry la bouche pleine d'un maki au thon et à l'avocat.

Hermione leva les yeux au ciel. Elle ne comprenait toujours pas comment Harry avait pu offrir un cadeau pareil à Draco mais elle ne fit aucun commentaire.

-Le 1er août, continua-t-il, je récupère James et Albus chez Ginny et nous passons quinze jours à Cherbourg dans la maison de Draco.

- Scorpius sera là ? questionna Blaise.

- Oui. Ça n'a pas été facile, mais Draco a pu obtenir d'Archibald Miller que Scorpius puisse passer deux semaines de vacances avec lui.

- Draco est papa, dit Théo d'un ton rêveur. C'est incroyable… Je n'en reviens toujours pas.

Cette remarque fit sourire Hermione, Blaise et Harry. Tous les trois savaient que Justin espérait convaincre Théo d'adopter un enfant un jour. Ce ne serait peut-être pas si difficile que ça en fin de compte.

Ils continuèrent à manger, à plaisanter, à rire, et à parler de tout et de rien. Il faut dire que le saké aidait considérablement à la détente.

-Je suis vraiment, vraiment contente pour Draco et toi ! claironna soudain Hermione en reposant bruyamment son ochoko sur la table.

L'alcool de riz avait apparemment sur elle un effet plutôt euphorisant.

-C'est vrai que tu n'as jamais eu l'air aussi heureux que ces dernières semaines, approuva Blaise.

Les joues de Harry prirent une jolie teinte rose.

-J'avoue que je plane complètement, admit-il, un peu gêné. Il est… incroyable. Je suis raide dingue de lui… Oh Merlin, dit-il en se prenait la tête entre les mains, je suis surtout ridicule…

- Non ! protesta Hermione avec fougue. Pas du tout ! C'est formidable, au contraire.

- C'est vrai, renchérit Théo. Et ce qui est formidable par-dessus tout, c'est que tu sois parvenu à transformer Draco.

- Tu crois ?

- Bon sang Harry ! intervint Blaise. Draco rayonne tellement qu'il brille dans la nuit !

- Tu exagères…

- A peine. Sérieusement, Harry. Draco a changé. Il est plus heureux, ça se voit. Bien plus heureux même que la première fois où vous étiez ensemble. On dirait qu'il est plus serein. Comme s'il avait lâché prise et enfin accepté le fait d'être capable de vivre une histoire d'amour avec quelqu'un.

- Tu peux nous croire, ajouta Théo. Nous n'avons jamais connu Draco comme ça.

Harry hocha doucement la tête.

-Avec le recul, je crois que le fait d'avoir vécu sous le même toit alors qu'on sortait à peine ensemble, était une erreur. Ça nous a mis la pression à tous deux, inutilement. Nous formions un couple avant même d'avoir appris à nous connaître.

- Tu penses que vivre séparés est une meilleure chose ? s'étonna Hermione.

- Hm… pour l'instant, oui. On prend le temps qu'il faut pour se découvrir à nouveau. S'apprivoiser aussi. On profite de tous les moments que nous passons ensemble, bien plus qu'auparavant. Et ça me donne encore plus envie de faire ma vie avec lui… mais…

- Mais pas tout de suite, acheva Blaise.

- Non. C'est trop tôt. On risquerait de tout gâcher, une fois encore.

- Et… tu ne crains pas, dit Hermione… que… enfin, je veux dire…

- Non, coupa gentiment Harry. Je sais que ça peut sembler bizarre mais… je craignais bien plus ses infidélités quand il vivait avec moi que maintenant. Sincèrement, je n'ai aucune idée de ce qu'il fait durant la semaine et je n'ai pas envie de me torturer l'esprit avec ça.

Personne ne fit d'autre commentaire. Harry était adulte et menait sa vie comme il l'entendait. Et, à voir son sourire, cette vie semblait lui convenir parfaitement.

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10 juillet 2015 – Terminal des Portoloins de Milan

Une fois n'était pas coutume, Harry atterrit plus ou moins correctement. Il réarrangea ses vêtements qui avaient tout de même un peu souffert du voyage et vérifia que son sac miniaturisé était toujours bien dans sa poche. Puis il sortit dans le hall des arrivées.

Il se mit sur la pointe des pieds afin de tenter d'apercevoir Draco au milieu de la foule, mais sans succès. Il regarda sa montre, étonné que Draco ne soit pas encore là. Il allait prendre son portable pour l'appeler quand deux bras l'enserrèrent avec force par derrière.

-Tu es en retard, Malefoy, dit-il pour la forme.

- Un Malefoy n'est jamais en retard, Harry Potter. Ni en avance d'ailleurs. Il arrive précisément à l'heure prévue.

Cette réplique fit rire Harry. Il se retourna pour faire face à Draco et l'enlacer à son tour.

-J'ai bien cru que cette journée ne finirait jamais, dit Draco tout bas.

- Moi non plus. J'avais hâte de te retrouver.

- J'avais hâte que tu arrives.

Draco se pencha et lui donna le plus passionné des baisers. C'était l'une des choses qui avaient le plus changé entre eux : Draco était beaucoup plus doux, plus attentionné et plus démonstratif en public qu'il ne l'avait jamais été. Comme si montrer ses sentiments ne lui faisait plus aussi peur qu'avant.

-Tu es prêt ? demanda-t-il.

- Quand tu veux.

Draco enserra Harry un peu plus fort et les fit transplaner dans son appartement.

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11 juillet 2015 – Appartement de Draco Malefoy, Sempione, Milan

Le samedi matin, Harry s'éveilla tout en douceur. Il se sentait merveilleusement bien, allongé entre les draps tièdes, le corps nu de Draco se pressant contre le sien. Les yeux toujours clos, il devinait la lumière du jour qui filtrait au travers des persiennes et qui réchauffait doucement sa peau. Il n'avait aucune idée de l'heure qu'il était et il s'en fichait.

La veille, après un dîner romantique dans le quartier de Brera, ils étaient sortis au One Way Club, le lieu de divertissement gay le plus à la mode de Milan. Harry avait beaucoup apprécié l'endroit, son côté un peu old-fashion, mais surtout son ambiance amicale et festive, qui n'avait rien à voir avec l'atmosphère surchauffée et agressive de certaines boîtes gays de Londres.

Ils n'étaient pourtant pas restés très longtemps. Alors qu'ils dansaient, entourés d'hommes à l'attitude aguicheuse, Draco avait surpris Harry en lui murmurant à l'oreille qu'il avait envie de rentrer et l'avoir pour lui tout seul. Harry ne s'était pas fait prier et c'est avec un bonheur non dissimulé qu'il avait laissé Draco lui démontrer toute l'étendue de son désir de lui.

Ils s'étaient endormis aux petites heures de jour, alors que le soleil pointait à l'horizon.

Toujours somnolant, Harry remua quelque peu. Il sentait qu'on l'observait. Draco devait s'être réveillé et le matait sans vergogne. Il sourit et s'étira paresseusement, dénudant partiellement son corps sans pudeur.

-Arrêter ça, souffla-t-il. Tu me fais bander…

Comme il n'obtenait aucune réponse, il ajouta, un brin séducteur :

-Mais c'est peut-être ça que tu veux…

- Tout ce que je veux, c'est aérer et nettoyer la chambre. Ça sent le troll, ici !

Harry sursauta violemment, définitivement réveillé. Des oreilles poilues. Un nez en forme de topinambour. Deux yeux globuleux. Ce n'était indiscutablement pas Draco.

-Atticus ? marmonna Draco qui émergeait à peine. Qu'est-ce que tu fais là ?

- J'ai la chambre à faire, Monsieur. Enfin, quand je dis la chambre…

Les poings sur les hanches, il regardait autour de lui avec une moue clairement désapprobatrice. Du bout des doigts, il souleva une pièce de tissu complètement déchirée qui s'avéra être le caleçon de Harry que Draco lui avait arraché quelques heures plus tôt dans un moment d'emportement. Harry le lui prit des mains rapidement pour le faire disparaître sous le drap.

-C'est pas le moment Atticus, grogna Draco. Reviens lundi.

- Je ne suis pas là lundi, l'informa l'elfe. Je suis en congé pour une semaine.

- Une semaine ? s'étouffa Draco.

- Oui, Monsieur. Je pars visiter Rome.

Draco se laissa retomber sur l'oreille en poussant une plainte douloureuse.

-Veux-tu au moins nous laisser le temps de nous lever et de nous doucher ? soupira-t-il.

Les sourcils froncés, l'elfe prit son temps pour évaluer la revendication.

-Vingt minutes. Pendant ce temps, je vais préparer le repas, dit-il. Le repas de midi, ajouta-t-il, un peu méprisant.

Il claqua des doigts et disparut.

-Oh bordel de merde, je veux mourir, se lamenta Harry.

- Tu as la gueule de bois ? On n'a pourtant pas bu tant que ça… Ou bien, t'as mal au cul ?

- J'ai dit à ton elfe qu'il me faisait bander…

- QUOI ? sursauta Draco.

- Merlin, me fais pas répéter… c'est trop humiliant…

Draco éclata d'un rire tonitruant. Il riait tellement fort qu'il en avait mal aux côtes. Harry lui, était toujours aussi mortifié.

-Allez, n'en fait pas tout un drame, dit Draco quand il fut un peu calmé. Allons prendre une douche avant qu'il ne revienne nous expulser de la chambre à coups de fouet.

Sur ces mots, il se leva prestement et enfila une robe de chambre. Harry le regardait faire avec un sourire narquois.

-Quoi encore ? demanda Draco.

- Oh rien, dit Harry. C'est juste incroyable de te voir obéir à ton elfe de maison.

Pour toute réponse, Draco se baissa et ramassa la première chose qui lui tomba sous la main, en l'occurrence un t-shirt, et le lança à la figure de Harry de toutes ses forces. Ensuite de quoi, il s'enferma dans la salle de bain.

-TE BRANLE PAS DANS LA DOUCHE SANS MOI ! cria Harry à travers la porte.

- JE T'EMMERDE POTTER !

Harry rigola silencieusement. Il s'étira une nouvelle fois et se leva à son tour. Il savait comment se faire pardonner de Draco mais il avait plus urgent à faire dans l'immédiat. Aller aux toilettes.

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Quelques temps plus tard, ils étaient tous les deux attablés à la cuisine devant les plats préparés par Atticus. Il y avait une salade caprese, des pâtes froides au pesto et du pain frais aux olives. Apparemment, les aptitudes culinaires des elfes s'adaptaient aux produits locaux.

-Mathieu nous invite à dîner chez lui, ce soir, annonça Draco sans préambule, tout en se servant de tomates et de mozzarella.

- Ah.

- Tu verras, sa villa est splendide. Elle borde le Lac de Côme… Une vraie merveille. Tu vas adorer.

- Pourquoi nous invite-t-il ?

- Eh bien, il sait que tu es ici et il souhaite faire ta connaissance.

- Il a déjà fait ma connaissance, objecta Harry.

- Oui, il a rencontré Harry Potter. L'homme d'affaire. Le modèle pour sa campagne publicitaire. Là, il voudrait rencontrer… juste Harry. Mon petit-ami.

- Oh.

Cette perspective était déjà beaucoup moins déplaisante. Il prit néanmoins le temps de la réflexion avant de répondre :

-Ok.

- C'est vrai ? dit Draco, clairement étonné.

- Oui, répliqua Harry en haussant les épaules.

- Bien... Je… je vais appeler Mathieu… pour… pour confirmer, bafouilla Draco.

Harry fronça les sourcils.

-Ça va ? Tu n'as plus l'air aussi enthousiaste tout d'un coup…

- Si ! Si ! Il n'y a aucun problème !

- Draco…

Draco se mit à chipoter sa nourriture du bout de sa fourchette. Comme le regard de Harry se faisait plus insistant, il posa ses couverts et soupira.

-Il y a quelque chose que tu dois savoir à propos de Mathieu et moi…

- Tu m'as dit que vous n'aviez pas couché ensemble ! dit Harry âprement.

- C'est la vérité ! Nous n'avons jamais couché ensemble !

- Alors quoi ?

- J'ai couché avec d'autres hommes… chez lui. Devant lui.

- Tu… tu veux dire que… que c'est…

- Un voyeur, oui. Ou plus précisément un candauliste. C'est comme ça qu'il prend son pied…

Harry posa le front sur sa paume, réfléchissant à ce qu'il venait d'apprendre, jusqu'à ce qu'il se redresse brusquement.

-C'est pour ça qu'il nous invite ? Pour participer à… à… une orgie ?

- NON ! Pas du tout ! Il...

- Parce que c'est hors de question ! Je refuse de participer à ça ! Je refuse de… de voir d'autres mecs te toucher ou… ou… que toi, tu...

Il agita les mains devant lui comme pour chasser des images dérangeantes.

-C'est déjà assez difficile de ne pas penser aux… autres hommes que tu vois… Alors… ça… c'est au-dessus de mes forces, acheva-t-il presque à voix basse.

Il ferma les yeux, dépité. Depuis que Draco et lui s'étaient remis ensemble, il avait délibérément gardé la tête dans le sable. Il s'était persuadé que cela n'avait aucune importance, que s'il n'en parlait pas, ça n'existait pas… Mais c'était des foutaises. Ça lui faisait toujours aussi mal qu'avant. Même plus.

Draco ne disait toujours rien. Harry entendit sa chaise racler le sol et quand il rouvrit les yeux, il le vit dans la cuisine, prendre une bouteille dans la cave à vin.

-Il n'y a eu personne, dit Draco en ouvrant le tiroir pour prendre un tire-bouchon.

- Quoi ?

- Depuis… depuis qu'on est à nouveau ensemble… il n'y a eu personne d'autre que toi.

- C'est vrai ?

Harry se détesta pour le son pathétique de sa propre voix. Mais c'était plus fort que lui. L'espoir gonflait dans son cœur tellement vite qu'il était prêt à exploser.

-Trop de boulot, expliqua Draco d'un ton sec. Je n'arrête pas de toute la journée et je suis complètement mort quand je rentre ici le soir.

- Ah.

Draco amena la bouteille à table et remplit leurs verres.

-Et puis, je n'en avais pas envie, conclut-il d'un ton bourru.

Harry en aurait pleuré de joie. A la place, il inspira longuement et posa la main sur celle de Draco.

-Je t'aime, Draco.

Le changement était imperceptible mais il était là. Pas de crispation, pas de raideur. Juste des doigts qui se mêlent un peu plus intimement. Comme un lâcher-prise.

-Je sais.

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Villa Rosa, Bellagio, Italie

Draco n'exagérait pas quand il disait que l'endroit était splendide.

Le soleil descendait doucement, baignant le ciel de chaudes et douces couleurs orangées qui se reflétaient sur le Lac, donnant l'impression qu'il était couvert d'une fine pellicule d'or.

L'allée qui remontait vers la Villa était bordée de camphriers, de bougainvilliers blancs et d'oliviers. Du jasmin courait le long de la façade, embaumant l'air chaud de ce début de soirée.

-Ça te dirait qu'on s'achète un jour une propriété ici ? dit Draco en actionnant la cloche de l'entrée. Je trouve que cette région est magnifique.

- Je… heu… tu as dit « on »… ?

- Oui, souffla Draco en posant un baiser sur sa tempe.

Harry n'eut pas le temps de répondre car la lourde porte en chêne venait de s'ouvrir sur un elfe de maison vêtu d'une taie d'oreiller brodée.

-Bienvenus messieurs, dit-il dans un français parfait. Veuillez me suivre. Le maître vous attend au salon vert.

Draco fit un signe de tête et emboîta le pas du serviteur. Il était manifestement familier des lieux et ce constat distilla une pointe de jalousie dans le cœur de Harry.

L'elfe les conduisit devant une double porte sculptée qui s'ouvrit sans qu'il ait besoin de la toucher.

-Maître. Monsieur Malefoy et Monsieur Potter, dit-il s'écartant pour les laisser passer.

- Merci, Abélard. Tu peux disposer.

L'elfe disparut dans un petit craquement, laissant Harry et Draco en compagnie de Mathieu Saint-Martin.

-Merci d'avoir accepté mon invitation ! dit-il d'un ton affable en se dirigeant vers ses invités.

Il posa ses mains sur les épaules de Harry et l'embrassa sur les deux joues.

-Quelle joie de te revoir, Harry ! Je peux t'appeler Harry, n'est-ce pas ?

- Heu… oui, oui. Pas de problème.

- Bien !

Il se tourna ensuite vers Draco à qui il donna une chaleureuse accolade.

-Draco, mon ami. J'ai l'impression de ne plus t'avoir vu depuis une éternité !

- Quelques semaines tout au plus, répondit Draco.

Mathieu fit un petit moulinet avec sa main, l'air de dire que tout cela n'avait aucune importance.

-Je suis ravi de vous avoir ici tous les deux, dit-il en se dirigeant vers une petite table sur laquelle se trouvait un seau à glace et des verres en cristal.

Il sortit la bouteille de champagne du seau et fit le service. Il tendit deux flûtes à Harry et Draco avant de prendre la sienne et de la lever vers eux.

-A cette belle soirée ! dit-il.

Ils burent une gorgée avant de prendre place dans de confortables canapés en cuir, assez modernes au regard du reste de la décoration.

-Mon cher Harry, commença Mathieu, je tiens à te remercier. Grâce à toi, les ventes de Sable Noir dépassent celles de tous mes autres parfums ! C'est un véritable succès !

- Oh… le succès tient à ton parfum… pas à ma photo sur une affiche. Même si j'avoue que celle-ci est vraiment belle. Tu m'as grandement avantagé.

- Absolument pas ! La seule liberté que j'ai prise, c'est d'estomper ta cicatrice. J'ai cru comprendre que tu n'étais pas forcément à l'aise avec ton statut de… Sauveur comme on aime t'appeler dans ton pays.

- En effet.

Disant cela, Harry coula un regard vers Draco. Nul doute qu'il devait être l'origine de cette initiative. Il pressa doucement sa main dans la sienne, comme pour le remercier silencieusement de si bien le connaître.

La conversation dévia ensuite sur les dernières créations de Mathieu, sur la préparation de la collection printemps-été de l'année suivante et de son prochain défilé à Paris.

-A Paris ? releva Draco.

- Oui. Il est temps que j'affronte mes vieux démons.

- C'est bien.

- C'est grâce à toi.

Harry assistait à l'échange, irrité de ne pas en saisir le sens. Fort heureusement, Mathieu coupa court à la discussion en les invitant à passer à table.

Le repas était un vrai régal. Les elfes s'étaient surpassés en présentant des plats de la haute gastronomie française. L'ambiance était détendue et la conversation plaisante. Harry se surprit à comprendre comment Draco avait pu se lier d'amitié avec Mathieu. L'homme, épicurien dans l'âme, était cultivé, possédait un redoutable sens de l'humour et savait charmer son public. Il était aussi très modeste, minimisant ce que beaucoup qualifiait de génie.

Deux heures et deux bouteilles de Saint-Estèphe plus tard, Harry se sentait délicieusement grisé. Il avait lâché la conversation entre Draco et Mathieu, préférant regarder autour de lui et s'imprégner de l'ambiance du lieu.

-Ça se passe où exactement ? demanda-t-il soudain, coupant la parole à Draco.

- Quoi donc ? dit Mathieu.

- Tes petites… soirées privées…

- Harry…

Draco le regardait comme s'il était devenu fou.

-Eh bien quoi ? Pourquoi je ne pourrais pas le savoir ?

- Il n'y a aucun problème, Harry, répliqua Mathieu, complaisant. Je vais te faire visiter.

Il se leva et invita Harry à le suivre. Comme Draco ne bougeait pas, Harry dit avec une pointe d'acidité :

-Je suppose que tu ne nous accompagnes pas, Draco. Après tout, tu connais déjà les lieux…

- Je viens.

Draco s'était levé d'un bond. Hors de question de laisser Harry seul en compagnie de Mathieu. Ce dernier eut un petit sourire en coin qu'il dissimula en se dirigeant vers la porte.

Ils retournèrent dans le hall d'entrée, contournèrent le grand escalier de marbre qui menait à l'étage, puis traversèrent plusieurs couloirs et patios avant d'arriver face à une porte d'aspect assez simple. Mathieu la déverrouilla d'un sort et elle s'ouvrit sur une grande pièce carrée, entièrement lambrissée. Le long des murs se trouvaient des banquettes en velours, et des chaises Louis XV, ainsi qu'une dizaine de délicats paravents laqués. Sur chacun d'eux était suspendu un peignoir en soie de couleur ivoire. Harry ne put s'empêcher d'avancer la main et de caresser le tissu. Il était fin et tellement fluide qu'il avait l'impression de toucher de l'eau. L'espace d'un instant, il visualisa Draco seulement vêtu de cette étoffe et il n'eut aucun mal à imaginer combien elle devait mettre en valeur la perfection de sa peau.

Mathieu avança plus loin dans la pièce, vers un rideau blanc, légèrement transparent, qu'il écarta, dévoilant une baignoire en marbre creusée dans le sol. Plus loin se trouvaient des douches, ainsi que des bancs en bois clair.

-Hm… alors… c'est ici… que…, commença Harry d'une voix mal assurée.

- Non, sourit Mathieu. Cette pièce est l'antichambre. C'est ici que mes invités se préparent. Bien sûr, l'endroit est propice à certains préliminaires mais l'essentiel se déroule… là-bas.

Disant cela, il tendit le bras en direction d'un petit couloir dissimulé par une tenture et au bout duquel se trouvait une double porte en chêne et en dorures.

Harry se dirigea vers l'endroit indiqué et ouvrit la porte.

-Oh Merlin, souffla-t-il en regardant autour de lui.

Au moment où il entrait, des appliques magiques fixées sur les murs se mirent à diffuser une lumière douce et chaude.

Harry était bouche bée. Excepté chez Gringott's, il n'avait jamais vu autant de marbre, de bronze, de cristal, d'or et d'argent, réunis dans une seule pièce. D'aucun aurait pu trouver la décoration trop chargée, mais il n'en était rien. Les statues, les chandeliers, les tapis, les lustres… Tout était équilibré, délicat et magnifiquement mis en valeur. Quant au mobilier, il n'y avait rien qu'on ne désirait plus que de s'allonger sur les confortables bergères, récamiers et autres divans qui étaient disposés dans la pièce.

-C'est… c'est incroyable, dit-il. Ce salon est splendide…

- Je te remercie, dit Mathieu. J'en suis assez fier, je l'avoue.

- Il y a de quoi… je n'ai jamais vu plus bel endroit…

- Il est encore plus beau quand il est… occupé.

Harry le crut sans peine. Il pouvait parfaitement imaginer les corps alanguis sur les canapés, ou d'autres enlacés à même le sol, sur les tapis moelleux. Une fois encore, la vision de Draco, au milieu d'autres hommes sans visage, s'imposa à son esprit.

-Oui, murmura-t-il. J'imagine que oui.

- Dois-je en déduire que tu seras des nôtres très bientôt ? demanda Mathieu avec un petit sourire en coin.

- Sûrement pas ! tonna la voix de Draco qui s'exprimait pour la première fois depuis qu'ils avaient quitté la salle à manger.

Il s'était rapproché de Harry et avait passé un bras devant lui comme pour le protéger d'un quelconque danger.

-Harry est un grand garçon, Draco. Il est capable de dire ce qu'il veut.

- IL NE VEUT PAS DE CA !

Draco était tendu, les poings serrés et le visage crispé.

-Il ne veut pas de ça, répéta-t-il plus bas. Et moi non plus…

- Draco… dit Harry.

- Tu n'en veux pas pour lui ? coupa Mathieu. Ou pour toi ?

Le regard de Harry allait de Draco à Mathieu. Les deux hommes se fixaient sans ciller.

-Pour lui et pour moi, dit Draco. C'est terminé, Mathieu. Je ne viendrai plus.

Mathieu eut un sourire triste et indulgent à la fois.

-Je le savais. Je l'ai su à la seconde où tu m'as dit que tu avais retrouvé Harry.

Il s'approcha de Draco et posa délicatement la main sur sa joue.

-Tu es quelqu'un de bien, Draco. Je te l'ai toujours dit.

Sur ces mots, il s'avança encore et prit le visage de Draco entre ses mains. Il se pencha et l'embrassa tendrement. Le baiser était doux et saturé de sentiments. Il aurait pu rendre Harry jaloux mais ce ne fut pas le cas. Sans doute parce que ce baiser avait goût d'adieu.

-Harry a de la chance de t'avoir, dit Mathieu en s'écartant doucement.

- Et moi, j'ai de la chance d'avoir Harry, rétorqua Draco en souriant.

Mathieu hocha la tête et se tourna vers Harry.

-Tu me fais penser à Maxime, dit-il un peu tristement. Si beau, si déterminé. Si passionné.

- Il n'est peut-être pas trop tard pour vous deux, observa Harry.

- Je ne sais pas… Je crois que je lui ai fait trop de mal.

- Tu devrais essayer de lui parler.

- Ou de lui chanter une chanson, intervint Draco. Ça marche assez bien, je dois dire…

Harry éclata de rire sous le regard totalement perdu de Mathieu.

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17 juillet 2015 – Appartement de Harry Potter, Fulham, Londres

Pour la troisième fois, Harry vida le contenu de sa valise en râlant. Il devait retrouver Draco au terminal des portoloins de Londres dans trois heures et ses bagages n'étaient toujours pas prêts car il ne savait pas quoi emporter. Draco lui avait dit de prendre un costume pour la soirée VIP… oui mais lequel ? Le trois-pièces en laine de soie ou la veste et le pantalon en lin ? Devait-il prendre des chemises ou se contenter de t-shirts ? Il se décida pour les t-shirts et l'ensemble en lin. Après tout, il faisait chaud à Palm Springs et il doutait de toute façon de garder son costume bien longtemps sur lui.

Il était en train de plier soigneusement le pantalon quand des coups se firent entendre à la vitre de la chambre. Il ouvrit la fenêtre et accueillit un hibou grand-duc au plumage fauve qui lui tendit obligeamment la patte, lestée d'un petit paquet. Sitôt le colis réceptionné, l'oiseau s'envola.

-Hm… plutôt pressé, celui-là, marmonna Harry en refermant la fenêtre.

Il défit rapidement l'emballage pour trouver à l'intérieur une petite pièce de tissu et un morceau de parchemin.

« J'ai hâte de te voir porter ça. DM »

Harry déplia le tissu avec curiosité. Il leva les yeux au ciel quand il découvrit un petit string blanc brillant, à peine assez grand pour cacher son généreux attribut. Cela ne l'empêcha toutefois pas de ressentir un petit frisson d'excitation en s'imaginant se déhancher sous le nez de Draco en portant cette microscopique petite chose.

Toc toc toc

-Allons bon, dit Harry en voyant un autre hibou devant sa fenêtre. Ce sera quoi, cette fois ? Des cache-tétons ?

L'oiseau frappa de nouveaux petits coups sur la vitre, apparemment impatient de délivrer son message.

-Oui, ça va… j'arrive !

A peine la fenêtre ouverte, le hibou déposa une enveloppe dans la main de Harry. Il resta sur l'appui de fenêtre, signe qu'il attendait une réponse.

Harry décacheta l'enveloppe et déplia la lettre. Il fronça les sourcils en reconnaissant l'écriture d'Andromeda Tonks. La missive était courte, pourtant il dut la relire deux fois avant d'en comprendre le sens. La bouche sèche, les mains tremblantes, il se laissa tomber sur le rebord de son lit.

Les minutes s'écoulaient sans qu'il soit capable du moindre mouvement. Sur l'appui de fenêtre, le hibou hulula doucement à plusieurs reprises. Harry cligna des yeux. Sa vue était brouillée par les larmes. Un rire amer s'étrangla dans sa gorge quand il nota qu'il tenait toujours, boulotté dans sa main, le string offert par Draco.

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Appartement de Draco Malfoy, Pimlico, Londres

Draco terminait l'inventaire de ses maillots de bain et de ses boxers quand il entendit un ronflement provenant du salon.

-Draco ?

Il descendit les escaliers au pas de course pour trouver Harry debout devant sa cheminée.

-Tu es en avance Potter ! On ne part que dans deux heures ! Je n'ai même pas…

Draco s'interrompit quand il vit le visage défait de Harry.

-Que se passe-t-il ?

- Je… c'est…

Harry ferma les yeux très fort pour empêcher ses larmes de couler. En vain.

-Harry, qu'y a-t-il ? insista Draco.

- C'est… c'est Teddy…

- Qui est Teddy ?

La question désarçonna Harry. Etait-il possible qu'il n'ait jamais parlé de Teddy à Draco ? Il fouilla dans ses souvenirs mais il dut se rendre à l'évidence : jamais il n'avait mentionné son existence devant Draco.

-Qui est ce Teddy ? répéta Draco, visiblement agacé.

- Mon… mon filleul…

- Ton filleul ?

- Le fils de Remus Lupin… tu sais, notre professeur de Défense en troisième année…

- Le loup-garou ?

- Oui.

- Je ne savais pas que les loup-garous pouvaient se reproduire.

Le ton méprisant de Draco irrita Harry.

-C'ETAIT UN ETRE HUMAIN ! UN HOMME, COMME TOI ET MOI ! EVIDEMMENT QU'IL POUVAIT AVOIR DES ENFANTS !

Draco eut un mouvement de recul, surpris par l'accès de colère de Harry.

-Ok ! Ok ! dit-il en levant les mains. Quel est le problème avec ton filleul ? Pourquoi es-tu dans un état pareil ?

- Il… il est mort.

Il ne put ajouter un mot de plus et fondit en larmes. En un instant, Draco fut près de lui, le serrant dans ses bras.

-Je suis désolé, Harry.

Il caressa ses cheveux, ne sachant pas quoi faire ou dire pour apaiser son chagrin.

-Que s'est-il passé au juste ? demanda-t-il après quelques instants.

Harry hoqueta, puis s'écarta de lui. Il essuya ses joues mouillées. En quelques mots, il expliqua à Draco ce dont souffrait Teddy, ses efforts pour lui trouver les meilleurs médicomages, et finalement son internement à Wiesbaden.

-Son agressivité était telle que les médicomages devaient en permanence lui administrer des potions sédatives. Les doses étaient de plus en plus fortes… et ce matin… il a… quand il a…

-C'était la dose de trop, résuma Draco.

Harry hocha simplement la tête.

-Il n'y avait aucun remède ?

- Aucun. Il y a quelques années, j'ai créé une fondation afin de financer des recherches sur cette maladie… j'ai toujours espéré qu'un jour, Teddy pourrait en profiter mais…

Sa voix se brisa à nouveau.

-Je ne pourrai pas venir à Palm Springs avec toi, reprit-il plus calmement. Tu comprends… Je dois… je dois aller en Allemagne… Je ne peux pas laisser Andromeda s'occuper de… de tout ça… toute seule… Il faut que…

- Je comprends. Il n'y a aucun problème ! Je vais t'accompagner en Allemagne. Nous...

- Non ! Je ne veux pas que tu te prives d'aller à Palm Springs !

- Mais Harry, je ne vais…

- Non, Draco ! Je sais combien tu as envie de vivre cette expérience, tu me l'as assez répété. Et puis, c'est ton cadeau d'anniversaire !

- J'ai survécu 35 ans sans aller à une White Party, je pourrai survivre encore un an de plus…

Harry soupira, touché par l'attitude de Draco.

-Je te remercie infiniment de vouloir être à mes côtés mais… je serai occupé tout le temps. Entre les démarches administratives avec la clinique, le choix du… enfin, bref. Je ne serai quasiment jamais avec toi. Alors, il vaut mieux que l'un de nous deux au moins profite de ces tickets.

- Ça m'est égal si…

- Je le sais bien mais…

Il fit quelques pas en passant nerveusement la main dans ses cheveux.

-Ecoute… je t'assure que je m'en sortirai très bien. Ça fait des années qu'Andromeda et moi, on s'occupe de Teddy tous les deux… alors… je crois que j'ai besoin d'être seul avec elle… Et puis, honnêtement, ça me ferait terriblement râler que tu n'ailles pas à Palm Springs après tout le mal que je me suis donné pour obtenir ces tickets.

Draco regarda Harry avec circonspection.

-Tu en es vraiment sûr ?

- Absolument. Bon sang, Draco, je me suis presque prostitué pour les avoir ! ajouta Harry dans une vaine tentative de détendre l'atmosphère. Tu ne vas quand même pas les gâcher ?

Après quelques secondes de réflexion, Draco finit par accepter.

-C'est d'accord. Je vais y aller. Mais tu me promets de m'appeler tous les jours ?

- Je te le promets. Et toi promets-moi de t'amuser. La vie est courte, Draco. Tu dois en profiter sans aucun remord, ok ? J'ai… j'ai besoin de savoir que tu en profites pleinement…

Draco hocha la tête. Il serra Harry dans ses bras avant de l'embrasser avec toute la tendresse dont il était capable.

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Downtown Hotel, Palm Springs, Californie

Grâce au décalage horaire, Draco était parti de Londres avec le portoloin de 19 heures et était arrivé à Palm Springs le même jour, à 11 heures du matin, heure locale.

Les formalités d'enregistrement à l'hôtel avaient pris très peu de temps, tout comme celles de son inscription à la White Party. Un steward s'était contenté de lui faire signer un formulaire par lequel l'organisateur déclinait toute responsabilité quant à la transmission éventuelle de MST et par lequel Draco reconnaissait avoir pris connaissance du règlement de la manifestation, à savoir : utilisation systématique de préservatifs, interdiction d'amener des mineurs, interdiction de filmer ou de photographier les protagonistes sans leur accord exprès, etc., etc.

Après avoir signé le formulaire, Draco s'était vu remettre une chaîne avec un pendentif en forme de triangle, l'identifiant comme « actif » vis-à-vis des autres participants. Les passifs portaient un pendentif en forme de cercle, et les autoreverses arboraient les deux.

Arrivé dans son bungalow, Draco prit le temps d'apprécier le luxe des lieux, de ranger ses affaires et de se faire servir un repas léger.

Vers 15 heures, il décida qu'il était temps pour lui de se montrer. Et quel meilleur endroit pour cela que la piscine ?

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L'espace était grand, agréablement aménagé autour d'un large bassin construit sur trois niveaux. Des chaises longues couvertes de coussins rayés bleu et blanc étaient disposées à intervalles réguliers, tantôt au soleil, tantôt à l'ombre d'un palmier ou d'un parasol.

Draco ayant jeté son dévolu sur un transat qui se trouvait de l'autre côté de la piscine, il fit le tour du bassin d'une démarche tranquille. Bien entendu, tous les regards se tournèrent vers lui.

Arrivé à sa chaise, il posa sur la petite table juste à côté, l'essuie de bain et l'éventail qu'il avait emporté. Contrairement à d'autres, il n'était pas particulièrement amateur de ce genre d'accessoire qui, de ses propres termes, faisait beaucoup trop tafiole à son goût. Mais c'était le seul stratagème qu'il avait trouvé pour dissimuler efficacement sa baguette magique, dont il refusait de se séparer.

Tout en s'assurant d'être le centre de l'attention, il rajusta son maillot de bain, un short moulant en élasthanne blanc, qui enveloppait délicieusement ses fesses et laissait aisément deviner combien Mère Nature l'avait avantagé. L'élastique s'arrêtait bas sur ses hanches, mettant en valeur son ventre plat et le dessin parfait de ses muscles iliaques.

Il prit place sur le transat, allongeant une jambe, repliant l'autre, les bras nonchalamment posés sur les accoudoirs, la tête renversée contre le dossier.

-Salut.

Draco baissa légèrement ses lunettes de soleil pour voir qui s'adressait à lui. L'homme était grand, maigrichon et tatoué sur à peu près quatre-vingt pourcents du corps. Il avait des cheveux filasses d'une improbable couleur violette et un piercing à la narine gauche. Draco le rangea immédiatement dans la catégorie « vulgaire et imbaisable ».

-Bonjour, dit-il néanmoins.

- Je… hm… je suis tatoueur et… je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer… ton tatouage.

Son regard fixait avec envie le dragon dessiné sur l'abdomen de Draco. Sans y avoir été invité, il s'assit sur la chaise longue et se pencha sur l'objet de sa convoitise.

-C'est fascinant, souffla-t-il. On dirait qu'il est vivant… l'encre est mouvante…

- Ce sont seulement les reflets du soleil, dit Draco avec un geste évasif de la main.

- Wahou ! Je n'avais pas vu celui-là ! dit l'homme en attrapant son bras gauche. Il est encore plus incroyable ! Je n'ai jamais vu une encre pareille…

Disant cela, il fit courir son doigt sur le serpent qui sortait de la bouche du crâne. Draco tressaillit violemment à ce contact et retira son bras d'un geste brusque.

-Casse-toi, siffla-t-il.

- Mais…

- J'ai dit : casse-toi.

L'homme fila sans demander son reste. Draco se rallongea contre le coussin et soupira.

-Spence est plutôt collant mais il n'est pas méchant, dit une voix à sa droite. Il drague tous les mecs qui ont un tatouage. C'est sa méthode.

Draco tourna la tête pour voir un homme d'une trentaine d'années, assis sur la chaise voisine de la sienne. Il était brun, souriant et plutôt musclé. Et passif à en juger par le cercle qui pendait à son cou. Il arborait un bronzage très soutenu sur l'ensemble du corps, excepté au niveau du maillot, où le minuscule slip de bain qu'il portait peinait à dissimuler la peau d'un blanc crayeux.

-Au fait, moi, c'est Chuck, dit l'homme. Et toi ?

- Draco.

- Hm… un nom peu courant. Et tu as un accent. Tu viens d'où ?

- Grande-Bretagne.

- Je l'aurais parié ! Moi, je viens de Wichita Falls, Texas. C'est ta première White Party ?

- Oui.

- Oh… eh bien, je serais ravi de te servir de guide… Draco.

Draco considéra la proposition. Il était là pour s'amuser et en profiter. Après tout, il avait fait une promesse…

-J'ai oublié mon huile solaire, dit-il en montrant le flacon posé sur la table à côté de Chuck. Et j'ai la peau fragile.

Chuck comprit immédiatement l'allusion. Il s'empara de la bouteille et vint s'asseoir à côté de Draco qui s'était installé en position assise et lui présentait son dos. Il fit couler une petite quantité d'huile dans sa main et se mit à masser la peau douce et pâle avec tant d'expertise que Draco ferma les yeux.

Après quelques minutes de ce divin traitement, les larges mains de l'autre homme descendirent le long de ses bras et passèrent sur son torse en une caresse aérienne.

-On t'a déjà dit que tu es absolument magnifique ? murmura Chuck.

- Plus d'une fois, oui.

Des doigts aventureux et téméraires s'arrêtèrent à la lisière du maillot.

-J'ai du mal à croire qu'un mec comme toi soit célibataire.

- Je ne le suis pas, répondit Draco avant même d'avoir pu s'en empêcher.

- Oh. Et il le sait, ton mec, que tu es ici ?

- C'est lui qui m'a offert le voyage.

Chuck émit un sifflement appréciateur.

-Eh bien, mon gars, tu es un sacré veinard.

- Je sais, murmura Draco.

Tandis que les mains du texan reprenaient leurs lentes caresses sur sa peau, Draco se demanda ce qu'il faisait là. Il ne ressentait aucun intérêt pour ce qui se passait autour de lui. Aucune excitation non plus. Dans un réflexe, il baissa les yeux sur son entrejambe. Ce qu'il vit confirma ce qu'il savait déjà : son pénis était toujours sagement rangé sur la droite, sans aucun signe de vouloir s'évader.

Brusquement, il se dégagea de l'étreinte de Chuck.

-Ben, qu'est-ce qui te prend ?

- Il me prend que j'en ai assez. Je me casse.

- Si c'est la foule qui te gêne, on peut se trouver un endroit plus tranquille…

Le ton paternaliste de Chuck agaça Draco au plus haut point. Gêné ? Lui ? Il l'avait bien regardé ? Jamais il n'avait éprouvé la moindre gêne à s'exhiber devant d'autres hommes.

-En fait, dit-il d'un ton doucereux, c'est toi qui me gêne.

- Hein ?

- Oui. Toi et tes implants pectoraux, vous me gênez.

- Quoi ! Mais je n'ai pas d'implants…

- Si, coupa Draco. Ça se voit comme un éruptif au milieu d'un terrain de Quidditch. Je suis même certain que tu as aussi des implants fessiers. Quant à ton bronzage, sache que la couleur caramel trop cuit est passée de mode depuis les années quatre-vingt. Pareil pour la marque du maillot. Bordel, t'as le cul tellement blanc que j'aurais l'impression de baiser un bidet !

Sur ces mots, Draco se leva, récupéra ses affaires et s'en alla.

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18 juillet 2015 – Wiesbaden, Allemagne

Harry sortit du centre funéraire et respira un grand coup. Il s'en voulait d'abandonner Andromeda mais là, il n'en pouvait plus. Si on lui montrait encore un cercueil de plus, il était capable de lancer un sort à l'employé des pompes funèbres. Ils en avaient vu des dizaines et aucun ne convenait à Andromeda. Même si Harry comprenait son désir de vouloir donner le meilleur à Teddy, il ne supportait plus d'entendre vanter les qualités de ces boîtes en bois comme s'il s'agissait de penthouse de luxe.

Il s'appuya contre le mur et sortit de sa poche, un paquet de cigarettes qu'il regarda avec hostilité. Même s'il prétendait le contraire à Hermione, il n'avait jamais vraiment arrêté de fumer. De temps à autre, surtout en période de stress, le besoin de nicotine se faisait sentir.

Il sortit une cigarette du paquet qu'il glissa entre ses lèvres, et chercha son briquet.

-Je croyais que tu avais arrêté.

Il sursauta si fort qu'il laissa tomber la cigarette. Puis il écarquilla les yeux en voyant l'homme s'approcher.

-Draco ? Mais… mais… qu'est-ce que tu fais là ?

- Je suis rentré. Je m'emmerdais comme un rat mort à Palm Springs. L'ambiance était merdique et les mecs aussi. Il n'y avait absolument rien de baisable à se mettre sous la queue.

- Je ne te crois pas.

- Tu devrais. Ce truc, c'est de l'arnaque. Alors tant qu'à me faire chier là-bas avec des inconnus, autant venir ici me faire chier avec toi.

Harry eut un petit rire désabusé. Finalement, quelle que soit la raison pour laquelle Draco était rentré, il était content qu'il soit là.

-Comment vas-tu ? demanda Draco avec une réelle sollicitude.

- Ça peut aller. On… on a dû régler pleins de trucs administratifs et maintenant… il faut choisir le cercueil.

- Tu as pu le voir ?

Harry hocha la tête.

-Il était… serein. Un peu comme s'il dormait. Ça m'a apaisé de le voir comme ça car… il ne souffrait plus. Ces quatre dernières années ont été terribles, tu sais… alors…

Il s'interrompit, la voix brisée par l'émotion. Draco s'approcha et le serra contre lui sans rien dire. Juste une étreinte. Un réconfort.

Après quelques minutes, Harry se dégagea doucement.

-Pourquoi es-tu là ? redemanda-t-il.

Draco le regarda, le cœur serré de le voir si fatigué, si ravagé par le chagrin.

-Parce que ma place est ici, Harry. Pas en Californie, à me faire bronzer sous un palmier en matant des mecs. Ma place est ici. Avec toi. Même si tout ce que je peux faire, c'est te soutenir quand ça devient trop dur de choisir un putain de cercueil. Tu n'aurais pas dû me demander de partir. Et je n'aurais pas dû t'écouter.

- Ce n'était pas contre toi, Draco.

- Je sais. Je suis passé chez Blaise et Hermione avant de venir ici. Ils m'ont dit que tu voulais être seul.

- Et tu n'as pas respecté mon souhait…

- Tu sais bien que je ne respecte jamais rien…

Harry ne put s'empêcher de sourire en reprenant place dans les bras de Draco.

-Je suis content que tu sois là, murmura-t-il. J'ai besoin de toi.

- Harry ? Est-ce que tu peux… Oh !

Draco tourna la tête vers la femme qui venait de parler. Il eut un sursaut en voyant sur le pas de la porte, le sosie de sa tante de Bellatrix.

-Par Salazar ! Vous… je…

- Tu dois être Draco, n'est-ce pas ? dit la femme d'une voix douce.

Il la regarda plus attentivement. Elle avait les mêmes cheveux bruns et bouclés que sa tante, ainsi que les mêmes yeux aux paupières légèrement tombantes. Mais ses traits étaient doux et aucune folie n'habitait son regard.

-Draco, je te présente Andromeda Tonks, dit Harry. La grand-mère de Teddy. Et aussi…

- La sœur de ta mère, compléta Andromeda.

- Vous… vous êtes… ma tante ?

- En effet. Je n'ai pas eu l'occasion de te connaître car j'ai été bannie de la maison des Black avant que Narcissa n'épouse ton père et que tu ne viennes au monde.

- Mais alors… ce jeune homme… Teddy… il… il était…

- Ton petit-cousin, oui.

Draco était un peu sous le choc. Il savait que sa mère avait une sœur dont personne ne parlait car elle avait déshonoré le nom des Black en épousant un né-moldu, mais il était loin d'imaginer que cette femme était la même que celle qui se trouvait devant lui, en train de lui sourire gentiment.

-Tu ressembles beaucoup à ta mère, dit-elle avec affection.

- La plupart des gens trouvent que je ressemble à mon père.

- Oh, tu as sa stature et son élégance. Mais tu as la douceur du visage de Narcissa. Et tu as ses yeux.

Andromeda reporta son attention sur Harry.

-J'ai fini par choisir le cercueil en chêne blanc. C'était le bois de sa baguette. Je crois que c'est ce qui lui conviendra le mieux.

- C'est un très bon choix, approuva Harry.

- Il ne reste plus qu'à régler les détails de son rapatriement en Angleterre. Est-ce que tu veux bien…

- Oui, j'arrive.

Harry allait rentrer dans le centre funéraire quand il se retourna vers Draco.

-Tu veux bien m'accompagner ?

- Evidemment.

Draco tendit la main et prit celle de Harry dans la sienne. Oui, sa place était ici. Aux côtés de l'homme qu'il aimait.

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Hôtel Nassauer Hof, Wiesbaden

En début de soirée, Harry et Draco avaient rejoint la chambre d'hôtel que Harry louait à chaque fois qu'il séjournait à Wiesbaden.

Fatigués par cette journée, ils s'étaient contentés de se déshabiller et de s'allonger dans les bras l'un de l'autre, ne désirant rien de plus qu'une étreinte chaleureuse et apaisante.

-Je réalise seulement maintenant que c'est la dernière fois que je viens ici, dit Harry.

- Hm… c'est dommage. Wiesbaden est une très belle ville. Peut-être qu'un jour, tu reviendras… quand ce sera un peu moins douloureux.

- Peut-être.

Ils restèrent silencieux quelques minutes, profitant seulement du calme et de la présence de l'autre.

-C'était si nul que ça, Palm Springs ? demanda Harry, en caressant doucement les abdominaux de Draco.

- Non. A vrai dire, c'est plutôt agréable. Et l'hôtel était magnifique.

- Et les mecs ?

- De vraies bombes, pour la plupart.

- Tu t'en es fait combien ?

Draco ne répondit pas. Il soupira, le regard un peu vague.

-Il y en a un qui a touché ma Marque, dit-il à voix basse. Je déteste qu'on touche ma Marque.

- Mais… moi, je le fais tout le temps… et tu ne m'as jamais rien dit !

- Toi, ce n'est pas pareil. Toi, tu as le droit de la toucher. Tu es le seul qui peut le faire.

Harry était plutôt surpris par cet aveu mais il n'eut pas l'occasion d'en parler davantage car Draco avait repris :

-Un autre m'a fait un massage. Il était doué. C'était… agréable. Sans plus.

- Tu veux dire… que…

- Je n'ai couché avec personne. Je n'en avais pas envie.

Harry se redressa sur un coude.

-Et là ? Tu en as envie ? demanda-t-il.

- Oui, répondit Draco tout bas.

Harry se pencha et l'embrassa.

-Harry… on n'est pas obligé… je peux comprendre que ce n'est pas le moment…

- C'est exactement le moment, contra Harry. Teddy est mort, c'est vrai. Mais moi, je suis vivant.

Il avait dit cela avec fougue, les yeux brillants d'une farouche détermination. Draco aurait pu se noyer dans ces yeux-là quand ils le regardaient avec autant d'intensité.

Et c'est précisément ce qu'il fit.

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20 juillet 2015 – Cimetière de Godric's Hollow, Pays de Galles

Le petit cimetière de Godric's Hollow était inondé de soleil en ce lundi matin. Harry se dit vaguement que le ciel aurait dû être assorti à son humeur et qu'il n'était pas décent d'enterrer quelqu'un sous un si beau soleil. Puis, il se dit que c'était peut-être la façon pour Teddy de lui montrer que maintenant, il était heureux. Heureux parce qu'il avait arrêté de souffrir et parce qu'il avait rejoint ses parents.

Harry s'arrêta devant la tombe de Remus et Tonks. Elle était à leur image, simple et jolie. Juste à côté, se trouvait celle de Sirius. Et à quelques mètres de là, celle de ses parents. C'était Harry qui avait voulu qu'ils soient enterrés ici.

Tant d'êtres chers étaient réunis dans ce petit cimetière. Bien trop, à vrai dire.

-Ça va, Harry ? demanda doucement Hermione en se postant à ses côtés et en lui caressant le bras. Tu tiens le coup ?

- Ça va, oui.

- Draco n'est pas là ?

- Il va arriver. Il m'a dit qu'il devait faire quelque chose avant de venir.

Hermione hocha la tête.

-Théo et Justin sont là, dit-elle.

Harry releva la tête. Les deux hommes étaient à l'entrée du cimetière, en train de discuter avec Blaise et avec deux autres personnes. Stupéfait, Harry mit un temps avant de réagir et de se diriger rapidement vers eux.

-Draco. Narcissa, dit-il en arrivant à leur hauteur.

- Bonjour Harry, dit la mère de Draco. J'espère que ma présence ici ne vous importune pas.

- Absolument pas. Je… je ne m'y attendais pas, c'est tout.

- Est-ce que vous croyez qu'Andromeda acceptera de me voir ? demanda-t-elle presque timidement.

- Je n'en sais rien. Je vais lui demander.

Harry s'éloigna en direction d'un petit groupe de personnes un peu plus bas. Andromeda discutait avec les employés des pompes funèbres et le fossoyeur. De là, où ils étaient, Draco et Narcissa virent Andromeda tourner vivement la tête vers eux. Elle resta stoïque un petit moment, si bien que Narcissa crut qu'elle n'allait jamais faire un geste. Mais elle finit par remonter l'allée à pas mesurés, Harry à ses côtés.

Narcissa fit l'autre moitié du chemin. Arrivées l'une en face de l'autre, elles s'arrêtèrent et s'observèrent dans un silence tendu. Préférant les laisser seules, Harry partit rejoindre Draco.

-Je te présente toutes mes condoléances, dit Narcissa.

- Je te remercie.

Le ton était sec et froid. Pourtant Narcissa ne se laissa pas démonter.

-Je sais qu'il est trop tard pour que tu me pardonnes toutes ces années de silence, mais je voulais que tu saches qu'il n'y a pas un seul jour où je n'ai pas regretté de t'avoir tourné le dos comme je l'ai fait. Je m'en veux terriblement pour ça.

Comme Andromeda ne répondait pas, Narcissa fit un petit sourire crispé.

-Bien. Je vais te laisser. Au revoir, Andromeda.

Narcissa fit demi-tour et s'apprêta à rejoindre son fils quand elle sentit qu'on la retenait par le bras.

-Cissy, attends.

Elle se retourna lentement pour faire à nouveau face à sa sœur.

-C'est bon de te revoir. Même si j'aurais préféré que ce soit en d'autres circonstances.

- Moi aussi. Je suis tellement désolée, tu sais…

- Ça n'a plus d'importance.

Andromeda attira sa sœur à elle et la serra de toutes ses forces.

En haut de l'allée, Draco et Harry regardaient la scène avec émotion.

-Tu imagines ? Elles ne s'étaient plus vues depuis 38 ans, dit Draco.

- Elles auront beaucoup de choses à se dire…

- Et beaucoup de temps à rattraper.

- Papa !

Harry fut heureux de voir arriver ses enfants, accompagnés de Ginny, de Molly et d'Arthur.

-Papa, on est désolés, dit James en enlaçant son père.

- On est tristes pour toi, ajouta Albus. Et pour Teddy aussi !

- Il ne faut pas. Teddy était très malade, il souffrait beaucoup. Maintenant, il est en paix.

Les enfants hochèrent la tête, peu convaincus.

-Comment vas-tu, Harry ? demanda Ginny en l'enlaçant à son tour.

- Ça va. Merci d'être venue avec les enfants.

- Pas de quoi. Ils avaient envie de te voir.

Ginny laissa la place à ses parents qui embrassèrent Harry avec chaleur, particulièrement Molly. Ils allèrent ensuite saluer Andromeda qu'ils n'avaient plus vue depuis longtemps.

Tout le monde se regroupa ensuite devant le trou béant que les fossoyeurs sorciers avaient creusé à côté de la tombe de Remus et Tonks.

Il était temps de dire au revoir à Teddy.

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Après la cérémonie, Harry raccompagna tout le monde à l'entrée du cimetière. Ils restèrent encore quelques minutes à discuter, Molly avec Narcissa et Andromeda, Arthur avec Blaise et Théo, Justin et Hermione.

Draco lui, était resté un peu plus longtemps dans les allées, avec James et Albus.

-Ton papa est enterré ici aussi ? demanda Albus.

- Non. Il est enterré dans le mausolée familial, près de notre manoir.

- Dans le Wiltshire ?

- Oui. Dans le Wiltshire.

- Presque toute la famille de papa est ici, dit James. Là-bas, il y a ses grands-parents paternels. Et ici, c'est Sirius, son parrain. Mais il paraît que la tombe est vide. Je ne sais pas pourquoi. Papa n'en parle jamais.

- Il te l'expliquera sûrement un jour, dit Draco.

- Tu sais, toi ? demanda Albus.

- Oui.

Bien sûr qu'il savait. Sa cinglée de tante Bellatrix s'était suffisamment vantée de la manière dont elle avait tué son cher cousin. A son grand soulagement, les enfants n'insistèrent pas. A la place, James lui prit la main et l'entraina dans l'allée voisine.

-Ici, c'est la tombe des parents de papa. Il ne les a jamais connus car ils sont morts quand il était bébé.

- Je sais, murmura Draco.

Il déglutit péniblement. En un sens, il avait honte de se trouver là, debout devant la tombe de cet homme et de cette femme dont il avait si souvent raillé la mort, se souvenant de toutes les fois où il avait blessé Harry en se moquant de sa condition d'orphelin.

La main d'Albus se glissa doucement dans la sienne.

-Je suis sûr que grand-mère et grand-père Potter t'auraient beaucoup aimé, dit-il.

Draco en doutait sincèrement mais il ne fit aucun commentaire.

-Les enfants, dit alors la voix de Harry. Votre mère vous attend.

James et Albus se tournèrent vers Draco pour lui dire au revoir.

-Je suis content que tu sois revenu avec Papa, murmura James en l'embrassant.

- Moi aussi, confirma Albus.

Draco leur sourit puis les regarda partir en compagnie de leur père.

-Draco, tu ne viens pas ? demanda Harry en se retournant.

- Si. J'arrive.

Il jeta un dernier regard à la tombe, sortit sa baguette et d'un geste fluide, il fit apparaître un bouquet de lys qu'il posa sur la pierre de marbre.

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28 juillet 2015

Draco entra dans la Grande Salle du Château de Poudlard.

Elle était noire de monde. Les quatre tables des Maisons avaient été enlevées et remplacées par de longs bancs en bois brun. Une foule considérable se pressait dans l'allée centrale, dans un brouhaha effrayant. Draco jouait des coudes pour se frayer un chemin et parvenir jusqu'à l'avant de la salle où le cercueil reposait.

Tout près, se trouvaient Hermione, en pleurs dans les bras de Blaise, Théo et Justin, presque fantomatiques. Toute la famille Weasley était rassemblée à gauche du catafalque. Ginny se tenait droite, une main posée sur les épaules de James et Albus. Les deux garçons avaient une rose blanche à la main.

Un horrible sentiment d'oppression envahissait Draco alors qu'il faisait un effort surhumain pour s'approcher. Finalement, il parvint devant le cercueil. Il se pencha et retint un cri d'effroi.

Allongé sur le capitonnage en soie ivoire, se trouvait un homme aux cheveux blonds très clairs, à la peau diaphane et au nez en pointe.

Il recula brusquement, paniqué de contempler son propre corps. Mort.

-Il ne m'a jamais dit qu'il m'aimait.

Draco sursauta en reconnaissant cette voix. Harry se tenait à côté du cercueil, contemplant avec tristesse l'homme qui y reposait.

-Viens, Harry, dit Olivier Dubois. C'est trop tard maintenant.

Dubois entoura amoureusement les épaules de Harry et l'entraina loin du cercueil.

-Harry ! Attends ! cria Draco.

Mais Harry ne l'entendait pas. Toujours accroché à Olivier Dubois, il traversait la foule sans se retourner.

-HARRY !

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Appartement de Draco Malefoy, Sempione, Milan

-HARRY !

Draco se réveilla en sursaut. Il était haletant et couvert de sueur. Un coup d'œil au réveil lui apprit qu'il était cinq heures du matin.

Il bascula les jambes hors du lit et resta assis, essayant tant bien que mal de retrouver une respiration normale.

Depuis qu'il était rentré à Milan après l'enterrement de Teddy, il n'arrêtait pas de faire des cauchemars dans lesquels Harry mourrait, mais c'était la première fois qu'il rêvait de sa propre mort.

Il soupira longuement en se passant une main sur le visage. Il avait hâte que cette semaine se termine et qu'il puisse retrouver Harry. Il n'était pas rentré à Londres le weekend précédent à cause d'un dossier urgent qu'il avait fallu boucler à tout prix et Harry n'avait pas pu faire le déplacement à cause d'un rendez-vous professionnel impossible à reporter. Moralité : cela faisait plus d'une semaine qu'ils ne s'étaient pas vus et l'absence de son amant commençait à lui peser.

Heureusement, dans quatre jours, ils seraient avec leurs enfants à Cherbourg. Mais avant cela, il y avait la soirée d'anniversaire qu'Hermione organisait en l'honneur de Harry.

Draco n'avait pas dû réfléchir longuement à son cadeau d'anniversaire. La boîte était sur la commode, soigneusement emballée. Elle renfermait la montre qu'il aurait dû lui offrir à Noël.

A cette pensée, son cœur accéléra.

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31 juillet 2015 – Potter Corp., La City, Londres

Harry bâilla à s'en décrocher la mâchoire. Il n'était que 11 heures du matin. Cette journée était tout bonnement interminable. Encore sept heures et il serait officiellement en vacances. Encore sept heures et Draco serait à Londres.

Il replongea le nez dans le rapport qu'il était en train de lire quand on frappa à son bureau.

-Monsieur Potter, on vient de déposer ceci pour vous, dit Peggy en lui tendant une boîte.

- Merci Peggy.

Sitôt que la jeune femme eut quitté le bureau, Harry ouvrit la boîte sans grande curiosité. C'était à peu près le dixième cadeau d'anniversaire qu'il recevait depuis ce matin. Sans doute un fournisseur ou un quelconque partenaire commercial.

Il écarquilla cependant les yeux quand il vit à l'intérieur un écrin volumineux, estampillé des initiales IWC, marque d'un grand horloger suisse. Il renfermait une somptueuse montre, ornée d'un bracelet en cuir marron. Une montre qu'il reconnaîtrait entre mille.

D'un geste fébrile, il la souleva de son socle et la retourna.

Je t'aime.

Harry ne savait absolument pas quoi en penser. Il reprit la boîte en main et constata qu'une enveloppe se trouvait à l'intérieur. Sans attendre, il la prit et la décacheta. Ses doigts tremblaient alors qu'il la dépliait et reconnaissait l'écriture fine et élégante.

« Cher Harry,

Tu as reconnu la montre, n'est-ce pas ? Ne crois pas que je recycle mes vieilleries parce que je ne sais pas quoi t'offrir pour ton anniversaire.

Cette montre, elle t'est destinée depuis le premier jour. Je comptais te l'offrir à Noël mais les évènements en décidèrent autrement. A cette époque-là, je n'imaginais pas pouvoir t'en faire à nouveau cadeau un jour. Alors, je l'ai portée moi-même. Pour me rappeler que notre histoire avait été réelle. Pour me rappeler combien tu comptes pour moi. Depuis toujours.

Ce qui est gravé au dos n'est donc pas la déclaration d'un autre. C'est la mienne. Pour toi.

J'ai écrit ce que je n'ai jamais su te dire. Parce qu'on ne m'a jamais appris à le dire.

Toutes les fois où tu m'as dit ces mots, je les ai reçus comme le plus beau des cadeaux, sans jamais être capable de te les offrir en retour. Tout simplement parce que, pour moi, ces mots étaient dangereux.

Alors, je me suis tu.

Merlin sait pourtant combien de fois j'ai rêvé de ce moment où je pourrais me guérir.

Un moment simple et heureux. Trois mots que je m'autoriserais enfin à te dire.

Un aveu, que je déposerais dans le creux de ton oreille.

Je crois que ce moment est arrivé, Harry.

Si tu le veux bien, et avant que je ne perde tout courage, tu me trouveras en face de la Cathédrale St Paul.

D.M. »

Harry resta un moment sans bouger. Puis, comme s'il avait été électrocuté, il sortit de son bureau comme un cognard.

-Monsieur Potter ? s'alarma Peggy. Vous allez bien ?

- ON NE PEUT MIEUX ! cria-t-il alors qu'il courait vers la sortie.

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Harry remonta Cannon Street, puis St Paul's Churchyard en courant. Arrivé sur Lutgate Hill, il repéra Draco assis sur les marches qui menaient à la Cathédrale. Il pressa sur le bouton du passage pour piétons et attendit désespérément qu'il passe au vert. Mais ce maudit feu avait apparemment décidé de ne pas coopérer.

Harry regarda à gauche à droite, évaluant la possibilité de traverser. Le trafic était terriblement dense, comme toujours à Londres. Avec un peu de chance, il pourrait y arriver. Personne ne le verrait. Pas même le bus 172 lancé à pleine vitesse.

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Cathédrale St Paul, Londres

Draco était fébrile. Depuis un quart d'heure qu'il attendait, assis sur les marches de la Cathédrale, il avait passé en revue tous les scénarios possibles et imaginables, mais celui qui revenait le plus régulièrement était celui où Harry le laissait attendre comme un con, sachant qu'il ne viendrait jamais.

Il tritura le sac en papier de chez Starbucks qui contenait un muffin aux myrtilles à peine entamé. Il ne savait pas pourquoi il l'avait acheté car il avait le ventre bien trop noué pour avaler quoi que ce soit.

A ses pieds, un pigeon ne semblait pas partager son avis. Il reluquait Draco de son œil rond, visiblement intéressé par le contenu du sachet.

-Qu'est-ce tu veux toi ? murmura Draco. A bouffer, c'est ça ?

Le pigeon sautilla sur place.

-Sales bestioles. On vous nourrit et qu'est-ce qu'on obtient en retour ? Des pigeons gras. Et qui salissent nos monuments. Allez dégage.

Il se leva brusquement, faisant fuir le volatile et alla jeter son sac en papier dans une poubelle toute proche. A ce moment, il vit Harry qui trépignait à hauteur du passage pour piétons. Il le vit surtout s'engager sur la rue alors que le feu était rouge et qu'un bus arrivait à toute allure.

Tout ce qu'il entendit fut un bruit de freinage et de klaxon. Puis plus rien. Le trafic avait repris comme si de rien n'était.

-Draco ?

Il se retourna en sursautant. Puis se jeta dans les bras de Harry.

-Par Salazar, j'ai cru… tu as traversé… et il y avait ce bus…

- J'ai transplané.

- Tu ne pouvais simplement pas attendre que le feu passe au vert ? s'énerva Draco.

- Non, je ne pouvais pas, dit Harry.

Il lui fit un grand sourire auquel Draco répondit.

-Tu es rentré plus tôt ? dit Harry.

- Oui… je voulais te faire une surprise.

- C'est une magnifique surprise. Tout comme ton cadeau.

- Je suis content qu'il te plaise. Comme je te l'ai dit, je comptais te l'offrir à Noël mais…

- Mais j'ai fait la plus grande connerie de ma vie.

Draco rigola nerveusement.

-Je ne sais pas… avec le recul, je me dis que c'était peut-être mieux comme ça.

- Pourquoi ?

- Parce que même si j'étais décidé à t'offrir cette montre, je… je n'étais pas prêt à en assumer les conséquences.

- Et maintenant ?

Baissant les yeux, Draco prit une longue inspiration.

-Tu te souviens de ce que je t'ai dit après notre rupture ? Sur le fait que pour moi, l'amour et la peur ne faisaient qu'un ?

- Oui. Je m'en rappelle.

- Je n'ai plus peur, Harry. Je n'ai plus peur de ce que je ressens pour toi.

Très lentement, il prit Harry dans ses bras. Il posa la joue contre sa tempe et enfouit une main dans ses cheveux. Son cœur battait tellement fort qu'il avait l'impression qu'il allait pulvériser sa cage thoracique.

Il ferma les yeux, respirant l'odeur de Harry. Il aimait cette odeur. Elle le rassurait. Elle lui apportait un sentiment de plénitude et de sécurité que personne ne lui avait apporté auparavant.

Alors, doucement, il approcha sa bouche de l'oreille de Harry et murmura :

-Je t'aime.

Au moment où il prononçait ces mots, quelque chose céda à l'intérieur de Draco. Il sut que plus rien ne serait jamais comme avant.

-Je t'aime, répéta-t-il.

Un moment simple et heureux.

A suivre...