Deux jours que je crie. Deux jours que je tambourine la porte avec rage. Deux jours que j'essaye tous les sorts que j'ai à ma connaissance. Deux jours que j'échoue...

Je suis assise sur une chaise affalée sur la table en bois en m'amusant à faire rouler la fiole de poison dessus. Je soupire en pensant à Lucius, aux enfants. Est-ce qu'ils vont bien ? Comment savoir... personne ne vient me voir. Même pas Fleur, sûrement sur ordre de Kingsley. Pourquoi ne m'a t-il pas laisser partir ? Après tous, je ne mettais pas tant que ça en danger la chaumière puisque je n'ai quasiment rien vu d'elle. Je ne sais même pas dans quelle région nous sommes.

Soudain, un bruit familier me tire de ma mélancolie et je me précipite à la fenêtre les yeux écarquillés de stupeur.

Silver se tient là, dehors trempé de pluie et de sueur, ses naseaux crachant des gerbes de fumées. Je me pince le bras pour vérifier que je ne rêve pas en poussant une exclamation sous la bref douleur. Je tambourine la porte en hurlant avec le force du désespoir :

-SILVER! SILVER ! JE SUIS LA !

Quelques instants la porte vole en éclat sous la puissance des sabots du cheval et je saute sur le côtés pour ne pas me prendre des morceaux de bois. Je me relève en époussetant mes vêtements et je dis sarcastiquement en levant un sourcil :

-Et après tu vas me dire que tu n'as pas de sang magique ! Comment as-tu fait pour me retrouver, c'est incroyable !

Pour toute réponse Silver s'ébroue fortement en secouant la tête. Sa façon de me dire « dépêche-toi, prends tes affaires et en route ! ». J'enfile alors ma grande cape chaude en riant pour la première fois depuis ma rupture avec Lucius avant de saisir ma baguette et de sauter sur le dos de mon compagnon. L'étalon s'éloigne de la ruine à toute vitesse comme si les flammes de l'enfers étaient à nos trousses et je m'accroche avec force à sa crinière sentant mes doigts et mon visage geler sous les embruns glacés de la mer déchaînée.

Pour me réchauffer, j'enfouis mon visage parmi ses crins en le talonnant un peu. Je veux m'éloigner le plus rapidement de la chaumière avant que ses habitants ne se rendent compte de ma disparition et se lancent à ma recherche. Silver hennit et accélère encore la cadence envoyant furieusement des mottes de terre derrière lui. Je m'excuse mentalement, la pauvre cheval doit déjà être épuisé de sa course du manoir à la ruine et je lui en demande encore beaucoup.

Au fur et à mesure, je retrouve mes sensations et mes mouvements ce calent enfin parfaitement aux siens rendant notre fuite plus agréable.

Après deux heures et demie de galop interminable, je force Silver à faire une pause. Il a besoin de se reposer et moi de marcher quelques instants. Pendant que mon cheval s'abreuve et mange l'herbe tendre de la forêt, je réfléchis à mon apparition chez Lucius. Je ne sais pas vraiment ce que je vais lui dire, je crois que les paroles viendront et s'adapteront selon la réaction de mon époux.

-Qu'est ce que je fais Siver, je transplanne et tu restes seul ici pour nous rejoindre à ton rythme. Ou bien, y allons-nous ensemble ?

Mon cheval lève les yeux sur moi avant de s'éloigner au petit trot. Je pousse un petit cri avant de m'élancer derrière lui mais à chaque fois que je me rapproche il accélère. Je m'arrête à bout de souffle en hurlant :

-C'est bon le message est passé ! Très clair, d'ailleurs ! Merci bien !

C'est en maudissant Silver que je transplanne, direction le manoir...

quand j'atterris devant le manoir je dissimule mon visage sous le capuchon de ma cape avant de donner quelques coups de baguette sur le portail qui s'ouvre aussitôt. Le manoir est magnifique l'été. La pelouse verte est luxuriante laisse place aux nombreux arbres et arbustes fleuris. Même les paons on meilleurs mines que cet hiver. Pourtant, il manque quelque chose. Cet étincelle de joie et de couleur qui donne vie au lieu. On le croirait mort.

J'avance sous les derniers rayons du soleil, frissonnant malgré moi, bien que la température soit très clémente. Une fois devant la porte lourde de la bâtisse, je donne quelques coups et Nicky vient m'ouvrir avec une mine très triste. Il demande poliment :

-Bonjour, dois-je vous annoncer au Maître ?

-Oui Nicky. Dis lui que je suis rentré.

Je vois les yeux globuleux de l'elfe s'agrandir sous la surprise d'entendre ma voix avant de se précipiter sur moi et de serrer mes jambes contre lui en gémissant :

-Oh Maîtresse Ruby entrez ! Entrez ! Vous nous avez tellement manqués ! Oh oui, tellement ! J'ai cru que vous ne reviendrez jamais !

Je lui adresse un sourire indulgent bien que je rêve de le prendre dans mes bras moi aussi mais pour l'instant je dois contenir mes émotions. Le plus dur reste à arriver. Je serre de toute mes forces la fiole de poison dans le creux de ma main à m'en faire mal tandis que je pénètre dans le hall. Je demande :

-Où est Lucius ?

-Dans le salon. Il est saoul Ruby.

Je hoche distraitement la tête, je me doutais que j'allais le rencontrer dans cet état. Je fais signe à Nicky de me laisser pendant que je pénètre dans la salle à manger avant de m'appuyer dans l' embrasure de la porte du salon et je vois un homme brisé. Ses cheveux d'ordinaire impeccable sont ternes et emmêlés. Le port de la barbe ne lui va pas du tout et je déteste voir son visage vide et creux par l'alcool. Je ne parlerais pas de l'état de ses vêtements qui mériteraient d'être lavés et repassés.

Je le nargue en disant :

-Et bien Lucius ! Qu'est-il devenu de ta grandeur ?

Mon époux tourne son regard vers moi, sa mâchoire manquant de se décrocher et je me fais violence pour ne pas frémir sous ses yeux gris qui retrouvent de la lumière. Il murmure :

-Est-ce bien toi ?

-Qui d'autres ? Je demande avec un rire cruel. Une chimère ? Une apparition ? Ou bien une de tes maîtresses ?

-Qui es-tu ? Il redemande en éclaircissement la gorge.

-Tu ne me reconnais pas ?

Sur ces paroles j'enlève mon capuchon et ma cape glisse à mes pieds me dévoilant entièrement, baguette à la main prête à me défendre si il ose tenter quelque chose. Lucius se lève à son tour en titubant et j'éclate d'un rire méchant en me moquant :

-Et bien ! L'alcool te réussi moins bien que les femmes !

-Tu es revenue ? Demande t-il plein d'espoir.

J'acquiesce en me détendant un peu avant de lui expliquer :

-Oui, j'ai voulu briser le lien qui nous unis depuis notre mariage et il c'est avéré que c'est impossible puisque tu m'aimes encore. Je suis venu pour comprendre.

-Tu arrives trop tard. Il souffle.

Un nouveau rire me soulève la poitrine et je crache :

-Trop tard pour toi peut-être ! Mais pas pour moi ! Arrête de m'aimer Lucius ! Nous ne sommes voués à rien et tu le sais ! Tu m'as détruite toi et tes idées alors laisse moi vivre maintenant !

Sur ces paroles, mon mari s'écroule et il chuchote à lui même d'une voix blanche :

-Qu'avez-vous fait de ma belle Ruby ? Où est mon amour qui court dans les champs, libre et heureuse.. Qu'avez-vous fait de son sourire aussi chaud qu'un feu en hiver... Tous ça ne sert à rien sans elle. Je ferais n'importe quoi pour elle mais rendez la moi...

je me penche vers lui et en m'agenouillant je lui murmure à l'oreille :

-Tu as tué la dernière goutte d'innocence qu'il me restait, Lucius …

je me redresse prête à lui demander des explications mais quand je me retourne vers lui, je vois son corps secoué par des spasmes violents et de l'écume blanche moussant aux coins de ses lèvres. Mon masque hautain et moqueur s'effrite et se brise aussitôt et je hurle en me précipitant sur son corps :

-LUCIUS ! Espèce d'imbécile ! Qu'est ce que tu as pris ? Réponds-moi ! REPONDS-MOI !

Ses tremblements s'accentuent et je me cours jusqu'à la table basse ou je vois sa bouteille de Whisky avec une petite fiole à moitié vide à côté. Je la saisis en vitesse avant d'en renifler le contenu et je remercie intérieurement les cours de Severus que j'ai suivi avec soins en reconnaissant la sève du filet du diable. Un poison sans gravité si il est pris à temps. Je n'ai qu'une seule solution, faire vomir Lucius et prier pour que cela suffise.

Je saisis son corps entre mes bras avant de mettre deux doigts dans sa bouche et de le faire vomir. De l'alcool ressort et je crie :

-Aller ! Aller, réveil toi ! Réveil toi !

J'appuie encore et encore au fond de sa gorge jusqu'à ce qu'il n'est plus rien à vomir et je sanglote dans son dos :

-Tu ne peux pas me laisser ! Tu ne peux pas, tu as compris ! Tu vas te réveiller ! C'est moi qui devais mourir ce soir ! Pas toi ! PAS TOI...