Salut ! Désolée pour la longue attente, mais j'étais tellement occupée que je n'ai pas pu écrire le chapitre plus tôt, même si j'en avais déjà les bases... Bon en tout cas maintenant j'ai plus de temps, et j'espère poster un autre chapitre avant la fin des vacances ;)

Un énorme merci à ceux qui ont laissé une review au précédent chapitre: Twinkle Wave, Red Candies, MJ Read, Mireillelabeille, Klara, FightTheNight, AliceDansLaLune, Aaronia, Bloclang, Titus28 et Mystianae !
Merci aussi à ceux qui ''follow' cette fic ou l'ajoutent dans leurs favoris :)

P.S: Vous avez vu Les Animaux Fantastiques ? Vous en avez pensé quoi ?

Chapitre 33 : Les réprouvés

- Ugh, plus jamais je ne passerai d'examen ! Qu'est-ce que c'est chiaaaant...! geignit Sirius en quittant la salle de Potions avec soulagement.

Ses cheveux étaient trempés de sueur et sa chemise était tachée à l'endroit où il avait fait tomber du jus de limace à cornes.

- C'est bête, parce que tu en as encore deux à passer, répondit Remus en sortant de son sac ses notes de métamorphose.

Sirius lui jeta un regard blasé que Remus, plongé dans ses notes, ne remarqua pas.

- Fais gaffe, Remus, dit James en voyant son ami éviter de justesse une Quatrième Année. Tu vas finir par rentrer dans quelqu'un si tu continues à marcher comme ça.

- Je parie qu'il ne s'en rendrait même pas compte, ricana Sirius en faisant un clin d'œil à James.

- C'est parce que certains, contrairement à vous, expliqua Remus, ont besoin d'avoir une excellente note en métamorphose s'ils veulent essayer de rattraper le désastre que vient d'être leur examen de potions.

- Oh, c'était pas si mal, tenta de le rassurer James avec un sourire indulgent.

- Ouais, au moins ta potion était liquide..., interrompit Peter d'un air dépité. La mienne ressemblait plutôt à une espèce de... de truc compacte et jaune.

- Oh mais c'est pas la fin du monde ! s'écria Sirius jetant ses bras en l'air. Allez, on va manger ! Qui aurait cru que travailler creuserait autant l'estomac ?

- Pas toi, étant donné que tu ne travailles jamais, fit remarquer Remus.

- Eh, tu n'as pas tort, concéda Sirius en haussant les épaules. De toute façon, James et moi allons assurer à mort !

Remus poussa un gémissement.

- Ne m'en parlez pas, Evans va me harceler pendant des jours quand elle verra vos résultats. Elle ne comprend toujours pas comment vous faites.

- Ah, les secrets de l'intellect'...! dit James en hochant la tête d'un air qu'il voulait sage. Servilus et Evans ne feront jamais le poids.

Remus leva les yeux au ciel mais ne répondit rien, préférant se concentrer sur ses notes. Il n'avait pas exagéré lorsqu'il avait dit qu'il avait besoin d'une bonne note en métamorphose. Personne ne le lui avait dit, mais il avait le sentiment qu'il ne pouvait pas se permettre de décevoir Dumbledore avec des résultats trop faibles, pas quand ce dernier avait bravé tant d'interdits pour l'accueillir à Poudlard. Il devait montrer qu'il méritait sa place dans l'école.

Arrivés devant la Grande Salle, les quatre garçons se heurtèrent à une foule d'élèves pressée devant les grandes portes. Personne n'entrait, et les élèves commençaient à s'impatienter.

- Roooh, ils ne pourraient pas se dépêcher un peu ? grommela Sirius en se mettant sur la pointe des pieds pour mieux voir. Ça prend deux secondes de remettre des tables en place !

Il faisait mine d'agiter sa baguette et de réordonner des tables invisibles quand le professeur d'astronomie ouvrit les portes de la Grande Salle et fit signe aux élèves d'entrer.

- Pas trop tôt, marmonna Sirius en poussant quelques personnes pour entrer en premier.

Les tables des quatre Maisons semblaient avoir été remises à leurs places, sans qu'aucun signe ne trahisse la présence de tables individuelles quelques instants auparavant. Les Cinquième Année, qui avaient été autorisés à se rafraichir après avoir passé leurs BUSEs écrites de Botanique, revinrent dans la Grande Salle quelques minutes plus tard, certains se plongeant d'ors et déjà dans leurs livres de potions en attendant que les plats soient servis. Les Septième Année, qui quant à eux avaient terminé leurs ASPICs une semaine auparavant, avaient pour la plupart cet air de nostalgie permanent sur leur visage, comme s'ils essayaient de profiter de chaque minute supplémentaire qui leur restait au sein du château. Remus aperçut même Thomas Miller, le préfet-en-chef de Poufsouffle, regarder le plafond enchanté comme s'il le voyait pour la première fois.

Remus se surprit à penser à ce qu'il adviendrait de lui-même dans les six prochaines années. Grandirait-il pour devenir le puissant sorcier que son père avait un jour espéré le voir être, si insouciant et sûr de lui, entouré par une bande d'amis que tout le monde enviait ? Ou resterait-il à jamais terni par l'ombre de la pleine lune, effrayé par ce qui l'attendrait à l'extérieur des murs de Poudlard, assis seul à la table des Gryffondors ?

Remus secoua la tête tandis que la nourriture apparaissait enfin sur les tables. Il entendit les exclamations de ses camarades affamés et regarda en silence les élèves, et plus particulièrement les Cinquième Année, se servir copieusement. Apparemment, les examens n'avaient pas été de tout repos. Il eut un vague sourire en repensant à la période des examens des Cinquième et Septième Année, et aux semaines qui les avaient précédées.

Il avait cru un temps que l'infirmerie ne désemplirait jamais...

Chaque jour, pendant plus d'un mois, il avait eu vent d'une ou deux de ces histoires où un élève, suite à une intoxication de crottes de doxys – confondues avec de la griffe de dragon en poudre – ou à une simple overdose de stress, se retrouvait à l'infirmerie pour la nuit. Ajoutez à cela la finale de Quidditch à venir, et Mme Pomfresh ne savait plus où donner de la tête entres les élèves victimes des examens et ceux victimes des Cognards. Ça avait inquiété Remus, pour qui la pleine lune approchait. Comment était-il censé quitter et revenir à l'infirmerie en passant inaperçu ? Car si son départ pouvait se faire discrètement, il en serait tout autre pour son arrivée ensanglantée et inconsciente, le lendemain de la pleine lune, dans les bras de Mme Pomfresh.

Mais il en fallait plus pour déstabiliser Mme Pomfresh. Quelques jours après la pleine lune tant redoutée, l'infirmière lui avait avoué, à demi-mot et les joues roses, avoir profité du sommeil de ses patients – et de quelques gouttes de Somnifère bien dosées – pour transporter Remus jusqu'à la chambre privée dissimulée dans l'infirmerie. Et si Remus, alors inconscient, ne se souvenait de rien, il avait été soulagé lorsqu'aucun élève ne le dévisagea plus que d'habitude à son retour.

Son escapade réussie, il restait cependant une ombre au tableau: James, Sirius et Peter.

Depuis quelques mois maintenant, ses amis, célèbres pour leur curiosité sans borne, ne posaient plus de questions. La tristesse dans leur regard, bien que Remus ne puisse en déceler la raison, ils se contentaient de le regarder partir, exprimant des souhaits sur le bon rétablissement de sa mère.

Cette fois, seulement, Remus avait bien cru que c'en était fini. James avait été très inquisiteur sur les raisons de sa fatigue, repérant même tous les symptômes dont il avait été atteint avant de "partir chez lui". Ça n'augurait rien de bon. Heureusement, l'heure du match approchant, James avait laissé tombé l'affaire et Remus s'était surpris à naïvement espérer qu'il ne reviendrait pas sur le sujet pendant un moment, au moins jusqu'aux vacances. Son souhait pour l'instant exhaussé, Remus préférait se concentrer sur l'instant présent, profitant de Poudlard, de ses amis... se construisant des souvenirs.

- Remus ?

L'interpellé sursauta et se tourna vers James, qui lui avait gentiment secoué l'épaule.

- Tout va bien ? T'as l'air dans les vapes.

- Dans les vapes ? Ah non, juste dans mes pensées. Le reste des examens, tout ça..., répondit-il avec un haussement d'épaules.

- Pff, McGonagall t'aime bien, ne t'en fais pas pour ça ! s'exclama Sirius en projetant un peu de nourriture de sa bouche.

Remus haussa un sourcil, jeta un regard dégouté à son assiette où trônait un petit morceau de poulet mâchouillé que Sirius avait eu la grâce d'envoyer dans sa direction, mais ne répondit pas à la remarque.

- Bref, les interrompit James avec un énorme sourire, passons à un sujet d'actualité: les vacances ! Qu'est-ce que vous allez faire ?

Remus et Peter haussèrent les épaules, mais la main de Sirius s'était soudainement resserrée sur ses couverts.

- Personnellement, répondit-il après quelques secondes, je ne trouve pas que tu m'aies adressé la bonne question: qu'est-ce que je ne vais pas faire, est beaucoup plus correct. Sortir, m'amuser, vous voir... La liste est longue !

Son sourire et son air enjoué ne trompaient personne, et Remus regretta avec un pincement au cœur de s'être jamais apitoyé sur son propre sort. Leurs situations n'avaient certes rien de comparable, mais ses parents l'aimaient et prenaient soin de lui. S'attarder sur un détail aussi futile qu'un père distant ne semblait pas juste, pas lorsque l'un de ses amis subissait au quotidien le poids du rejet de sa famille.

- Tu veux dire que tu seras cloitré chez toi pendant toutes les vacances ? demanda James avec une grimace.

Le sourire de Sirius se figea pendant quelques secondes.

- Ça dépend..., dit-il finalement. Ça dépend de l'humeur de ma mère, de la situation avec Andro... Tout ce que je sais, c'est que j'aurais des cours.

- Des cours ?

- Ouais... De maintien, d'éloquence, patati patata... En somme, un regroupement des activités les plus inutiles et inintéressantes. Ma mère pense qu'il est grand temps de me remettre sur le "droit chemin", aussi tordu soit-il, alors ça ne m'étonnerait pas qu'elle ait réengagé tous mes tuteurs...

James eut une petite moue pensive.

- Et tu penses que si... si tu te pliais à tout ça, au début au moins, tu pourrais venir chez moi pendant quelques temps ?

Le regard jusqu'alors indifférent de Sirius s'illumina et il releva la tête de son assiette.

- Venir... chez toi ? Tu crois ?

- Bien-sûr ! s'exclama James. Ta mère ne devrait pas trop avoir de soucis avec ça, non ? Je suis de Sang-Pur, et elle le sait.

Sirius fit une petite grimace.

- Ouais... Enfin, d'après mes parents, y'a mieux qu'un "rejeton de Gryffondor" mais... C'est déjà ça, j'imagine. Je demanderai à mon père. Lui au moins est un peu plus sain d'esprit et ne piquera pas une crise.

- Et vous, Remus et Peter ? demanda James. Ça pourrait se faire ?

Peter acquiesça avec enthousiasme et annonça d'ors et déjà qu'il était disponible pendant toutes les vacances. Remus, lui, mit un temps avant de comprendre ce que disait James. Incertain, il pointa son torse, le regard interrogateur.

- Oui, toi ! sourit James en répondant à la question silencieuse.

Remus rabaissa son doigt et cligna des yeux. De mémoire, il n'avait jamais été invité chez quelqu'un. Ses parents n'avaient plus d'amis, le reste de la famille s'était progressivement éloigné d'eux, et Remus ne s'était pas autorisé à approcher les enfants des différents villages qu'ils avaient fréquenté. Mais il supposait que ce genre de choses devait être courant... dans les familles normales. Il restait cependant un détail à régler.

- Je ne sais pas... Ça dépend, dit-il en reprenant le phrasé de Sirius.

- De quoi ? demanda Sirius en fixant brusquement ses yeux sur lui. De tes parents ?

Surpris, Remus ne remarqua ni le coup de pied que James envoya à Sirius par dessous la table, ni le regard effrayé de Peter. Il n'avait pas songé à ses parents. Accepteraient-ils de le laisser aller chez James ? Il se rappela que le père de son ami était un ancien employé du Ministère... ne serait-ce pas trop se "jeter dans la gueule du loup" ?

- Si... un peu, j'imagine, répondit-il nerveusement. Il... Il faudra que je leur demande.

- Tu penses qu'ils seront d'accord ? demanda Sirius en fronçant les sourcils. Ce serait tellement cool si tu pouvais venir... Les parents de James ont l'air extra, vraiment.

Remus haussa les épaules. Son père pouvait être très paranoïaque quand il le voulait et la présence de Sirius chez James n'aiderait sûrement pas.

- Ce serait quand ? demanda-t-il.

- Dès que possible ! répondit joyeusement James. Enfin, faudrait que ça colle avec Sirius, mais je pensais à... Début Juillet ? Au début je me suis dit que vous pourriez directement venir chez moi, mais c'est mieux si on laisse couler une petite semaine, non ? Le temps que Sirius explique tout ça à ses parents et demande une autorisation... À moins que vous ne vouliez venir directement Remus, Peter ?

Pensant à la pleine lune, qui tombait la première semaine des vacances, Remus secoua fermement la tête.

- Non, ça n'irait pas. Je... Je pense que mes parents voudront profiter de ma présence d'abord...

Il ne sut pas pourquoi, mais sa réponse provoqua d'étranges réactions chez ses amis. James laissa tomber sa fourchette dans un tintement sonore, le visage de Sirius perdit toute trace de couleur et Peter porta une main à la bouche, les yeux grands ouverts.

- Qu'est-ce que vous avez ? demanda Remus, perplexe.

Ramassant sa fourchette, James se redressa sur le banc, se passant une main légèrement tremblante dans les cheveux.

- Rien ! C'est juste que... Tu es sûr que ne préfèrerais pas venir tout de suite chez moi ? demanda-t-il avec une note plaintive dans la voix. Sirius a raison, mes parents sont géniaux !

Ne comprenant pas pourquoi tout le monde s'entêtait ainsi à mettre en avant les parents de James, Remus secoua la tête, sincèrement désolé. Il était le premier à redouter les effets d'une nouvelle pleine lune et aurait donné n'importe quoi pour pouvoir passer la nuit du 26 juin en compagnie de ses amis, mais le calendrier en avait décidé autrement.

- Mais je viendrais chez toi, James, dit-il néanmoins avec un sourire pour rassurer son ami. Je ne te donne pas de dates précises, mais dès... dès que je le pourrais, je viendrai. Je pense que ça ne me fera pas de mal de m'absenter une ou deux semaines.

- Ça c'est ce que j'aime entendre ! s'exclama James en lui donnant une tape dans le dos.

Remus lui offrit un sourire timide, secrètement ravi que sa venue puisse causer une telle joie chez quelqu'un.

- De toute façon, continua James, ce n'est pas comme si on manquait de place pour tous vous accueillir. Techniquement, on pourrait tous avoir notre propre chambre, mais je pense que ce serait plus convivial si –

- Excusez-moi ?

James s'arrêta dans son élan et jeta un coup d'œil à la personne qui les avait interrompu, un préfet de Gryffondor si l'on en croyait son badge et la cravate visible sous sa robe.

- Oui ?

- Tu n'es pas Sirius Black, non ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.

- Quoi ? Non, bien-sûr que non, répondit James en passant mécaniquement une main dans ses cheveux pour les ébouriffer. Moi c'est James Potter. Sirius Black, c'est lui.

Il désigna Sirius qui, les bras croisés, regardait le préfet d'un air remarquablement dédaigneux pour quelqu'un de onze ans.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il avec irritation.

- Le professeur Dumbledore m'a envoyé te dire qu'il t'attendait dans son bureau. Il voudrait te parler.

Sirius abandonna ses airs intimidants et écarquilla les yeux.

- Quoi, maintenant ?

Le préfet acquiesça.

- Mais... Je n'ai rien fait ! s'exclama Sirius avec un sourire amusé, pour une fois en droit d'utiliser cette excuse à juste titre. J'étais à mon examen de potions.

Le garçon haussa les épaules.

- Ce n'est pas la question; le professeur Dumbledore veut te voir.

Également surpris par la requête, Remus tourna son regard vers la table des professeurs. Le directeur n'y était pas.

- Sirius, je crois que tu devrais –

- Mais je dois réviser pour la Métamorphose ! s'exclama dramatiquement Sirius en arrachant un manuel des mains de Remus. Il faut que je révise, je ne peux tout simplement pas –

- L'examen de Métamorphose n'est que dans deux heures, répondit le préfet d'un ton calme, bien qu'une certaine impatience perce dans sa voix. Tu as parfaitement le temps de discuter avec le directeur et de revenir passer ton examen.

Sirius bouda pour la forme mais il poussa un soupir et acquiesça.

- Très bien, répondit-il en se levant et en rendant le manuel de Métamorphose à Remus. Je ne sais pas du tout de quoi on va parler... sûrement encore d'un caprice de ma mère pour me changer de Maison...

Il haussa les épaules.

- Je reviens bientôt, dit-il en direction de ses amis.

Remus le regarda demander le mot de passe au préfet, qui lui indiqua qu'il allait l'accompagner. Après s'être retourné pour leur faire une légère grimace dans le dos du préfet, il s'en alla.

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Sirius regarda le préfet s'en aller dans la direction opposée, puis se tourna vers les gargouilles.

- Bulles Baveuses.

Les deux gargouilles qui gardaient l'entrée du bureau de Dumbledore s'écartèrent, laissant Sirius monter l'escalier. Avec haussement d'épaules, et sachant qu'il n'avait exceptionnellement rien à se reprocher, Sirius frappa à la porte.

- Entrez.

Affichant un sourire confiant, Sirius poussa la porte et entra dans le bureau. Le vieux professeur était assis à sa table, triant quelques parchemins et y ajoutant parfois des annotations.

- Ah, Sirius, l'accueillit-il en déposant sa plume. Assieds-toi donc, je t'en prie.

C'était la première fois qu'il allait dans le bureau du directeur. Malgré toutes leurs frasques, James et Sirius n'avaient jamais causé suffisamment de trouble pour mériter un rendez-vous avec Dumbledore, un fait qui demeurait incompréhensible pour les deux garçons. Sirius ne s'était jamais trouvé seul à seul avec Dumbledore, mais un tête à tête avec le plus puissant sorcier de leur époque ne l'effrayait pas. Lui qui avait grandi au son des profanations sur celui qui était à l'époque professeur de Métamorphose de Poudlard et meilleur ami des Sang-de-Bourbes avait appris à ne pas aduler le vieux sorcier. S'il était reconnaissant envers lui pour ne pas avoir cédé aux demandes de ses parents de le changer de Maison, il préférait pour l'instant se réserver dans son jugement.

Regardant brièvement autour de lui les portraits des anciens directeurs de Poudlard, accrochés dans toute la pièce, Sirius s'avança vers la chaise en face de Dumbledore et s'y assit. Il espérait que le sorcier n'en n'aurait pas pour longtemps; il ne ressentait pas l'envie de passer son après-midi ici.

- Bien, Sirius, dit finalement Dumbledore. Je suis désolé d'avoir interrompu ton repas, mais il y a des choses qui ne peuvent attendre.

- Pas même la fin d'un examen ? demanda Sirius avec une trace d'insolence.

Dumbledore secoua la tête, mais ne le réprimanda pas sur son attitude.

- Pas même la fin d'un examen, répéta-t-il en jetant un coup d'œil à la grande pendule qui trônait contre un mur. Je crains de devoir m'absenter quelques jours du château et comme le temps presse, je n'aurais plus l'occasion de te parler.

Le sourire insolent de Sirius s'effaça légèrement et il acquiesça, incertain maintenant de la tournure que prenait le rendez-vous.

- Donc j'imagine que je ne suis pas ici à cause de... quelque chose que j'aurais fait ? demanda-t-il prudemment.

- Non, Sirius, ce n'est pas à cause de ça, répondit le professeur avec un léger sourire. Je suis désolé, mais si tu ressentais l'envie de me confesser un méfait, il faudrait revenir un autre jour.

Sirius secoua fermement la tête, une brève expression révoltée passant sur son visage.

- En réalité, reprit plus gravement Dumbledore, nous devons discuter d'une affaire assez personnelle.

Sirius releva brusquement la tête et croisa le regard du directeur. Son cerveau se mit à fonctionner à toute vitesse. Personnelle ? Sa mère avait-elle finalement convaincu Dumbledore de le changer de Maison ? Inquiet, il regarda tout autour de lui. Le Choixpeau Magique était posé sur une étagère de l'autre côté du bureau. Dumbledore l'avait-il sorti exprès ?

- Non, Sirius, cela ne concerne pas ta Répartition, dit Dumbledore en suivant son regard. La décision du Choixpeau est définitive, et personne ne pourra me convaincre de faire subir un changement de Maison à qui que ce soit.

La voix ferme et le regard sincère du directeur rassurèrent Sirius qui détourna son regard de l'étagère et essuya discrètement ses mains moites sur sa robe. Ce tête-à-tête devenait de moins en moins amusant.

- Pourquoi je suis ici, alors ?

Dumbledore ne répondit pas immédiatement et ouvrit l'un des tiroirs de son bureau. Sirius entendit le bruissement des feuilles pendant quelques secondes et le vit finalement en sortir un unique parchemin.

- Sirius, j'ai des nouvelles d'Andromeda.

- C-Comment ?

Une sueur froide avait recouvert le corps de Sirius, qui sentit son sang se glacer. Tremblant, il posa une main sur le parchemin. Les lignes manuscrites se mélangeaient sous sa vision devenue floue mais il reconnut la signature de sa cousine en bas de page.

- C'est... Elle... Comment va-t-elle ? balbutia Sirius en gardant les yeux fixés sur la signature. Elle est en vie, c'est ça ? Comment – Comment savez-vous tout ça ?

Dumbledore se pencha en avant et posa une main douce sur le bras de Sirius. Les yeux brûlants d'inquiétude du garçon croisèrent alors le regard calme du professeur.

- Elle va bien, Sirius. Andromeda va bien. C'est justement ce qui t'amène aujourd'hui. Je voulais t'annoncer que ta cousine ne court plus aucun danger immédiat. Elle et son compagnon ont réussi à se cacher suffisamment longtemps pour m'envoyer une lettre. Ne vois-tu pas ?

Dumbledore ramena l'attention de Sirius sur la lettre sous sa main, et le souffle du jeune garçon se calma.

- Elle va vraiment bien ? Mon oncle et ma tante ne sont plus après elle ?

Dumbledore soupira et reprit la lettre.

- Malheureusement, je ne crois pas que les recherches soient interrompues. Si j'ai bien compris, dit-il en parcourant rapidement la lettre des yeux, ta famille n'a pas très bien pris son départ.

Sirius secoua la tête, un sentiment de creux au fond de l'estomac.

- Mais pourquoi vous a-t-elle écrit à vous ? demanda-t-il, perplexe. Vous vous connaissez si bien ?

- Andromeda est une ancienne élève de Poudlard, répondit Dumbledore. Et bien que je n'aie pas beaucoup été amené à lui parler au cours de ses sept années de scolarisation, je pense... Je pense qu'elle savait que je ne lui refuserai pas mon aide.

Dumbledore reposa le parchemin, et se massa les tempes.

- J'ignorai ce qui était arrivé à ta cousine, Sirius, dit-il d'un air étonnamment las. Ta famille a dû s'employer à garder le secret. Crois-moi, si je l'avais su, j'aurais agi plus tôt. Mais Andromeda a vécu des mois très difficiles, je ne peux que l'imaginer, et se procurer du parchemin, de l'encre et un hibou n'est pas une chose facile lorsqu'une personne est en fuite.

Sirius acquiesça, et essaya de retrouver son calme. Il n'aimait pas dévoiler ses émotions et les problèmes de sa folle famille devant le directeur de Poudlard, mais l'avalanche inattendue d'informations avait secoué Sirius – sa cousine était en vie, elle allait bien. Il devait s'accorder une seconde pour réfléchir plus rationnellement.

Dans les lettres qu'il avait reçu de Regulus, Sirius n'était renseigné que sur l'avancée des recherches; si Andromeda avait été capturée, il l'aurait su. Mais personne ne savait comment elle allait, comment elle supportait l'état de fuite et l'hiver rude. L'inquiétude avait rendu fou Sirius, et chaque lettre était un mélange de soulagement et de frustration.

- Pourquoi a-t-elle demandé votre aide ?

- Andromeda et Ted souhaitent que je les aide à protéger leur environnement, expliqua Dumbledore. Ils disent avoir trouvé un habitat, mais ils n'osent s'y installer durablement par manque de protection. À l'heure qu'il est, ils ont trouvé refuge dans une vieille maison délabrée, mais il ne peuvent pas rester là indéfiniment.

Sirius hocha lentement la tête.

- C'est pour ça que vous devez vous absenter ?

- Oui, je ne te le cache p–

- Dites-moi où ils habitent ! s'exclama Sirius. Je dois lui écrire, lui dire –

Un ricanement soudain le fit se taire. Sirius se retourna, étrangement mal à l'aise, mais mis à part Dumbledore, personne n'était dans le bureau.

- Alors comme ça, Sirius Black, troisième du nom, souhaite fraterniser avec sa cousine, la Traitre à son Sang ?

Reconnaissant une voix qu'il avait appris par le temps à détester, Sirius leva lentement ses yeux gris vers les tableaux des anciens directeurs de Poudlard. Son arrière-arrière grand-père, malgré le sourire mauvais qui étirait ses lèvres, le fixait avec un regard froid, calculateur.

Sirius essaya de ne pas tressaillir.

- Bonjour, Grand-Père, dit-il d'une voix rauque.

- Sirius..., murmura le tableau sans le quitter des yeux.

- Phineas..., commença Dumbledore.

Mais l'ancien directeur l'ignora.

- Qu'est-ce que c'est que cette tenue, fils ? reprocha sèchement Phineas. Redresse tes épaules, remonte ton menton.

Sirius lui envoya un regard empli de haine et fut tenté une brève seconde de lui désobéir et de s'avachir d'avantage sur sa chaise. Mais le regard inflexible de son ancêtre et l'expérience qu'il avait de son tableau au douze Square Grimmaurd l'en dissuadèrent. Serrant les poings de colère, il s'exécuta lentement.

- Ma chère Irma avait raison, commenta Phineas, les lèvres pincées. Il semblerait que tu aies oublié tes origines.

- Je –

- Ta cousine n'a plus rien avoir avec les Black depuis le jour où elle les a déshonoré et a quitté la demeure de Cygnus et Druella avec son Sang-de-Bourbe –

- Phineas, ça suffit, coupa fermement Dumbledore. Je ne cautionne pas l'usage de ce terme.

- Ces affaires de famille ne vous regardent pas, Dumbledore, répondit sèchement le tableau. Il est de mon droit de donner une leçon à mon arrière-arrière petit fils.

- Sirius est actuellement à Poudlard, Phineas. Son éducation n'est pas de ton ressort.

- Mon arrière-arrière petit fils ne fraternisera pas avec un membre déshérité !

Sirius écarquilla les yeux tandis qu'un étrange sentiment d'émerveillement et d'incrédulité se nichait au creux de son estomac.

- Déshérité ? répéta-t-il. Andromeda a été déshéritée ?

Phineas croisa les bras et regarda Sirius d'un air condescendant.

- Une excellente décision. Je n'en n'attendais pas moins de Walburga.

Sirius le regarda fixement. Les Black ne déshéritaient que très rarement un membre de leur famille, parce qu'il n'était pas plus grand déshonneur que d'avoir un individu déviant parmi eux. Le dernier remontait à plus de quarante ans; à son grand oncle Marius dont le seul tort avait été d'être un Cracmol.

- Phineas, reprit calmement Dumbledore, bien que sa voix fut teintée de sévérité. Il va de soi, naturellement, que vous ne révélerez aucune des informations que vous allez entendre concernant Andromeda ou Sirius à votre famille.

- Voyez vous cela, Dumbledore, répondit froidement le tableau. C'est mon devoir d'alerter mes descendants de la conduite totalement inappropriée de leur Héritier. Quant à la jeune Andromeda, soyez-sûrs que je révélerai toute information que je jugerai –

- Tu ne peux pas, Phineas, le coupa le portrait d'Eupraxia Mole d'une voix patiente. Tu es au service du directeur actuel. Tu te dois de respecter ses souhaits.

Le visage de Phineas Nigellus se contorsionna de fureur, sa barbe en forme de bouc tremblant sous l'effet de sa mâchoire contractée, mais il ne parla pas d'avantage. Avec une exclamation de dédain, il se leva et quitta son portrait.

- Professeur ? demanda Sirius en regardant la toile désormais vide et noire. Êtes-vous certain qu'il ne dira rien ? S'il révèle la moindre information sur Andromeda, ou s'il dit à ma mère que je veux être en contact avec elle, elle...

La voix de Sirius mourut dans sa gorge, et il dût réprimer un frisson. Dumbledore le regarda longuement, ses yeux bleus doux et compréhensifs.

- Eupraxia a raison, Sirius, dit-il finalement. Phineas ne peut révéler quoique ce soit à personne, si tel est mon choix.

Le directeur continuait de le fixer, le regard pénétrant. Sirius eut soudainement l'envie urgente de détourner les yeux.

- Mais tout ne tourne pas autour d'Andromeda, Sirius, dit gentiment Dumbledore. Est-ce qu'il y a... quelque chose dont tu souhaites me parler ?

Sirius sentit ses entrailles se resserrer mais il secoua la tête et força un bref sourire sur son visage.

- Non, professeur. Est-ce que je peux avoir l'adresse d'Andromeda maintenant ?

Si le directeur fut déçu par son refus de s'exprimer, il ne le montra pas. Au lieu de ça, il eut un sourire sincèrement désolé.

- Non, Sirius. Je ne peux pas te communiquer son adresse.

- Non ? souffla Sirius. Mais... il faut que je lui parle.

Dumbledore secoua la tête.

- Je ne peux pas, Sirius, parce qu'il serait dangereux que son adresse soit rendue publique.

- Mais je ne vais le dire à personne ! s'indigna Sirius en frappant son poing contre le bureau. Pour qui me prenez-vous, vous croyez que je vais aller tout cafter à ma mère ?

- Non, Sirius, je suis loin de penser cela. Mais le risque qu'une de tes lettres soit interceptée est grand, d'autant plus si tu les expédies de chez toi. Si l'adresse de ta cousine tombe entre de mauvaises mains...

- Dans ce cas... Je peux au moins demander à un hibou de la retrouver, non ? Le mien est très intelligent – même s'il n'est pas toujours très sympathique – et il saura faire sans adresse.

Le regard désolé de Dumbledore lui servit de réponse.

- Je ne peux pas non plus, c'est ça ? dit Sirius en sentant ses épaules s'affaisser.

- Non, répondit Dumbledore. Je ne dis pas que cette situation sera permanente, mais je pense qu'il est plus prudent pour un certain temps que tu ne cherches pas à communiquer avec ta cousine. Sache seulement qu'elle va bien, et que Ted et elle prévoient de se marier cet été.

Sirius hocha la tête. Maintenant qu'Andromeda avait réussi à se cacher et bénéficiait de l'aide de Dumbledore, ses anciennes hésitations n'avaient plus lieu d'être. Si Andromeda avait été suffisamment forte pour supporter les conditions de sa longue fuite, alors elle le serait également pour sa nouvelle vie. Il lui semblait maintenant stupide d'avoir un temps voulu qu'elle retourne chez elle; un endroit où les gens comme son compagnon étaient traités comme de la vermine.

- J'imagine que pour le mariage, c'est foutu aussi ? Je ne pourrai pas y aller ?

Dumbledore fit non de la tête.

- C'est pour son bien, Sirius.

Sirius acquiesça, mais il ne fit rien pour dissimuler l'amertume de son regard. Il était maintenant la seule personne de sa famille sur qui Andromeda pouvait compter; aux yeux des autres, elle n'était plus qu'un nom noirci sur une tapisserie. Mais on leur interdisait de se voir. Et même si Sirius espérait que Tonks veillerait sur elle, il savait que la situation n'était guère idéale pour un développement sain de leur vie de jeune couple. Les hommes qui étaient à leur poursuite allaient continuer leurs recherches; inépuisables, les étouffant dans leur propre maison. C'était tellement... injuste.

- Spikes la recherchait, lâcha soudainement Sirius, en proie à une impulsion folle.

Dumbledore, dont le regard avait été pensif pendant plusieurs minutes, revint à la réalité en un instant.

- Que dis-tu ? demanda-t-il en le fixant de ses yeux bleus perçants.

- Spikes était l'un des hommes qui poursuivait Andro. Il... C'est de sa faute si Andromeda a vécu un enfer.

Dumbledore fut sur ses pieds instantanément.

- Es-tu certain de ce que tu avances, Sirius ? demanda-t-il avec une nuance d'urgence dans sa voix. D'où tiens-tu ces informations ?

- J'ai... J'ai entendu Spikes parler à ma Tante par Cheminette.

Dumbledore semblait réfléchir à toute vitesse. Ses yeux bleus regardaient tout autour de lui, sans pour autant vraiment voir, et il marchait devant sa cheminée d'un pas vif. On aurait dit qu'il envisageait des milliers de possibilités en même temps.

- Très bien, Sirius, dit-il finalement en se tournant vers le garçon qui le regardait avec de grands yeux. Je dois te laisser, j'ai à faire.

- Où allez vous, Professeur ? demanda Sirius en le voyant prendre une légère cape de voyage.

- Je vais d'abord me rendre auprès d'Andromeda et Ted pour les mettre en sécurité, et puis j'aviserai, répondit-il brièvement.

Il se tourna vers Sirius.

- Écoute, je sais que tu t'inquiètes, dit-il rapidement, mais dès ce soir, Andromeda et Ted devraient être en sécurité. Retourne donc auprès de tes camarades et bon courage pour la Métamorphose.

Il hésita un instant, puis poursuivit.

- Je pense qu'on peut dire que vous n'aurez plus affaire au professeur Spikes. Pas à Poudlard, en tout cas.

Sirius ne s'arrêta pas pour pondérer la signification de cette phrase. Il n'était que trop conscient du regard froid de son arrière-arrière grand père, revenu dans son tableau à Poudlard, pour oser parler. Il se leva et quitta rapidement le bureau, peu enclin à subir une nouvelle remarque de son ancêtre. À peine avait-il fermé la porte qu'un crac retentit de l'autre côté. Dumbledore était parti.

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- À votre avis, on aura qui l'année prochaine à la place de Spikes ? demanda James en ouvrant une Chocogrenouille.

- Je ne sais pas, répondit Sirius en regardant par la fenêtre du train.

Plusieurs jours s'étaient passés depuis sa discussion avec Dumbledore, et Sirius avait naturellement tout raconté à ses amis dès qu'il l'avait pu (hormis, bien-sûr, deux-trois détails sur son charmant ancêtre). Ces derniers étaient tout aussi soulagés que Sirius d'apprendre qu'Andromeda allait bien et qu'elle était en sécurité. Du moins, c'est ce qu'espérait Sirius. Le garçon avait activement recherché Dumbledore dans les jours suivants leur discussion pour lui demander comment s'était déroulée la mise en sécurité d'Andromeda, mais le sorcier avait été introuvable. Ce dont il devait s'occuper semblait lui avoir prit plus de temps que prévu.

- J'espère seulement que ce ne sera pas quelqu'un du Ministère, dit Remus. Spikes était vraiment... vraiment...

Remus secoua la tête, apparemment incapable de trouver un mot suffisamment puissant pour qualifier leur ancien professeur.

La nouvelle du départ définitif de Spikes s'était propagée très rapidement au sein des élèves de Poudlard, et beaucoup avaient été soulagés de l'apprendre. Car sous ses airs de professionnel désireux de transmettre son savoir aux nouvelles générations, le professeur Spikes s'était révélé être de plus en plus sec et impardonnable envers les élèves ayant des difficultés ou ceux dont le nom de famille ne lui avait pas plu en début d'année.

- C'est vrai qu'il n'était pas top, avoua Sirius avec une petite moue. Au début, je trouvais que c'était un bon prof...

- Avec toi, c'est sûr, fit remarquer Remus. Mais moi... Je ne sais pas. Je ne l'ai jamais vraiment aimé. Il était un peu louche, non ?

- C'est facile de dire qu'il est louche, depuis qu'on sait qu'il est en contact avec la tante de Sirius, dit James avec un sourire en coin.

- En même temps, ajouta Peter, on ne peut pas en vouloir à Remus. Il faut avouer qu'il était particulièrement désagréable avec toi... Te refuser un délai pour rendre les devoirs, alors que tu étais chez toi en train de... enfin, pour visiter ta mère.

Sirius jeta un regard irrité à Peter. C'était la deuxième fois qu'il marquait une hésitation en désignant les visites mensuelles de Remus. Par chance, le garçon dut prendre l'hésitation pour une marque d'émotion et il ne dit rien.

- Je suis sûr que Remus n'était pas une exception, dit James avec une certaine indulgence. Spikes était vraiment un sale type, et il cachait bien son jeu. Dumbledore lui-même ne l'a pas su, et ce n'est pas peu dire – ce mec sait tout, c'est dingue !

Sirius haussa les épaules, se retournant vers la fenêtre. À l'heure qu'il était, sa famille devait déjà être au courant du fiasco de la mission pour retrouver Andromeda. Sa mère devait être furieuse...

- Ces hommes, Sirius, qui étaient à la recherche d'Andromeda, tu les connaissais ? demanda prudemment James.

Sirius leva les sourcils.

- Si tu veux dire par là que j'ai déjà eu affaire à eux, alors non. Par contre... il y a des chances que mon père les connaisse. Je veux dire par là qu'il dit passer ses journées au Ministère, mais je sais très bien que c'est faux. Il a d'autres fréquentations, et je pense... que ces hommes en font partie.

James le regarda longuement, curieux d'en savoir plus, mais il sentit l'inconfort de son ami et détourna la conversation vers un sujet plus léger.

- Donc pour les vacances, lundi prochain, ça irait pour venir chez moi ?

Sirius fit une petite moue et haussa les épaules.

- Je ne sais pas... Ça risque d'être un peu tôt pour moi... Peut-être quelques jours plus tard, à la limite. C'est que je vois mal ma mère me lâcher aussi vite. Elle voudra sûrement que j'apprenne la biographie de chaque membre de notre famille depuis le Moyen-Âge avant même de me laisser sortir de ma chambre.

- Et tu ne les connais pas ? questionna James avec un sourire taquin.

- Et bien, commença très sérieusement Sirius, je peux toujours te parler de mon illustre ancêtre Machiavelus qui avait pour habitude de tremper ses lances dans une Potion Ravageante avant les tournois et d'observer les chevaliers moldus se faire littéralement ravager les organes de l'intérieur, mais nous reviendrons sur les détails un autre jour parce que je crois que Peter va vomir.

Le teint verdâtre, Peter acquiesça avec reconnaissance. Sirius lui sourit, l'air rieur.

- Ta famille est vraiment maboule, Sirius, lui dit James.

- C'est pas faute de l'avoir répété.

Ils se tournèrent alors vers Remus, qui n'avait pas réagi et qui cligna des yeux lorsqu'il remarqua qu'il était au centre de l'attention.

- Quand tu dis "lundi prochain", James, dit-il lentement, tu veux bien dire... Pas ce lundi, mais l'autre, c'est ça ?

James hocha vigoureusement la tête.

- C'est ça, mais si tu veux... Si tu veux venir plus tôt, tu peux. Je te l'ai déjà dit.

- Non non, ça ira, assura rapidement Remus. Lundi 3, c'est bien.

James parut incertain, mais acquiesça néanmoins.

- Tu vas bien ? demanda Sirius. Tu n'as pas beaucoup mangé, ajouta-t-il en désignant les bonbons intacts devant Remus.

- Mais oui, Sirius, soupira Remus en se pinçant l'arrête du nez avec les doigts. Je vais bien. Je devrais être celui te pose la question... Le programme de tes vacances n'a pas l'air bien réjouissant...

Le sourire de Sirius se fit plus hésitant. Il ne voulait en aucun cas montrer à Remus qu'il redoutait de rentrer chez lui, pas quand ce dernier avait tellement plus à craindre. Il se demanda comment son ami faisait pour ne pas craquer et accepter immédiatement la proposition de James de venir plus tôt.

- Est-ce que tout va bien, Sirius ?

Sirius sursauta et se tourna vers Remus, qui l'observait d'un air timide. Se rendant compte qu'il venait de fixer son ami pendant deux minutes avec un regard empli de pitié, Sirius se reprit et afficha un grand sourire.

- Affirmatif !

Remus s'éclaircit la gorge.

- Euh... Oui, donc, comme je le disais à Peter tout à l'heure, si on veut gagner la Coupe des Quatre Maisons l'année prochaine, il faudrait que vous arrêtiez vos bêtises...

- Ne me parle pas de ça ! se lamenta James d'un air dramatique en se cachant les yeux du dos de la main. Je suis encore dans le déni. On a encore perdu contre les Pouffys...

- Techniquement, c'est surtout Serdaigle qui a perdu contre Poufsouffle, corrigea Remus, heureux d'avoir changé de sujet aussi efficacement. Ils étaient au coude à coude.

- Très bien, alors contre Serpentard, dans ce cas, marmonna James d'un air dépité. C'est encore pire.

Sirius poussa un gémissement exagéré.

- Quatrième place derrière les Serpents... C'est pas possible... Et les Poufsouffles, là, ils en ont pas marre de tout rafler ?! Le Quidditch, et maintenant ça...

- Je pense que c'est parce qu'ils ont gagné au Quidditch qu'ils ont eu la Coupe des Quatre Maisons, fit remarquer Peter. Ça aide un peu. Et puis, y'a une Sixième Année qui a dit que ça faisait un bout de temps qu'ils n'avaient rien gagné, alors... Chacun son tour, j'imagine... non ?

- Pff, tu ne dis ça que parce que tu as failli aller à Poufsouffle, Pettigrow ! s'exclama Sirius avec dérision.

Les oreilles de Peter prirent une belle teinte rouge et il préféra s'occuper avec une Patacitrouille plutôt que de répondre par la défensive.

- Moi, dit James avec un énorme sourire, je sais comment gagner la Coupe des Quatre Maisons l'année prochaine. Laissez juste le futur Poursuiveur Potter faire des merveilles sur son balai et hop ! on gagne la Coupe de Quidditch et hop ! celle des Quatre Maisons !

Ses amis éclatèrent de rire.

- Cet enfant n'a aucune modestie, soupira Sirius.

- Cet enfant est réaliste, voilà tout ! corrigea James en mettant les mains sur les hanches.

- OK, et si vous m'écoutiez proposer mon idée, interrompit Remus. Alors voilà: si vous cessiez tout simplement de faire des farces stu–

- Hors de question !

- ...pides et que vous arrêtiez de nous faire perdre des points toutes les trois heures, gagner la Coupe ne serait plus un problème, exposa calmement Remus, nullement perturbé par l'interruption indignée de James et Sirius.

- Non, non et non ! s'exclama James en croisant les bras. Je ne suis pas d'accord.

- Je soutiens Potter, indiqua Sirius en passant son bras par dessus l'épaule de James. Ça ne va pas du tout. Tout le monde sait que la solution n'est pas d'arrêter de faire des conneries, mais d'arrêter d'être suffisamment cons pour se faire choper !

Le compartiment explosa de rire tandis que Remus levait les yeux au ciel et faisait mine de se lamenter à Merlin des amis immatures qu'il lui avait donné.

Le reste du voyage se passa dans la bonne humeur, les quatre garçons profitant du dernier moment qu'ils avaient à passer ensemble avant d'aller chacun vers sa maison – et ses problèmes.

Malheureusement pour lui, pensa Sirius en apercevant sa mère sur le quai, son problème semblait s'être déplacé à la gare. Walburga Black était fidèle à elle-même: de mauvaise humeur et terrifiante, elle jetait des regards pleins de dédain aux enfants qui courraient se jeter dans les bras de leurs parents comme s'ils venaient de commettre un crime particulièrement répréhensible. À côté d'elle, la Tante Druella venait de poser une main sur l'épaule de Narcissa dans un geste possessif. Les yeux fatigués, elle ne quittait pas sa fille du regard. Lucius Malefoy avait d'ailleurs bien du mal à capter l'attention de sa future belle-mère, et opta finalement pour un bref salut de la tête.

Retenant un rire à la vue du visage offensé de Malefoy, Sirius pensa qu'il ne devrait pas trainer s'il ne voulait pas s'attirer les foudres de sa mère. Soulevant sa valise, il quitta finalement le compartiment et descendit les marches du train avec une légère appréhension. Non loin de lui, James était englouti par ses parents et ne le voyait pas. Quant à Remus et Peter, ils étaient introuvables. C'était probablement mieux comme ça, pensa Sirius en rejoignant sa famille. Il ne voulait pas que ses amis assistent aux retrouvailles glaciales de la famille Black. En silence, il donna sa valise à l'Elfe qui les accompagnait et qui croulait sous le poids de la valise de Narcissa. Cette dernière était pâle et il manquait dans son regard la lueur habituelle d'orgueil. Pour la première fois, Sirius se demanda si le départ définitif de sa sœur ne lui causait pas plus de peine qu'elle ne le laissait entendre.

Haussant les épaules, Sirius se mit en marche vers la barrière magique, remarquant avec détachement que les sorciers et sorcières s'écartaient prudemment de leur chemin à mesure qu'ils avançaient. Sa mère ne lui avait toujours pas adressé un mot.


Et voilà ! Ce sera tout pour ce chapitre :)
Joyeux Noël et bonne année si je ne poste pas avant, et n'hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé du chapitre ^^