Gueule de bois.
La journée a passé très vite aujourd'hui, ce qui prouve que je ne me suis pas ennuyé une seule fois. D'ailleurs, j'aime lorsque mes jours au sein de ce village se passent aussi bien. Ainsi, j'ai l'impression d'avoir fait beaucoup de choses alors qu'en réalité, je me contente juste de rendre des visites à mes voisins pour leur dire bonjour ou les aider. Désormais, me voilà au perchoir et je me tiens assis sur l'un des trois tabourets qui se trouvent devant le comptoir. De l'autre côté de la surface boisée se tient Robusto, occupé à essuyer des tasses comme à son habitude.
Entre mes mains, du café.
- Dis-moi Robusto ?
- Oui Jaysher ?
- Tu ne sers uniquement que du café ?
- Oui. Pourquoi cette question ?
- Parce que je n'aurais pas hésité à me montrer généreux contre un petit verre d'alcool.
Suite à ce qu'il vient d'entendre, Robusto sursaute et laisse tomber sa tasse. Celle-ci se brise en millier de petits morceaux dès qu'elle entre en contact avec le sol et voilà que son propriétaire ouvre ses yeux en grands.
- Un souci ?
- Oui qu'il y a un souci. Comment peux-tu me dire ça alors que je me suis juré de ne jamais servir autre chose que du café ici ?
- Ben je ne sais pas moi. Peut-être une envie de m'amuser ?
- Tu peux très bien t'amuser sans boire une goutte d'alcool.
- Ouais ben je constate surtout que tu n'es pas marrant. Puisque c'est comme ça, je vais boire chez moi.
Aussitôt, je descends de mon tabouret et m'apprête à quitter le perchoir lorsque le pigeon se ravise.
- Combien aurais-tu mis pour un simple verre d'alcool ?
- Mille pièces d'or.
Là encore, Robusto se montre surprit parce que je viens de dire et pose son chiffon sur sa table de travail. Ensuite, il glisse ses ailes sous le comptoir et s'empare d'une petite bouteille qu'il avait caché tout au fond.
- J'accepte de te servir mais si jamais quelqu'un déboule ici, je ne suis responsable de rien.
- Tu vois quand tu veux.
Voyant que le pigeon verse de l'alcool dans un verre avant de le déposer sur le comptoir, je retourne sur mon tabouret et avale une première gorgée pour donner mon avis. Une chose est sûre, l'animal qui se tient devant toi est un connaisseur en la matière.
- Félicitations Robusto, ta boisson est un pur régal.
- Merci mais il serait bien que tu règles ton verre.
- Pardon. J'ignore parfois où j'ai la tête.
Je glisse mes mains dans chacune des poches qui se trouvent sur mon pantalon et sort un petit sac de l'une d'entre elles. Je pose ensuite la besace sur le comptoir et le pigeon s'empresse de le faire disparaitre sous son comptoir. Soudain, une question me traverse l'esprit.
- Depuis quand possèdes-tu cette bouteille au fait ?
- C'est une longue histoire.
- Justement, explique-moi tout et prend ton temps.
Une heure plus tard, je sors du musée en titubant légèrement puisque je ne me suis pas contenté d'un seul verre.
