Bon, on met le coté sentimental de coté et on avance dans l'aventure ... n'oubliez pas vos Kunaïs ...
Bonne lecture et merci pour les reviews !
Disclaimer : Les personnages et le monde de Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto. Je ne gagne aucun centime avec leur utilisation, juste le plaisir d'écrire.
36 - Nii-San
La serveuse me fait son plus beau sourire lorsqu'elle pose devant moi le plat que j'ai commandé. Je lui réponds par un léger soulèvement de mes lèvres qu'elle peut à loisir traduire par un sourire charmeur. Elle vient de m'offrir mon repas avec le supplément que j'ai demandé, elle mérite bien un léger effort, non ? J'enfourne dans ma sacoche le petit paquet qu'elle m'a apporté, et m'attelle à vider l'assiette devant moi.
Cela fait cinq jours que j'ai quitté Konoha, et c'est la première nuit que je m'offre au chaud. Je ne me suis arrêté que pour pécher quelques poissons et dormir quelques heures à l'abri dans les frondaisons de grands arbres. J'ai trouvé ça et là des traces de passage en chemin mais rien ne m'indique s'il s'agit des hommes de la Racine ou de simples voyageurs.
Je laisse traîner mes oreilles un peu partout depuis que je suis entré dans ce petit village il y a quelques heures. J'ai eu l'écho d'un passage récurent d'étrangers depuis deux jours. Il y a de forts risques qu'il s'agisse d'eux. Mon bandeau est bien visible sur mon bras, certaines jeunes filles sont d'ailleurs déjà venues en rougissant me demander si je recherchais mes compagnons étant donné qu'un ninja ne se déplace jamais seul mais personne n'a pu me certifier que les étrangers qui passent dans le voisinage venaient de Konoha. Ils sont tout près mais ce n'est pas ce qui m'a décidé de m'arrêter dans cet endroit. Demain, je vais atteindre le temple où Itachi devrait se cacher, hors du pays du feu. Demain, sera peut-être mon dernier jour dans ce monde. Je dois me reposer et me nourrir correctement, ce soir. Je dois également faire taire ce stupide espoir qu' Itachi est réellement celui décrit dans la lettre du Sandaime. S'il ne répond pas à mes questions, je le combattrai et le tuerai… parce que je veux revenir à Konoha… parce que deux yeux bleus m'attendent à Konoha.
Ma nuit fut courte mais étrangement reposante. Le soleil se lève à peine que je suis déjà loin de l'auberge qui m'a accueilli pour ce que j'appelle ma dernière nuit. Je progresse rapidement, le plus prudemment que je le puisse sans que cela impacte trop mon avancée. Je sais que je ne sais pas repérer ces maudits types de la Racine, mais ce ne sont que des hommes, ils ne peuvent se déplacer sans laisser des traces de leur passage dans la nature. Une écorce arrachée, une branche brisée, sont autant d'indices qui me prouvent qu'ils sont encore devant moi. Je n'ai pas mis longtemps à retrouver mes réflexes de nukenin. Je cache mon chakra depuis quatre ans quasiment constamment, ça en est devenu un automatisme, un réflexe, comme celui de respirer.
Le temple est au sommet de la falaise qui s'élève devant moi. Je discerne de loin les symboles Uchiha qui ornent les premières marches qui me mèneront vers lui. Le bruit d'une chute d'eau résonne dans le lointain. Pourquoi mes ancêtres Uchiha ont-ils construit un temple à leurs couleurs en plein pays des cascades ?
Je me rappelle que Père nous avait emmenés ici, Itachi et moi, lorsque nous étions enfants. C'est le seul voyage familial auquel nous avons participé. J'étends ma perception aussi loin que je le peux mais je ne sens rien ni personne mais cela ne veut rien dire puisque ces types sont quasiment invisibles. Je dégaine mon sabre et commence lentement mon ascension. La montée me semble durer une éternité. Le ciel soudain parait s'élargir alors que je franchis un énième palier. Un léger bruit d'eau qui chante en coulant tout près de moi me fait espérer une surface plane. Je redouble de prudence et gravit les quelques marches qui me séparent encore du parvis du temple.
Il est grandiose. Des colonnes s'élèvent de chaque côté de l'immense porte d'entrée. Sur le fronton on peut encore discerner un immense blason Uchiha peint en rouge et blanc. Un petit pont de pierre enjambe la rivière qui serpente entre les herbes folles avant de se jeter dans le vide, sur un autre versant de la falaise. Tout a l'air calme, paisible. Me serais-je trompé ? Si c'est le cas, je dois quand même fouiller cette immense bâtisse avant de reprendre ma route à la recherche d' Itachi.
La main tenant toujours fermement ma fidèle Kusanagi, je pénètre prudemment dans le vestibule du temple. Comme je m'y attendais, d'immenses statues m'accueillent. Le silence règne seul sur ces lieux, mais il est trop pesant, trop lourd pour être normal. Je distingue depuis l'entrée des pièces les unes à la suite des autres, avec de multiples portes. C'est un vrai labyrinthe. Dans le doute, rien de mieux que de foncer, j'avance donc tout droit en longeant le mur à ma gauche. Je traverse la première pièce qui était éclairée par la lumière du jour entre les colonnes. Plus je m'enfonce, plus l'obscurité accompagne le silence.
Seconde pièce. Les ombres s'allongent. Une légère odeur de fumée me titille les narines. Du Katon ? On s'est battu ici ? J'enclenche mes Sharingans mais je ne remarque rien d'autre. Troisième pièce. L'odeur se fait plus forte et je ne discerne qu'à peine ce qui est à un pas de moi. Le combat a eu lieu ici, des traces noircies me salissent les doigts que je fais glisser sur les parois pour me guider et remontent jusqu'au plus haut que je puisse voir. J'essaie de comprendre qui a pu se battre contre qui et pars à la recherche d'éventuels corps lorsque je me fige soudainement sur place.
Un kunai est posé contre ma jugulaire. Je ne ressens aucune présence à l'extrémité de cette arme, juste la morsure de la lame sur mon cou. Ce ninja est fort, très fort dans l'art du camouflage. Une légère pression sur la lame de mon arme me fait savoir les désidératas de mon agresseur. Soupirant légèrement, je lui abandonne mon sabre. Ma chère Kusanagi ne s'écrase pas au sol lorsque j'en lâche le manche, mais la pression sur mon cou ne cesse pas pour autant, me retenant de tenter quoi que ce soit, bien au contraire. Une fine goutte de sang commence à s'écouler le long de mon cou. Je ne suis pas inquiet pour le moment, l'inconnu a mon arme mais aussi les deux mains prises contrairement à moi… soudain, je le sens se rapprocher de moi, son souffle se fait plus présent dans mon dos, et une légère odeur de feu m'enveloppe distinctement.
- Tu es en retard, Sasuke. Tes amis ont déjà commencé de jouer depuis près d'une heure.
Mon sang se fige instantanément dans mes veines en entendant ce murmure.
- Itachi…
- Je vois que tu n'as pas oublié mon nom ni le son de ma voix, j'en suis flatté.
- Les mecs de la Racine sont ici ?
- Tes amis de Konoha ? Il doit encore en rester quelques-uns en vie …
- Ce ne sont pas mes amis. Je suis là pour te …
Mais une main glacée s'est déjà posée sur ma bouche, me bâillonnant, tandis que son autre main qui tient le kunai, me ceinture et me traîne dans un recoin encore plus sombre.
- Chuuuuuuuut.
D'un mouvement de tête, je lui fais signe que je souhaite obtempérer. Dans l'obscurité, deux yeux carmins surgissent de nulle part, se posent sur moi avant de balayer l'ensemble de la pièce.
- Pas tes amis ?
- Non. Ils chassent les Sharingans. Je ferai ce que tu veux après, mais sortons d'ici.
Un long silence s'installe entre nous.
- Tu me suivrais ?
- Nii-San, barrons-nous d'ici.
- Nii … ? Ok. Suis-moi.
Il retire alors ses mains de moi et disparaît comme une ombre dans la nuit. J'utilise mes Sharingans, tourne la tête à droite, à gauche mais rien, il a littéralement disparu. C'est quoi cette blague ?
- Pas tes amis ? Tu ne m'en veux pas d'en tuer encore un alors ?
D'où venait cette voix ? Bordel, ce type est un vrai fantôme !
- Éclate-toi si ça te chante !
- Ne bouge pas.
Un cri étouffé me fait sursauter tandis qu'à ma droite, un corps s'écroule à mes pieds.
- Il voulait te tuer.
- Pas étonnant, j'ai ce qu'il cherche, moi aussi.
Une main froide se glisse alors jusqu'à la mienne.
- Tu ne vois pas grand-chose ici, n'est-ce pas ?
- Il y a des choses à voir ?
Un pouffement me répond.
- Tu n'as pas tort. Les cadavres, ce n'est pas mon décor préféré. Cette fois, suis moi.
Comment en suis-je venu à suivre à l'aveugle l'être que j'ai le plus haï dans ma vie ? Qu'il me guide par la main dans le noir le plus total ? Nous longeons le mur en silence, jusqu'à tourner à angle droit. Nouveau mur, toujours tout droit. De temps à autre, Itachi se stoppe et me lâche la main. Je reste alors immobile, attendant qu'il revienne s'occuper de moi. Étrangement, il revient, une fois, deux fois, et repose sa main glacée dans la mienne avant de m'entraîner à nouveau pour quelques pas. Nous franchissons ce qui me semble être une porte et soudain, l'obscurité diminue.
- On traverse la salle en courant, il y a une sortie dans le mur d'en face.
Il s'élance immédiatement. Je lui emboîte le pas, tâchant de rester le plus près de lui. Quelques shurikens sifflent à mes oreilles mais Itachi a déjà sauté, pris appui sur ce qui ressemble à une corne dressée sur la tête de l'énorme statue du centre de la pièce, a bondit dans les airs et décoché une bonne vingtaine de projectiles. Je jette un coup d'œil autour de moi et compte trois ninjas en noir qui nous poursuivent et deux immobiles au sol. Je leur lance également quelques kunais. Un son sourd me ravit, une de mes cibles a été atteinte. Au fur et à mesure que nous avançons dans la pièce, la lumière se fait de plus en plus présente. J'atteins la porte en bois du fond de la pièce le premier. Je pousse sur le battant mais elle reste obstinément bloquée. Je me retourne alors pour voir mon frère effectuer quelques mudrâs. Une nuée de corbeaux plus noirs que la nuit s'échappent alors de ses bras et partent attaquer les ninjas restants. Itachi attrape mon bras en passant devant moi et m'entraîne à sa suite par la porte qui s'est ouverte comme par enchantement.
Nous débouchons dans un long couloir en pente que nous dévalons à bonne allure. La luminosité qui s'amplifie nous guide vers la sortie. Finalement, une porte circulaire nous donne accès à l'extérieur et à une petite clairière traversée par une rivière. Itachi se retourne une nouvelle fois, ses Sharingans activés.
- Ils ne sont pas passés. Ils vont devoir faire le tour.
Ce type n'est pas humain. Je suis plié en deux, obligé de mettre mes mains sur mes genoux pour tenter de reprendre mon souffle après notre course folle à pleine vitesse, et lui est droit comme un i, d'un calme olympien et aussi tranquille que si nous étions dans son salon autour d'une tasse de thé.
- J'abandonne.
- Quoi ?
- Tu n'es pas humain, tu es un mélange de fantôme et de corbeau qui ouvre les portes par magie.
Je suis tellement concentré sur ma respiration que je ne vois pas un léger sourire fleurir sur ses lèvres.
- Sasuke, tu es venu m'affronter ?
- Tu m'aurais posé la question il y a deux semaines, ma réponse était évidente : oui. Aujourd'hui, je ne sais plus.
- Tu as changé, Sasuke.
- Tu as trouvé ça tout seul ? J'avais sept ans quand t'es parti et c'était y'a dix ans.
- Je ne parlais pas du physique, mais de l'état d'esprit.
Un croassement nous fait lever la tête. Un corbeau surgi de nulle part fond sur nous. Sans hésiter, mon frère étend son bras, ouvre sa main et l'oiseau vient s'exploser directement dans sa paume en une multitude de gouttes noires qui s'évaporent aussitôt.
- Il reste trois cibles. Ils ramassent leurs morts … enfin … ce qu'il en reste.
- Ils vont attendre la nuit pour repartir à notre recherche.
- Je le pense aussi. Mais ils ne nous trouveront pas. Remontons la rivière, si tu veux bien.
Il entre alors dans l'eau et saute de rocher en rocher. Je reste une seconde à admirer son aisance naturelle, sa dextérité à poser ses pieds sur les pierres qui dépassent à peine de l'eau, le bas de son long manteau brun soulevé par la bosse créée par mon sabre qu'il a enfilé dans sa ceinture et qui effleure à peine le liquide, puis entre à mon tour dans l'eau et le suit. Nous remontons ainsi le cours d'eau jusqu'à la base de la cascade qui s'écoule depuis le plateau où se situe l'entrée du temple.
- Attends-moi là.
Résigné, je m'assois sur la pierre qui émerge de l'eau qu'il me désigne et patiente. Satisfait, mon frère fait le tour de l'eau qui s'écoule bruyamment et, sans se mouiller, pénètre sous la cascade. Je réalise que je fais une cible parfaite, seul au milieu de l'eau, mais étrangement, je me sens en sécurité. Je laisse le bruit de l'eau m'apaiser et une de mes mains plonge jouer dans le liquide glacé. Je ne sais pas combien de temps, je reste là, à attendre le bon vouloir de celui qui fut un jour mon frère. Finalement, il réapparait de l'intérieur de la cascade.
- Tu es toujours là ?
- Tu pensais que j'allais fuir ?
Il s'approche de moi et m'examine de bas en haut et de haut en bas pendant de longues secondes.
- Tu as faim ?
- Hm.
- Viens.
Il tourne le dos à la cascade et s'enfonce dans la forêt. Je me lève rapidement et lui emboîte le pas.
- Et derrière la cascade ?
- C'est un piège. Cette grotte va se charger d'anéantir nos derniers poursuivants. Des faux indices vont les y mener directement et une fois entrés ... ils n'en ressortiront pas.
Nous cheminons tranquillement l'un à côté de l'autre. La situation semble irréelle tant elle est loin de tous les scénarios que je m'étais imaginé. Nous marchons ainsi pendant une heure, peut-être deux, entre les arbres avant d'aboutir dans une petite clairière au milieu de la forêt dense. Au centre de celle-ci se dresse une petite cabane en rondins empilés, au toit de branches. Une petite source jaillit à quelques pas de l'entrée, se déverse dans un bac en pierre avant de replonger vers les profondeurs. Comme nous approchons de l'abri, un oiseau noir se pose sur la petite barrière qui ceinture le bâtiment. En passant devant lui, Itachi caresse tendrement le plumage ébène tandis que l'oiseau pose sur lui un regard rouge sang où tournoie un Sharingan.
L'intérieur de la maison est rudimentaire. Une table basse, un futon rangé dans un angle et quelques étagères remplies d'ustensiles de cuisine. Dans un autre coin de la pièce, quelques rouleaux et livres sont consciencieusement rangés.
- C'est … chez toi ?
- Je n'ai pas de chez moi. C'est juste un des nombreux endroits que je visite régulièrement.
Je me pose au sol et pose un coude sur la table basse. Il reste debout à la porte, le regard toujours posé sur moi.
- Si tu veux bien m'attendre, je vais chasser un lapin ou deux et je reviens.
L'image de deux petites oreilles rabaissées sur un doux pelage blanc s'impose fugacement dans mon esprit.
- Je … je ne mange pas de lapin … mais j'ai des provisions, si tu veux.
Je dirige ma main vers ma sacoche accrochée à ma cuisse, mais m'interromps avant de l'atteindre. Mon frère vient de faire un geste rapide vers sa propre sacoche accrochée au même endroit.
- Ce n'est pas empoisonné et je n'ai aucune intention de prendre les armes qui sont dans ma sacoche, moi. Ecoute, c'est super étrange, je l'admets volontiers, mais je ne suis pas venu t'affronter, plus maintenant. On pourra toujours le faire si tu y tiens vraiment, et en considérant ce que j'ai pu voir il y a quelques heures, je n'ai aucune chance de te battre. Il y a encore quelques jours, cette simple constatation m'aurait rendu fou, mais ça, c'était avant.
- Tu veux quoi ?
- Vouloir ? Je suis vraiment en position de vouloir quelque chose face à toi ? Tu viens de balayer neuf des douze meilleurs membres de la Racine, seul.
- Ils ont commis l'erreur de m'attaquer sur mon territoire. Je connais chaque pierre de ce temple. Tu n'as toujours pas répondu …
Je lève mon regard sur l'homme toujours debout en face de moi. En dix ans, je ne trouve pas qu'il ait changé. Ses cheveux bruns sont plus longs mais toujours attachés en une fine queue de cheval basse, il me parait également plus maigre que dans mes souvenirs. Les deux sillons qui marquent son visage depuis toujours de ses yeux à ses joues, sont également plus prononcés. Il porte un long manteau marron refermé sur un t-shirt noir recouvrant un second t-shirt en résille et un pantalon gris autour duquel sont accrochées deux sacoches, ainsi que des sandales de ninja. Une bague rouge orne l'un de ses doigts et je devine une chaîne autour de son cou. Il me regarde, la tête légèrement penchée, le visage impassible, et attend patiemment que je termine mon inspection. Je ferme légèrement les yeux, soupire bruyamment, prends la base de mon nez entre deux doigts et m'exclame :
- C'est un truc de fou ! J'y arrive pas !
- De quoi parles-tu ?
- De te haïr ! J'aimerais juste qu'on parle, une fois, rien qu'une fois puis tu pourras me tuer si c'est ce que tu veux.
- Tu es toujours aussi stupide, petit frère.
Sa dernière phrase me fige et lorsque je rouvre les yeux, il est confortablement assis de l'autre côté de la table basse.
- Tu veux parler ? Je t'écoute, Otouto...
