En plus de l'être véritablement, le vol du retour parut moins long qu'à l'aller et ce, malgré le fait d'avoir décollé dans la matinée et ainsi, de ne pas avoir eu d'heures à consacrer au sommeil. Mais, conséquence directe après plus de dix heures de vol agrémentées du décalage horaire : Genzô et Alex arrivèrent à l'aéroport international de Hambourg épuisés en n'ayant d'autre idée en tête que celle de rentrer au plus tôt chez le japonais pour, cette fois-ci, y dormir.

Après un rapide détour par le traiteur du coin (s'étant rappelés in extremis qu'il n'y avait pas grand chose à manger dans le frigo) et un repas tout aussi vite expédié, Alex alla prendre une douche et rejoignit Genzô dans la chambre où le garçon l'attendait, déjà confortablement installé dans le lit, avec ce sourire éloquent qui ne lui laissait rien présager de bon en matière d'endormissement paisible...Espérant utopiquement qu'elle dégagerait suffisamment d'ondes « repoussantes » pour qu'il la laisse tranquille, étant assez fatiguée, Alex se coucha, posa un rapide baiser sur les lèvres de Genzô (en évitant soigneusement de croiser son regard), se tourna tout aussi vite de l'autre côté et ne bougea plus. Le repos fut malheureusement de courte durée et Genzô ne lui laissa pas plus de trente secondes de répit avant de passer à l'attaque.

- Humm...Genzô...grogna gentiment Alex qui tournait résolument le dos à son petit ami, alors qu'elle sentait une main se glisser subrepticement sous sa nuisette.
- Oui ? demanda sans complexe le japonais. C'est pratique ça dis moi...et joli en plus...
- J'suis fatiguée...
- Dans ce cas, je connais un excellent remède pour retrouver la forme, l'informa le jeune homme qui s'était encore rapproché et dont le corps était presque entièrement collé à celui de sa petite-amie.

Mais pourquoi même fatigués, les garçons demeuraient des obsédés ?

- Humm...j'veux pas retrouver la forme, j'veux dormir, l'informa doctement Alex alors que Genzô tentait maintenant de la retourner en douceur vers lui.
- Promis, je te laisse dormir après !
- Mais c'est pas croyable ça Wakabayashi ! bougonna la française qui avait quand même finit par céder à la demande et qui donna un brusque coup de rein pour se retrouver allongée de tout son long sur le corps du japonais - qui faisait totalement fit de ce qu'elle pouvait dire et la regardait, le visage rayonnant. Tu sais que t'es pas croyable ? Mais y'a rien qui t'arrête ?
- Oh non...s'amusa Genzô qui enfouit son visage dans la nuque d'Alex et entreprit de l'embrasser sur le moindre centimètre carré de peau délicatement parfumée qui passait à porter de ses lèvres...
- Humm...Genzô...


Quel plaisir de pouvoir se réveiller l'un contre l'autre au chant des petits oiseaux. Les deux amoureux s'octroyèrent une grasse matinée et le japonais se donna même la peine d'apporter le petit déjeuner au lit à sa petite-amie (sans doute pour se faire pardonner ou plutôt, pour la remercier de la douce nuit qu'ils avaient passé impunément ensemble...). C'est finalement le téléphone qui obligea le couple à se lever. Genzô venait de décrocher Herman qui venait aux nouvelles.

- Alors ? Enfin rentrés et toujours en vie ? demanda l'allemand avec ironie.
- Ça va ! On n'est rentré qu'hier soir, se défendit Genzô.
- Qu'est-ce que tu as de prévu aujourd'hui ?
- A priori, pas grand chose...répondit le japonais après un instant de réflexion. Tu veux passer à la maison ?
- Ah ! Si tu me le proposes, répliqua joyeusement Herman. Je serai là d'ici une heure et demi.

En raccrochant le téléphone, Genzô constata alors qu'il y avait deux messages sur le répondeur. Un de Maggie qui demandait à son amie de l'appeler dès qu'elle serait rentrée (ce dont le jeune homme fit part à la française) et un de l'agence immobilière munichoise qui souhaitait savoir si le couple s'était décidé sur un appartement. C'est durant l'écoute de ce dernier message qu'Alex rejoignit Genzô dans le salon.

- Qu'est-ce que tu en penses ? interrogea-t-il en regardant Alex.
- J'ai une préférence pour le deuxième, confia-t-elle avec un peu de retenue.

Il s'agissait quand même de l'achat d'un appartement et pas d'une baguette de pain, de plus, comme Genzô finançait à cent pour cent l'acquisition, elle ne se sentait pas le droit de trop intervenir dans la décision finale. Pourtant, Genzô y tenait lui à ce qu'Alex donne son avis, et pleinement même. Les choses, c'était à deux qu'il souhaitait les faire désormais...

- Alors, va pour le deuxième ! s'exclama-t-il joyeusement avant de consulter sa montre. Je vais les appeler, comme ça, ce sera réglé...Et toi ? Qu'est-ce que tu fais aujourd'hui ? Tu vas voir ta copine ?
- Je pense...reconnut Alex en souriant. J'ai pas mal de choses à lui raconter...
- Tant que ça ? la taquina Genzô curieux.
- Oh oui ! Et de toute façon, si ce n'est pas moi qui l'appelle, c'est elle qui viendra aux nouvelles quitte à les obtenir par la force, alors...Mais d'abord, je vais appeler ma mère.
- Humm...
- Quoi ? s'inquiéta Alex devant la mine soudainement un peu assombrie de son petit-ami.
- Oh rien...tenta d'éluder Genzô d'un geste badin de la main.
- Non, non, non. Quoi ? Dis-moi...insista Alex qui attrapa le japonais par le bras alors que celui-ci tentait de prendre la fuite avec l'intention de ne pas le lâcher tant qu'il n'aurait pas craché le morceau.
- Oh...c'est juste que je me demande un peu comment ça va se passer avec tes parents, avoua Genzô un peu tracassé.
- Ah ah ! s'écria triomphalement la française, paradoxalement contente. Maintenant, toi aussi tu vas goûter aux joies du stress de rencontrer la belle-famille !

Mais devant la mine déconfite de son petit-ami, la jeune femme se montra plus rassurante et lui sourit tendrement.

- Ne t'inquiète pas, mes parents sont adorables, dit-elle en prenant Genzô dans ses bras. Bon, tu risques de trouver les réflexions de ma mère un peu bizarre parce que des fois elle est un peu à côté de la plaque et qu'elle ne maîtrise pas à fond l'anglais, donc ça lui arrive de dire carrément n'importe quoi ; quant à mon père, il pourrait bien te regarder de travers parce que tu fréquentes sa fille, mais à part ça, tout devrait bien se passer ! Je ne pense pas qu'il sorte son fusil de chasse immédiatement en te voyant !
- Merci, tu me rassures vachement, ironisa Genzô en regardant Alex, dépité.
- Mais je plaisante ! Quoi que...
- Bon aller, file de là ! l'expédia le japonais en faisant mine de la pousser sur le canapé.

Et c'est toujours parcourue d'un fou rire qu'Alex composa le numéro de téléphone de ses parents...


La discussion mère-fille dura une bonne quinzaine de minutes. La mère d'Alex lui avait bien évidemment demandée comment s'était passé son séjour au Japon – ce à quoi Alex répondit le plus clairement et enthousiasmement possible - et si la famille de Genzô l'avait bien accueillie. Suite à quoi elle commença à bombarder sa fille d'un tas de questions plus ou moins saugrenues allant des différents goûts culinaires du japonais jusqu'à sa couleur de draps préférée.

- Maman ! l'avait alors coupée dans son élan Alex, tu ne te prends pas la tête et tu cuisines comme tu sais le faire : très bien. Ça sera parfait.
- Oui mais...
- On ne vient pas dans un « Relais château », on vient pour que vous fassiez connaissance avec mon petit-ami. Alors, zen !
- Bon...d'accord...Mais, pour les draps...

Décidément..

- Maman, la coupa patiemment Alex, les draps dans lesquels il dormira seront ceux de mon lit.
- Mais je n'en ai pas deux paires, s'exclama sa mère avec une pointe d'affolement.
- Mais tu le fais exprès ou c'est le stress ? On va dormir ensemble !
- Ah oui, c'est vrai...Mais tu ne crois pas que ton père..., poursuivit sa mère avec hésitation.
- Papa ne dira rien, déclara Alex avec assurance. Quand même, vous vous doutez bien qu'on ne vit pas ensemble en faisant chambre à part. Et puis au pire, c'est toi qui prendras quand on sera parti, conclut-elle avec un sourire.
- Merci ma chérie. Je constate que tu penses toujours à tout, dit sa mère sarcastique. Donc à la semaine prochaine ?
- C'est ça. Bisous.

Alex raccrocha son téléphone avant de se prendre la tête entre les mains et de se frotter le visage devant l'air dubitatif de Genzô.

- Quelque chose ne va pas ?
- Oh, si...si. Mais ma mère m'épatera toujours autant...Remarque, elle doit être bien à planer tout le temps comme ça...
- Comment parles-tu de tes parents, la réprimanda-t-il doucement.
- Ouais, attends voir et puis on en reparle, l'avertit Alex. Ceci dit, se plut-elle à ajouter en regardant Genzô avec un plaisir sadique, je n'ai peut-être pas tant exagéré que ça concernant mon père...

De toute évidence, le japonais ne goûta pas à la plaisanterie...Après lui avoir adressé un dernier clin d'œil malicieux, Alex appela ensuite Maggie. L'allemande avait décroché dès la première sonnerie et discuté avec son amie quelques minutes. Mais afin de ménager le suspense, Alex lui donna rendez-vous au parc près du centre ville en fin de matinée pour lui raconter tout son périple à l'autre bout du monde.


Moins d'une heure plus tard, après qu'Alex ait eu l'occasion de croiser et saluer Herman qui arrivait à l'appartement, les deux amies s'étaient retrouvées et installées sur l'un des bancs du parc (parc d'heureuse mémoire pour Alex). Comme la française s'en était bien doutée, Maggie ne lui accorda guère plus de quelques minutes pour lui demander comment elle allait avant d'aborder le sujet du séjour dans la belle famille...

En essayant d'être la plus objective possible (bien qu'une petite touche personnelle rendait les choses toujours plus vivantes), Alex essaya de ne rien oublier, parlant aussi bien de la famille de Genzô – Maggie espérait du coup que Tate viendrait rapidement en Allemagne, ne serait-ce que pour assister à une joute verbale entre les deux frères – que de ses amis footballeurs. À sa grande surprise, l'allemande en avait déjà rencontré quelques uns à l'occasion d'un match amical entre Hambourg et le Japon. Mais cela remontait à tant d'années qu'elle n'en avait plus que de vagues souvenirs. Alex poursuivit ensuite son récit en décrivant la majorité des lieux qu'ils avaient visité ensemble et conclut en précisant à quel point ça avait été formidable et dépaysant.

A quelques kilomètres de là, ça avait été le même style de conversation qui venait d'avoir lieu, mais là, au genre « masculin ».

- Donc ça c'est plutôt bien passé...en avait déduit Herman.
- Oui, on peut dire ça, confirma Genzô toujours aussi peu amène à se livrer sur sa vie privée.
- Et ses parents à elle, tu les vois quand ?
- La semaine prochaine, répondit le japonais qui commençait à ressentir un prémisse de boule se former dans son estomac à chaque fois qu'il abordait le sujet (surtout après toute la délicatesse qu'avait pu y mettre Alex).
- Hé hé, rigola alors Herman en donnant un petit coup de coude complice à Genzô, après t'as plus qu'à acheter la bague !

Genzô recracha instantanément la gorgée de café qu'il avait encore en bouche avant de l'avaler, s'étouffant à moitié, et reçut quelques tapes de son ami dans le dos afin de faciliter l'évacuation.

- Ben quoi ? s'étonna Herman qui riait de la réaction de son ami, c'est la suite logique je te signale...
- Tu as juste une de ces façons d'amener les choses toi, franchement !

Herman regarda alors affectueusement Genzô s'essuyer les mains tout en s'imaginant l'état nerveux dans lequel il serait le jour où il demanderait sa petite-amie en mariage...

En attendant, la petite-amie en question passait un agréable moment de détente en écoutant Maggie lui raconter les dernières péripéties d'Herman en matière de rencontres amoureuses lors de leurs soirées...

- Le jour où il arrêtera de draguer des filles qui dansent à moitié nues dans des cages dans des boites de nuit douteuses, fit observer Alex réprobatrice, il aura compris deux-trois trucs...

Maggie ne put qu'approuver cette remarque.

- Au fait, dit Alex, je l'ai vu ce matin, le phénomène. Il est passé voir Genzô. Je suppose pour obtenir les mêmes nouvelles que toi.
- Y'a des chances. Ça te dirait que l'on déjeune tous ensemble ? lança soudain Maggie.

Trouvant l'idée bonne, Alex acquiesça Elle regarda son amie sortir son portable pour appeler Herman et l'entendit râler qu'elle ne l'avait pas mis à charger et qu'il avait fini par s'éteindre, faute de batterie.

- Attends, j'ai le mien, la calma la française qui sortit son téléphone de son sac et le montra à Maggie. Tiens, j'ai un message...

Sous le regard intrigué de l'allemande qui s'était penché vers elle pour mieux voir l'écran du mobile, Alex entra dans le sous-menu de la messagerie et le consulta. Il ne s'agissait que de son opérateur qui lui envoyait une publicité.

- Qu'est-ce qu'ils sont pénibles avec leurs messages à deux balles, rouspéta Alex qui s'arrêta soudain sur l'expression de Maggie. Qu'est-ce qu'il t'arrive ?
- C'est quoi ce SMS de Schneider là ? dit-elle en pointant son doigt vers l'annonce d'un message reçu et conservé.

Alex examina précipitamment son portable mais comprit aussitôt que son amie faisait allusion au seul message que Karl lui avait envoyé le jour de son départ de Munich. Elle ne l'avait pas effacé. Elle ne savait pas pourquoi. D'autant plus que si elle avait, à une ou deux reprises, songé à Karl au début de son séjour au Japon, par la suite, avec tout ce qu'elle avait vu et vécu avec Genzô, tout ça lui était sorti de l'esprit. Mais peu importe le temps où l'on s'absente, on retrouve toujours sur place ce qu'on y a laissé quand on rentre...Alex regarda son portable avec tendresse et se sourit à elle-même avant de répondre à Maggie.

- Oh...c'est rien, dit-elle paisiblement - mais en réalisant en même temps qu'il lui faudrait ajouter un complément d'informations devant les deux sourcils haut perchés de son amie. Non vraiment. En fait, si tu veux tout savoir...
- ...oui ! Tout ! confirma Maggie impatiente.
- Lorsque l'on est allé quelques jours à Munich, avant de partir pour le Japon, on s'est un peu...disons accroché avec Karl, mais pour une bêtise. Du coup, je lui ai fait la tête et au final, il m'a écrit pour s'excuser. C'est tout.
- Il t'a écrit à trois heure du matin pour s'excuser ? fit observer Maggie incrédule.
- Comment tu le sais ? s'exclama Alex surprise.
- C'est marqué sur ton portable, à côté du nom de l'expéditeur du message, lui montra l'allemande. Alors, répéta Maggie, il t'a écrit à trois heures du mat' ?
- Ben, c'est l'heure où j'avais mon avion. Je suppose qu'il savait que je ne dormirais pas à ce moment, expliqua Alex toujours sereine. Quoi ?

Maggie la regardait bizarrement, les sourcils à présent plutôt froncés. Sans prononcer un mot, elle prit le portable des mains d'Alex et lut le contenu du message, puis tourna l'écran vers la jeune femme qui le regarda par curiosité mais n'y vit rien d'autre que les deux mots qu'elle avait déjà lu plusieurs jours plus tôt.

- Genzô est au courant ? demanda-t-elle plus sérieusement.
- De quoi ? Du message ? Non... Non, je ne lui ai pas dit, avoua Alex un peu gênée.
- Pourquoi ?

Alex étouffa un petit rire triste.

- Il se prend déjà suffisamment la tête au sujet de Karl alors...
- A quel sujet ? Je croyais qu'ils étaient amis tous les deux ?
- Oui c'est le cas, mais Genzô est un tantinet jaloux comme garçon...
- Je sais, sourit Maggie. Je me souviens d'un certain « après-match »...
- ...oui. Donc, à chaque fois qu'il nous voit discuter ensemble avec Karl, et peu importe le sujet de conversation ou le ton qui y est mis, fit remarquer Alex avec animation, c'est plus fort que lui, on a droit à une soupe à la grimace, quand ce ne sont pas les remarques qui fusent. Tu comprendras alors que je n'allais pas lui dire : « Oh regarde chéri ! Ton meilleur ami m'a envoyée un texto à trois heures du matin pour me demander pardon ! ». Ça aurait été le meilleur moyen pour qu'il pète définitivement un plomb ! Surtout que ça n'en valait pas la peine...

Mais à la grande surprise de la française, son amie ne semblait pas convaincue, ou simplement satisfaite.

- Tu crois que j'aurais dû le lui dire toi ?
- Je ne sais pas. Non. Je trouve juste ça...bizarre comme comportement.
- Pourquoi bizarre ?
- Et bien, vous n'êtes pas vraiment « amis » avec Karl. Tu le connais par l'intermédiaire de Genzô et vous vous entendez bien c'est tout. Alors pourquoi se donner cette peine, et je dirais même prendre autant de risques, en sachant que Genzô – aux vues de ses précédentes réactions – aurait certainement très mal pris une telle initiative ?
- Ça ne serait pas la première fois que l'ami d'un garçon deviendrait aussi l'ami de sa petite-amie, objecta Alex.
- Peut-être, concéda l'allemande un peu agacée. Mais vous n'entretenez pas ce genre de rapports « amicaux » avec Karl. Vous n'êtes pas à vous appeler à longueur de temps pour savoir ce que vous faites ou autres - même si vous vous entendez bien, ajouta-t-elle rapidement devant l'air contrarié qu'affichait à présent Alex. Enfin, je ne sais pas trop comment te l'expliquer...
- Ben essaye quand même, l'encouragea son amie qui sentait le vent tourner.
- D'accord. Honnêtement, je ne trouve pas normal, ou correct, qu'il t'envoie un message à trois heures du matin pour te demander pardon ! Ça me fait tiquer !

Et cette réaction s'était encore trouvée confortée lorsqu'un souvenir en particulier mettant en scène Karl et Alex avait spontanément jailli de sa mémoire...Souvenir où, si tout était parti d'une simple taquinerie entre collègues, un chinois avait peut-être révélé, sans le vouloir ni le savoir, une indiscrétion qui s'avèrerait vite devenir un gros problème...

- Ça te fait tiquer de quoi ? commença à s'énerver Alex. Je ne comprends pas qu'on puisse trouver bizarre que quelqu'un s'excuse. C'est poli !
- Il s'est excusé pour quoi au fait ? demanda soudain Maggie inspirée.

Alex s'apprêtait à lui répondre du tac au tac mais se rendit compte que sa réponse ne jouerait pas nécessairement en sa faveur.

- Alors ? insista Maggie.
- Toujours par rapport à cette histoire de « procès » dès que l'on se parle, raconta doucement Alex, j'ai demandé à Karl de dire à Genzô qu'il n'y avait rien entre nous...Mais c'était sous le coup de la colère, juste pour que Genzô arrête une bonne fois pour toute ! se défendit la française devant la tête ahurie que tira soudain son amie.
- Bon, d'accord, dit-elle perplexe sur ce genre de méthode. Et qu'est-ce qu'il s'est passé pour que vous vous « accrochiez » ensuite ?
- Il a parlé de moi d'une telle manière qu'il m'aurait traitée de boudin, ça aurait été pareil, dit Alex boudeuse.

Maggie lui lança un regard perçant en soupirant...

- Ça aurait dû te rassurer pourtant, dans un sens bien sûr, qu'il reconnaisse haut et fort que tu ne lui plaisais pas. Non ?

Mais le ton employé par l'allemande reflétait bien tout le scepticisme qu'elle ressentait à cet instant.

- C'est quand même vexant de se faire traiter comme ça ! protesta Alex.
- Oui, mais il n'a pas dû être si virulent dans ses propos, sinon Genzô serait intervenu et je te connais suffisamment bien pour savoir que tu peux prendre un peu sur toi, fit observer Maggie. De plus, non seulement c'est ce que tu lui as demandé de dire, mais encore, ça allait magnifiquement dans le sens où ça rassurerait Genzô. Et au lieu de ça, tu lui fais la tête et lui, ça le rend malade au point qu'il s'empresse de te demander pardon au risque de déclencher une tempête nucléaire avec Genzô...
- Et alors ? s'impatienta Alex.
- Et alors excuse-moi, mais je trouve que c'est un peu ambigu comme situation !

Alex la regarda avec des yeux ronds, incrédule.

- Ah ! Tu ne vas pas me la jouer Genzô ? s'exclama-t-elle le visage rougi par l'émotion, le cœur soudain emballé.
- Non. Je ne suis pas ton petit-ami je te signale. Je n'ai donc aucune raison de te faire de scène. Mais je te parle en tant que personne qui a un peu plus vécu que toi, dit Maggie. De plus, je sais comment peut être Karl...
- Mais il n'y a rien entre Karl et moi ! s'énerva Alex, tout a fait indignée.
- Je te crois quand toi, tu dis cela, affirma Maggie qui essayait de temporiser. Mais tu n'es pas la seule en cause dans cette histoire...et je te le répète : je connais bien Karl.
- Est-ce que tu réalises que Genzô est l'un de ses meilleurs amis ! Quel genre de personne serait-il pour faire une chose pareille ?
- Si tu savais tout ce que l'on est prêt à faire ou à oublier pour quelqu'un...

Maggie parut soudain lasse, mais Alex était trop remontée pour y prêter attention.

- A ceci prêt que Karl n'a jamais eu de comportement équivoque à mon égard et qu'au contraire il s'est toujours montré charmant et poli avec moi. Rien de plus. Il ne mérite pas un tel jugement ! le défendit la jeune femme.

L'allemande changea alors son angle d'attaque.

- « Rien de plus »...à part de te traiter de boudin ? releva-t-elle calmement avec une provocation maîtrisée.
- Oui, mais ça, confessa Alex d'une petite voix mal assurée, je crois bien que c'était volontairement exagéré...
- Je le crois aussi, approuva Maggie, heureuse d'être au moins d'accord sur ce point avec son amie. Et souvent, on exagère les choses volontairement pour faire passer le message contraire.

Alex demeura silencieuse, l'expression de son visage indéchiffrable, le regard semblant perdu...

- Humm...Non, je ne crois pas. Je pense simplement qu'il n'a pas réalisé la portée de ses paroles et qu'après, il n'a pas su trop comment gérer...
- Oui, bien sûr, ça reste tout à fait possible, reconnut Maggie avec peu d'entrain. C'est vrai que rien n'est flagrant. Cependant, en ce qui me concerne, rien n'est clair non-plus et je pense que Genzô fait plus preuve d'intuition que de jalousie déplacée...
- Sauf que moi, j'aime Genzô ! affirma Alex le regard brûlant.
- Dans ce cas, il ne devrait pas y avoir de problèmes à Munich, conclut l'allemande avec un sourire forcé quand elle comprit qu'elle ne pourrait pas aller plus en avant dans sa démarche avec son amie, ni lui faire prendre conscience à quel point Karl-Heinz pouvait devenir dangereux quand il le désirait vraiment...

Là dessus, comme pour mettre un terme à la conversation, elle lui rendit son portable et Alex put téléphoner à Genzô et lui proposer de venir les rejoindre avec Herman. Capacité à maîtriser ses émotions ? Réelle indifférence face à la situation ? Toujours est-il que la française ne manifesta aucun trouble lorsque les quatre amis furent à nouveau réunis - à tel point qu'Herman avait fini par demander à Maggie, une fois que le couple les aient eu quittés, pourquoi elle s'était montrée de si sobre compagnie...