Pansy avait toujours aimé le feu.

Tout ce qui constituait sa petite enfance, de sa naissance à ses six ans, flottait dans un étrange flou qu'elle était bien incapable d'éclaircir. Elle ne se souvenait pas des sourires de sa mère, autrement que par l'unique photo trônant sur le buffet, avait tout oublié des chansons que lui fredonnait son père, et avait effacé de son cerveau contusionné, la moindre trace d'élément marquant. Pourtant, il demeurait dans son esprit torturé, un unique souvenir, qu'elle chérissait, comme un petit trésor.

Elle avait cinq ans, l'orage grondait au dehors, et un feu dansant ronflait paisiblement dans la cheminée. C'était un jour d'octobre. Elle s'en souvenait parce que son père avait dit : c'est quand même pas croyable d'allumer un feu alors qu'Octobre n'a même pas encore filé ! Elle n'avait pas vraiment compris ce que son père trouvait 'pas croyable' dans cet évènement mais ne lui avait pas fait la remarque. A cette époque, l'enchaînement des saisons était quelque chose d'encore assez vague pour elle. Et ça ne l'avait jamais intéressé.

Elle, tout ce qui la fascinait, c'était ce corps rougeoyant, qui semblait valser dans son âtre. Qui enflait comme un géant, puis se faisait petit, inoffensif. Ce feu qui disait : 'approche-toi, approche-toi, je ne te ferai pas de mal'. Sur le sol en faïence, des ombres mouvantes orchestraient un opéra lumineux ; des ombres teintées d'orange et de noir, des ombres cajoleuses qui réchauffait son cœur de glace.

Son père lisait tranquillement son journal dans son fauteuil de cuir bariolé d'éclats ardents, un verre de vin pourpre dans la main, indifférent à toute cette beauté.

Sur les prunelles d'obsidienne de la petite fille, dansaient ces flammes séductrices, ondulant avec une délicatesse simulée. Pansy se rapprocha de l'âtre, les yeux écarquillés, surfaces miroirs de flammes et de cendres. Elle pouvait entendre la mélodie ronronnante des flammes qui lui conjuraient de s'offrir à elles, elle les voyaient s'ébattre en étincelles incandescentes, crépiter, illuminer tout le salon - un vrai petit feu d'artifices rien que pour elle. Dans son dos, son père tourna une page dans un bruissement, et maugréa quelque chose avant de prendre une nouvelle gorgée de vin. Elle fit un pas de plus vers le brasier, et sentit la chaleur envoûtante du feu l'envelopper, comme pour la rassurer. Elle mourrait d'envie de s'y jeter toute entière, de sentir son corps se consumer dans les flammes, de s'offrir à cette alliance parfaite de douceur et de destruction. A droite de la cheminée, le tisonnier dans son étui volait parfois un de ses éclats au feu lumineux. Une bouffée de colère monta en elle ; elle avait déjà vu son père se servir du tisonnier pour venir poignarder le feu, le piquer, le provoquer, le blesser. De ses deux petites mains potelées, elle saisit la longue aiguille de métal, titubante sous le poids, et la jeta dans les flammes qui vacillèrent, puis acceptèrent l'offrande en crépitant de plus belle.

Un sourire ravi se dessina sur le visage de Pansy. Maintenant, c'était à elle. Elle voulait faire partie de ce joyeux brasier, elle voulait mourir dans une gerbe de flammes grésillante. Elle fit un pas vers l'âtre, le pied en équilibre au dessus du feu - une chaleur crue, agressive, l'assaillit. Une fugace hésitation... Trop tard pour reculer.

Au moment où elle abaissait sa jambe, elle se sentit brusquement tirée en arrière par le col et roula sur le sol de faïence avant d'être abruptement réceptionnée par le pied d'un fauteuil de velours. La saisissant par le coude, son père la releva, les sourcils froncés avec sévérité, sa grosse moustache frémissante d'inquiétude.

« Pansy, mais qu'est-ce qui t'est passé par la tête ? »

« Je... Je sais pas... », bredouilla la petite fille, brutalement extirpée de sa transe hypnotique.

« Ne t'approche jamais du feu, c'est dangereux », avertit son père en la serrant dans ses bras.

La tête contre son torse rebondi, elle hocha lentement la tête, alors que la phrase continuait de tourner dans son esprit : Ne t'approche jamais du feu, c'est dangereux. Ne t'approche jamais du feu, c'est dangereux. Elle la connaissait cette phrase. Trop bien. C'est ce qu'elle entendait murmurer à son propos. Les gens pensaient sûrement qu'elle était trop petite pour réaliser ou trop bête pour comprendre. Mais, non. Elle voyait bien le regard des gens, elle saisissait leurs chuchotis qu'ils ne prenait même pas la peine de taire en sa présence. Ils disaient qu'elle était perturbée, qu'elle faisait des crises de violence. Il disait qu'elle était imprévisible. Et les regards qu'ils adressaient à leurs enfants, intimaient : Ne l'approchez pas, elle est dangereuse.

A ce moment, Pansy comprit quelque chose : le feu, c'était elle.

~~~~o~~~~

« J'en reviens pas ! », s'énerva Ginny en secouant un parchemin froissé sous le nez d'Hermione. « Un Piètre, j'ai eu un Piètre. »

Son amie coula un regard en biais à la cadette Weasley avant de sourire.

« En même temps, tu as passé ta dissertation à dire qu'Hengist de Woodcroft était une femme... Tu t'attendais à quoi ? »

Ginny croisa les bras, la mine boudeuse.

« Pour ma défense, c'est un prénom mixte. »

« On parle bien du prénom Hengist, là ? Ce n'est absolument pas mixte. »

« Feu mon arrière grande tante Hengist doit se retourner dans sa tombe, à l'heure qu'il est. J'espère qu'elle viendra te hanter ce soir, ça t'apprendra. »

Hermione éclata d'un rire cristallin en passant son bras autour des épaules de Ginny.

« Si ça peut tenir le fantôme de ton arrière grande tante Hengist éloigné, je t'offre une Bièraubeurre à la sortie de Pré-Au-Lard de demain, pour me faire pardonner, ça te va ? »

Ginny se fendit d'un immense sourire qui accentua le contour de ses pommettes.

« Avec une Bièraubeurre, je pardonne même cet idiot de Binns pour sa note totalement injustifiée », rit-elle, en fourrant le parchemin déjà froissé dans le fond de son sac à main. « ... par contre, j'ai rendez-vous avec Harry. On se rejoindra après, si ça te dérange pas ? »

« Pas de problème. De toute façon, je dois encadrer la sortie. Garder un œil sur les première année, tout ça. »

« Les première année ? », répéta la rouquine, sans comprendre.

« Oui, cette année, McGonagall les a autorisé à visiter Pré-Au-Lard à condition que les Préfet-en-Chef leur montre d'abord les limites de visite autorisées... Enfin, t'imagines le topo, quoi. »

« J'imagine très bien, oui. Merci de me rappeler à quel point je suis ravie de ne pas être Préfète-en-Chef. »

Elle s'assirent sur un des bancs de pierre de la cour de la Tour - qui venait tout juste d'être réparée - et, les jambes tendues, les paumes appuyées contre le banc, Ginny laissa aller son visage en arrière, savourant les rayons de soleil qui se perdaient entre les épais piliers du cloître.

« J'en reviens pas, c'est bientôt la fin de l'année... la fin de Poudlard », constata pensivement Hermione, en observant un parterre de violettes sauvages se frayer un chemin entre les pavés.

« Parle pour toi ! », rumina Ginny, les yeux toujours clos.

« On se verra pendant les vacances, et on mettra en place un programme de révision drastique pour que tu décroches tes ASPIC avec mention », lui glissa la brune avec un sourire amusé.

La rouquine ouvrit immédiatement les yeux en jetant à son amie un regard terrifié.

« Je crois que je vais passer mes dix prochaines vacances barricadée à Poudlard », répondit-elle, avec un sourire amusé, mais un regard toujours méfiant, l'air de ne pas vraiment savoir si Hermione plaisantait ou pas.

« T'en fais donc pas, je t'enverrai des beuglantes à chaque fois que j'entendrai parler d'un Piètre en Histoire de la Magie. »

« Et moi j'enverrai tatie Hengist te faire des petites visites surprises. Autant te prévenir tout de suite, elle était connue pour son manque d'hygiène et ses verrues purulentes... Je suis sûre que vous allez... », elle s'arrêta brusquement en plein milieu de sa phrase, ses yeux se rétrécirent, et elle murmura entre ses dents : « Bon, je vais te laisser. »

Alarmée, Hermione se retourna brusquement pour tomber sur Drago qui les observait, les bras croisés, goguenard. Ginny bondit sur ses pieds, se pencha pour attraper son sac, et mit les voiles, sans manquer d'asséner un coup d'épaules à Malefoy, au passage.

« Toujours aussi aimable, à ce que je vois, Weaslette », ricana Drago alors qu'elle était toujours à portée de voix. « Dommage que la politesse ne s'achète pas, ça vous donnerait au moins une bonne raison de ne pas en avoir. »

Il eut tout juste le temps d'apercevoir la rouquine lever son doigt pour toute réponse, qu'Hermione lui balançait un coup de pied dans le tibia, savourant avec un plaisir cruel sa grimace de douleur. Après l'avoir gratifiée d'un regard noir, Drago se laissa tomber sur le banc aux côtés d'Hermione.

« Tu lui as dit ? », demanda-t-il en fixant l'arche que Ginny venait de passer.

« Lui dire quoi ? »

Drago leva un sourcil d'un air sceptique.

« Je te connais un peu trop bien pour me laisser berner par tes faux airs innocents. Tu sais très bien de quoi je parle. »

Hermione poussa un soupir, en levant les yeux et les mains au ciel.

« Oui, oui, ça va, je lui ai dit. »

« Elle l'a bien pris, apparemment », ricana Drago.

« Il va lui falloir un peu de temps, et... »

« C'était pas du sarcasme », l'interrompit-il. « Je trouve qu'elle l'a bien pris. Avant, je pouvais très clairement discerner la violente envie de me torturer à coups d'Endoloris dans chacun de ses regards noirs. Maintenant, j'y vois juste l'envie irrépressible de me tuer. Y a du progrès. D'ici quelques mois, peut-être qu'elle aura juste envie de m'arracher les yeux. »

« Ouh la, ne t'avance pas trop. Personnellement, je viens tout juste de passer le stade de l'arrachage d'œil. »

Drago se pencha vers elle, un sourire narquois au coin des lèvres.

« Et t'en es à quel stade maintenant ? Celui où on roule sous les couvertures pour quelques nuits blanches ? »

« Non, celui des coups de pied dans le tibia », annonça-t-elle tout sourire, en joignant le geste à la parole.

Il grimaça de nouveau et maugréa un rapide : « J'en viendrai presque à regretter la période où tu me giflais... », adouci par son éternel demi-sourire.

« Ne me tente pas trop, Drago, ne me tente pas trop... », souffla Hermione avant de se pencher pour imprimer un fugace baiser sur l'épaule du blond.

Il secoua la tête, en levant les yeux au ciel, l'air impuissant, avant d'ajouter :

« Au fait, comment on se divise les première année demain ? »

« Dîtes-moi que je rêve ! Drago qui s'investit dans son travail de Préfet en Chef... même la vision de Dumbledore dansanr en kilt ne m'aurait pas autant étonné... »

« Merci pour l'image mentale », grommela le Serpentard en se fendant d'une moue dégoûtée. « Je m'y investis parce que je sais que dans le cas contraire, tu vas me sermonner pendant des heures, et crois-le ou non, je préfère t'entendre crier mon nom dans d'autres circonstances. »

Un nouveau coup de pied, mais celui-là, il l'avait anticipé et avait décalé sa jambe à temps, un sourire triomphant aux lèvres. Du bout des chaussures, il tapa dans un petit caillou qui roula pour finalement tomber dans la mare centrale avec un plouf agréable.

« Bon. Je prends les Gryffondor, bien sûr, et les Poufsouffle ? Et tu t'occupes des Serpentard et des Serdaigle ? »

« Génial », ironisa Malefoy avec un soupir.

« Allez, c'est l'histoire d'une heure à tout casser. Le temps de leur montrer les endroits principaux, et les limites autorisées, et après ce sera fini. On pourra peut-être... », elle s'interrompit, prise d'une hésitation, avant de souffler d'une traite. « ... se retrouver après, non ? Peut-être boire un verre... dans un endroit discret ? »

Drago plissa les yeux, un sourire espiègle aux lèvres : « Je rêve ou c'est un rencard ? »

« Ça m'en a tout l'air, en tout cas », se ragaillardit Hermione, en lui rendant son sourire.

« Soit, soit. J'accepte, alors. Et c'est seulement à quarante pour cent par peur des représailles si je refusais. »

Il se leva et épousseta machinalement sa chemise, au niveau de l'épaule, avant d'offrir un sourire désarmant à Hermione.

« Disons quinze heures, demain, à la tête de Sanglier ? », proposa-t-il en plaçant ses mains dans ses poches, de son éternelle désinvolture.

« C'est noté », répondit-elle avec un large sourire.

Elle l'observa tourner les talons et quitter lentement la cour, de sa démarche nonchalante. Elle inclina sa tête en arrière, les yeux fermés, et laissa le soleil réchauffer tranquillement sa peau. Au dessus de sa tête, sur les piliers en pierre encadrant la cour, le chèvrefeuille en fleur bruissait doucement.

~~~~o~~~~

« Hé, Parkinson ! », la héla une voix en éteignant presque immédiatement les discussions qui résonnaient dans la cour de Métamorphose.

Un long manteau d'un bleu nuit jeté négligemment sur les épaules, une capeline noire vissée sur ses cheveux sauvages, Pansy se redressa avec dignité sur le dossier du banc où elle présidait, entourée de sa cour de fidèles. D'un claquement de doigts, elle les congédia justement, leur intimant de lui laisser un peu d'air. Sans discuter, ils s'exécutèrent et quittèrent le cloître dans un silence obéissant.

« Weasley, quel plaisir de te voir ! », s'extasia Pansy avec un sourire doucereux alors que la silhouette du rouquin se plantait devant elle, la mine renfrognée. «Alors, on est venu pour faire affaires ? »

Ron ne répondit pas tout de suite, se contentant de la toiser longuement avant de se décider à prendre la parole :

« Écoute-moi bien Parkinson, jamais, ni sur cette terre, ni sur les milliards de potentielles planètes paumées on ne sait où dans l'univers, l'idée de m'associer avec toi ne m'effleurera l'esprit. Crois-le ou non, je me tiens le plus loin possible des poignards qui semblent irrésistiblement attirés par mon dos.»

Un sourire amusé étira les lèvres carmins de Pansy et, toujours assise sur le banc, paumes contre la surface de bois, elle se contenta de croiser les jambes, offrant à Ron une vue directe sur son talon aiguille de huit centimètres. Il se demanda vaguement si c'était un geste innocent ou si elle le menaçait ouvertement de lui perforer la trachée de son talon s'il refusait de coopérer.

« Quel dommage », susurra Pansy, mettant fin aux questionnements de Ron. « Je suis sûre qu'on aurait pu s'arranger, toi et moi... Et Merlin sait si je sais me montrer, très... très... très arrangeante. »

Elle se releva et son manteau glissa de ses épaules pour dévoiler un col bardot particulièrement échancrée. Ron ne put empêcher son regard de dériver furtivement sur le décolleté de la jeune fille quelques secondes, avant qu'il ne se reprenne et détourne aussitôt les yeux, le visage d'un rouge concurrençant le rouge à lèvres de Pansy. Ce petit spectacle n'échappa pas à la Serpentard qui se fendit d'un sourire lascif avant d'accrocher un pan de la chemise de Ron pour le tirer jusqu'à elle d'un geste brusque. Collé contre le corps désormais bouillonnant du Gryffondor, la Reine Cobra s'éleva sur la pointe des pieds et lui glissa à l'oreille :

« Ton problème, Weasley, ça a toujours été le manque d'ambition. Ne te contente plus d'être deuxième... proclame-toi Roi. Je veux bien te faire une petite place sur mon trône... »

Le conseil eut le mérite de donner une bonne gifle mentale à Ron qui se recula subitement en jetant des coups d'oeil à droite et à gauche, comme au sortir d'une transe particulièrement dangereuse. Puis, semblant avoir retrouvé ses repères, il gratifia Pansy d'un regard de pure haine.

« Je préfèrerai me faire bouffer le crâne par un Sombral que m'associer avec toi, espèce de tarée », cracha-t-il avant de lâcher sur le sol le Cobra d'origami que lui avait offert Parkinson, désormais réduit à une boule de papier froissé.

Il lui adressa un dernier regard noir avant de tourner les talons.

« Tu as raison, Weasley, ton dos s'accorderait à merveille avec mes coups de poignard », ricana Pansy alors que malgré lui, Ron accélérait le pas.

~~~~o~~~~

Ignorant le regard exaspéré d'Hermione, Parvati se laissa tomber sur son lit, sa longue robe violette s'étalant autour d'elle comme la corolle d'un Bleuet, pour laisser entrevoir des spartiates dorées. Ses longs cheveux bruns, nattés de fleurs, complétaient le tableau, évoquant à Hermione - pour une raison obscure - une scène des Mille et une nuits.

« Jolie robe », commenta la Préfète en Chef, plus pour faire la conversation qu'autre chose.

« Merci », répondit Parvati avec un sourire distrait, toujours étendue sur le lit de sa camarade, les yeux rivés sur l'armature à baldaquin. « J'ai toujours aimé le violet. »

« Ah... d'accord », enchaîna Hermione, sans vraiment savoir si une quelconque réponse était attendue. « Tu vas à Pré-Au-Lard, cet après-midi ? »

« Évidemment ! », s'exclama-t-elle en se relevant pour dévisager la Gryffondor comme si la question lui paraissait particulièrement déplacée. « Et toi, tu y vas ? »

« Je suis Préfète en Chef, donc j'ai pas vraiment le choix. »

« Oui, oui, je sais. Mais je voulais dire, tu y vas, comme ça ? », précisa-t-elle en jetant un regard peu engageant à la tenue de sa camarade.

« Euh... oui », bredouilla Hermione en avisant à son tour son choix vestimentaire.

Elle avait opté pour une chemise blanche qu'elle avait fait blouser dans son jean clair, délavé par les années, et des basket d'un bleu pétrole. Elle fronça les sourcils ; certes, elle n'était pas particulièrement apprêtée, mais tout de même, pas de quoi être gratifiée du regard manifestement dépité que lui jetait Parvati à cet instant précis.

« Oh, en même temps, c'est comme ça qu'on t'aime, Hermione », sourit sa camarade avec un sourire indulgent.

« Merci », maugréa la préfète, en sachant pertinemment qu'il ne s'agissait pas d'un compliment. « Tu as quelque chose de prévu.. je veux, dire pour cet après-midi ? », enchaîna Hermione, dans une piètre tentative pour détourner le sujet.

« Oui, je dois voir quelqu'un... », sourit mystérieusement la jumelle Patil.

Elle se releva dans un bruissement de tissu.

« Je te laisse. Peut-être à plus tard », lâcha-t-elle avec un soupir rêveur avant de quitter le dortoir.

Hermione la regarda partir dans un sillage de tissu violet en se demandant vaguement quelle mouche l'avait piquée.

~~~~o~~~~

La porte du bureau de McGonagall s'ouvrit brusquement pour laisser entrer Doge qui la referma dans un claquement sonore. Autour du secrétaire d'ébène usé par les années derrière lequel McGonagall présidait, quatre fauteuils avaient été disposés en un demi-cercle parfait. Pomona Chourave, tout à droite, triturait nerveusement son chapeau couvert de lierre, à ses côtés Flitwick affichait un sourire crispé, tandis que Slughorn, fidèle à lui-même, tapotait ses doigts les uns contre les autres, un sourire assurément faux vissé au visage. Doge ne l'avait jamais aimé, tant pour son égo surdimensionné, que pour ses traitements de faveur ouvertement assumés.

« Elphias, cette réunion ne vous concerne pas », articula patiemment Minerva, bien que les petites ridules serpentant son front trahissaient une certaine irritation.

« Sauf votre respect, cette réunion me concerne aussi bien qu'elle concerne chacun d'entre vous, et j'irai même jusqu'à dire, chaque élève de ce foutu château.»

La directrice pinça sévèrement les lèvres, et dégagea, d'un geste calculé de la main, la pile de documents qui s'interposait entre elle et Doge.

« Ce foutu château, comme vous dites, vous invite à le quitter au plus vite si vous n'êtes pas prêt à en respecter les règles. »

Chourave, Flitwick et Slughorn suivaient tous trois l'échange en silence, accablés par un malaise grandissant. Doge se rapprocha du bureau, surplombant Minerva, toujours calmement assise derrière le secrétaire de bois. Quelques secondes gouttèrent dans le silence tendu avant qu'Elphias ne le brise.

« Minerva, mais qu'est-ce qu'il se passe ? Je ne vous reconnais pas. Où est passé votre sens de la justice, votre souci du bien-être des élèves ? Vous trahissez la mémoire d'Albus, vous savez aussi bien que moi que ça... », argua-t-il en désignant le château de son bras ouvert « ... c'est contraire à tout ce qu'il aurait voulu. Bon sang, mais vous ne voyez pas ce qui se trame sous vos yeux ? Vous ne voyez pas que vos élèves sont en train de s'entretuer, entre les murs de ce qui fut un jour un havre de paix ? Combien vous faudra-t-il de blessures suspectes recueillies par Madame Pomfresh pour comprendre ? »

Impassible, McGonagall se contenta de ranger la pile de parchemin dans un des tiroirs du bureau, avant de prendre une plume et de s'atteler à signer une pile d'autorisation de sortie proprement classée. Doge sembla perdre patience, et une veine bleutée se dessina lentement sur sa tempe alors qu'il crispait le poing. Brusquement, il se tourna vers les autres directeurs de maison qui se tassèrent un peu plus dans leurs fauteuils, à l'exception de Slughorn qui se contenta de lui offrir un sourire complaisant.

« Et vous ? Ça vous va de jouer les lâches ? Vous n'allez pas lever le petit doigt, hein ? Vous n'allez même rien dire ? Profiter de votre poste bien douillet pour vous la couler douce en laissant vos élèves se lancer dans une épuration assassine ? »

Les trois autres baissèrent le visage, silencieux.

« Ne vous en prenez pas à eux », s'interposa McGonagall, en relevant lentement le visage de sa pile de dossiers. « C'est moi qui leur aie donné l'ordre formel de ne pas intervenir. »

D'un geste rageur, Doge balaya le bureau de la directrice, envoyant valser parchemins, plumes et encriers qui s'explosèrent au sol en déversant un liquide noirâtre et visqueux. L'encre se répandit lentement entre les dalles de pierre, amère et âcre.

« Mais qu'est-ce qu'il vous faut pour voir l'urgence de la situation, bon sang ! Réveillez-vous ! Vous êtes en train de précipiter Poudlard vers sa ruine ! »

Enfin, McGonagall posa sa plume sur la table de bois - l'unique objet qui avait résisté à l'attaque de Doge et se leva.

« Taisez-vous », plaqua-t-elle violemment sur le silence pesant qui avait suivi l'interjection de Doge.

« Non, Minerva, non. Malgré tout le respect que je vous dois, il est hors de question que je fasse partie de votre petite mascarade. Il y a des élèves, dehors, qui ont besoin de nous. Goinfrez-vous de votre petit confort pathétique si ça vous tente, mais moi je ne marche pas. »

D'un pas vif, Minerva contourna le bureau et se planta devant Doge, raide et digne. Les plis qui creusaient son visage la vieillissait considérablement, et ses cheveux désormais blancs ne lui rendaient pas justice. Maintenant qu'elle se tenait si près de lui, Doge remarquait combien elle semblait voûtée par le poids des responsabilités. Pourtant, ce fut de toute sa hauteur qu'elle le toisa, la mâchoire contractée.

« Jusqu'à preuve du contraire, c'est moi la directrice de cette école. Ce n'est ni vous, ni vos conseils bien pensants, ni votre soudaine poussée de courage, mais bien moi. Où étiez-vous durant la bataille de Poudlard, pendant que ces élèves si chers à votre cœur se faisaient massacrer par dizaines ? Ne courrez pas me faire la leçon dès le danger éloigné, car nous savons tous deux que vous êtes aussi lâche que moralisateur. »

« Je ne vous permets pas... »

« Ne vous en faites donc pas, je m'en octroie le droit. »

Elphias ouvrit la bouche, interloqué, en secouant lentement sa tête, qui dodelina sur son double-menton. De sa main, il peigna vainement les touffes éparses de cheveux blancs qui coiffaient son crâne, avant de visser son regard gris à celui de la directrice.

« Vous n'avez pas de cœur », murmura-t-il.

Un silence crispé se profila, et brusquement, le masque impassible de Minerva dégringola de son visage. Ses yeux s'agrandirent, ses rides se fripèrent plus encore, et elle ficha son doigt dans le torse rebondi d'Elphias.

« Tu n'as pas idée de ce qui se trame dehors, tu n'en as pas la moindre idée. Tu n'es qu'un abject faux-jeton, tout juste bon à clamer haut et fort ta bonne parole suintante d'hypocrisie. Tu n'as pas levé le petit doigt quand tu as senti le vent tourner en notre défaveur. Tu t'es volatilisé après le mariage. Où étais-tu quand tes petits protégés se faisaient traquer, torturer, décimer ? Je te le demande, Elphias, où étais-tu planqué ? »

« Je... »

« Oh, tais-toi donc. Je ne veux pas de tes pathétiques excuses. Dehors, le monde est à feu et à sang. Dehors, l'épuration a commencé, les anciens partisans se font assassiner, leurs corps balancés sous des ponts, jetés dans les rivières, abandonnés dans des ruelles poisseuses. Dis-moi, Elphias, toi qui sembles posséder la science infuse, que dois-je faire, si mes propres élèves ne sont même pas capables de se tolérer derrière les murs capitonnés de leur chère école ? Dis-moi donc, Elphias, quel bien cela leur ferait, d'être protégés, barricadés, calfeutrés dans un décor artificiel alors que dehors, l'orage gronde ? Tu ne crois pas que je me consume de regrets, que je m'asphyxie de l'impression atroce de les abandonner à leur triste sort, de faillir à tous mes devoirs ? Je ne serai pas là, quand ils quitteront l'école pour retrouver la violence bouillonnante du monde qui n'attend qu'eux pour régler ses comptes. Tu ne seras pas là non plus. Ni Pomona, ni Filius, ni Horace. Certains des élèves n'ont plus de famille, pas un seul ami, personne vers qui se tourner. Ce que je peux faire de mieux, c'est être disponible, tendre la main aux élèves qui viennent chercher mon aide. Pour le reste, je ne peux rien faire. Pas parce que je ne veux pas, pas parce que je ne peux pas, mais parce tout ce qu'il leur restera, là dehors, c'est eux-même. Et que s'ils n'apprennent pas à se respecter, à s'entraider, à dépasser leurs meurtrissures, alors nous courrons à une troisième Guerre. Non, Elphias, ce n'est pas de la lâcheté, au contraire, c'est la chose la plus difficile et la plus courageuse qu'il m'ait été donné de faire. »

Ses cheveux blancs s'échappaient de son chignon strict par poignées, s'ébattant sur son visage éreinté par le poids de ses décisions. Doge recula légèrement, avant de froncer les sourcils.

« Tu vas le regretter amèrement, Minerva. »

Machinalement, elle repiqua les mèches vagabondes dans son chignon, et détourna le regard.

« Je suis déjà noyée de regrets. Avec ce qu'il me reste de raison, j'essaye de faire au mieux. »

Soudain, le ton de Doge se fit plus doux, presque rassurant.

« Ce n'est pas la bonne solution, Minerva, crois-moi. Tu mets tous les élèves du château en danger, en refusant de les protéger contre leurs propres pairs. »

« Que puis-je raisonnablement faire ? Je n'ai pas la moindre idée de ce qui se passe réellement entre les murs de ce château. J'entends murmurer des histoires de guérillas, de revanche et de rancœur. Ce ne sont pas des maux qui se guérissent à coup de punition, de renvoi ou de sermons. Il faut du temps. Et du temps, c'est tout ce que je peux leur offrir. Quelques semaines de répit avant de retrouver le monde réel... »

Un soupir d'extrême épuisement s'échappa de ses lèvres tremblantes, et elle regagna son fauteuil, flanqué derrière le rempart de son bureau. Elle semblait si vieille, tout à coup, frêle et pâle. Elle chaussa ses lunettes en demi-lune, et croisa ses mains sous son menton.

« Monsieur Doge, je vous invite à vous retirer. Nous organiserons une réunion avec tous les professeurs dès la semaine prochaine. Jusque là, je vous prie de respecter les règles et usages de cette école. »

Après l'avoir gratifié d'un dernier regard noir, Elphias quitta la salle en claquant une nouvelle fois la porte. De longues minutes s'écoulèrent dans un silence oppressant, puis McGonagall plongea finalement son visage dans ses mains et les trois autres professeurs furent soudain frappés par l'idée inconcevable qu'elle puisse être en train de pleurer.

« J'ai commis une erreur », articula-t-elle d'une voix rendue rauque par la douleur. « J'ai commis une terrible erreur... »

Pomona se leva de son fauteuil de sa démarche maladroite pour se poster près de la directrice. D'un geste emprunté, elle tapota l'épaule de McGonagall qui abaissa lentement ses mains pour dévisager chacun des trois professeurs. Elle inspira profondément et joignit ses deux mains, légèrement tremblantes.

« J'ai reçu une lettre de la Brigade Magique ce matin. C'est à propos du jeune Théodore Nott. »

~~~~o~~~~

14h42.

« Et nous voilà devant chez Honeydukes », expliqua Hermione avec théâtralité, alors qu'une horde de première année dévorait littéralement la façade des yeux.

Ils trépignaient d'impatience, leurs écharpes or et rouge ou jaune et noire agitées par la brise printanière. La préfète avait bien entendu fait en sorte de terminer sa visite par cette boutique, sachant pertinemment qu'elle n'aurait pas pu les traîner ailleurs si elle avait commencer par là. Elle leur adressa un sourire amusé, et fit un pas sur le côté.

« Voilà, la visite guidée s'achève ici », elle consulta sa montre. « Vous avez désormais trois heures et seize minutes de quartier libre. Profitez-en comme il se doit, mais soyez raisonnables ! »

Ils hochèrent tous la tête d'un même geste, un sourire béat aux lèvres, et d'un geste de la main, Hermione leur donna l'autorisation de vaquer à leurs occupations. Ni une, ni deux, ils se ruèrent dans la boutique en bavardant joyeusement. Un sourire attendri aux lèvres en mémoire de sa première année, Hermione consulta machinalement sa montre pour la deuxième fois en deux minutes. Quatorze heures quarante six. Il lui restait quatorze minutes avant son rendez-vous avec Drago. D'une démarche rêveuse, elle commença à flâner dans les petites ruelles pavées de Pré-Au-Lard en direction de la tête de Sanglier, se demanda vaguement si Malefoy avait lui aussi terminé la visite.

~~~~o~~~~

14h25.

« Au bout de cette allée, c'est zone interdite », déclama Drago, les mains dans les poches, avec l'air de s'ennuyer ferme, en pointant du menton le bout de la rue principale de Pré-Au-Lard débouchant sur une luxuriante forêt qui semblait toujours plongée dans une obscurité inquiétante, quelque soit la saison ou l'heure de la journée.

En face de lui, six Serpentard de première année et onze Serdaigle le fixaient avec anxiété, comme s'ils craignaient qu'à tout moment, le préfet ne s'énerve et leur balance un sort en pleine figure.

« Remarquez, moi je m'en fous, hein. Si vous voulez vous taper une petite balade dans la forêt, faites donc. Il parait qu'une meute de Chaporouges y a élu domicile. Et si vous arrivez à leur échapper, n'oubliez pas que la forêt pousse à flanc d'une falaise de plus de vingt-huit mètres de hauteur qui donne directement sur un ravin de douze mètres de profondeur. Et si vous survivez à ça, la préfète Granger se fera une joie de vous étriper lorsqu'on retrouvera votre corps frigorifié au fin fond d'un fossé. Des trois dangers imminents, c'est d'elle dont je me méfierais le plus, si j'étais vous. »

Les élèves déglutirent lentement en resserrant leurs écharpes autour de leur cou, bien que la température fût particulièrement douce. Intérieurement, Malefoy se délecta de leurs visages effrayés.

« Voilà. La visite se termine ici. »

« Mais... mais on a même pas visité le village », protesta une petite Serdaigle dont les lunettes rondes lui conféraient un regard globuleux.

Sans même lui accorder un regard, il pointa son pouce par dessus son épaule et, avec une indifférence teinté d'ennui, il articula :

« Le village, c'est par là. Voilà, la visite est maintenant terminée. »

« Normalement, le Préfet-en-Chef doit faire visiter tout le village », insista la petite fille avec un air de Miss-Je-Sais-Tout qui ne manqua pas d'agacer Drago tout en lui rappelant vaguement quelqu'un.

Il se tourna vers elle et la gratifia d'un regard polaire qui eut le don de la faire reculer d'un pas, en serrant un peu plus son manuel Histoire de Pré-Au-Lard contre sa poitrine. Il coula un regard au prénom brodé qui ornait son uniforme : Carnella.

« Dis-moi, Carnella, qu'est-ce que tu lis, là ? », demanda-t-il d'une voix traînante en tapotant son insigne de Préfet en Chef piquée sur le revers de sa veste noire.

« P... Pr... Préfet-en-Chef... », balbutia la petite Serdaigle.

« Préfet-en-Chef, on est bien d'accord ? Est-ce qu'il y a marqué nounou ? Non. Est-ce qu'il y a marqué guide touristique ? Non plus. Et est-ce qu'il y a marqué maman de la petite Carnella qui s'est perdue au bureau des jérémiades ? Non, toujours pas. Pré-fet-en-chef », articula-t-il syllabe par syllabe avec humeur alors que les yeux déjà globuleux de Carnella s'agrandissaient encore plus. « Ça veut dire que si je vous dis que la visite est terminée, elle est terminée. C'est aussi simple que ça. »

« Je... », commença la Serdaigle, mais Malefoy l'interrompit aussitôt.

« Et puisque tu sembles savoir lire, utilise donc ce bouquin pour te trouver une carte et t'orienter toute seule, comme la bonne petite Serdaigle que tu es. Avec un peu de chance, tu te paumeras dans la forêt. »

Ignorant les regards choqués de la petite troupe amassée devant lui, Drago jeta un coup d'oeil à sa montre. Quatorze heures trente-deux. Il hocha la tête d'un air satisfait et planta ses élèves là, sans même leur adresser un dernier regard, pour se diriger lentement vers le centre du village.

~~~~o~~~~

14h59

Hermione sortit de la boutique Scribenpenne avec un petit paquet qu'elle ouvrit, un sourire ravi aux lèvres, pour observer une énième fois sa nouvelle acquisition : une plume à pointe anti-séchage, munie d'une réserve d'encre intégrée. Une petite merveille pour les grands écrivains et les adeptes de lettres à rallonge, clamait le petit écriteau qui avait capté l'attention d'Hermione. Deux gallions et neuf mornilles plus tard, elle était l'heureuse propriétaire d'une Plume-Sans-Soif. Elle lâcha un petit soupir de contentement en caressant presque religieusement la plume de corbeau qu'elle tenait entre ses doigts et s'apprêtait à la ranger - pour l'admirer de nouveau quelques minutes plus tard, très certainement - lorsqu'elle se sentit subitement harponnée par le coude. Sa plume roula sur le sol au moment où elle lâchait un petit cri de surprise, mais elle n'eut pas le temps de protester qu'un petit garçon - celui-là même qui s'était agrippé à son bras - fit irruption dans son champ de vision.

« Madame ! », s'écria-t-il haletant. « C'est... c'est mon ami ! C'est... c'est... il... je... », balbutia-t-il en gesticulant dans tous les sens.

Hermione arqua un sourcil, tentant vainement de faire de l'ordre dans le charabia incompréhensible du garçon, puis posa une main rassurante sur son épaule - drapée de vert et d'argent - et lui intima de prendre une profonde inspiration avant de lui expliquer calmement de quoi il s'agissait.

« Mon ami... il a eu un malaise... on marchait, et puis... et puis, il est tombé et... », déclama-t-il à toute allure, l'air perdu.

« D'accord, d'accord. Amène-moi jusqu'à lui, je suis sûre que c'est rien de grave, ne t'en fais pas. »

Sans même prendre le temps de souffler, le petit garçon détala, suivi par Hermione qui dut sprinter à sa suite. Il s'enfonça dans un dédale de ruelles plus étroites les unes que les autres, bien au-delà des limites autorisées pour la sortie, et la préfète maudit intérieurement Drago pour n'avoir visiblement pas expliqué aux élèves qu'ils avaient l'interdiction absolue de traîner dans ce coin là. Après s'être faufilé entre deux maisons qui semblaient avoir pour but ultime de fusionner tant l'espace entre leurs murs était étroit, elle déboucha sur une espèce de petite cour qui ne devait jamais voir le soleil, engoncée entre quatre hauts murs de pierre rongés par un lierre luxuriant. Une statue de Morgane noircie par les années trônait au milieu de la petite cour, dardant un regard cruel sur Hermione, alors qu'une chevelure de craie se déroulait jusqu'au bas de son dos. Les pavés de la minuscule place étaient irréguliers, manquants par endroits, ou dévorés par des herbes folles et des fleurs sauvages.

Pourtant, aucune trace du petit garçon que la préfète était venu secourir. Légèrement perdue, elle coula un regard inquisiteur au première année qui lui adressa un sourire contrit au moment où une voix bien trop familière résonnait dans toute la cour :

« C'est bon, Bergen, tu peux nous laisser. A partir d'ici, je prends le relai. »

~~~~o~~~~

14h59

Malefoy poussa la porte du vieux troquet en fronçant le nez à cause de l'odeur de renfermé et d'alcool rance qui pesait sur la pièce. Comme à son habitude, Alberforth ne lui prêta pas d'attention particulière, si ce n'est un regard désintéressé qu'il reporta immédiatement sur le verre qu'il essuyait d'un torchon sale. Drago s'approcha du comptoir et ne put contenir une moue dégoûtée devant la crasse qui s'y était accumulée ; c'était à croire que le gérant s'était lancé dans le concours de la baraque la plus dégueulasse avec cet abruti congénital d'Hagrid. Au fond du bar, une vieille dame aux allures d'épouvantail fripé sirotait un breuvage à l'aspect douteux, tandis que le vieux gramophone ensorcelé crachotait toujours le même vieux rock ancestral, et que derrière le patron de l'auberge, sur une étagère branlante, une boîte métallique émettait un bourdonnement inquiétant en menaçant à tout moment de tomber en libérant son contenu. Drago jeta un coup d'oeil suspicieux au coffret métallique – quoi qu'il puisse contenir, le Serpentard avait le sentiment qu'il valait mieux que ça reste à l'intérieur – et fouilla dans sa poche à la recherche de ses gallions.

« Un Whisky-Pur-Feu », articula-t-il froidement, sans même se donner la peine de paraître poli.

Alberforth releva les yeux du verre qu'il astiquait depuis cinq bonnes minutes et toisa Malefoy d'un air ennuyé, comme s'il venait de le déranger dans une activité particulièrement passionnante. Dans un bruit mat, il finit par poser le verre sur le comptoir et se pencha pour attraper une coupe en verre facetté. D'un geste, il souffla sur le verre dont s'envola un nuage de poussière compact qui fit tousser Drago et ne manqua pas de lui arracher un regard noir. Enfin, le verre fut déposé sur le comptoir, la bouteille de Whisky débouchée dans un ploc, et le liquide ambré se déversa dans la coupe en envoyant des petites gouttelettes consteller le bar crasseux. Sans s'attarder davantage, Drago jeta deux gallions sur la table, saisit son verre du bout des doigts, et se dirigea vers une porte dans le fond de la pièce. Il déboucha sur une arrière cour particulièrement miteuse. Au dessus de sa tête, les fondations délabrées d'une serre dressait encore son squelette de bois et de verre, transpercé en plein milieu par un immense chêne aux branches noueuses qui occupait la moitié de la minuscule place. Situées bien trop près de la porte, une table mangée aux mites et deux chaises branlantes semblaient avoir été jetées là par hasard. Le préfet soupira, se demandant – pour la millième fois – pourquoi il s'obstinait à venir ici, et se laissa tomber sur une des chaises qui grinça dangereusement. Il tira de sa poche une cigarette, la cala au coin de sa bouche, avant d'en embraser l'extrémité d'un coup d'allumette. Il inspira une bouffée, entrouvrit légèrement la bouche pour faire ressortir la fumée blanche qui se suspendit dans le ciel en arabesques paresseuses, et but une gorgée de Whisky, en savourant le sentiment d'intense délassement qui le gagnait tout entier.

Au bout d'un long, très long moment, il finit par jeter un coup d'oeil agacé à sa montre. Granger était en retard. Très en retard. Et ça, ça ne lui ressemblait pas. Il se laissa aller en arrière sur sa chaise, une nouvelle cigarette toujours au coin des lèvres, le regard perdu dans les ramages du chêne qui s'ébattaient parfois dans un bruissement aérien. Un oiseau aux plumes irisées d'argent se posa sur une branche et piailla furieusement, en battant des ailes. Drago prit une autre gorgée de Whisky, une autre bouffée de cigarette. Un autre oiseau ne tarda pas à rejoindre le premier. Une nouvelle bouffée de tabac. Le premier oiseau houspilla son compagnon en agitant dangereusement ses ailes. Drago passa une main dans ses cheveux, la tête toujours rejetée en arrière. Une nouvelle gorgée d'alcool, une autre b... les oiseaux au-dessus de sa tête se fendirent de cris affolés avant de décoller à toute allure dans un bruit confus d'ailes et de piaillements, et soudain, un bruit de détonation retentit quelque part et trois lueurs rouges explosèrent à tour de rôle dans le ciel pâle, en envoyant une onde de choc qui fit vibrer les fenêtres de l'auberge. Puis, plus rien. Silence radio.

Le ventre de Drago se noua sévèrement alors qu'un étrange mauvais pressentiment l'assaillait. Il jeta sa cigarette sur le sol, et la seconde d'après, il quittait la Tête de Sanglier en courant.

~~~~o~~~~

15h06

« Il était grand temps de s'offrir un petit tête à tête, tu ne crois pas ? », susurra la voix mielleuse de Pansy, appuyée contre le mur en face d'Hermione, les bras croisés.

Instinctivement, la main de la Gryffondor fondit vers sa baguette qu'elle dressa devant elle, le regard noir. Pour toute réaction, Pansy lui adressa un sourire infiniment amusé avant de se détacher du mur d'une impulsion. Hermione sentit son estomac se contracter alors que la Serpentard se rapprochait pas à pas, d'une démarche féline. Glissée dans une jupe longue asymétrique, Parkinson se mouvait avec une prestance menaçante alors que ses escarpins vertigineux claquaient sur le sol de pierre dans un écho assourdissant. La préfète-en-chef se fit violence pour ne pas reculer, pour ne pas laisser transparaître le moindre signe de peur alors que chaque parcelle de son cerveau hurlait à l'unisson : Pars ! Pars ! Ne reste pas une minute de plus ! Dégage d'ici ! C'est un piège !

« Pourquoi tu m'as amenée ici ? », demanda Hermione d'une voix qu'elle espérait calme.

« J'avais comme l'impression que tu m'évitais, ces derniers temps. Après tout ce qu'on a partagé, les menaces, la haine de Drago - ah, non, pardon, sur ce point là, t'as changé de bord - et nos tendres baisers au clair du Planétarium », finit-elle avec un sourire venimeux en papillonnant des sourcils avec emphase.

Là, Hermione ne put retenir un haut-le-cœur alors qu'une colère noire l'assourdissait. Le souvenir de Pansy l'embrassant lui donna l'urgente envie se jeter sur elle pour lui asséner une monumentale claque. De quel droit ? De quel droit s'autorisait elle à toucher le corps d'Hermione, à lui apposer ses griffes, à lui laisser une trace indélébile sur les lèvres ? Sa main se crispa sur sa baguette.

« Qu'est-ce que tu veux ? », interrogea-t-elle de nouveau, sans réussir cette fois à dissimuler son animosité.

« Ce que je veux ? », répéta Pansy en feignant l'étonnement. « Mais ce que je veux, je te l'ai déjà dit. Ne me fais pas l'affront de m'avouer que tu n'as rien écouté... »

Les yeux d'Hermione se plissèrent. « Je... », commença-t-elle mais la suite resta suspendue dans sa gorge.

Un nouveau pas. Pansy était désormais à moins d'un mètre de la Gryffondor, ses lèvres carmins allongées en un sourire dangereux.

« Je veux te détruire », lâcha-t-elle, comme une bombe dans le silence inquiétant de la cour.

Hermione sentit un frisson d'horreur la parcourir de part en part alors que sa peau devenait de plus en plus moite. Il y avait quelque chose de suffocant, chez Pansy. Une sorte d'aura étouffante, qui s'engouffrait par la bouche tremblante de son adversaire, s'infiltrait par ses narines, révulsait ses yeux. Une asphyxie programmée qui tuait à petit feu, paralysant tour à tour chacun de ses muscles en court-circuitant toute pensée logique.

Intérieurement, la Gryffondor s'infligea une énorme claque mentale. Tout ce qu'elle avait à faire, c'était la stupefixer et la laisser en plan, pour reprendre le cours normal de sa vie... mais non. Non. Ce n'était pas digne d'une préfète. Pas digne de tout ce qu'elle prônait. Pas digne de tout ce pour quoi elle s'était battue. La Gryffondor carra les épaules, se redressant pour faire face à la Reine Cobra.

« Qu'est-ce que tu veux ? », réitéra Hermione. « Tu veux qu'on se batte en duel, c'est ça ? Tu veux qu'on se roue de sortilèges, jusqu'à ce qu'une de nous déclare forfait ? »

« Oh, ma chère Granger, je ne suis pas assez folle pour ça. Je sais que tes prédispositions en sortilèges, en agilité et en défense dépassent de loin les miennes. Je te laisse tout le plaisir de jouer à ce petit jeu toute seule... »

Elle leva les bras, la baguette serrée dans la main droite, alors qu'Hermione levait aussitôt la sienne, prête à se défendre. Les doigts de la Serpentard s'ouvrirent un par un, un tintement contre la pierre, et la baguette de Pansy gisait sur le sol alors qu'elle se fendait d'un sourire provocateur.

« Je me suis désarmée. Qu'est-ce que tu attends, Granger ? Allez, vas-y, fais feu. Balance-moi tout ce que tu as en réserve. Torture-moi, j'attends que ça. »

Hermione plissa les yeux. Ses mains se crispèrent, tremblantes. Elle en avait envie, ça la démangeait. Elle sentait le désir de voir Pansy se tordre de douleur monter en elle, venir gratter les terminaisons nerveuses de son cerveau, se répandre dans chacun de ses muscles. Il lui suffisait juste de quatre syllabes. Quatre syllabes et Pansy payerait pour tout le mal qu'elle avait fait. Quatre toutes petites syllabes.

« Allez, tu dois en avoir envie, depuis le temps. Montre-moi ce que t'as en réserve, la Sang-de-Bourbe, qu'au moins, le sang souillé de tes paternels t'ait apporté quelque chose. Pour toutes les fois où on t'a insultée, traînée dans la boue. Pour toutes ces fois où on a piétiné tes beaux principes. Allez, vas-y, un mot à prononcer et je suis à ta merci. »

La bouche d'Hermione s'entrouvrit. Se referma. Ses dents grincèrent les unes contre les autres. C'était juste là, au bout de ses doigts. Ce petit bâton de bois qui pouvait réduire en miettes Pansy. Elle le sentait dans sa main, la dureté du bois contre sa peau tendre. Vingt-six centimètres et quatre millimètres. Bois de rose, crin de licorne. Quelle ironie, la douceur de la rose, l'innocence de la licorne, et pourtant, là, tout de suite, elle envisageait de détruire Pansy avec. Ses doigts se contractèrent, son souffle se fit saccadé, rauque, s'échappant en souffle brûlant par ses narines. Une bile amère se concentra contre sa langue, infesta sa bouche. Il lui suffisait juste... de prononcer quatre petites syllabes... et Pansy se roulerait sur le sol en pleurant. Elle la voyait, les yeux exorbités, suppliant, geignant, maculant sa jupe pourpre de boue et de poussière, défaisant ses cheveux bruns, écorchant sa peau de nacre de grandes striures sanglantes. Oh, elle la voyait. Elle l'imaginait s'arracher les cheveux, griffer le sol de ses doigts. Elle voyait la terre sous ses ongles manucurés, elle sentait le sang dans sa bouche. Elle pouvait entendre ses cris et imaginer le torrent de ses larmes dévaler le sol pavé. Grimaçante de rage, elle tendit sa baguette, la formule à la frontière de ses lèvres. Le sourire de Pansy s'élargit un peu plus.

« Oh, je connais bien ce regard... », susurra la Serpentard. « ... c'est celui qui veut tuer. »

Soudain, comme une bulle de savon au soleil, ploc, Hermione réalisa. Elle réalisa ce qu'elle était en train d'imaginer, ce qu'elle était sur le point de faire. Elle avait sérieusement considéré l'option de torturer Pansy. C'était pas juste une plaisanterie, une pensée fugace, une menace en l'air, non, elle avait failli... failli le faire. Jusqu'où serait-elle allée ? Elle se serait délectée de la voir se rouler sur le sol en hurlant... et puis après ? Est-ce qu'elle aurait été capable... de la tuer ?

Ses grands yeux s'écarquillèrent alors qu'elle se rendait compte avec une violente remontée d'acide qu'elle n'était plus vraiment sûre de la réponse.

« Bienvenue chez les monstres », ricana Pansy en devinant mot pour mot ce qui se passait dans le crâne endolori d'Hermione. « Je te réserve une place de choix sur le podium des hypocrites. »

Hermione lui jeta un regard polaire, avant de secouer la tête d'un air écœuré.

« Je me casse », cracha la Gryffondor, trop nauséeuse pour pouvoir dire quoi que ce soit d'autre.

Elle tourna les talons lentement, alors que Pansy minaudait dans son dos.

« Tu avais raison, elle l'a pas fait », murmura Parkinson à quelqu'un, et puis à l'intention d'Hermione, elle rajouta : « Tu pars déjà ? J'ai même pas eu le temps de te présenter mon amie. Mais je crois que vous vous connaissez déjà, petites veinardes. »

Le cœur battant, Hermione fit volte face au moment où un rayon de lumière la projetait avec violence contre le mur de pierre. Dans une explosion de débris, la Gryffondor roula sur le sol. Complètement sonnée, elle toussa pour extraire la poussière qui s'était infiltrée dans ses poumons. Titubante, elle bondit sur ses pieds, le souffle court, et son regard affolé détailla le sol de pierre à la recherche de sa baguette. Elle entendit un nouveau bruit, et se déporta brusquement à droite pour éviter un nouveau sort qui s'explosa sur le mur avec fracas.

« C'est ça que tu cherches, peut-être ? », se moqua une nouvelle voix.

Hermione remarqua enfin Daphné, qui venait de faire son apparition depuis une ruelle étroite. Une chemise blanche retenue dans un pantalon cigarette noir, ses cheveux éternellement noués en chignon, un sourire cruel au visage alors que du bout de ses doigts, elle faisait se balancer la baguette de la Gryffondor.

« Rends-moi ça tout de suite ! », s'écria Hermione, pour tenter de couvrir la peur qui grondait en elle.

« J'ai jamais aimé les petites garces qui donnent des ordres », articula Daphné avec nonchalance en jetant un regard méprisant à sa rivale.

Elle tendit les bras et crac ! brisa la baguette en deux avant de la balancer au sol. La bouche grande ouverte, la Gryffondor suivit des yeux la trajectoire des deux morceaux de bois décharnés s'écrasant par terre.

« Qu'est-ce que tu peux être maladroite, Daphné ! », minauda Pansy, l'air faussement contrit.

Le cœur de Granger tambourina dans sa poitrine, comme s'il avait l'intention de s'en arracher pour s'enfuir loin de ce carnage. Une goutte de sueur froide dévala sa nuque - elle se tenait devant deux folles, deux démentes prêtes à tout, prêtes à la torturer, à la tuer de sang froid. D'un discret coup d'œil circulaire, elle envisagea ses possibilités de retraite : la porte ballante d'une maison, derrière Pansy, l'étroite ruelle coincée entre deux maisons par laquelle elle était arrivée, quelque part dans son dos, et la ruelle envahie de mauvaise herbes par laquelle Daphné les avait rejointes. Trois options. Lentement, elle recula d'un pas. Puis un autre. Encore un. Elle buta contre le mur. Elle déglutit douloureusement. Le sourire de Pansy s'élargit et elle claqua des doigts. Des trois sorties qui les entouraient, Hermione vit sortir tour à tour Higgs et Harper qui bloquèrent la porte, deux garçons qu'elles ne connaissaient pas - un cinquième année aux longs cheveux bruns et un rouquin à l'air malingre - qui barrèrent la ruelle derrière Daphné, puis, dans son dos, barrant l'ultime sortie, les jumelles Carrow, et Opale Farley. Le cœur de la Gryffondor manqua un battement.

« Bon, on peut en finir, maintenant ? », soupira Daphné avec lassitude en croisant élégamment ses bras.

« Oh, Daphné... Laisse-moi m'amuser un peu... »

« Non. »

La blonde pointa Hermione de sa baguette et un rai de lumière rouge fusa jusqu'à la Gryffondor qui bondit au sol et roula en s'écorchant les bras. Sans demander son reste, elle se releva, et se rua vers Opale avant de lui balancer un énorme coup de poing dans les côtes. Sous le coup de la surprise, Farley n'eut pas le temps de se protéger et se retrouva étalée sur le sol, alors qu'Hermione l'enjambait, poussait de toute ses forces Flora avant de se précipiter dans la ruelle. Un violent bruit de déchirure, et elle se retrouva projetée en arrière par le col de sa robe - dont le tissu pendait désormais lamentablement dans son dos - par Hestia Carrow, les cheveux en bataille, le front plissés de milliers de ridules.

« Arceo ! », s'exclama Parkinson.

Une décharge électrique, comme une brûlure, et elle sentit son corps entier se contracter, ralentir, se crisper. Elle hurla, voulut se débattre, mais son corps refusait de l'écouter, même son cœur semblait se durcir, battre moins vite, plus fort, comme un gong sonore. Paralysée. Elle se retrouva paralysée en moins de dix secondes, de la tête au pied, elle se sentait oppressée comme comprimée par un gigantesque presse papier. L'impression terrible que son corps se changeait en pierre s'insinua en elle, et une fulgurante montée de peur la dévora toute entière.

« Mais qu'est-ce que tu fais ? », s'époumona-t-elle en tournant les yeux vers Hestia. « Pourquoi ? »

Les yeux de la jumelle Carrow s'agrandirent, et elle secoua la tête, comme pour en extraire l'image du corps raide d'Hermione et de son visage affolé, avant de reculer d'un pas. Ses paupières clignèrent, sa bouche s'ouvrit dans un rictus horrifié et elle recula d'un autre pas alors que des larmes incontrôlables se déversaient sur ses joues.

« Je... je... j'ai pas le choix », balbutia-t-elle et par réflexe, elle tira nerveusement sur sa manche, la remontant légèrement au passage.

Tout juste le temps pour Hermione d'apercevoir un léger filament vert qui courait tout du long. Avec un effort colossal, comme si sa tête contenait mille kilos de plomb, la Gryffondor réussit à la tourner vers Pansy qui souriait toujours. Elle ouvrit la bouche douloureusement - elle avait l'impression qu'on était en train de la remplir de ciment de l'intérieur - et sa voix elle-même sembla plus grave, caverneuse :

« Tu as... non... un serment... inviolable ? »

Avec fierté, Pansy rejeta une mèche en arrière : « Presque. Une variante. C'est une petite composition personnelle... tu sais combien j'aime le Feudeymon, hein, Daphné ? »

Avec nervosité, Daphné porta sa main à sa cicatrice boursoufflée, avant de fusiller Pansy du regard.

« Ça suffit ! », s'énerva-t-elle avant de se planter devant Hermione en deux enjambées.

Avec une violence monumentale, elle claqua la joue de Granger qui se retrouva de nouveau projetée au sol, alors que la résonance de la gifle semblait toujours vibrer dans son corps rigide comme la pierre. Ses yeux se fermèrent avec une lenteur démesurée. Une ombre, une pointe glacée contre sa joue, ses paupières s'ouvrirent de nouveau. A moins d'un centimètre de son œil, le talon aiguille de Daphné.

« Qu'est-ce que je fais ? », murmura-t-elle avec cruauté. « Pour avoir osé faire les yeux doux à Drago, je te les crève et je te force à les manger ? J'aimerais beaucoup ça, pas toi ? »

Elle appuya un peu plus la pointe de son talon, et Hermione hurla de toute ses forces alors qu'elle sentait ses yeux se révulser de douleur. Son cri résonna dans toute la cour, alors que le talon s'enfonçait un peu plus dans sa peau, avec une lenteur mesurée et cruelle. Elle sentit son épiderme s'ouvrir lentement, et le chaleur poisseuse du sang couler jusqu'à son œil pour l'aveugler de rouge.

« NON ! », hurla-t-elle de toute ses forces.

Elle sentit son cerveau disjoncter, surchauffer, ses muscles bouillonner, une poussée de puissance jaillit en elle et une détonation résonna dans la cour, alors que trois lueurs d'un rouge vif fondaient vers le ciel, pour exploser comme des fusées de détresse. Daphné fut violemment rejetée en arrière, et la Gryffondor trouva la force de rouler sur elle-même. Dans un grondement sinistre, elle réussit à se mettre à quatre pattes, mais ses muscles de pierre ne lui permirent pas de se relever. Agonisante, elle se mit à tousser, alors qu'elle avalait le sang qui ruisselait de son œil à grosses gouttes.

Hestia se précipita pour relever Daphné qui fusilla Granger du regard avant de se tourner vers Parkinson, qui ne semblait pas le moins du monde perturbée.

« Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? », rugit Daphné.

« De la magie sans baguette. Décidément, Granger, tu es vraiment une sorcière hors du commun... », souffla Pansy avant de s'approcher de la Gryffondor. « On va s'assurer que tu puisses pas nous refaire un coup du genre, si tu veux bien ? »

Toujours à quatre pattes, les muscles brulants sous l'effort, le souffle si lent qu'elle se sentait sur le point de vaciller, Hermione leva lentement la tête vers Parkinson qui la surplombait de toute sa hauteur. Le filet de sang gouttait de son menton, ploc ploc ploc, sur le sol. La bouche déformée par la haine, elle peina à articuler :

« J'aurais... dû... te... buter... »

Un sourire triomphant illumina le visage de Pansy : « Et oui, et oui. Les regrets, ces vilaines petites bêtes... », elle se pencha pour que son visage soit à la hauteur de celui d'Hermione et, la baguette sur la tempe de la préfète, elle murmura : « Confundo Maxima. »

Le jet qui frappa Hermione en plein visage la projeta en arrière et son corps meurtri s'éclata contre la statue de Morgane qui encaissa le coup dans un grondement terrifiant. Son cerveau rentra en ébullition, puis ralentit soudainement, se stoppa net. Elle discerna les contours du décor avec moins de netteté, pourtant ses yeux étaient grands ouverts.

« Et moi qui voulais te tuer tout de suite », cracha une voix dans son oreille alors qu'on empoignait ses cheveux et lui tirait violemment la tête en arrière. «Pansy avait raison, je vais en profiter un peu... »

Tout se mêlait dans sa tête, dansait confusément. Elle ne se souvenait plus... Elle voulait... Non, il fallait qu'elle se souvienne. Pansy, Daphné, il fallait qu'elle se souvienne... La cour pavé, sous ses paumes, le sang qui ruisselait dans sa bouche... Il fallait qu'elle se souvienne... Mais de quoi ? Elle sentit son esprit partir à la dérive, alors qu'une infime partie de son cerveau, anesthésiée, se débattait dans la brume qui emplissait son crâne... Dans le brouillard de ses pensées, quelque chose s'accrochait, essayait de ne pas être entraînée dans le flot d'oubli qui effaçait peu à peu le reste... Hermione Granger, elle était Hermione Granger, hurlait une petite voix étouffée au fond de son cerveau. Hermione Granger, rappelle-toi, Hermione Granger... Hermione, Hermione, Hermione. Elle s'accrochait à cette idée, sans vraiment savoir pourquoi, sans vraiment savoir si c'était vrai. Hermione, Hermione, Hermione, elle se le répétait en boucle. N'oublie pas.

Un coup en plein dans son ventre la plia en deux, et elle cracha une gerbe de sang. La douleur, ça, elle pouvait la sentir. La douleur qui électrisait ses membres. Un nouveau coup, une nouvelle pluie de gouttelettes rouges. Ses yeux se fixèrent sur ces petites traînées de sang, maculant le sol. Son sang. Elle avait mal. Son cerveau hurlait. Elle sentait son esprit se cabrer dans son crâne, tentant de rejeter les informations douloureuses qui lui parvenait. Hermione, je suis Hermione Granger, répétait-elle, mâchonnant ses mots, s'y accrochant comme à une bouée de sauvetage.

On marcha sur sa main d'un coup sec, ses os craquèrent. Elle se cabra en avant et vomit alors qu'une virulente douleur convulsait son corps. Comme si on avait fracassé son crâne à coup de barre métallique. Tout était flou autour d'elle. Elle ne se souvenait plus. Où est-ce qu'elle était ? Qui... ? Les mots se disloquèrent dans son cerveau. Elle n'arrivait plus... Les phrases tournaient, se mélangeaient. Rien n'avait plus de sens. Hermione Granger... Hermione...

« Laisse m'en un peu, à moi aussi », ricana une voix.

Elle entendit des pas. Boum boum boum. Ils résonnaient dans la cour. Ou peut-être bien dans sa tête. Boum boum boum. La douleur était abjecte. Insupportable. Son corps hurlait de désespoir. Un flot humide sur ses joues. Elle se rendit compte qu'elle pleurait. A gros sanglots. Elle était secouée de spasmes. Elle hurlait, elle se roulait de douleur. Boum, boum, boum. Hermione Granger, Hermione Granger. Des griffes empoignèrent son visage. Ses yeux n'arrivaient plus à se fixer. Du flou. Des cheveux noirs. Du sang dans sa bouche. Une fièvre fulgurante. Hermione, bon sang, Hermione. On la fit rouler sur le côté, le visage face au ciel. Les serres écorchèrent sa peau. Elle hurla. Elle devait se souvenir de quelque chose. Elle devait... mais elle avait oublié.

BOUM, BOUM, BOUM. Cette fois-ci, malgré le rideau opaque brouillant sa vue, elle vit clairement trois lueurs rouges apparaître dans le ciel, comme un feu d'artifice. Toujours les griffes autours de son visage agonisant. BOUM BOUM BOUM, BOUM BOUM BOUM. Six autres lueurs. Puis encore quatre. Est-ce qu'elle rêvait ? Est-ce qu'elle était morte ? Sûrement. Deux autres lueurs. Les griffes se relâchèrent soudainement. Elle entendit crier. Peut-être que c'était elle. Peut-être.

« Finite Incantatem ! », s'écria une voix, et un faisceau de lumière la frappa de plein fouet.

Ce fut l'explosion. Sa vue se fixa de nouveau, son corps retrouva sa mobilité, et une fulgurante douleur la terrassa. Elle se pencha sur le côté et vomit de nouveau. Tremblante, elle s'agrippa aux pieds de la statue de Morgane pour se redresser tant bien que mal, mais ses bras se dérobèrent et elle s'affala en position assise. Une douleur atroce tambourinait contre son crâne, et des formes flous dansaient devant ses yeux. Sa bouche était pâteuse, gorgée de goût métallique. Elle releva les yeux et vit la silhouette élancée de Calypso s'avancer dans la cour.

« Periculum ! Periculum ! Protego ! Periculum ! Protego ! », s'écriait Calypso alors que tour à tour des lueurs orangées fusaient dans le ciel, et qu'un écran bleuté la protégeait des attaques ennemis.

La Gryffondor passa une main ensanglantée sur son visage, son autre main toujours ballante sur le sol, contusionnée et difforme. Elle se retint de vomir et tenta une nouvelle fois de se relever mais ses jambes flageolantes la trahirent de plus belle, et elle s'écroula à nouveau sur le sol. Calypso tourbillonnait en esquivant les sortilèges.

« Protego ! Protego ! Expelliarmus ! Protego ! Expelliarmus ! », continuait-elle de marteler en tournant sur elle-même.

Le corps de Terrence Higgs s'encastra dans la porte branlante qui se brisa sous son poids, en projetant un nuage de poussière et de débris de bois qui avala un instant toute la petite cour. Deux secondes plus tard, une main empoignait son épaule, et la forçait à se relever.

« Tu vas réussir à marcher, Hermione ? », cria Calypso pour couvrir le bruit des sorts qui fusaient en tout sens. « Ne t'inquiète pas, ils... »

Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'elle se retrouva happée vers le haut, suspendue en l'air par des griffes invisibles qui semblaient la comprimer peu à peu. Par réflexe, elle avait lâché sa baguette qui roula aux pieds d'Hermione.

« Daphné ! », s'époumona Calypso. « Daphné ! Arrête cette folie ! Ne te laisse pas avoir par Pansy, Daphné... Tu vaux mieux que ça... »

La blonde hésita un instant, la main suspendue, l'air étrangement touchée, avant de secouer la tête avec vigueur :

« C'est trop tard », grinça-t-elle, catégorique. « Je te laisse le choix, soit tu pars, tout de suite. Soit tu es contre moi. »

« Daphné, tu sais que c'est pas aussi simple... Je ne veux pas être contre toi... »

Pansy leva les yeux au ciel avec agacement, en claquant sa langue contre son palais : « Oh, vous allez pleurer et vous faire un gros câlin en vous jurant d'être meilleures amies pour la vie, c'est ça ? Comme c'est touchant !», railla Pansy en se rapprochant de Calypso. « Bute-la, qu'on en finisse ! »

« Quoi ? Non ! », rugit Daphné. « T'es complètement folle, ma pauvre fille ! »

« Oh, je te sens d'humeur versatile, Greengrass... », susurra Pansy en la contournant lentement. « Je t'ai dit de la buter, alors tu la butes et tu te la fermes. »

Un éclat trouble brillait dans les yeux de la Reine Cobra. Elle jubilait... Elle nageait dans le bonheur. Un sourire dément éclairait son visage de folie ardente et incandescente. Il ne demeurait plus rien de l'ancienne Pansy, tout ce qu'il restait, là, c'était une folie meurtrière, sans frontières, ni limites.

« Non », répéta Daphné en se plaçant devant Calypso.

« Ah, je vois... Peut-être que dans ce cas... », murmurait toujours Parkinson en tournant lentement autour de la blonde. « Peut-être que je devrais... Expelliarmus ! », lança-t-elle subitement, alors que la baguette de Daphné était violemment expulsée de sa main.

Elle pointa sa propre baguette sur son ancienne camarade de complot et lui sourit de toutes dents.

« ... peut-être que je devrais... te tuer toi aussi ? Qu'est-ce que t'en penses ? Et après je tuerai ton petit Drago chéri ? C'est pas une bonne idée ça ? »

« Tu m'avais dit que tu laisserais Drago en dehors de tout ça ! », protesta Daphné, soudain affolée.

« On n'arrive pas sur le trône en tenant ses promesses, naïve petite Daphné. »

Daphné fit un pas vers Pansy. Juchée sur ses talons hauts, elle la dépassait d'une bonne tête, ses cheveux blonds légèrement défaits, ses yeux verts assombris de colère.

« Ne t'avise pas... de le toucher... », bouillonna l'aînée Greengrass.

« Oh, je ne vais pas le toucher... je vais le tuer, t'entends ? Le tuer, le crever, le buter, le détruire, l'exterminer, le massacrer... », chantonna Parkinson, en adressant à la blonde un sourire démesuré.

Et sans même s'en rendre compte, Daphné s'avança et sa main vint violemment gifler la joue de Parkinson, dans un claquement sonore qui se répercuta dans la cour de pierre.

Un silence de mort était retombé sur la place. Un silence terrorisé. La main sur la joue, le visage baissé, Pansy resta immobile quelques secondes, avant de relever sa figure pour toiser Daphné. Un rire malade, cru et malsain s'échappa de sa gorge en petites secousses rauques, puis s'amplifia, gagna toute la cour, écorcha leurs oreilles. La main toujours sur la joue, les épaules rehaussés de petites convulsions hilares, Pansy les dévisageait tour à tour d'un regard avide.

« ... peut-être que je devrais tous vous tuer... Peut-être que je devrais vous faire brûler, un par un. Faire un bûcher, où je ferai cramer tous les traitres et les lâches... peut-être que je devrais te tuer la première, Daphné... pour montrer l'exemple... »

Tétanisée, Daphné recula d'un pas, les yeux grands écarquillés. Puis ses yeux s'écarquillèrent plus encore, et elle tomba lentement à genoux, la respiration sifflante, les mains plaquée sur le col de sa chemise qu'elle tirait de toutes ses forces.

« Qu... Qu'est-ce que tu... fais ? », articula-t-elle en s'agrippant au sol de ses mains délicates.

« Je fais bouillir ton sang. Je le fais chauffer, chauffer, chauffer... jusqu'à ce que t'imploses dans un feu d'artifices d'organes et de boyaux », ricana Pansy. «Boum ! », ajouta-t-elle en mimant une explosion de ses mains.

« Ar... ar... rête... pitié... », haletait Daphné en s'écroulant sur le sol, le visage contre la pierre.

« PARKINSON ! LÂCHE-LA ! LÂCHE-LA ! ARRÊTE ! », hurla Calypso en se débattant de son emprise invisible, toujours suspendue bien au dessus du sol. « ARRÊTE ! »

Les yeux de Daphné se révulsèrent et elle se mit à convulser, alors que sa peau se teintait de plaques rouges, comme de la chair à vif. Sur ses mains d'abord, puis sur son cou, et enfin le rouge gagna son visage.

« NON ! », hurla une voix, et Pansy fut brusquement jetée au sol alors qu'Hestia l'empoignait par le col, la secouant contre la pierre.

« HAN ! », respira soudainement Daphné dans une immense bouffée d'air. Elle glissa de nouveau sur le sol, inconsciente.

« Laisse-la, laisse-la, laisse la ! », continuait de scander Hestia en en martelant le corps de Pansy contre la pierre. « Jamais, tu m'entends, jamais ! »

« Dommage... que tu aies... oublié... notre petit arrangement... », articula lentement Pansy, et une gerbe de flammes verte embrasa le bras d'Hestia qui roula sur le sol en hurlant.

Alors que le Feudeymon ravageait toujours son bras, grignotant sa peau dans un crépitement sinistre à peine masqué par ses hurlements, Pansy se releva en la toisant méchamment. Un silence choqué avait suivi la scène, et une atroce odeur de peau calcinée flottait jusqu'à leurs narines. Dans un cri désespéré, Flora se précipita à son chevet, les yeux bordés de larmes, et encadra son visage de ses mains alors que sa jumelle continuait sa litanie de gémissements et de hurlements douloureux. Flora lui glissa des mots qu'elles seules comprenaient, en pleurant de plus belle.

« Arrête ! Arrête ! ARRÊTE, BON SANG, PANSY ! LAISSE-LA ! », se déchaina Calypso en essayant de descendre mais personne ne semblait enclin à l'aider.

Hermione sentait bien qu'il fallait faire quelque chose, elle le sentait dans chaque parcelle de son corps. Mais son cerveau ralenti semblait patiner dans les nuages, avait du mal à aligner deux pensées cohérentes. A ses oreilles, les hurlements terrifiants de la jumelle Carrow résonnaient dans son cerveau, se cognant contre les parois de son crâne, prenant toute la place, effaçant jusqu'à la moindre trace de réflexion. Son cerveau, rempli d'une brume nébuleuse, semblait lui hurler des choses qu'elle ne comprenait pas. Elle voulu se lever, mais s'effondra pathétiquement sur le sol, son pied avait glissé sur quelque chose. Ses yeux tombèrent sur la baguette de Calypso. Dans un effort qui lui parut surhumain, elle tendit la main, referma les doigts autour du bâton de bois. Elle sentit une petite décharge électrique la parcourir, comme si la baguette se débattait, ne reconnaissant pas sa propriétaire. Un nouveau hurlement d'Hestia... Ces flammes vertes léchant toujours son bras avec violence. Pansy qui s'approchait lentement d'elle. Calypso qui se débattait, toujours accrochée au ciel par une force invisible.

« Finite », prononça-t-elle douloureusement en pointant Calypso de sa baguette.

Une détonation. Calypso s'écrasa au sol dans un bruit mat, tandis qu'Hermione était violemment projetée en arrière par la baguette qui la refusait comme maîtresse, et roula sur le sol en se protégeant le visage tant bien que mal, tandis que le petit bâton de bois atterrit un mètre plus loin dans un tintement. Silence glacial. Pansy pointa Hestia de sa baguette. Un hurlement, le même, lancinant... et puis de nouveaux cris et BOUM BOUM BOUM, vingt lumières rouges décollèrent dans le ciel. A grands fracas, elle vit trois silhouettes débarquer par la ruelle. Toujours allongée sur le sol, plus sonnée que jamais, elle discerna Drago, Zabini et une fille aux cheveux violets s'avancer vers eux, baguettes dressées.

« Mais qu'est-ce que c'est que ce bordel ? », s'écria la fille que la Gryffondor ne connaissait pas.

« On a des invités surprises, à ce que je vois », sourit Pansy.

Le regard d'Hermione croisa celui de Drago dont le visage se décomposa en une moue horrifiée. Instinctivement, il courut vers elle, mais la voix de Pansy retentit, menaçante :

« Tu fais un pas de plus et je la bute, Malefoy. »

Le Serpentard s'arrêta immédiatement, son visage se peignit de haine et de frayeur, alors que les Cobras, tremblants, titubants, choqués, pointaient les trois nouveaux arrivants de leur baguette, terrifiés à l'idée de finir comme Hestia. Un instant de silence.

« Détruisez-les », clama Parkinson. Il y eut un instant de flottement, alors que pour la toute première fois, Drago vit passer dans le regard terrifié des Cobras, une ombre de doute. Pansy croisa les bras : « Détruisez-les, ou je brûle chacun d'entre vous jusqu'aux os. »

Comme s'ils venaient de recevoir un coup de fouet en plein visage, la petite armée de Pansy se regroupa autour d'elle. Huit. Avec Pansy, neuf. Contre cinq, sans compter Daphné. Elle vit Drago serrer nerveusement la mâchoire. Il savait, il savait qu'ils n'avait pas beaucoup de chance de s'en sortir indemnes. Le silence se fit pesant, se prolongea. Et puis, tout se passa à une vitesse démesurée.

Un rai de lumière fuse sur Zabini qui plonge sur le sol pour l'éviter de justesse, suivie de près par une pluie de sortilèges. La cour s'illumine de rouge, de bleu, de doré. Calypso roule sur le sol, saisit sa baguette avant de bondir sur ses pieds. Protego, protego, protego, hurle-t-elle. Les murs rendent en écho les bruits d'explosions, les cris, les halètements. Des rais de lumières s'éclatent contre des écrans bleutés, se dissipent en une gerbe d'étincelles. La cour semble vibrer, bourdonner sous leurs pieds. Toujours ces cris, ces hurlements terrifiants. Réunissant ses dernières forces, Hermione se relève d'un bond et se précipite derrière Pansy, près de la porte où Higgs git toujours, sa baguette serrée dans le creux de sa main. Elle y est presque. Trois mètres, deux mètres, un mètre... un sort la percute de plein fouet, et elle sent de nouveau ses jambes se paralyser peu à peu. D'une impulsion, elle plonge en avant et se réceptionne abruptement sur le sol. Des lumières explosent partout au dessus d'elle. Elle tend la main. Ses doigts se crispent, se durcissant lentement... la baguette de Terence est juste là... Sous ses doigts... Dans un cri de douleur, ses doigts se referment autour de la baguette. Finite ! Ses jambes retrouvent leur mobilité. Elle se relève d'un bond, ignorant les craquements de ses os, et son œil aveuglé de sang. Protego Maxima, s'écrie-t-elle. Une bulle mordorée l'entoure et elle se précipite vers Drago qui est aux prises avec Harper et Farley. Petrificus Totalus. Farley se crispe, et tombe en arrière sur le sol dans un bruit mat. Elle fait volte-face, prête à s'occuper de Harper, mais celui l'avise du coin de l'œil et lui balance un sort qui s'abat sur son bouclier protecteur avec la force d'un bulldozer, la faisant trembler jusqu'aux os. Profitant de l'inattention de son adversaire, Malefoy lui colle un coup de poing magistral dans la mâchoire qui le fait décoller du sol pour s'y effondrer pathétiquement la seconde d'après, complètement sonné. Drago jette un regard à Hermione, un regard qui dit : J'ai eu peur. Elle lui répond du même regard : Moi aussi. Terriblement. Il s'élance vers elle, mais un sort le frôle, passe à quelques centimètres de son visage, pour se fracasser contre le mur qui crache une nuée de morceaux de pierre. D'un geste, la Gryffondor pointe le sixième année à l'air patibulaire qui vient de s'attaquer à Drago, et le stupéfixe. Elle sent la main de Malefoy autour de son poignet. Quelque chose bourdonne en elle, érupte au milieu de toute cette cacophonie : un sentiment d'indicible amour, aussitôt broyé par l'irrépressible peur de le perdre, de le voir mourir, là, sous ses yeux. Elle se fait bousculer, et Marla passe en trombe derrière elle, en duel avec le cinquième année. Un autre cri. C'est Calypso. Près de la statue de Morgane, Zabini et elle tiennent tête à Pansy qui semble maîtriser la situation sans problème, jonglant entre sorts offensifs et défensifs sans montrer le moindre signe de fatigue. Pire, Calypso et Zabini, semblent avoir du mal à tenir la cadence et Parkinson gagne peu à peu du terrain. Un sort perdu fait exploser les dalles sous les pieds de Drago et Hermione. Ils titubent, toujours accrochés l'un à l'autre, puis se lancent un regard équivoque, et d'un accord tacite, se précipitent vers Blaise et Calypso pour leur porter secours. Le sourire de Pansy s'allonge alors qu'elle esquive avec une facilité déconcertante les sorts des quatre attaquants. Le bouclier d'Hermione la protège toujours, mais elle se sent lente et affaiblie, ses sorts sont moins rapides, son œil la brûle, son cœur tambourine. Sectum Fauces. Le sort de Pansy ricoche contre le bouclier de la Gryffondor qui émet un grincement inquiétant. La baguette d'Hermione s'illumine, Experlliarmus. Dans un éclat de rire, Pansy esquive le sort. Elle semble danser, un grand sourire aux lèvres. Quatre sorts fusent en même temps, mais s'embrase sans même toucher Parkinson.

Soudain, une liane brillante s'échappe de la baguette de Calypso et vient entourer la jambe de Pansy qui titube un instant. Son regard se fait noir. Un silence bourdonnant. Pansy tend sa baguette. Sa bouche articule quelque chose. Un hurlement.

Un rayon vert fond sur Calypso. Silence total. Tout le monde suit des yeux le rai mortel, qui semble presque défiler au ralenti. D'instinct, toujours protégée de son bouclier, Hermione se précipite et pousse Rosier de toute ses forces. Le sort entre en contact avec son bouclier. La protection grésille, clignote. Une onde de choc et Hermione est soufflée, et retombe au sol, inerte. Le visage déformé par la fureur, Zabini se précipite vers Pansy qui tombe au sol dans un craquement sinistre. Il lève le poing, l'abat sur le visage de la brune qui se met à rire, à rire encore, à rire plus fort. Elle rit de toutes ses forces. Un autre coup de poing, une bruit de déchirure. Elle rit toujours, mais son visage est maculé de sang. Un autre coup de poing encore. Elle murmure quelque chose. La main de Zabini fracasse une nouvelle fois le visage de la Reine Cobra. Elle murmure encore, comme une litanie, en boucle, elle susurre :

« C'est à cause de Malefoy. C'est à cause de Malefoy. Si ta jolie Calypso se retrouve en taule. C'est à cause de Malefoy. Malefoy. C'est de sa faute. »

Il ne l'entend pas. Il la frappe, il la frappe. Il est soudain tiré en arrière par Marla. Des bruits se font entendre. Des gens crient. Les professeurs débarquent. Des membres de la Brigade Magique, aussi. Il y a des hurlements. C'est Drago. Deux brigadiers le retiennent. Mais il hurle, il hurle de toutes ses forces, il se débat. Il veut aller voir Granger. Les brigadiers ne cillent pas, lui tordent chacun un bras. Le visage déformé par la haine, par le chagrin, par la douleur, il hurle, et se débat. Sa chemise déchirée au niveau du col, ses yeux gris presque noirs de colère, ses cheveux ébouriffés qui retombent en bataille sur son visage. Encore des cris.

Et toujours, ce même murmure : « C'est à cause de Malefoy. C'est à cause de Malefoy. C'est à cause de Malefoy. Malefoy. C'est de sa faute. Tout est de sa faute. »


Hum, hum... salut ?

Bon. C'est officiellement le chapitre le plus long de l'histoire. Il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses... et j'avoue, je suis un peu anxieuse d'avoir vos réactions à ce sujet ! Je ne vous fais pas une longue note, parce que j'ai surtout hâte de poster et de savoir ce que vous en pensez !

Qui que vous soyez, d'où que vous me lisiez, n'hésitez pas, laissez moi un petit message pour me dire comment vous avez trouvé ce chapitre ! Ou pour me caillassez la tête si vous me détestez à la fin de ce chapitre, au choix.

D'ailleurs, j'ai une nouvelle idée d'histoire en tête, ouhou, Hermione/Drago, bien sûr (fan un jour, fan toujours) mais une UA, cette fois-ci. Grande première ! Je ne vous en dis pas plus, mais j'ai hâte de vous montrer ça !

Et puis, je ne le dirai jamais, merci pour vos critiques, vos messages, vos encouragements, et MERCI POUR LES 200 REVIEWS. Vous êtes quand même de sacrés amours, c'est moi qui vous le dis ! (Mais de qui je me moque, vous le savez déjà, hein ?)

Love, love, love.


IKNOX3 : Merci pour cette jolie review pleine de douceur. Je suis vraiment infiniment ravie que cette scène t'ait plu ! Ça fait partie des scènes que je voulais écrire depuis le début de cette histoire, j'imaginais le décor, la torpeur, la tendresse... Imagine la frustration d'avoir du écrire toutes ces scènes où ils s'insultaient copieusement !

Maraille : Hello, hello ! Hahaha, je te vois venir, essaye pas de m'avoir avec tes questions rhétoriques pour que je te donne des indices sur la probabilité d'une happy-end... JE SUIS TENUE AU SECRET, héhé. PITIÉ NE M'ENVOIE PAS PANSY ! ... ou moi, je t'envoie Daphné en lui disant que tu as fait les yeux doux à son cher Drago, tu vas passer un sale quart d'heure, haha !

Nesta : Dis donc, quel pouvoir de persuasion ! En tout cas, j'espère que ta sœur te remercie tous les jours, c'est mérité !

Hum, oui... En effet, il n'y a pas grand risque pour que Pansy et Drago deviennent BFF... A moins que... HAN ! PLOT TWIST ! EN FAIT ILS SONT SECRÈTEMENT AMOUREUX L'UN DE L'AUTRE ! ... non, je t'ai pas convaincue ? Ah, bon, tant pis !
Sinon, en vrai, je suis d'accord avec toi. C'est ce que j'adore chez les personnages "inexploités" de JKR (et y en a quand même un bon paquet chez les vert et argent). Parce que bon, si Harry se mettait subitement à faire des lap dances sur du Shakira, ce serait quand même moyen crédible... Alors que Nott... qui sait ? (hahaha, j'aimerais tellement voir ça).
En tout cas, le trio Pansy/Nott/Zabini diffère toujours énormément d'une fanfiction à l'autre, c'est génial ! (Comme les frères Lestrange que j'ai quand même DECOUVERT grâce à ffnet)
Ouuuuh, bravo ! Tu vois que certaines de tes suppositions se sont révélés carrément vraies ! Pour le reste, je ne dirai rien !
Merci, je suis contente que t'apprécies bouger dans le château, en même temps, y a tellement de potentiel à exploiter, avec tous ces escaliers, ces placards discrets, ces recoins secrets, hum... je me perds, pardon.
La vieille crado qui a des visions (Pythia, de son petit nom), tout ce qu'elle a prédit, c'est "un sort pire que la mort". Ça donne envie quand même, hein ?
Comme tu dis, Hermione a la belle vie, NON MAIS DE QUOI ELLE SE PLAINT ? Sans oublier qu'elle est préfète et qu'elle doit gérer les embrouilles du château. Franchement, Hermione, ça va, fais pas ta chouineuse, heiiiin.

Merci à toi pour ta longue review, et à très très très vite !