CHAPITRE 36

Blablazone : Bonsoir aujourd'hui j'ai envie de renverser un mythe, de détruire un classique. Dîtes adieu à « Roméo et Juliette », la plus grande tragédie de tous les temps parce que ce n'est pas la plus grande tragédie de tous les temps. Oui, oui, ce soir je vous confie l'œuvre qui va tout bouleverser : « La mécanique du cœur » de Mathias Malzieu. Faîtes tomber le rideau, c'est tout pour moi.

Enfin, je ne vous ai pas oublié, c'est juste que je cours partout en ce moment et je trouve le temps de me poser à l'instant. Nous nous engageons dans une nouvelle « partie » de l'histoire d'Ivy, j'espère qu'elle vous plaira parce que ce n'est pas de sitôt qu'elle retournera chez les Audacieux.

Réponses review :

Moni : Salut ! Oui, oui, ça y est Ivy est partie (snif, le pauvre Zack, je suis d'accord avec toi). Non le donnant-donnant n'aura aucun rapport avec Evelyn. Cette dernière ne sait même pas que Zack existe.

OH MON …. ! J'ai lu « Marquer les ombres » et j'ai adoré, je crevais d'envie d'avoir la suite ! Merci merci ! Il faut que j'aille voir ça !

CourtneyAckles : Bonsoir ! Je suis contente qu'elle te plaise, moi aussi elle me plaît beaucoup.


Les jours qui suivirent se ressemblaient. Je travaillais des journées entières sur les fameux discours que j'allais prononcer. Dès que l'ex-Érudite donnait la fin de notre journée, je disparaissais, fuyant la foule des Sans-faction. Restée seule m'apaisait, cela maintenait une certaine barrière avec le conflit imminent que je refusais de voir. Encore un jour pour travailler chaque discours. A force je les connaissais par cœur.

Bientôt Evelyn revint avec une bonne nouvelle, les Altruistes avaient accepté de nous rencontrer. Je n'avais pas vu mes amis depuis que nous nous étions installés.

- Nous partons dans une heure.

Nico était venu me trouver, moi la solitaire. Je croyais qu'il allait repartir mais à la place il prit place à côté de moi et garda le silence. Enfin pour quelques minutes.

- Sarine dis qu'elle ne t'a pas vu depuis plusieurs jours. Qu'est-ce que tu fais ? soupira-t-il.

- Rien, j'attends juste ici, me montrais-je honnête.

- Tu as une sale mine.

- Aucune importance. De toute façon Evelyn est trop excitée par la réunion avec les Altruistes pour le remarquer.

- Est-ce que ça va aller ?

- Il le faut.

Bientôt nous rejoignîmes Evelyn, Quatre et Tris, plus une petite équipe de Sans-faction, pour nous rendre chez les Altruistes. J'ignorais comment la leadeuse Sans-faction s'était débrouillée pour faire une rencontre avec le leader Altruiste sans que cela ne se sache. Il n'y avait pas à dire, elle était douée.

Revenir chez moi après tant d'année me serra le cœur. Je m'en voulais encore d'avoir abandonné ma maison. Les rues avaient beau être vides de monde, je cherchais quand même à apercevoir mes parents. Savaient-ils que Sevy était morte ? Savaient-ils que j'étais devenue une Sans-faction ? Qu'en penseraient-ils ? Evelyn finit par tourner vers une maison que je ne reconnus pas. Avant je connaissais le quartier par cœur, je connaissais tous les altruistes. Quand avais-je oublié ?

Après avoir toqué trois coups, Nathalie Prior nous ouvrit. Je guettais Tris du coin de l'œil. Cette dernière se précipita dans les bras de sa mère. Leur retrouvaille me fit mal au cœur. Nathalie nous fit vite entrer. Elle nous expliqua que bientôt son mari serait de retour avec Marcus, le leader. Ce dernier n'était pas au courant de notre présence mais le couple Prior n'avait pas trouvé d'autres solutions pour qu'on nous entende. J'eus l'impression que nous attendîmes des heures et des heures avant d'entendre la porte. Pendant cette attente, Tris discuta avec sa mère. Je les observais de loin. Moi aussi je voulais ma mère. Je désirais plein de choses.

Mon premier vœu serait de ne pas faire de promesse, le deuxième serait de laisser partir ma sœur, le troisième serait qu'elle soit en vie. Je ne demandais rien de plus. Ça me faisait souffrir de me retrouver chez moi et de me rendre compte que je n'étais plus qu'une étrangère. J'avais été altruiste. Je les avais quittés pour vivre en tant qu'audacieuse. Voilà qu'aujourd'hui je me retrouvais Sans-faction.

Et la porte finit enfin par s'ouvrir, mettant fin à ma torture intérieure. Marcus eut un temps d'arrêt mais il comprit qu'il n'avait pas le choix en entendant la porte se refermer derrière lui. Pauvre homme qui se retrouvait devant sa femme et son fils qui étaient partis.

- Tobias, appela Marcus en ouvrant les bras.

Quatre lui jeta un regard dédaigneux et se recula. J'observais le leader altruiste qui n'eut aucune réaction même pas un éclat de regret dans les yeux. En tout cas il prit soin d'ignorer Evelyn. Il salua Tris du bout des lèvres et termina en me fixant.

- Ivy ? s'étonna-t-il.

- Oui.

- Tu as changé. Comment vas-tu ? Et ta sœur ?

Je serrais les poings et décidais de ne pas répondre.

- Que voulez-vous ? finit-il par soupirer.

- Que tu nous écoutes, répondit Evelyn. Du début à la fin.

La leadeuse des Sans-faction me désigna. Je me mis à l'aise prête à déclamer mon discours. Parfois j'eus l'impression de ne pas croire à ce que je racontais, ça manquait de volonté. Mais pendant que je parlais à Marcus, je pensais à mes parents. Quel dommage d'être près d'eux et de ne pas les avoir. J'eus un pincement au cœur lorsque Nathalie et Tris s'éclipsèrent. Etais-je ennuyante ? J'étais surtout fatiguée et même si Marcus m'écoutait avec attention je sentais ma voix dérailler plusieurs fois. Quand j'eus terminé, je retins un soupir de soulagement. Marcus laissa le silence planer quelques instants. Il savait qu'il avait l'avantage puisque nous étions pendus à ses lèvres. Et il profitait bien de dominer la situation.

- Tu aurais fait un excellent membre du gouvernement, soupira-t-il de dépit.

- Ce n'est pas le sujet, rétorquais-je. Jeanine est une menace de grande ampleur autant pour les divergents que pour les autres factions.

- Je sais. Et tu dois comprendre Ivy que je ne peux pas m'engager à vous soutenir.

- Pourquoi ? s'écria Evelyn.

La tension entre les érudits et les altruistes ne fait qu'augmenter. Les altruistes ont décidé de faire profil bas. Ils ne veulent pas d'une guerre avec les érudits. Rien ne sert d'envenimer les choses.

- Tu te comportes comme un lâche, cracha Quatre. Tu veux te soumettre à Jeanine !

- Non. Je protège ma faction. Je ne peux vous assurer mon soutien car si Jeanine le sait, s'en est fini des altruistes. Le comprends-tu Ivy ?

- Depuis le début, il s'adressait à moi. Il savait que je pouvais comprendre parce que mon amour pour ma faction de naissance n'avait jamais disparu. Il était là quelque part en moi.

- J'ai quelque chose à te proposer, je lançai. La guerre est inévitable. Qui seront les adversaires ? Nous ne pouvons faire que des suppositions mais les Sans-faction et les érudits seront en cause. A défaut de demander un soutien de soldat pour les Sans-faction, les altruistes accepteraient-ils de nous donner un soutien médical ? Par là j'entends s'occuper des blesser, les protéger pendant que d'autres se battent, accueillir les enfants, les plus mauvais portants.

Evelyn me fusillait du regard. Nous n'avions jamais discuté de cette éventualité. Et pourtant c'était une occasion comme une autre d'avoir les altruistes de notre côté. C'était peut-être la seule chance. Marcus ne pouvait pas aller contre les principes de la faction dont il était le leader.

- Très bien, je vais y réfléchir et en discuter avec les autres, hocha-t-il la tête. Comment pourrais-je vous donner une réponse ?

- Dans une semaine, parmi les Sans-faction que vous aidez, il y aura un de mes soldats. Nico, désigna Evelyn. Adresse-toi à lui.

Marcus posa les yeux sur elle et hocha vaguement la tête. Un silence gênant plana dans la pièce. Nous en avions terminé mais nous n'étions pas prêts à partir. On pouvait dire ce qu'on voulait mais là, dans cette maison altruiste, nous étions bien installés. Nous redoutions de retrouver nos habitats à moitié délabré. Finalement Marcus fut le premier à se lever. Il tenta une nouvelle fois de s'approcher de Quatre mais ce dernier s'esquiva. Avais-je vraiment convaincu le leader altruiste ? Je secouais la tête. Andrew Prior nous regardait d'un œil méfiant. Il guettait le retour de sa femme et nous, nous guettions le retour de Tris. Discrètement je montais à l'étage pour me rappeler à quoi ressemblait ma chambre d'altruiste. Je restais dans le couloir et m'imaginais marchant dans le couloir en compagnie de ma sœur.

Sevy, si je n'étais pas venue avec toi, serais-tu encore vivante ?

Les discussions reprirent en bas, c'était sûrement le moment de rentrer.

- Maria, ça faisait longtemps.

Je m'arrêtais dans les escaliers. Avais-je bien entendu ? Evelyn avait-elle vraiment prononcé le prénom de ma mère ? Combien y avait-il de Maria chez les altruistes ? Je dévalais les escaliers, sautant des marches et je ne m'arrêtais même pas pour vérifier si c'était vraiment ma mère. En un coup d'œil je tombais dans les bras d'une femme qui était ma mère. Elle avait son prénom, son odeur et sa voix. J'agrippais ma mère comme j'aurais agrippé une corde. Je cachais mon visage dans son cou et je sanglotais comme une enfant. Comment le système des factions pouvait-il nous séparer de nos familles ? C'était cruel. J'entendais ma mère qui me parlait à l'oreille, je sentais sa main dans mes cheveux. Plus jamais je ne quitterais son étreinte. J'étais redevenue une petite fille qui ne pouvais pas se séparer de sa maman. Mais voilà la réalité, j'étais une adulte, une abîmée. Mes larmes finirent par se tarir. Je me reculais et je la regardais. Ma mère avait vieilli et je ne l'avais pas vu, je n'avais pas été là.

- Bonjour mon Ivy, prononça-t-elle ne prenant mon visage dans ses mains. Ma petite fille adorée.

- Bonjour maman, ris-je nerveusement.

Elle me lâcha tout en caressant ma joue.

- Comment va ta sœur ? demanda-t-elle.

Je regardais ma mère indécise. A quel point étais-je capable de la blesser ?

- Elle va bien, mentis-je en souriant. Sauf qu'elle n'a pas rejoint les Sans-faction mais je suis sûre qu'elle va bien. C'est une audacieuse formidable.

- Bien. Comment vis-tu la séparation avec ta sœur ?

- Je supporte mais j'espère qu'on sera bientôt réunis. Elle me manque.

- Je me doute.

- Il faut rentrer, déclara Evelyn.

Je pinçais mes lèvres pour ne pas exprimer le contraire. J'étais à deux doigts de délaisser ma nouvelle faction pour rester chez altruistes. Mais comment expliquer ma présence ? Ma mère comprit ce qui se jouait dans ma tête, elle m'adressa un sourire de réconfort et me poussa vers la sortie.

Ce passage chez les altruistes nous avait bouleversé. Tous, sauf peut-être Nico qui n'avait aucun réel lien avec cette faction. Je me retournais une dernière fois et je fis signe à ma mère. Par ce signe je lui promettais de revenir, je m'excusais de mon mensonge. Mais bientôt il y aurait la guerre et il faudrait qu'elle se montre forte. Après je lui annoncerai moi-même la mort de Sevy. Pour l'instant je préférais qu'elle croie que Sevy était en sécurité chez lez Audacieux. De retour chez les Sans-faction, je me laissais ronger par le désespoir. Souhaitant la solitude, je grimpais le vieux bâtiment jusqu'à atteindre le toit. Un énorme trou se trouvait au milieu et donnait de la lumière aux autres et je pris soin de m'asseoir loin de lui. Au loin je voyais la tour des érudits et je devinais les locaux des audacieux. Zack me manquait, mes amis aussi. Si je les recroisais, comment allaient-ils réagir ? A quel point Zack m'en voulait-il d'être parti sans lui ? Ou de lui avoir menti ?

- Tu es difficile à trouver.

- Je tournais la tête vers Tris et lui servit un maigre sourire. Elle vint s'asseoir à côté de moi avec un long soupir.

- Ça fait du bien de revoir ses parents. Même après tout ce temps, lança-t-elle.

- Un bien fou, je souris.

- Pourquoi tu ne lui as pas dit pour Sevy ?

Mes parents ont veillé sur nous pendant seize ans. Je pense que c'est à mon tour de veiller sur eux. Je ne suis pas devenue une Sans-faction sans but. Je suis là pour protéger les gens et les aider, encore plus les personnes que j'aime. C'est l'une des dernières choses que je peux faire.


Les choses avancent. Mais ce n'est pas encore la fin. Profitez, profitez… Et retrouvons-nous la semaine prochaine !