- Maya, calme toi, pitié, calme toi, me supplie Paul.

- Maya…

- Putain ta gueule et dégage d'ici Billy, hurle Paul.

Je suis à genoux au sol entrain de cracher mon sang. La transformation est beaucoup plus différente et douloureuse que la normale. Mais en même temps ce n'est pas normal, je lutte pour ne pas devenir un monstre, une chose que tout membre de mon espèce redoute. Ma tête est sur le point d'exploser. Mes sens sont accrus, je sens chaque pulsation de sang que le cœur injecte dans les artères. Ma peau me brûle, j'ai l'impression de me consumer de l'intérieur.

- Ça brûle, je hurle, ça fait mal Paul !

- Sam, il appelle, amènes-toi !

Il n'y a pas d'appel, la lune ne dit pas mon nom, je n'entends rien, il n'y a rien et pourtant j'ai envie de me transformer. Combattre contre cette envie me fait souffrir comme jamais. C'est comme une guerre qui se joue en moi et je suis en train de perdre la bataille. Je le sais, je le sens. C'est tellement contre nature. Je ne veux pas devenir un monstre, je ne veux pas faire de mal à qui que ce soit. Non, jamais.

- Il faut la sortir de là, dit Sam qui est rentré dans la maison.

- Tue- moi, je dis, tue-moi je ne veux pas devenir un vargulf.

- Ne dit pas n'importe quoi, tu ne vas pas…

- Brise-moi le cou, Sam fait le s'il te plait, je ne vais pas tenir longtemps, je pleure.

Paul ne le fera jamais mais Sam si, c'est un Alpha, un protecteur, il le fera. Il le doit. C'est son devoir.

- Calme toi, ça va aller, murmure Paul, ne t'approche pas d'elle, il grogne contre Sam.

- Non, je perds le contrôle, je hurle, tue-moi ! Faite-le, je t'en prie, fait-le ne me laisse pas tué quelqu'un !

Il faut que j'enlève mes habilles, ça fait trop mal. Paul essaye de mon empêchait mais ça ne sert à rien et je finis par les déchirer. J'ai du mal à respirer, j'ai l'impression que mes poumons deviennent de la cendre. Ma vue se brouille et mes yeux tombes, je vois à nouveau avec ceux de loup. Je sens mes canines pointées et il y a le petit bruit habituel des dents qui se détache.

Lorsqu'on va mourir ou devenir un vargulf pour moi, on croit que c'est comme dans les films. C'est faux. On ne voit pas son passer, ses beaux souvenirs, ses erreurs, ses regrets. On ne voit pas ce qu'on aurait voulu faire ou changer si on avait une seconde chance. Peut-être vous mais pas moi. Je suis bizarre mais c'est un fait établi. Non, moi, je vois le futur mais sans moi. Je vois ma sœur, ma belle Angie, une fille adulte et qui je l'espère, non je suis sûr, est une personne que mon père serais fier. Je vois ma mère, qui a une autre chance d'être heureuse. Je vois Paul qui a enfin ce qu'il a toujours voulu, une famille qui lui est propre.

C'est la fin, c'est bon les gars. Bye, bye. C'était cool le temps que ça a duré.

Papa pardon. Je suis tellement désolé, tu me manque. Tu n'as jamais arrêté de me manquer.

Angie, maman, je vous aime. Je ne sais pas quoi vous dire…juste soyez heureuses.

Paul, t'es un trou du cul mais tu es mon trou du cul.

Il y a une superbe odeur qui chatouille mes narines, fait de fer, de bois et d'épices avec un petit quelque chose en plus qui me fait gronder de bonheur. Qui ouvre un appétit sans fin. Je cherche l'origine de cette merveille.

La douleur me submerge et tous mes os s'aligne comme il faut, j'entends des cris et des hurlements mais il n'y a rien d'autre qui compte à par la douleur et cette odeur. Je veux en finir pour la retrouver. Je frappe mes bras, arrache la peau avec mes griffes, hurle quand ma gueule sort de mon visage. Le sang coule sur mes côtes, ainsi que la peau et il y a les grognements d'un autre loup.

Il est noir et il est grand. Il est sur mon territoire. Il est entre moi et mon gibier. Il est mon ennemi.

Il est mort.

J'avance sur mes pattes avant et le reste de peau sur mon bas-train se détache enfin. Je secoue ma fourrure pour me débarrasser des restes en ne faisant que fixer l'intrus. Je grogne bas, je n'ai pas l'intention de lui donner de chance. Sans avertissement je lui saute dessus et me retrouve sur lui. J'ai bien plus de force maintenant. Je le mords et il y a un craquement lugubre qui vient de ses omoplates. Son cœur bat faiblement, il gémit comme un chiot et il est temps de l'achever. Je pose mes deux pattes sur lui et …. Un autre loup me tombe dessus, lui, il est gris et il me plaque au sol.

Fils de pute !

Il me tire par la peau du cou vers l'extérieur. Je me tords et retords et d'une certaine manière j'arrive à me détacher de sa poigne pour lui sauter dessus. On fait un roulé boulé sur la terre et la bonne odeur me secoue les narines. Je grogne de contentement et la vois enfin. Ou les voit. Elles sont belles, jeunes, tendres, l'une est marquée mais ce n'est pas grave. Ça ne change rien dans l'estomac. Il y a un homme avec elles, il murmure des mots, mets une main devant lui, il ne sent pas aussi bon mais je commencerais par ses jambes. Qu'il voit ce que je peux faire sans ressentir la douleur.

Le dîner est servi.

Je sens leurs peurs sur ma langue, c'est d'autant meilleur. Comme une viande assaisonnée. Je vais les manger lentement, doucement, qu'elles ressentent bien la couleur que je vais leur infliger. Je grogne doucement, elles gémissent, pleurent, dit des choses que je ne comprends pas. Qu'est-ce qu'elles croient que ça va changer quelle que chose? Que je vais les épargner ?

C'est amusant. Pauvres créatures sans importance. Il y a d'autres loups qui m'entourent. Ils grognent doucement, faiblement, il y a de la tendresse dans leurs comportements. Créatures minables. Ils ne comprennent pas la faim qui me ronge, ils ne comprennent pas le véritable instinct qui m'anime. Je vais les tuer et ensuite je vais manger leurs femelles.

Je bondis en avant vers le plus gros d'entre eux, le gris et je suis bloqué par un roux. Je crache, grogne, mord, griffe. Il y a un claquement sec et du sang. Le mien ou le sien quelle importance ? Des hurlements humains retentissent dans l'air, vite couvert par les bruits de la bagarre. Puis il y a un changement.

Le roux recul, il ne m'attaque plus. Pourquoi il arrête ? Il a peur ?

Le gris reprend forme humaine et se place devant les humains. En face moi. S'il voulait les protéger il devrait rester sous son autre forme. C'est étrange, le roux en fait de même. Un repas n'attend pas. Je ne m'attarde pas sur la question et bondi.

Il met ses deux mains sur mes mâchoires et les tirs. Je pousse en arrière pour me dégager mais des bras fort me retiennent en m'encerclant les flans. La douleur au niveau de ma gueule me submerge, je gémis et elle se déchire en deux. Il y a un craquement, des mots criés et….


L'obscurité est tout autour de moi mais il y a un point lumineux. L'enfer ? Le paradis ? Putain, j'espère qu'ils m'ont tué avant que j'ai fait du mal à quelqu'un. S'ils ne l'ont pas fait, je vais trouver un moyen de hanter leurs culs pour le restant de leurs jours. La luciole s'avance et ce n'est pas une bestiole qui brille.

- Ma petite louve, tu m'as manqué, il dit.

- Papa ? Je demande interloqué.

Il rit à pleine gorge, en jetant sa tête en arrière. Papa est comme dans mon souvenir. Pas comme quand il était malade mais comme quand il était sain. Grand, fort, son teint est toujours blanc mais sans cette teinte jaunâtre avec ses tatouages qui sortent du col de son t-shirt sur son cou. Ses yeux sont comme ceux d'Angie, bleu, lumineux, plein d'amour. Il a sa vieille veste en cuir, celle qui est dans mon armoire ou qui était ? J'ai du mal avec la conjugaison. Ne m'en veillait pas mais je suis un peu paumé.

- Est-ce qu'on est en enfer ou au paradis ? Je demande.

- Je n'en sais rien, il répond avec malice.

- Comment ça tu n'en sais rien ? T'es mort depuis plus longtemps que moi !

- Je n'en sais rien, je suis toi.

- Quoi ? Ça veut dire quoi ça ? Il hausse les épaules et fourre ses mains dans ses poches.

Putain, même morte ma vie est une chienne.

- Ce qu'il veut dire, c'est qu'il est juste l'image que tu te fais de lui, donc une illusion, répond Angie qui apparaît comme ça.

- Qu'est-ce que tu fous là, toi ? Je t'ai mangé ?

Merde ! Je vais revenir dans le monde des vivants est tous les hantés si c'est le cas. Je leur ai dit de me buter quand ils le pouvaient. Putain, ils ont intérêt à avoir brûlé mon cadavre vite fait. Attends et s'ils ne m'ont pas refroidis et que je suis prisonnière dans ma tête de vargulf ?

- Je n'en sais rien, c'est toi ma crée, j'en sais autant que toi. Je ne pense pas que tu sois dans ta tête de vargulf, elle répond. Je suis toi, donc je lis tes pensés, elle sourit.

- D'accord j'ai compris. Je suis dans une sorte de coma et vous allez me demander de choisir entre la vie et la mort en me montrant pleins de souvenir set des images de mon avenir? Comme dans les films ? C'est ça hein papa ? Je me tourne vers lui.

Il hausse les épaules et sourit.

- Pourquoi tu me demandes ça à moi ? Ce n'est pas moi ton père, c'est lui, il répond en pointant son pouce vers Billy Black.

C'est bon, j'ai compris. Y'a rien de tout ça. Je sais où je suis.

En Enfer.