Bonjour tout le monde ! Bonne année, meilleurs vœux : santé, bonheur et pleins de fics chouettes ^^

Désolé jjune et tous ceux qui espérait un chapitre un peu plus rapide : j'ai essayé (si, si) mais entre les fêtes et les exams … d'ailleurs là je suis encore en pleine bourre jusqu'au 17 :/

Bon le principal c'est que ce 36è chapitre est enfin prêt. Je vous le livre brut (je ne l'ai absolument pas relu vous m'excuserez ^^) et j'espère qu'il vous plaira.
Encore merci à vous tous !

Sitôt qu'il eut été, comment dire, littéralement largué par Hermione, Severus reprit ses esprits. Il glissa le petit paquet dans sa poche de pantalon, juste à temps avant que le couple Weasley senior, qui revenait de leurs emplettes, ne l'aperçoive. C'était là quelque chose qu'il ne souhaitait partager avec personne …

_ Severus ! Vous ici ! Ça faisait si longtemps que vous n'étiez pas venu.

« Non, il a juste passé les derniers jours à squatter gratos » ironisa la satanée petite voix qui reprenait du service. Le laisserait-elle un jour tranquille !

_ Molly, Arthur, salua-t-il très pompeusement.

« Par les crottes de nez de Merlin ! Décoince vieux ! Enlève le balai du derrière ! ».

Si seulement cette voix pouvait avoir une maison, soupira Severus qui n'écoutait même pas ce que lui racontaient les Weasley, il se ferait un malin plaisir d'en vider le sablier !

« Tu serais pas dans la bouse de dragon, je suis toi je te rappelle, un Serpentard »

Severus avait horreur de se faire moucher de la sorte.

_ … mais entrez. Restez avec nous pour le dîner, invita Arthur sous l'approbation de Molly.

_ Hein ? Oh ! Euh … C'est, hum, très aimable à vous mais euh … (inutile de prétexter qu'il ne voulait pas gêner, c'est le genre de chose qui ne prend pas chez les rouquins) … des affaires importantes m'attendent dans mon labo.

_ Ah, firent-ils déçus.

_ Les potions n'attendent pas, ajouta-t-il.

_ Vous avez sans doute raison... N'hésitez surtout pas à revenir, déclara Molly.

_ Bien sûr. Je n'y manquerais pas, répondit-il prestement en les saluant.

Molly et Arthur le regardèrent transplaner, puis retournèrent d'un bon pas vers leur foyer.

Severus ne se rendit pas à Poudlard. Il pensa que l'effervescence du château ne convenait pas à ce qu'il allait faire, sans se rappeler que le dit château était prétendument en quarantaine. Il préféra retourner à son éternel trou à rat de l'Impasse du Tisseur, là où il était sûr que personne ne viendrait le déranger. L'accumulation de poussière de ces derniers mois le fit tousser. Dire qu'il n'était pas revenu ici depuis la bataille de Poudlard … Preuve que son attachement à cette baraque miteuse et moisie était nul.

Ne souhaitant pas s'éterniser dans ce taudis, il ne prit pas la peine d'ouvrir les rares volets qui s'y trouvaient. C'est à la lumière fantomatique d'une vieille lampe qu'il s'installa dans la pièce la plus présentable, la bibliothèque. Il ressortit précautionneusement la petite boite de sa poche, presque étonné de l'y trouver, et la posa sur l'accoudoir. Tout cela était si étrange … Il sortit aussi le mot laissé par la jeune femme. Lequel des deux devait-il étudier en premier ? … Piqué par la curiosité, il ouvrit le paquet. A quoi s'attendait-il ? À du vide oui, à une mauvaise blague très certainement, mais surement pas à une bague. Qui plus est cette bague … Severus se souvenait parfaitement de cette bague. Il l'avait vu il y a quelques années de cela, au doigt d'un vieil homme qui s'avérait être la seule personne qui avait de la considération pour lui. Un vieil homme qu'il allait tuer de sang froid, à peine un an plus tard. La bague à la pierre fendue qui avait causé la perte de Dumbledore …

Le directeur ne lui avait rien révéler de ce qu'elle était réellement. Il savait simplement qu'elle avait été cachée par Voldemort et protégée d'un puissant sort de magie noire qui avait atteint Dumbledore. Déjà à l'époque, le serpentard sentait qu'on ne lui disait pas tout. Albus a toujours été, comment dire, très sélectif dans ce qu'il consentait à fournir comme explication. Maintenant qu'elle se trouvait devant lui, plus de deux ans plus tard, sa conviction n'en était que plus renforcée. C'est pourquoi, suspicieux, il décida de lire la lettre de la Gryffondor, avant toute chose.

Cher professeur Rogue,

Cher ? Aurait-elle abusé de la bièraubeurre ? C'était bien le genre de choses que seul un vieillard sénile gavé de bonbons au citron pouvait lui dire.

Veuillez pardonner mon audace. J'ai bien conscience que mon geste peut être interprété de très mauvaise façon. Pourtant je vous prie de croire en la sincérité de ma démarche. Vous avez tellement fait pour moi et je me sens si redevable envers vous …

Elle exagère un peu tout de même. Il n'a rien fait de merveilleux dans sa vie qui mérite d'être reconnu …

« Pfff qu'est ce que tu peux être lourd à toujours te rabaisser mon p'tit gars. T'es l'espion qui a berné le plus pourri et vicieux de tous les mages noirs. T'es le crétin de prof qui aura protégé au maximum la vie de ses élèves. T'as bien failli être le héros tragique qui sacrifie sa vie pour la noble cause. T'es celui qui a sorti la gamine des décombres et qui lui a sauvé la vie. T'es ... » contra le for intérieur de Severus avant que celui ci n'en interrompe l'énumération de ses prétendues actes vertueux. Il préféra retourner à la lecture de la lettre.

envers vous. Quand j'ai appris ce qui se cachait vraiment derrière votre masque, j'ai eu honte. Nous vous traitions comme un mangemort et un traitre, comme un assassin pendant que vous jouiez le dangereux rôle d'espion, pendant que vous nous protégiez. Et puis je n'oublie pas que je vous dois la vie …

« ça t'donnes pas une impression de déjà vu ? »

La ferme !

« Moi c'que j'en dis. »

et la dignité de ma famille. Professeur, pour toutes ces raisons, je vous en prie, acceptez mon présent pour ce qu'il est : un humble remerciement.

Je pense professeur, que vous avez eu vent de ce qu'on appelle les reliques de la mort. Si vous doutiez de la rationalité de cette légende, je peux vous assurer qu'elle est bel et bien fondée. Avec Harry et Ron, nous avons été confronté à chacune de ces reliques : la baguette de sureau, la cape d'invisibilité, et la pierre de résurrection qui se trouve dans le paquet que je vous ais donné ...

Inconsciemment, à la lecture de cette dernière phrase, le serpentard sentit une malsaine excitation monter en lui. Oh, ce n'était certes pas pour cette dite cape d'invisibilité qui expliquerait bien des choses : dommage que Potter ne soit plus à Poudlard ! Non, c'était bien la mention de la pierre qui avait attisé sa convoitise … Les reliques de la mort … étrange, il n'en avait jamais entendu parler. D'un autre côté, il faut dire qu'il ne s'était jamais intéressé de près ou de loin à tout ce qui touche à la légende. Trop chimérique à son goût. Il avait beau être un sorcier, il n'en demeurait pas moins très pragmatique. C'est bien pour ça d'ailleurs que ses matières de prédilection sont les potions et la défense contre les forces du mal. La baguette de sureau … ce nom ne lui évoquait rien, pourtant une sorte d'intuition lui indiquait que celle ci ne devait faire qu'une avec cette fameuse baguette invincible qui lui avait coûté un petit bisou baveux de Nagini. Lorsqu'il avait surpris le lord noir déblatérer sur cette fameuse baguette, il n'avait pensé qu'aux incidences pratiques et directes soit entre autre le sort peu reluisant qui lui était réservé à lui qui avait tué l'ancien propriétaire de cette baguette, qu'elle soit ou non spéciale. Après tout la donnée déterminante c'était bien que Voldemort croyait suffisamment en son pouvoir pour éliminer ce qu'il considérait comme son plus fidèle adepte … Une pierre de résurrection … cela paraissait si improbable … mais il avait tellement envie d'y croire pour une fois … et puis si la miss je sais tout y accorde crédit c'est qu'on peut y croire. Elle est sensée tout savoir non ?

J'ai été rechercher cette pierre dans la forêt interdite, là où Harry l'y avait abandonné …

Quoi ! Aveugle, elle s'était rendu dans la forêt interdite. Pourvu que Minerva ne l'apprenne pas, sinon je risque d'en prendre pour mon grade.

« Depuis quand ça te gêne pignouf ? »

Je ne vous cache pas avoir tenté de l'utiliser. Pour ce que j'en connais, cette pierre permet d'entrer en contact avec les disparus qui nous sont chers. En tout cas Harry m'a dis avoir pu discuter avec ses parents …

Harry par ci, Harry par là : c'est à vomir.

Malheureusement la pierre n'a pas fonctionné pour moi. Étant fendue, je pense que sa magie s'est petit à petit évaporé, un peu comme le ferait une baguette cassée. Je lui ai donc transmis tout ce qu'il m'était possible de donner de ma propre magie pour renouveler l'enchantement. Bien que je ne l'ai pas essayé de peur de gâcher un éventuel succès, je suis intimement persuadée que cela a marché, au moins temporairement.

En espérant que cela vous permette de rencontrer un être cher, car j'ai compris maintenant la valeur du plus infime moment passé avec ceux qui comptent pour nous.

Avec tous mes remerciements.

Hermione Granger

Tout à coup il sentit son excitation retomber à zéro. Et contrairement à ce que l'on pourrait penser ce n'était ni par pragmatisme, ni par manque de confiance dans les capacités de la jeune femme, ni même par conviction. Son éthique de serpentard s'en trouvait plutôt bien bousculée. Oeuvrer pour son intérêt personnel, quels qu'en soient les moyens, voilà quelque chose qui sied aux verts et argent. Alors, Merlin pourquoi hésitait-il … Car malgré toutes les médisances dont il était capable, il ne pouvait nier que la jeune femme avait vu juste. Plus que tout au monde, il souhaiterait parler ne serait ce que quelques instants à sa Lily. Il rêve depuis toujours de pouvoir s'excuser de ce qu'il avait fait tantôt. Mais en avait-il vraiment le droit … Après tout, Hermione est dans la même situation que lui.

« Tiens, c'est plus Granger, l'insupportable miss je sais tout à dents de castor » railla la petite voix.

Elle aussi souhaiterait surement pouvoir revoir ses parents. Elle ne l'a d'ailleurs pas caché. Si une telle opportunité existait vraiment, pourquoi la gâcherait-il, lui l'irrécupérable imbécile. Avec Lily, sa mise au ban avait été bien antérieure à sa mort. Ils auraient très bien pu vivre toute leur vie dans ce statu quo. Alors qu'elle … on lui avait brutalement arraché sa famille, sans préavis. Ils devaient avoir encore tant de choses à partager. Cela lui serait donc bien plus profitable … Non, il ne pouvait décemment pas accepter …

« D'habitude, t'as moins de scrupules à faire passer ta pomme en premier »

La situation n'a absolument rien de comparable avec tout ce qui a bien pu se passer auparavant.

Il prenait la bonne décision, il en était absolument certain. Il l'expliquerait dans une lettre. Elle comprendra.

« Compréhension ? Mouais, t'oublie un peu à qui t'as à faire. Un Gryffondor, quand il a une idée en tête, il l'a pas ailleurs, aussi idiote soit elle : il ne peut rien comprendre. C'est dans leur nature. Plus borné, y'a pas. Plus passionné non plus d'ailleurs ».

Severus ne voyait pas ce que la passion venait faire là dedans …

« La seule chose que tu vas réussir à faire, c'est de la blesser oui »

La blesser … repris mentalement Severus. Insidieusement, il se rendit compte que tout son être protestait à cette idée.

« Le mieux que tu puisse faire c'est de te fier à son intention. Et là c'est clair, qu'elle veut que ce soit toi qui profite de ce pouvoir ».

Le serpentard, songeur, avait réouvert le paquet. Il l'observait intensément, perdu, comme s'il s'attendait à ce que ce soit la bague elle même qui décide au doigt de qui elle devait aller. Ridicule … Merlin, que lui arrivait-il ? Jamais il n'avait tant douté. Jamais il ne s'était retrouver ainsi à tergiverser …

Après une réflexion torturé, il se décida. Fébrile, il se saisit de la bague et la fit glisser à son doigt. Le contact du métal froid sur sa peau en devenait presque angoissant tant il était partagé entre ses contradictions, entre sa joie de revoir Lily et sa culpabilité de voler un moment de bonheur à la jeune femme.

Rien ne se avait beau attendre, aucune réminiscence du passé ne semblait disposée à venir le revoir. Severus en fut très déçu. Mais pourquoi au juste ? Déçu de ne pas revoir Lily, ou déçu de constater que la Gryffondor avait cru en un espoir vain, quand bien même avait-elle décidé de le lui offrir.

Machinalement, il caressa la pierre fendue, oublieux du monde qui l'entourait. Il remarqua alors un petit bout de papier posé au fond de la boîte. Un petit parchemin avec une écriture droite et soignée qu'il reconnaissait entre mille. Une simple injonction : Faites tourner la pierre trois fois dans votre main. Sur le moment, il n'y croyait plus vraiment bien qu'il s'exécuta. C'était étrange tout de même de ne pas avoir mis le mode d'emploi dans la lettre et de l'avoir laissé sur parchemin libre ?

_ Severus ? Fit une voix hésitante.

Lorsqu'il entendit cette voix percer le silence de sa baraque macabre, il sortit promptement de sa torpeur. Cette fois ci il ne s'agissait pas de sa conscience bidon, ni d'un tableau indiscret. Non, cette voix douce comme le miel et légère comme le vent était unique.

_ Lily, c'est bien toi ?

_ Oui, répondit-elle simplement.

_ Oh, Lily … fit-il la voix tremblante d'émotion.

_ Comment ? Demanda-t-elle avant de trouver elle même la réponse en apercevant la pierre au doigt du serpentard.

Severus était indubitablement heureux, mais il avait peur. Une peur presque panique. Il craignait de n'avoir pas le temps de faire, le temps de dire, le temps …

Aussi se jeta-il à genoux aux pieds de l'ombre fantomatique, les yeux brillants, le cœur gros et la gorge nouée.

_ Lily ! Je t'en supplie, pardonne moi !

_ Te pardonner ?

_ Je t'ai insulté sans raison. J'ai été odieux avec toi. Mais crois moi, par pitié, je ne l'ai fais que sur le coup de l'emportement, de l'humiliation. Merlin m'en est témoin que pour moi, tu vaux bien une famille de sang purs au complet !

_ Severus, voulut-elle l'interrompre dans un murmure, tendrement.

_ Je t'ai trahi, Lily. C'est moi qui ai rapporté à Voldemort la prophétie comme le chien galeux que je suis ! C'est à cause de moi si tu as tout perdu ! Mais je peux le jurer sur le saint de ton choix que j'ignorais tout. Jamais je n'aurait fait une telle bêtise si j'avais su ! Pardonne moi Lily ! Continua Severus sans s'arrêter.

_ Severus, tenta de nouveau le fantôme.

_ Crois moi Lily, dès que j'ai compris que vous étiez en danger, j'ai vendu mon âme à Dumbledore. Lorsque le drame est arrivé, anéanti, j'ai prêté serment devant lui de tout faire pour anéantir Voldemort. Toutes ces années j'ai oeuvrer pour sa perte.

_ SEVERUS ! Gronda-t-elle, bien moins magnanime.

_ Lily … Maudit moi, traine moi dans la bouse car je le mérite. Mais comprend moi ! Pardonne moi … abdiqua-t-il dans une posture de totale soumission qu'il n'avait jamais encore adopté, pas même devant le seigneur des ténèbres à son adoubement mangemort. Il avait dit tout ce qu'il avait sur le cœur. Il s'en remettait à elle maintenant.

Face à cet homme implorant, l'esprit de Lily eut un tendre sourire, mi amusé mi mélancolique : après toutes ces années et ces épreuves, son vieil ami n'avait pas changé, toujours aussi maladroit pour ce qui touche aux sentiments … Cependant ce n'était plus tout à fait le même homme qu'autrefois. Par ses actes il avait amplement prouvé qu'il n'était plus le mage noir qu'elle avait connu à sa septième année d'études. Qui plus est, il dégageait une aura de bienveillance étonnante et inhabituelle …

_ Severus, …

_ … , le serpentard ne répondit pas, il attendait simplement.

_ Merci …

Surpris par ce mot, il leva la tête, les yeux ronds d'incompréhension. A présent il était totalement dépassé par les événements.

_ Je ne comprends pas …

_ C'est pourtant simple Severus, merci.

_ Mais c'est impossible ! Tu ne peux pas me remercier ! Pas après tout le mal que j'ai causé !

_ Tu as pris soin de mon petit garçon. Tu lui as permis de devenir un homme heureux. Ce n'est p …

_ Je suis le mangemort qui a rapporté la prophétie. Je t'ai trahi !

_ Pettigrow m'a trahi, pas toi. Nous lui avions accordé notre confiance, il était le gardien du secret. Toi tu étais étranger à tout cela.

_ Je t'ai privé de la vie, de ton mari, de ton fils, de tes amis. Pour ça, tu devrais m'en vouloir …

_ Jusqu'à la mort ? Mais je suis déjà morte, c'est donc ridicule, fit-elle avec humour.

_Si j'avais été dans mes potions ce jour là, plutôt que d'espionner le directeur de Poudlard, jamais rien de tout cela ne serait arrivé !

_ Par Merlin, Severus, pourquoi es-tu toujours aussi compliqué. I peine une minute tu faisais ton mea culpa en me suppliant de te pardonner et là je dois presque me battre avec toi pour te faire rentrer dans le crâne que tu es l'homme le plus méritant que je connaisse, mon ami le plus précieux.

_ Ami ?

_ Exactement. C'est à moi au contraire de te demander de me pardonner. Je suis moi aussi responsable de ce qui nous est arrivé. J'ai été frivole, prise dans l'engrenage des maisons et leurs rivalités ridicules. On était amis avant de rentrer à Poudlard. J'aurais dû t'aider, comme le ferait une véritable amie. J'aurais dû déceler ta détresse, celle qui motivait tes actes les plus sombres. Je connaissais ton histoire, je te connaissais toi, j'aurais dû te comprendre … se confessa le fantôme en toute honnêteté.

_ C'est faux, tu n'as rien à te reprocher ! Je t'ai insulté de la plus horrible des manières.

_ Hum, et tu crois vraiment que les amis ne s'accrochent pas de temps en temps, et ne se traitent pas de tous les noms d'oiseau possibles et inimaginables ?

_ Mais …

_ J'ai été d'une rancune monstre sur ce coup là. Ça ne me ressemble pas, d'ailleurs. En temps normal j'aurais dû faire la tête pendant une semaine ou un mois, certainement pas une vie. Surement que mon geste avait un objectif caché peu recommandable, mais je ne suis pas certaine d'être prête à en prendre réellement conscience. Je crois que la honte me pèserait trop.

_ Lily …

_ Et si on arrêtait de perdre notre temps à se renvoyer la balle ? Ce qui est fait, est fait, non ?

_ Oui, mais …

_ Parle moi un peu de toi ?

_ Que je te parle de moi ?

_ Et bien oui, ça fait si longtemps qu'on a pas eut l'occasion de discuter tous les deux. Tu sais, nous les esprits, avons un accès très limité au monde des vivants. Nous ne pouvons nous intéresser qu'à notre descendance, celle sur qui nous veillons. Harry a bien grandi. C'est un homme accompli, je suis fière de lui …

_ Humpf, disons qu'il ne s'est pas trop mal débrouillé, éluda-t-il peu enclin à se fâcher de nouveau avec sa vieille amie.

_ Je sais qu'il s'est marié récemment … C'était une belle fête …

_ …

_ Et toi Severus ? Est ce que quelqu'un a réussi à faire battre ton cœur ?

_ Oui, répondit-il en toute franchise.

_ Tu es marié alors ?

_ Non …

_ Pourquoi cela ?

_ Lily … Parc-parce qu'elle est morte, dit-il finalement sans oser lui avouer la vérité.

_ Oh … Je suis désolée … fit-elle mystérieusement, comme si elle venait de mettre le doigt sur un point particulièrement épineux.

_ Pas autant que moi, pensa-t-il amèrement.

Le fantôme de Lily Evans Potter prit le temps de détailler son vieil ami. Il était égal à lui même, un bloc de marbre, imperturbable et figé. Déjà pendant leurs étés passés auprès de leurs familles, elle avait remarqué chez lui, cette faculté à dissimuler son âme derrière une façade de dureté. Ce n'est que lorsqu'elle avait fait la rencontre de M et Mme Rogue qu'elle en avait compris la raison. Pourtant ses yeux ont toujours reflété ce qu'il cachait au plus profond de lui : sa fragilité et sa douleur, son immense pouvoir et sa haine grandissante. En lisant dans ses yeux, les tourments qui l'habitaient, elle avait toujours su trouver les mots adéquats pour l'apaiser. Du moins jusqu'à ce que Poudlard ne lui monte à la tête.

Et aujourd'hui, alors qu'elle scrutait ces mêmes yeux ébènes, elle se sentit revenir dans le passé car elle fut confronté aux mêmes lueurs qu'autrefois. Il pourrait lui dire ce qu'il voudrait, elle savait qu'il n'avait pas le cœur en paix. Néanmoins, elle demeurait perplexe, car elle ne démordait pas du fait que joie et bienveillance le nimbaient comme un halo protecteur. Il restait décidément le Severus Rogue qu'elle avait connu, tout en énigmes et en paradoxes …

Se sentant faiblir, le fantôme de Lily se décida à agir. Il lui restait une mission à accomplir : essayer de raisonner son vieil ami.

_ Severus, il ne me reste plus beaucoup de temps.

_ Déjà ? Mais …

_ Écoutes moi, je t'en prie … Ce pardon qui semble tant te tenir à cœur, je te l'offre de bon cœur. Depuis bien longtemps déjà, je te l'ai accordé.

_ Lily …

_ A une condition ! Promets moi de tourner la page …

_ Mon livre est fini, soupira-t-il.

_ Alors ouvres en un autre. Je sais que celui ci sera merveilleux …

_ A priori Dumbledore n'a pas pu s'empêcher de parler, railla-t-il en écho à la réponse donnée par la Gryffondor.

_ Oh, tu n'as pas idée … fit-elle dans un sourire … Severus, tu n'es pas un mage noir car tu es plein d'amour. Mais par pitié, arrêtes de me le consacrer, je ne le mérite absolument pas … et puis j'ai choisi James il y a bien longtemps … Plus rien ne changera.

_ Tu es au courant …

_ Oui …

_ Dumbledore j'imagine ?

_ Severus, il y a quelque part une femme qui a besoin de ton amour, et toi du sien. Je sens, je sais qu'elle n'est pas si loin …

_ La fameuse intuition féminine, la taquina-t-il pour dédramatiser

_ Ne gâche pas tout par ma faute !

_ Comme si quelqu'un un jour voudrait d'un mangemort espion, traitre, dangereux et instable …

_ Arrêtes de rabâcher toujours la même chose, des détails d'un passé révolu.

_ …

_ Crois en mon expérience de l'autre monde, on ne peut vraiment juger un homme qu'à la dernière seconde de son existence. L'homme, jusqu'au bout, peut être capable du pire comme du meilleur.

_ Si seulement c'était vrai …

_ Laisses toi simplement aller …

_ Je t'aime Lily, eut-il le courage d'avouer dans un souffle.
_ Vis, s'il te plait Severus … pour moi … conclut-elle dans un sourire rassurant et plein d'espoir avant de s'évaporer, laissant place au vide.

Le serpentard ne bougea pas. Cela avait été si court … on ne rattrape pas 17ans d'une vie en quelques minutes. Il ne s'acharna pas sur la bague, il savait que c'était inutile. La pierre avait déjà subi la présence d'une magie étrangère, il ne fait aucun doute qu'elle ne résisterait pas à une nouvelle intrusion. D'ailleurs, à bien y regarder, la gemme magique était marbrée de fêlures en tous genres : elle avait atteint ses limites. Que devait-il en faire ? La conserver … La rendre … La donner à n'importe quel département de recherche magique pour l'étudier … Faire expertiser les armoiries pour la rendre à sa famille légitime …

Ce n'était surement pas le moment le plus opportun pour songer à l'avenir de la bague. En l'occurrence ses héritiers ne semblaient pas s'en soucier plus que ça. Pourtant, cela fournissait un exutoire salvateur au maître des potions qui se sentait au bord de l'implosion. Ce sujet si insignifiant lui permettait de fuir cette angoisse qui le tenaillait.

Il venait de réaliser son vœu le plus cher : il avait pu revoir sa belle Lily une dernière fois. Mieux encore il avait pu lui parler, et comble de l'extase, il avait regagné son amitié si précieuse. Certes elle lui avait renvoyé à la figure que son amour aveugle n'était pas réciproque et ne le serait jamais, mais en compensation, il avait obtenu son pardon. Il n'était plus l'étranger, il n'était plus le traitre, le mangemort, l'assassin. Il était Severus Rogue, ami de Lily Evans Potter. La cicatrice, à défaut de guérir, s'estompait peu à peu.

Pourquoi se sentait-il si mal ? Pourquoi éprouvait-il ce vide angoissant ? Comme si plus aucun but ne dirigeait sa vie. Cette sensation si désagréable qu'elle en avait rendu fou plus d'un. Une sensation caractéristique de la vengeance. Nourrir une haine viscérale pendant des années, l'exprimer ensuite dans un acte meurtrier prémédité pendant des années de souffrance et finir par ne plus savoir qui l'on est ni ce que l'on recherche. Cette sensation, Severus l'avait déjà vécu le jour où il avait assassiné son moldu de père, lorsqu'il lui avait fait payé ses crimes impunis son tout premier avada kedavra. Il se rappelle avoir mis des jours et des jours à reprendre une vie normale avec l'aide de ses mentors mangemorts, à retrouver ses repères.

Aujourd'hui, la situation n'avait rien de similaire, pourtant il éprouvait ce même vide malsain. Pour la première fois depuis bien longtemps, il autorisa son corps à exprimer son malaise : ses membres tremblèrent, les larmes coulèrent et sa respiration s'accéléra. Il se sentait totalement perdu, le chagrin prenant le pas sur la raison. Des heures durant il libéra toute cette tristesse refoulée depuis tant d'années.

Hermion n'avait qu'une idée en tête lorsqu'elle avait décidé de lui faire ce cadeau : lui offrir le plus utile des présents possibles. Sans le vouloir, elle lui avait permis 17ans plus tard de franchir une nouvelle étape dans le deuil de sa vieille amie et de son amour impossible.

A la mort de Lily, le serpentard avait vécu une période très difficile. À cette époque, il refusait d'admettre cette perte et cherchait constamment un bouc émissaire sur qui rejeter la faute. Ce fut d'abord Dumbledore, puis Voldemort et enfin lui même.

Puis, pendant ces longues et sombres années où il avait fomenté la fin du lord noir en jouant l'espion pour l'Ordre du Phénix, il était animé d'un tout autre sentiment : la colère. Une colère sourde et puissante, où se mêlaient amertume et révolte ainsi qu'un profond sentiment d'injustice. Grâce à cela, il avait pu redoubler d'ingéniosité pour oeuvrer à la fin du seigneur des ténèbres.

Petit à petit, à mesure que la lutte entre le bien et les forces du mal se précisait, mélancolique il avait commencé à rêver pouvoir revoir la belle gryffondor. Il espérait sans cesse la retrouver au détour d'un chemin ou même croiser son fantôme dans un recoin de Poudlard.

Maintenant que son rêve s'était réalisé, il ne lui restait plus que la tristesse. Une toute puissante tristesse marquée par un intense sentiment de solitude.

Il ne lui restait plus qu'un dernier cap à franchir : l'acceptation. Il doit à présent accepter de vivre avec la réalité, une réalité où Lily Potter n'est plus.

« Vis, s'il te plait Severus … pour moi ». Cette supplique lui revint à l'esprit, comme une bouée de sauvetage vers le monde réel.

Était-il vraiment seul ?

Sa vie paraissait bien terne, pourtant il trouvait sa place dans le monde sorcier. Il était un maître reconnu et formait les générations les unes après les autres. Ses compétences étaient parfois nécessaires à la survie de patients dont la vie tient simplement à une potion particulièrement délicate que les employés de St Mangouste ne sont pas sûrs de réussir. Il avait des collègues qui l'avait accepté tel quel. Le portrait d'un vieux magouilleur manipulateur avec qui se disputer comme le feraient un père et son fils.

Et puis, maintenant, il avait la miss je sais tout. Il avait été investit d'une mission : l'aider et la protéger. Au delà de cela, il appréciait sa compagnie. Elle était un savant mélange d'intelligence, de bonté, d'humour et de sensibilité. A ses côtés, il avait connu les joies et les difficultés d'une amitié sincère. Et ces derniers jours au Terrier quelle curieuse et agréable expérience. Qui plus est, elle lui avait servi son rêve sur un plateau, mais qu'en était-il du sien …

Le serpentard commençait à retrouver sa respiration normale, ses yeux s'étaient taris et un impression de liberté commençait à s'insinuer en lui. Il passa par la salle de bain se rafraîchir le visage aussi bien que les idées. Il était bientôt temps pour Niréus de rentrer chez les Weasley. Encore fallait-il bien ficeler son histoire car il mettait sa main au feu qu'il aurait à répondre à un véritable questionnaire d'aurors une fois là bas.

Plusieurs heures auparavant, Hermione, essoufflée d'avoir dévalé le sentier, rentrait enfin au Terrier. Elle n'eut pas le temps de se laisser aller contre la porte à reprendre son souffle que déjà Ronald lui sautait dessus.

_ Hermione ! On s'est fait du souci pour toi ! Mais où étais-tu ?
_ Je …

_ Tu es toute rouge, que s'est-il passé ?

_ Ri …

_ Et tes yeux sont tout gonflés. Tu as pleuré ?

_ Ronald ! Ça ne te regarde absolument pas ! Sacré non de Merlin !

_ Ba, pourquoi, tu t'énerves ?

« Mais je suis CALME ! » explosa Hermione juste au moment où les parents Weasley entraient. Dans le même temps, Giny débourra dans les escaliers

_ Qu'est ce qui se passe ici ? Vous avez réussi à réveiller Ted. Bravo !

Et pour couronner le tableau, arriva Georges la ceinture encore ouverte :

_ C'est qui qu'on égorge ?

Tous tournèrent un regard dépité vers lui.

_ Avouez que c'est la poisse, pour une fois qu'il ya de l'ambiance ici, il faut que je sois aux toilettes.

Seul Arthur ne résista pas à la boutade et éclata de rire. De toutes façons il n'avait absolument rien compris à l'histoire.

L'heure du dîner approchait maintenant. Le désordre de tantôt avait été résolu, et chacun avait retrouvé ses occupations habituelles. Georges bidouillait dans son coin on ne sait quelle formule douteuse. Molly surveillait la préparation du repas à la manière d'un chef d'orchestre. Ron, Giny, Diane et Harry divertissaient le petit bout. Et Arthur de son côté avait entrepris l'examen approfondi d'une clé à molette. Tout allait donc pour le mieux.

Hermione s'était pourtant isolé dans un coin, un livre sur les genoux. Elle ne saurait même pas en donner le titre tant elle était ailleurs. Les événements de la journée se répétaient en boucle dans sa tête, comme un vieux disque rayé. Le plus marquant avait bien sûr été le petit tour en Australie si intense en émotions. Elle ne préférait pas penser au professeur Rogue, gênée de son geste. D'autant plus qu'elle ne souhaitait pas commencer à prédire quelle serait l'étendue de sa réaction.

Niréus n'était toujours pas rentré … Elle ne pouvait s'empêcher d'être inquiète. Avait-il eut des problèmes avec le maître des potions ? Elle savait combien le directeur des serpentards pouvait être grognon pour ne pas dire casse pied, lorsqu'il était contrarié. Elle plaignait le jeune homme s'il avait fait quoique ce soit de travers … Il n'y a pas de raison que ce soit arrivé mais tout de même, c'est bizarre qu'il ne soit pas revenu une fois le professeur rentré. D'un autre côté, rien ne l'oblige à lui coller au chapeau 24h/24h.

La Gryffondor se rendit compte à quel point sa présence si caractéristique lui manquait. Pourtant cela ne faisait que quelques heures qu'ils ne s'étaient plus vus. Enfin façon de parler. Que ressentirait-elle alors, le jour où leurs chemins se sépareront … Nul doute que son esprit vif, son humour si particulier et sa prévenance tout aussi particulière lui manqueront. Mais bon, ce jour arrivera. Il ne va tout de même pas s'enchaîner à une sorcière infirme dont l'avenir est encore très incertain. Il doit surement avoir des amis à rejoindre, voire même une petite amie.

La jeune femme n'eut pas le temps de constater que sur ce sujet son esprit sport et fataliste se faisait la malle car Harry s'était approché et assis sur l'accoudoir du fauteuil.

_ Tu m'as l'air bien pensive Hermione. Es-tu sûre que tout va bien ?

_ Ne t'inquiète pas Harry, je me porte comme un charme.

_ Tant mieux … Niréus n'est toujours pas rentré ?

_ De toute évidence, railla-t-elle.

_ Non mais c'est quoi cette réponse à la Rogue, plaisanta-t-il. Si tu veux mon avis, tu devrais arrêter de fréquenter les Serpentards, ils déteignent.

_ Tu as peut-être raison.

_ Et cette lettre alors ? Comment ça s'est terminé ?

_ Quelle lettre ?

_ Le cadeau de ton copain.

_ Oh, ça …

_ Si tu ne veux pas en parler, je ne te force pas. Après tout, tous les couples ont leurs secrets de polichinelle.

_ Harry !

_ Quoi ? Ah oui c'est vrai. Ce n'est pas ton petit ami, imita-t-il avec une voix aiguë et moqueuse.

_ Vous êtes vraiment impossible !

_ Ne prend pas la mouche Hermione, c'était seulement pour te taquiner, l'assura-t-il.

_ Mouais, à d'autres, dit-elle suspicieuse.

_ Sur la tête de Teddy !

Ouin ! Ouin ! Ouin !

_ Il semblerait que ton argument proteste, répliqua Hermione en rigolant pendant que Harry tournait la tête pour voir Ron se fait enguirlander par sa sœur et sa femme pour avoir fait pleurer le petit.

_ Hey ! Mais ça ne compte pas !

_ Ha, ha, ha ! Admettons. Si tu veux tout savoir, Niréus avait réussi à convaincre Rogue de me conduire à la tombe de mes parents.

_ Tu ne savais pas ?

_ Non, depuis l'attaque je n'avais aucune idée d'où ils reposaient …

_ Je vois. C'est un beau cadeau …

Hermione savait que son ami la comprenait. Il était passé par là. Mais il n'avait pas eu sa chance, il avait dû attendre sa majorité pour pouvoir découvrir son passé.

_ A table tout le monde, appela Molly.

Le repas fut comme toujours succulent et vite englouti. Les conversations allaient bon train autour de sujets on ne peut plus variés. Un qui revenait souvent était l'emménagement imminent de Ron et Diane. Molly ne pouvait s'empêcher de donner des conseils plus ou moins appuyés sur la décoration des pièces, l'aménagement ou encore les appareils moldus indispensables. Ron et Bill roulaient les yeux d'exaspération, mais madame Ron n'était pas de leur avis : elle buvait littéralement les explications de Mme Weasley.

Hermione fut dans la lune tout le long du repas. Inutile de se demander à quoi elle pensait. Il semblerait qu'un certain jeune sorcier expert en mixtures en tout genre, ne veuille pas quitter son esprit.

La jeune femme s'imposa avec vigueur pour s'acquitter de la corvée rangement. Chacun rejoignit alors son lit douillet la laissant seule avec ses assiettes.

S'aidant de la magie, Hermione débarrassa alors la table et d'un coup de baguette envoya tout à laver en s'efforçant de faire le moins de bruit possible. Pendant qu'assiettes et couverts se lessivaient par magie, elle s'installa au coin du feu. D'un accio elle rappela le livre qu'elle avait pris tout à l'heure et cette fois ci se mit à le lire sérieusement, au moins pendant le temps que les couvertes aient fini de prendre leur bain.

Toc, toc.

La jeune femme sortit de son bouquin, perplexe. Elle avait cru entendre cogner. À cette heure, c'est étrange.

Toc, toc !

Non, elle n'avait pas rêvé. Elle se leva et se rendit à la porte. Comme regarder par le juda lui était impossible, elle ouvrit simplement en lançant :

_ Qui est là ?

_ Oh, Merlin merci. J'ai bien cru que j'allais rester dehors.

_ Niréus ? C'est toi ?

_ Qui d'autre peut être assez fou pour venir ici par ce temps ?

Hermione eut pour pulsion première de lui tomber dans les bras tant elle était soulagée qu'il soit revenu. Mais ce n'était ni convenable, ni approprié. Elle faisait cela tout naturellement avec Harry et Ron ses amis de toujours, même avec Georges ou Bill ou M et Mme Weasley … En fait avec presque tout le monde. Mais avec Niréus c'était différent. Une barrière l'empêchait de franchir ce cap. Pourquoi ? Elle ne saurait le dire. Elle n'avait jamais été vraiment timide mais là … Aussi se contenta-t-elle d'annoncer.

_ Je suis bien contente que tu sois là.

_ Et moi je serais bien content de me planter devant la cheminée. Vous ne le remarquez peut être pas mais il neige dehors !

_ Ah, oh, oui, bien sûr.

Dans l'ombre du couloir, Arthur, qui était descendu voir ce qu'il se passait, restait en retrait. Il regarda les deux jeunes gens regagner le salon. Il fut rassuré lorsqu'il reconnu celui qui ressemblait à un bonhomme de neige. Tout allait bien, ils étaient réciproquement en de bonnes mains, donc il n'allait certainement pas les déranger. C'est pourquoi il rejoignit sa chambre sur la pointe des pieds.

_ Et bien … Elle devait être compliquée cette potion. Le professeur Rogue t'as retenu bien tard.

_ Hum … non, pas vraiment …

_ J'espère qu'il n'a pas été trop dur.

_ Imbuvable. Lorsqu'il est revenu, il a été s'enfermé dans sa chambre en me laissant seul dans son labo. Quand il est sorti, c'était pas mieux. Il m'a fait récurer tout son barda, expliqua-t-il en s'en tenant à l'histoire qu'il avait élaboré.

_ Oh … C'est un peu de ma faute, s'excusa-t-elle.

_ Ah bravo ! Réprimanda-t-il en jouant le jeu.

_ C'était pas prévu que tu sois au milieu après tout.

_ Humpf. Et peut-on savoir ce qui m'a valu une soirée de galère ?

_ Je préfèrerai garder ça pour moi.

« Si elle savait » pensa-t-il.

_ Et comment était-il ? En colère ?

_ Oui et non … Je dirais plutôt, hum, troublé le connaissant.

_ Troublé … (il y a peut être un espoir pensa-t-elle) C'est plutôt … étrange, venant de lui.

_ C'est surtout pénible. Mais passons. Qu'est ce que vous faites encore debout à cette heure au fait ?

_ Hi, hi, estimes-toi heureux. Sinon tu aurais passé une nuit à la belle étoile … de neige ! Plaisanta-t-elle.

_ Très spirituel. Je ne suis pas sans ressources non plus.

_ Je demande à voir, répliqua-t-elle du tac au tac malicieuse.

_ Ah ça non !

Hermione se mit à rire de leurs boutades, pas trop fort non plus pour ne pas déranger les autres. Niréus l'observa encore un peu dérouté. Elle suivait ses conversations et voilà que maintenant elle riait à ses blagues. Quelle étrange bout de femme.

_ Au fait, avant que j'oublie …

Niréus ne comprit pas le sens des paroles de la jeune femme. Il n'eut cependant pas le temps de demander de plus amples explications que déjà elle l'avait rejoint. Fortement aidée par l'obscurité, elle lui déposa un léger et rapide baiser sur la joue.

Une fraction de seconde plus tard elle était de nouveau à sa place, ses propres joues en feu, se justifiant presqu'instantanément en bafouillant.

_ Merci pour le cadeau. Je ne pouvais pas en espérer un meilleur.

_ Ah oui … le, cadeau … Tant mieux … articula-t-il difficilement, la bouche sèche.

Hermione n'en revenait pas de l'audace qu'elle venait d'avoir. Elle ne savait littéralement plus où se mettre. Dire qu'elle évitait la simple accolade de salut, et là … Quelle mouche l'avait-elle piqué ! Heureusement qu'il est presque minuit et que le feu commence à mourir. Quelle idiote, non mais quelle idiote !

_ Je, je crois que je vais aller me coucher.

_ …

_ Euh, bonne nuit, fit-elle avant de s'éclipser en catimini dans sa chambre.

Le serpentard ne bougea pas. Il était bien trop sonné par tout ce que ce fichu 25 décembre lui avait réservé. La matinée à déballer des cadeaux, l'après midi à aller honorer les morts, la soirée à revoir Lily et la nuit à se faire remercier de l'après midi et en nature je vous prie : c'était décidément trop ! Il sentait le mal de crâne venir vitesse grand V, tellement la confusion régnait dans son esprit. Il entendait encore Lily le supplier, et cette maudite joue qui le brûlait comme s'il avait été ensorcelé.

Pourquoi tout était-il si compliqué !

Une brûlure est sensé être une douleur, une gène, un mauvais moment. Alors pourquoi diable ce picotement était-il si agréable … Pourquoi le souvenir de ces lèvres sur sa peau était-il si doux … Merlin, qu'est ce qui n'allait pas chez lui … Il avait beau passer sa main froide dessus, l'empreinte de la bise demeurait, comme marqué au fer rouge un fer à la morsure de velours … Et oh non mais à quoi pensait-il !

« Vis Severus, s'il te plait … pour moi »

C'est bien beau, mais qu'attendait-on de lui ? Qu'est ce que vivre ? Que devait-il faire ou dire ? A quel maître jurer fidélité cette fois ci …

« Ne gâches pas tout »

Comment ! Il semblait au contraire avoir un talent inné pour tout gâcher preuves à l'appui. Qui lui indiquera les écueils à éviter ? Qui l'aidera à ne pas foncer tête baissée dedans ? Comment !

« Laisses toi simplement aller »

Se laisser aller, d'accord, mais à quoi ? Dans quelle mesure ? Personne n'aurait un mode d'emploi à lui prêter ?

Torturé par l'impuissance et l'incompréhension, il fini par s'assoupir.

Par le plus grand des hasards, ou presque, le premier à se lever ce jour là fut Georges. De mauvais poil, il se traina jusqu'à la chambre d'à côté, baguette en main. Arrivé devant le lit, il la pointa sur l'occupant endormi et sans états d'âme murmura « Aguamenti ». L'effet fut immédiat. L'équivalent d'une bassine d'eau s'écrasa sur le plumard, réveillant la victime avec fracas.

_ K'eske ? Oussé ?

_ Perce ! Sombre crétin ! Quand tu mets ton réveil une heure trop tôt, ais au moins l'intelligence de l'éteindre !

_ T'es complètement malade ou quoi ? C'est ma période de congé ! Je n'ai aucun réveil à mettre !

_ Et moi je porte le caleçon de Merlin.

_ Qu'est ce que tu veux que ça me fasse. Dégage de ma chambre abruti ! Vraiment aucun cerveau . Tu as vu l'état de mes draps.

Georges eut alors une grimace diabolique. D'un rapide coup d'oeil il avisa l'objet de sa convoitise, et le localisa. Enfin, il haussa les épaules, sortit de la chambre et alla frapper à celle qui se trouvait juste en face.

_ Maman ! Il faudra que tu ailles aider Pery. Il s'est oublié cette nuit et a mouillé ses draps.

Georges n'attendit pas après les commentaires de son frangin et s'enfuit avant que sa mère ne sorte, tout en caressant la baguette en bois de noisetier qu'il cachait dans sa manche. Son frère allait tourner en bourrique et il n'aura pas le temps de sécher son matelas avant l'arrivée de leur mère. Il en salivait d'avance.

Georges retourna dans sa chambre et fut agacé d'entendre de nouveau ce bruit strident qui l'avait réveillé. Intrigué il en chercha la source pour finalement tomber sur le chocolat qu'il essayait de trafiquer en vain hier. Alors comme ça Percy avait dit vrai, ce n'était pas son réveil. Bof, pas grave. Le tourmenter un peu ne lui a jamais fait de mal.

Une fois habillé, Georges descendit au salon et tomba nez à nez avec un Niréus endormi, bras ballant sur le fauteuil. D'inspiration « farce pour sorcier facétieux », il eut envie de marquer le coup. Et il n'eut pas à cogiter longtemps pour savoir quoi faire. Il fouilla dans ses poches et en sorti un petit tube arc en ciel. À pas de loup il s'approcha de sa victime. Sans bruit, il retira le bouchon et pointa le tube en direction du visage du serpentard. Précautionneusement il se mit en position, prêt a actionner le tube. Encore 10 cm … plus que 8 … 5 … Et pile au moment où il appuyait sur le tube, Niréus ouvrit les yeux, son intuition d'ancien espion le titillant.

Surpris Georges sursauta. Ne contrôlant plus son geste, il envoya une giclée magistrale de la crème que contenait le tube en cause. L'effet fut immédiat. Et le regard assassin de Niréus perdit en crédibilité quand sa joue droite et son front se couvrirent d'une épaisse toison multicolore.

HA ! HA! HA !

L'éclat de rire à fort décibel rameuta toute la troupe. Bientôt Niréus fut la risée de presque tout le monde, et Georges la bête noire de Molly et Percy. En retrait, Giny expliquait de quoi il en retournait à une Hermione qui craignait la réaction explosive de son comparse.

« Laisses toi simplement aller ». Cette phrase résonna une nouvelle fois dans l'esprit de Severus qui décida de la jouer sport. Il sortit sa baguette et lança un sortilège de concoction Dumbledorienne. Résultat : la pilosité nasale du rouquin s'activa à un point tel qu'au bout de 3 secondes il pouvait déjà faire des tresses avec ce qui lui sortait du nez.

Georges était soufflé de tomber enfin sur quelqu'un qui avait du répondant. Et quel répondant. Il examina dans tous les sens ses nouveaux cheveux de nez d'un air expert et appréciateur. Inévitablement il finit par faire le pitre avec en les faisant friser, emportant l'hilarité générale.

_ Oh mais vous avez vu l'heure ! Je dois me dépêcher où je vais être en retard au boulot, glapit Arthur.

_ Monte te préparer, le petit déjeuner sera prêt dans peu de temps, le rassura Molly.

_ Aller, en petite foulées ! Hop! Hop ! Hop ! Taquina Georges en voyant son père se presser dans la cage d'escalier.

_ George ! Il me semble que tu as du travail, fit Molly menaçante.

_ Ah bon ? Non ? Je n'avais pas prévu d'aller bosser aujourd'hui … Tu dois te tromper.

_ Va réparer tes bêtises !

_ Mooaaah ? Des bêtises ! Ah non jamais, charia-t-il en faux innocent.

_ Georges !

_ Ok, ok … y'a pas le feux aux baguettes. Quand je pense que je dirige la plus grosse boîte de farces et attrapes sorcières britannique, et je suis réduit à aller réparer « mes bêtises », pfff

_ Qui sème le vent récolte la tempête petit frère, sermonna Percy.

_ Moi j'en ai une mieux : Percy qui ne ne tait pas ses arrières surveillera !

Percy partit, encore courroucé par son exaspérant frangin, manquant de se faire renverser par un Arthur en mode « Merlin merci que le transplanage existe sinon je serais vraiment à la bourre ».

_ Au fait Niréus, le seul moyen d'enlever les poils, c'est de les raser !

Après un copieux petit déjeuner, Ron et Diane partirent vers leur nouveau foyer pour commencer à le remettre en état. Molly les accompagna pour le plus grand plaisir de la jeune femme et de plus grand désespoir du rouquin.

Harry et Giny firent de même. Ils se rendirent au square Grimmaurd pour poursuivre les opérations de mise en conformité de la maison ancestrale des Black. Avec un bébé à charge, ils devaient être très vigilent à n'oublier aucun piège dans la maison. Plusieurs des membres survivant de l'ordre leur avaient donné un coup de main à cet effet, Kingsley le premier. Ceci combiné avec l'aide de Kreattur avait permis de rendre la maison presque habitable. Il restait à s'occuper maintenant des problèmes de moisissure. Le vieil elfe était un allié précieux. Qui plus est, maintenant qu'il savait son bon maître Regulus vengé par Harry, il avait totalement accepté ce dernier comme son nouveau maître. Harry l'avait rappelé de Poudlard pour qu'il puisse aider Giny dans la bâtisse. En mémoire de ce pauvre Dobby, il lui avait proposé de le libérer, chose que Kreattur avait tout bonnement refusé. Quel honte cela aurait été pour lui ! Néanmoins, les Potter avaient conscience du grand âge de la créature et la ménageait énormément. L'osmose entre l'elfe et les sorciers était presque parfaite, d'autant que Kreattur était ravi de savoir qu'il allait pouvoir s'occuper de Teddy et des futurs petits petons Potter comme il l'avait fait avec son bon maître Regulus.

Il ne resta bientôt plus au Terrier que Georges, Hermione et Niréus Percy devant en effet faire un tour au Chemin de Traverse pour diverses petites affaires.

D'un commun accord, Niréus et Hermione décidèrent d'aller faire de petits duels dans le pré qui servait aux Weasley comme terrain de Quidditch. La jeune femme souhaitait en effet mettre ses nouvelles perceptions du monde au défi d'un duel sorcier. Cela ne lui servait pas à grand chose pour son ambition médicomagique, mais tout challenge est bon à relever. Et puis, inutile de le cacher, elle voulait passer un peu de bon temps avec Niréus.

Au moment où ils allaient sortir une explosion se fit entendre dans la chambre de Georges. Ils s'y rendirent alors pour s'assurer qu'il n'y avait pas eut d'accident grave. Ce n'était fort heureusement pas le cas. Prêtant peu d'attention à sa face barbouillée de suie, Georges était furieux. Et si Hermione ne pouvait pas le voir, elle pouvait bien l'entendre. Mieux valait censurer le rouquin jusqu'à l'intervention de la jeune femme.

_ Quelque chose ne va pas Georges ?

_ Et comment que quelque chose ne vas pas ! Une semaine que je suis bloqué avec ce fichu chocolat de malheur !

_ Et si tu nous expliquais, on pourrait peut être t'aider.

_ Mouais pourquoi pas … au point où j'en suis. Je travaille sur un nouveau projet : le chocolat à flatulence musicale.

Niréus et Hermione prirent tout deux une mine dégoutée, reconnaissant bien là l'humour douteux des jumeaux Weasley.

_ Le truc c'est que le charme musical refuse d'intégrer le chocolat, que j'y intègre l'effervescence avant ou après.

Severus était pensif. Est ce que se laisser aller incluait de participer à la concoction d'un produit de ce genre …

_ Et cette, hum, effervescence, elle est produite comment ?

_ C'est plutôt complexe. Pour l'obtenir, j'ai travailler sur le champagne effervescencionnel. J'ai isolé l'effervescence du liquide en la figeant avec un sort de stase, pour qu'elle ne se déclenche qu'une fois le chocolat avalé. Le résultat est satisfaisant à défaut d'être pétaradant comme je me l'imaginais si vous voyez ce que je veux dire...

_ Passes nous les détails s'il te plait, intervint Hermione.

_ Bon, bon. Le défaut principal, c'est que le charme musical sensé moduler les ondes produites par les pets n'adhère pas au chocolat.

Le serpentard soupira. C'était tellement évident. Comme quoi quand il traite les élèves de cornichons sans cervelle, c'est qu'il y a une raison.

_ C'est assez normal. L'effervescence de ce champagne est constitué par du dioxyde de carbone. Un état sans forme et sans volume. Comment le sortilège pourrait-il accrocher dans ces conditions. Avec cette méthode, à la limite on peut obtenir un chocolat bruyant mais certainement pas un gaz musical. Il n'y a que le chocolat, en tant que solide, qui pourra être le réceptacle. A mon avis, plutôt que d'essayer de travailler avec du gaz déjà formé, le mieux serait de faire ingérer une source productrice de gaz. Les sortilèges suivent les changements d'état.

_ Comment ?

_ Je ne sais pas … enfin … Il y aurait bien un moyen, mais il est assez dangereux. Les dosage nécessiteront une précision draconienne pour la survie des victimes.

_ A ce point ? S'inquiéta Hermione.

_ Même plus, confirma Niréus.

_ Et ce serait quoi cette solution ? Demanda Georges.

_ Il existe une catégorie de métaux assez spéciaux qui ont des réactions très vives avec l'eau. C'est d'ailleurs pour ça qu'ils ne sont jamais utilisé dans les potions qui utilisent une base aqueuse. Le plus sûr serait à mon avis le calcium. Une fois qu'il aura réagi, outre le gaz, il restera du dioxyde de calcium, une substance que les moldus utilisent comme complément alimentaire donc sans danger. C'est déjà mieux que la soude que produirait la réaction du sodium. (la grimace d'Hermione fut assez significative). Le principe est simple. Le calcium au contact de l'eau va réagir pour produire une belle quantité de dihydrogène, un gaz.

_ Et c'est quoi le danger ? Demanda Hermione.

_ Le gaz a de fortes chances de s'enflammer au contact de l'oxygène de l'air.

_ Mais ça peut être super cool ça ! Faire le dragon par l'arrière. On pourrait vraiment péter le feu, s'enthousiasma Georges.
_ Je ne pense pas que les victimes au fessier calciné seront du même avis.

_ Mouais, pas faux.

_ Après je pense qu'avec un dosage raisonnable et l'incorporation du sang de salamandre dans le chocolat pour ses propriétés ignifuges, ça devrait faire l'affaire. Pour ce qui est de la musique, il suffit juste d'ensorceler le morceau de métal initial.

_ Génial !

_ Mais le phénomène risque de se déclencher dans la bouche non ? La salive c'est de l'eau, dit Hermione.

_ Mince, elle a raison.

_ Il y a un risque. C'est sûr. Peut-être en réduisant le chocolat à une bille et en y cachant le calcium métallique sous un enrobage épais, l'eau ne devrait l'atteindre qu'une fois dans l'estomac. Ou bien peut être qu'un sort de rettardement règlera le problème … Hum, à la réflexion, la deuxième solution serait la meilleur. Comme ça, même s'ils sont mâchés les chocolats ne se déclencheront pas de suite au contact de la salive …

_ Génialissime ! Quand je lui dis qu'il est fait pour créer des farces et attrapes !

_ Humpf !

_ Ah, ah, je suis bien content que l'idée de Fred se concrétise !

_ Ah, c'était l'idée de Fred …

_ Ouaip, on rêvait d'en refiler un à Rogue !

Georges tout excité, fila comme l'éclair vers la sortie. Il devait absolument se procurer du calcium métallique ! Pendant ce temps Severus fulminait. Ah les … ces espèces de … Bon sang de Merlin, et dire qu'il venait de les aider ! Et puis c'est professeur Rogue bande de … Il devrait peut être demander des droits dessus, rien que pour l'enquiquiner.

Niréus et Hermione se retrouvèrent donc seuls au Terrier. La jeune femme était un peu intimidée, c'était bien la première fois qu'elle se retrouvait ainsi seule avec le jeune homme. A Poudlard il y avait toujours les élèves, les professeurs, les fantômes ou les tableaux. Et en ville il y avait les badauds. Là personne … Non pas que ça change vraiment grand chose, mais tout de même … C'était un peu comme ce qui s'était passé hier soir. Il l'avait réconforté plusieurs fois dans ses bras, mais qu'elle y fonce elle même dans un but autre que pleurer c'était une toute autre affaire.

La Gryffondor ne l'était pas pour rien. Chez les rouges et or, place à l'action et au courage, pas aux circonvolutions pseudo métaphysique. On agit par passion et non par intérêt, par instinct et non par ruse. Aussi la jeune femme était-elle très mal à l'aise vis à vis de ces nouvelles interrogations.

Severus avait un esprit bien plus segmenté. Quand ce n'est pas le moment d'y penser, les questions à problèmes sont enfermées dans un coin en attendant leur examen futur.

_ Toujours prête pour un petit duel ?

_ Oui, bien sûr.

Ils passèrent deux bonnes heures dans le pré à enchaîner sortilèges et contresorts. Le duel n'avait de duel que le nom. Tout au plus pourrait-on parler d'un échange courtois et bonne enfant. Néanmoins cette petite séance fut très bénéfique à la jeune femme. Il était indéniable qu'elle ne ferait pas le poids face à un duelliste expérimenté avec son handicap. Encore pire si celui ci utilisait de la magie informulée. Pourtant elle avait fait des progrès très significatifs sur deux pôles qui lui assuraient un espoir de défense combinés à son puissant protego : l'ouïe et le réflexe. Grâce à ses oreilles elle pouvait entendre son adversaire invoquer des maléfices mais aussi en différencier quelques uns. Ainsi avait-elle remarqué que le faisceau magique du diffindo était très strident contrairement à celui du stupéfix qui produisait un son très étouffé. Quand aux réflexes, ils étaient la clé de voûte de ses prestations. Il n'y avait pas de secret, elle devait améliorer sa vitesse de réaction et d'exécution pour que le contre maléfice se change presque en un automatisme. Elle avait encore du chemin à faire dans ce domaine.

Lorsqu'elle fut au bord de l'épuisement, elle demanda grâce à son implacable partenaire. Lui plus habitué à des duels au sommet, n'avait quasiment pas dépensé d'énergie.

_ Pfiouf ! Je suis vidée … clama-t-elle en s'effondrant sur une souche morte.

_ C'est compréhensible je pense. Vous ne devez pas avoir l'habitude de monopoliser ainsi vos sens.

_ Hum, possible. En tout cas je dois faire un sacré travail sur ma réactivité et essayer de lier mon ouïe à ma baguette. A bien y réfléchir, plus de 60% des sortilèges qui m'ont atteint, ont bénéficié de ma lenteur. Le temps que je cogite que je venais de reconnaître tel sort et que le contresort associé est tel incantation, j'étais déjà à terre.

_ Si vous le dite …

_ Il faudrait que mes réactions se fassent par automatisme, ou mieux, par instinct.

_ Hun, hun, le tout puissant instinct, ricana-t-il.

_ Et bien oui. Il n'y a rien de risible là dedans. Harry doit la vie à ses réactions instinctives. Il nous l'a lui même dit. Il y a des situations où on ne réfléchit pas on agit et c'est tout.

_ De la pâtée pour nourrir les cochons !

_ Pourquoi ?

_ Parce que l'homme n'a tout simplement pas d'instinct. Il est l'animal imparfait par excellence.

_ Ça me paraît un peu fort, tout de même.

_ Et pourtant c'est on ne peut plus vrai. Il n'y a aucun instinct dans l'être humain.

_ Prouves le !

_ Fort bien. On commence par quoi ? Pourquoi pas le fameux instinct de survie. Une belle blague …

_ C'est grâce à cela qu'on apprend à nager aux jeunes moldus.

_ Ça pourrait être un argument pesant dans la balance s'il n'y avait pas tous ces suicides moldus comme sorciers. Comment expliquer qu'une créature qui a une tendance naturelle à l'auto-conservation puisse de son propre chef mettre fin à ses jours ? Pourquoi l'homme n'est-il pas retenu dans son geste fatal vers sa propre personne ?

_ …

_ Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin. Prenons le second instinct animal : la préservation de l'espèce.

_ C'est à dire ?

_ La procréation. Un animal ne vit que pour procréer. Dès que la femelle déclenche la sonnette d'alarme pour signaler qu'elle est prête à avoir une portée, tous les mâles accourent. Imaginez ne serait-ce qu'une seconde que les hommes aient des réactions similaires. Tout le monde se sauterait dessus dans la rue. Qui plus est avec un cycle mensuel …

Le tableau brossé, mi cocasse mi gênant, fit monter le rouge aux joues de la jeune femme mais le serpentard ne s'arrêta pas là.

_ Et pour finir en beauté, parlons un peu de ce soit disant instinct maternel. Ah il beau l'instinct de la mère qui tue sa progéniture, qui la maltraite, qui l'abandonne ou qui la renie !

Hermione était sensible à l'argumentation proposée. Pourtant quelque chose la dérangeait. Elle ne parvenait pas à mettre le doigt dessus. Une chose est sûre elle n'adhérait pas à cette façon de penser. Ça paraissait si logique, si tentant, si implacable … si démagogue surtout. Oui c'est ça le mot, démagogue, presque beau parleur. Le genre de démonstration café du commerce comme disait son père. Pourtant il fallait admettre qu'il avait raison … enfin dans un sens … le suicide, le meurtre, la maltraitance sont des phénomènes bien réels … pourtant … oh mais c'est rare tout de même ! Ce n'est pas tout le monde qui se suicide, sinon bonjour la pagaille au cimetière … rare … c'est ça ! L'exception ! Toute ces hypothèses sont des exceptions ! L'exception confirme la règle mais ne la crée pas. Voilà pourquoi c'est si séduisant. Ça n'en demeure pas moins erroné. Partir de l'exception pour faire la règle est une grave erreur de raisonnement !

_ Tu te trompes, affirma-t-elle.

_ Rien que ça, fit-il narquois.

_ Oui, rien que ça.

_ … « c'est qu'elle a du culot, tout de même » pensa-t-il.

_ Tu mets le doigts sur des contradictions certes, mais tu vas vite en besogne lorsque tu généralises. Les suicides représentent quoi ? A tout casser quelques centaines de morts par an. Replacé à l'échelle de la planète c'est vraiment pas grand chose comparé à tous les malades qui luttent contre la mort. À tous ces gens qui devant le danger ne doivent leur existence qu'à un choix dicté par la circonstance.

_ …

_ Et les mères, c'est leur faire insulte que de généraliser le comportement de quelques folles. Franchement c'est comme comparer Mme Weasley ou la mère de Harry à Bellatrix Lestrange !

_ …

_ Quant à la question de, hum hum, la préservation de l'espèce disons, je pense que tout est question de processus de sociabilisation. C'est la culture qui bride les instincts. Une culture construite par la raison des hommes. A mon avis, à l'état de nature, on ne devait pas se poser de question sur ce plan là. Dès lors qu'il s'est constitué en société, pour sa propre survit, il a dû faire quelques concessions qui de fil en aiguille a conduit à ce que nous sommes aujourd'hui.

_ …

Severus n'en revenait pas. Se faire moucher comme ça, en beauté, sur des positions aussi bien acquises chez lui …

Voilà, voilà … plutôt copieux non ? N'hésitez pas à me laisser vos impressions.

Pour la petite histoire, l'opinion de Severus sur les instincts de l'homme c'est celle qu'avait mon prof de philo de Terminale. Il avait tellement de charisme dans sa manière de présenter les choses qu'on l'avait plus ou moins cru à l'époque. Mais là que j'ai un peu mûrit et un peu plus de recul vis à vis du personnage, ma réponse c'est celle d'Hermione. Oui, oui, je crois maintenant qu'il nous a mené en bateau en faisant de l'exception la règle et j'aimerai franchement un jour revoir ce prof et avoir le cran d'entamer une discussion là dessus XD et encore je suis sûr qu'il arriverait à me perdre de nouveau :)

Et vous ? Vous en pensez quoi ? Instinct ou pas ?

A la prochaine !

PS :

Elo, quand j'ai vu ton message je suis passée par tous les états d'âme possible XD. Je suis vraiment désolée : j'ai zappé l'autre site royalement … en fait j'avais eu des soucis pour poster le chap du coup je me suis dis je reviendrai plus tard et bien évidemment je ne suis pas revenu … boulet quoi ^^

Là j'ai pas trop le temps de m'y pencher, mais toutes tes remarques étaient très judicieuses merci. Quand la galère exam sera passée je corrigerait les erreurs ^^

A plus.