* renvoie à Porcelaine, ** renvoie à Jusqu'ici tout va bien, *** renvoie aux deux.

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Chapitre 34

Goten était, à nouveau, affalé dans le fauteuil colossal devant le bureau de Trunks. La nuit était quasiment tombée déjà mais il n'était pas encore très tard. L'automne prenait ses quartiers. Au travers de la baie vitrée, les lumières de la ville ponctuaient le paysage assombri.

Indifférents au spectacle, Goten et Trunks se regardaient avec préoccupation.

- C'est impossible, grogna Goten.

- Et pourtant, soupira son ami.

- Shark est mort, Dragan est mort, tu es sûr qu'on a tout vérifié ?

Disant cela, Goten savait que cela faisait plusieurs mois déjà qu'ils avaient méthodiquement tout vérifié. Après que Bra leur ait raconté dans les détails sa rencontre avec Néro, ils avaient découvert que le corps de Dragan avait effectivement été repêché dans le fleuve, le matin même de la fusillade qui avait coûté la vie à Shark. Ils avaient aussi réussi à localiser le hangar qui servait de laboratoire pour mener toutes leurs recherches. Il avait été minutieusement pillé et les ordinateurs avaient même été passés à l'acide. S'ils n'avaient jamais trouvé qui avait commandité tout ça, le résultat était indiscutable.

Pour finir, Trunks avait envoyé quelques hommes de confiance, recommandés par Goten, pour démanteler la société appelée Spiderbox. Ça avait été un ménage organisé. Ils s'étaient rendus directement dans cet état du centre où la société était basée.

Elle n'était en fait tenue que par une poignée de type, qui ne savaient pas réellement ce que pouvait être le Pixie Club, mais qui commençaient déjà à s'inquiéter de ne plus voir leurs comptes en banque approvisionnés. Ils avaient facilement livré l'identité des membres les plus influents du club et confirmé que Shark en était son seul chef.

Les autres sociétaires ne se connaissaient même pas forcément tous. Ce qu'ils avaient tous en commun en revanche, c'était des secrets plus ou moins avouables, qu'aucun d'entre eux ne tenait, en tout cas, à voir étaler en plein jour. Les réduire au silence avait été l'opération la plus simple.

Sans Shark pour jouer les chefs d'orchestre, le Club était définitivement mort. Et, comme pour mieux étouffer le risque de résurrection, le seul héritier de Néro se trouvait être un neveu de dix ans, dont le jeune âge avait provoqué le gel de tous ses avoirs.

- Goten, on a passé deux mois à réfléchir à toutes les éventualités, tu y étais aussi. Tu as l'impression qu'on a oublié quelque chose ? soupira Trunks d'un ton grave.

- Non, je vois pas qui aurait pu récupérer les œuvres de Shark, admit Goten.

- Alors comment tu expliques ça ?

Goten baissa les yeux sur le carton que son ami lui avait remis. Un bristol noir, tout bête, et pourtant tellement inquiétant, tellement agaçant. L'écriture argentée annonçait insolemment et invariablement « Le Pixie Club vous attends. Vos rêves deviennent réalité ». Trunks l'avait trouvé dans son courrier du matin. Goten fronça les sourcils.

- Il y a quand même un détail qu'on a jamais éclairci… On a jamais su qui avait nettoyé le laboratoire et liquidé Dragan et Shark, releva-t-il.

- C'est vrai, reconnut Trunks.

- Alors ? demanda Goten.

- Alors, je vais y aller à cette invitation. Il faut qu'on sache. Tu n'as rien reçu, toi ?

Goten secoua la tête négativement. Il n'aimait pas du tout l'idée de Trunks partant dans une limousine non identifiée, pour une destination inconnue. Il avait lui-même fait les frais de ce genre d'initiative hasardeuse. Ils n'avaient aucune idée du commanditaire, ni de ce qu'il pouvait savoir des saïyens.

- Peut-être que l'un des lieutenants de Shark a repris le Club malgré tout et qu'il ignore totalement les expériences de Dragan et l'existence des saïyens, il a juste l'impression d'inviter l'héritier Briefs. Tu es le cœur de cible de ce genre de club à la con, je te rappelle, suggéra Goten.

- Ça me paraît encore impossible. Tous les membres influents qui géraient le Pixie aux côté de Shark ont été avertis que, si le Club reprenait vie, tous leurs sordides petits secrets seraient étalés au grand jour. Et crois-moi, y'en a des drôlement glauques je ne vois pas un seul de ces types prendre le risque.

- J'aime pas ça, marmonna Goten en lui rendant le bristol. Quand crois-tu qu'ils viendront te chercher ?

- J'en ai aucune idée mais je garde le carton toujours sur moi… On ne sait jamais.

- Je préfère rester avec toi ce soir, s'ils viennent, je veux au moins être présent…

Trunks eut un petit sourire en coin mais ne s'opposa pas à l'idée de son ami. Il ne se sentait pas si inquiet de monter dans la voiture du Pixie, et, même, cherchant vainement une explication depuis le début de la journée, il avait hâte. Il n'était pas vraiment sûr de savoir quand la limousine du Pixie apparaîtrait, mais il espérait que ce serait vite.

Goten restait sombrement préoccupé en reconduisant Trunks de la Capsule à chez lui. Il avait même émis l'hypothèse qu'Evanna puisse savoir quelque chose. Il n'avait plus mentionné son nom depuis plusieurs mois, comme si elle avait disparu de la surface de la Terre, et Trunks fut surpris de le voir envisager sérieusement de prendre contact avec elle. Elle avait démissionné de l'agence où elle avait travaillé avec Goten et, d'après ce que Trunks en avait compris, elle avait largement les moyens de s'exiler dans n'importe quel paradis accueillant de son choix. Il la voyait mal continuer à collaborer avec le Club de près ou de loin. Elle avait avoué si naïvement, et si facilement, sa contribution aux plans de Shark qu'il était clair qu'elle n'avait été qu'un pion dans cette affaire.

Ils étaient rentrés tôt, craignant de manquer le rendez-vous. Marron était à la maison, enfermée dans son bureau. Elle en surgit dès qu'elle les entendit dans la maison. Ses yeux s'illuminèrent en voyant Goten.

- Trunks t'a dit ? demanda-t-elle sur le ton de la confidence.

- Hmm… ça ne me dit rien qui vaille, marmonna Goten, en acquiesçant de la tête.

- Il veut y aller, releva Marron d'un ton résigné.

- Mais que voulez-vous qu'il m'arrive, soupira Trunks en levant les yeux au ciel, et puis, il faut qu'on sache, non ?

Marron se contenta de faire la moue, sans protester. La présence de Goten la rassurait et elle avait renoncé à faire changer Trunks d'avis. Elle se confectionna un plateau repas et se cloitra à nouveau dans son bureau.

Elle avait à peine disparu quand la sonnette retentit. Trunks et Goten se figèrent. Trunks ouvrit avec hésitation et trouva un chauffeur en livrée, qui attendait sur le trottoir, debout devant une voiture. Le jeune homme eut un sourire carnassier et descendit l'allée jusqu'à lui, après avoir échangé un regard conquérant avec Goten. Le chauffeur le dévisagea d'un air interrogateur et Trunks brandit le bristol sous son nez. L'autre fronça les sourcils.

- Monsieur, je crains… Il y a un malentendu… Ce n'est pas vous que je viens chercher…

Les yeux de Trunks s'arrondirent avec incompréhension. Il ouvrit la bouche mais ne sut quoi dire.

- J'attendais Mademoiselle Ju.

La mâchoire de Trunks se ferma d'un coup. Il se retourna. A quelques mètres derrière lui, Goten était appuyé contre le chambranle de la porte d'entrée, immobile, guettant son départ. Trunks planta le chauffeur sans un mot, et repartit vers son ami.

- Alors ? demanda Goten avec impatience.

- Il dit… Il dit qu'il vient pour Marron !

- Marron ?

Ils se dévisagèrent avec incertitude, chacun cherchant une explication dans l'œil de l'autre.

- Alors, c'est eux ? Tu y vas ? reprit la voix de Marron depuis l'entrée.

Elle apparut avec un air candide, qui s'évanouit rapidement quand elle sentit le poids de leurs regards sur elle.

- C'est pas moi qui suis invité, siffla Trunks, c'est toi qu'ils veulent voir…

- Moi ?... Mais alors... Ca n'a sûrement rien à voir avec ces expérimentations sur les saïyens !

- Peut-être pas, objecta Goten, mais ça reste bizarre…

Marron attrapa son sac d'un geste si rapide que Trunks et Goten n'eurent même pas le temps de réaliser qu'elle les écartait de son chemin pour sortir.

- Je vais voir, je vous raconterai, annonça-t-elle.

- Tu déconnes ? s'exclama Trunks en agrippant son bras.

Elle se tourna vers lui avec un sourire désarmant et s'empara du carton qu'il tenait encore à la main.

- Allez, si ça se trouve, c'est juste une petite fête… Pour une fois…

- Marron ! protesta Trunks vivement, t'es pas invitée à prendre le thé chez une comtesse, là ! Une fête ? Dans quel monde tu vis ?

- Dans un monde où tu bosses vingt heures par jour, et où tu ne me sors que pour aller dans des réceptions ennuyeuses, avec des gens ennuyeux, Briefs. Mettons un peu d'épice là-dessus, répliqua-t-elle avec malice.

- Marron, t'es pas sérieuse, c'est pas un jeu ! sermonna Goten.

Elle se dégagea, sans cesser de sourire, leur adressa un clin d'œil, et se dirigea d'un pas résolu vers le chauffeur qui attendait toujours.

Ils la regardèrent prendre place dans la voiture, muets de stupeur et d'incrédulité.

Marron se souvenait de la mésaventure de Goten. Elle fut soulagée de constater qu'il n'y avait pas de vitre de séparation entre l'avant et l'arrière de la voiture. Le chauffeur et elle respireraient le même air.

Elle se sentait étrangement détendue, peut-être trop. Elle suivit attentivement l'itinéraire de la voiture par le carreau. En réalité, le trajet dura peu de temps et la voiture s'immobilisa devant le Grand Hôtel.

Le chauffeur lui ouvrit la portière et elle sortit avec une lueur d'étonnement dans les yeux en reconnaissant les lieux. Quand elle pénétra dans le hall, une série de souvenirs ressurgirent dans son esprit**. Le concierge la salua d'un discret signe de tête. Sa mémoire ne semblait pas être seule à fonctionner. Elle n'était pas revenue ici depuis plus de trois ans. Le décor n'avait pas changé et elle avait presque l'impression de revenir dans une maison qu'elle aurait habitée quelques années auparavant.

Elle se présenta au comptoir et le réceptionniste lui sourit amicalement.

- Bonsoir, Mademoiselle Ju

Il poussa une clé vers elle et elle reconnut le numéro de la chambre dans laquelle elle s'était installée, après être rentrée de son voyage autour du monde**, quatre ans plus tôt. Cette chambre où Trunks avait rendu les armes.

- Bonsoir, Ed. Je connais le chemin.

Elle saisit le jeu de clé et prit l'ascenseur. Le groom lui était inconnu en revanche, certainement un apprenti. Il voulut l'accompagner jusqu'à la chambre mais elle déclina son offre et le laissa disparaître derrière les portes de l'ascenseur. Elle emprunta le couloir d'un pas assuré.

Arrivée devant la porte, elle hésita un peu, subitement submergée par le souvenir brutal de tout ce qui s'était passé dans cette pièce**. Elle poussa un long soupir et entra.

L'endroit paraissait désert. Elle se trouvait dans le salon. Elle fit le tour de la pièce et remarqua quelques effets personnels, qui laissaient penser que quelqu'un y habitait. Il y avait un journal de la veille, un trousseau de clé, des objets anodins mais quotidiens. Elle n'osa pas ouvrir la porte de la chambre. Elle finit par s'approcher de la fenêtre pour observer la rue plongée dans la pénombre. Elle ne pouvait s'empêcher de se demander si Trunks l'avait suivie. Mais ça faisait, en réalité, peu de doutes dans son esprit. Il détestait quand les événements échappaient à son contrôle et il était si possessif.

Il l'avait demandée en mariage quelques semaines auparavant. Elle sourit en y repensant. Elle lui avait demandé s'il jugeait que c'était absolument nécessaire. Il avait été ennuyé mais il avait admis que ça ne l'était pas. Elle soupçonnait qu'il n'avait formulé sa proposition que parce qu'il avait cru qu'il devait le faire, pour la rassurer ou pour lui rendre honneur. Elle n'avait pas besoin de ça. Qu'on m'appelle Ju ou Briefs, le jour où on ne s'aimera plus, ça ne fera pas grande différence, tu crois pas ? Mais il avait peut-être aussi pensé que c'était la meilleure façon d'annoncer au monde qu'elle était à lui, que de mettre son nom sur sa femme. C'était un aspect de sa personnalité qu'elle connaissait par cœur et dont elle ne se lassait pas. Toujours tout contrôler.

Elle avait vaguement redouté que son refus le contrarie mais ça n'avait pas l'air d'être le cas. Il la connaissait aussi et savait respecter certains de ses quelques principes. Et il avait une façon presque candide de ne jamais douter de son attachement pour lui.

- Tu sais voler, Marron ? demanda une voix derrière elle.

Elle sortit de ses méditations avec un léger sursaut et se détourna de la fenêtre en laissant retomber le rideau. Elle se retourna et se retrouva face à Skrin.

Il avait changé depuis la dernière fois. Il avait les cheveux coupés et était habillé avec une tunique légère et un pantalon en toile. Elle remarqua qu'il était pieds nus sur la moquette moelleuse de l'hôtel. Il avait meilleure mine aussi, le teint moins blanc, le visage moins émacié. Ou peut-être était-ce la lumière qui faisait illusion. Il la regardait de ses yeux toujours luisants d'une sorte de gourmandise.

- Moi, j'aurais adoré pouvoir voler, ajouta-t-il pensivement, me déplacer librement où je veux, parcourir le monde, sans jamais croiser personne, tout juste un piaf ou deux…

- Je ne vole pas, répondit-elle avec un sourire.

Il soupira, comme pour constater qu'ils partageaient le même regret, et s'assit sur le sofa en velours, en l'invitant d'un geste à prendre place sur le fauteuil en face de lui. Sur la table basse entre eux, un plateau réunissait une série de bouteille et des verres. Il se mit à préparer un cocktail basique avec application.

- J'aurais dû laisser Shark aller au bout de son projet, reprit-il, peut-être qu'il aurait réalisé mon rêve, après tout.

- Peut-être. Peut-être que ça n'aurait rien donné… Le gène saïyen n'est pas forcément un cadeau et Shark a voulu jouer à l'apprenti sorcier… ça t'aurait plus de te transformer en singe géant à chaque pleine lune ?

Skrin fronça les sourcils avec incompréhension. Marron réprima un rire.

- Non, j'imagine que non, conclut-elle.

Skrin haussa les épaules et finit sa préparation en pressant un quartier de citron au-dessus du verre qu'il tendit triomphalement à Marron.

- Je sais que c'est ton préféré, annonça-t-il en pointant le cocktail.

- C'est vrai, reconnut-elle en haussant les sourcils.

Il s'immobilisa et elle comprit qu'il attendait qu'elle goûte pour lui donner son avis. Elle but une gorgée.

- Excellent, très réussi, confirma-t-elle, sans vraiment y réfléchir, mais, dis-moi tu aurais pu trouver quelque chose de plus discret que le bristol du Pixie Club, non ? Même moi, j'ai eu un doute.

Il se lécha les doigts pour les soulager de l'acidité du citron et lui sourit.

- T'inquiète pas, le club est bien mort, mais ça m'est venu comme ça, t'as pas trouvé ça drôle ? demanda-t-il.

- Trunks aurait pu se douter de quelque chose…

- Il ne sait rien, n'est-ce pas ? Tu ne lui as rien dit ?

- Ça ne te regarde pas vraiment, maugréa Marron.

Skrin prit une expression rêveuse et croisa ses mains derrière sa tête.

- J'ai compris que tu ne l'avais pas mis dans le coup quand t'as fait distribuer des photos de toi dans tout le quartier avec ton petit mot « Tu espérais me revoir », souligna-t-il, en prenant une petite voix grossièrement provocante pour énoncer le slogan, je suis sûr que Briefs aurait détesté ça.

- J'ai rien trouvé de mieux… Mais je mets jamais les pieds dans ce quartier de toute façon, expliqua-t-elle avec un haussement d'épaule indifférent.

- C'est sûr, t'as pas intérêt dans les mois qui viennent, s'esclaffa Skrin.

Elle avala quelques gorgées de son verre en levant les yeux au ciel.

- Et pourquoi t'as choisi cet endroit, d'ailleurs ? reprit-elle.

- J'ai pensé que ça t'inspirerait.

Ce fut au tour de Marron de pouffer.

- C'est bien ce que je pensais, t'as pas choisi cet hôtel et cette chambre-là au hasard, t'as gardé les dossiers de Shark, hein, tu as tout dupliqué ?

Il se contenta de rire avec satisfaction pour confirmer sa déduction. Elle l'observa avec méfiance en sirotant son cocktail.

- Quand j'ai compris que Shark était à la tête de ce club pourri, expliqua-t-il, et qu'il était en train d'étudier les gènes de tes copains, je me suis dit que je tenais ma vengeance. Je savais tout, tout, de ses petits plans minables, de son réseau. Tu peux me croire, il avait un système super sécurisé, il m'a fallu tout mon génie pour faire sauter les verrous un par un et mettre la main sur l'intégralité des données…

- C'est pour ça qu'il a envoyé quelqu'un cramer ton appartement, poursuivit Marron.

- L'enfoiré, maugréa Skrin avec une mine renfrognée, ça, ça a été la goutte d'eau. Il n'aurait jamais dû faire ça.

Le silence retomba. Marron s'était enfoncée dans son fauteuil et continuait à boire tranquillement tandis qu'il s'agitait en face d'elle, se frottant la tête plus souvent que nécessaire, visiblement perturbé par le souvenir de l'incendie. Elle était assez épatée qu'il ait réussi à s'en tirer aussi bien, vu que, l'idée même de sortir de chez lui, paraissait avoir été un obstacle insurmontable.

- Et c'est pour ça que toi, tu l'as fait buté, insista Marron.

- Ouais, la fusillade… Bon, les gars bossent comme ça; moi, tout ce que je voulais, c'était lui régler son compte. On peut dire qu'il m'avait sacrément cherché. Tu m'excuseras auprès de Bra, elle a été blessée je crois.

- Blessée et soignée, précisa Marron malicieusement, mais tu connais Bra ?

- C'est pas parce que je vois jamais personne que je ne connais personne. J'ai eu l'occasion de voir une ou deux photos sympa…

Marron se retint d'éclater de rire. Si Bra avait été là, elle aurait hurlé.

- Quelques photos dans les tabloïds et les dossiers de Shark, encore une fois. Pourquoi tu les gardes ? Tu veux pas t'en servir quand même ?

- Non, non, les recherches…hmmm… sans Dragan, c'est foutu. J'aurais peut-être dû réfléchir avant de tout bazarder mais….

- Ma parole, il a déjà essayé ! siffla Marron.

Skrin baissa la tête d'un air penaud.

- C'est vrai, j'ai essayé d'utiliser les données de Dragan mais ça n'a pas été trop concluant… Il me manque le cerveau.

Marron se leva et mit son poing sur sa hanche. Il ne lui échappait plus que Skrin ne se contentait pas d'aimer les « belles femmes » ou les « blondes », comme Goten avait minablement essayé de le lui faire croire.

Elle avait compris que c'était elle, en particulier, qu'il adulait. C'était elle, dont la photo servait de laisser-passer pour le contacter, elle, dont tout le monde s'était étonné de constater qu'elle « existait vraiment » lors de leur première visite. Elle était décidée à profiter de cette obsession pour régler l'affaire à sa façon.

Elle était consciente que les menaces et la peur n'apportaient rien avec lui. Il n'était pas tout à fait ce qu'il paraissait. On pouvait croire qu'il se laisserait impressionner parce qu'il avait toujours l'air de s'affoler pour un rien et d'être totalement vulnérable. Mais, comme Goten l'avait déjà souligné, il était malin et il ne fallait pas le sous-estimer. Skrin savait se mettre en colère et flouer les gens. Shark en avait fait les frais.

Elle posa son verre sur la table et la contourna pour prendre place à côté de lui sur le sofa. Comme elle s'y attendait, il se raidit et eut un imperceptible réflexe de recul. Elle fit mine de ne pas le remarquer et servit deux autres verres. Il ne s'était versé qu'une limonade la première fois et, cette fois-ci, elle releva le tout d'une bonne dose de gin. Elle lui tendit le mélange avec un sourire et leva son verre pour trinquer, avant de boire. Il l'imita et grimaça au goût amer. Elle sourit malicieusement.

- Il faut arrêter tout ça. Rends-moi les dossiers de Shark, reprit-elle, que vas-tu en faire ? Nous faire chanter ?

- Pourquoi pas ? répliqua-t-il en lui lançant un œil en coin.

Elle afficha une expression de désapprobation.

- Et qu'est-ce qu'on pourrait te donner que tu n'aies pas déjà ? De l'argent ?

- Une copine, par exemple, une copine blonde, au hasard…

- Oh ! J'en reviens pas que tu tentes ce coup, là ! Tu veux vraiment que Trunks t'arraches la tête une fois pour toute ? Sors de ton monde virtuel, un peu, tu ne sais rien de moi, t'es plus un môme pour fantasmer sur une pin-up, non ?

Il baissa les yeux d'un air contrit et un peu blessé à la fois. Elle ressentit furtivement une vague pitié pour lui et soupira avec une moue.

- Je me doutais que tu ne me rendrais pas les dossiers comme ça, j'ai autre chose à te vendre, c'est pour ça que je suis là, annonça-t-elle.

Il redressa la tête et une expression d'incrédulité boudeuse passa sur son visage. Marron finit son verre et le posa sur la table.

- Tu sais que je suis photographe pour un petit journal, à mes heures ? reprit-elle calmement.

- Une feuille de chou débile, grommela-t-il.

- Ne sois pas méchant, comme ça, même si tu es vexé... Quoiqu'il en soit, je me suis arrangée pour suivre le chroniqueur judiciaire sur l'affaire de la fusillade, hmmm ?

Skrin plongea son nez dans son verre, pour marquer son indifférence contrariée. Marron sourit intérieurement à sa réaction infantile.

- Tu ne sais pas ce que les flics ont dans leur sac, n'est-ce pas ? lâcha-t-elle d'un air détaché.

Il se redressa et abandonna son attitude désinvolte, subitement intéressé par la discussion.

- Ils ont un portrait-robot merdique qu'un lycéen a pu reconstituer et une photo tout aussi merdique qu'il a pris avec son portable, reprit-elle.

- Et alors, si tout est aussi merdique, je vois pas le problème. Surtout, je vois pas le rapport avec moi.

- T'as raison, tout est tellement merdique que personne n'a été capable d'identifier le seul mec dont on a pu, à peu près, reconstituer la tête. Personne. Et il n'est apparemment, même pas fiché. Incroyable, non ?

- Pas si incroyable, les fiches de police, c'est de l'informatique aussi. Et tu oublies que je suis un petit génie.

- C'est vrai, c'est vrai…Enfin, y'a quand même quelqu'un qui l'a reconnu ce type avec son œil de travers…

Skrin tressaillit et fronça les sourcils. Marron se pencha vers lui et lui sourit.

- Figure-toi que c'est un gars que j'ai déjà rencontré quelque part, qui traîne dans certains quartiers et qui bosse pour un certain geek génial et plein aux as. Quand on sait que ce geek génial est en plus, l'ancien associé désabusé de l'unique victime de tout ce merdier, et qu'il a complètement perdu les pédales, ça laisse des pistes à explorer. Tu crois que ça intéresserait les flics de le savoir ? Tu sais, cette affaire les a vraiment mis sur les dents, une fusillade de gangsters dans un quartier d'affaire huppé, ça fait très peur au citoyen moyen.

- Tu feras pas ça, grogna Skrin.

- Non ? C'est vrai que c'est l'express-prison, ou même l'express-asile pour toi… ça serait vraiment pas sympa…

- Shark était un enfoiré ! Tu le sais ! protesta subitement Skrin, tu sais qu'il voulait lui faire faire un môme à ton pote ? Tu le sais ça ? Et tu sais ce qu'il aurait fait du gamin ?

- Je sais, je sais… Mais ton idée de fusillade, c'était pas vraiment très clean non plus. Alors, on peut s'arranger ?

Skrin la dévisageait avec contrariété. Elle arborait une expression triomphante mais bienveillante.

- Je pourrais te faire tuer aussi, t'y as pensé? répliqua-t-il une dernière fois.

Elle sourit avec amusement et s'approcha de lui. Sans qu'il s'y attende elle pressa ses lèvres contre les siennes et l'embrassa langoureusement. Il se figea et la laissa faire. Elle rompit le baiser et passa le doigt sur les lèvres de Skrin encore entrouvertes. Il la fixait avec perplexité.

- Tu me les donnes ces putains de dossiers ? conclut-elle gravement.

Il se leva avec hésitation, l'air encore hébété. Elle commençait à perdre patience mais ne savait pas dire si son initiative l'avait rendu docile ou l'avait effrayé. L'essentiel était qu'il réagisse. Il disparut dans la chambre et revint avec un carton dans lequel s'entassaient des liasses de documents et plusieurs clés.

- Y a tout, annonça-t-il timidement.

- Tout ? Et qu'est-ce qui me garantit que t'as pas fait des doubles ? objecta-t-elle.

- Hmm, et qu'est-ce qui me garantit que tu parleras pas aux flics ?

- Alors, j'imagine qu'on a chacun une arme sur la tempe de l'autre, conclut Marron en prenant le carton.

Elle ramassa son sac et se retourna vers lui. Il la regardait faire, debout, pieds nus sur la moquette, comprenant qu'elle partait maintenant.

- Et… on arrête ces conneries de Pixie Club, on est d'accord ? ajouta-t-elle.

- Oh ça… Compte sur moi, ça ne m'intéresse pas. Le bristol, c'était vraiment juste une blague pour que tu viennes…

Elle hocha la tête et se dirigea vers la porte. Il la rappela alors qu'elle avait déjà la main sur la poignée. Il se tortillait un peu.

- Je vais m'installer ici quelques temps, bredouilla-t-il, tu… reviendras me voir de temps en temps ?

- Y a peu de chances… Il faut vraiment que tu te fasses soigner. Tu rencontreras sûrement quelqu'un qui sera tout ce dont tu as besoin, au lieu d'un fantasme à la con.

- C'est à cause de Briefs ? insista-t-il avec une pointe de révolte dans la voix.

Elle leva les yeux au ciel.

- Bonne nuit, Skrin, salua-t-elle simplement.

Elle reprit le corridor jusqu'à l'ascenseur et regagna le hall d'entrée. Elle se planta devant la réception.

- Vous pouvez me dire où est Trunks, Ed ? demanda Marron.

- Sur la terrasse, Mademoiselle Ju, répondit l'employé avec un sourire.

Le toit de l'hôtel offrait un panorama impressionnant et une piscine et un bar y avaient été installés. En cette saison, aucun des deux ne fonctionnaient bien sûr mais elle trouva Trunks assis à l'une des tables désertes qui n'avaient pas encore été rentrées pour la mauvaise saison. La nuit était fraîche, balayée par un vent fortifié par l'altitude. Les quelques lanternes allumées par précaution peinaient à éclairer l'endroit totalement. Elle perçut néanmoins le sursaut de Trunks, quand elle s'approcha avec le carton entre les bras. Elle posa son précieux chargement sur l'une des chaises.

- Marron, t'en as mis un temps, bordel, maugréa-t-il, que s'est-il passé ?

- Goten n'est pas avec toi ?

- Comme il ne se passait rien et qu'on avait l'impression qu'il ne pouvait rien t'arriver ici, il est rentré voir Bra. Mais il attend mon appel.

- Charmante préoccupation, releva-t-elle avec sarcasme.

Goten et Bra fusionnaient littéralement ces derniers temps et elle comprenait que son inquiétude pour sa vieille copine n'avait pas suffi à le tenir éloigné si longtemps d'elle. Mais, vu l'état d'agitation de Trunks, elle devait admettre qu'il aurait été un garde du corps largement suffisant. Le reprise de la relation de Goten et Bra laissait à Marron une inquiétude lancinante. Elle ne pouvait s'empêcher de se faire du souci pour Goten et elle savait qu'il fallait qu'elle arrête ça. Il était plus fort qu'elle ne voulait bien le croire et elle devait reconnaître qu'avec Bra, il était, à nouveau, plus heureux qu'il ne l'avait jamais été ces dernières années.

- Alors ? insista Trunks qui s'était quasiment consumé d'impatience.

Marron revint à la réalité et comprit que Trunks avait brûlé d'intervenir dans cette chambre, ignorant tout de ce qui pouvait s'y passer, et se faisant violence pour éviter d'imaginer. Elle s'assit à califourchon sur ses genoux, face à lui et saisit son visage de ses deux mains.

- C'est fini, susurra-t-elle, tout est là, tu vois ? Il n'y a plus de Pixie Club, il n'y a plus d'études sur les gènes saïyens.

Il écarquilla les yeux et les posa sur le carton.

- Qu'est-ce qui s'est…

Elle l'interrompit en l'embrassant longuement.

- Fais-moi confiance, répondit-elle seulement, je te raconterai plus tard mais, pour l'instant, fais moi confiance...Hmm... Mon ancienne chambre est prise mais la tienne est sûrement libre, ça te dit ?

En réponse, il l'embrassa en retour tandis que le vent revenait à l'assaut, chassant les nuages menaçant pour laisser enfin filtrer les rayons de la lune presque pleine.

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The End.

J'espère que vous avez aimé et que vous n'avez pas trouvé ça trop long. Merci à ceux qui ont suivi et à ceux qui m'ont encouragée par leur reviews.

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