Merci à UranusMarie, Pepoune (Bon, bah je crois que Gemma ne va pas remonter de suite dans ton estime. Wil/Nel, ça va s'accélérer, tu comprendras pourquoi dans ce chapitre ! En tout cas, merci pour ta review et le compliment, ça fait plaisir !), Isabelle Pearl, Claroushka et Barbiemustdie.

Contrairement aux habitudes, je poste ce nouveau chapitre un jeudi. Super rapide hein ? A vrai dire, c'est surtout que je ne pourrais pas poster le prochain avant le week-end du 30 août, les vacances étant enfin (alléluia !) arrivées et mon planning s'étant soudainement rempli. Ahahah. Comment ça c'est pas drôle ? Profitez-en pour exploser le compteur de reviews tiens ! Bonne lecture ! (Et bonnes vacances à ceux qui en ont :) )


"L'absence n'est-elle pas, pour qui aime, la plus certaine, la plus efficace, la plus vivace, la plus indestructible, la plus fidèle des présences ?"
Marcel Proust


Lorsque Nella se réveilla ce matin-là, les paupières collées à cause du manque de sommeil et des préoccupations, elle eut la surprise de voir qu'elle n'était pas la seule.

Assise sur le lit voisin du sien, les jambes en position du lotus, Gemma paraissait plongée dans une litanie inquiétante. Malgré les soins évidents qu'elle avait pris à s'habiller et se coiffer, ses yeux étaient gonflés et elle agitait bizarrement ses orteils nus.

- Salut, marmonna la Serdaigle.

- Salut, répondit Nella après quelques secondes de silence.

Oui, elle avait hésité. Que ce serait-il passé si la jeune Serdaigle s'était directement éclipsé dans la salle de bain ? Outre son étrange incapacité à affronter les problèmes, Nella n'avait aucune envie de se disputer ce matin-là. Et puis, sa meilleure amie paraissait si dépitée …

Gemma est égoïste …

La voix de Wil Jordan lui revint à l'esprit à cet instant et elle abandonna toute idée de pousser la jeune fille à se confier à elle. Ce n'était pas à elle de faire le premier pas, pas après la journée qu'elle avait passé la veille.

Et Nella se rendit compte qu'elle aussi avait envie d'être égoïste et de penser à elle, chose qu'elle n'avait pas fait depuis longtemps. Les cours ? Oh, elle aimait ça et avait naturellement de bonnes notes mais c'était pour faire plaisir à son père qu'elle se démenait pour maintenir un haut niveau. Sa manie de tout passer à Gemma depuis le début de l'année ? Elle le faisait pour elle, pour leur amitié.

Relevant un peu le menton, Nella passa devant le lit de la Préfète-en-Chef sans lui accorder un regard et se faufila dans la salle de bain. Brusquement, elle attrapa sa serviette en coton rose et enleva ses vêtements à la va-vite. Elle avait une brusque envie de rester des heures sous l'eau chaude, quitte à vider le réservoir, chose à laquelle elle avait toujours fait attention.

Oui, aujourd'hui, Nella avait réellement besoin de faire ce dont elle avait envie et espérait seulement que la chute ne soit pas trop grande.

Et, lorsqu'elle repassa devant sa meilleure amie, trois quart d'heures plus tard, propre et pomponné, elle n'hésita pas à ramasser son sac de cours, qu'elle avait préparé la veille au soir pendant la ronde de Gemma avec Potter, ignorant royalement la jeune fille qui n'avait pas changé de position.

C'était plus simple que ce qu'elle pensait, songea-t-elle en dévalant les interminables escaliers qui menaient à la Grande Salle. Malgré l'évident mal-être de son amie, tout ce qui ressortait pour elle était ces derniers semaines où elle l'avait abandonné pour Johnson ou Weasley. Et, en ce concentrant là-dessus, elle sentait que le poids de la culpabilité qui pesait dans son estomac disparaitrait totalement.

En arrivant devant la Grande Salle, la jeune fille réalisa qu'elle allait encore devoir déjeuner seule. Les six premières années, Gemma et elle étaient comme les doigts de la main : elles se rendaient en cours ensemble, s'asseyaient toujours à côté, déjeunaient ensemble, allaient à la bibliothèque au même moment. Ces derniers temps, elle avait fait face à la solitude et son assiette plus de fois qu'à son tour. Et, même si Kalls trouvait toujours le moyen de la distraire avec ces jérémiades, ce n'était pas la même chose que Gemma.

Son regard balaya distraitement la salle et s'arrêta sur la table des Gryffondor. Potter, Jordan et Carlson prenaient déjà leur petit déjeuner, parlant fort et rigolant beaucoup. Le peu d'élèves présents ne loupaient aucun de leurs échanges et ceux qui passaient par là ne manquaient pas de les saluer.

Sûrement l'un des groupes les plus populaires de l'école, elle s'en était rendue compte la veille, lorsqu'elle avait déjeuné avec eux. Pourtant, à cause de sa colère contre Gemma, cela ne l'avait pas dérangé malgré son caractère calme et timide. Mieux encore, elle sentait qu'elle pouvait s'entendre avec Wil et Dewi … voire même avec Potter lorsqu'elle oubliait l'horrible personnage qu'il était avec la Préfète-en-Chef.

Pouvait-elle réitérer son audace de la veille ? Les élèves n'étaient pas vraiment tenus de manger à la table de leur maison mais par habitude peu se fondaient parmi les autres maisons, surtout en semaine.

Mais, finalement, en regardant la longue table presque vide des Serdaigle, son choix fut vite fait. Ses pas la portèrent tout naturellement sur la première table à sa droite et elle s'assit doucement à côté de Wil Jordan, tandis que les regards des trois adolescents se posaient sur elle, interrompant leur conversation.

Plus étonnés que surpris, plus interrogateurs que mécontents.

James Potter fut le premier à se reprendre et attrapa le pichet de jus d'orange.

- Tu tombes bien princesse, tu vas peut-être pouvoir répondre à une question cruciale, baratina-t-il tout en la servant. Est-ce McFadden ou Coolright qui mériterait de remporter le souaffle d'or cette année ? Dewi étant neutre, nous n'arrivons pas à nous départager.

Elle ne savait pas qui étaient ces deux personnes ni même ce qu'était un souaffle d'or mais le naturel de cette question lui réchauffa le cœur, à cause de sa banalité. Comme s'il était tout naturel qu'elle fasse partie de leur groupe et qu'on l'incluse dans les conversations, même les plus stupides. Comme si les Gryffondor l'avaient un peu adopté. Et, pour une fois, elle ne détesta pas la manière dont Potter l'avait surnommé.

- Heu … McFadden ? répondit-elle au hasard, alors que Potter s'effondrait de manière théâtrale sur la table, apparemment dégoûté de son choix qui n'était pas le sien.

oOoOoOoOo

- Tu ne descends pas ?

A la mine interrogative de l'une des filles de son dortoir, Gemma Lysenko répondit silencieusement en secouant la tête.

Cette dernière ne chercha pas à en savoir plus et partit rejoindre ses copines, laissant la jeune fille dans un silence mortuaire.

Elle n'était pas idiote, elle savait très bien qu'il faudrait qu'elle descende au moins pour les cours à défaut d'aller remplir son estomac avant d'attaquer cette journée. Elle tenait juste à se montrer le plus tard possible.

La Préfète-en-Chef avait besoin de réfléchir encore et remerciait silencieusement Nella de ne pas lui avoir posé de questions ce matin, comme si sa meilleure amie avait compris son besoin de solitude.

Elle avait mal dormi cette nuit, la tête pleine de pensées. Néanmoins, cela n'avait pas été inutile et, au moins, permis à son taux de fureur de descendre en flèche. Oh, elle en voulait toujours à Weasley, n'était pas prête d'oublier cette trahison et se souviendrai longtemps qu'on ne pouvait pas lui faire confiance.

Mais, à quoi s'attendait-elle ? Weasley avait la terrible habitude de révéler les secrets et quelque chose lui disait que ce n'était pas aussi simple que ça et qu'elle avait réellement voulu rattraper le coup cette fois-ci. Mais Potter … ? Elle ne voulait même pas penser à l'éventualité où son homologue masculin décide d'en faire profiter l'ensemble du château.

Même si quelque chose lui disait que s'il avait voulu le faire, il n'aurait pas attendu aussi longtemps. Il était évident que cela faisait quelques semaines qu'il était au courant. Depuis le soir de Noël en fait, car à la rentrée, il avait arrêté de l'humilier en public. Pourquoi ce silence ? Avait-il un cœur finalement ? Ou plutôt un quelconque intérêt à se taire ? Il n'avait pas peur de Weasley en tout cas, c'était sûr, comme la réciproque était vrai. Elle n'avait pas pu le menacer d'une quelconque façon.

Son ventre gargouilla.

Gemma, qui avait prévu de sauter le petit déjeuner pour se rendre directement en Sortilèges revint sur cette idée. De toute façon, se morfondre dans son dortoir ne ferait pas avancer la situation. Elle allait aller se remplir l'estomac et croisait les doigts pour coincer Weasley avant leur premier cours en commun. Mieux valait ne pas attendre pour une explication même si son humeur menait à un esclandre en public.

La jeune fille attrapa son sac de cours dont elle passa la lanière autour de son cou et vérifia rapidement qu'il ne lui manquait aucun manuel pour la matinée et se décida à descendre de la tour des Serdaigle. En passant dans la salle commune, elle croisa Mervin Kalls et l'ignora royalement, comme depuis la veille. Le gamin en fit de même, l'air incroyablement snob, comme si c'était elle la fautive dans l'histoire. Quel idiot ! Elle avait peut-être été loin en lui criant dessus mais son idée était si humiliante … Il ne se rendait même pas compte !

Fort heureusement, elle avait prévu de retrouver Abel après son cours d'Aritmancie. Penser à son petit-ami l'apaisait déjà, surtout qu'elle ne l'avait pas vu seule à seule dans l'un de ses endroits où ils avaient l'habitude de se rencontrer depuis deux jours et qu'il n'avait, de ce fait, pas pu lui souhaiter son anniversaire.

Dans le hall, devant les sabliers des quatre maison, son regard tomba sur une chevelure longue et emmêlée. Parfait, elle n'aurait même pas besoin d'attendre avant de régler ses comptes.

Impoliment, Gemma se planta devant Weasley qui discutait avec l'autre Weasley, la rouquine. Cette dernière lui lança un regard indigné avant de partir à grands pas, visiblement peu satisfaite de cette irruption.

Weasley n'était pas comme d'habitude et la toisait de ce regard qu'elle lui réservait … Avant.

- Qu'est-ce que tu veux ? lança-t-elle en croisant les bras sous sa poitrine.

- D'après toi ?

- M'expliquer pourquoi tu m'as posé un lapin ?

Son regard se fit plus accusateur et elle s'appliqua à la fusiller du regard bien correctement.

Cette interrogation, lancée comme une bombe fit bizarrement exploser de rire la Préfète-en-Chef. Comment ? Ce n'était pas à elle de justifier ses actes, il ne fallait pas qu'elle inverse les rôles ! La victime ? Elle. La coupable ? Weasley. Point.

- T'es malade ? s'enquit la Poufsouffle en la regardant de travers.

- C'est toi qui va m'expliquer quelque chose.

Les sourcils froncés, la Serdaigle attrapa Dominique par la manche de sa chemise et l'entraina derrière les sabliers où personne ne pourrait surprendre leur conversation.

Pendant quelques secondes, les deux filles se jaugèrent du regard méchamment, comme au début de l'année. Dominique dévisageait Gemma, ayant peu apprécié de se faire trainer de la sorte et se demandant si elle n'était pas devenue folle. Et Gemma regardait Dominique, une irrésistible envie de l'étrangler qui flottait dans ses pensées.

- Pourquoi est-ce que tu l'as dis à Potter pour ma mère ?

La colère de la Poufsouffle retomba comme un soufflet et elle eut le bon sens de paraître un tant soi peu gênée. Reculant d'un pas, la jeune fille passa une main abrupte dans ses cheveux tout en évitant son regard inquisiteur. Elle ne cherchait même pas à nier.

- Je …

- C'est bien ce que je pensais, grogna Gemma en tournant les talons.

- Non, attends, s'exclama la Poufsouffle en la rattrapant par le bras. Ecoute Lysenko, à Noël, quand nous sommes partis sur la plage avec mon cousin, je n'ai pas eu le choix.

- Tu n'as … pas eu le choix ?

Est-ce qu'elle se fichait encore d'elle ? Enervée, Gemma tira violemment sa main pour se détacher de son étreinte et elle se cogna contre le sablier des Serpentard. La douleur ne l'atteignit même pas. Non, maintenant, elle était déçue. Peut-être qu'elle n'attendait rien de Weasley, peut-être que, profondément, elle savait qu'elle était pourrie jusqu'à la moelle mais il lui semblait qu'elles ne s'étaient jamais mentit. Et que la Poufsouffle la considère comme une idiote lui était insupportable.

- Il n'aurait pas arrêté sinon, murmura cette dernière en baissant la tête. James, ce n'est pas un mauvais garçon, il est juste dans sa mauvaise période. Il est horrible avec toi mais il comprend les choses. J'ai réussi à lui faire entendre raison mais je n'ai pas eu le choix de la méthode. Il croyait que tu me faisais du chantage. J'aurais dû t'en parler mais …

- Tu aurais surtout dû tenir ta bouche ! Est-ce qu'il y a un secret que tu n'as pas révélé un jour ?

La Poufsouffle lui jeta un regard éloquent et Gemma se sentit réellement idiote. Bien sûr qu'il y avait quelque chose en elle qu'elle défendait comme la prunelle de ses yeux. Mais voilà, quand cela ne la concernait pas, elle n'était pas aussi tenace. Et peu importe que ses raisons soient bonnes. Peu importe …

- Et tu seras étonnée par tout ce que je ne dis pas, lança Dominique à tout hasard, songeant sans que la Serdaigle ne s'en doute à sa rencontre nocturne de la veille. Je sais, je sais, ce n'est pas la question. Ecoute Lysenko … Gemma, tu as un gros problème avec James. On dirait que tu vas t'évanouir à chaque fois que tu le vois, un peu comme une peur panique. Ou une phobie. J'ai voulu t'aider à ma façon mais ce n'était pas prémédité. Il m'a coincé. Il aurait fini par comprendre de la même manière que moi. Ce n'est pas difficile de faire une recherche parmi les journaux anciens de la Bibliothèque, il suffit d'un simple sortilège.

La Poufsouffle reprit son souffle après ce long monologue et releva la tête. Son visage s'était refermé et elle ressemblait plus à la combattante qu'elle était tous les jours. Quoiqu'il se passe à présent, il était évident que ce moment d'abandon où elle était devenue une jeune fille franche et sensible était terminé.

- Ecoute, que tu me crois ou non, ça me fait un bel hippogriffe. C'est comme ça. James est au courant. Et il te fout la paix.

- Il ne me fiche pas du tout la paix, s'exclama Gemma, outrée.

La Préfète-en-Chef croisa les bras sous sa poitrine, toisant avec dédain son interlocutrice. A son plus grand damne, Weasley poussa un soupir ennuyé avant de lever les yeux au ciel.

- A ce que je sache, je ne t'ai pas retrouvé accrochée à un lustre ces derniers temps ? Quoi ? C'est le genre d'idées qu'il pourrait avoir, crois-moi, lâcha-t-elle en remarquant le regard effaré de la Serdaigle. Ecoute, je me doute que … Qu'il ne doit pas être très poli avec toi. Mais ça, c'est ton problème. Ta phobie. Rembarre-le, frappe-le. Il arrêtera. C'est comme ça que ça marche avec lui. Il faut lui tenir tête pour qu'il te respecte.

- Je n'ai pas envie …

- Non mais tu en as besoin. Non mais vraiment, soupira-t-elle une deuxième fois. Je ne suis pas ta Psychomage. Et j'ai cours. Et faim.

La petite blonde se caressa douloureusement le ventre avant de regarder sa montre. Constatant qu'il était plus que temps qu'elle se rende en cours, une mimique attristée vint se nicher sur son visage : elle n'aurait pas de petit déjeuner aujourd'hui.

En face d'elle, Gemma hésitait visiblement sur la conduite à tenir. Cette Weasley était démoniaque : pendant un instant, elle avait réussi à retourner la situation et passait presque pour une sauveuse. C'était idiot ! Et pourtant, elle n'était plus aussi furieuse et triste depuis cette discussion. Oh, non, elle ne cautionnait pas cette trahison et cela lui laissait un goût amer dans la bouche mais … elle se sentait incapable de détester la Poufsouffle.

- On y va ou on reste plantées là ?

Douloureusement, elle la jaugea du regard, évaluant ses possibilités. Après un soupir, son poing s'abaissa sur l'épaule de la Poufsouffle qui poussa un couinement mais eut la décence de ne pas se plaindre. Elle l'avait bien mérité.

Le menton levé et la tête droite, elle dépassa la Poufsouffle et prit la direction des escaliers pour se rendre en Sortilèges. Cette dernière ne demanda pas son reste et fut bientôt à sa hauteur. Elles marchèrent silencieusement pendant quelques minutes avant que Gemma n'ose demander :

- Tu es sûre qu'il ne dira rien ?

- Tu n'as qu'à le lui demander, répondit âprement Weasley juste avant de rejoindre ses amis qui patientaient devant la salle de cours.

oOoOoOoOoOo

- Et là, la harpie saute sur le vampire et lui mords le cou. Jusqu'au sang. Tu comprends la blague Princesse ?

Nella Flint ne put réprimer un gloussement tandis que Dewi Carlson et Wil Jordan poussaient un soupir unanime, comme las des âneries de leur camarade. Ce dernier posa un bras protecteur autour de ses épaules, avant de lui murmurer à l'oreille :

- T'es pas obligée de faire semblant. Dewi et moi, on ne se force même plus, sa tête est déjà assez grosse comme ça.

- J'ai entendu, faux-frère !

Faussement déçu, James ne leur adressa plus la parole et, mains dans les poches de sa capes, se contenta de marcher silencieusement devant eux jusqu'à ce que Dewi se décide à prendre les choses en main et tente de le dérider à grand renfort de chatouilles. La vision de la jeune fille sur le dos du Préfèt-en-Chef, l'étranglant à moitié, la fit exploser de rire. Elle se bidonnait encore alors qu'ils arrivaient devant la salle de Sortilèges.

Ils étaient si … distrayants. De vrais enfants immatures -surtout Potter- mais, elle s'en rendait compte à présent, tellement soudés. Par exemple, elle avait vite compris qu'aucune fille ne pourrait jamais briser l'entente fraternelle entre Potter et Jordan et que Dewi n'aurait jamais d'autres véritables amis que ces deux-là.

Pas comme Gemma qui la laissait tomber au premier bellâtre venu, songea-t-elle alors qu'elle croisait le regard de sa meilleure amie qui paraissait tomber des nues, avachie sur le mur du couloir.

Elle se souvint que le bras de Wil n'avait pas quitté ses épaules et elle rougit jusqu'aux oreilles. Néanmoins, elle ne songea pas un instant à le repousser et préféra utiliser cette situation à bon escient. Redressant le menton, le petit groupe passa devant Gemma sans faire attention à elle. Fort heureusement, Potter était toujours occupé à se chamailler avec Dewi car elle ne savait pas vraiment comment elle aurait réagit s'il s'était mis à embêter la Préfète-en-Chef.

- Et bien, marmonna Wil en se laissant tomber sur une table vide du premier rang. C'est assez …

- Etrange ?

- Tu prends confiance en toi, Nel, c'est bien, avoua-t-il. Bon, tu viens ?

Et, tandis qu'il tapotait la place libre à ses côtés, elle hésita nettement à s'assoir et tenta d'occulter les gloussements moqueurs de James Potter qui envoyait des baisers à Dewi en haussant les sourcils d'un air salace.

L'espace d'un instant, comme prise d'un pressentiment, elle se retourna brusquement. Derrière elle, Gemma la regardait la bouche légèrement entrouverte, l'air complètement dépassé. Elle était assise au deuxième rang devant l'estrade professorale, comme elles le faisaient toujours, à chaque cours. Non, visiblement, elle ne comprenait pas ce brusque revirement de situation et cela peinait Nella.

La Serdaigle se serait sans nul doute rétractée pour venir s'assoir à côté de sa meilleure amie si le souvenir de l'humiliation de la veille ne lui était pas brusquement revenu en tête. Lentement, elle se détourna et se laissa tomber à côté du métis qui sourit doucement.

- Et avoue que je suis diablement plus sexy que Lysenko, lui lança-t-il.

Et si celle-ci rougit jusqu'aux oreilles alors que Potter, pas sourd pour un sou, explosait de rire, elle ne chercha même pas à le détromper.

oOoOoOoOoOo

Humiliée comme jamais, Gemma Lysenko ne parvenait même pas à mettre de l'ordre dans ses pensées tant la situation était surréaliste.

Que foutait Nella avec un type comme Jordan ? Depuis quand sa meilleure amie préférait s'assoir avec un Gryffondor en cours plutôt qu'avec elle ? Qu'est-ce qui s'était passé pour que le monde ne tourne plus rond ?

Elle savait pertinemment qu'elle était peu présente pour la Serdaigle en ce moment, perdue entre ses propres problèmes et son petit-ami, oh oui elle le savait. Mais jamais cette dernière ne lui avait fait part d'un quelconque problème entre elles et paraissait même plutôt bien accepter Johnson. Cela faisait quelques jours qu'elle ne lui en avait pas parlé et n'avait pas tenté de la mettre en garde.

Depuis quand elles se faisaient des cachoteries ?

- Lysenko.

Gemma sursauta et tourna le visage vers la gauche, regardant celui qui venait de la saluer sans le voir.

Pire encore, depuis quand elles se faisaient des cachoteries ? Elle … elle s'entendait bien avec ce clown de Jordan. Jamais Nella n'aurait laissé quelqu'un la toucher comme il le faisait dans le couloir si elle n'avait pas confiance en lui. Qu'est-ce qu'il s'était passé bordel ? Est-ce que sa meilleure amie avait été ensorcelée ? Sinon, comment expliquer qu'elle accepte de trainer avec la fine équipe des Gryffondor, pire, avec Potter ? Le Préfèt-en-Chef était derrière tout ça, c'était certain. Qu'avait-il pu lui dire et comment avait-il fait pour lui retourner le cerveau ? Elle n'en savait rien mais était sûre et certaine que Nella n'était pas dans son état normal.

Isaac Nott, lui, ne paraissait pas s'encombrer de tant de réflexion et il s'assit à ses côtés, prenant sûrement son silence pour une invitation.

Bordel. Elle pardonnait à Weasley, Nella trainait avec Jordan et, maintenant, Nott s'asseyait à côté d'elle pour le cours de Sortilèges. Quelle … horreur !

- Bonjour, lança strictement le professeur Scott en laissant tomber sa mallette sur son bureau avant de prendre appui contre ce dernier. Aujourd'hui nous allons étudier le chapitre 32. Ouvrez vos livres en silence et dépêchez-vous de lire l'introduction. Le mot silence ne fait-il pas partie de votre vocabulaire, Potter ? Cinq points en moins pour Gryffondor et le prochain qui ouvre la bouche gagne un aller simple pour une retenue.

oOoOoOoOoOo

- Nel ! NELLA !

Croisant les bras sous sa poitrine, Gemma Lysenko se plaça devant sa meilleure amie, l'empêchant d'avancer. Après le cours de Sortilèges, elle comptait bien la retenir mais Scott l'en avait empêché pour une histoire d'emploi du temps. Fort heureusement, Nella était encore dans le couloir, riant sans vergogne avec les trois Gryffondor.

Faisant fi de sa peur panique de James Potter, Gemma comptait bien avoir quelques explications. Explications que la Serdaigle ne paraissait pas pressée de donner si on en jugeait son regard fuyant.

- C'est bon, on t'attends dans le hall princesse, lâcha finalement Potter alors qu'il était visible que tout autre chose allait sortir de sa bouche.

Les trois Gryffondor s'éloignèrent mais Gemma eut le temps de remarquer l'air suspicieux et la main de Wil Jordan qui avait doucement effleuré l'épaule de Nella.

- … Princesse ? lâcha soudainement la Préfète-en-chef, véritablement décontenancée et, pour le coup, dégoûtée.

Nella, qui fixait toujours le couloir où s'éloignaient Potter, Carlson et Jordan, blanchit nettement mais sans pour autant la regarder. Elle resserra doucement les livres qu'elle tenait contre son ventre et baissa la tête.

- Bien. On va à l'infirmerie, ordonna Gemma en posant sa main sur son bras.

Nella se détacha de son étreinte faisant légèrement reculer la Préfète-en-Chef. Lorsque Gemma releva la tête, son amie la regardait cette fois. Son visage si doux s'était fermé et elle semblait plus … dure. Comme si elle avait pris de l'assurance. Comme si c'était une inconnue. Comme si elle l'avait perdu.

- Je sais ce que tu penses. Ils ne m'ont pas ensorcelé. Potter ne m'a pas ensorcelé, lâcha-t-elle finalement.

- Mais …

- Il m'apelle Princesse, je ne sais pas pourquoi. Mais j'aime bien. Il n'est pas si débile et même plutôt drôle quand il ne se prend pas au sérieux. Carlson est une chic fille et elle m'écoute toujours quand je parle. Quant à Jordan … en fait il m'a embrassé et je crois qu'il … me drague.

Instinctivement, Gemma se raccrocha au mur pour ne pas tomber. Maintenant, il était sûr et certain qu'elle avait manqué quelque chose. La Nella Flint qu'elle connaissait ne parlait pas d'une voix si assurée et ne la regardait pas comme si elle était un insecte insignifiant. La fille qui était sa meilleure amie depuis plus de six ans n'aurait jamais osé dire que James Potter n'était pas si débile que ça et manquait trop de confiance en elle pour croire qu'elle pouvait plaire à un garçon.

- Mais tu le saurais si tu ne passais pas ton temps à m'éviter, poursuivit Nella.

- Quoi ? Je ne t'ai jamais évité ! On passe tout notre temps ensemble, on dort dans le même dortoir et tu es ma meilleure amie, pourquoi est-ce que je t'éviterai ?

- TU M'AS LAISSE TOMBER !

Dos contre le mur, Gemma Lysenko regarda cette fille qui se mettait finalement à hurler, les traits déformés par la colère, sans réussir à parler.

- Tu … Est-ce que tu te rends compte au moins ? Est-ce que tu t'es rendue compte du mal que tu m'as fais ? Visiblement non. Ca fait des semaines que ça dure ! Tu ne me parles plus, tu me laisses de côté ! Toute cette histoire avec Weasley c'est franchement hallucinant. Tu passes Noël avec elle et … Tu ne me le dis même pas ? Je ne parle pas de cet imbécile de Johnson ! Tout le monde sait très bien qu'il chasse deux harpies à la fois ! Je ne vois pas pourquoi il se gênerait pour … toi, cracha Nella d'un air dégoûté.

- Tu es … jalouse ? murmura Gemma, paraissant comprendre peu à peu la situation.

- Je l'ai été, en effet. Mais ce n'est plus le cas. Je n'ai pas à être jalouse de Johnson ou Weasley. Ce n'est pas ça qui compte, tu as bien le droit d'apprécier qui tu veux. Seulement, je t'en veux de m'avoir mis de côté à leur profit.

- Je ne t'ai jamais …

- Ah non !

Rouge de fureur comme jamais Gemma ne l'avait vu, la main de Nella claqua sur ses livres, provoquant un bruit assourdissant. La Serdaigle redressa la tête et elle remarqua pour la première fois les larmes qui coulaient sur sa joue. Elle se rendit compte qu'elle s'était trompée : Nella n'était pas plus sûre d'elle. La fureur donnait juste cette impression. Et la Préfète-en-Chef n'était pas sûre de préférer ce maux.

- TU M'AS LAISSE DE COTE ET QUE TU NE T'EN RENDE PAS COMPTE EST ENCORE PIRE ! HIER … JE T'AVAIS ACHETE UN CADEAU ET ON S'EST RETROUVE DEVANT LA GRANDE SALLE ! TU PEUX ME DIRE CE QU'IL S'EST PASSE ENSUITE HEIN ?

Les rares élèves qui trainaient encore là s'étaient arrêtés net tandis que le rouge montait aux joues de la jeune fille. Les larmes suivirent très rapidement et elle se souvint.

Obnubilée par sa fureur envers Mervin, elle en avait complètement oublié Nella qu'elle avait rejoint quelques minutes avant et n'avait même pas remarqué son absence en rebroussant chemin après avoir copieusement crié sur le premier année.

- C'est pas trop tôt, déclara Nella, l'air satisfait, en se rendant compte de son malaise. Je pourrais te citer des dizaines d'autres exemples mais je n'en vois pas l'utilité et je doute que ça t'intéresse.

- Je …

- Je doute aussi que ça t'intéresse mais Mervin le vit très mal. Tu l'as vraiment blessé hier, il voulait simplement te faire plaisir.

- Il m'a humilié !

- C'est un gamin et un crétin ! Mais il t'admire et te prends pour sa grande sœur et toi, tu … Tu te prends pour ce que tu n'es pas … Tu as changé Gemma, tu ressembles à une de ces garces que tu détestait tant avant …

Se défendre. Ce n'était pas vrai. Elle n'allait pas la laisser l'accuser et lui sortir des inepties de la sorte parce que ce n'était pas vrai. Elle avait des torts et elle venait de le comprendre. Pour ça, elle s'excuserait autant qu'il le faudrait. Mais elle n'était pas une garce. Jamais.

Et Gemma ne savait répondre aux attaques que par le silence ou … l'attaque. Ce qu'elle regretterait longtemps.

- Et toi tu t'es vue ? Tu joues la poule de Jordan comme si c'était quelqu'un de fréquentable. Tu rigoles avec Potter comme si c'était ton meilleur ami ! Tu n'es pas toute blanche Nella ! Tu n'as pas cherché à comprendre … et tu es passé à autre chose. Tu n'es pas celle que je croyais, tu pactises …

- JE N'AI PAS CHERCHE A COMPRENDRE ? MOI, JE N'AI PAS CHERCHE A TE COMPRENDRE ? QUI EST-CE QUI T'AS CONSOLE CET ETE ALORS QUE TU ETAIS EFFRONDREE PAR …,

Nella s'arrêta brusquement avant de tourner la tête vers un groupe d'une dizaine de personnes qui les regardait silencieusement comme si elles étaient devenues folles et ferma la bouche au moment fatidique. Elle secoua la tête. Même si elle était littéralement furieuse contre Gemma, elle n'allait pas la trahir maintenant et lui porter un coup fatal.

- … Et en début d'année ? Je n'étais pas là ? Tu … Tu ne peux pas m'accuser de t'avoir laissé tomber Gemma. Je t'ai tout donné et voilà comment tu me remercies ? Je … Oh et puis je rigole avec qui je veux ! TU as laissé l'occasion à Potter de t'atteindre, TU étais amoureuse de lui, TU n'as pas su comment réagir. Et je ne suis pas la poule de Jordan ! Et quand bien même ce serait le cas, je ne vois pas en quoi ça te regarde.

- Tu es en train de me dire que c'est ma faute ? C'est ma faute s'il s'est mis en tête de me pourrir la vie et de me traiter comme son souffre-douleur ?

- Tu n'as jamais cherché à te défendre, l'interrompit Nella en levant les yeux au ciel.

Estomaqué, Gemma serra les poings tandis que les larmes coulaient abondement sur son visage sans qu'elle ne fasse rien pour les retenir.

Autour d'elles, les élèves ne se gênaient plus pour murmurer entre eux et elle était certaine que leur dispute aurait fait le tour de l'école avant le déjeuner. Mais, pour une fois, elle se fichait d'être le centre de l'attention. Ce n'était pas une dispute. C'était une rupture.

Nella ne pouvait tout simplement pas défendre Potter.

Alors c'était une rupture. Qui lui déchirait le cœur, partagée entre remords et colère. Et peu importe le public autour.

- Alors c'est comme ça que ça se fini ? murmura-t-elle.

- Il faut croire.

Nerveusement, Nella essuya les larmes qui coulaient encore sur ses joues pâles avant de la dévisager. Il n'y aurait pas de retour. Les mots avaient sûrement dépassé les pensées des deux côtés mais une affreuse part de sincérité persistait. Une amitié si forte brisée si brusquement ne se réparait pas d'un coup de baguette magique. Et, à cet instant, aucune des deux filles n'avait envie de reconstruire quoi que ce soit. Chacune était trop blessée par l'autre pour agir avec discernement.

Comme si elles n'avaient plus rien à se dire, plus jamais, Nella se détourna lentement, suivant le chemin qu'avaient empruntés les trois Gryffondor un peu plus tôt.

Gemma, le cœur déchira, détailla chaque courbe, chaque détail de celle qui avait été sa meilleure amie durant toutes ces années, trop dévastée pour agir rationnellement. La silhouette fine de Nella ne fut bientôt plus qu'une ombre et, lorsqu'elle cligna des yeux, elle aperçut le groupe de curieux qui la dévisageait impoliment.

- Dégagez, y'a rien à voir ! lança-t-elle méchamment.

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- Oh Nella, viens assieds toi, ça va aller ! James pousse toi, laisse-là s'asseoir tu ne vois pas qu'elle …

- Hé, Nel, arrête de pleurer. C'est pas grave, ça va passer. On est là maintenant, on partira pas. Je partirais pas.

- C'est bon princesse, tout va bien. Je peux commencer par assassiner Lysenko si tu veux ?

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Le ventre comprimé, les poumons serrés, Gemma Lysenko ressentit une immense bouffée de chaleur en voyant apparaitre la silhouette familière d'Abel Johnson.

Cela faisait ce qu'il lui semblait être des heures qu'elle le cherchait. Pour la première fois en sept ans, elle avait loupé un cours. Botanique. Cela lui semblait si dérisoire à cet instant car elle avait enfin atteint son but : Abel. Il était le seul à pouvoir la consoler, à pouvoir la comprendre et le seul à qui elle avait envie de sourire aujourd'hui.

La bibliothèque. Elle n'y avait pas pensé tout de suite car ce n'était pas l'endroit qu'il fréquentait le plus, préférant la chaleur de leur salle commune pour faire ses devoirs mais elle savait qu'il n'avait pas cours ce matin-là.

Alors, quand elle repéra ses cheveux noués à l'arrière de son crâne et son visage souriant, le poids dans son estomac s'estampa un peu et elle ne put que remercier Merlin qu'il soit seul et non entouré par ses nombreux amis et connaissances.

Elle s'avança vers lui comme un automate et tira la seule chaise vide en face de lui pour s'assoir. Doucement, elle releva la tête et le fixa dans les yeux.

- Oula Gem, tu m'excuseras mais tu es affreuse. Qu'est-ce qu'il se passe ?

Sans trop savoir pourquoi, elle fondit en larmes. Il était évident que ce n'était qu'une taquinerie mais ce n'était pas vraiment le moment qu'on lui rappelle sa laideur. La main d'Abel se retrouva sur son épaule et il la pressa gentiment, tout en balançant ses affaires dans son sac de l'autre.

Tout doucement, il attrapa ce dernier, puis Gemma et ils quittèrent la bibliothèque accrochés l'un à l'autre.

- Allons dans le parc, ordonna-t-il en se détachant un peu d'elle alors qu'un groupe de Poufsouffle de cinquième année passait à côté d'eux. On sera plus tranquille.

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- Tu as vraiment une sale tronche Lysenko.

- Ta gueule Weasley.

Septique, Dominique haussa un sourcil surpris. Ces derniers temps, la Préfète-en-chef était plus moqueuse qu'hargneuse et, en plus, sa voix tremblait un peu.

Alors, instinctivement, elle abandonna l'idée de se rendre à la bibliothèque -bien que le sacrifice ne soit pas si cruel que ça- pour rejoindre Camille et Isabel qui voulaient l'aider dans ses fiches de révision. La Capitaine de l'équipe de Poufsouffle avait espéré un instant que les filles lui permettraient de copier sur les leurs mais elles avaient été fermes là-dessus : il fallait qu'elle les fasse elle-même pour que ça rentre et, d'abord, elle aurait dû les faire au fur et à mesure au lieu de se prélasser comme un Veracrasse au soleil. Bref, elle avait promis de faire des efforts mais là c'était un cas de force majeur non ? Lysenko avait l'air encore plus mal que James lors de la dernière coupe du monde de Quidditch quand l'Angleterre avait été éliminée au premier tour, quelques minutes après le coup de sifflet.

- Suis-moi, ordonna-t-elle en glissant son bras sous celui de la jeune fille.

Cette dernière la fusilla du regard tout en tentant d'échapper à son étreinte mais Dominique avait de la ressource malgré son apparence frêle. Ce n'était pas une fille bouleversée qui allait pouvoir l'empêcher de faire ce qu'elle voulait. Quelques minutes plus tard, elles se retrouvèrent dans une ancienne salle de classe à l'air abandonné, qui se trouvait au septième étage, près de la tour des Gryffondor.

- La légende dit qu'on donnait des cours de Potions ici, il y a une centaine d'année, expliqua la jeune fille. Mais qu'un élève à tout fait exploser et que le feu à pris jusque chez les Gryffondor. Depuis, les potions ont lieu dans les cachots, sûrement parce que tout le monde s'en fiche de retrouver un Serpentard carbonisé. Enfin, depuis, le club de Bavboules s'en sert pour ses réunions.

Lysenko hocha la tête sans paraitre accorder beaucoup d'importance à cette petite pièce où les chaises et pupitres étaient entassés au fond. Les murs étaient noirs, s'accordant à ce que disait Dominique sur l'incendie qui aurait ravagé la pièce un siècle plus tôt.

- Je me suis engueulée avec Nel, murmura brusquement Gemma. Mais j'ai pas envie d'en parler. C'est … pas important. J'ai vu Abel après …

Et il t'a largué ?

Faussement compatissante, Dominique lui tapota distraitement l'épaule, songeant que ce type avait au moins eu le mérite de limiter les dégâts.

- Je lui ai dis que je l'aimais.

Horrifiée, la jeune Poufsouffle retira sa main en la regardant avec de grands yeux. Gemma se méprit sans doute sur son geste et se mit à sourire, songeant sans doute que Dominique exprimait sa surprise.

- Ecoute, je …

- Et c'était juste génial ! Il m'a dit qu'il n'était pas encore prêt à me répondre la même chose mais que notre couple était sur la bonne voie et qu'il adorait être avec moi. Tu te rends compte ? Il a préféré être honnête avec moi plutôt que de me sortir des salades ! Ce gars est génial.

A présent plus atterrée que désolée, la jeune Poufsouffle secoua la tête, ses longs cheveux blonds s'emmêlant autour de son cou. Abel Johnson n'était pas un grand manipulateur. Pour ainsi dire, il lui paraissait plutôt stupide et elle se demandait si Lysenko ne l'était pas encore plus à présent. Sérieusement, elle doutait même que Molly puisse croire un seul mot de ses salades à la place de la Préfète-en-Chef. Ce qui donnait une idée assez précise du niveau de naïveté que celle-ci venait d'atteindre.

Naïveté ou mal-être ?

Peu importe. Lysenko n'était pas son amie. Elle avait beau avoir un avis sur cette scène, elle n'avait aucune envie de le lui donner même si leurs petites altercations lui manquait, parfois. Et puis, cette dernière allait être fière d'elle -sans le savoir-, elle allait agir comme une personne mature et raisonnable et non pas comme la garce qu'elle prétendait qu'elle soit.

- C'est cool.

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- Débile … Complètement débile … Je lui ai dis que je l'aimais et gnagnagna … Ooooh Johnson … Mais par Merlin, elle est plus con qu'un Veracrasse ! Dire que j'ai presque eu pitié d'elle quand le gamin a mis cette pancarte dans la Grande Salle … Elle mériterait des claques ! Des claques !

Etre mature et raisonnable ne lui interdisait pas de parler toute seule dans un couloir désert n'est-ce pas ?

Elle avait très vite quitté Lysenko qui, elle le sentait, allait l'ennuyer avec son amourette idiote et sans issue, pour retourner dans sa salle commune. Bien entendu, elle aurait dû se rendre à la bibliothèque et rejoindre Camille et Isabel mais n'était pas sûre de pouvoir garder secret ce que venait de lui dire Lysenko. Et elle doutait qu'elle apprécie que ce genre de chose revienne aux oreilles de Rose ou toute autre personne tentant de lui faire ouvrir les yeux sur ce qui se passait sous son nez.

Bref. Elle hésitait entre pleurer de rire et de gêne. Lysenko était stupide.

- Stupide !

- Je le savais déjà, marmonna une voix grave.

Sursautant, la jeune fille manqua de faire tomber son sac de cours par terre et se tourna brusquement. Pas très loin derrière elle, Nott qu'elle avait dû croiser sans s'en rendre compte était en tenue d'entrainement. Dans sa main, il tenait un vif d'or qui tentait de s'échapper à grand coup d'ailes mais sa poigne était ferme.

- Quoi ?

- On le savait que tu étais stupide.

- Je parle pas de moi, réfuta-t-elle en ignorant délibérément l'insulte.

C'était trop bas et indigne du Serpentard qu'il était pour qu'elle rentre dans son jeu.

- Je parle des filles. Des filles et des sentiments. Une fille qui veut être amoureuse, c'est stupide.

Ces mots provoquèrent en elle une impression de déjà vu et elle ferma les yeux quelques secondes. C'était le genre de souvenir enfoui qui n'avait aucune raison de remonter à la surface. Un souvenir qui n'appartenait qu'à eux, à une époque où ils étaient jeunes. Et amis. Un souvenir qu'elle avait complètement oublié avec les années, songeant qu'il en était de même pour lui.

Elle n'avait pas tort. Avant aujourd'hui, Isaac n'avait jamais repensé à ce moment.

C'était le genre de souvenir qui remonte à la surface aussi sûrement que s'il avait eu lieu hier, et pourtant …

Alors, au même moment, à la même seconde, la mémoire leur revint.

La main sur le front pour empêcher le soleil de lui brûler les yeux, Dominique somnolait depuis de nombreuses minutes tout en hésitant. Il faisait beau pour un mois de mars, voire chaud, et les deux gamins avaient décidé de s'octroyer une après-midi de repos bien méritée dans le parc, face au lac. A force de leur rabattre les oreilles avec les examens, ils n'en pouvaient plus de travailler (et ils le faisaient sérieusement à leur propre surprise d'ailleurs) et la fatigue commençait à se faire sentir.

Elle lança un bref coup d'œil à Isaac qui, dans la même position à quelques centimètres d'elle avait les yeux clos. Il dut sentir qu'elle l'observait car l'une de ses paupières se souleva et elle baissa la tête, comme une enfant pris sur le fait, les mains dans le pot de confiture.

- Qu'est-ce que tu veux ?

- Rien, murmura-t-elle doucement. Enfin … Non rien.

Isaac soupira tout en se redressant pour se tourner vers elle. Posant une main sur son épaule, il la secoua fermement alors que Dominique faisait semblant de ne pas l'avoir vu.

- Aller, je croyais qu'on se disait tout.

- Oui mais de toute façon, tu voudras pas.

- Quand est-ce que je t'ai refusé quelque chose ?

C'est vrai qu'il cédait à tout ses caprices Isaac, ou presque. Parce qu'il ne s'en rappelait peut-être pas mais il n'avait pas voulu l'aider à jeter James Potter dans le lac, une fois où son cousin l'avait bien cherché. Au final, elle avait essayé de le pousser toute seule comme une grande et il avait réussi à retourner la situation. De ce fait, elle s'était retrouvé à l'infirmerie pendant une semaine parce qu'elle ne savait pas vraiment nager et avait retenu sa respiration plus longtemps que ce qu'elle pouvait. La beuglante que sa tante Ginny avait envoyé à James était une maigre consolation et depuis ce jour elle s'était promis de ne jamais recommencer à embêter son cousin sans l'aide d'Isaac.

Bon, après tout, peut-être qu'il serait d'accord.

- D'accord, d'accord, murmura-t-elle en se tournant à son tour.

Du coup, leur visage n'était plus qu'à quelques centimètres et elle ne put s'empêcher de se demander comment les yeux d'Isaac faisaient pour être aussi noirs. Elle en avait toujours été jalouse car elle ne connaissait personne qui en avait d'aussi foncés (même pas Camille Teyssier, une des filles de son dortoir) et elle devait se contenter de son bleu joli mais banal, porté par un tiers des élèves de Poudlard.

- Tu veux bien m'embrasser ?

- Quoi ? Pour quoi faire ? s'étrangla le Serpentard.

- Ma cousine Molly a embrassé ce Serdaigle de deuxième année, tu sais, celui qui joue de la flûte à longueur de journée et elle a dit que c'était super bien mais Isabel Lowell, une fille de mon dortoir dit que c'est dégoûtant. Au final, toutes les filles de ma classe ont déjà embrassé un garçon et pas moi.

- T'es débile de vouloir faire comme elle.

- Je veux juste savoir. Aller, juste deux secondes, insista-t-elle.

Ce disant, elle se rapprocha d'Isaac qui détourna la tête au dernier moment, l'air plus horrifié qu'autre chose par la situation. Les lèvres de Dominique, en cul de poule, rencontrèrent donc le haut de sa manche et elle bascula en avant.

Lorsqu'elle se redressa, elle abordait une telle tête courroucée que le garçon éclata de rire, bientôt rejoint par sa meilleure amie, peu rancunière. Lorsqu'ils se calmèrent, quelques minutes plus tard, après qu'Isaac eut cessé d'imiter son baiser raté, le Serpentard se tourna soudainement vers elle.

- D'accord, je veux bien t'embrasser.

Il disait vrai lorsqu'il affirmait ne rien lui refuser. Sauf pour James mais ça, elle se vengerait plus tard. La fillette hocha la tête, pressée de savoir qui de Molly ou d'Isabel disait vrai et, les deux mains plantées dans le sol humide, rapprocha sa tête de celle d'Isaac. Pourtant, elle s'arrêta à quelques centimètres de sa bouche, quelque chose la poussant à étudier ses yeux de plus près.

A vrai dire, à cette distance, ils n'étaient pas aussi noirs que ce qu'elle pensait. Il y avait de petites touches de bruns par-ci, par-là. Dominique les trouva encore plus beaux comme ça.

Finalement, ce fut Isaac qui rompit la distance entre eux, posant ses lèvres sur les siennes sans bouger pendant quelques secondes. Ce fut lui aussi qui se décala en premier, reportant une attention forcée sur le lac qui brillait de milles feux.

- C'était dégoûtant, non ? hésita Dominique.

- Alors c'est Lowell qui a raison, affirma Isaac, parfaitement stoïque.

- Elle dit aussi qu'il faut être amoureux pour que ça soit bien. Mais jamais je ne serais amoureuse d'un garçon, ils sont tous idiots et immatures, suffit de voir James, affirma la blondinette.

Isaac se retourna vers elle tout en lui adressant un regard noir -c'était le cas de le dire- mais elle n'eut pourtant pas la décence de s'excuser, ne songeant pas au fait d'avoir inclus son meilleur ami dans le lot. Surtout en le comparant à James Potter, qu'il n'aimait pas beaucoup non plus.

- Sauf moi, lui rappela-t-il.

- C'est vrai, répondit la jeune fille en le regardant d'un œil nouveau. Sauf que t'es pas très modeste.

- Tu n'as qu'à être amoureuse de moi plus tard, répondit-il en éludant la critique.

Dominique réfléchit quelques secondes avant de laisser tomber sa tête sur l'épaule d'Isaac la plus proche d'elle. Il passa son bras autour de son cou, ses mains caressant doucement les longs cheveux emmêlés et elle murmura, tout en sentant la somnolence la reprendre.

- Oui, de toi je veux bien, marmonna-t-elle tandis que ses yeux se fermaient.

- Je ne serais jamais amoureuse de personne, feula Dominique en rouvrant les yeux.

- Bien.

Le Serpentard haussa les épaules comme si ce moment n'avait jamais existé puis tourna les talons, prenant la direction du stade de Quidditch où un entrainement attendait l'ensemble de son équipe.

- Bien, répéta Dominique en disparaissant dans la direction opposée.

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Ce soir-là, dans le dortoir des septièmes années de Serdaigle, ni Nella Flint ni Gemma Lysenko ne prononça un seul mot.