Réponse aux reviews :

Guest numéro 1 & Guest numéro 2 : merci pour vos reviews et joyeux anniversaire à celle de vous deux qui est concernée ^^

Virginie44410 : Non Allie n'a pas eu 2 imprégnations, c'est étrange que tout le monde cherche à rationaliser la relation qu'Allie entretient avec Nate. Ce n'est pas parce que ce sont des êtres surnaturels qu'ils ne peuvent pas être attirés l'un par l'autre comme n'importe quelle personne lambda !

Doumbea : C'est fou ce que j'adore tes romans-reviews (même si la moitié du temps nous ne sommes pas d'accord ^^). Alors pour le bracelet de Nate : il protégeait essentiellement Allie avant qu'elle ne se fasse enlever, en fait son agression n'a pas grand-chose à voir avec le manque de contrôle de Jérémy, c'est plus une question de jeu de pouvoir... Parlons de l'imprégnation, débat qui ne finira jamais : je ne suis pas contre l'imprégnation, mais je suis de moins en moins pour je l'admets ^^ Mais j'ai toujours considéré que l'histoire entre Will et Madison était pro-imprégnation : même si effectivement il y a de fortes chances pour que le phénomène s'éteigne avec la vampirisation, le fait que leur amour perdure après prouve (pour moi) que l'imprégnation leur a désigné leur âme-sœur respective, la personne idéale pour eux. S'ils avaient rompu, ça aurait montré la superficialité de l'imprégnation. J'avoue que le coup d'Elliot et Lily est presque autant anti-imprégnation que l'histoire entre Allie et Nate, mais dans le chapitre 21 l'imprégné de Lily s'efface au profit d'Elliot, ce qui à mon avis est une des plus grandes preuves d'amour qui soient. En ce qui concerne le triangle amoureux de ma fiction, il y a quand même quelque chose qui me saute aux yeux à chaque fois que je lis les reviews de mes lectrices : aucune n'aime Matthew pour lui-même (parce qu'il est gentil, beau, généreux, que sais-je). Pour vous, il doit être avec Allie à cause de l'imprégnation, point à la ligne. Alors moi je dis que ce peu importe ce qu'il y a entre Allie et Nate ça doit être très puissant pour arriver à les relier ainsi malgré tout ce qui les sépare !


Chapitre 33

06h 51, 3 janvier

-Allie ? Allie !

Une voix m'appelait.

Quelqu'un s'amusait à appuyer sur ma poitrine, puis à relâcher la pression, puis à appuyer encore, si vigoureusement que ça me faisait presque mal aux côtes. Oh. Massage cardiaque, compris-je avec un train de retard.

La charge sur mon thorax s'en alla. Quelque chose claqua contre mon visage, si fort que ma joue me brûla et que j'ouvris automatiquement les yeux. Je voulus crier « aïe » mais mes cordes vocales semblaient hors service. A la place, je tournai la tête sur le côté et expulsai toute l'eau contenue dans mes poumons, avant d'enchainer avec une quinte de toux retentissante.

Tout en luttant pour respirer, je regardai autour de moi. J'étais trempée de la tête aux pieds et mon corps frissonnant de froid était étendu au bord du trou percé dans la glace dans lequel Jérémy m'avait jetée. Nate était agenouillé à côté de moi, ses yeux d'un bleu limpide me scrutant avec une lueur qui était à mi-chemin entre la colère, le soulagement et l'inquiétude.

Une bulle de chaleur gonfla dans ma poitrine lorsque je le vis. Ce n'était pas de l'étonnement : je savais qu'il serait le premier à me trouver, mais je ne pensais pas qu'il arriverait à temps pour me sauver. Je ne pensais pas pouvoir le revoir une dernière fois.

La bulle explosa dans mon abdomen en des milliers d'étincelles de joie euphorique. Posant mes mains engourdis sur la glace, je luttai pour m'asseoir. Nate me regarda, attendant que je dise quelque chose.

-Tu m'as frappée ! l'accusai-je avec un sourire.

Il sourit lui aussi, de l'un de ces sourires dénués de raillerie que je n'avais vu que rarement.

-Oh, tais-toi, soupira-t-il en m'attirant vers lui.

Sans réfléchir, je nouai mes bras autour de son cou et, fermant les paupières, j'enfouis ma tête dans le creux de son épaule tandis que ses bras encerclaient ma taille. Il me serrait trop fort contre lui, rendant ma respiration plus laborieuse qu'elle ne l'était déjà, mais même cette sensation d'étouffement, ce sentiment d'être enfermée dans une prison de muscles, ne parvint pas à m'enlever l'impression que j'étais plus en sécurité maintenant que je ne l'avais jamais été au cours des deux semaines passées. Pour la première fois, sa peau me semblait plus chaude que la mienne, d'une tiédeur réconfortante.

Lorsque mes yeux se rouvrirent, ce fut pour tomber sur la vision du corps de Jérémy allongé à quelques mètres de nous. La première chose que je remarquai fut son visage rougi et boursouflé, notamment ses yeux qui étaient atrocement brûlés. La seconde fut que sa poitrine ne se soulevait plus.

-C'est moi qui l'ai tué ? soufflai-je.

Nate ne lui jeta pas un seul regard. Il desserra son étreinte autour de moi, rejeta derrière ma tête une mèche de cheveux trempée qui pendouillait devant mes yeux et se contenta de répondre :

-Tu as commencé, j'ai terminé. Nous n'aurions jamais dû accepter de le transformer.

-Pourquoi est-ce qu'il a essayé de me noyer ?

-Je crois que tu connais la réponse.

-Elliot, soufflai-je. Vous n'avez plus besoin de moi avec son arrivée. Après m'avoir tuée, vous auriez menti à mon frère en lui disant que j'étais enfermée dans une autre partie du village et que s'il se téléportait, vous me feriez du mal. Il n'aurait eu aucune preuve que j'étais en vie… mais aucune preuve non plus que j'étais morte, alors il serait resté ici.

Ce plan était ingénieux, mais suffisamment prévisible pour que je m'en sois doutée à l'avance. Cela dit, ça n'avait pas empêché que Jérémy m'enlève et manque de me noyer.

-Quelle idiote j'ai été de ne pas me réveiller pendant que Jérémy me trimballait dans la nature, maugréai-je.

-Ils ont mis des somnifères dans ton verre avant que tu ne te couches, précisa Nate. La dose aurait tué un humain. Tu as eu de la chance de ne pas avoir repris conscience dans l'eau.

-C'est qui, ce « ils » ? Je suppose que la brillante idée d'en finir avec moi n'est pas à octroyer à Jérémy, devinai-je.

-Ca aussi, tu le sais déjà. Derek.

Je fronçai les sourcils, moins surprise par l'identité de celui qui voulait ma mort que par sa façon d'agir. Les rapports de force entre les Enfants de la Lune me laissaient parfois perplexe.

-Va falloir qu'on m'explique, là. Pourquoi a-t-il demandé à Jérémy, qui fait partie de ta meute, de faire le sale boulot alors qu'il a dix loups qui lui obéissent déjà au doigt et à l'œil ?

-Pour qu'on ne l'accuse pas d'avoir pris une décision sans en discuter au préalable avec les autres alphas. Officiellement, je suis responsable de ce que fait Jérémy, même si tout le monde sait que n'ayant pas été élevé parmi nous et qu'étant un nouveau-né pratiquement incontrôlable, il ne peut pas respecter nos coutumes aussi bien que les autres. Derek n'a sans doute eu aucun mal à le convaincre de t'amener ici, il te détestait déjà et la transformation décuple la colère.

-Mais pourquoi est-ce que Derek n'a pas essayé de convaincre les meutes de me tuer au lieu de faire ça en secret ? Je veux dire, tu dois être la seule personne à ne pas me haïr alors…

Nate secoua la tête de droite à gauche.

-S'il y a bien une chose qu'une partie d'entre nous ne supporte pas, ce sont les dommages collatéraux. Nous ne tuons pas lorsque nous n'en avons pas besoin -lorsque nos ennemis ne sont pas des vampires.

Hannah m'avait déjà dit pratiquement la même chose quand elle m'expliquait qu'ils n'avaient pas tué d'humains à Seattle et employaient la « manière douce ».

-Serait-ce un fond de moralité que je viens de trouver chez vous ? le taquinai-je.

Il haussa les épaules.

-Quand les Volturi ont assassiné nos parents, ils ont presque réussi à nous tuer nous aussi –les enfants, les humains. Ils n'en avaient pas besoin mais ils l'ont fait quand même. Nous étions le dommage collatéral.

-Derek a l'air de se foutre royalement que je sois un dommage collatéral, fis-je remarquer.

-C'est parce que tu lui fais peur. (Mes sourcils se haussèrent d'étonnement et il expliqua : ) Tu te plaignais d'être faible ? Si tu contrôlais un peu mieux ton pouvoir, tu serais capable de nous tuer aussi rapidement que tu l'as fait avec Jérémy. Comme pour les vampires, le feu est mortel pour nous. Et puis, ça a tendance à nous rappeler, pour ceux d'entre nous qui étaient là, la fois où les Volturi nous ont enfermés dans une maison en flammes.

-C'est pour ça que tu me détestais autant quand on s'est rencontrés ?

-Entre autres choses. Bref, tu es encombrante, et la haine de Derek à l'égard des vampires étant extrapolée depuis la mort de sa fille, il n'allait sûrement pas te laisser la vie sauve.

-Pourquoi est-ce qu'il a demandé à Jérémy de venir me noyer ici ? Il ne pouvait pas, je ne sais pas moi, me trancher la gorge ? M'enterreur vivante ?

-La noyade est une sorte de phobie chez toi, non ?

-Hmm hmm, acquiesçai-je de mauvaise foi.

-Derek a le don de déceler la plus grande peur des gens dès qu'il les regarde dans les yeux.

Ce qui signifiait… que ce sadique avait fait exprès de m'offrir la mort la plus effrayante possible, simplement pour le plaisir de savoir que j'avais passé la dernière minute de mon existence à flipper comme une malade.

-Mais quel psychopathe ! m'exclamai-je d'une voix plus aigue que d'habitude.

-Il a changé depuis la mort d'Eryn, admit Nate. Ca ne fait qu'un mois et demi, alors on attend que ça passe, mais il risque de nous mettre en danger.

-Vous ne pouvez pas vous débarrasser de lui ?

Nate haussa un sourcil. Une fois de plus, le fait que nous n'avions pas du tout la même manière de concevoir certaines choses me sauta aux yeux.

-Les meutes sont réunies depuis trop longtemps, nous dissocier risque de nous affaiblir, ce qu'on ne peut pas se permettre en temps de guerre.

La déception me tordit le ventre. Je ne savais pas ce que j'avais espéré précisément. Qu'il soit tellement en colère que Derek ait essayé de me détruire qu'il décide d'aller régler des comptes avec lui ? Sa priorité, c'était de mettre fin au règne des vampires, pas de me protéger.

Sans compter que même trempée de la tête aux pieds et réchappant tout juste de la noyade, il ne me regardait pas comme une petite chose fragile. Je n'avais qu'à me débrouiller seule pour régler « le problème Derek », après tout.

-Bon, on fait quoi maintenant ? finis-je par grommeler.

-Tu rentres chez toi.

-Quoi !? m'exclamai-je, craignant d'avoir mal entendu.

-Derek a failli te tuer aujourd'hui, alors la deuxième fois qu'il essayera il ne te manquera pas. Retourne à Forks, j'effacerai tes traces pour que personne ne sache que tu t'en es tirée et ils penseront que Jérémy a succombé aux blessures que tu lui as infligé.

Il n'y avait rien que je voulais plus que rentrer à la maison. Sauf que…

-Il y a un petit problème, tu ne crois pas ? grimaçai-je. Tu te souviens de mon frère, tu sais celui qui s'est téléporté jusqu'ici il y a deux jours ?

-Il ne risque rien maintenant que tu as disparu de la circulation.

Soit Nate n'avait pas la moindre idée de ce qu'impliquait le fait d'avoir des frères et sœurs (ce dont je doutais compte tenu de tout ce qu'il faisait au nom de sa sœur), soit il pensait que j'étais suffisamment stupide pour abandonner Elliot ici, soit il savait très bien que je n'étais pas prête à le faire mais tenait mordicus à ce que je m'en aille tout de même. Je penchais pour la dernière option.

-C'est à ton tour de m'écouter Nathaniel, sifflai-je. Je meurs d'envie de rentrer chez moi, de revoir ma famille et si je pouvais éviter de me faire tuer en option ce serait bien aussi. Mais Elliot a débarqué chez vous exprès pour me sauver. Il a risqué sa vie pour moi alors ça ne me dérange absolument pas de lui rendre la pareille. Je ne pars pas d'ici sans lui.

-Alors tu mourras.

-Je m'en fiche.

-Ce n'est pas vrai et tu le sais aussi bien que moi.

-Je ne vais pas abandonner mon frère ici parce que tu es infichu de dire à Derek que tu n'es pas d'accord avec le fait de me tuer ! m'exclamai-je.

-Un jour, tu comprendras que si on veut avoir ce qu'on veut, il faut parfois s'allier avec des gens que nous n'aimons pas. Les Enfants de la Lune sont mon peuple et ma famille, te défendre serait les trahir.

Je serrai les lèvres, sachant pertinemment que je ne pouvais pas lui demander cela. Si Nate s'opposait à son clan, ce serait exactement comme si je m'opposais au mien –un acte que je serai incapable de commettre.

-Un jour tu comprendras que cette stupide guerre ne vous mènera à rien, répliquai-je tout de même en prenant un air buté. Je ne bouge pas d'ici.

Je savais que le plus sage était de m'en aller, mais je serais incapable de me regarder dans un miroir si je laissais mon frère ici.

-Et si les négociations se passaient mal et que vous décidiez de tuer Elliot ?

-Si tu restes, vous serez deux à mourir.

-Ce n'est pas ma question.

Le front de Nate se plissa. De ce qu'il marmonna entre ses dents, je ne compris que le mot « bornée ». Il finit par déclarer à haute voix :

-De toute façon, tu n'as pas le choix : tu dois partir. Mais si ça peux faire accélérer les choses, je te promets que je ne laisserai pas ton frère mourir.

Je restai silencieuse, pesant le pour et le contre. Ma réflexion finit par aboutir sur une triste constatation : peu importe le nombre de « contre » que je pourrais trouver, ça n'enlevait rien au fait que je ne pouvais pas rester –sous peine de me faire tuer. Et je serais plus utile à Elliot vivante que morte.

-D'accord, finis-je par maugréer. S'il arrive quoi que ce soit à Elliot, je ferais une couverture de ta peau de bête miteuse.

Nate leva les yeux au ciel.

-Eh bien, je te jure que ma peau de bête miteuse (il mima des guillemets avec ses doigts) ne laissera personne faire du mal à ton frère. Satisfaite ?

D'abandonner mon frère ici ? Non. De rentrer chez moi ? Oui. J'hochai la tête pour faire court.

Nate se remit debout en un mouvement souple. Il me tendit sa main, et je la saisis pour me relever. Un vent glacial s'engouffra aussitôt dans ma chevelure humide. Cela me rappela la froideur du lac dans lequel j'avais bien failli perdre la vie et lorsque je frissonnai de la tête aux pieds, Nate frotta machinalement la peau nue de mes épaules.

-Bon. Marche droit vers le sud pendant environ mille kilomètres. Il y a peu de villes sur ta route, mais tu irais plus vite en volant une voiture. Quand tu seras arrivée à la frontière des Etats-Unis, bifurque vers l'ouest. Encore un millier de kilomètres et tu seras chez toi.

Si je ne meurs pas d'ennui d'ici là, pensai-je en calculant mentalement combien de temps il allait me falloir. Trois jours en courant, deux en voiture.

-Pourquoi me laisses-tu partir ? m'enquis-je. Je pourrais donner à ma famille votre localisation.

Nate secoua la tête.

-Les odeurs sont effacées plusieurs centaines de kilomètres autour de chez nous. Et nous bougeons souvent. Il vous faudrait des jours et des jours pour nous trouver.

-Alors, je pourrais dire à ma famille de ne pas céder à vos menaces parce que vous ne ferez pas de mal à Elliot, répliquai-je.

-Ils n'en croiront pas un seul mot. Et même si c'était le cas, tes parents voudront tout faire pour que leur fils soit de retour. Je me trompe ?

Pour seule réponse, je soupirai longuement.

-Et si les tiens se rendent compte que je ne suis pas morte ?

-Je me débrouillerai pour qu'ils pensent que tu es très forte en apnée.

La façon qu'il avait de me sauver la vie tout en donnant l'impression de ne pas se bouger pour moi était un paradoxe étrange. Ce garçon était vraiment, vraiment doué en ce qui concernait l'art de jouer avec les apparences.

Je saisis mon courage à deux mains pour lui demander :

-Pourquoi es-tu toujours en train de me protéger ? Pourquoi ma vie compte-t-elle autant pour toi ?

Le visage de Nate se rapprocha du mien. Une lueur à la fois amusée et nostalgique brillait dans ses yeux bleus-gris.

-Pourquoi me demandes-tu des choses que tu serais toi-même incapable de formuler ? Pourquoi veux-tu savoir cela alors tu serais incapable d'assumer la réponse ? Alors que ton avenir est avec le loup-garou dont tu es imprégnée ?

Ainsi, c'était là que nous en resterions : aux non-dits. Sauf si… sauf si je décidais d'être courageuse. Après tout, c'était dans ma nature de dire les choses telles que je les pensais. Je pris une grande inspiration et lâchai brusquement, avant d'avoir le temps de le regretter :

-Je ne suis pas imprégnée de Matthew. C'est lui qui est imprégné de moi. Et ça fait toute la différence. Je l'aime. Je l'aime à un point démentiel, je donnerai ma vie pour lui, mais je ne suis pas amoureuse de lui.

J'haletai à présent, comme si j'étais en train de courir un marathon.

-Mais ce que je n'ai pas eu avec Matthew, peut-être que je peux l'avoir avec quelqu'un d'autre. Avec le garçon contre lequel je me suis cognée le jour de la rentrée, avec celui qui a essayé de m'écraser avec sa voiture, celui avec qui j'ai terminé complètement bourrée, celui avec qui je suis montée sur le toit du lycée, celui que j'ai cru mort dans un tremblement de terre. Mais peut-être que ce n'était qu'une illusion et que ce garçon n'existait pas vraiment, parce que je préfère retourner me noyer dans ce lac gelé plutôt qu'ai… que m'attacher à quelqu'un qui veut faire du mal aux personnes que j'aime le plus au monde.

-Premièrement, je n'ai pas essayé de t'écraser, tu t'es jetée sous les roues de ma voiture. Deuxièmement… tu es trop honnête pour ton propre bien.

Sa seconde affirmation me fit comme un coup de massue. Je savais que je n'aurais rien dû attendre de sa part, et surtout pas à ce qu'il se lance lui aussi dans des aveux. Soudain, le regarder m'était devenu insupportable et je détournai les yeux.

Nate posa sa main sur ma joue pour que je tourne mon visage vers lui et son souffle caressa mon nez.

-Allie, regarde-moi. Je ne veux pas te faire du mal –même si c'est déjà fait, manifestement.

Ses pouces tracèrent des cercles sur mes joues tandis qu'il fermait à demi les yeux tout en terminant :

-Mais toi et moi, nous n'avons pas de futur.

Avant d'entendre ça, j'ignorais que la vérité pouvait blesser autant –j'avais toujours pensé qu'elle m'empêcherait de souffrir. J'encaissai en silence.

Je crus que Nate allait m'embrasser, mais ses lèvres se contentèrent d'effleurer mon front avant qu'il ne recule d'un pas.

J'eus froid de nouveau –l'humidité empêchait mon pouvoir de s'activer. Sans que je ne le lui demande, Nate enleva son blouson et me le tendit. Cependant, même la sensation d'être emmitouflée dans une veste trop grande pour moi qui portait son odeur ne me réconforta pas, au contraire elle accentua mon envie de pleurer.

Il indiqua le sud d'un mouvement du menton.

-Tu comptes te transformer en glaçon ?

Il s'exprimait normalement, avec un peu de son sarcasme habituel. J'étais celle qui montrait ses sentiments, il était celui qui les dissimulait. Seules ses prunelles aigue-marine trahissaient une émotion ténue, une sorte de déchirure.

De nouveau, je pris une grande inspiration avant de déclarer :

-J'ai une dernière chose à dire. Ma mère est un demi-vampire, mes grands-parents sont des vampires. Si tu essayes de leur faire du mal, je prendrais toujours leur parti, Nate. Mais avant que cela n'arrive, je me battrai pour mettre fin à cette guerre et pour lui trouver une issue pacifique. Et si je dois me passer de ton aide, eh bien je le ferais.

Un demi-sourire naquit sur les lèvres de Nate. Son expression était à moitié celle qu'on sert aux enfants qui ont de trop grand rêves, à moitié celle qu'on dédie à un adversaire qu'on respecte.

-Tellement obstinée, murmura-t-il comme pour lui-même.

Etrangement, ça sonnait à la fois comme une insulte et comme un compliment.

Je m'apprêtais à lâcher un « paraît que c'est génétique » lorsque les mots moururent sur mes lèvres. Le moment me semblait bien trop grave pour plaisanter.

-Bon, je m'en vais maintenant, marmonnai-je, le regard fuyant.

Pourtant, je ne fis aucun geste pour appuyer mes paroles. Quelque chose me retenait, aussi solidement que si j'étais un arbre lié au sol par ses racines. Je finis par agiter vaguement la main –un au revoir assez pathétique mais je n'avais rien d'autre à ma disposition- sans oublier d'ajouter pour la énième fois :

-Prends soin de mon frère.

Je me détournai lentement pour me diriger vers le sud.

J'avais attendu quelque chose –un geste, un signe qui m'aurait prouvé que tout n'était pas fini- et ce que j'espérais malgré moi arriva avec un train de retard.

Derrière moi, il y eut un mouvement si rapide que l'air siffla à mes oreilles, mais suffisamment silencieux pour que je sursaute quand la main de Nate s'enroula autour de mon bras gauche. Il me tira en arrière et mon corps opéra automatiquement un demi-tour fulgurant. La main qui retenait mon bras relâcha celui-ci, mais c'était pour mieux crocheter mes épaules, tirant mon corps vers celui de Nate.

Ses lèvres s'écrasèrent brutalement sur les miennes. Un des bras de Nate descendit et enlaça fortement ma taille, me plaquant contre son torse. Un désir brûlant s'empara de moi et je dus me forcer à ne pas gémir. Mon cœur battait la chamade, ce qu'il dut probablement sentir puisque ma poitrine était contre la sienne.

Mes doigts empoignèrent les cheveux café au lait de Nate et je me retrouvais en train de répondre à son baiser avec plus de passion que je n'en avais jamais ressenti. En fait, ce n'était pas tout à fait de la passion –c'était du manque. Il y avait de l'appréhension dans la façon dont nous nous touchions.

Après tout, peut-être qu'on communiquait mieux avec les gestes qu'avec les mots.

Au bout d'un moment, je sentis une vague de froid s'infiltrer au niveau de mon cou, et ce fut ainsi que je me rendis compte que le blouson que je portais était en train de s'enlever. J'attrapai doucement les mains de Nate pour le repousser en arrière. Honnêtement, je ne sais pas où nous aurions fini si nous n'étions pas en pleine nature, à la surface d'un lac gelé.

Nous échangeâmes un dernier long regard.

J'avais regretté de l'avoir embrassé après le tremblement de terre parce que cela avait blessé Matt, j'avais regretté l'avoir presque embrassé l'autre jour dans la neige parce qu'il était un Enfant de la Lune.

Cette fois-ci, je ne regrettais rien. J'ignorais quand j'allais le revoir, si j'allais le revoir. Je ne savais pas encore si je l'aimais, mais je savais qu'envers et contre tout, il allait me manquer autant que ma famille me manquait à présent.

Il était temps que j'apprenne à agir pour le bien des autres, mais aussi au nom de ce que moi je voulais.

Je pris le chemin de la maison.


Pfiou ! Bon, j'attends les lamentations de 80 pour cent d'entre vous, mais je commence à m'y habituer ^^

Bon, je sais que les sentiments d'Allie et Nate peuvent vous embrouiller, parce qu'il y a un décalage entre ce qu'ils font, ce qu'ils doivent faire et ce qu'ils aimeraient faire.

Il y aura de l'action dans tous les prochains chapitres à présent : )