Bonsoir à tous les lecteurs et bon retour sur Hypothèses après ces vacances.

Je savais que j'allais me faire incendier pour avoir tué Lupin, mais ça fait toujours plaisir de voir son public réagir aussi vigoureusement.

Sur ce, nous reprenons, et bonne lecture à tous !


Chapitre 36 : Toute la Vérité ?

Le trio d'apprentis sorciers atterrit sans douceur sur un autre plancher, et la tête d'or désormais inutile alla rouler sur un tapis coloré. Le portoloin les avait amenés dans le bureau de Dumbledore.

Le décor n'avait pas changé depuis la dernière visite de Harry dans cette pièce. Les mystérieux instruments d'argent du directeur cliquetaient toujours sur leurs consoles. Sarah, qui n'avait jamais eu le temps de les observer auparavant, sortit de sa poche son fidèle carnet et entreprit de les dessiner aussi précisément que possible, sans doute à des fins d'identification. Tous les portraits des prédécesseurs de Dumbledore ronflaient encore, vu l'heure matinale, et les trois étudiants firent de leur mieux pour ne pas les déranger.

Harry s'assit sur l'un des fauteuils et tenta d'assimiler tout ce qui venait d'arriver. Mais aucune de ses pensées n'arrivait à se détacher longtemps d'une image obsédante : le cadavre de Lupin étendu au milieu de l'atrium du ministère. Les sanglots étouffés de Neville lui prouvèrent qu'il n'était pas le seul à ressentir cette mort aussi durement. Sarah faisait semblant de se perdre dans l'étude de ses croquis pour ne pas avoir à faire de commentaires. Son silence inhabituel indiquait un état d'esprit hors de la normale. Comment cela avait-il pu arriver ? Harry avait du mal à admettre que l'aimable professeur de défense venait de perdre la vie. Cela lui avait paru si facile, pourtant, lorsque Cédric Diggory était mort dans les mêmes circonstances, un an auparavant. Non, pas tout à fait dans les mêmes circonstances. Diggory avait été entraîné par son désir de revanche dans une affaire où il n'aurait jamais dû se trouver. Lupin, lui, avait fait face à une menace qu'il connaissait, et c'était la conduite d'une tierce personne qui l'avait mis à la merci de Bellatrix Lestrange. Bien sûr, Harry n'avait pas été aussi proche de l'ancien enseignant que, mettons, de Rogue, mais le choc était difficile à encaisser. Il avait tant appris de Lupin, et n'avait jamais eu l'occasion de lui rendre la politesse, de partager quoi que ce soit avec lui.

- Tiens, de la visite, marmonna une voix ensommeillée.

Phineas Nigellus venait de se réveiller et clignait des yeux dans la faible lumière rose de l'aube pour faire le point sur les intrus qui avaient pénétré dans le bureau du directeur.

- Harry Potter... et deux condisciples que je ne connais pas, poursuivit le défunt Serpentard. Ce bureau est censé être interdit d'accès, à moins que Dumbledore ne vous ait envoyés ?

Sarah hocha lentement la tête.

- Un message à transmettre à mon bon à rien de descendant ? s'enquit plaisamment Phineas.

- A l'heure qu'il est, il doit être au ministère entrain de régulariser sa situation, commenta aigrement Harry.

- Oh, parfait, déclara Phineas.

Puis il nota les visages pâles et défaits du trio.

- Eh bien, en quoi est-ce une mauvaise nouvelle ? Que s'est-il donc passé ?

- Il y a eu un accrochage au ministère, finit par dire Neville, et quelqu'un est mort.

- Oh, je suis navré de l'apprendre. Qui que ce soit, je vous présente mes condoléances... Si c'était un de vos amis, bien sûr.

- Merci, monsieur, dit Harry, qui s'enferma ensuite de nouveau dans le silence.

Les autres portraits tentèrent de tirer les trois jeunes gens de leur mutisme, mais sans succès, et Nigellus rappela tous ses voisins à l'ordre pour qu'ils les laissent en paix.

# #

Le silence se maintint jusqu'à ce que l'âtre s'illuminât de flammes vert émeraude. Une forme humaine apparut en tourbillonnant, et Dumbledore sortit de la cheminée en époussetant ses habits. Les portraits l'accueillirent avec des exclamations ravies que le vieux sorcier interrompit d'un geste de la main et d'un "Merci, merci" marmonné à la hâte. Il commença par déposer le bébé Fumseck, tout fripé et piaillant, sur le plateau pendu au perchoir où l'oiseau s'installait d'ordinaire.

- Je pense, dit Dumbledore en se tournant enfin vers les trois élèves debout en face de lui, que vous serez contents d'apprendre qu'aucun d'entre vous ne sera sanctionné pour les événements de cette nuit.

- Encore heureux, marmonna Sarah entre ses dents.

Les garçons échangèrent un regard mi-atterré mi-résigné par-dessus sa tête.

- Mrs Pomfresh vient d'examiner vos camarades et ils se portent remarquablement bien étant donné l'escapade à laquelle vous vous êtes livrés. Miss Tonks devra sans doute faire un séjour à Sainte-Mangouste, mais elle est hors de danger.

- L'auror Tonks, corrigea de nouveau Sarah, toujours à voix basse.

- Je sais ce que vous ressentez, dit le directeur avec douceur.

- Avec tout le respect que je vous dois encore, monsieur, coupa soudain Harry, je vous prierais de ne pas nous servir les condoléances et les phrases creuses qu'on débite généralement dans ces circonstances. L'un de vos enseignants a-t-il été tué par la bêtise d'un de ses soi-disant amis et, indirectement, par les cachotteries d'un autre soi-disant ami ? Si c'est le cas, alors oui, vous comprenez ce que nous ressentons. Sinon...

- … vous pouvez leur ficher la paix et les laisser rentrer dans leurs dortoirs pour prendre un repos bien mérité, compléta la voix narquoise de Phineas Nigellus depuis le cadre de son portrait. Je vous avais dit, et le jeune Rogue également, que vouloir empêcher ce garçon d'en apprendre plus était un vilain pétard qui finirait par vous exploser entre les doigts. C'est réussi, je dois dire. Votre groupe a perdu un de ses membres et Mr Potter ne vous fait plus confiance... s'il l'a jamais fait.

Neville hocha la tête, impressionné. Harry s'avança et posa les mains à plat sur le bureau du directeur.

- Je connais la prophétie qui a décidé Voldemort à me courir après. Maintenant, je veux savoir le reste. Je veux savoir précisément pourquoi il y a cru, et surtout, pourquoi VOUS y avez cru, alors que vous passez pour un esprit plutôt rationnel pour un sorcier.

- Je vais t'expliquer tout cela, mais...

Le regard de Dumbledore s'attarda sur Neville et Sarah.

- Ils restent, trancha Harry. Sarah est le stratège de l'équipe, et Neville aurait lui aussi pu être concerné par la prophétie, alors c'est la moindre des choses.

Il aurait tout aussi bien pu dire au vieux sorcier qu'il avait bien mérité de ramasser les saletés à présent que la mouise avait atteint le ventilateur, tant l'expression de « sage paisible » de Dumbledore s'effaça pour faire place à la surprise et à une étincelle de colère qui fut bien vite réprimée.

- Si tu veux m'entendre dire que ce qui est arrivé ce soir est de ma faute, je reconnais que c'est effectivement le cas. Tu aurais dû savoir bien plus tôt que Voldemort était susceptible de te tendre piège, comment et pourquoi. Asseyez-vous, tous les trois.

Un troisième fauteuil apparut en face du bureau, et après un échange de regards méfiants, Harry et ses deux complices vinrent s'y installer. Dans son cadre, Phineas Nigellus se pencha en avant, soudain beaucoup plus attentif.

- Je te dois une explication, reprit Dumbledore. J'ai commis une erreur d'appréciation que je mettrai sur le compte de mon âge. On calcule et on prend son temps quand on devient vieux, mais ce faisant on oublie facilement comment les jeunes gens peuvent agir. Il y a quatorze ans, quand j'ai vu ta cicatrice, j'ai deviné qu'elle pouvait être la preuve physique d'un lien entre Voldemort et toi.

Harry hocha la tête. Neville, qui ne connaissait rien de tout cela, en resta bouche bée.

- Quand tu as rejoint le monde sorcier, j'ai vite compris que mon hypothèse était la bonne. Ta cicatrice réagissait chaque fois que Voldemort se trouvait à proximité, ou ressentait une forte émotion. Elle a suivi son évolution vers une forme physique. Récemment, j'ai eu peur qu'il ne réalise que ce lien existait bel et bien, et qu'il ne s'en serve. Il a fini en effet par s'en rendre compte, le soir où Arthur a été attaqué.

- Le professeur Rogue me l'a expliqué, dit tranquillement Harry. Mais pourquoi lui avoir confié mes leçons d'occlumencie, sachant que cela pourrait mettre sa position en jeu ?

- Je me suis dit que si Voldemort comprenait que nous étions plus proches que simplement un di...

Le ricanement sec de Harry l'interrompit.

- Alors vous auriez vraiment dû me donner ces leçon vous-même, parce que de mon point de vue, nous ne sommes absolument pas proches. Vous avez vraiment mis Rogue en danger en lui ordonnant de m'apprendre à fermer mon esprit. S'il y a une personne dans cette école que je considère comme plus qu'un enseignant, c'est lui. Il ne m'a jamais menti, ni tenu à l'écart... Quand j'ai des questions, il y répond dans la mesure du possible. Ce que vous ne faites jamais. Comment voulez-vous me protéger... ou que je fasse mon travail si vous me laissez dans le noir ? Je me suis entraîné, remarquez. J'ai fait des efforts. Mais au final, ça n'a pas servi à grand-chose, parce qu'ils ont quand même réussi à tuer Lupin, et Voldemort est toujours en cavale avec Bellatrix Lestrange.

Un silence suivit cette tirade furieuse. Le sourire en coin de Sarah ressemblait plus à une grimace féroce, et même Neville avait perdu toute trace de surprise ou de timidité. Il savait plus ou moins que Harry et son directeur de maison avaient un lien assez fort, et la hargne avec laquelle son condisciple le défendait ne le choquait pas plus que ça. Il aurait bien apprécié d'avoir un adulte qui le soutiendrait de la sorte. Oh, bien sûr, McGonagall était toujours à l'écoute, mais elle manquait souvent de temps pour prendre soin de tous ses lionceaux.

- Voldemort a tenté de t'attirer au ministère, reprit Dumbledore comme si Harry ne l'avait jamais interrompu, parce que seules les personnes auxquelles les prophéties font référence peuvent les retirer de leur étagères sans risquer la folie. Il fallait que tu prennes celle qui te concernait, et qu'il soit là pour la récupérer ensuite.

- J'ai voulu vérifier que Sirius était bien chez lui avant de descendre au ministère. Il m'avait donné une sorte de miroir pour parler sans être détecté. Pourquoi n'a-t-il pas répondu ?

- Je crois que Kreattur est à blâmer pour ce problème. Il s'est arrangé pour distraire Sirius pendant toute la soirée, et a sans doute fait disparaître son miroir. Je crains que Kreattur n'ait servi plus d'un maître ces derniers mois, et qu'il ait participé à la préparation du piège que tendait Voldemort. Quand Sirius lui a crié « Dehors ! » juste avant Noël, il l'a pris comme un ordre de sortir de la maison, et en a profité pour aller voir la seule Black encore capable d'agir, selon lui. Narcissa Malefoy.

- Euh... Est-ce qu'il n'aurait pas pu leur dire que le professeur Rogue travaille en fait pour vous ? demanda soudain Neville. S'il vient aux réunions de votre groupe, l'elfe a dû le voir, non ?

- J'ai pu vérifier qu'il n'avait transmis aucune information de cette nature, dit posément Dumbledore. Il s'est contenté de rapporter ce qu'il savait – ou pensait savoir – des relations de son maître avec Harry. Cela a suffi, cependant, pour donner des idées à Voldemort.

- Ouais. Je suppose que se faire balancer par le col à travers le couloir au moins une fois par jour a dû aider ce fichu petit mouchard à prendre sa décision, grommela Harry.

- Sans aucun doute, approuva le directeur en soupirant. Kreattur est lié à Sirius parce qu'il est au service des Black, mais la façon dont il a été traité l'a conditionné pour tenter de créer tous les problèmes possibles à son propriétaire. Malheureusement pour nous tous, Sirius partage encore beaucoup des préjugés de sa classe, et il a tendance à considérer les elfes de maison uniquement comme de petits crétins serviles.

- Serviles et malfaisants, commenta aigrement Sarah. C'est aussi malin que de laisser un enfant sorcier dans une maison où l'on déteste la magie, si vous voyez ce que je veux dire...

Dumbledore détourna un instant le regard.

- Pourquoi m'avez-vous envoyé là-bas, enchaîna Harry, alors que plein de familles veulent adopter des enfants ?

- Quand ta mère est morte, elle t'a transmis, comme je te l'ai dit, une ancienne protection, qui est liée à tous ceux qui portent son sang. Les parents de Lily étaient déjà décédés à l'époque, aussi pour que cette protection soit renouvelée, il fallait te laisser à la seule famille biologique qui te restait, à savoir ta tante. Ainsi, tu serais protégé contre Voldemort et ses hommes.

- Mais pas contre les Dursley, gronda Harry.

- En effet, admit Dumbledore à contrecœur Je pensais tant à la menace que représentaient les partisans de Voldemort que je n'ai pas imaginé que ta tante pourrait se conduire de la sorte envers son propre sang.

L'expression de Sarah jumela alors celle de Harry, et elle signifiait très clairement : « Mon cul ! ».

- Ensuite, après ton arrivée à Poudlard, j'ai retardé chaque année le moment de t'expliquer cette prophétie, car chaque année apportait son lot de problèmes et d'épreuves. Quand aurais-je trouvé le bon moment ?

- Mais maintenant, je la connais. En somme, Voldemort m'a fait son égal, et l'un de nous deux doit tuer l'autre pour parvenir à survivre ?

Dumbledore hocha la tête, et Neville réprima difficilement un hoquet de stupeur.

- Pouvons-nous partir ? demanda finalement Harry. Nous aimerions aller prendre des nouvelles de nos amis.

La porte du bureau s'ouvrit, et le trio se leva pour gagner l'escalier en colimaçon. Un dernier coup d'œil au directeur le montra assis, la tête dans ses mains. Harry ne savait pas si c'était le poids des remords qui l'accablait ainsi, ou si le vieil homme se rendait enfin compte à quel point sa soi-disant marionnette lui avait échappé.

Le jeune homme résista difficilement à la tentation de claquer vigoureusement la porte en quittant le bureau. De quel droit ce vieux manipulateur jouait-il ainsi avec les vies de tous ceux qui l'entouraient ? Le bien commun, quelle blague ! Pour l'instant, ses plans n'avaient fait de bien à personne.

Sarah et Neville étaient tout aussi secoués, quoique pour des raisons différentes. La jeune fille savait déjà que Dumbledore pouvait dissimuler des informations, mais être obligé d'écouter aux portes et d'espionner ses professeurs pour obtenir des renseignements capitaux la laissait pantoise, sans compte que le vieux directeur s'avérait encore plus dangereux qu'elle ne l'avait estimé au départ. Quant à Londubat, savoir qu'il aurait pu être considéré, pour un peu, comme l'enfant de la fameuse prophétie ne lui causait aucune fierté, seulement un genre de soulagement rétrospectif, quoique très limité.

- Pourquoi tu t'es inquiété pour Rogue ? lui demanda Harry tandis qu'ils descendaient vers le hall.

- Je sais ce qu'il fait, maintenant, expliqua tranquillement Neville. Et j'ai vu cette année comment il mettait des bâtons dans les roues d'Ombrage pour nous protéger. Je ne l'aime pas, mais si jamais Tu-sais-qui apprend ce qu'il fait dans son dos... Je ne lui souhaite vraiment pas de finir à Sainte-Mangouste, lui aussi. Ce n'est pas quelqu'un de sympathique, mais il ne mérite vraiment pas ça.

Harry hocha la tête, impressionné. Jamais il n'aurait pensé entendre ces mots un jour.

Le petit groupe garda encore le silence un moment.

- Comment ça s'est passé de votre côté ? Je ne vous ai plus vus dans le hall.

- Eh bien, on n'a pas fait grand-chose à part se planquer, répondit Sarah. Lestrange avait au moins un copain, qu'on a attiré dans un couloir, mais les sorts qu'il a reçu en ont attiré plusieurs autres, alors on a filé et tenté de les perdre.

- Nous avons réussi à en surprendre certains, quand même, tempéra Neville.

- Ah oui, tu t'es même joliment occupé du premier ! Félicitations.

- 'Faudra que tu me racontes ça, dit Harry. Mais… plus tard, peut-être, ajouta-t-il en s'assombrissant de nouveau.

Il y eu encore un blanc, personne ne trouvant quoi répondre.

- Je descends aux cuisines, déclara soudain Sarah. Quelqu'un d'autre veut quelque chose à manger ?

- Je vais venir aussi, dit Neville. J'ai un creux, là.

- Harry, tu nous accompagnes ?

- Non, il faut d'abord que j'aille voir quelqu'un.

Les deux autres apprentis mages n'insistèrent pas et il prit le chemin du donjon. Il n'était pas certain que Rogue se trouvât dans son bureau à une heure aussi matinale, mais avec toute l'agitation qui avait secoué l'école durant la nuit, la probabilité était bonne. En arrivant devant la lourde porte bardée de fer de son directeur, il eut effectivement la bonne surprise de voir un peu de lumière filtrer sous le battant.

Harry frappa deux coups secs contre le bois.

- Entrez, grogna la voix de Rogue depuis le bureau.

# #

Harry se faufila à l'intérieur et referma derrière lui. La pièce était parfaitement rangée, mais il flottait encore dans l'air une vague odeur d'eau de Javel associée à certaines potions de soin.

- Quelqu'un est malade ? se demanda Harry à haute voix.

- Ah... Il se trouve que des agents du ministère, envoyés à Pré-au-Lard pour enquêter sur la création d'un portoloin non-autorisé, ont trébuché, après quelques heures de recherches infructueuses, sur une certaine Dolorès Ombrage, ficelée sous un perron.

Harry hocha la tête, apparemment très intéressé.

- Il semblerait en outre que la baguette qui a créé le portoloin était la sienne. Aucune idée à ce sujet ?

Le jeune homme haussa les sourcils.

- Vous savez que vous avez commis un paquet d'actions qui pourraient vous valoir la porte cette année, Mr Potter ? En fait, j'avoue que je ne sais même pas par où commencer, reconnut Rogue en fermant la porte.

- Eh bien, ça, c'est une première, remarqua Harry avant de s'asseoir sur un tabouret.

- Voyons...

Rogue faisait mine de réfléchir.

- D'abord, je voudrais vous présenter mes excuses pour avoir fouillé dans votre pensine. Je croyais que je pourrais trouver quelques infos sur cette fameuse prophétie... et ç'a été le cas, d'ailleurs, se lança Harry avant que Rogue ne pût parler.

- Alors nous dirons que vous n'avez pas vu le pire... ni le plus embarrassant. Excuses acceptées, Potter.

- Pourquoi vous ne lui avez pas rapporté toute la prophétie ?

- Que fait-on avec des informations tronquées, Potter ? demanda Rogue avec un mince sourire de satisfaction. On fait des erreurs. C'était le but.

Harry tenta un sourire, lui aussi, mais sans grand succès. Il espérait ne pas se mettre à pleurer devant son chef de maison, ce serait vraiment gênant.

- Je regrette de vous avoir envoyé dans les choux après ça, commenta son directeur. Ce n'était vraiment pas le moment.

Il remarqua que Harry restait toujours aussi morose.

- Eh bien ? Qu'est-il arrivé au ministère pour que vous fassiez une mine pareille ? demanda-t-il, commençant sérieusement à s'inquiéter.

- Lupin est mort, dit doucement Harry.

Rogue recula d'un pas comme s'il avait reçu un coup de poing, s'appuya contre les étagères d'un geste hésitant, le visage livide.

- Je ne peux même pas espérer que ce soit une mauvaise blague, n'est-ce pas ? croassa-t-il.

- Je n'oserai pas...

Le professeur essaya vainement de sourire.

- Qu'est-ce que je vais faire sans mon cobaye habituel, hein ?

Sa voix tremblait, et Harry jugea qu'il était préférable de quitter le bureau.