Bonjour

Voici le chapitre 36, suite directe du chapitre 35 ! Et Castiel fait enfin son choix entre Dean et les gens pour qui ils travaillent. On approche de la fin !

Merci de me lire et de m'écrire

Bonne lecture et à jeudi

Sydney8201

Musique du chapitre :

Time is running out de Muse

Chapitre 36 : Sauvetage et fuite 2/2

« Un homme est fait de choix et de circonstances. Personne n'a de pouvoir sur les circonstances mais chacun en a sur ses choix. »

Éric-Emmanuel Schmitt

Se réveiller aux côtés de Dean avait été à la fois un cadeau merveilleux et une torture indicible. Castiel avait passé la nuit à rêver d'un avenir qu'il ne pourrait jamais avoir et fut confronté à la réalité en rouvrant les yeux le lendemain. Dean était allongé à côté de lui, détendu quoi que visiblement soucieux. Ils n'avaient pas vraiment parlé. Ils avaient à peine échangé quelques mots. Il était évident que le jeune homme avait quelque chose qui le tracassait et Castiel avait une idée plutôt précise de ce dont il s'agissait.

Pouvoir serrer Dean contre lui et sentir son parfum était merveilleux. C'était ce que Castiel aurait voulu pouvoir vivre chaque jour jusqu'à la fin de sa vie. Mais c'était aussi une terrible piqure de rappel. L'homme qui était allongé près de lui lui avait menti et s'apprêtait à le trahir. Il s'était inventé un personnage et avait joué un rôle pour le berner. Castiel ne pouvait pas avoir confiance en lui. Il ne pouvait pas envisager un avenir en sa compagnie. Si la veille, envahi par les hormones et les endorphines, il avait voulu croire qu'il existait une autre alternative, il était bien plus lucide à présent. Dean devait mourir. Castiel ne pouvait pas reculer.

Il était toutefois difficile de se concentrer sur son objectif alors que Dean se tenait proche de lui. Qu'il pouvait admirer la perfection de ses traits. Sentir le goût de ses lèvres contre les siennes. Entendre le son de sa voix qui avait prononcé tant de mensonges. Il ne parvenait même pas à être en colère. Il était juste amoureux.

Heureusement pour lui, Gabriel avait dû sentir que ce serait une épreuve pour lui. Quand il vint le trouver après le départ de Dean pour son travail, il lui fit part de son plan. Il était simple et sans faille. Ils allaient passer à l'attaque dès maintenant. Un garde ferait sortir les détenus qui n'étaient pas dans la confidence puis un de leurs alliés viendrait chercher Dean avec la complicité des détenus restants. Il l'emmènerait dans une salle où Gabriel l'attacherait. Il avait demandé quelques minutes seul avec Dean pour lui dire tout ce qu'il avait sur le cœur. Ce que Castiel lui avait bien sûr accordé. Lui arriverait ensuite pour expliquer au jeune homme qu'il était au courant de tout. Pour le prévenir de ce qu'il avait prévu pour sa famille. Puis Gabriel le tuerait. Ils abandonneraient ensuite le corps dans le sous-sol jusqu'à ce qu'on le trouve. Ils avaient un alibi et suffisamment de « témoins » pour ne pas être suspectés.

Castiel devait reconnaître que le plan de Gabriel était bon. S'il avait été suffisamment lucide pour l'échafauder seul, il aurait choisi de procéder d'une façon similaire.

Mais son bras droit l'avait déchargé de cette responsabilité. La seule chose qu'il avait à faire était de donner son feu vert puis de rejoindre le sous-sol pour parler avec Dean. C'était extrêmement simple. Et c'était pourtant incroyablement difficile pour lui.

Donner le feu vert revenait à condamner le jeune homme. Une fois le plan déclenché, il ne pourrait plus revenir en arrière.

Il ne prit toutefois pas le temps de réfléchir et signifia son accord à Gabriel d'un mouvement de la tête. Il le regarda ensuite quitter la pièce avant de fermer les yeux pour retrouver un semblant de calme.

Dean allait mourir. Castiel devait se concentrer sur le fait qu'il était sur le point de tuer un agent du FBI, une menace et ne surtout pas penser au fait qu'il s'agissait également de l'homme qu'il aimait. Il avait été convaincu la veille que ses sentiments étaient réciproques. Si Dean était effectivement un bon acteur, ses larmes étaient sincères. S'il avait été encore dans son rôle, il n'aurait pas pleuré. Il aurait su que cela risquait d'éveiller les soupçons de Castiel.

La question à présent était de savoir si cela changeait quoi que ce soit. Castiel voulait croire que « oui ». Mais il ne pouvait pas en être sûr. Dean était peut-être amoureux de lui mais cela ne signifiait pas pour autant qu'il renoncerait à les dénoncer. Il le regretterait sans doute. Il souffrirait autant que Castiel de sa trahison. Mais il était peut-être déterminé. Et il représentait donc une menace qui devait être éliminée.

Castiel avait besoin de savoir. Il avait besoin d'être sûr que le jeune homme ne ferait pas passer ses sentiments avant sa mission. Il voulait l'entendre de la bouche de Dean. S'il avait la confirmation de ses soupçons alors donner l'ordre à Gabriel de le tuer serait plus simple pour lui. Il n'aurait aucun mal à l'assumer ensuite. Si Dean lui assurait l'inverse, Castiel aurait alors un choix à faire. Le croire ou le tuer. Lui faire confiance ou suivre l'instinct de son bras droit. Il n'était pas encore tout à fait sûr du choix qu'il ferait. Mais parce qu'il existait une infime chance qu'il opte pour laisser Dean vivre, il était plus prudent de mettre en place un plan de secours.

Il en discuta rapidement avec un des alliés d'Alonzo en qui il avait pleinement confiance avant de rejoindre finalement le sous-sol à son tour.

Il ne dirait rien à Gabriel. Il savait que son bras droit n'accepterait pas sa décision. S'il choisissait d'épargner le jeune homme alors il devrait agir dans son dos. Et s'exposer ensuite aux conséquences qui en découleraient nécessairement.

En approchant de la pièce où Gabriel détenait Dean, Castiel tendit l'oreille pour entendre ce que les deux hommes se disaient. Il sourit sans le vouloir en reconnaissant la voix du jeune homme. Il le connaissait suffisamment à présent pour deviner la peur dans son ton. Il ne baissait toutefois pas les bras. Il provoquait Gabriel, sans doute dans l'espoir de trouver une faille. Il gagnait du temps. Ses paroles étaient calculées mais dangereuses. Car la patience de Gabriel avait été mise à rude épreuve ces derniers jours et il était sûr que son bras droit ne se laisserait pas faire.

Quand il entendit Dean assurer qu'il avait séduit Castiel pour mener sa mission à bien, il sentit la colère monter en lui brusquement. Comment avait il pu croire que le jeune homme avait des sentiments sincères pour lui ? Comment avait il pu songer une seule seconde à l'épargner quand il avait passé son temps à se moquer de lui et à lui mentir ? Il s'apprêtait à entrer dans la pièce pour dire à Gabriel de le tuer quand il entendit son bras droit sous-entendre que Dean était sincère. Le silence du jeune homme était une réponse en soi et Castiel ne savait plus quoi penser. Il était totalement perdu. Il ne pouvait pas se contenter des paroles échangées entre Dean et Gabriel. Il voulait que le jeune homme le lui dise à lui et en le regardant dans les yeux. Il était sûr qu'il serait en mesure alors de savoir s'il mentait ou non.

Il perdit du temps à réfléchir et sortit de sa torpeur et de son immobilisme quand il entendit Gabriel frapper Dean à plusieurs reprises. Il devait arrêter cela. Il choisit alors d'entrer.

La surprise sur le visage du jeune homme en entendant sa voix lui arracha un frisson. Il se sentait tout puissant à cet instant précis. Il avait la vie d'un homme entre ses mains et si ce n'était pas la première fois et sans doute pas la dernière, c'était tout de même différent. Il s'agissait de l'homme qu'il aimait et Castiel le vivait différemment.

Il ne laissa pas à Dean la possibilité de l'attendrir en employant son surnom. Il ne le laissa pas non plus parler au début. Il avait besoin d'évacuer un peu la colère qu'il continuait à ressentir avant d'ordonner au jeune homme de s'expliquer. Ce que Dean demanda quelques secondes plus tard comme Castiel l'avait imaginé. Il lui accorda quelques minutes parce qu'il ne pouvait pas se permettre de lui en donner plus. Et parce qu'il avait besoin de faire son choix rapidement.

Il pouvait voir les traces des coups reçus sur le visage de Dean. Il pouvait voir le sang couler de sa plaie à la joue. Il n'aimait pas l'idée que Gabriel ait pu le faire souffrir gratuitement. Il comprenait la colère de son bras droit. Ce n'était toutefois pas une raison pour avoir recours à la torture. Pas quand elle n'avait pas pour but d'arracher des aveux. Ils n'avaient pas besoin d'une confession. Ils savaient déjà tout. Ou presque. Castiel avait encore besoin de quelques réponses. Mais il savait qu'il pourrait les obtenir sans avoir recours à des méthodes aussi primitives.

- Castiel, je suis désolé. Je sais que tu ne vas pas me croire mais je peux te jurer que je suis désolé. Si j'avais pu faire autrement … si j'avais pu tout te dire et t'épargner, je l'aurais fait sans hésiter une seule seconde. Je ne veux pas te trahir … je n'ai juste pas d'autres choix.

- C'est sensé me convaincre de te laisser en vie ?

Castiel s'était attendu à autre chose de la part du jeune homme. Il s'était attendu à ce qu'il lui confesse son amour pour lui et lui promette de ne rien faire pour tenter de sortir d'ici en vie. Il était à la fois déçu et rassuré. Il n'aurait certainement pas cru le jeune homme s'il s'était empressé de lui dire qu'il aimait et de le supplier de le laisser vivre. Il n'aurait cru aucune de ses promesses si elles avaient été faites immédiatement. Il avait toutefois besoin de plus pour prendre sa décision.

Dans son dos, Gabriel semblait déjà s'impatienter. Mais Castiel n'avait pas l'intention de lui donner le feu vert sans en savoir plus.

- Non je sais que ça ne suffira pas. Je doute d'ailleurs de pouvoir te convaincre de me laisser en vie. Je sais ce que je représente pour vous et je sais que vous devez vous débarrasser de moi. Tu m'avais prévenu dès le début. C'est le sort que vous réservez à tous les traitres. Je l'ai accepté. Si je dois mourir alors tant pis … je mourrais.

- Pourquoi m'avoir demandé cinq minutes alors ? demanda Castiel, surpris.

C'était la première fois qu'un homme qu'il s'apprêtait à tuer ne le suppliait pas de l'épargner. Il devait reconnaître qu'il était admiratif du courage du jeune homme. Il semblait réellement sincère et prêt à mourir aujourd'hui.

- Je ne vais pas chercher à me justifier ou à te convaincre de me pardonner. Ce serait inutile. Mais … ne fais pas de mal à ma famille Castiel. Je t'en prie. Je t'en supplie. Ils n'y sont pour rien. Ils n'ont rien demandé et ils … ils sont innocents. Ils ne méritent pas de mourir à cause de moi. Je suis sûr que c'est la colère que tu ressens envers moi qui t'a poussé à prendre cette décision. Tu sais aussi bien que moi que tu n'as aucune raison de les tuer. Tu veux me faire du mal ? Alors vas y. Frappe moi. Torture moi. Mais laisse les tranquilles s'il te plait.

Il était évident que Dean tenait énormément à ses proches. Castiel avait du mal à comprendre qu'on puisse ainsi ne pas se soucier de sa propre sécurité et privilégier celle des gens qu'on aimait. Il ne ressentait pas la même chose pour sa famille. Il ne détestait pas ses parents. Mais il ne les aimait pas non plus. La seule personne pour laquelle il avait ressenti quelque chose de similaire se trouvait assise en face de lui. Quand il ne savait pas encore qui était réellement Dean, il aurait été prêt à se sacrifier pour lui. C'était sans doute ce que Dean ressentait pour ses proches.

- Tu as au moins raison sur un point Dean. Ce que tu as fait est impardonnable. Et je t'avais prévenu. Tu savais le sort que je réserve aux traitres.

- Je le savais en acceptant cette mission. Mais ma famille n'a rien à voir dans tout ça.

- Peut être mais tu m'as fait énormément de mal et j'estime avoir le droit de t'en faire à mon tour.

- Me tuer ne te suffit pas ?

- Pas vraiment non.

Dean baissa alors les yeux. Des larmes roulaient sur ses joues. Castiel eut de la peine pour lui. Il savait que son choix de s'en prendre ensuite à sa famille était la pire chose qu'il pouvait lui faire subir. Il n'avait pas vraiment envie de tuer des innocents. Cela ne faisait pas parti de ses méthodes de travail. Mais il ressentait le besoin de détruire le jeune homme. Sauf si ce dernier lui donnait une bonne raison de renoncer à tout ça. Il ne pouvait pas le lui dire clairement. Il avait besoin que cela vienne de lui.

- Il te reste quelques minutes tu sais … bien sûr, si tu n'as plus rien à dire alors je ne vois pas pourquoi nous perdrions plus de temps à parler. Gabriel …

- Non, Castiel attends, le coupa Dean en relevant la tête.

Il pleurait toujours mais il ne sanglotait pas bêtement. Il avait un certain contrôle sur ses émotions. C'était admirable dans sa situation. D'autres n'auraient pas réussi à rester aussi calme à quelques secondes d'une mort certaine. Le jeune homme était incroyablement digne et ses larmes étaient comme un coup de poignard que Castiel recevait en plein cœur.

- Attends, je … je n'ai pas fini, ajouta finalement le jeune homme.

Castiel leva alors la main en direction de Gabriel pour lui faire signe d'attendre. Il savait que son bras droit n'allait pas apprécier l'interruption mais il s'en contrefichait. Il n'y avait qu'une seule chose qui comptait pour le moment. Ce que Dean allait dire. Castiel priait pour qu'il trouve les mots justes. Qu'il lui dise enfin ce qu'il voulait entendre pour arrêter tout ça et chercher une autre solution. Il espérait que le jeune homme serait suffisamment intelligent et sincère pour le comprendre.

- Quand je suis arrivé ici, j'étais … j'étais conscient du sacrifice qu'on me demandait. La mission était simple. Te séduire et coucher avec toi. On espérait que tu serais plus ouvert à parler et à ma confier des choses si je me faisais une place dans ton lit. On m'avait montré ta photo et on m'avait parlé de toi. Dans la bouche des autres, tu étais un monstre. Un criminel sans morale qui méritait de pourrir en prison jusqu'à la fin de tes jours.

- Je ne sais pas ce que tu espères obtenir en m'insultant Dean mais tu perds du temps précieux crois-moi.

- J'ai besoin de tout te dire. Je ne sais pas si ça changera quoi que ce soit mais je n'ai rien à perdre. Laisse moi juste finir.

Castiel savait parfaitement l'image que le FBI avait de lui. Il savait également déjà que la mission de Dean était de le séduire et de coucher avec lui. Il détestait l'entendre dans sa bouche. Cela ne faisait que lui rappeler combien il avait été trahi et utilisé. Il aurait préféré que le jeune homme en vienne directement à l'essentiel. Mais il devait lui laisser une chance de s'expliquer. Il le lui avait promis.

- Les premiers jours, j'avais peur de toi. Peur de ce dont tu étais capable et de ce que tu me ferais une fois que je t'aurais dit « oui ». J'étais terrifié la moitié du temps. Mais je ne pouvais pas reculer. J'avais une mission à remplir et mes preuves à faire après de mes collègues et de ma hiérarchie alors … j'ai continué.

Castiel ne dit rien mais garda les yeux rivés sur Dean. Il était évident que le jeune homme ne disait pas cela uniquement pour gagner du temps. Il avait réellement besoin de s'expliquer. Castiel lui fit donc signe de poursuivre de la main.

- La première fois, durant les premières minutes, j'avais la sensation que tu m'utilisais … que tu me voyais comme un objet sexuel juste là pour satisfaire tes besoins. C'était la confirmation de tout ce qu'on m'avait dit sur toi et j'étais déterminé … j'étais déterminé à te faire tomber pour te faire payer ta façon de me traiter à cet instant-là. Mais ensuite … tu as changé. Tu m'as laissé reprendre un peu le contrôle et tu …

Dean s'interrompit pour jeter un coup d'œil à Gabriel. Il semblait gêné de dévoiler toutes ces choses devant lui. Castiel n'avait toutefois pas honte de la façon dont il s'était comporté avec Dean. Il n'avait pas honte d'avoir pris son plaisir en ligne de compte et d'avoir cherché à se montrer plus délicat avec lui. Gabriel pouvait en penser ce qu'il voulait dans son coin. Castiel s'en contrefichait complètement.

- Tu t'es montré plus tendre et plus délicat. J'ai d'abord pensé que tu voulais uniquement me mettre en confiance et m'empêcher de prendre la fuite. Mais … ton attitude n'a pas changé. Tu es … c'était comme si tu étais deux personnes à la fois. Le criminel sans morale qui tue sans hésiter ceux qui se mettent en travers de son chemin que tu es face aux autres et … l'homme capable d'être tendre, d'aimer et de prendre soin de quelqu'un quand tu es avec moi. Et si je détestais le premier … j'ai … je n'ai pas pu faire autrement que tomber amoureux du second sans réellement m'en rendre compte.

Voilà c'était dit. Dean lui avait confessé qu'il l'aimait vraiment. C'était ce que Castiel avait voulu entendre depuis le début. Il ne pouvait toutefois pas prendre sa décision sur ce seul aveu. Il avait besoin de croire que le jeune homme ne lui mentait pas à nouveau.

- Je croyais que je n'étais qu'une mission pour toi, rappela t-il alors.

- Tu l'étais … tu l'étais au début. Et j'aurais préféré que tu le restes mais ce n'est pas aussi simple malheureusement. Quand j'ai pris conscience de mes sentiments pour toi, j'ai cherché à lutter contre. C'était trop tard. J'ai alors espéré qu'ils ne soient pas réciproques. Ça aurait rendu les choses plus simples. Sauf que tu as fini par me dire et par me prouver que tu m'aimais en retour. Tu as commencé à me parler d'avenir ensemble et de futur et … j'ai commencé à vouloir te protéger. Je voulais trouver un moyen de t'épargner sans pour autant renoncer à ma mission. S'il y en avait eu un, je l'aurais trouvé Castiel … mais tu sais aussi bien que moi que ce n'est pas le cas.

- Alors tu m'aimes mais tu m'as tout de même trahi. C'est ce que tu essaies de me dire.

- C'est exactement ce que je te dis oui. Comme je l'ai déjà dit à Gabriel, j'ai déjà transmis les informations à mon collègue et ils viendront bientôt vous interroger.

- C'est donc trop tard.

Castiel savait qu'il existait un risque qu'ils se soient rendus compte de ce qui se passait après que Dean ait parlé. Mais il avait espéré que cela ne soit pas le cas. Il avait espéré pouvoir convaincre le jeune homme de ne rien dire. Cela lui aurait alors donné une raison de le laisser en vie. Un moyen de pression sur lui. Il n'en avait plus à présent. Tuer Dean ne changerait rien à ce qui se passerait mais c'était la procédure dans ce type de situation. Castiel le savait mais ne parvenait pas encore à s'y résoudre.

- Peut être pas … j'ai demandé à ce qu'on t'offre un marché … qu'on te propose de parler en échange d'un aménagement de peine. Tu pourrais sortir d'ici un jour Castiel. Tu pourrais avoir un avenir. Il te suffit d'accepter de parler.

- Tu penses vraiment que je pourrais dénoncer mes associés pour obtenir une remise de peine … que je pourrais condamner Gabriel pour gagner quelques années ? C'est donc comme ça que tu me vois Dean ?

- Non, je sais qu'il existe une chance que tu dises non mais c'était la seule chose que je pouvais faire pour toi.

Castiel trouvait cela ridicule. Dean aurait du savoir qu'il était trop fidèle et loyal pour vendre ses associés. Il aurait dû savoir qu'il n'accepterait jamais de parler. Il préférait mourir que d'être un traitre à son tour.

- Tu l'as fait uniquement pour soulager ta conscience, assura t-il.

- Non, je l'ai fait parce que … commença le jeune homme.

- J'en ai assez entendu, le coupa alors Castiel.

Il se tourna en direction de Gabriel, prêt à lui donner enfin le feu vert qu'il attendait patiemment. Il avait donné une chance à Dean de le convaincre mais ce qu'il venait de dire changeait tout. Il s'était montré égoïste et c'était la preuve que Castiel ne pouvait pas avoir confiance en lui. Qu'il ne méritait pas d'avoir une seconde chance.

- Je l'ai fait parce que je t'aime espèce d'idiot ! Je l'ai fait parce que je suis fou de toi et parce que tu es l'homme de ma vie. Je l'ai parce que je veux t'offrir une chance d'avoir un avenir … de vivre ta vie autrement. Pas avec moi, je ne suis pas stupide. Mais … j'avais besoin de t'offrir cette opportunité. Je ne pouvais pas être l'homme qui te détruirait. Je ne peux pas …

Dean s'interrompit pour reprendre son souffle. Sa voix était rauque et il avait de plus en plus de mal à étouffer ses sanglots. Castiel ne supportait pas de l'entendre pleurer. Quant à ce qu'il venait de dire, c'était absolument bouleversant. Et c'était exactement ce qu'il avait voulu entendre depuis le début. C'était les mots qui changeaient tout.

- Je ne peux pas parce que je ne supporte pas l'idée de te faire souffrir, reprit Dean difficilement. Je t'aime trop pour ça. Te faire du mal me détruit. J'ai le cœur brisé Castiel. Je suis … je sais qu'il n'y aura jamais personne d'autre que toi et je voulais … je veux que tu puisses vivre. Le simple fait que tu puisses sortir un jour et avoir une vie me suffit pour continuer à avancer … même si tu feras cette vie loin de moi et que je souffrirais toujours de ton absence.

Castiel fronça les sourcils en reportant son attention entièrement sur Dean. Ce qu'il venait de dire était incroyable. Il ne l'avait pas fait uniquement par dépit ou pour avoir la vie sauve. Il ne l'avait pas fait en espérant que Castiel lui pardonnerait tout en l'entendant. Il l'avait fait parce qu'il en avait besoin. Parce qu'il voulait que Castiel connaisse ses motivations. Il voulait qu'il accepte ce marché.

- Si tu tiens autant à ce que j'ai une vie et un avenir ailleurs que dans cette prison ou dans une autre alors pourquoi m'avoir dénoncé … pourquoi avoir transmis les informations à ton coéquipier ? Tout aurait été plus simple si tu n'avais rien fait. On aurait pu trouver une solution ensemble.

Dean ricana alors mais il ne se moquait pas de Castiel. Il trouvait sans doute la situation ironique. Elle l'était sans doute. C'était un peu comme une sorte de remake moderne de Romeo et Juliette. Deux personnes qui s'aiment mais que les circonstances séparent inévitablement.

- Je t'ai peut-être menti sur mon nom et sur mon passé mais je ne t'ai pas menti sur la personne que je suis. J'ai … je ne prétends pas être le meilleur mais je fais en sorte d'être quelqu'un de bien. Et votre organisation … elle coûte la vie de milliers de gens innocents tous les jours Castiel. Je ne peux pas fermer les yeux là-dessus. Je ne peux pas vous laisser continuer à vendre des armes et de la drogue qui finiront par tuer des gamins. Je dois arrêter tout ça. Je dois vous empêcher de faire du mal.

C'était là tout le problème entre eux. Ils appartenaient à deux mondes totalement différents. Dean faisait partie de ceux qu'on qualifiait de gens bien. Ceux qui voulaient se battre pour sauver des vies et qui étaient prêts à tout sacrifier pour leur mission. Castiel, de son côté, était de l'autre côté de la barrière. Il faisait partie des « méchants ». Il vendait des armes et de la drogue. Il se fichait que des gens meurent à cause de lui. Il ne se souciait que de sa fortune et de sa puissance. Il ne se souciait que de lui-même. Ils ne pouvaient pas être ensemble. Ils n'avaient aucun avenir dans ces circonstances. Mais si Castiel estimait avoir le droit de mener sa vie comme bon lui semblait, il ne voyait pas pourquoi il pourrait empêcher Dean d'en faire autant. Ce n'était pas juste. Surtout que le jeune homme avait été honnête avec lui et lui avait expliqué sincèrement pourquoi il avait agi ainsi. Il l'avait fait par conviction et en dépit de ce qu'il ressentait pour Castiel. Il avait sacrifié son bonheur pour celui d'inconnus. C'était honorable. Et si Castiel pensait que c'était une erreur, il ne pouvait qu'admirer la loyauté de Dean envers cette mission qu'il s'était vu confié.

Il ne pouvait pas non plus ignorer que le jeune homme l'aimait sincèrement. Qu'il avait envie de cet avenir à deux pourtant inaccessible. Il avait essayé de trouver une solution intermédiaire. Il avait fait de son mieux. Méritait il de mourir pour ça ? Castiel n'en était pas sûr.

- Tu es donc prêt à sacrifier ton propre bonheur … ta vie même pour les autres ? Pour ce en quoi tu crois ? demanda t-il pour en avoir la confirmation pour de bon.

- Je suis prêt à tout pour faire ce qui est juste. Peu importe que j'en souffre et peu importe que cela me détruise. Je suis remplaçable. On trouvera quelqu'un d'autre pour le faire si ce n'est pas moi.

Castiel hocha alors la tête. Il avait pris sa décision. Tuer Dean ne changerait rien. Il avait déjà parlé et la machine était en marche. Rien ne pourrait plus l'arrêter. Le tuer maintenant aggraverait même la situation. Il n'avait plus aucune raison de l'éliminer. S'il le faisait, ce serait uniquement pour se venger de sa trahison. Pour satisfaire la colère qu'il aurait dû continuer à ressentir. Sauf qu'il n'était plus en colère. Il était résigné et triste. Tuer Dean ne ferait que rajouter du sel sur une plaie déjà très douloureuse. C'était stupide.

Il soupira longuement avant de se tourner vers Gabriel. Son bras droit semblait convaincu qu'il allait enfin lui donner le feu vert. Castiel n'en avait toutefois pas l'intention. Il avait mis au point un plan avec le détenu qui l'attendait à l'extérieur. Il lui suffisait de prononcer la phrase convenue pour qu'il entre en scène et neutralise Gabriel. Castiel détacherait ensuite Dean puis demanderait à son allié de l'assommer à son tour. Il pourrait ensuite faire croire à Gabriel qu'ils avaient été piégés tous les deux. Il ferait d'une pierre deux coups. Il sauverait Dean mais ne se compromettrait pas auprès de Crowley.

- Tue-moi si ça peut te soulager Castiel. Mais ne fais pas de mal à ma famille, lança Dean dans son dos.

Castiel ne répondit rien même s'il avait très envie de le lui promettre. Il le ferait une fois Gabriel neutralisé. Il n'avait plus aucune envie de faire du mal aux proches du jeune homme. C'était une décision stupide de toute façon.

- J'en ai assez entendu. Gabriel, à toi de jouer.

- Avec plaisir boss, répliqua son bras droit en souriant.

« A toi de jouer » était la phrase qu'il avait convenu avec le détenu à l'extérieur. Quelques secondes après l'avoir prononcé la porte de la pièce s'ouvrit et Carlos entra sans attendre. Il avait récupéré une matraque et l'abattit sans attendre sur l'arrière du crâne de Gabriel. Ce dernier chuta alors en avant, assommé. Castiel s'écarta de lui pour qu'il ne lui tombe pas dessus avant de remercier Carlos d'un mouvement de la tête. Ce petit service lui avait coûté cher mais il ne le regrettait pas.

- Castiel … souffla Dean qui semblait ne pas comprendre ce qui était en train de se passer.

Castiel ne répondit pas immédiatement. Il s'accroupit et fouilla les poches de Gabriel en quête de la clef des menottes. Quand il mit la main dessus, il détacha le jeune homme sans attendre.

- Qu'est-ce que tu fais ? demanda ce dernier sans quitter sa chaise.

Castiel pouvait comprendre qu'il soit surpris. Il avait semblé convaincu qu'il allait mourir. C'était aussi pour cela qu'il avait ouvert son cœur de la sorte. C'était paradoxalement ce qui lui avait sauvé la vie.

- Je te laisse partir, expliqua t-il finalement.

Dean n'avait toujours pas bougé. Il semblait se demander s'il ne s'agissait pas d'un piège tordu. Castiel l'attrapa alors par les bras pour le contraindre à se lever. Ce que le jeune homme fit doucement. Il avait les yeux rivés sur Castiel et semblait chercher à comprendre ce qui se passait dans sa tête. Ils n'avaient toutefois pas le temps de discuter. Gabriel ne serait pas inconscient éternellement et Castiel devait faire en sorte que son bras droit ne se doute de rien. Ils devaient agir rapidement.

- Te tuer ne changera rien. Tu as parlé et il est trop tard pour moi.

- Je croyais que tu voulais te venger.

- Tu n'es pas le seul à ne pas vouloir faire souffrir l'autre. J'étais déterminé à te tuer il y a encore quelques heures mais … ce que tu as dit … qu'est-ce que ça m'apporterait de le faire hein ?

Dean baissa les yeux sur Gabriel avant de les poser à nouveau sur Castiel.

- Ils te tueront quand ils sauront, constata t-il d'une petite voix.

Castiel secoua aussitôt la tête.

- Ils ne le feront pas s'ils ne savent pas. Carlos va se charger de m'assommer quand tu seras parti. Ils ne se douteront de rien.

Castiel ne pouvait pas en être sûr mais il l'espérait sincèrement. Il ne regrettait toutefois pas d'avoir fait ce choix. Il savait qu'il avait pris la bonne décision. Dean ne méritait pas de mourir. Et Castiel n'avait pas envie de souffrir inutilement.

- Je ne suis pas sûr de comprendre ce qui a pu te faire changer d'avis, confessa Dean.

- Ce que tu as dit … quand je suis rentré dans cette pièce, je voulais t'entendre me dire toutes ces choses. J'attendais que tu prononces ces mots qui me feraient changer d'avis. J'espérais que tu le ferais et que je n'aurais pas à te tuer.

- Et ma famille ?

- Ils ne risquent rien. C'était une décision stupide de toute façon.

- Tu me le promets ?

- Je te le promets Dean.

Le jeune homme sembla le croire. Il était incroyable de voir qu'ils parvenaient encore à se faire confiance malgré tout. C'était la preuve que leurs sentiments étaient réels. Qu'ils s'aimaient vraiment suffisamment pour passer outre les circonstances et faire les bons choix. Castiel savait qu'il ne pourrait jamais rien vivre de semblable avec qui que ce soit d'autre. Il n'en avait même pas envie. C'était trop risqué et trop douloureux.

- Tu dois partir maintenant Dean. Si Gabriel se réveille, il nous tuera tous les deux.

- Je ne veux pas partir sans toi, avoua alors le jeune homme.

Il ne le disait pas pour tenter de convaincre Castiel de s'enfuir. C'était juste un constat. Il savait tout aussi bien que Castiel qu'ils ne pourraient jamais être ensemble. Mais il avait besoin de se l'entendre dire pour l'assimiler. Besoin aussi sans doute que Castiel le sache.

- Je sais et je n'ai pas envie de te voir partir non plus. Mais on sait tous les deux que c'est inévitable. Cette histoire était condamnée à mal se finir depuis le début.

- Tu m'as sauvé la vie.

- Et tu as sauvé la mienne à plusieurs reprises. Malheureusement ça ne change rien.

Dean hocha alors la tête. Castiel l'attrapa ensuite par les joues sans se soucier de lui faire mal en appuyant sur sa plaie et ses hématomes. Il le força à se pencher dans sa direction et l'embrassa rapidement sur la bouche. C'était leur dernier baiser. Ils le savaient tous les deux. Castiel aurait préféré que Carlos ne soit pas là pour les voir faire. Il aurait voulu avoir encore un peu de temps. Mais il était réaliste. Il prit toutefois quelques secondes pour faire voyager sa langue dans la bouche du jeune homme avant de reculer pour mettre fin à leur baiser.

- Je t'aime Cas, souffla le jeune homme aussitôt.

- Je t'aime aussi … maintenant file.

Dean ne bougeait toujours pas. Castiel aurait dû le pousser à quitter la pièce. Il ne l'avait toutefois toujours pas relâché. Il savait qu'ils se voyaient probablement pour la dernière fois. Lui passerait le reste de sa vie en prison et Dean tenterait de reconstruire la sienne loin de lui. C'était incroyablement douloureux.

- Qu'est-ce que je vais faire maintenant ? demanda alors le jeune homme dont les joues étaient baignées de larmes.

- Tu vas vivre … tu vas continuer à faire le bien autour de toi et tu vas rester fidèle à tes convictions et à tes principes. Nous sommes peut-être différents Dean et nous appartenons clairement à deux mondes mais … même si je ne pourrais jamais faire ce que tu fais, je ne peux qu'admirer ton courage et ta loyauté. Je t'admire toi.

- Tu pourrais accepter le marché qu'ils te proposeront. Je sais que ça ne changera rien pour nous mais tu pourrais sortir d'ici et avoir une autre vie. Tu pourrais …

- Tu sais que je ne le ferais pas. Je ne peux pas les trahir. Tu es loyal envers le FBI et envers te proches et je suis loyal envers eux. On doit l'accepter.

Dean acquiesça. Il pleurait toujours mais ne sanglotait plus. Castiel déposa un dernier rapide baiser sur ses lèvres avant de le prendre dans ses bras. Il le sera fortement contre lui et enfouit son visage dans son cou pour inhaler une dernière fois son parfum. Il ne lui resterait bientôt plus que ses souvenirs et il avait besoin d'en emmagasiner un maximum s'il voulait surmonter cette épreuve.

- Je ne peux pas te garantir qu'ils ne tenteront pas quelque chose contre toi une fois que tu seras sorti. Je ne pourrais pas les empêcher de le faire d'ici. Tu dois me promettre d'être prudent et de rester en vie. J'ai besoin que tu restes en vie. Je ne peux pas … je ne peux pas te perdre.

- Je te le promets.

Castiel sourit alors malgré le chagrin qui lui comprimait le cœur et lui donnait envie de pleurer. Il finit par relâcher Dean et par reculer d'un pas. Il était évident que le jeune homme ne prendrait pas l'initiative de quitter la pièce s'il continuait à le tenir.

- Essaie de ne pas m'oublier trop vite, plaisanta t-il alors pour ne pas céder au chagrin qui l'envahissait et lui donnait la sensation d'étouffer.

- Je ne pourrais pas t'oublier … je ne pense même pas que je pourrais cesser de t'aimer un jour. Il n'y aura jamais personne d'autre que toi.

- Ce n'est pas quelque chose que tu peux me promettre et même si j'ai envie de te le faire jurer, je n'en ai pas le droit.

- Mais je te le promets … je te le jure.

- Ça suffit Dean … s'il te plait … va t'en.

Le jeune homme s'essuya les joues du revers de la min. C'était inutile puisque les larmes continuaient de couler de ses paupières. Mais il voulait se donner un peu de contenance et Castiel pouvait le comprendre. Ils se regardèrent une dernière fois dans les yeux avant que Dean ne finisse par commencer à s'éloigner doucement. Il avait envie de le retenir. De continuer à lui parler. De le serrer contre lui et de l'embrasser jusqu'à en perdre haleine. Mais il savait qu'il ne pouvait pas. Et il était déterminé à faire ce qui était raisonnable. Il avait suffisamment pris de risque jusque-là. Il était temps pour lui d'agir intelligemment.

Dean s'approcha de la porte et posa la main sur la poignée. Il se tourna ensuite une dernière fois pour poser les yeux sur Castiel. Ce n'était pas la première fois qu'il le constatait mais c'était à chaque fois comme recevoir une claque en plein visage. Dean était magnifique. Il était littéralement à couper le souffle. Même quand il avait des hématomes et du sang sur le visage. Même quand il pleurait. Castiel aimait cet homme comme un fou. Il l'aimait au point de prendre tous les risques pour lui. Il l'aimait plus qu'il n'aimait la vie elle-même.

- Réfléchis à ma proposition Cas. Ne la rejette pas sans prendre le temps de peser le pour et le contre.

- C'est déjà tout réfléchi Dean.

- Tu pourrais changer d'avis si …

- Je ne changerais pas d'avis. Je ne sacrifierais pas tout ce en quoi je crois pour quelques années de liberté.

- Je ne peux rien dire pour te convaincre … même si je te promets de t'attendre ?

- On sait tous les deux que ce n'est pas possible. Ça nous mettrait en danger tous les deux. Ce n'est pas un « au revoir » Dean. C'est un adieu.

Le jeune homme baissa les yeux sur ses pieds, prit une grande inspiration avant d'hocher la tête doucement.

- Adieu alors Cas.

- Adieu Dean.

Le jeune homme ravala un sanglot puis ouvrit finalement la porte. Quand il la franchit, Castiel sentit son cœur se briser une énième fois dan sa poitrine. Il sentit le chagrin l'envahir entièrement quand la porte se referma derrière l'homme qu'il aimait. Il ne reverrait plus jamais Dean. Il l'avait perdu pour de bon. Et il ne pouvait rien faire pour arranger les choses. Il était condamné à le laisser partir.

Il dut lutter contre ses propres sanglots pendant de longues secondes. Il ne voulait pas craquer devant Carlos. Il était peut-être de son côté mais il refusait de se montrer vulnérable. Il en avait suffisamment vu comme ça.

Il prit donc une grande inspiration puis se redressa lentement avant de poser son regard sur le jeune hispanique qui semblait attendre patiemment qu'il lui dise quoi faire.

- Si tu répètes ce que tu as vu à qui que ce soit, je te tuerais.

- Si tu tiens ta parole, je ne dirais rien. Je me fiche de ce que j'ai vu.

- Je tiendrais ma promesse.

- Alors je tiendrais la mienne.

Castiel avait promis à Carlos de lui offrir la place d'Alonzo. Pour cela, il allait devoir se séparer de son ancien allié. Il avait conscience de l'avoir sacrifié pour sauver la vie de Dean. Mais cela n'avait pas d'importance. Il avait fait un choix et il l'assumait pleinement.

- Tu es prêt ? demanda alors Carlos en s'approchant de lui, sa matraque à la main.

- Je suis prêt, répondit Castiel sans hésiter.

Il lui tourna le dos pour que tout soit crédible. Il allait devoir prétendre avoir lui aussi été pris par surprise et frapper dans le dos. Il dirait alors à Gabriel qu'il n'avait pas vu le visage de leur assaillant mais qu'il devait s'agir d'un allié de Dean. Peut-être d'un garde qui ne leur était pas fidèle. Il attendrait ensuite patiemment les instructions de Crowley et la venue du FBI. Il refuserait leur marché et accepterait la sentence.

Il entendit Carlos approcher dans son dos et ferma les yeux. Il aurait peut-être dû demander à Dean ce qu'il avait précisément donné comme informations à son coéquipier. Il aurait dû lui demander quelles preuves ils avaient en leur possession pour préparer ce qu'il allait leur dire. La consigne était simple dans ces cas-là. Tout nier en bloc et jouer les idiots. C'était ce qu'il ferait. Il espérait juste que Crowley ne serait pas inquiété.

Castiel ne savait pas encore si son mentor chercherait un moyen de l'aider ou s'il le laisserait couler à sa place. Il ne savait pas s'il aurait l'opportunité de fuir la prison ou non. Il accepterait l'un et l'autre sans discuter. Il resterait à sa place.

Maintenant qu'il avait perdu Dean pour de bon, il estimait ne plus rien avoir à perdre d'autre. Il avait le cœur brisé et mal comme jamais avant. Rien ne pouvait être pire. Pas même la perspective de passer le restant de se jours en prison.

Sa seule consolation restait la certitude que Dean pourrait tenter de se reconstruire. Qu'il allait vivre et qu'il aurait peut-être une chance d'être heureux à nouveau un jour.

Castiel jeta un coup d'œil à Gabriel qui était toujours inconscient par terre. Il s'en voulait de l'avoir trahi de la sorte même s'il ne le regrettait pas. Il aurait aimé avoir son ami et associé de son côté cette fois encore. Il allait devoir lui mentir après lui avoir juré de toujours se montrer honnête. Ce n'était pas quelque chose dont il était fier mais c'était un sacrifice qu'il était prêt à consentir pour la sécurité de l'homme qu'il aimait.

L'amour. C'était à la fois la meilleure et la pire chose qui lui soit tombée dessus. Elle l'avait conduit à faire des choses qui pèseraient sur sa conscience. Mais elle lui avait également prouvé qu'on pouvait tout sacrifier pour la personne qu'on aimait. Durant les quelques semaines passées en compagnie de Dean, Castiel avait été réellement heureux pour la première fois de sa vie. Il ne le regrettait pas même s'il aurait aimé pouvoir changer la fin.

Ce fut cette pensée qu'il emportait avec lui quand Carlos abattit sa matraque à l'arrière de son crâne. Ce fut la voix de Dean qui l'accompagna dans les néants de l'inconscience. Il ne se sentit pas tomber en avant ou heurter le sol. Mais il vit le visage souriant de l'homme qu'il aimait et qui lui jurait qu'ils pouvaient avoir un avenir tous les deux. Sa dernière pensée cohérente fut ce merveilleux mensonge qui le réconforterait probablement plus tard. Puis il sombra pour de bon dans l'inconscience et il l'accueillit à bras ouverts.