- Liore ?
Edward revient à peine du quartier général que nous nous apprêtons déjà à partir. Nous avons décidé de ne pas rester plus longtemps à Central malgré la présence des homonculus. S'ils veulent vraiment Alphonse, ils n'auront pas d'autres choix que de nous suivre.
- Il parait que c'est bien mouvementé depuis la dernière fois où nous y sommes allés. Dit le jeune blond, on est reparti pour l'autre bout du pays.
- C'est si loin que ça ? Demandai-je.
- Disons que pour y aller, il y a le train et un bon bout de désert à traverser avant d'y parvenir.
C'est le trou du cul du monde, en somme. Nous marchons tranquillement en direction de la gare, je suis à la fois anxieuse et surexcitée de voir à quoi ressemble le reste de ce monde. Pour le moment, je n'y ai vu que la cambrousse de Résembool et la ville de Central, j'ai hâte de voir la suite. Nous avons de la chance car le train que nous devions prendre arrive en gare lorsque nous parvenons aux quais. Je laisse bien évidemment Edward payer ma place, j'ai vite compris que les alchimistes d'état avaient droit à une jolie paie. C'est fou comme ce garçon commence à m'intéresser…
Nous prenons place au fond du wagon, à l'abri des regards, je m'assois directement à côté du Fullmétal, Alphonse étant beaucoup plus imposant.
- Je me demande comment va Rose, dit l'armure.
- Qui est-ce ?
- C'est une fille que nous avons rencontré à Liore, une croyante mais le prophète de la ville les entubait en leur faisant croire au miracle. M'expliqua Edward en croisant les bras, au final, il n'utilisait qu'une pierre rouge factice venue de je-ne-sais-où mais on lui a donné une bonne leçon.
Une pierre rouge factice ? Une sorte de pierre philosophale qui n'en est pas une ? Il éveille doucement ma curiosité, j'en suis même à me demander si le joyau que m'avait proposé Envy n'en était pas un faux. M'enfin, je me suis promise de ne plus y penser jusqu'à ce que je trouve un moyen de neutraliser Laetitia et lui faire payer pour tout ce qu'elle a provoqué.
- Bah, j'imagine qu'elle va bien, j'espère juste qu'elle a su se relever après tout ce qu'il s'est passé. Enchaina-t-il.
- J'espère aussi…
Alphonse a l'air légèrement inquiet pour cette personne. Etrangement, malgré toutes les nuits que nous avons passés ensemble – en tout bien tout honneur d'ailleurs pourquoi je me justifie alors que je ne pourrai rien faire de compromettant avec une armure…quoique…ce serait glauque mais possible – il ne m'a jamais parlé de cette « Rose ». J'ai entendu différent nom comme Paninya, Nina, Winry mais je suis certaine qu'il ne l'a jamais mentionnée. Cela ne me dit rien qui vaille mais je ne vais pas commencer à l'interroger sur toutes les filles qu'il a croisées par le passé.
- Tu es bien silencieuse, Lorène, c'est louche.
- Oh, non rien, je réfléchissais…Depuis que je suis ici, j'ai vachement perdu la notion du temps. Je ne sais même plus quand a eu lieu la rentrée des cours. Trois semaines, un mois ?
- Je ne saurai pas t'aider, ça fait un moment que je ne me réfère plus à l'école. Me Répondit Edward me toisant de son regard en coin. D'ailleurs, tu vas galérer toi quand tu vas rentrer.
Il n'a pas tord, à force de voyager entre les deux mondes, j'ai perdu énormément de temps dans mon cursus scolaire. Ca a beau n'être qu'un mois, même si un « imposteur » prend ma place en mon absence, je risque d'avoir de gros soucis une fois rentrée…dans l'hypothèse où je rentrerai. Je soupire bruyamment.
- Tu sais ce qui m'énerve chez toi Edward ? Tu as beau « ne plus te référer à l'école », quand tu étais chez nous, les professeurs de sciences te prenaient pour un petit génie.
- Il faut dire que c'est loin d'être compliqué ce que vous voyez.
Merci de me faire comprendre que je suis une personne avec une capacité de compréhension moindre que la tienne.
- Je ne suis pas dans une option scientifique, je suis loin de toutes ces formules banales servant à décrire la façon dont est régi notre monde. Je parie que tu n'aurais pas survécu à un seul cours de philosophie.
- Du genre ?
Oui bon, j'ai peut-être eu un petit peu tord de le lancer là-dessus car moi-même j'essaie de me souvenir de ce que j'ai appris dans mes cours. Les notions de Platon, Socrate et Aristote se mélangent dans ma tête mais ils ne sont pas censés le savoir.
- Rien que de parler de l'existence de Dieu vu qu'il est un être tel que rien ne peut se penser de plus grand. Or, Dieu ne peut être qualifié par une grandeur et que si une chose était plus grande que ce qui est tel que rien ne peut se penser de plus grand alors Dieu en serait le créateur, or ce serait absurde. Dans ce cas, Dieu est donc ce qui est tel que rien ne peut se penser de plus grand, donc il existe.
Je récite tout ça d'une traite, me rendant vaguement compte qu'il concerne plus Saint Anselme plutôt que les présocratiques et encore, j'ai dû réarranger la citation à ma sauce. Je vois Edward me regarder dans les yeux, presque en me dévisageant.
- Plaît-il ?
- J'ai rien compris à ce que tu as dit.
- C'est ça la philosophie en gros, être capable de raisonner avec des bases étranges sur des choses écrites pas des vieux fous il y a des centaines d'années.
C'est toujours autre chose que de frapper dans ses mains et de faire éclair avec des cercles de transmutation. Non pas que je n'aime pas cette science mais elle est vachement plus dangereuse que tous les discours que pourraient faire ces vieux. Avant même qu'il puisse me répondre, j'enchainais plusieurs éternuements – d'une classe incalculable – réprimant un long frisson.
- Voilà ce qui se passe quand on ne dort pas sur le canapé, grogna Edward.
Je hausse les épaules en rigolant. Le matin-même, je me suis réveillée sur Alphonse, m'apercevant seulement à ce moment-là que je m'étais réellement endormie sur lui et qu'il n'avait pas bougé pour ne pas me réveiller. La tête d'Edward était magique, on aurait dit qu'il avait vu le père Noël en personne. La seule crainte que j'aie de cette nuit, c'est la possibilité d'avoir ronflé pendant mon sommeil, ou alors d'avoir parlé, il parait que ça m'arrive souvent.
- Je t'avais prévenu aussi…ajouta Alphonse, passablement gêné.
- Ca va…je vais pas en mourir et puis je me ferai un plaisir d'éternuer dans tes cheveux pour les rendre verts.
J'avoue, c'est très féminin comme réaction.
- Essaie et tes cheveux ne seront pas roux mais bleus cette fois-ci.
Au change, je me demande ce qui est le pire…mais je me résous à abandonner cette idée devant son œil menaçant. Je trouverai bien un moyen enfantin de me venger de mon époque rousse.
Bon, d'accord, j'ai dit que je voulais voir à quoi ressemblait le reste de ce magnifique monde qu'est Shamballa, je le soutiens encore mais…Combien de temps allons-nous prendre pour finir de traverser ce putain de désert ?! Y a que du jaune à l'horizon et quand c'est pas du jaune c'est que je commence une insolation et que je crois voir une oasis. Je profite amplement de l'immense carcasse d'Alphonse pour m'abriter du soleil tandis qu'Edward se trouve en tête de file.
- On est bientôt arrivé ? Me plaignis-je pour la troisième fois cette minute.
- Continue à me poser la question et je profiterai du liquide de ton corps pour nous désaltérer. Marche.
Oui chef…je peine à garder le rythme, j'ai l'impression de brûler de l'intérieur, je suis sûre que quiconque sentirait mes aisselles mourrait dans les prochaines secondes. Mes cheveux blonds sont plaqués sur mon visage, me donnant encore plus chaud.
- Je reconnais le chemin, déclara Edward.
…bah en même temps, il y en a pas vraiment de chemin, y a que du sable. Je me retiens de lui faire la remarque et continue d'avancer, constatant qu'Alphonse aussi a quelques difficultés à tenir la route.
- Ca va Al ? M'inquiétai-je.
- J'essaie de ne pas m'enliser. Mon armure se remplit au fur et à mesure du sable et je commence doucement à m'enfoncer dedans.
Voulant l'aider, j'agrippe son bras pour le tirer, oubliant pendant un cours instant qu'il est fait de métal et que le métal sous le soleil, ça…
- Aïe ça brûle ! M'écriai-je en retirant ma main sous la vive douleur.
Je me suis brûlée comme une débutante, Alphonse se fond en excuse mais je ne lui en veux pas du tout, ce n'est pas sa faute. Toujours est-il que ma main me fait horriblement mal et devient de plus en plus rouge sous l'afflux de sang.
- On est arrivé !
Edward, semblant ignoré tout de ce qu'il venait de se passer, nous pointe du doigt une grosse masse au bout du désert. C'est ça Liore ? J'imagine…une ville paumée au milieu du désert, qui irait s'enterrer dans un endroit pareil ?
Nous reprenons le chemin, à une allure plus rapide, motivés par le but qui se rapprochait au fur et à mesure de nos pas. A une vingtaine de mètres, j'aperçois de mieux en mieux les bâtiments, la plupart sont marqués d'une récente attaque. Il manque des bouts de mur à certaines maisons. C'est cela que voulait donc dire Edward par « c'est bien mouvementé » ? Je vois à son visage qu'il est tout aussi surpris que moi par l'état des lieux.
- Ca a pas mal changé…Constata-t-il en arrivant sur le sol en pierre.
- Oui, la dernière fois, la ville était jolie et bien construite, il y avait des statues de Léto partout. Je n'en vois plus aucune.
Des statues de Léto ? Qui est-ce ?
Nous nous enfonçons plus profondément dans la ville, quelques hommes défilent devant nous sans nous voir. Il y a des ouvriers qui travaillent à la reconstruction des différents bâtiments détruits et vu l'état du village, cela va leur prendre énormément de temps.
- Hey mais je vous reconnais vous ! S'éleva une voix provenant d'un bar ouvert.
L'interlocuteur est un homme, la quarantaine je dirai, chauve avec une moustache grise et affublé d'un tablier. Au vu de l'enseigne au dessus de sa tête, je comprends vite ce n'est qu'un commerçant dont l'échoppe n'a pas été touchée.
- Hé le vieux, il s'est passé quoi ici ?
- Quoi ? T'es un gamin à la botte de l'armée et tu sais pas que tes copains sont venus jouer par ici avec leurs armes ?
L'état est venu détruire sa propre ville ? Nous nous approchons du bar pour entendre les explications de l'homme chauve.
- Quand vous êtes partis l'autre prophète de Cornello est revenu pour reprendre possession de la ville.
- Mais j'étais pourtant sûr qu'il avait compris la leçon avec sa fausse pierre. L'interrompit Edward précipitamment.
- Il faut croire que ça n'a pas suffit. Il nous a dit quelque chose comme « Un imposteur a pris ma place mais ne vous en faites pas mon cher peuple, ensemble, nous allons reconstruire cette ville comme elle le fut jadis ». Alors t'imagines bien qu'avec ce qui s'est passé, on n'y a pas cru une seconde.
- Dans ce cas, pourquoi autant de grabuge ?
- Eh bien…on voulait le dénoncer à l'état ce type mais malgré votre intervention remarquée, il y avait encore des habitants qui croyaient aux miracles de Cornello. Ca a provoqué une véritable émeute alors l'état a trouvé bon de foutre ses sales pattes dans nos affaires !
Dans un sens, l'état les a aussi sauvés, si on en croit ce qu'il dit. C'est dommage, les bâtiments ont un sacré charme par ici.
- C'est Rose qui va être contente de vous revoir par ici. Elle a retrouvé le sourire depuis la dernière fois et elle participe grandement à la reconstruction de la ville.
- Ca ne m'étonne pas, elle a toujours été très gentille. Ajouta Alphonse, visiblement soulagé.
A force d'entendre autant de louanges sur cette fille, j'ai vraiment hâte de voir de quoi elle a l'air. Par contre, je ne saurai dire si c'est en bien ou en mal.
- Elle doit se trouver dans une des maisons plus loin, c'est elle qui prépare à manger pour les ouvriers. Vous devriez aussi mettre un peu la main à la pâte vous aussi.
Edward promet de les aider et nous prenons le chemin indiqué par le vieux. Certains habitants qui reconnaissent les frères Elric les saluent gentiment. Pour une personne qui est à l'origine de la destruction de ce village, il a de la chance que les gens soient aussi cléments.
- Edward, Alphonse ?
Ces appels viennent d'une jeune fille portant dans ses bras un sachet de courses. Elle est plutôt grande – par rapport à moi – les cheveux bruns avec deux petites mèches roses, la peau mate et habillée d'une longue robe blanche.
- Ca faisait longtemps, Rose !
Ohw…c'est elle. M'ouais, elle est plutôt mignonne, du moins c'est ce que je me dis avant qu'elle ne lâche ses affaires pour enlacer Edward en riant.
- Je n'y croyais plus à force. Je suis tellement heureuse de vous revoir !
- Nous aussi Rose, répondit Alphonse.
- Oh, vous avez amené une amie ? Dit-elle en se penchant vers moi.
- Oh non, c'est qu'une fille qu'on se trimballe, elle s'appelle Lorène.
Merci Edward, ça me va droit au cœur, tu sais. Elle me fixe un petit moment avant de lancer un simple « salut » que j'interpréterai comme « je te connais pas donc je te salue par politesse mais reste à une distance raisonnable s'il te plait. »
- J'allais justement préparer le repas de midi des ouvriers.
- On va leur donner un coup de main, décida Edward. Lorène, tu peux aller aider Rose à faire la bouffe.
Les hommes au travail et les femmes en cuisine, décidément, il y a des choses qui ne changent pas d'un monde à l'autre. J'accepte malgré moi et suit la jeune brune pendant que les frères Elric se dirigent vers le chantier en cours, l'occasion d'entamer une première approche avec cette personne.
- Heureusement qu'Edward et Alphonse sont toujours là pour venir nous donner un coup de main.
- Ah oui…quelle bonté.
- Tu ne m'as pas l'air si proche d'eux, comment ça se fait que tu voyages avec ? Tu es une alchimiste toi aussi ?
Comment lui répondre sans balancer toutes les péripéties qui sont arrivées ces dernières semaines…
- J'ai un léger lien avec le quartier général de Central mais je les accompagne surtout parce que je suis en quête de quelque chose dont ils peuvent m'apporter des réponses.
C'est simple, pas clair du tout mais efficace.
- Tu me rassures, j'ai eu peur qu'en vérité, tu sois la petite copine d'Edward.
S'il y avait eu une marche, je me la serai prise volontiers tellement ce qu'elle vient de dire est insensé à mes oreilles. Quoique, ça ressemble beaucoup à ce que m'avait dit le lieutenant Havoc lorsque nous étions en rendez-vous. Une fille qui traine avec ces deux garçons, sachant que l'un est une armure de deux mètres, ça doit soulever quelques questions, en effet.
- Pas du tout, jamais de la vie, il faudra me tuer avant mais qu'est-ce qui te fait dire ça, t'as un faible pour Ed ?
- Quoi ? Pas vraiment, même si on ne peut pas se cacher qu'il est plutôt mignon tu ne trouves pas ? Non, je préfère Alphonse, il est plus gentil et tendre. Je me demande à quoi ressemblait son corps d'origine.
C'est une question que je ne me suis jamais vraiment posée…attends quoi, elle a un faible pour Alphonse ? Elle ne préfère pas Edward, c'est sûr ?
- Ah, je vois, soufflai-je en levant les yeux au ciel par réflexe.
Rose m'emmène dans un bâtiment à côté du bar d'où nous venions précédemment, elle dépose ses affaires et allume la cuisinière.
- Tu m'aides à couper les légumes pendant que je prépare le bouillon.
Etant une quiche en cuisine, je lui obéis au doigt et à l'œil, toujours embêtée par ce qu'elle venait de m'avouer. Je me munis d'un couteau et des ingrédients sur une planche en bois avant de commencer à les découper finement.
- Au fait, Alphonse a dit quelque chose à mon sujet ?
Là, deux possibilités s'offrent à moi : mentir ou déformer la réalité. La morale voudrait que je dise la vérité à cette jeune fille en fleur passablement sous le charme d'une âme en boite mais…à quoi bon lui donner de faux espoirs ? Si Alphonse l'aimait, il parlerait d'elle de temps en temps.
- Pas un mot, rien, nada. Inconnue au bataillon j'ai envie de dire.
Mon insistance exagérée a pour ton de lui attirer un grognement, je sens à peine son regard dans mon dos. J'ai le don pour me faire des copines.
- Sûrement parce qu'on se connait depuis très longtemps, tu les connais depuis quand toi ?
Je peux percevoir sa haine dans sa voix, je crois qu'elle se doute de mon mensonge. Toujours est-il que ça fait un moment que je ne me suis plus embrouillée avec quelqu'un, ça me manquait.
- Un peu plus d'un mois, je pense.
- Oh, moi ça fait presque un an. Oui, un an, c'est ça. J'imagine que c'est pour ça qu'ils ne m'ont pas mentionné, ils n'ont simplement pas eu le temps.
- Ou alors tu n'étais pas la première personne à qui ils ont pensé. D'ailleurs Alphonse m'a beaucoup parlé d'une fille qu'ils avaient rencontrée à RushValley, une certaine Paninya, tu la connais ?
Rose allume rageusement la plaque chauffante et y place une grande marmite remplie d'eau. Le combat est loin d'être terminé. Je continue de couper mes tomates tandis qu'elle réplique :
- Tu ne les connais pas aussi bien que je les connais !
- J'ai quand même vu Edward totalement nu, ce qui n'est pas négligeable.
Ma réponse fout un léger froid dans la conversation, oui bon, j'ai peut-être été un peu loin dans les détails, je pourrai en donner plus.
- C'est arrivé comment ?
- Tu veux savoir coquine ? Susurrai-je en versant le contenu de ma planche dans la marmite.
- Non, ça ira mais je peux savoir pour qui tu te prends ?!
- Et toi pour qui tu te prends ?!
C'est à ce moment-là que le barman a décidé de passer sa tête à travers la porte.
- Les filles, je pense qu'il faudrait…
- Ce ne sont pas vos affaires !
- Dans ce cas arrêtez de vous engueulez et finissez de faire à manger parce que les hommes ont faim ! Cria-t-il plus fort.
Son ordre a raison de notre dispute, nous nous calmons le temps de reprendre la recette, évitant tout contact physique.
Une demi-heure plus tard, la pause de midi est annoncée, Rose et le vieux commerçant s'occupent de servir les portions du potage. Je renonce à prendre ma part et attends patiemment à côté d'Alphonse, assis sur une poutre au coin de la rue.
- Tu aurais pu y aller moins fort…Me reprocha-t-il.
Je n'ai pas besoin de lui expliquer ce qu'il s'est passé, il semblerait que nous ayons crié tellement fort que tout le monde nous a entendus.
- Ca va, ça va…c'est pas comme si c'était si grave que ça.
- Hum mais je peux savoir ce que vous vous êtes dit pour que ça en arrive là ?
J'hésite un moment à lui balancer sa confession, si j'ai raison, il devra lui dire qu'elle ne l'intéresse pas, d'autant plus vu sa condition physique. Dans le cas où j'ai tord…je servirai seulement à tenir la chandelle et puis, imaginer Alphonse avec Rose, je ne sais pas, ça ne me convient pas. Il est trop gentil pour finir avec une fille comme ça, il lui faut quelqu'un avec du caractère.
- Rien de spécial, une conversation de filles, tu ne peux pas comprendre.
L'armure soupire, nous voyons au loin Edward, déjà en train d'engloutir son repas. Il s'installe à côté de nous mais je vois à son œil noir qu'il a eu une petite discussion avec l'autre fille.
- Tu n'as rien à me dire Lorène ? Me demanda-t-il entre deux bouchées.
- A propos de quoi ? Si c'est pour le côté nu c'est sorti tout seul.
- Tu sais que j'ai dû trouver une excuse pour laquelle tu m'as vu sans vêtement ?
- T'as dit quoi ? Enchainai-je amusée.
- Que j'étais blessé ou un truc dans le genre, du coup tu passes pour une personne bien alors que t'es juste une petite perverse qui m'a maté à la sortie de la douche.
- En parlant de petit…
- N'ose même pas finir ta phrase.
Son ton menaçant me rend directement le sourire, c'est qu'il finirait par m'amuser celui-là. Au final, je savais que Rose était curieuse de savoir comment j'avais eu l'occasion de le voir en tenue d'Adam.
- Je vais retourner aider ceux qui ne sont plus en pause, nous informa Alphonse en se levant.
Il repart assez vite en direction du chantier, nous laissant Edward et moi seule, c'est l'occasion pour lui poser des questions existentielles.
- Dis-moi Ed, Rose, c'est une amie-amie, ou une amie…plus qu'amie ?
- Pourquoi ça t'intéresse ? Elle t'a dit quelque chose ?
- Mh…disons qu'elle a un faible pour l'un d'entre vous alors je voulais savoir si…je devais saboter ses plans ou pas.
Ma franchise semble le décontenancer, vu que cela ne le concerne pas, il n'y a pas vraiment de souci à ce que je lui divulgue mes intentions.
- Pour le moment, on n'a pas le temps pour ce genre de chose. Même si Alphonse et moi voudrions avoir une petite amie ou quelque chose dans le genre, on a une quête avant tout. Ca passera au second plan. Donc en ce qui te concerne, fais ce que tu veux, vu que ça n'aura de toute façon aucune importance.
J'acquiesce ses paroles, il a raison, la quête de leur corps passe avant tout alors j'ai quartier libre pour briser tous ses rêves d'adolescentes.
Le soir venu, Rose nous indique un endroit où nous pouvons passer la nuit. Les travaux ont bien avancé, notamment grâce à l'alchimie des frères Elric. Par chance, ou peut-être qu'elle n'avait pas envie d'avoir affaire à moi, Rose ne reste pas plus longtemps et part, lançant au passage un regard à Alphonse qui en disait long sur ses intentions. Edward, épuisé, s'affale dans le canapé, retirant sa veste pour se retrouver en débardeur noir, dévoilant sa mécagreffe et une partie de sa musculature. Franchement, pourquoi elle n'a pas flashé sur lui plutôt ?
- Fais chier…grogna-t-il.
Ah oui, peut-être pour ça. Edward Elric dans toute sa splendeur, si je n'étais pas là, je me demanderai même s'il ne se mettrait pas nu pour se mettre à l'aise.
- On devrait se coucher tôt, demain on les aide à terminer de reconstruire leur église puis on se taille ailleurs.
Déjà ? Tant mieux, je n'ai pas envie de m'attarder dans cette ville, aussi belle soit-elle. J'invite Edward à prendre sa douche en premier, je n'ai pas énormément travaillé aujourd'hui par rapport à lui donc il en a plus besoin que moi. Il s'enferme dans la salle de bain tandis que je visite les lieux, pour une ville détruite, ils ont des habitations plutôt mignonnes. Une petite cuisinière hors service, un canapé, dans l'autre pièce deux lits simples et des meubles en bois. La première question qui me vient c'est comment avoir du bois dans un endroit désertique mais ça doit paraître logique pour eux. Je termine le tour du mobilier quand Alphonse se poste devant moi.
- Je peux te poser une question ?
Qu'est-ce que j'ai encore fait moi ? Je me rappelle pas avoir fait une connerie dans les dernières heures.
- Euh, oui ?
- Je veux que tu m'apprennes à parler aux filles.
Je manque de m'écrouler sur moi-même, quelle mouche l'a piqué ? Il est devenu malade ? Il veut apprendre à draguer une fille ? Je soupçonne Edward lui avoir parlé de ce que je lui ai dit. Comment je m'en tire moi maintenant ?
- …Tu es sérieux ?
- Oui, tu es une fille, n'est-ce pas ?
- A ce qu'il parait mais à force de me poser la question, je commence doucement à en douter.
- Alors apprends-moi s'il te plait !
Sa demande est tellement mignonne et surprenante que je ne sais pas comment je dois m'y prendre. Je dois trouver un moyen de m'extirper de cette situation. Non pas que je suis contre l'idée de lui expliquer les rudiments de l'approche de cette créature qu'on appelle « fille » mais dans un moment pareil…Quelqu'un sonne à la porte, je m'excuse en filant à l'entrée pour l'ouvrir. Je suis surprise de voir un inconnu devant la porte, muni d'un bouquet de fleur avec une carte.
- Bonsoir Alphonse Elric habite ici ?
L'armure est encore trop loin pour l'entendre, je hoche la tête en m'appropriant le bouquet, il est rempli de jolies roses rouges.
- C'est un cadeau de mademoiselle Rose pour lui, je compte sur vous pour lui remettre en personne. Bonne soirée !
Il repart comme un courant d'air, les bruits de pas d'Alphonse se rapprochent dangereusement. Mon cerveau travaille à cent à l'heure, je retire la carte et l'écrabouille entre mes doigts avant de l'enfoncer dans ma poche. Je rentre à nouveau et referme la porte derrière moi.
- C'est pour qui ?
Je prends une bonne bouffée d'air, tentant de faire appel à mes talents d'actrices.
- C'est pour Edward, c'est de la part de Rose.
J'enchaîne avec un grand sourire avant de déposer les fleurs sur une commode avant de me tourner vers Alphonse.
- J'accepte de t'apprendre à draguer.
