Chapitre 36 : Les Livres de Slughorn
-Quels sont ces philtres d'esprit dont vous parliez, professeur ? demande Sirius avec une politesse presque exagérée.
Parfois, je me dis qu'à force de trop comprendre les filles, il se comporte comme elles.
Cependant, sa ruse fonctionne : Slughorn semble apprécier notre curiosité et nous donne la définition des philtres d'esprits ainsi que quelques exemples de potions célèbres qui rentrent dans cette catégorie.
-Et vous ne pensez pas que ce pourrait être Dolohov qui a volé vos livres pour faire des recherches plus poussées ? je m'exclame.
Le visage de Slughorn devient encore plus joufflu et se teinte de rouge face à ma remarque.
-Jeune homme, je ne vous permets pas de vous en prendre ainsi à Monsieur Dolohov ! Sa famille est fort respectable et son sérieux est exemplaire. Ce qui n'est pas votre cas, finit-il en levant le menton.
-Mais les livres, continue Sirius en cherchant à réparer ma maladresse, ne traitaient-ils pas ce sujet ?
Nous voyons le professeur de potion froncer les sourcils sous la réflexion, comme si quelque chose venait de surgir dans son esprit. On avait donc raison. Je ne peux retenir un sourire victorieux de s'étaler sur mon visage.
Slughorn cligne des yeux comme s'il venait de nous remarquer puis nous répond :
-Sur le fond oui : les philtres d'esprits sont utilisés comme des soins magiques la plupart du temps. Mais mes livres parlaient de baumes et antidotes, pas de soins contre les maladies naturelles ou magiques, contrairement au sujet sur lequel travaille Dolohov ! C'est une toute autre catégorie de potions ! Alors cessez de dire des bêtises et remettez-vous au travail !
Sirius et moi baissons la tête en soupirant puis nous reprenons nos éponges et brosses pour nettoyer les éclaboussures et les restes de potions ratées.
Dommage, on y était presque. A croire que Dolohov n'a vraiment rien à voir avec cette histoire de fiole. Dommage. Enfin, d'un côté c'est mieux, il y a moins de risque pour Rebbeca et Greil qui le fréquentent mais j'aurais voulu montrer à Rebbeca qu'il était pourri.
Finalement, il ne l'est pas sur ce point-là.
Une heure plus tard, Slughorn daigne nous relâcher et nous décidons de faire un rapide détour par les cuisines pour ramener des vivres à nos amis -ou juste pour nous. J'hésite à prendre quelque chose pour Rebbeca mais je ne pense pas la croiser d'ici demain. Tant pis.
-Dis, si ça ne parlait que de soins, et non pas de magie noire comme nous l'avions cru... Pourquoi les professeurs étaient-ils inquiets au sujet de ce vol ? demande Sirius en mâchonnant son sandwich au poulet et à la moutarde.
-Ben c'est mal de voler, je réponds, sans savoir ce qu'il attend comme réaction. Et puis j'ai été assommé.
- Non, ce n'est pas ça... Au point d'appeler Dumbledore et McGonagall... Dumbledore t'a trouvé mais il pouvait laisser le reste à McGonagall et pourtant il a attendu que tu te réveilles.
Je réfléchis en regardant le muffin aux myrtilles que je tiens dans la main.
-Peut-être ont-ils eut peur que quelqu'un ait besoin des soins indiqués dans ces livres, je murmure lentement, réfléchissant à toute vitesse. Peut-être que ces soins sont pour des choses graves. Ou alors... Ils avaient peur que le voleur ait besoin de ces « antidotes » à l'avenir.
Sirius tourne la tête vers moi et nous nous regardons un moment, sans faire un pas de plus.
-La mort du rat n'était pas désirée, résume mon meilleur ami à ma place.
-La probabilité que quelqu'un soit en train de recommencer cette potion est devenue une certitude. Toutes les dates correspondent : le vol, l'oeil de sombral, l'agression... On ne sait toujours pas où, qui et pourquoi mais on sait que ça se passe, je murmure à toute vitesse tandis que nous nous somme réfugiés dans le passage secret derrière un grand miroir.
Les murs ne sont que des roches grossièrement taillées et il arrive fréquemment que l'on se reçoive des petits morceaux de terre dans les cheveux. C'est un miracle que ce passage soit encore praticable.
Voilà quelques jours que Sirius et moi avons fait cette découverte mais nous n'avions pas trouvé le moment idéal pour en faire part à nos amis : il y avait toujours trop de monde, pas assez de temps.
-Est-ce que ça ne pourrait pas être un simple antidote à part ? demande Peter, regardant les murs avec dégoût et inquiétude. Je veux dire : un antidote pour la potion mais pas une nouvelle potion plus élaborée...
-C'est possible, je réponds. Mais c'est tout de même peu probable car il serait difficile de l'administrer à une personne ayant été atteint par l'autre potion.
-Je commence à penser qu'il faudrait prévenir les professeurs, marmonne Remus, les sourcils froncés.
-Non ! je m'exclame. Au début, c'est vrai qu'on voulait découvrir le coupable nous-même mais... Si on dit quelque chose, ce sera Rebbeca qui sera dénoncée : on n'a toujours pas retrouvé le Serpentard qui avait la fiole à l'origine, personne ne l'a vu agresser ma cousine. Et que tout ça tourne autour de Rebbeca et moi n'arrange pas les choses. Peut-être que Dumbledore nous croira mais... Ca reste trop risqué, je termine, le visage crispé.
Beaucoup trop risqué pour Rebbeca. Elle a plusieurs mobiles, telles que sa haine et sa rancoeurs, mais aucun d'alibi.
Je la protège en secret. Dois-je lui dire ? J'en ai envie mais... Je dois être fort : moins elle en sait, mieux cela vaudra pour elle. Je crois.
-Dites... Au sujet des Serpentard... Plus j'y pense et plus je me dis que ce n'est peut-être pas ceux que l'on croit, marmonne Peter.
-Comment ça ?
-Ben on a passé la fiole à Lily, qui l'a étudiée avec Servilus probablement. Or on l'a récupéré intacte. N'aurait-il pas été plus judicieux de la part de Rogue de la remettre à ses amis ?
Nous réfléchissons à cette hypothèse : c'est vrai que ça ne colle pas...
-C'est vrai que j'ai du mal à comprendre leur logique... Ou c'est peut être Servilus qui est un véritable imbécile ! s'exclame Sirius avant d'éclater de son rire si particulier.
J'aime moi aussi critiquer Servilus mais là, ça ne colle pas. Il est malin, roublard... Il faut rester objectif : un jugement trop subjectif et hâtif pourrait nous mener à notre perte. Ou à celle de Rebbeca.
Et si c'était un plan ?
-Les gars, je murmure dans un souffle, terrorisé. Je crois qu'on s'est fait piéger.
-Hein ?! s'exclament mes trois meilleurs amis.
-On n'aurait pas dû montrer cette fiole à Lily et Severus. Maintenant, des gens nous ont vus en sa possession, et savent qu'elle est dangereuse. Si ça se trouve, les coupables vont l'utiliser puis nous faire porter le chapeau !
Les visages de mes camarades perdent toute leur couleur et leurs yeux s'agrandissent. Je vois les épaules de Remus qui tremblent légèrement, Peter qui tripote le bout de son pull un peu abimé et Sirius qui serre la mâchoire, furieux de s'être fait avoir.
-On est dans une course contre la montre : soit on les trouve avant qu'ils n'agissent, soit on est vraiment mal, je résume.
-Alors nous devons chercher dans les cachots ? demande Peter d'une voix blanche. Ce n'est pas trop risqué vu l'arme qu'ils ont et qu'ils pourraient essayer sur nous ?
J'ai envie de proposer d'y aller en animagus mais vu que nous-même avons réalisé des expériences sur un rat, je préfère éviter cela à Queuvder, et la cape de mes ancêtres n'est pas infaillible -la preuve : notre carte.
-Je ne sais pas, Peter. Je ne sais pas du tout...
-Il ne faut surtout pas que les professeurs nous voient avec, fait remarquer Remus.
-Sans blague ? s'énerve Sirius.
-Laisse-moi finir, idiot. Ce que je veux dire c'est qu'avec la guerre, les fouilles sont obligatoires lorsqu'on va entrer et sortir du château, or, nous partons tous durant les vacances. Donc même si personnes ne sait ce qu'est cette potion, le simple fait de l'avoir vu sur nous est une preuve contre nous.
-Je saisis... donc on doit la cacher ! déclare Queudver en fronçant les sourcils
-Et si on la mettait dans la salle qu'on utilise pour l'étudier...Vous savez ? Celle que nous a montrée Rebbeca pour qu'on fasse nos expériences, propose Sirius.
-Mais comment la cacher des regards un peu trop insistants ?
Mes trois amis tournent la tête vers moi.
-Oh non ! Vous n'utiliserez pas ma cape !
-James, c'est ça ou la prison.
Je bougonne plusieurs minutes mais Sirius finit par me faire accepter. On ira donc la cacher demain.
Au bout de quelques secondes sans rien dire, je me relève, suivit de mes amis.
Ce silence me désole : cela veut dire que nous sommes à court d'idées pour nous sortir de ce traquenard, et je déteste être à court d'idées. Patmol garde les mains dans les poches et rentre la tête dans les épaules de mécontentement. Lui non plus n'apprécie pas ce manque d'action face au danger qui nous guette.
Nous décidons de passer par le troisième étage, suite à une proposition de ma part afin de chercher si un livre pourrait nous indiquer les conditions nécessaires pour la réalisation d'un philtre d'esprit -Peter a acquiescé, Sirius s'est frappé le front face à son manque de réflexion et Remus n'a rien compris puisque ça parle de potions.
Soudain, à côté de nous, une porte s'ouvre grand. Nous sursautons pour laisser sortir la personne qui s'y trouvait.
-Bonne soirée, professeur.
-Bonne soirée à vous aussi Miss Foist.
Nous nous retrouvons donc face à Rebbeca qui vient de sortir du bureau d'Opieka. Ce qui n'arrange pas mon humeur. Lorsqu'elle remarque notre présence elle s'arrête mais ne réalise aucun geste, que ce soit pour nous aborder ou se cacher. D'ailleurs, je viens de m'en rendre compte mais... Son visage est plus dégagé. Elle a cessé de se dissimuler derrière ses longues mèches. Elle a l'air moins morne comme ça. Par contre elle garde une tête bizarre.
Ou c'est moi qui me fais des idées.
-J'étais chez Opieka, se sent-elle obligée de préciser, en pointant le pouce par-dessus son épaule afin d'indiquer la porte qui s'est refermée.
-On avait compris, Becky, déclare Sirius avec un sourire moqueur.
Rebbeca fait mine l'ignorer, probablement à cause du surnom.
-Il t'a convoquée pour quoi ? je demande, curieux.
-Il ne m'a pas convoquée, déclare précipitamment Rebbeca, comme si elle avait peur que je la sermonne. Il m'a invitée à prendre le thé.
Hein ?! Il a pris le thé avec elle ? Je jette un regard furibond à la porte comme si elle représentait le professeur.
-Pourquoi faire ? s'étonne Peter.
-Oui ! Pourquoi ? je m'exclame.
Merlin, faites que ma cousine ne soit pas une de ces idiotes qui glousse sur son passage !
-Ben... Deux fois par mois je vais prendre le thé chez lui alors... Il n'y a plus de raison. On parle surtout des cours, de nos familles respectives et des nouvelles dans le journal.
Mais pourquoi un professeur inviterait-il une élève à prendre le thé si ce n'est pour lui parler de ses résultats ?!
Ca m'énerve !
-Il n'a pas un comportement déplacé j'espère ! je demande avec force attrapant ma cousine par les épaules.
Celle-ci rougit et fait non de la tête, tétanisé à cause de mon comportement.
-Au début, moi aussi je le trouvais louche et tout. Je ne pouvais pas le supporter...
-C'est bien.
-Mais en fait... Je pense que... Il se sent seul, finit-elle plus sur le ton d'une question que d'autre chose.
-Mais non ! Ca c'est une excuse que donnent les dragueurs de bas étage ! Ne le crois pas ! Sirius l'utilise sans arrêt. Montre lui, Patmol ! je m'exclame en lâchant ma cousine afin de me tourner vers mon meilleur ami.
Celui-ci croise les bras et me jette un regard dédaigneux avant de prendre une mine piteuse et de s'approcher de moi.
-Oh, James, je me sens si triste et si seul, minaude-t-il en entourant une de ses mèches autour de son doigt.
-Tu vois ! je déclare en me retournant vers ma cousine.
-Arrête de t'occuper de Becky ! Je suis si superbe et je sais que tu aimes mes longs cheveux noirs ! S'il te plaît, fais-moi un gros bisou ! continue mon meilleur ami, probablement en train de chercher à imiter Pénélope.
Rebbeca se plaque une main sur la bouche pour s'empêcher d'éclater de rire mais Remus et Peter ne se donnent pas cette peine tandis que Sirius s'agrippe à mon bras pour essayer de poser sa bouche sur ma joue. Je l'éloigne de toutes mes forces, avec un rictus légèrement dégoûté.
Voilà, maintenant cette histoire les fait rire.
-Je vais y aller, soupire Rebbeca, conservant un sourire sur les lèvres tout en regardant du côté des escaliers. Oh, avant ça, James, tu es au courant pour Noël ?
-Ils ont changé la date ? C'est plus tôt ou plus tard ? je demande en feignant la surprise.
-Arrête de dire des bêtises, siffle-t-elle sans pouvoir effacer son amusement malgré tout. Tes parents ne te l'ont pas dit ? Mon père m'a envoyée un hibou pour m'avertir qu'on allait déjeuner chez toi, m'annonce-t-elle avec une mine surprise.
-Quoi ? Mais je n'ai rien reçu du...
-Ah ! Ca me revient ! déclare Sirius qui continuait de minauder autour de nous jusqu'alors avant de plonger sa main dans son sac pour en ressortir une lettre. Tu l'as reçu ce matin mais c'était au moment où Remus a fait tomber tes lunettes dans ton porridge !
-Ce n'était pas moi ! C'est un deuxième année qui l'a bousculé ! se défend celui-ci.
Je lève les yeux au ciel puis lance un regard noir vers Sirius qui semble plutôt amusé d'avoir oublié de me rendre mon courrier.
Le cachet est bien celui de ma famille. Je tourne la tête vers Rebbeca puis acquiesce sans vraiment savoir pourquoi. Celle-ci réalise le même geste puis fait signe de partir.
-Bon, alors à plus tard !
-A plus ! nous répondons en choeur.
Je la vois s'éloigner pour retourner à la salle commune tandis que nous reprenons notre chemin pour aller à la bibliothèque.
-Tu as encore tenté de l'étouffer dans le giron familial, murmure mon meilleur ami sur le ton du reproche, malgré son expression amusée.
-Pourquoi ? Tu voudrais le faire à ma place ? je réponds sur le même ton.
-Oh, ça non ! Claire ne l'accepterait pas, et puis entre sermonner Rebbeca et m'occuper de ma petite amie, le choix est vite fait ! déclare-t-il en levant les mains au ciel et en secouant la tête.
Nous rigolons face à sa remarque qui me soulage un peu : j'ai moins peur des effets qu'a Claire sur notre amitié que Rebbeca. Elle ne tente pas de s'incruster donc je l'aime bien. Et puis, au moins, je suis désormais certain que Sirius ne cherche pas à séduire Rebbeca, ce qui risquait, si ça avait été le cas, de mettre une sale ambiance dans le groupe. Je me demande d'ailleurs s'il n'a jamais cherché à séduire qui que ce soit à part les professeurs et notre infirmière préférée. Les filles se sont toujours présentées à lui.
Je remarque alors qu'il semble étonnamment triste. Je le fixe un moment, cherchant à l'encourager à dire ce qu'il a sur le coeur.
-Alors vous allez passer un Noël en famille on dirait, soupire-t-il.
-Toi aussi, à ce que je vois, je réplique en posant une main sur son épaule en prenant une expression compatissante.
-Je ne sais vraiment pas si je vais tenir. Je me sens de mieux en mieux loin d'eux et... De pire en pire en leur présence.
-Si tu craques, tu n'auras qu'à te réfugier chez moi durant les vacances ! Comme ça on pourra même fêter ton anniversaire, et peut-être que vous pourrez venir ! je déclare avec enthousiasme en me tournant vers mes deux autres amis.
Peter semble tenté par l'idée mais Remus lève la main en signe de refus et secoue la tête.
-Pleine lune.
-Ah... Dommage. Bon ben on pensera à toi et on t'enverra une part de gâteau !
Remus sourit et semble malgré tout touché par cette attention. Sirius quant à lui semble avoir regagné du poil de la bête et est devenu beaucoup plus joyeux d'un coup.
-Ce sera cool ! J'espère que je ne gênerai pas tes parents.
-Ne t'en fais pas pour ça. Ma mère t'adore alors...
-Si ça se trouve, elle quittera ton père pour Sirius, ricane Peter.
-Hey !
Je ne trouve pas cette blague à mon goût du tout !
-Allez, pour te remercier, je vais t'offrir un bisou ! chantonne Patmol avant d'approcher son visage de mes joues à nouveaux.
-Je t'interdis d'agir de la sorte lorsque Greil sera là ! Je ne veux pas qu'il me voit accompagné d'une limace amoureuse ! Non, pour être sûr que tu ne me fasses pas la honte, je t'enfermerai dans la cave ! Avec un seul os et une gamelle d'eau !
Mes amis éclatent de rire tandis que je souris à l'idée de revoir Greil Foist.
J'ai hâte.
