Hermione le vit quitter la pièce et soupira. Elle n'était pas du tout étonnée par son comportement. Elle n'avait jamais espéré le voir collaborer de bonne grâce.

« On passe au plan B. » dit-elle à Ron qui hocha la tête avec véhémence.

Ils se glissèrent dans le couloir silencieusement en se mirent à traquer le Serpentard. Les deux Gryffondor avaient subtilisé à Harry sa carte du Maraudeur et sa cape d'invisibilité. Il n'était guère en mesure de s'offusquer de cet emprunt et après tout c'était pour son bien.

Pansy aimait Drago, mais celui-ci l'avait toujours traité avec le plus grand mépris. Aujourd'hui Harry Potter était à ses pieds, le grand héros de guerre qui avait ratatiné Voldemort lui clamait son amour en vers devant la terre entière. Il fallait qu'il retrouve ses esprits avant que la sorcière ne se rende compte de sa chance et ne profite de la situation, ce qui ne tarderait pas à arriver.

Ils rattrapèrent rapidement le Serpentard. Cachés sous leur cape d'invisibilité, ils l'écoutèrent marmonner dans sa barbe.

« Ce foutu Potter, il peut faire ce qu'il veut avec Pansy, je ne suis PAS jaloux ! J'ai toujours aimé les femmes ! J'irai le féliciter quand la nouvelle génération Potter-Parkinson naîtra... Merde ! Je ne lui confesserai rien, je suis un Malefoy ! S'il croit m'avoir avec son sourire niais et ses yeux de chien battu il se trompe lourdement… »

Le jeune homme était en plein monologue existentiel. Ron n'était pas le plus futé des garçons en ce qui concernait l'amour et les sentiments, pourtant ce qu'il entendait le plongeait dans la plus profonde incrédulité.

« Hermione, rassure-moi, il délire ? » chuchota-t-il, effaré.

La jeune femme pouffa.

« Je crois que ça sera plus facile et plus sincère que prévu. » lui glissa-t-elle.

Ils reportèrent leur attention sur le Serpentard. Appuyé à un mur, il semblait porter le poids du monde sur ses épaules. Hermione eut un peu pitié. Elle pressentait qu'il finirait par se confesser à Harry volontairement. Mais le temps qu'il mette sa fierté de côté, Harry serait déjà le grand-père d'une grande famille Potter-Parkinson. Et un poète raté également. C'est donc sans état d'âme qu'elle brandit sa baguette.

« Stupéfix ! »

Drago s'effondra.

Le Serpentard se réveilla quelques heures plus tard et mit quelques secondes à retrouver ses esprits. Il avait été stupéfixé sans préavis par un inconnu en plein Poudlard. La réalité le laissait sans voix. Qui pouvait bien s'amuser à l'agresser sans raison ?

« Tu es réveillé Malefoy ! »

Le sorcier tourna lentement la tête.

« Granger, qu'est-ce que ça signifie ? » grogna-t-il.

Celle-ci se dandina nerveusement.

« Puisque tu ne semblais pas décidé à libérer Harry de son horrible destin, nous avons décidé de t'aider un peu. » répondit-elle mystérieusement.

Drago sentit une mèche de cheveux rêche lui caresser le visage. Il voulut la repousser derrière son oreille mais se rendit compte qu'il était étroitement lié.
Examinant la fameuse mèche de plus près il vit qu'elle n'appartenait pas à sa blonde chevelure. Il remarqua alors que son crâne le démangeait furieusement et finalement compris qu'on lui avait mis une perruque.

« Granger… » commença-t-il d'un ton menaçant.

La jeune femme fit apparaître un miroir devant lui et il poussa un cri d'horreur. On l'avait déguisé en Pansy. Outre la perruque brune, son visage avait été maquillé à outrance, et il avait même des boucles d'oreille clipsées sur ses lobes.

« Désolée, on n'avait pas de polynectar sous la main, on a fait ce qu'on a pu. »

Il allait rétorquer mais elle le fit taire d'un coup de baguette négligent.

« Hermione, il arrive ! »

Ron courrait en direction de la salle dans laquelle ils se trouvaient, suivi de près par Harry.

« Où est Pansy, où est ma déesse, je me languis, est-ce qu'elle me délaisse ? » gazouilla-t-il.

Hermione lui indiqua Drago impuissant, celui-ci vit le Survivant hésiter un moment avant de franchir l'entrée. Il s'avança lentement vers le Serpentard, le front plissé.

Dès qu'il fut arrivé aux pieds de leur victime, Ron et Hermione se ruèrent vers la sortie et la jeune femme lança une myriade de sortilège pour bloquer les accès. En même temps, elle libéra Drago qui sauta sur ses pieds et entreprit de faire disparaître maquillage et fanfreluches tout en les foudroyant du regard, furieux d'avoir été utilisé comme appât.

Harry n'avait pas compris ce qu'il se passait. Il parut infiniment triste de constater que ce n'était pas réellement Pansy qu'il avait sous les yeux. Il tenta de sortir mais les sortilèges d'Hermione l'empêchèrent de passer. Docile, l'air totalement désespéré, il s'assit contre le mur et ne bougea plus.

Drago se dirigea vers la porte et essaya de forcer le passage, sans succès.

« Granger, laisse-moi sortir d'ici, siffla-t-il, impuissant.
- Hors de question, cette pièce a été enchantée pour ne laisser sortir ses occupants qu'une fois la déclaration accomplie. On peut y entrer de l'extérieur, mais il est impossible d'en sortir, lui dit-elle joyeusement.
- Je ne me confesserai pas, peu importe si je reste dans cette pièce pendant des jours !
- On verra… »

Elle partit, Ron sur ses talons laissant derrière elle un Serpentard furieux et un Gryffondor déçu.

Les heures commencèrent à s'écouler lentement. Drago regardait sa montre fréquemment, il était presque minuit et il lui faudrait vraisemblablement passer la nuit dans cette pièce. Il jeta un coup d'œil au Survivant. Il s'était recroquevillé dans un coin et semblait dormir profondément.

« Quels amis irresponsables ! » grogna-t-il en le voyant couché à même le sol.

Il observa le sorcier un long moment avant de se ressaisir. Il ne devait pas se laisser attendrir. Potter avait beau avoir l'air innocent et adorable, il ne devait pas céder.

Il se mit dans le coin opposé et essaya de dormir un peu.

Lorsqu'il se réveilla le lendemain, il avait l'impression de ne pas avoir fermé l'œil de la nuit. Harry n'avait pas bougé.
Il aperçut un plateau rempli à ras bord de nourriture et un mot. Il saisit le morceau de papier avec mauvaise humeur et le lut rapidement.

"Nous avons prétendu que toi et Harry étiez souffrants aujourd'hui, ne t'inquiète pas pour tes cours, je te les copierai, bonne journée.
Hermione."

Il déchira la lettre avec rage. Ses cours ? Comme si c'était sa principale préoccupation pour le moment !

Un grognement sonore retentit et Harry s'étira sous ses yeux, un sourire jusqu'aux oreilles. Il se jeta ensuite sur la nourriture sans paraître remarquer le Serpentard.

Drago remarqua sa chemise qui s'était entrouverte, ses cheveux en désordre, son air naïf et heureux et faillit se jeter sur lui pour l'étreindre. Il était insupportablement adorable. Sa fierté Malefoyenne le retint à temps. Le vrai Harry, celui qui n'était pas sous l'effet d'un philtre d'amour douteux ne serait probablement pas aussi niais. Il serait plutôt du genre à grogner au réveil.

Pourtant cette inexplicable attirance l'envahissait à nouveau.

C'était dangereux. S'il restait encore trop longtemps dans cette pièce avec Potter il risquait de faire quelque chose de bien plus impardonnable qu'un simple baiser. Il avait beau savoir que c'était un garçon, ronchon, fier, Gryffondor, son pire ennemi depuis des années, rien n'y faisait. Ses satanées hormones prenaient le dessus.

« Je suis un Malefoy, je suis hétéro, je suis la classe incarnée, je suis riche, beau, j'ai toutes les filles à mes pieds, je surmonterai cette épreuve. »

Il avait presque réussi à s'auto-convaincre mais une horrible réalité le frappa de plein fouet. On était vendredi. Personne ne s'étonnerait de les voir sécher une journée de cours, mais plusieurs de suite auraient attiré l'attention. Malheureusement, avec le week-end qui arrivait, on ne se rendrait pas compte de leur absence avant plusieurs jours.

Plusieurs jours seul avec Potter !

La journée durant il essaya de se persuader qu'il était capable de surmonter cette épreuve. Mais quand la nuit fut tombée et qu'il vit à nouveau Harry couché en chien de fusil sur le parquet, il dut se rendre à l'évidence… Il n'y arriverait pas.

Un léger ronflement lui indiqua que le Survivant était assoupi. Une idée lumineuse lui vint alors. Il allait lui confesser son amour pendant qu'il dormait ! Il n'entendrait rien et avec un peu de chance ça fonctionnerait quand même.

Il se mit face à la fenêtre et plongea son regard acier dans le ciel d'encre.

« Potter… » commença-t-il.

Il s'arrêta presque un quart d'heure, rassemblant le courage nécessaire pour faire face à cette ultime humiliation.

« C'est le moment ou jamais pour te le dire, reprit-il quand il se fut enfin décidé. Il se pourrait que je… Que je t'ai… aime. »

Il avait prononcé le dernier mot comme s'il lui écorchait la langue. Mais dès que cette confession fut enfin terminée, un soulagement immense le submergea. Il sentit alors deux bras s'enrouler autour de sa taille et sursauta violemment.

« Moi aussi… » lui susurra-t-on à l'oreille.

Drago se retourna pour faire face au sorcier.

« Grey ! » hurla-t-il horrifié.

Le jeune homme l'observait avec béatitude. C'était le plus beau jour de sa vie. Il venait dans cette pièce tous les vendredis soirs pour y observer les étoiles, elle était placée en hauteur et face au lac, la vue était merveilleuse. Il y avait d'ailleurs invité Drago à de nombreuses reprises. Tout d'abord, il crut rêver en l'apercevant à la fenêtre, à l'endroit même où il se plaçait pour regarder le ciel.
Il s'était alors approché lentement. Le Serpentard était perdu dans ses pensées et il ne semblait pas l'avoir remarqué. Mais finalement, le jeune Malefoy l'avait entendu arriver et s'était confessé à lui.

Drago voyait le cheminement des pensées de Grey dans les yeux béats de ce dernier. Il leva les paumes pour tenter de s'expliquer mais le garçon se jeta sur lui pour l'enlacer. Il n'avait pas remarqué Harry, couché dans un coin de la pièce.

Drago se dégagea brutalement et courut éperdument vers la sortie. Il ne voulait pas rester avec Grey une seule seconde de plus. Dans son état, le sorcier n'écouterait aucune de ses explications et il le savait parfaitement.

« Merlin, faites que cette confession ait fonctionné ! » pria-t-il avant de franchir le seuil.

Il réussit à passer et en déduisit que ça avait marché, même si Potter dormait lorsqu'il lui avouait son amour avec tant de romantisme.

« Si j'avais su je l'aurais assommé plus tôt, pensa-t-il en fuyant à toutes jambes.
- Drago ! Ne sois pas si timide ! » hurla son admirateur.

Le Serpentard ignora Grey et se précipita dans sa salle commune. Il se rua dans sa chambre et s'y barricada.

Avec horreur il entendit le sorcier raconter à tous les élèves présents comment il lui avait avoué son amour.

C'était véritablement le pire jour de sa vie.