Créatrice de la saga Twilight : la fabuleuse Stephenie Meyer
Auteure de Wisp : la formidable Cris
Traductrice de la version française intitulée Brindille : Milk40
Merci énormément pour tous vos commentaires, et bonne lecture.
Chapitre 36
Il s'avéra qu'Edward n'eut pas l'occasion de montrer à Brindille son nouveau lecteur de DVD et les films qu'Alice lui avait donnés. Elle était K.O. avant même qu'ils ne soient rendus à l'étage, s'endormant comme une masse dans ses bras. Elle était si sensible à ses médicaments, la pauvre. Il sourit en l'installant sur son matelas gonflable. Bien qu'en réalité elle ait seulement avalé quelques gorgées de liquide, il avait bon espoir qu'elle soit en voie d'aller mieux. Avant son séjour à l'hôpital, elle ne pouvait même pas garder une gorgée d'eau pendant plus de quelques minutes. Le son de ses pleurs, alors qu'elle avait des haut-le-cœur mais plus rien à régurgiter, était plus que déchirant. Cela n'aidait pas du tout qu'ils ne puissent pas lui expliquer pourquoi elle se sentait si mal ou ce qui se passait. Savait-elle ce qu'était un virus ? Sûrement qu'elle avait été malade avant – les gens ne s'échappaient pas de l'enfance sans maladie, même dans les meilleures circonstances.
Ou était-ce le cas ? Il était impossible de savoir quel type de contact avec le monde extérieur elle avait eu avant cela, et le contact avec des personnes infectées était le mode de propagation de la maladie.
Mais tout de même. Cela ne pouvait pas être la première fois qu'elle avait été malade.
Edward la déposa sur son matelas gonflable, et il s'apprêtait à ramener les couvertures sur elle quand elle tendit une main maladroite, attrapant sa manche alors que des yeux lourds de sommeil s'ouvraient. « Ed-ward, » marmonna-t-elle, tirant faiblement.
« Chut, Petite Brindille, tu peux dormir. Je suis ici, et je ne te laisserai pas. » Jamais. Pas tant qu'elle aurait besoin de lui.
« Ed-ward. » Sa voix était à peine plus qu'un souffle, mais elle ne lâcha pas sa manche.
« D'accord, ma Douce. D'accord. » Il toucha sa joue chaude, puis il se glissa doucement à côté d'elle sur le matelas pneumatique. Et puis merde. Rosalie n'arrêtait pas de lui dire qu'il n'était pas un prédateur sexuel, et si sa Brindille le voulait près d'elle, il n'allait pas argumenter.
Elle émit un doux bruit de contentement, se nichant contre son flanc et laissant sa tête s'enfoncer dans son oreiller. « Edward. »
« Je suis à toi, ma Précieuse. » Il embrassa le sommet de son crâne, se servant de son bras libre pour la border dans les couvertures.
Elle se rendormit en quelques secondes.
Edward rit doucement et embrassa ses cheveux humides, puis il tendit le bras pour prendre le livre sur sa table de chevet. Il était plus avancé dans sa récupération qu'elle ne l'était, et il ne sentait pas le besoin de dormir toute la journée et toute la nuit. Le matelas gonflable n'était pas aussi confortable que son lit, mais c'était amplement suffisant. Il s'installa, la tête de Brindille appuyée à côté de lui, son front touchant doucement la courbe de son épaule, et il ouvrit le livre.
ooo
Elle dut être réveillée le matin pour recevoir ses médicaments selon l'horaire prévu, et aucune de ces choses ne lui plaisait. Elle gémit doucement et enfouit sa tête dans son oreiller, une main tirant sur ses couvertures. Edward détestait la déranger, mais ceci était important. Il lui chatouilla l'oreille. « Petite Brindille, » dit-il gentiment. « Allez, Trésor. Je sais que tu veux dormir, mais tu as besoin de tes médicaments. » Avec précaution, il la mit en position assise. Elle retomba en arrière comme une poupée de chiffon, se balançant dans ses mains, ses grands yeux à peine plus ouverts que des fentes.
« Non, Edward, » marmonna-t-elle d'un ton plaintif, affligé.
« Gentille fille. » Laisser connaître ses désirs avec des mots plutôt que simplement avec le langage corporel était un pas dans la bonne direction. Malheureusement, il ne pouvait pas la laisser obtenir ce qu'elle voulait cette fois-ci. « Je te remercie de me parler. J'ai besoin que tu t'asseyes juste une seconde, et ensuite tu pourras te rendormir. »
Elle ne protesta pas quand il porta les pipettes de médicament liquide à ses lèvres – d'abord le médicament anti-nausée, puis l'analgésique. Dans les prochains jours, ils tenteraient de la sevrer de ces deux choses. Parce qu'elle ne parlait pratiquement pas, ils devraient surveiller de près les signes qu'elle souffrait. Edward soupçonnait qu'elle irait bien. Il était davantage préoccupé par son estomac, mais elle ne pouvait pas rester médicamentée pour toujours.
« De l'eau ? » Il lui offrit une tasse, et elle prit plusieurs petites gorgées avant de lancer un regard de convoitise à son oreiller. « Bien. » Edward l'aida à se réinstaller sur le matelas, la bordant à nouveau dans ses couvertures. « Voilà. Maintenant tu peux dormir encore un peu. Toutefois je veux que tu te lèves dans quelques heures et que tu essayes de manger. »
Elle dormait avant qu'il ait fini de parler.
Comme il n'était pas fatigué, Edward en profita pour prendre une douche. Ce fut une longue épreuve, qu'il fit suivre par une séance de rasage, après quoi il se sentit beaucoup plus humain. Mieux qu'il ne s'était senti durant la dernière semaine ou plus, en tout cas. Pauvre Brindille, songea-t-il. Elle avait été plus malade que lui. Il ne pouvait pas imaginer comment elle avait dû se sentir en piteux état pendant le pire. Au moins elle avait été médicamentée et capable de dormir. Il fit des toasts et du thé – Carlisle recommandait de ne pas prendre de café pendant encore quelques jours – et il s'installa sur le canapé. C'était un peu étrange d'être assis ici sans Brindille sur ses genoux, pour être honnête.
Avant qu'il ne puisse décider comment s'occuper pendant que Brindille dormait – lire, se rattraper sur les nouvelles, parcourir ses notes pour le livre qu'il était censé être en train d'écrire – son téléphone bourdonna sur la table. Rosalie.
« Tiens, une revenante. »
« Va te faire foutre, » dit-elle. « Comment va ma petite ? »
« Ma petite, » corrigea Edward. « Elle dort. J'ai entendu dire que tu avais été emprisonnée. »
« Foutu docteur, » grommela Rose. « Je vais bien, je le jure devant Dieu. Je flanquerais son cul à la porte et je me trouverais un nouvel obstétricien gynécologue, mais personne d'autre n'accepte de nouveaux patients dans cette putain de ville. » Elle fit une pause, et Edward put entendre des voix en arrière-plan.
« Es-tu au boulot ? »
« Ouais, mais je dois déléguer. » Edward pouvait entendre la dérision dans sa voix. « Putain, qu'est-ce que c'est censé vouloir dire ? Y a plein de femmes qui travaillent et qui ne peuvent pas déléguer leurs responsabilités. Je veux dire, que dirait-il si je lui disais que je vais être virée si je ne transporte pas la merde partout comme j'avais l'habitude de le faire ? »
« Rose, tu es la patronne. Tu ne peux pas vraiment te congédier toi-même. »
« Là n'est pas la question, trouduc. » Elle aboya rapidement un ordre à quelqu'un, puis revint au téléphone. « Vraiment, comment est-elle ? J'étais furax de ne pas pouvoir aller la voir à l'hôpital. »
« Elle est… c'est lent, mais je pense qu'elle est sur la bonne voie. » Edward regarda les escaliers. Ils étaient vides, et Brindille devait dormir paisiblement juste au-dessus de lui. C'est du moins ce qu'il espérait. « Ses médicaments l'ont assommée. Ce n'est pas aussi sérieux qu'à l'hôpital, mais elle est encore pas mal dans les vapes. Une partie de moi souhaiterait pouvoir changer ça, et une partie de moi se dit que de toute façon il vaut peut-être mieux qu'elle dorme à travers le plus clair de cette épreuve. Être aussi malade ne peut pas être agréable. »
« Ouais, » approuva Rosalie. « Je comprends ce que tu veux dire. Écoute, Jasper est censé me dire quand je pourrai recommencer à venir. Je trouve ça stupide – de toute évidence elle n'est plus contagieuse – mais Emmett est assez catégorique et je pense que nous allons le laisser décider cette fois-ci. Ce sera bon pour lui. » Elle fit une pause. « Il y a quelqu'un que j'aimerais présenter à Brindille, quand elle se sentira un peu mieux. »
« Qui ? » Edward fut instantanément en état d'alerte. Le cercle 'social' de Brindille, si on pouvait l'appeler ainsi, était composé de la famille, des amis proches, et des gens nécessaires à son bien-être qui travaillaient sur son cas, tels que Scott et Garrett. Pourquoi Rose aurait-elle soudainement envie de la présenter à quelqu'un d'autre ?
« Mon amie Emily. Elle faisait partie d'un groupe de thérapie auquel j'ai adhéré après avoir été violentée par Royce. Elle s'est mariée jeune – vraiment très jeune – et il lui a fallu des années pour rassembler le courage de quitter son mari abusif. Nous avons quitté le groupe à peu près à la même époque, et elle est allée à l'Université de Washington. Elle est de retour en ville après avoir obtenu son diplôme, et j'aimerais que Brindille la rencontre. »
Edward réfléchit. Il ne pensait pas qu'il avait vraiment le choix au sujet de ceux qu'Emmett amenait chez lui, Emmett étant un flic et tout, mais il pouvait choisir les gens que Rosalie présentait à Brindille. Cela étant dit, il ne pensait pas que c'était nécessairement une mauvaise idée. Brindille pouvait bénéficier d'une autre femme dans sa vie, et l'opinion d'une femme semblable à Rose, qui avait souffert des choses que les hommes étaient capables de faire subir, devrait être bien accueillie. « D'accord, » dit-il lentement. « Mais je veux attendre jusqu'à ce qu'elle se sente mieux. Elle n'est vraiment pas en état d'être stressée en ce moment. »
« Je ne veux pas la stresser, » répliqua sèchement Rosalie. « Seigneur Jésus, Edward. Je ne suis pas cette salope de psychiatre. Mais tu sais aussi bien que moi que ses progrès sont au point mort et ont même reculé depuis un certain temps maintenant. Elle a besoin d'avoir un petit coup de pouce, je pense, et Emily pourrait être la personne tout indiquée pour le faire. »
Ouais, Edward le savait, mais il n'aimait pas ça. Il voulait envelopper cette fille étroitement dans des vêtements, des couvertures et des oreillers chauds – tout ce qui faisait son bonheur – et refuser de laisser le reste du monde la déranger. Il voulait la laisser se reposer et avoir toutes les choses qui la rendaient heureuse qu'il pouvait lui procurer. La compagnie des gens qui l'aimaient et de son chat. De la bonne nourriture et des fournitures d'art. Tout ça. Il sourit légèrement en se demandant si Carlisle et Esmée pourraient envisager de faire installer une piscine. Il ne pouvait pas en être certain, bien sûr, mais il pariait que Brindille prendrait plaisir à nager comme… eh bien, comme un poisson dans l'eau.
« Je comprends, » dit-il. « Ne la pousse pas, Rose. »
« Vous, les hommes. » Il pouvait entendre son visage de garce au téléphone. « Vous pensez que vous savez ce qui est le mieux. Nous sommes beaucoup plus robustes que vous ne semblez le croire, tu sais. »
Edward laissa Rosalie continuer à parler ; c'était juste des restes d'irritation au sujet de sa propre situation, après tout, et pas nécessairement celle de Brindille. Elle pourrait vraiment penser qu'il protégeait trop la jeune femme – en fait elle le pensait probablement. Mais ce n'était pas à elle de décider. C'était lui qui était responsable de Brindille. Lui, ainsi que Jasper et Scott. Et son thérapeute, quand ils lui en trouveraient un. C'était sur sa liste de choses à faire, il le jurait. Mais elle avait eu une énorme rechute, et puis ils avaient tous les deux été malades. Quand elle irait mieux, se promit-il. Quand elle irait mieux, il commencerait à passer des appels.
Parlant d'appels… Edward dit au revoir à Rose, puis il composa le numéro de son mari.
« Ed, Mec, comment ça va ? Plus de vomissements en jets ? »
Edward grimaça. Il ne voulait pas vraiment se souvenir de la dernière semaine, honnêtement. « Isabella, » dit-il à la place. « Elle était complètement désorientée à cause de sa fièvre, puis avec les médicaments, mais je suis sûr à quatre-vingt dix pour cent que son nom est Isabella. »
« Ouais, Esmée m'a raconté. Malheureusement, ça ne nous a donné aucune piste. »
Edward cligna des yeux. « Un nom ne vous donne pas de piste ? »
« Il n'y a pas d'Isabella portée disparue aux États-Unis ou au Canada correspondant à sa description. Il y a une femme de trente-cinq ans nommée Isabella Carter qui a disparu à Ottawa, au Canada, mais c'est tout, Vieux. Et nous sommes en train de vérifier à l'échelle internationale, mais ça va prendre un certain temps. »
« Un deuxième prénom ? » Edward savait qu'il s'accrochait à un semblant d'espoir, mais il s'en fichait.
« Nous avons aussi vérifié cette possibilité. Ça n'a rien donné. »
Et Isabella ne pouvait pas être un surnom – c'était trop long et formel. Ce n'était pas non plus un nom de famille. Était-ce vrai, alors, ce que James avait dit ? N'y avait-il vraiment personne à sa recherche ? Edward tira brutalement sur ses cheveux. Ce n'était tout simplement pas possible. Comment une fille pouvait-elle disparaître sans que personne ne s'en aperçoive ? Comment pouvait-on la regarder et ne pas souhaiter la récupérer ?
« Donc nous sommes de retour là ou nous avons commencé. » Sa voix était abattue. « Et nous n'avions rien pour commencer. »
« Désolé, Mec. Parfois c'est à ça que le travail de la police ressemble. Nous avons vérifié tous les Gerandy dans l'État de Washington, sans qu'aucun d'eux n'attire notre attention. Personne n'est à la recherche d'une fille de son âge qui correspond à sa description. Le Chef veut organiser une rencontre avec toi et son travailleur social pour discuter de la prochaine étape. »
« Quelle est la prochaine étape ? »
« S'adresser aux médias. » Emmett gémit. Edward connaissait ce son. Il venait de s'asseoir. « Je sais que tu ne veux pas, et nous ne voulions pas non plus. Je ne pense pas que qui que ce soit d'entre nous veuille faire de Brindille une attraction médiatique. Mais… putain, Mec. Peut-être que quelqu'un quelque part sait quelque chose. Peut-être que nous pouvons faire en sorte qu'ils viennent à nous. »
Edward n'aimait pas ça. Il n'aimait pas ça du tout. « Emmett, tu sais qu'elle ne sera pas capable de gérer ça. » Une fois que les médias se seraient emparés de cette histoire, l'histoire d'une fille sauvage qui pensait qu'elle était un animal, Brindille et lui n'auraient plus la paix. Comment diable était-elle supposée faire des progrès, ou même juste se sentir à l'aise ? Ils n'allaient jamais être en mesure de l'emmener où que ce soit. Ce cottage était son sanctuaire, mais il ne voulait pas qu'il devienne aussi sa prison.
« Calme-toi, Ed. Tu sais que personne ne veut ça. Nous allons commencer petit – faire paraître une photo et demander de l'aide pour l'identifier. C'est tout. Pas de détails. Ce sera très bien. »
Edward n'en était pas si sûr, mais que pouvait-il faire ? C'était leur initiative, pas la sienne. Il était possible que Scott puisse les en dissuader, mais il doutait que le travailleur social le ferait. Trouver d'où elle venait était trop important. « Pour la petite histoire, » dit-il en frottant l'arête de son nez, « je n'aime pas ça. » Putain, il pouvait sentir le début d'un mal de tête causé par la tension.
« Ouais, nous le comprenons. C'est juste que… que sommes-nous censés faire d'autre ? Nous avons besoin de réponses, et nous n'en avons aucune. »
Edward le savait bien. Mais ça ne voulait pas dire qu'il devait aimer l'idée de laisser le public envahir la petite bulle sécuritaire de Brindille.
ooo
Une heure et demie plus tard, Une Brindille ensommeillée descendit les escaliers à reculons, ses yeux comme de minces fentes à peine ouvertes. Edward sourit en la regardant se rendre à la salle de bain, et il lui donna quelques minutes d'intimité avant d'aller la rejoindre.
Quand il jeta un coup d'œil par la porte ouverte, Edward dut réprimer un éclat de rire. Ce n'était vraiment pas drôle… sauf que ça l'était. Elle avait utilisé les toilettes – ça il l'avait entendu – et elle s'était promptement rendormie sur le tapis de bain moelleux en face de la baignoire. Edward expira lentement en secouant la tête. Ils avaient vraiment besoin de la sevrer de ses médicaments. Ça devenait ridicule.
Il la prit dans ses bras et la ramena à l'étage, l'installant une fois de plus sur son matelas pneumatique. Les couvertures étaient encore chaudes de la chaleur de son corps, et elle s'enfouit dans leur douceur. Ses cheveux étaient emmêlés et elle avait besoin de se laver, mais tout ça pouvait attendre. Il écarta les cheveux de son visage et fut récompensé par un petit bourdonnement de contentement avant qu'elle s'enfonce plus profondément dans le sommeil.
La réveiller de nouveau ne serait pas amusant, mais il fallait qu'elle essaye de manger. Edward prépara un sachet de gruau et un peu de thé tiède, et apporta les deux à l'étage. Bête demanda à flairer ce qui était dans le bol, mais une fois qu'elle découvrit ce que c'était, elle s'éloigna à nouveau.
« Hé, ma jolie. » Edward chatouilla à nouveau son oreille. « Je sais que dormir est l'une de tes activités préférées, mais il est important d'être éveillé aussi. »
Elle poussa sa main, et il rit en attrapant ses doigts, les pressant légèrement.
« Allez, maintenant. Assieds-toi pour moi. »
Groggy et désorientée, elle fit ce qu'il lui demandait. Edward tira le coussin de lecture hideux qu'Alice avait donné à Brindille, et elle sembla être plus en mesure de se tenir avec celui-ci dans son dos. Elle se frotta les yeux, puis elle regarda dubitativement le bol qu'Edward lui offrait. « Aïe, » dit-elle, passant un bras autour de son estomac.
« Qu'est-ce que cela veut dire, Trésor ? Est-ce que ça fait mal maintenant, ou est-ce que tu te rappelles simplement que ça faisait mal avant ? »
Mais elle ne répondit pas à la question, comme il savait qu'elle ne le ferait pas. Elle accepta le thé, prenant de petites gorgées du liquide.
« Gentille fille. » Edward lui caressa la joue. « Je veux néanmoins que tu essayes de prendre une cuillérée pour moi. Juste une, d'accord ? » Il souleva la cuillère avec un peu de gruau et la lui offrit.
« Aïe, Edward. » Ses yeux noirs étaient remplis de sommeil, et ils regardaient la cuillère avec appréhension.
« Je sais, Petite Brindille. Je sais. Juste… s'il te plaît ? Une cuillérée. Je ne te ferai pas manger plus que ça. »
Elle gémit, et le son eut presque raison de lui. Il n'était pas doué pour lui dire non – pas quand elle le regardait avec ces doux yeux sombres. La réveiller était déjà assez difficile. Mais ceci était important. Elle avait besoin de manger, ou elle se retrouverait encore à l'hôpital. Il fallait qu'elle sache qu'elle pouvait manger – qu'elle n'allait pas toujours tout régurgiter.
« Allons. » Il essaya de se dérober à son regard suppliant, et il porta à nouveau la cuillère à sa bouche, la maintenant là. « Une cuillérée, et puis je vais arrêter de t'embêter. »
Avec une réticence née de sa mauvaise expérience, elle céda. Il savait qu'elle le ferait ; elle n'avait pas le réflexe d'argumenter, même si elle était lentement en train d'apprendre à exprimer ses préférences. Elle cédait face à lui, parce qu'elle ne savait pas comment faire autrement.
« Merci, » dit-il, et fidèle à sa parole, il ne la fit pas manger davantage. Il la regarda avaler la petite cuillérée, puis boire plus de son thé. Elle avait l'air résignée, comme si elle s'attendait à vomir bientôt.
« Je sais que tu as peur d'être malade à nouveau. » Edward poussa le bol de côté et prit le lecteur de DVD à la place. Une bonne distraction lui ferait du bien, et il ne voulait pas qu'elle se rendorme tout de suite. « Regarde, Alice a apporté ça pour toi, mais je pense que tu étais trop confuse pour vraiment le remarquer. » Il ouvrit l'appareil, le brancha, et choisit Peter Pan parmi la poignée de DVD de Disney qu'Alice avait fournis. « Regarde, Petite Brindille. Je pense que tu vas vraiment aimer ça. »
Elle fit ce qu'il lui demandait.
Ses yeux fatigués devinrent énormes, et elle s'assit, parfaitement immobile, tandis qu'Edward plaçait le lecteur de DVD sur ses genoux. Il lui prit la tasse de thé des mains, juste au cas où, et ajusta le volume afin de ne pas irriter ses oreilles sensibles.
Du générique d'ouverture jusqu'à la scène finale, elle demeura… en transe. Edward ne pouvait pas penser à un meilleur mot. Ses yeux ne quittèrent jamais le petit écran sur ses genoux, et il ne la vit pas bouger.
Toutefois, elle fit du bruit.
« Peter ! » Couina-t-elle quand il apparut la première fois. Oui, elle le reconnaissait. Edward s'était posé la question, étant donné qu'évidemment la version de Disney ne ressemblait pas exactement aux illustrations dans son livre. Mais elle le reconnaissait. Edward avait prévu de prendre un livre pendant qu'elle regardait son film, mais il réalisa qu'il ne pouvait pas détourner le regard. Ses réactions étaient beaucoup trop émouvantes. « Mauvais ! » Haleta-t-elle en apercevant le capitaine Crochet, et quand une bombe dissimulée fit exploser le repaire des Garçons Perdus, elle cacha sa tête dans ses mains et gémit.
C'était… Edward ne pouvait pas se souvenir de la première fois qu'il avait regardé la télévision. C'était juste une partie de son enfance, quelque chose qui avait toujours été là. Les dessins animés du samedi matin et les bols de Fruit Loops ou d'Apple Jacks, souvent avec Emmett s'il avait dormi chez lui la nuit précédente. Les nouvelles bourdonnant en arrière-plan les soirs de semaine, pendant qu'il faisait ses devoirs. Les films à la maison et au cinéma. Disney et Don Bluth, puis des films plus matures au fur et à mesure qu'il grandissait.
Brindille n'avait rien eu de tout cela.
Il ne pouvait pas le dire à coup sûr, bien entendu. Mais la façon dont elle regardait le petit écran, osant à peine respirer, était un indice flagrant. Alors que l'écran revenait au menu principal, elle tendit des mains tremblantes et souleva lentement le lecteur de DVD. Elle regarda à la base et à l'arrière, puis elle tira sur le cordon d'alimentation jusqu'à ce qu'il se détache.
« Non ! » Elle tint le dispositif dans une main et le cordon dans l'autre, et elle leva les yeux vers Edward avec quelque chose qu'il espérait ne pas être de la crainte.
« Hé, ça va. Il n'est pas cassé. » Il remit le cordon d'alimentation dans l'appareil, puis il le retira de nouveau pour lui montrer. « Tu vois ? C'est comme ça que ça fonctionne. »
Elle passa une bonne minute à brancher et à débrancher le cordon d'alimentation, puis tourna l'écran vers Edward. Il affichait toujours le menu principal. « Peter ? »
« Ouais, c'était Peter. As-tu aimé ça ? »
« Peter, » dit-elle encore, tendant le lecteur de DVD plus loin vers lui.
« Tu… veux le regarder à nouveau ? » Edward espérait qu'il comprenait ce qu'elle essayait de lui dire. « Tu en as d'autres. Alice t'a donné plus d'un film. Veux-tu en regarder un autre ? » Il lui montra les boîtiers, mais elle n'était pas intéressée.
« Peter ! »
« Ok, ok. » Il émit un petit rire. « Va pour Peter. » Il appuya de nouveau sur le bouton pour faire jouer le film.
Le film jouait depuis environ quinze minutes lorsque la porte d'entrée s'ouvrit. Edward descendit et rencontra Esmée à la porte.
« Comment va mon petit monde ? » Elle l'étreignit. « Tu as l'air beaucoup mieux. »
Il rit. « Je me suis lavé. »
« Et Brindille ? »
Edward lui fit signe de monter à l'étage.
Brindille était exactement là où il l'avait laissée, fixant l'écran de son lecteur de DVD, et elle ne leva même pas les yeux alors qu'il entrait dans la pièce avec Esmée.
« Oh… » Esmée sourit. « C'est chou. C'est aussi une bonne activité à faire pendant qu'elle est malade, tranquille et tout. »
Edward en convint. C'était assez divertissant pour retenir son attention de sorte qu'elle ne s'endorme pas, mais ça demeurait une activité tranquille et reposante. Il lui procurerait tous les DVD qu'elle voulait, si cela signifiait qu'elle resterait sagement assise et se détendrait pendant qu'elle était malade.
« J'ai eu des nouvelles d'Emmett aujourd'hui. »
« Oh ? »
« Il a dit que son nom, s'il s'agit bien de son nom, n'a pas apporté de nouvelles pistes. Il veut mettre sa photo – »
« Chut. »
Edward cligna des yeux. Ce n'était pas Esmée qui l'avait fait taire, mais Brindille. Elle les regarda avec son petit visage solennel. « Peter, » dit-elle, indiquant l'écran sur ses genoux.
« D'accord, ma Chérie, » fit Esmée, et Edward pouvait dire qu'elle se retenait de rire. « Nous allons descendre pour parler, et tu peux regarder Peter. »
De retour au rez-de-chaussée, Edward laissa échapper un petit rire. « Chaque fois que je pense que j'ai percé cette fille à jour, elle me surprend. »
« Elle nous surprend tous. » Sa tante alla dans la cuisine et mit la bouilloire en marche. « Comment a-t-elle été aujourd'hui ? »
« Somnolente. » Edward s'appuya contre le comptoir de la cuisine. « Je sais que les médicaments sont importants, mais ils l'assomment et la rendent confuse. Je serai heureux quand elle ne sera plus autant dans les vapes tout le temps. »
« Est-ce qu'elle te cause des problèmes ? »
Edward secoua la tête. Quels problèmes pourrait-elle causer ? Même si elle apprenait à s'exprimer, elle s'en remettait encore à d'autres chaque fois qu'il y avait la moindre confrontation. À part d'essayer à nouveau de lui faire une fellation – une expérience qu'il espérait ne jamais avoir à revivre – que pourrait-elle faire ? « Je me sens mal de la réveiller, même si je sais qu'elle ne peut pas juste dormir toute la journée. Je pense que les films étaient une idée vraiment bonne. »
« Bénie soit Alice pour sa générosité. » Esmée regarda ce qu'il y avait dans le réfrigérateur. « Je sais que ça n'a rien d'emballant, mais que dirais-tu que nous ayons du poulet et du riz ce soir ? A-t-elle mangé ce que tu lui as donné ? »
« Une cuillérée de gruau ce matin, et même ça, ç'a été un défi. » Edward se frotta le visage. Peut-être qu'Esmée serait disposée à essayer de nourrir Brindille ce soir. Il n'avait vraiment pas hâte de le faire à nouveau. « Elle a peur, je pense. Tu sais, d'être malade si elle mange. »
« Pauvre bébé. Eh bien, si elle a gardé cette cuillérée, c'est un début. Des liquides ? »
« Elle continue de prendre des petites gorgées, mais elle boit. Je ne suis pas trop inquiet. »
« Mm. J'ai du Seven-Up, quoique les médicaments semblent stabiliser son estomac convenablement. Peut-être qu'elle va aimer ça. »
Alors qu'Esmée commençait à préparer le riz, Edward lui raconta ses conversations avec Rose et avec Emmett. « Je ne sais pas, » dit-il, ouvrant une cannette froide de Seven-Up et versant environ la moitié de celle-ci dans un gobelet en plastique. « Je n'aime pas l'idée de sa photo au grand jour dans les médias. J'ai juste… » Il secoua la tête. « James a dit quelque chose lors de son entrevue avec le procureur – tu sais, quand ils lui ont refusé une négociation de peine ? Je ne peux pas me le sortir de la tête. »
« Qu'est-ce qu'il a dit ? »
Edward regarda les bois s'assombrissant rapidement par la fenêtre. Il pouvait encore entendre parfaitement le ton de James en train d'argumenter avec l'homme qui allait décider de son sort. « Il a dit qu'il y avait peut-être quelqu'un qui la cherchait, mais que si c'était le cas, ce n'était pas sa famille. » Il était difficile d'expliquer exactement ce qu'il y avait à propos de cette déclaration qui lui avait fait dresser les poils de la nuque. Quand il le dit à Esmée, ça ne sonna pas de la même façon que ça sonnait dans sa tête. « Je ne sais pas, c'est juste… la façon dont il l'a dit. Nous savons qu'il a au moins un complice qui se promène en liberté. Il n'a pas été en contact avec qui que ce soit depuis qu'il est en prison, pas même sa famille. Mais si nous mettons la photo de Brindille en circulation… Que se passera-t-il si quelqu'un qui ne devrait pas voir cette photo tombe dessus ? Et si quelqu'un la trouve, et qu'il s'avère qu'il aurait mieux valu qu'elle reste perdue ? »
Esmée se détourna de la cuisinière et étudia Edward alors qu'il allumait la lumière. « Tu es dans une situation difficile. » Sa voix était douce. « Je ne crois pas qu'il y ait nécessairement de bonnes ou de mauvaises réponses. C'est une question de priorités. La priorité d'Emmett est de résoudre le cas qu'on lui a confié – trouver celui ou ceux qui ont fait ça à Brindille et les traduire en justice. Je sais qu'il est aussi préoccupé par le fait qu'elle pourrait ne pas être la seule victime. Il doit s'inquiéter de la possibilité que d'autres filles soient toujours prises au piège là d'où vient notre Brindille, et de leurs besoins, de leur sécurité. Toi – je sais que tu veux ces réponses pour elle aussi, mais ce n'est pas ta première priorité. Tu te préoccupes de cette fille, de sa vie au quotidien et de son avenir. Tu t'inquiètes de choses qui sont moins importantes pour Emmett en tant que policier, mais je sais qu'en tant que ton ami il s'inquiète lui aussi. Tu veux qu'elle soit heureuse, et en sécurité. Tu veux qu'elle vive le moins de stress possible, et mêler les médias à cette affaire n'est pas la voie à suivre si tu veux réduire le stress. » Elle sourit doucement à son fils – de manière un peu triste, un peu mélancolique. « Je pense que si Scott est d'accord avec la police tu n'auras pas beaucoup le choix. Donc la question sera de savoir comment gérer cela, en allant de l'avant. Comment la protéger autant que possible des pires membres de l'humanité. »
Ouais, c'est à peu près ce qu'Edward pensait. Il n'aimait pas ça, mais il allait devoir s'y faire. Il était fort possible que Scott soit d'accord avec la recommandation du chef de la police, et son travail à l'avenir serait de faire de son mieux pour la garder heureuse et en sécurité pendant qu'ils seraient encerclés par les requins des médias. C'était une histoire juteuse ; ils seraient incapables de résister.
« Ont-ils dit s'ils pensent qu'offrir une récompense pour toute information serait utile ? » Demanda Esmée en sortant les poitrines de poulet du réfrigérateur. « Carlisle et moi serions heureux de le faire. »
« Emmett ne m'en a pas parlé. Je… ne sais vraiment pas. Je veux dire, d'une part il y aura des escrocs qui vont tout essayer pour obtenir la récompense. D'autre part, ça pourrait inciter quelqu'un qui sait quelque chose mais qui autrement ne se donnerait pas la peine de sortir de l'ombre. »
« Bon, eh bien je leur en toucherai un mot la prochaine fois que je verrai l'un d'eux. » Esmée indiqua la tasse sur le comptoir. « Apporte-lui ça. Elle doit boire autant qu'elle le peut. »
Edward y alla, mais son esprit était encore encombré par des pensées désagréables. Était-ce si mal, se demanda-t-il, de vouloir la garder en sécurité ? De se faire du souci à propos de chaque nouvelle expérience, chaque étranger qu'ils laissaient entrer dans sa vie ? Il faisait entièrement confiance à sa tante et à son oncle, à Emmett et à Rosalie, à Alice et à Jasper, et il savait qu'il était entre de bonnes mains avec eux – et peut-être plus important encore, que Brindille l'était elle aussi. Mais quelqu'un d'autre… Il secoua légèrement la tête en entrant dans la chambre, essayant de s'éclaircir les idées. Le petit visage pâle de Brindille brillait d'une lueur bleue dans la lumière réfléchie par le lecteur de DVD. Il alluma sa lumière de lecture pour lui donner un peu plus d'éclairage sans la lumière dure du plafonnier, puis il lui prit la main et y plaça la tasse.
« Essaye ça, » lui dit-il. « Il faut que tu continues à boire. »
Elle obéit, comme elle le faisait toujours : comme elle avait été entraînée à le faire. Qu'elle ait été battue, qu'elle ait eu un lavage de cerveau, ou les deux, elle était une petite chose souple et malléable. Elle ne combattait pas. Elle ne cherchait pas à se protéger. Il l'avait seulement vue protester – vraiment protester – quand elle pensait que Bête était en danger. Elle faisait pour son chat ce qu'elle ne faisait pas pour elle-même.
Alors que ses lèvres entraient en contact avec le liquide pétillant, Brindille recula brusquement. Elle regarda dans la tasse pendant un long moment, puis elle y trempa un doigt et le lécha. Edward gloussa et la laissa faire, retournant en bas pour voir si Esmée avait besoin d'aide. Il était un peu mal à l'aise qu'elle prenne tant soin de lui. Il était un homme adulte, après tout. Mais il savait que c'était pour le bénéfice de Brindille plus que pour le sien, et il ne pouvait pas refuser cette aide quand il était clair que Brindille avait jeté son dévolu sur Esmée, et Esmée le sien sur Brindille. Elle était, à certains égards, la fille que sa tante n'avait jamais eue. Et personne ne méritait l'amour d'une mère plus que Brindille.
Quand il se proposa de l'aider, Esmée lui dit que le dîner était presque prêt. Elle se versa plus d'eau chaude pour le thé, puis elle ajouta qu'il pouvait nourrir Bête s'il tenait vraiment à aider.
C'est ainsi qu'Edward se mit à chercher un des plats de Bête et une boîte de nourriture pour chat dans l'armoire. Il mit une cuillérée de la substance malodorante dans le plat et le posa sur le sol, un peu surpris d'avoir réussi à tirer le couvercle de la boîte sans que l'animal ne s'en aperçoive. La chatte venait toujours en courant quand elle entendait ce bruit.
« Bête, » appela-t-il. Il doutait qu'elle connaisse son nom, mais il n'allait pas faire le tour de la maison en faisant des bruits de bisous et en lançant des « Minou, minou » à la ronde. Il lui restait un peu de dignité.
Mais la chatte ne vint pas.
Il regarda partout – sous les lits, dans les placards, derrière le canapé. Les armoires. La baignoire. Le dessus de la grande bibliothèque. Il regarda partout où il pensait qu'elle pouvait se cacher, puis regarda de nouveau.
Pas de chat.
« Tu ne penses pas qu'elle aurait pu s'échapper quand tu es entrée, n'est-ce pas ? » Demanda-t-il finalement, s'arrêtant à la porte de la cuisine. Il était rempli d'une sorte d'énergie nerveuse, les composés chimiques s'infiltrant dans son système alors que l'ampleur du problème potentiel se faisait jour en lui.
Esmée pâlit. « Je… ne sais pas. Je ne l'ai pas vue, mais je portais des sacs, et… » Elle mit sa main sur sa bouche. « Oh, non. Edward. »
Comme tu dis, pensa Edward. Le chat avait disparu. Comment diable était-il censé expliquer ça à Brindille ?
Mille mercis à ma correctrice mlca66, pout tout.
À bientôt.
Milk
Ajout post publication : comme le temps des fêtes arrive à grands pas, je n'aurai pas le temps de publier un autre chapitre régulier avant Noël, car je veux poster l'outtake Wisp's Christmas pour vous mettre dans l'ambiance festive. Ça tombe bien aussi car Cris l'a écrit au moment où elle en était au chapitre 35 de son histoire...
