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Point de vue externe
Flashback
24 mars 2008
Elle souffla, un air triste gravé sur le visage. Elle était fatiguée. Fatiguée de toutes ces déceptions, fatiguée de toutes ces désillusions, fatiguée de faire semblant. Elle aimerait tellement tout laisser tomber et s'enfermer dans son monde pour toujours. Pourtant elle savait qu'elle ne pourra jamais accéder à cette paix intérieure, ce bonheur utopique que chaque homme recherchait désespérément.
Avec un soupir douloureux, elle posa sa lourde valise devant sa porte d'entrée. Elle détestait trimbaler ses affaires d'un endroit à l'autre. Mais ce choix s'était imposé comme une évidence. Elle n'aurait pu rester chez elle. Ses souvenirs étaient trop forts, et elle beaucoup trop faible pour les affronter aussi vaillamment. Encore aujourd'hui elle hésitait, mais elle ne pourra pas fuir infiniment. Même si elle le voudrait bien.
Dénuée d'entrain, elle farfouilla dans sa poche et en sortit sa clé. Mais en entendant des voix, elle sut que ce n'était pas utile. Ses mains se mirent à trembler, ses yeux s'embuèrent elle n'était pas prête. Elle ne pouvait pas passer cette porte et les regarder comme si de rien n'était, leur montrer une force qu'elle ne possédait pas et qu'elle n'avait jamais possédé. Elle ne pouvait plus faire semblant. Elle était beaucoup trop fatiguée de toutes ces cachoteries, de tous ces secrets, de tous ces mensonges. Son costume ne lui seyait plus. Elle voulait juste s'enfermer et pleurer. Se plaindre de son sort tel qu'elle savait si bien le faire. Déprimer sur la médiocrité de la vie et la misère du monde. Elle en avait marre de toutes ces promesses, de toutes ces couleurs chatoyantes qu'on lui offrait mais qui n'étaient composées que de vent. Elle était anéantie par le monde. Elle avait beau regarder la pureté des étoiles, ces dernières ne suffisaient plus à la faire rêver.
Mais comme à chaque passage à vide, elle ferma les yeux, déblaya les pensées nocives de son esprit, et inspira profondément, surmontant son aboulie. Et comme à chaque fois, elle allait supporter sans rechigner, et pleurer en silence dans la solitude de ses draps. Sans que personne ne le sût.
Elle attrapa la hanse de son sac et, résolument, poussa la porte. Mais à chaque pas qui l'approchait d'eux, sa détermination s'effritait peu à peu pour laisser place à une hésitation profonde. Elle s'arrêta juste avant qu'ils ne la vissent, se faisant la plus discrète possible. Il fallait d'abord qu'elle se réhabituât à eux. Depuis une semaine qu'elle ne les avait pas vus, son imagination avait eu le temps de bouillonner, lui rappelant de mauvais souvenirs, comme cet épisode horrible pendant lequel Jan et David l'avait lapidée à coup de mots. Elle n'avait contacté aucun d'entre eux, souhaitant s'éloigner et s'isoler entièrement. C'était lui qui l'avait retrouvée.
Un jour qu'elle était roulée en boule dans son lit, on avait frappé à la porte de sa chambre. S'attendant à voir entrer l'un de ses parents, elle s'était vivement redressée et avait frotté son visage pour enlever toutes traces de mal-être. Mais ce n'avait été que Jina. Jina précédant Linke. Elle avait été surprise de sa présence, apeurée même. Mais il avait su la rassurer. Evitant soigneusement de la toucher, il lui avait simplement parlé, douce présence compatissante et nécessaire, lui expliquant qu'il avait deviné où elle se terrait et que les annuaires téléphoniques étaient l'une des plus belles inventions. Il lui avait donné son premier sourire. Lentement, il l'avait aidée à remonter la pente, lui rendant la pareille, le cœur déchiré par son état. Ils étaient là l'un pour l'autre depuis le début, alors même qu'ils ne se connaissaient pas. Ils avaient su dès le premier instant qu'ils pouvaient compter sur l'autre. Leurs parcours étaient similaires sur beaucoup de points, c'était pourquoi ils profitaient autant de leur ressemblance. L'un sans l'autre ils étaient vulnérables, alors qu'ensemble, ils constituaient une force imparable.
Silencieusement, elle les observa. Tatiana reposait entre les bras de Frank Natasha était assise près de la fenêtre, sur un des tabourets de la cuisine Timo faisait craquer ses doigts tandis que David lui murmurait quelques mots à l'oreille et que Frank évitait soigneusement de le regarder, s'absorbant dans la contemplation des mains de Tatiana Juri buvait une gorgée de bière, trinquant avec Jan en l'honneur de « la boisson la plus génialissime de tous les temps ». Elle eut un soupçon de sourire devant leur bêtise, satisfaite de voir qu'eux au moins restaient simples, esquivant méticuleusement tous les plans mesquins que les embûches de la vie dressaient sur leur chemin. Ce qui n'était pas le cas de tout le monde.
Elle se douta que quelque chose clochait. Sans crier garde, un nouvel abattement se posa avec brusquerie sur ses frêles épaules. Elle en avait assez de devoir jouer les super héros pour les autres. Elle voulait pour une fois dans sa vie s'occuper d'elle et d'elle seule, laisser les autres se débrouiller sans son aide, goûter à cet égoïsme dont les gens usaient chaque jour sans aucune parcimonie. Ils n'avaient pas besoin d'elle pour vivre, ils étaient encore debout malgré son absence. Alors elle avait beau voir nombre de tensions, elle se promit de n'y plus fourrer son nez même pour ses amis.
Ce fut à ce moment que ses yeux accrochèrent l'air sombre de Linke. Il allait mal parce qu'elle n'était pas bien, elle-même connaissait cette réciprocité inexplicable. Sentant qu'on le regardait, il releva la tête et plongea dans son regard. Ils se fixèrent pendant de longues secondes durant lesquelles un sourire naquit sur les lèvres du jeune homme et une étincelle s'alluma dans les yeux de la jeune femme. Il lui fit un signe et, rassurée, elle s'avança, s'offrant à la vue des autres.
_Rabbit ! s'exclama Jan en manquant de s'étouffer avec sa bière sous le coup de la surprise.
_Bonsoir, murmura-t-elle timidement.
_Ca fait plaisir de te voir, sourit Juri.
_Pareil.
Linke se leva et lui céda sa place, lui permettant ainsi de s'asseoir et de calmer les entrechoquements de ses genoux. Le bassiste se posa ensuite sur l'accoudoir, respectant une certaine distance de sécurité entre Rabbit et lui, prévenant ainsi un quelconque touché. Elle leva la tête vers lui et ses yeux le remercièrent elle ne le craignait pas. Il était le seul homme avec son père qui avait échappé de justesse à son dégoût, ou qui avait su négocier pour s'en dépêtrer.
_Ca va ? demanda David en voyant son air pâle.
_Et vous ? esquiva-t-elle savamment. Je suis désolée, j'aurais du vous dire que j'partais…
_Ne t'en fais pas, répondit Juri. On comprend.
_Et… où étais-tu ? risqua Frank alors que Tatiana lui donnait un coup de coude, sourcils froncés devant son sans-gêne et son manque de tact.
_Chez mes parents. Allez les garçons, ne vous inquiétez pas, reprit-elle quelques minutes plus tard afin de casser le silence gênant et gêné qui s'était installé. Tout va bien dans le meilleur des mondes. Candide a réussi à cultiver son jardin.
_Hein ? grimaça Jan. Nan mais si tu t'mets à nous parler à la Voltaire, ça va pas l'faire. Il m'a traumatisé son bouquin.
_Oh, pauv' chou, se moqua David.
_Parce que tu sais lire ? s'étonna faussement Juri.
_Merde, répliqua Jan en les foudroyant du regard.
Rabbit le regarda sans un mot. Il lui sourit et lui fit un clin d'œil. Il était sa bonne humeur. Elle se rendit compte à quel point ils lui avaient manqué. Chacun avait un petit quelque chose qui faisait qu'ils s'étaient gravés dans sa mémoire. Ainsi que dans son cœur. Et concernant Jan, c'était sa gaminerie qu'elle n'oublierait jamais. Lui aussi lui ressemblait sur beaucoup de points, mais cette ressemblance était plus visible quand elle était de bonne humeur.
Doucement, son regard glissa au sol. Elle ne pouvait pas être joyeuse. Pas en voyant où il était assis et en revivant ce qui avait failli se passer sur ce canapé. Rabbit ferma les yeux. Il lui était dur de ne pas penser à ce fameux soir. Et si Jan n'était pas venu, que serait-elle devenue ? Cette question la hantait, nocive et insupportable. Elle n'aurait pas pu accepter d'avoir été souillée. Mais il était venu. Il avait été là pour elle, comme il l'avait promis, comme elle l'avait espéré.
Elle savait qu'il s'en voulait, elle arrivait à déchiffrer son regard et parvenait à lire en lui comme dans un livre ouvert. Il s'en voulait de ne pas être arrivé plus tôt. Ce qu'il ne savait pas, c'était qu'il était arrivé juste à temps. Il l'avait sauvée. C'était son ange gardien. Elle avait de la chance de l'avoir, de tous les avoir. Malgré leurs défauts et leurs sautes d'humeur, c'étaient des mecs en or, Rabbit en avait conscience.
Et elle savait aussi qu'elle aurait du les écouter. Ce n'était pas de la jalousie, comme elle l'avait puérilement prétendu, c'était une mise en garde cachant une inquiétude justifiée. Ils avaient essayé de la prévenir contre Matthias, ils lui avaient dit de se méfier, elle aurait du être alertée par leur crainte, mais elle était têtue et n'en avait fait qu'à sa tête. Elle en subissait aujourd'hui les conséquences. Elle avait cru dur comme fer en son innocence et en son honnêteté. Elle s'était fait avoir une fois de plus. C'était un infernal cercle vicieux dont elle ne trouvait pas la sortie car cette dernière était inexistante. La seule issue possible qu'elle entrevoyait se constituait d'un immense trou noir…
_On t'a pas diiiit ! frétilla soudain David en la sortant involontairement de ses sombres pensées. On est allés voir maitre Fuchschlau !
Rabbit releva la tête et attendit la suite patiemment. Elle savait déjà de quoi il s'agissait, Linke lui en avait parlé. Mais elle ne voulait pas que les garçons sussent que le bassiste était venu la voir. Elle ne voulait pas attiser les jalousies, il y avait déjà bien assez de tensions comme ça pour ne pas en rajouter. Ils étaient tous sur les nerfs, et ce procès ne les aidaient en aucune façon.
_Le procès est en bonne voie ! On a rendez-vous avec le juge dans un mois. Höfler et Titenkov seront là aussi. Pour une confrontation, ajouta-t-il, le ton de plus en plus sombre au fur et à mesure qu'il parlait.
_Vous avez intérêt à rester calmes en leur présence, conseilla Rabbit, connaissant le tempérament des garçons concernant ce sujet délicat.
_Parle pour toi, maugréa Timo.
_Même si vous avez les crocs, vous ne devez provoquer sous aucun prétexte une quelconque rixe. C'est pour vous, les mecs. Ca ira en leur faveur sinon, et tout le monde sait bien qu'ils ne le méritent pas. Vous ne devez montrer aucun sentiment devant eux.
_Ouais… Ca risque d'être chaud, prédit Juri.
_On sera pas loin, déclara Tatiana.
Frank la serra contre lui sans un mot, la tête contre son épaule, les yeux fermés, emplissant ses poumons de sa bonne odeur vanillée.
Elles avaient de la chance de les avoir, mais ce qu'elles ne savaient pas, c'était qu'ils pensaient la même chose.
[ … ]
27 mars 2008
Natasha n'arrivait pas à se concentrer. Même Nora Roberts ne pouvait apaiser ses pensées. Les mots dansaient devant ses yeux, l'empêchant de se focaliser sur l'un d'eux. Elle se releva et marcha de long en large, faisant les cent pas dans l'appartement. Rabbit ne rentrerait pas avant deux bonnes heures, elle finissait les cours tard le jeudi – comme à peu près tous les jours. Le droit était l'une des filières les plus prenantes avec la médecine.
A des moments, Natasha admirait son courage et sa force de volonté. Quoiqu'il se passât, elle ne dérivait sous aucun prétexte et suivait avec acharnement le but qu'elle s'était fixée. A d'autres moments, la brune préférait sa petite vie pépère qui leur permettait de vivre et de payer le loyer.
Elle soupira. A cet instant, elle se fichait totalement de son appartement. Elle était énervée et avait de plus en plus envie de prendre une décision radicale. Mais un petit quelque chose l'en empêchait. Elle s'arrêta puis repartit de plus belle. Elle avait essayé, elle savait qu'elle avait fait son possible pour que ça marchât, mais elle n'y arrivait pas. Timo et elle, c'était voué à l'échec. Elle l'avait su dès le début mais ne s'en était encore jamais rendu compte. Elle avait souhaité essayer parce que c'était ce que lui voulait. Sauf que depuis le début ce n'était qu'un pitoyable fiasco. Elle avait voulu sauver les apparences mais y arrivait de moins en moins.
S'avouer cette vérité était comme une claque qu'elle prenait en pleine figure. Ils étaient trop différents, ils ne voulaient pas la même chose et avaient des buts contradictoires. Leur relation tournait en rond et ne rimait à rien. Elle n'était pas faite pour vivre en couple. Lui voulait plutôt se poser et trouver une fille idéale qui le comprendrait, le soutiendrait et l'aimerait. Elle n'était pas comme ça. Elle n'était pas cette fille. Elle avait besoin de sa liberté. Elle était frivole, elle ne pouvait pas couper les ponts avec son ancienne vie et sa nature propre. Elle avait besoin de papillonner pour se sentir vivre. Ce qu'elle avait pris pour de l'amour envers le MC n'avait été qu'un fort attachement, plus lié au sexe qu'à autre chose.
Elle n'était pas méchante, elle ne voulait pas le faire souffrir. Elle ne lui avait rien promis, cependant elle ne pouvait s'empêcher de se sentir coupable. D'extérieur elle apparaissait comme une « salope », mais elle était tout autre. Son passé l'avait forgé comme chaque personne, et l'avait incitée à se montrer sous un jour qui ne plaisait pas à tout le monde. Les gens ne la connaissaient pas, ils ne savaient rien d'elle, mais comme une évidence, ils se permettaient de la juger. Elle n'en avait cure, elle était bien au dessus de tout ceci. Elle connaissait sa propre valeur et savait que ses amies aussi en avaient conscience. Ne restait plus qu'à savoir ce que Rabbit et Tatiana penseraient concernant le sujet « Timo ».
Natasha s'arrêta une nouvelle fois et soupira en se passant les mains dans les cheveux. Si le vacarme dans sa tête ne s'arrêtait pas, elle finirait par avoir une migraine. Alors qu'elle s'apprêtait à reprendre son livre, voulant à tout prix se changer les idées, le téléphone sonna. Elle le fixa puis décida de décrocher, peut-être que l'interlocuteur la distraira.
_Mademoiselle Debora Krafterein ?
_Non, je suis sa colocataire, Natasha Ägläya, peut-être puis-je prendre un message ?
_Ici le commissariat d'Hamburg. Nous souhaitions prévenir votre amie que monsieur Klaus Gewaltmann a été arrêté.
_Monsieur qui ?
_Klaus Gewaltmann. Il se faisait passer pour un certain Matthias Lügel, qui avait été arrêté pour trafic de drogue l'année dernière. Votre amie l'avait fait sortir de prison. Il était bel et bien innocent pour ce crime mais n'en compte pas moins d'autres beaucoup plus graves à son actif. Sous son vrai nom, son casier est très chargé : il a reçu de nombreuses plaintes pour coups et blessures aggravés, tentatives de viol, et a été jugé pour harcèlement. Malheureusement, il n'a jamais été arrêté pour aucun de ces motifs. Cependant, grâce à la plainte de mademoiselle Krafterein, le tribunal remédiera à cela.
Merci Jan, pensa Natasha en fermant les yeux, laissant échapper un soupir de soulagement. Grâce au DJ, Rabbit avait porté plainte pour agression et tentative de viol. Et d'après ce que le policier venait de lui annoncer, c'était le terrain de prédilection de ce dénommé Klaus. Natasha se passa la main sur le visage. Elle revoyait encore Jan supplier Rabbit de l'écouter. Et à force de persévérance, il était parvenu à lui faire entendre raison, usant d'arguments irréfutables, et tirant profit des études de droit de la jeune femme ainsi que de sa soif de justice.
Même si Rabbit voulait se débarrasser au plus vite de ce mauvais souvenir, elle se devait d'agir en premier et de faire son devoir. Sa conscience morale le lui imposait. Matthias ne devait plus jamais recommencer. Il fallait que quelqu'un l'arrêtât. Alors elle avait porté plainte, ne voyant un salut qu'en la police, bien que cette dernière ne fut pas aussi compétente que ce qu'elle aurait souhaité. Le seul regret que l'étudiante avait était de savoir que, certes Matthias allait être mis en prison, mais qu'il serait relâché bien trop tôt…
_Aura-t-elle besoin de témoigner ou quelque chose dans ce genre ? demanda Natasha.
_Seulement si c'est absolument nécessaire, ce qui n'est pas le cas pour le moment. Il y a déjà un grand nombre de victimes qui ne rêvent que d'une chose : voir cet homme derrière les barreaux. Mademoiselle Krafterein peut dormir sur ses deux oreilles. Si tout se passe bien, elle n'aura plus à entendre parler de lui.
[ … ]
1er avril 2008
_Si tout marche comme sur des roulettes, le studio sera libre pour le mois de novembre. D'ici-là vous avez le temps d'écrire et de composer. Même si j'imagine que vous avez déjà certaines chansons sous la main.
_On ne s'arrête jamais, Herr Wende, répliqua sèchement Timo, courroucé. Nous ne sommes pas le genre de musiciens qui n'écrivent que pour le succès, afin de plaire et de faire un tube. Nous ne sommes pas non plus le genre à jouer les compos d'un autre. Alors oui, nous en avons en stock, et oui, nous composons toujours. L'inspiration vient à n'importe quel moment. On ne la commande pas, c'est elle qui nous dirige.
_J'en suis bien conscient. Excusez-moi de vous avoir froissés, ce n'était pas mon but. Je sais quel genre de musiciens vous êtes. Vous êtes de bons musiciens, très talentueux même. C'est pour ça que je suis là. Je sais que vous m'avez choisi, si j'puis dire, selon des critères très précis – et je suis flatté d'y répondre plus ou moins bien - je comprends aussi le fait que vous soyez autant vigilants, voire même agressifs, mais vous pouvez me croire, les poignards dans le dos, je suis plus du genre à les recevoir qu'à les envoyer. Nous voilà donc avec un point en commun. Alors si vous envisagez sérieusement de travailler avec moi, appelez-moi Alex.
Les garçons se regardèrent, cherchant un soutien dans les yeux des uns et des autres, une lueur qui leur signifierait qu'ils étaient d'accord et qu'ils pouvaient essayer. Ils étaient tous sur leurs gardes, ils ne voulaient pas se faire avoir une fois de plus. Cet Alex Wende semblait correct. Il acceptait d'être coproducteur, ils pourront diriger le navire tous ensemble. Ils avaient déjà entièrement confiance en la capacité de David, ils savaient que ce dernier ne se laisserait pas marcher sur les doigts dans la cabine de commande. Peut-être que cette fois-ci ils avaient trouvé un homme compétent. Peut-être que cette fois tout se passera bien.
Même si, malgré tout, Timo ne pouvait s'empêcher de douter. Seraient-ils enfin tombés sur la perle rare ? Celle qui leur indiquerait que tout était vraiment fini, qui leur assurerait qu'il n'y aurait plus de plans foireux, plus de producteurs véreux, la liberté et rien qu'elle ? Non, le MC ne pouvait toujours pas y croire. Ils étaient passés par tellement de choses que d'un coup, ça lui semblait trop facile. Il n'aimait pas ça. Au fond de lui, il restait cette petite touche d'incertitude et de méfiance. Il était le moins enclin de tous à repartir à l'assaut avec un inconnu. Il avait été trop désillusionné, blessé et marqué par Titenkov et encore plus par Höfler. Il ne voulait pas que ça devînt un cercle vicieux. Il ne le supporterait pas.
Pourtant, ils savaient qu'Alex Wende était quelqu'un de bien. Ils s'étaient méticuleusement renseignés à son sujet, avaient consulté ses contrats antécédents, et avaient constaté avec satisfaction qu'il avait tenu parole à chaque fois. Alors pourquoi douter ? Ils avaient perdu trop de confiance à cause de leurs anciens producteurs, ils ne pouvaient pas la réaccorder de cette manière. Le doute restait encore et toujours présent. L'absolue certitude n'existait pas.
Bien que David vît la méfiance de son meilleur ami, il remarqua aussi l'accord dans les yeux des autres membres du groupe. Connaissant le manque de confiance de Timo, il opta pour l'acquiescement il s'occuperait de rassurer le MC plus tard. Le moment n'était pas aux sentiments, mais aux actions. Alors avec résolution, il attrapa la feuille posée sur la table et se tourna vers Alex Wende.
_Bien, pour novembre c'est bon alors… Alex ?
_Il devrait pas y avoir de problèmes ! sourit ce dernier devant l'accord tacite du guitariste.
_Il nous faudrait de la scène… fit alors rêveusement Juri.
_Justement, j'ai entendu parler d'un festival à la fois du mois…
Tous se pêchèrent alors avec un vif intérêt vers Alex sauf Timo. Ce dernier se laissait entrainer par les méandres de ses pensées. Il redescendit sur terre lorsque son portable sonna. Il s'excusa et le sortit de sa poche. Mais en lisant le nom de son interlocuteur, son cœur fit un bond dans sa poitrine et son pouls s'accéléra.
_Timo ? l'interpella Linke en fronçant les sourcils, soucieux de le voir soudain si immobile.
Le MC releva la tête et planta son regard dans celui du bassiste.
_C'est Lizzie.
