Résumé : Harry encore sous le coup de la violente intrusion de Voldemort dans son esprit, s'est éclipsé pour se reposer quelques instants dans la bibliothèque avant la réunion des Prince, Severus envoie Drago à ses côtés.… Ce chapitre est un peu plus long comme vous le verrez mais surtout, je tenais à vous prévenir que les chapitres à venir seront très durs et difficiles… Enfin, ce n'est pas non plus comme si c'était super gai (sans jeu de mots…) jusqu'à présent… Bonne lecture à tous…
Harry Potter et le mystère du Langue de Plomb
Chapitre 35 : Ma petite émeraude…
(POV Harry)
« Harry, réveille-toi, ce n'est rien, réveille-toi, mon ange… »
La voix de Dray était comme une douce illusion dans cette prison glaciale… Tout devenait si net brusquement dans mon esprit, la brume se levait en même temps que mes doutes, la geôle devenait grotte. Sinistre, humide, lugubre… Etrangement familière, même si je ne parvenais pas pour autant à identifier précisément ce lieu. Toujours la même silhouette lointaine que je devinais plus que je ne la voyais réellement, affamée, courbée par la douleur lancinante et violente, chaque muscle de ce corps tendu à la nouvelle déferlante qui ne manquerait pas de l'atteindre l'instant suivant, chacun de ces cris semblant venir de l'au-delà me paralysait. J'essayais vainement de me concentrer sur la voix de Dray qui m'appelait désespéramment, toute cette mise en scène ne pouvait pas être réelle, seulement une vision fausse, tronquée, juste une image dans mes rêves, juste une nouvelle manipulation abjecte de Voldemort. Je suis toujours au manoir des Prince, Dray est à mes côtés, je sens son aura. Réveille-toi Harry ! Allez, ne le laisse pas prendre à nouveau possession de ton âme… Un sifflement… Profond, terrible, effrayant… IL m'appelle, IL est là… Un nouveau sifflement, si proche, si douloureux…
'Harry… Harry… Je t'attendais… Tu es parti si vite, ce matin. Quel dommage ! Le spectacle était pourtant tellement réjouissant, mais, ne t'inquiète pas, tu arrives au meilleur moment… Harry, regarde comme ton ami du Phénix est exténué, je ne suis pas sûr qu'il résiste encore bien longtemps au doloris… Tu sens sa douleur, n'est-ce pas ? Ecoute ses pleurs, ses gémissements pathétiques… Oui, viens me rejoindre pour le libérer… Tu sais où il se trouve, n'est-ce pas ? Je sais que tu commences à comprendre… Qu'attends-tu donc pour le sauver ? Un autre mort par ta seule faute, ton entière responsabilité, Harry, comment pourras-tu vivre en sachant que tu aurais pu lui venir en aide, le secourir, peut-être seulement abréger ses souffrances ? Toi seul à ce pouvoir, tu es l'élu, le survivant, tu m'as poussé dans le voile. Toi seul peut me vaincre, m'empêcher de faire le mal et il souffre tellement, je vais le tuer Harry, entends-le, ce sera de ta faute, en as-tu conscience ? Viens me rejoindre, Harry… ENDOLORIS ! ENDOLORIS !'
Pitié, arrêtez ça ! Merlin ! C'est si douloureux ! Encore un spasme dans ce corps meurtri et j'ai l'impression que le sortilège m'a atteint de plein fouet, il souffre tellement que je hurle de le laisser en paix, de me prendre moi mais rien, rien d'autre que le sifflement du Serpent et ce ricanement abject que je pourrais reconnaître encore dans mille ans. Le père de Drago. Autant la voix de Dray est douce, pure, alors qu'elle m'appelle dans une supplique qui me paraît de plus en plus lointaine, presque ailleurs, autant le timbre de Malefoy me paraît proche, je me retourne brusquement, l'homme aux longs cheveux blonds si étrangement pâles est là… Il me frôle… Je vais vomir. Non, tout ceci n'est qu'une vision de Voldemort, le serpent n'est pas là… ni Lucius Malefoy… Pas réellement, du moins. Il n'est pas contre mon dos, son haleine écœurante, sa respiration saccadée jouant contre ma nuque, je plaque une main contre ma bouche tellement je me sens nauséeux. Et son rire froid qui répond à celui de son Maître. 'ENDOLORIS'… A nouveau la douleur… Plus puissante, dévastatrice, le corps que je devine presque est littéralement lacéré et je manque de m'écrouler… Je me sens retenu au dernier moment par une main puissante entourant ma taille, les muscles de ce bras, de ce torse que je devine parfaitement sous les vêtements :
' Ma petite émeraude, le Seigneur des Ténèbres avait raison, tu es revenu si vite. Tu aimes me sentir tout contre toi, n'est-ce pas ? Tu ne peux déjà plus te passer de moi, reconnais-le… Depuis Paris, tu n'attends plus que ça. Après le fils, le père, tu es insatiable, une vraie catin, Potter.Je suis sûr que tu as si bon goût, Harry…J'ai tellement hâteque tu me demandes grâce, toi entre tous, n'est-ce pas ma petite émeraude… '
Sa voix n'est plus qu'un murmure contre mon oreille et je sens sa bouche lécher, s'aventurer sur ma nuque. Je voudrais hurler, à m'en briser les cordes vocales, pour qu'il ne m'approche plus jamais, mais un nouvel Endoloris me paralyse alors que l'homme trop maigre s'écroule lamentablement sur le sol rocailleux et humide, dans une convulsion pathétique. L'étreinte glaciale se fait plus forte. Merlin… Ne me laissez pas ici ! Par pitié ! Que cette pourriture me lâche… PITIE !
Voldemort continuait à torturer celui dont j'ignorais même le nom mais qui souffrait par ma seule faute et Malefoy jubilait véritablement. J'entendais au loin, si loin de moi, les cris d'inquiétude de Dray qui m'appelait toujours désespérément. Je sentais ses mains qui me martyrisaient férocement les bras pour me sortir de l'emprise du Serpent et de son fidèle mangemort, je percevais de plus en plus la pression intense de ses gestes qui répondaient à ceux de son père dans mon esprit, se confondant complètement. J'avais à nouveau l'impression atroce de brûler de l'extérieur, que toute ma magie se répandait autour de moi. Je me tordis une nouvelle fois dans une ultime convulsion, l'homme inconnu touché par un Doloris encore plus terrible et brusquement, sombrant probablement dans une inconscience salvatrice. Le flux de la souffrance que m'infligeait Voldemort s'atténua enfin, en même temps que Malefoy disparaissait également de mon âme meurtrie, blessée, comme dérobée…
Je me voyais enserrer à nouveau dans les brumes étranges de mon rêve, la voix de Dray redevenait plus nette, plus proche, sa main avait finalement relâché mon bras où je ne doutais pas qu'une marque bleue violacée apparaîtrait d'ici peu de temps, pour se concentrer sur mon visage. Ses doigts passaient comme une caresse sur mes joues. J'ouvris difficilement les yeux, la lumière du lieu m'aveuglant par rapport à l'obscurité étouffante de la grotte humide et je tentais vainement de me redresser, mais Dray m'en empêcha aussitôt :
« Ne bouge surtout pas, mon ange… Tu es encore trop faible, tu es épuisé… Essaye d'abord de calmer la source de ta magie, tu es complètement…
- Ca va, Dray… Je t'assure.
- OH, je t'en prie, Potty ! Tu es tellement pâle qu'on dirait un fantôme, alors ais l'obligeance de m'épargner tes boniments pitoyables pour me leurrer, ça ne marche pas avec moi, tu devrais le savoir quand même. Bordel, j'ai eu vraiment très peur cette fois, Harry… »
Et pour le signifier un peu plus, avant même que je ne puisse dire un seul mot, Drago s'était redressé, me dominant de toute sa grandeur et me souleva du sofa comme si je ne pesais guère plus qu'une plume de Phénix. Il me porta en un instant, jusqu'à la vaste cheminée, un bras passé sous mes genoux et l'autre enserrant ma taille fermement et s'installa sur le tapis épais et doux, aux couleurs vertes et noires, me calant confortablement sur ses cuisses, me permettant de profiter de la chaleur rayonnante du feu crépitant doucement. Je me laissais inconsciemment gagné par la chaleur de son corps et des petites flammes rougeoyantes dans l'âtre, mes doigts fermement crispés sur sa chemise, mon visage enfoui au creux de son cou. Je retrouvais peu à peu une respiration moins précipitée, me concentrant simplement sur les caresses tendres que Dray me prodiguait dans mes cheveux indisciplinés.
« Comment te sens-tu maintenant, beau brun ?
- Mieux… Je crois. »
Je plongeais dans les deux iris grises profondes qu'elles semblaient atteindre les abymes de mon esprit, c'était terrifiant de voir à quel point je me sentais extrêmement faible, pitoyable et abattu, même face à Drago, comme si n'importe qui pouvait pénétrer mes pensées les plus sombres, les plus lointaines d'un simple regard, j'avais l'impression que mon âme avait été terriblement atteinte par cette nouvelle attaque de Voldemort, que toutes mes barrières s'écroulaient lamentablement les unes après les autres pour ne laisser qu'un vide immense, je tremblais encore malgré tous mes efforts pour essayer de calmer ma magie. De sa main gauche, Drago passa avec une tendresse évidente sur ma joue, tandis que l'autre continuait à naviguer de ma nuque à mes cheveux emmêlés et sans que je le réalise vraiment, ses lèvres avaient recouvertes les miennes complètement, ce baiser avait quelque chose de fascinant, il me dominait et j'y lisais également tellement de passion. Je m'abandonnais progressivement dans son étreinte. La dernière fois où nous avions été si proches, c'était ici même, nous avions fait l'amour sur ce tapis. Je le sentis progressivement me basculer contre le sol, me recouvrant complètement de son corps plus puissant, d'un mouvement impératif, il écarta mes jambes et fit pression de ses hanches sur mon entrejambe tandis que sa langue fouillait frénétiquement ma bouche, ses mains s'égaraient partout sur mon corps, franchissant les barrières de tissu pour cajoler la peau fine de mes hanches, m'arrachant un gémissement, ce qui eut au moins le mérite de me sortir de cette dangereuse torpeur. Je murmurais contre ses lèvres un faible 'non, Dray… S'il te plaît' et à bout de souffle, je m'écartais légèrement, rompant difficilement notre baiser, il posa son front contre le mien, dans un geste qui m'apparaissait finalement beaucoup plus intime que s'il me faisait l'amour. Je le sentis se dégager péniblement de moi et s'allonger à mes côtés, il soupira profondément avant de s'asseoir :
« Désolé Harry…
- Non, c'est moi, je m'excuse, je ne veux pas… J'ai fait trop de mal à Sev la dernière fois. Je ne veux plus… »
L'air me semblait brusquement suffoquant. C'était la première fois que nous évoquions ce moment. Je n'osais tourner mon visage vers le blond, ne sachant trop ce que j'y lirais, écœurement, tristesse, colère, soulagement probablement… Après tout, il était parti après m'avoir fait l'amour, me laissant avec mes regrets et un vague mot d'excuse, sans plus d'explications. Deux doigts se glissèrent sur mon menton et me forcèrent à tourner vers ses yeux gris. Sa voix semblait encore différente, haletante, rauque de désir inassouvi.
« Arrête, je comprends… Je ne sais pas ce qui m'a pris… C'est moi qui n'aurais pas dû me laisser emporter. Tu avais l'air si désemparé que j'ai voulu… Je n'ai aucune excuse.»
Drago relâcha brusquement mon menton, il s'éloigna aussitôt de moi, se reculant pour s'adosser contre le sofa, comme si ma proximité lui était devenue insupportable. Je me redressais péniblement pour lui faire face, je sentais son regard gris, posé sur tout mon corps et je le rejoignis finalement, m'installant à ses côtés. Un silence pesant régnait dans la bibliothèque des Prince. J'aurais voulu hurler, crier, le frapper, je me sentais tellement perdu et lui ne bougeait pas, si calme et pensif, fixant les flammes dansant dans la cheminée de marbre, toujours cet air des Malefoy, peints sur chacun de ses traits, ce détachement, cette froideur insupportable. Son attitude m'exaspérait encore plus que d'habitude, si c'était dans le domaine du possible, je lui en voulais tellement, sans vraiment comprendre pourquoi. Je ne parvenais pas à m'apaiser, chaque cellule de mon âme semblait avoir été atteinte par la violente incartade de Voldemort. Au bout de ce qui me parut une éternité, la voix plus calme, si sensuelle résonna dans la vaste pièce :
« Alors ?
- Pardon ?
- Harry, je sais que tu es perdu en ce moment et on le serait à moins, mais on ne peut rien négliger, on a véritablement besoin de savoir ce qu'il prépare.
- Savoir quoi ?
- Qu'est-ce qui s'est passé avec Voldemort ? Qu'est-ce que tu as vu à l'instant ? Je sais que c'est très difficile pour toi de te remémorer ces moments-là mais le moindre indice pourrait vraiment nous aider à comprendre ce qui se passe avec le langue de plomb ou l'espion et faire avancer considérablement nos recherches.
- Rien de plus que ce matin à Grimmaurd. En tout cas, rien que Sev ne t'ai pas déjà dit, je présume !
- Bien sûr que Severus m'en a parlé, j'étais mort d'inquiétude à ton sujet. Qu'est-ce qui t'arrive enfin ?
- Oh… Pas grand chose. Voldemort s'acharne sur moi depuis plusieurs jours sans que je parvienne à l'empêcher le moins du monde et j'ai pourtant vraiment essayé, tu peux me croire, ses dernières attaques me laissent totalement vide d'énergie, de magie… Ah oui, j'oubliais ton père…
- Mon père ?
- Bien sûr, voyons ! Que serait une vision pour me torturer sans ton père qui me tourne autour comme si j'étais sa proie, qui salit tout, même… »
Ma voix s'était étranglée, je sentis simplement le bras de Drago poser sur mon épaule droite et dans un mouvement impératif, il m'attira contre lui, susurrant contre ma tempe :
« Même quoi, mon ange ? Qu'est-ce qu'il a sali à tes yeux ?
- Juste tout…
- Qu'est-ce qu'il t'a dit exactement ?
- Que j'étais insatiable, une vraie catin puisqu'après le fils, je n'attendais plus que le père depuis Paris.
- Mon ange, je suis tellement désolé qu'il s'acharne à ce point sur toi, tout cela à cause de sa haine à mon encontre…
- Il…
- Quoi ?
- Il me fait peur, Dray, vraiment peur… Je ne sais pas comment je pourrais l'expliquer autrement. De plus en plus…
- Harry, ce type est un malade, Bellatrix et lui ont tué Narcissa… Mon ange, sa propre femme, ma propre mère sans aucun remords, avec une cruauté sans nom. C'est normal que tu le craignes, tu serais franchement stupide et inconscient de le prendre avec légèreté. »
Sa main droite avait glissé de mon épaule et il enserrait maintenant ma taille, déposant simplement ses lèvres contre mes cheveux. Nous restions ainsi sans bouger un long moment, juste à écouter la lente respiration de l'autre. Il racla sa gorge et reprit encore plus doucement :
« L'homme torturé était encore là ?
- Oui.
- Est-ce que… As-tu pu le voir plus précisément ? As-tu vu son visage cette fois ?
- Non, il était toujours trop loin de moi, comme ce matin, je n'ai pas pu voir de qui il s'agissait. Je ne le voyais que de dos, il… était juste… Trop maigre, affamé, il avait l'air vraiment mal, à bout de forces, il ne tiendra plus très longtemps. Il faut que le Cercle des Prince lui vienne en aide sans tarder.
- C'est un piège, une vision fausse, Harry. Voldemort essaye simplement de manipuler ton esprit pour t'attirer à lui. Tu ne dois pas y prêter plus d'attention que cela.
- Mais, bien sûr, c'est tellement facile. Je me demande pourquoi je n'y ai pas pensé plus tôt d'ailleurs, ne plus prêter attention à des scènes de tortures, tu as encore d'autres brillantes suggestions à me faire, Drago…
- Inutile de jouer aux sarcasmes avec moi, Harry… Tu dois garder à l'esprit que ce n'est pas quelqu'un de l'ordre, c'est tout !
- Qu'est-ce que tu en sais d'abord ?
- Harry, s'il te plaît, n'oublie pas qu'à Sainte Mangouste, tu as vu de tes propres yeux que tous les membres du Phénix étaient présents, sains et saufs, d'accord… »
Sa voix s'était faite rassurante, comme un murmure, comme s'il s'adressait à un enfant trop stupide pour admettre une évidence. Ce ton condescendant me donnait envie d'hurler, encore une fois… Pour qui me prenait-il à la fin ? Quelque part, une autre alerte en moi me faisait réaliser que ma réaction était totalement disproportionnée, que tout ce qui se passait depuis que j'étais sorti de l'emprise de Voldemort ne me ressemblait en rien, je ne pus cependant me retenir davantage. Je me relevais brusquement, me détachant complètement de son étreinte, ma magie bouillonnait en moi et des petites étincelles noires jaillissaient en pluie fine de mes doigts, je le regardais de haut, son visage avait encore pâli et je lui lançais sur un ton particulièrement virulent ma façon de penser :
« Parce que tu crois sincèrement que ça change quelque chose pour moi qu'il s'agisse d'un combattant de l'ordre ou pas.
- Bien sûr, Harry, tu plaisantes, ça change tout, évidemment !
- Si ça te fait plaisir de le croire… »
Alors que je me détournais en direction de la porte, le blond s'était redressé à son tour et m'empoigna fermement le bras gauche et d'un mouvement ferme, il m'obligea à lui faire face, il me dominait d'une bonne tête et son regard d'acier, visiblement exaspéré aurait dû me dissuader de le provoquer encore mais j'étais trop en colère, fatigué, déboussolé pour lui laisser une chance de me convaincre, moi seul avais assisté à la scène, j'étais là quand il torturait cet inconnu atrocement. J'étais certain que ce que je venais de découvrir était la réalité, même si je ne parvenais pas à me l'expliquer vraiment. Plus je reprenais le contrôle sur ma magie, plus je comprenais et concevais l'évidence, je savais au plus profond de mon âme, que cet homme était bien quelqu'un de l'Ordre, que cette vision n'était pas un mensonge ou une manipulation de Voldemort. Cette personne était en train de mourir par ma faute.
« Lâche-moi, Malefoy !
- Arrête ! Si c'était n'importe quelle personne du Phénix, il t'aurait déjà montré son visage, le fait qu'il le cache sciemment signifie beaucoup, au contraire. Il sait parfaitement que si tu voyais l'un d'entre nous victime de ses sortilèges de magie noire, tu deviendrais fou …
- Qu'est-ce que tu crois ? JE DEVIENS CINGLE ! IL LE TORTURE A CAUSE DE MOI ! »
Après avoir hurlé ses derniers mots, ma gorge se serra brutalement, je sentais les larmes brûlantes dans mes yeux sur le point de déborder et je poursuivais presque dans un murmure sous le regard encore un peu plus perdu de Drago :
« Il… Il torture quelqu'un de l'ordre, Dray, c'est une certitude… Ne me demande pas comment mais j'en suis certain, maintenant.
- Ca… ça n'a pas de sens, 'Ry… Tu as vu à Sainte…
- Bien sûr que j'ai vu… Je t'assure que je voudrais comprendre, que… Je voudrais me tromper mais j'en suis convaincu. Voldemort m'a transmis une vraie vision. Il torture un membre du Phénix actuellement et ce dernier ne tiendra plus très longtemps…
- Peut-être… Peut-être que c'est quelque chose qu'il prépare, qu'il veut réaliser bientôt…
- Non. »
Mon ton démentait toute contradiction et Drago inclina finalement son visage dans un signe d'acceptation résigné. Il lâcha machinalement mon bras et soupira :
« Harry, c'est l'heure… Ils doivent tous nous attendre pour la réunion du Cercle… »
Sans un mot de plus, nous nous dirigeâmes au travers des couloirs lugubres du manoir des Prince, sous les regards attentifs des ancêtres de Sev. Chaque pas que nous faisions raisonnait et grinçait dans toute la maison sinistrement. Je me sentais encore tellement nauséeux, juste au moment où nous arrivâmes devant la porte de la salle à manger, légèrement entrouverte, Sev sortait, visiblement pour nous prévenir que les autres étaient tous déjà là :
« Ah, vous… Harry, est-ce que ça va ? Tu es livide…
- Il… J'ai eu une autre insertion de Voldemort à l'instant dans la bibliothèque… »
Sev jeta un regard inquiet à Drago qui fixait volontairement le sol obstinément et quand il daigna regarder son parrain, l'échange silencieux entre les deux hommes me fit l'effet d'un coup de poignard dans le dos, ils savaient quelque chose que j'ignorais visiblement :
« Alors, qu'est-ce que vous m'avez caché pour mon bien, cela va de soi… Hein, Sev… Comme d'habitude, pourquoi me prévenir, je suis de toute façon trop stupide et incontrôlable pour que l'on me tienne au courant de choses qui concerne ma propre vie ! Rien n'a changé en sept ans en fait, n'est-ce pas ? Pour l'un comme pour l'autre ! Toujours des mensonges !
- Ne commence pas… Ecoute, Harry. Nous avions prévu de t'expliquer la découverte de Drago sur le voile après la réunion…
- Je suppose à vos mines réjouies que d'un, je ne vais pas apprécier ce que je vais apprendre, de deux, je vais encore moins aimer le fait que vous m'ayez dissimulé cette information pendant… Combien de jours ?
- Seulement cinq et inutile d'en vouloir à Drago, c'était ma décision de ne pas t'en parler avant d'être certain de ce qui se tramait. Tu as suffisamment souffert…
- SEV ! Quand cesserez-vous de me protéger comme ça ? J'en ai plus qu'assez que VOUS décidiez pour moi ce qui est bien ou mal ! »
Sans leur laisser une seconde pour répondre, je pénétrais dans la salle à manger, les regards des membres du Cercle convergèrent vers moi. Nul doute qu'avec la porte entrouverte, ils avaient parfaitement entendu l'essentiel de ma dispute avec Severus et Dray. Je repoussais le confortable fauteuil en bout de table et m'installais quand Drago et son parrain prirent place à mes côtés, respectivement à gauche et à droite. Le silence tendu autour de la table fut rompu par mon meilleur ami, Dan était apparemment furieux :
« Bordel ! J'aimerais comprendre ce qui se passe ici ! C'est moi le médicomage d'Harry, il me semble ! Sa magie est de plus en plus perturbée et atteinte, pas besoin d'être un expert pour s'en rendre compte alors si vous avez des informations concernant son état, vous êtes totalement inconscients de ne pas me l'avoir dit ! Est-ce que vous vous rendez compte que la potion que je lui ai donnée ce matin a peut-être encore un peu plus affaibli Ziggy par votre faute !
- Inutile de le prendre sur ce ton Daniel ! Et Drago n'est pour rien dans cette décision, c'était mon choix ! Je doute que ta potion ne fasse quoi que ce soit à Harry de toute façon… Du moins, si ce que nous avons découvert est exact.
- Je… Excusez-moi, Professeur Snape.
- Pitié, MADAME LA MINISTRE, vous n'êtes plus mon élève depuis presque huit ans, serait-il possible que vous cessiez avec ces titres ronflants ?
- Pardon… Severus… Je crois que tout le monde a conscience ici au vu de ce qui s'est produit à Sainte-Mangouste que l'état d'Harry est plus que préoccupant, il doit savoir… enfin, vous ne pouvez pas lui cacher indéfiniment ce qui se passe.
- Elle a raison, Sev. Je veux savoir ! Tout de suite !
- Bien, si tu y tiens. Drago, explique-leur… »
Le blond se redressa légèrement, il planta ses yeux gris dans ceux de son parrain, avant de se retourner vers moi, avec une lueur différente, une sorte de résignation étrange.
« Quand… Tu te souviens à la première réunion du Cercle, tu m'as demandé de me renseigner dans la bibliothèque de Poudlard, sur le voile, sur ce qui aurait pu permettre le retour de Voldemort.
- Oui… Oui, bien sûr. Continue.
- J'y viens, ne t'en fais pas… En fait, il y a cinq jours, j'ai trouvé par hasard un vieux grimoire manuscrit de la main même de Salazar Serpentard, dans la réserve de l'école. Je n'avais jamais consulté ce livre auparavant… Il… Il existe un rite… un rite de magie noire parmi les plus atroces, on l'appelle la malédiction des Ombres maudites… »
Je me détachai un instant des yeux gris au cri étouffé d'Hermione, nul doute qu'elle savait de quoi Drago parlait et la blancheur de son teint, ses yeux perdus qui s'emplissaient de larmes me faisaient l'effet d'une gifle violente, Remus s'était précipité pour soutenir son épouse en enserrant sa taille. Les autres étaient toujours concentrés sur le visage aristocratique du blond qui toussota légèrement pour attirer mon attention :
« Humm… Harry, cette malédiction des ombres est un rituel odieux et profondément maléfique… Pire probablement que les horcruxes… D'après le grimoire, il n'a été réalisé qu'une seule et unique fois par le terrible Astraéos dans les confins de l'histoire de la magie. Beaucoup de sorciers historiens pensent qu'il s'agit de pure mythologie, une sorte de conte pour terrifier les enfants… Si tu n'es pas sage, Astraéos viendra te chercher pour te conduire dans le monde des ombres… Salazar Serpentard, lui, était persuadé du contraire, que la légende était bien réelle et qu'Astraéos avais accompli ce rite. Il faut sept années pour parvenir à sa réalisation, sept années de souffrance où le sorcier qui invoque la malédiction, détache son âme de son enveloppe corporelle, sept années pendant lesquelles Voldemort s'est également reconstruit lentement, il vient en fait de commencer la dernière étape du rite ancestral à savoir prendre ton âme violée, blessée et la livrer au voile et au monde des Ombres en échange de la sienne à jamais immortelle…
- Prendre… mon âme… Je…
- Tu as parfaitement compris ce que Drago t'a dit, Harry. C'est la raison des intrusions répétées de Voldemort dans ton esprit. Il cherche à t'affaiblir pour pouvoir offrir ton âme meurtrie au voile. S'il réussit, son corps et son esprit se retrouveront pour l'éternité… Tu ne seras plus qu'une ombre errante, entre vie et mort et lui sera invincible.»
Je restais complètement abasourdi, Dray acquiesça machinalement tandis que Severus se levait précipitamment et se dirigeait vers un meuble de bureau en acajou qui jouxtait la grande baie vitrée de la salle à manger. Il ouvrit un tiroir et revint vers moi, apportant avec lui un vieux grimoire de cuir très abîmé par le temps. Il feuilleta rapidement les pages jaunies et me tendit l'ouvrage ouvert. Je me saisis du manuel et commençait à lire rapidement la page jusqu'à ce poème étrange qui scellait mon destin :
« Dans ce monde de l'au-delà, aux yeux de tous cachés
Ame à jamais maudite et souillée,
Par la Malédiction des Ombres, du voile, tu refuseras l'entrée,
Jamais, tu ne franchiras le passage sacré,
Par cet acte odieux, ton enveloppe charnelle de ton âme détachait.
Pendant sept révolutions, ton corps reconstruit par les rites sacrés,
Tu guideras ton ennemi, pur et dévoué,
Celui qui avait vaincu, repoussant dans le voile, le mal à jamais terrassé
En échange de l'éternité, tu offriras son âme violée et dérobée à jamais… »
Après quelques instants à fixer le texte, ne réalisant pas véritablement tout ce que pouvait impliquer ces quelques lignes, je relevai mon regard vers les membres du Cercle. Tous me dévisageaient, silencieusement, attendant que je reprenne la parole.
« Bien… Au moins, je suis fixé sur ce qui m'attend.
- Harry, nous n'avons absolument aucune certitude à l'heure actuelle. Il est exact qu'un langue de plomb peut avoir la connaissance et la possibilité matérielle pour procéder à un tel rituel, ne serait-ce que parce qu'il peut accéder à sa guise au voile. C'est donc une éventualité qu'il faut que nous conservions à l'esprit mais il y en a bien d'autres…
- Je t'en prie, Sev… Ne m'insulte pas… Si tu as pris la précaution de me cacher ce fait, c'est que tu aies convaincu que c'est ce qui s'est produit, n'est-ce pas ? »
Le maître des Potions de Beauxbâtons me fixait intensément sans ciller et finalement, il acquiesça, même si ce simple hochement de tête lui en coûtait plus que l'on ne pouvait imaginer probablement.
« Bien, on dirait que les choses progressent enfin, cette fois. Le fait est désormais établi que Voldemort est revenu du voile grâce à cette malédiction des Ombres Maudites. Comme Sev vient de le reconnaître, seul, un langue de plomb peut parvenir à accomplir un rite si complexe et c'est bien sûr, pour cela que l'espion, peu importe que ce soit Arthur, Kingsley ou Maugrey, a manipulé cet homme depuis sept ans. Le traître avait évidemment besoin de ses connaissances pour faire revenir son Seigneur et travaillant au ministère, il était le mieux placé de tous les mangemorts pour réussir cette mission. Il pouvait aisément contrôler l'employé du service des mystères par un puissant sortilège de confusion associé à un imperium. Le puzzle prend vraiment forme. Je comprends mieux pourquoi Lestrange parlait toujours de père de Voldemort quand elle désignait le langue de plomb. Il l'a fait renaître en quelque sorte. Et maintenant grâce à lui, ce sale Serpent est de retour et cherche à obtenir mon âme… Violée… Pour pouvoir atteindre l'immortalité. »
Seul le silence me répondit. Sam semblait bouleversée et retenait un hoquet et Dan me regardait avec une inquiétude visible sur chacun de ses traits délicats. Hermione avait trouvé refuge dans les bras du loup-garou. Finalement, je reprenais :
« Blaise, Mione, je voulais savoir où vous en étiez dans vos recherches pour démasquer le langue de Plomb, il faut déterminer au plus vite son identité.
- Nous… Nous avons interrogé pratiquement toutes les personnes du service des mystères une seconde fois. Nous hésitons désormais entre deux personnes : le vieux Marbovick et la petite Damelza Brets. Ils ont visiblement subi tous les deux au moins un sortilège de confusion au cours des dernières semaines. Blaise a pu pénétrer leur esprit et plusieurs de leurs souvenirs étaient recouverts d'une étrange brume qui confirme les sortilèges utilisés à leur encontre.
- Qui les avait questionnés la première fois ?
- Kingsley et Maugrey…
- Ce qui aurait donc tendance à disculper complètement Arthur. »
Charlie qui avait pris place à côté de mon meilleur ami soupira ostensiblement à cette nouvelle qui éloignait pour la première fois son père de la liste de nos suspects et Dan lui adressa un sourire chaleureux et sincère. Le rouquin se pencha vers le médicmoage et chuchota quelques mots à sa seule intention. J'étais heureux pour eux deux malgré tout ce que je venais de découvrir. Je m'en voulais de devoir les interrompre mais j'étais tellement fatigué, épuisé. Je voulais simplement me coucher et dormir, ne serait-ce qu'une heure ou deux, mais je savais qu'il était plus qu'improbable que Voldemort me laisse en paix désormais, il était trop prêt de son but pour m'accorder un instant de répit.
« Ecoutez-moi, vous devez maintenant savoir ce qui s'est produit à Grimmaurd. Ce matin, la dernière phase de la malédiction a débuté, Voldemort essaye de blesser mon âme pour la dérober et la remettre au voile. Comme vous vous en doutez, à plusieurs reprises depuis quelques jours, il a violemment pénétré mon esprit. Il… Je l'ai vu torturer un homme, un homme du Phénix. Je n'ai pas pu l'identifier précisément mais il est au plus mal et ne tiendra plus très longtemps…
- Mais, Harry, c'est impossible…
- Je sais parfaitement ce que tu vas me dire Hermione, que tous les membres de l'Ordre se trouvait à Sainte Mangouste. Objectivement, tu as raison, il ne manquait personne mais… Je ne peux rien vous dire d'autres que ce fait, Voldemort retient prisonnier un des nôtres. »
Mon ton démentait toute velléité d'opposition et les autres me regardaient avec un air de stupéfaction évident.
« Bien, je ne suis pas dupe ! Comme Drago et Severus, vous allez tenter de me convaincre que je me leurre, que Voldemort m'envoie de fausses visions. Ce n'est pourtant pas le cas, j'en suis convaincu. Peut-être que certains pensent que c'est simplement un projet de Jedusor, une sorte de prémonition. Mais, je n'y crois pas non plus. Je ne peux rien vous dire d'autres.
- Mais, qui est-ce alors ?
- Je l'ignore sincèrement, Charlie. Désolé.
- Que comptes-tu faire alors ? »
Dan venait de poser une question à laquelle j'aurais souhaité savoir répondre sans hésitation, comme un chef se doit d'agir dans ces situations dramatiques, sûr et avisé. Dumbledore, Maugrey, Sev ou Remus était ce genre de personne, moi, je l'avais été jusque là que par la force de choses, mais en cet instant, j'ignorais quoi faire. J'étais redevenu l'adolescent de dix-sept qui se retrouve espoir de tous, l'Elu et cela me terrifiait. Je voulais ne plus jamais entendre parler de ce monde, de guerre, de combats et je me trouvais sept ans en arrière, comme si rien n'avait changé, comme si je ne pouvais espérer vivre en paix, je me sentais épuisé, vide. Comment empêcher Voldemort de revenir à une vie éternelle alors que je ne parvenais même pas à lui interdire l'accès à mon esprit ? Je fixais sans m'en rendre compte Drago puis Severus, ils avaient tellement confiance en moi, comme les autres membres du Cercle des Prince, tous me confiaient leur vie sans aucune retenue. Je fermais les yeux un bref instant pour trouver en moi la force de continuer puis je me relevais et repris la parole, calmement, sans défaillir une seconde, il le fallait de toute façon :
« Nous ne pouvons déterminer à l'heure actuelle qui de Marbovick ou Damelza Brets, a permis à Jedusor de revenir du voile. Comme ils ont tous les deux subi des sortilèges de confusion, j'imagine que l'espion doit se sentir menacé d'une façon ou d'une autre, peut-être a-t-il réalisé que l'étau se resserre autour de lui, que nous le suspectons et qu'il a voulu brouiller les pistes en utilisant un autre langue de plomb pour nous éloigner de la vérité, pour qu'on ne le démasque pas immédiatement… »
Je marquais une courte pause, Severus acquiesça simplement la tête, m'incitant à poursuivre :
« Je garde également à l'esprit que peut-être, les tortures que j'ai vues, sont une image de ce qui risque de se produire, une prémonition ou encore un leurre de Voldemort, même si je n'y crois pas vraiment comme je vous l'ai déjà dit. De toute façon, je n'ai pas réussi à reconnaître le lieu où il le détient dans mes visions, nous ne pouvons donc rien tenter pour le moment et… Il reste la possibilité que l'homme que j'ai vu ne soit pas encore aux mains de Jedusor, que ce soit juste un projet de ce psychopathe, il faut que nous nous organisions pour que cela ne puisse pas se réaliser si c'était le cas. C'est pour cela que désormais aucun d'entre nous ne restera seul, vous m'entendez à aucun moment. Ainsi, nous évitons que l'un d'entre nous soit enlevé par un des mangemorts. Je vous propose donc de travailler par groupe de deux : Charlie et Dan, vous aurez la tâche de surveiller Maugrey sans vous faire repérer, cela va de soi, Seamus et Drago, vous surveillerez Kingsley de votre côté. Blaise et Hermione, vous continuerez à chercher des informations au ministère auprès des langues de plomb et si tu peux Mione, donne quelques missions à Arthur, histoire de l'éloigner. Remus et Sam, vous resterez à Poudlard pour explorer la réserve de la bibliothèque à la recherche du moindre indice d'un contre sort qui me permettrait de rompre la malédiction. Sev, si tu es d'accord, nous allons reprendre nos entraînements, occlumancie, légilimencie, duel… Il faut que je me prépare au mieux car je sens bien qu'il ne me laissera plus beaucoup de répit désormais. Est-ce que vous êtes d'accord ? »
Tous hochèrent fermement la tête, je m'asseyais, laissant les discussions se poursuivre, les théories s'échafaudaient… Comment contrer la malédiction des Ombres Maudites ? Qui de Kingsley ou Maugrey pouvait avoir trahi l'Ordre du Phénix ? Je ne les écoutais plus vraiment de toute façon. Ma cicatrice me brûlait de nouveau, le rire malfaisant de Voldemort résonnait dans ma tête, les soupirs et la respiration fétide de Lucius contre ma nuque… 'Le Maître et moi t'attendions, petiteémeraude, j'ai hâte que tu nous rejoignes enfin, que tu me demandes grâce. Inutile de résister, tu sais, ce sera bientôt fini… Ma petite émeraude…'
Bientôt fini… Ces mots résonnant en moi indéfiniment.
A suivre…
